Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 60

Phoebe est un ange. Loin d’être une tornade comme Prue ou aussi déstabilisante comme Piper, notre benjamine se différencie par son calme et sa discrétion. Par moment, c’est à se demander si nous avons bien trois enfants tellement Phoebe reste en retrait et se contente d’observer le monde qui l’entoure. 

Je ne sais pas si je dois m’inquiéter qu’elle trouve bien sa place dans la fratrie ou être soulagée qu’elle soit si différente de ses aînées. 

Maman m’a dit que ma petite dernière a simplement une âme d’artiste. En effet, Phoebe s’est passionnée pour le dessin et les activités manuelles. Elle passe la majeure partie de son temps à gribouiller sur ses feuilles blanches ou à faire des origamis. Là où Prue boude quand il pleut dehors, Phoebe est ravie de pouvoir rester à l’intérieur pour pouvoir dessiner ou fabriquer des trucs. 

Sa chambre est vite envahie de ses créations, mais elle en fait également profiter tout le monde. Quand nous avons célébré l’anniversaire de Luke -qui est devenu un grand gaillard maintenant!-, elle lui a offert plein de dessins et un joli animal en papier mâché. Je ne suis pas certaine qu’il en fasse grand usage à son âge, mais il a eu la gentillesse de lui faire un grand sourire et de lui promettre de les exposer dans sa chambre. 

Quand elle ne s’enferme pas dans sa chambre, Phoebe n’hésite pas à envahir la table du salon avec ses fournitures. La majorité du temps, elle pense à ranger quand elle a terminé ses créations, mais il arrive qu’elle laisse trainer du papier, sa trousse ou de la colle. Personnellement, je serai mal placée pour lui dire quoi que ce soit, mais cela rend chèvre Will. Même s’il a toujours le droit à un origami en guise d’excuse. 

Phoebe n’a pas l’esprit logique de Piper, mais elle a très bien compris comment amadouer son père. 

-Je peux m’installer là ? J’ai des exercices de sciences à terminer. Demande Yumi à Phoebe, venue passer le reste de l’après-midi à la maison après l’école. 

-Si l’odeur de la colle ne te gêne pas, y’a pas de soucis ! 

Yumi secoue la tête de droite à gauche, puis s’installe à table en face de sa cousine. Phoebe reste concentrer sur sa création en papier pendant que Yumi tente de faire ses devoirs. Elle fronce les sourcils, souffle, râle, avant de laisser tomber sa tête sur son cahier de sciences. 

-Qu’est-ce qui t’arrive ? L’interroge Phoebe, en levant les yeux de sa tâche. 

-Je déteste la physique. J’y comprends rien. Celui qui a inventé ça détestait l’humanité. Soupire Yumi, dépitée par ses exercices. 

-Je suis en train de faire un panda en papier mâché, je pourrai te le donner si tu veux ! 

-C’est gentil Phoeb’, mais c’est pas un panda qui va m’aider à faire mes devoirs. 

-Demande à Piper de t’aider, elle termine toujours ses devoirs en deux secondes top chrono ! 

-Qu’est-ce qui se passe ? Demande justement cette dernière, ayant entendu son prénom en entrant dans le salon pour rejoindre sa petite soeur et sa cousine. 

-Je galère en sciences, tu veux bien m’aider ? Lui répond Yumi, le regard suppliant et plein d’espoir.

L’air fatigué, Piper se contente d’hocher la tête. Observant la scène, Phoebe ne tarde pas à froncer les sourcils. 

-Piper, ça ne va pas ? 

-Vous trouvez que je suis bizarre ? Questionne-t-elle après une hésitation. 

Yumi et Phoebe, surprises par sa question, se lancent un regard interloqué, ne sachant quoi répondre à sa question qui semble sortir de nul part. C’est bien la première fois que Piper se posait se genre de question. 

-J’arrête pas d’y penser depuis que Prue s’est battue avec l’autre nigaud… 

-Comme tu le dis, c’est un abruti. N’écoute pas ce qu’il dit, ce n’est pas vrai que tu es bizarre. Lui répond avec bienveillance Yumi. 

-Oui, il est débile, admet Piper sans difficulté, mais j’y réfléchis depuis, et je vois bien que je ne suis pas comme les autres. Enfin, que je ne réfléchis pas comme tout le monde. Je… Je ne sais pas trop comment l’expliquer… Soupire-t-elle finalement, avant d’aller sa chercher du yaourt dans le frigo et de s’installer à table. 

-Et c’est grave de ne pas être comme les autres ? Interroge Yumi, alors que Piper se contente de hausser les épaules. Je vais pas te mentir. Oui, tu es différente, mais nous sommes tous différents des uns des autres. Si nous étions tous pareils, ce serait nul. Tu imagines si tu étais comme l’autre naze ? 

-Beurk ! S’exclame avec dégoût Piper, grimaçant rien qu’en s’imaginant aussi stupide que lui. 

-Voilà ! Ce sont les autres qui sont nuls, toi, tu es juste intelligente… Tellement intelligente que tu vas aider ton adorable cousine avec son excice de physique à la noix. 

-Je t’ai déjà dit que je t’aiderai, ce n’est pas la peine de me passer de la pomade. Sourit Piper, amusée par la dernière réplique de Yumi. En plus, la flâterie, ça marche pas avec moi. 

-Au moins, je t’ai fait sourire ! 

-La plaie ! Il pleut ! Bougonne brusquement Prue qui rentre subitement dans le salon. 

Yumi et Piper tournent la tête vers elles, interrompues dans leur discussion. Elles écoutent l’aînée de la tribut se plaindre de ne pouvoir aller nager, avant que Piper se contente de répondre que la pluie n’est pas censée l’empêcher de nager. Dans la piscine, elle sera déjà mouillée et ce n’est pas un peu de pluie qui va changer grand chose à cet état de fait. 

Prue soupire en réponse, et lève les yeux au ciel, excédée par la réplique de sa cadette. Piper regarde le fond de son bol, perdue dans ses pensées. Elle réalise qu’elle a -encore- dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Une réplique que personne ne songerait à dire. Face au silence, Yumi ne tarde pas à lancer une plaisanterie pour détendre l’atmosphère. Elle plaisante sur la note au ras des pâquerettes qu’elle va obtenir en sciences lors du prochain contrôle, tellement son niveau est nul. Prue renchérit en disant que les sciences ne sont pas son fort non plus. La scientifique de la maison, c’est Piper, c’est connu par tous. 

C’est même à se demander de qui elle peut bien tenir, et Prue file se changer en riant. 

Pendant ce temps-là, Phoebe se contente d’observer la conversation, et délaisse sa création en papier mâché pour se lancer dans un origami. 

Sans rien dire, Piper termine son yaourt et va mettre son bol dans le lave-vaisselle. Elle s’apprête à rejoindre Yumi pour l’aider avec ses devoirs quand Phoebe la stoppe dans sa lancée. 

-Tiens, c’est pour toi ! Dit-elle, en lui tendant un papillon rouge en papier. 

-Euh, merci. Lui répond Piper en lui lançant un regard interloquée, tout en prenant l’origami. Elle l’observe un instant, remarquant que Phoebe s’est appliquée dans son papillon et qu’il est particulièrement réussi. Mais pourquoi tu me l’offres ? 

-Comme ça, parce que tu es ma grande soeur. Se contente de répondre Phoebe dans un haussement d’épaules désinvolte, tout en offrant un grand sourire à son ainée. 

Piper lui sourit à son tour, et s’empresse d’aller ranger le cadeau de sa soeur avant d’aider Yumi. 

Le week-end suivant, la famille entière est à la maison. Et pour cause, nous fêtons l’anniversaire de Prue. Ma fille aînée va devenir une adolescente, et cela me fait tout drôle de la voir quitter l’enfance. 

Mon aînée qui entre déjà dans l’adolescence ? J’ai dû mal à y croire ! Elle est née hier, ce n’est pas possible ! 

En attendant de souffler ses bougies, elle s’amuse à jouer les grandes avec son cousin, qui ne semble pas impressionné pour un sou. 

-T’es drôle Prue, c’est beau de faire la grande. En attendant, c’est moi qui reste le plus vieux. Même si tu entres au lycée, tu restes une minus. 

 -Tu feras moins le malin quand je serai grande. J’ai peur de rien moi, n’est-ce pas Piper ? 

-Aucune envie de participer à votre combat de coq. Soupire la cadette avant de retourner au rez-de-chaussée. Piper refuse de prendre parti entre sa soeur et son cousin et pour être honnête, elle ne connait même pas l’enjeu de leur conversation. 

-Ca y est, mademoiselle s’est castagnée contre un gars, et elle joue les dures ? Se moque Luke, amusée par l’attitude de sa cousine. 

-Je montre aux autres qu’il ne faut pas me chercher, ni moi, ni mes soeurs ! 

-Je suis un excellent grand frère d’abord ! Proteste Luke, outré, avant de chercher du soutien auprès de Rose. Il s’offusque quand cette dernière fait mine de réfléchir. -C’est la lose d’être le seul mec dans cette famille de fou ! Bande d’ingrates !

Dépitée que la moitiée des enfants fassent bande à part à l’étage, je ne tarde pas à leur demander de descendre. Prue ne tarde pas à râler, et Luke s’empresse de la taquiner en lui affirmant qu’elle est encore une enfant qui doit obéir à sa maman. Elle lui lance un regard agacé, et Rose rappelle sans attendre que leur mère l’a privé de sorties parce qu’il était rentré trop tard après sa séance de cinéma avec ses copains. 

-Espèce de balance. Soupire-t-il, dépité, alors que Prue saute sur l’occasion pour se moquer de son cousin. 

Quant à nous, nous nous amusons à les observer faire en comptant les points. 

C’est aussi pour ça que je leur ai demandé de descendre : pour être aux premières loges de leurs joutes verbales. 

Mais très vite, je remarque l’absence de ma mère et de mon frère. Intriguée, je commence à les chercher dans l’optique de les prévenir que nous allons bientôt sortir le gâteau. Si nous attendons plus longtemps, Prue va y installer elle-même les bougies et les souffler toute seule. 

Elle n’attend que ça depuis ce matin ! Pourquoi est-elle si pressée de grandir ? Cela doit l’amuser de nous filer un coup de vieux, j’en suis sûre ! 

-Vous faites une contre soirée ? M’exclamé-je avec surprise, quand je les trouve enfin, cachés dans la salle de bain. Vous râtez un spectacle d’enfer avec Prue qui s’amuse à donner des conseils à Luke pour ne pas se faire pincer quand il dépasse le couvre-feu…. A la réflexion, je devrais peut-être m’inquiéter d’ailleurs, plutôt que d’en rire… 

-La digne fille de sa mère. Rit Maman, alors que je vois que Grégory est embarrassé. Je leur lance un regard suspicieux, les interrogeant en silence sur ce qu’ils étaient en train de trafiquer dans cette salle de bain, à l’abris des regards. 

-Comment va Will ? Craque le premier mon frère, alors que ma mère semble se passionner par la faïence de la salle d’eau. 

Mon sourire disparait aussitôt quand je comprends. Ils s’inquiètent et, j’ignore de quoi retournait exactement leur conversation, mais ils ont du voir quelque chose en arrivant à la maison pour qu’ils aient besoin de s’isoler. 

-Ca va, étant donné les circonstances. Il suit sa thérapie. 

-Et toi, comment tu vas ? M’interroge ma mère avec sollicitude. 

-Cela n’a pas d’importance. 

-Bien sûr que si. Will vit une période difficile, et nous pouvons que le comprendre. M’assure Maman, alors que je me sens subitement gênée. C’est l’anniversaire de Prue, je n’ai aucune envie de discuter de tout cela aujourd’hui. Mais nous voyons bien que tu prends tout sur tes épaules, et… Disons que tu as l’air fatiguée ces derniers temps. 

-Du coup, on pensait prendre les enfants durant les prochaines vacances. Propose Grégory, avec prudence, devinant mon embarras. Histoire de vous soulager, tous les deux. 

-Et si tu veux, on peut se faire une sortie toutes les deux, ma puce ? 

-C’est gentil, mais ça va aller. Refusé-je en secouant la tête. Grég, tu as déjà tes deux enfants à gérer, donc je ne peux pas te demander d’en gérer trois de plus aussi longtemps. Surtout avec Prue et Piper qui se prennent la tête un jour sur deux. Et maman, je sais que tu détestes mettre le nez dehors. 

-Mais… 

-Ecoutez, oui, ce n’est pas tous les jours faciles, mais il y a du progrès. Will commence à sortir la tête de l’eau, notamment grâce à notre vie de famille sur laquelle il peut se raccrocher. Je ne suis pas certaine que lui retirer ses enfants le soulage tant que ça. Enfin, j’en sais rien. Ce n’est pas simple tous les jours, mais nous arrivons à nous en sortir. 

Je les vois se lancer un regard, et je soupire. Je sais qu’ils ne pensent pas à mal. Ils ne sont pas les premiers à proposer d’emmener les enfants quelques jours. Gabriel l’a déjà fait, et Sofia également. Si j’accepte qu’ils les emmènent une après-midi, quand Will est particulièrement déprimé, je suis réticente à les voir partir plusieurs jours. 

Ce serait comme envoyer le message que nous ne sommes plus en capacité de nous occuper de nos filles. 

Je sais que cela part d’une bonne attention, mais cela n’est pas le moment. Pas comme ça du moins. 

Alors que je convaincs Maman et Grégory de retourner au salon pour profiter de l’anniversaire de mon ainée, j’entends Sofia parler de ses soucis à son travail. L’agence de décoration d’intérieur pour laquelle elle travaille a un nouveau directeur, et ce n’est pas la première fois qu’elle se plaint de sa stupidité et de son incompétence. Encore une fois, il a passé sa semaine à lui demander de s’occuper du café ou de tâches insignifiantes, alors qu’elle ne cesse de lui rappeler qu’elle est décoratrice et non son assistante. 

-Tu as essayé de regarder s’il n’y a pas des postes ailleurs ? L’interroge Gideon, alors qu’elle lui répond que le secteur est bouché. Les postes sont rares et très demandés. 

-J’essaie de la convaincre de se lancer en indépendante, mais elle n’est pas décidée ! Intervient Laura, alors que Sofia lève les yeux au ciel en réaction. Bah quoi ? Tu serais débarrassée de lui et tu gérerais ton travail et ton temps comme tu l’entends ! 

-Ca reste très risqué et rien ne dit que j’arriverais à me constituer une clientèle. 

-Le cabinet veut rénover les bureaux dans les mois à venir. Intervient Will qui semblait ailleurs mais qui, visiblement, écoutait attentivement la conversation. Et j’ai un collègue qui a achète une maison à retaper complètement. Je pourrai très bien leur parler de toi. Avec les réseaux et le bouche-à-oreilles… Je pourrai t’aider avec les démarches aussi, si tu veux te lancer. 

-Sans parler de tes clients actuels qui voudront peut-être te suivre. Ajoute Gabriel dans un hausement d’épaules. 

Sofia les écoute avec attention, et finit par dire qu’elle va réfléchir. 

Quant à moi, je sens mon coeur léger de voir Will proposer son aide pour un si gros projet, lui qui avait encore du mal à sortir du lit il y a quelques semaines. 

Malgré la conversation sérieuse que nous avons, Prue ne tarde pas à se rappeler à notre bon souvenir. Mademoiselle veut souffler ses bougies, et elle commence à s’impatienter. Luke continue à la traiter de minus et elle veut lui montrer qu’elle n’est plus une enfant ! 

Ah si jeune et déjà si pressée ! 

Cela nous amuse plus qu’autre chose, et je ne tarde pas à aller chercher le gâteau et d’y installer les bougies. Nous souhaitons un bon anniversaire à Prue, qui s’empresse de souffler ses bougies comme si elle avait le diable aux trousses. 

-C’est fou comme le temps passe vite. Soupire Gideon alors que Prue devient une belle adolescente. 

-C’est ma fille qui devient ado et c’est toi qui déprime ? Souligné-je avec perplexité. 

-Le coup de vieux n’épargne personne. S’amuse Will, en me lançant un regard complice. 

-C’est pas faux. C’est la deuxième adolescente, il doit comprendre que ce sera bientôt le tour de sa propre fille et cela lui file le bourdon. Renchéris-je avec amusement. 

-Qu’est-ce que ce sera quand elle sera majeure… Ajoute Will. 

-Non mais ça suffit vous deux ! 

Maintenant que les bougies sont soufflées, Will coupe le gâteau et distribue des parts à tout le monde. J’observe ma part avec perplexité, ayant soudain l’appétit coupé. J’ai du mal à réaliser que ma fille aînée est déjà adolescente. Je n’ai signé nul part pour que le temps passe si vite, mais j’oublie vite mon coup de blues quand je la vois se chamailler avec son cousin. 

Soudain, je me revoie à son âge. Je me revois, moi, la seule fille dans un groupe de mecs, à participer à des joutes verbales pour affirmer ma place. 

Le temps ne fait pas que d’avancer, il se répète. 

-Quand je les vois tous les deux, me souffle ma mère en désignant Luke et Prue, j’ai l’impression de vous voir toi et ton frère au même âge. C’est d’autant plus troublant que Luke ressemble à son père et Prue à toi. 

Je souris à ma mère, qui se perd dans ses souvenirs. Pour ma part, quand j’observe ma fille, je remarque bien nos ressemblances, mais aussi celles avec son père. Prue est un parfait mélange de nous deux. Concernant Luke, Grégory ne peut nier sa paternité, mais il est également évident qu’il n’a pas fait son fils tout seul. 

-Arrête ton char ! S’exclame soudainement Luke, me sortant de mes pensées. Nous, élèves du lycée d’Oasis Spring, on est bien plus cool que les petits péteux de San Myshuno ! 

-Genre ! Vous êtes restés à l’époque des dinosaures. Je suis sûre que si les parents y vont, ils diront que leur bahut a toujours la même gueule. 

-Hey ! On n’est pas des dinosaures ! Proteste aussitôt Gideon, qui est aussitôt ignoré par les jeunes. 

-C’est vintage madame, et le vintage, c’est cool ! Assure Luke, avant d’ajouter : et puis, comment tu peux débattre là-dessus, tu viens à peine de grandir, tu n’as jamais mis un pied dans une vraie école ! 

-On l’a visité le lycée, je te signale ! 

-Wahoou ! Je suis … pas du tout impressionné. Tente d’abord d’y survivre une semaine et après on en reparle ! 

-Roh ça va, c’est une école, pas une arrête des Hunger Games. Lève les yeux au ciel Prue, pas du tout impressionnée par les propos de son cousin. 

-Cela prouve bien que tu n’y connais rien, très chère. Je suis sûr que l’autrice est traumatisée de ses années lycées et a écrit Hunger Games pour exorcicer ses souvenirs. 

-Rien que ça ! 

-Luke, arrête de raconter des bêtises pour faire peur à ta cousine. Soupire Grégory d’un air blasé, alors que nous étions à deux doigts de sortir les pop-corns. Je lance un regard mauvais à mon frère, le traitant silencieusement de rabat-joie. 

-Ne t’inquiète pas tonton, je sais bien que Luke n’est capable de sortir que des bêtises. Le jour où il sortira quelque chose d’intelligent, il pleuvra des grenouilles en tutu. 

-Wahou, quelle réplique de fifou ! Pouffe Luke en réaction. Un conseil : évite de sortir ça au bahut, tu vas te faire lyncher et ta crédibilité et celle de tes soeurs seront réduites à néant. 

-Qu’est-ce qu’elles viennent faire dans l’histoire ?

-Ma chère, sache qu’en tant qu’ainée, tu es celle qui va préparer le terrain pour celles qui passeront après toi. Si tu passes pour une loseuse, elles passeront pour des loseuses par extension. Si tu es cool, personne n’osera les embêter pour ne pas t’avoir à dos. C’est une lourde responsabilité, mais c’est bien la preuve que les aînés sont les meilleurs. 

-La réputation de Prue n’aura aucune incidence sur nous. Soupire de dépit Piper, en levant les yeux au ciel. 

-Peut-être pour Phoebe, mais sur toi, si ! Vous fréquenterez le bahut en même temps à un moment donné ! Lui rappelle Luke en donnant une petite tape sur le haut de la tête de Piper. Cette dernière s’empresse de râler et de repousser sa main, ce qui fait rire son cousin. 

-Là-dessus, attends que Rose entre au lycée et on verra si ce que tu dis est juste ! Réponds Prue en secouant la tête, ne croyant pas un mot de son cousin. 

Et puis, peu importe sa réputation, Prue a bien conscience que le caractère particulier de Piper se chargera de définir la sienne sans difficulté. 

-Bon les jeunes, la réputation c’est surfait. L’important est que vos années lycées se passent bien et que vous ayez votre diplôme à la fin. Conclus-je leur débat, alors que Gideon ne finisse par rire. Je lui jette un regard noir, avant de lui rappeler, que je l’ai eu mon diplôme ! 

De justesse, certes, mais ça, mes filles ne sont pas obligées de le savoir !

Le chapitre a mis du temps à venir, mais le voilà. ^^ » Je suis désolée d’avoir mis autant de temps, je ne me suis absolument pas rendue compte que cela faisait aussi longtemps que je n’avais posté la suite ! 

J’avoue avoir eu besoin d’une pause et j’avais davantage envie de jouer tranquillement aux sims sur mon temps libre, et pas du tout envie d’écrire. Mais quand j’ai vu la dernière fois où j’ai posté, je me dis que, quand même, j’abuse un peu XD 

Bref, la suite est là, et je vous présente la bouille ado de Prue ! 🙂  (Bon, on me souffle à l’oreille que j’ai oublié de prendre une photo de Luke dans le CUS, oups! Ce sera rectifié la prochaine fois!) 

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 59

Depuis que Will a lu la lettre de sa mère, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Découvrir la vérité de l’histoire de sa mère, sur son histoire, cela l’a dévasté. Il se doutait que son père lui avait menti sur la raison de son absence dans sa vie, mais il n’avait pas imaginé l’enfer qu’elle avait vécu. Des multitudes de scénario se sont façonné dans son esprit, mais rien ne pourra jamais changer le passé. Il culpabilise beaucoup, d’avoir écouté son père, de ne jamais avoir cherché à découvrir ce qui s’était passé, de ne jamais avoir cherché sa mère. Tellement de choses auraient été différentes si les événements s’étaient déroulés autrement… Accepter la vérité et faire le deuil d’une vie qui aurait pu être différente, c’est beaucoup trop de choses à gérer pour une seule personne. Will avait déjà ses démons, et cela ne fait que s’ajouter à ce qu’il portait déjà au fond de son coeur. 

Alors, il est tout naturellement retourné voir sa psychologue, mais il lui faudra du temps pour aller mieux. Pour avancer. Pour accepter. 

Et ce n’est pas tous les jours faciles. Pour lui. Pour les enfants. Pour notre famille. 

Alors, pendant Will fait son possible pour aller mieux, j’essaie d’assurer pour deux. Je fais tout ce que je peux pour être une bonne épouse pour lui, et pour gérer nos enfants. Je prends un maximum pour lui laisser tout l’espace dont il a besoin pour réparer son coeur meurtri. Il n’a pas besoin de se prendre la tête sur les embrouilles entre Prue et Piper. Il n’a pas besoin de veiller à ce que Phoebe mange bien ses légumes et ne mette pas la moitié de son assiette par terre. Il n’a pas besoin d’être à son maximum pour les enfants. 

Il a besoin d’un peu d’espace. Alors je prends tout sur mes épaules pour veiller à lui en laisser. Ce n’est pas tous les jours faciles, mais ma famille est ma priorité. 

Je ferai absolument tout pour elle. 

-Il est où Papa ? M’interroge Phoebe, cherchant son père du regard. 

Will est en arrêt de travail. Elle s’est habituée à le voir tous les jours à la maison. 

-Il fait une sieste ma puce. Alors, il ne faut pas qu’on fasse trop de bruits, d’accord ? Papa a besoin de repos. Lui soufflé-je, et elle hoche doucement la tête, son regard devenant plus triste. Mon coeur se serre, mais je ne peux rien faire contre l’évidence. 

Nous faisons attention avec Will à ne pas trop exposer les enfants. Il ne va pas bien, mais il ne veut pas que son état ait un impact sur nos filles. Alors, il essaie de faire bonne figure quand elles sont là. 

Quant à moi, j’essaie de donner le change et de détourner leur attention. 

Mais, malgré tous nos efforts, nos filles sont loin d’être aveugles et stupides. Elles ont remarqué le changement d’attitude de leur père. Elles ont remarqué que quelque chose n’allait pas. Elles n’osent pas trop poser de questions, mais leur regard a changé. Prue veille à ne pas trop se chamailler avec sa soeur, et Piper se ait également plus discrète. Phoebe, quant à elle, de son jeune âge, a tendance à être plus câline avec son père. 

-Bien dormi ? Demandé-je à Will, qui vient d’entrer dans le salon. Vu sa mine défaite, j’ai ma petite idée sur la question, mais je tiens à ce qu’il sente que je fais toujours attention à lui. 

Pour toute réponse, il se contente de bougonner dans un haussement d’épaules, avant de m’annoncer qu’il va préparer le repas du soir. 

Mon coeur se serre en le voyant ainsi. Lui qui a toujours aimé cuisiner, il ne le fait que par automatisme à présent. Et encore, c’est seulement parce que je suis une véritable catastrophe en cuisine. J’ai bien essayé de prendre le relais, mais même en étant guidé par mon frère grâce à un appel en visio, le résultat n’était pas terrible. Piper a même dit que Phoebe serait capable de faire mieux avec ses pâtées de sable. 

Parfois, Grégory nous dépose des plats que nous avons juste à réchauffer. Mais le reste du temps, Will se met aux fourneaux. Cela lui permet de rester actif, et ne pas se lever juste pour faire acte de présence dans nos vies. Je n’ai pas envie qu’il se force, mais il m’assure que cela lui fait du bien. Il culpabilise de son état, il a la sensation d’être un poids que je dois porter. En continuant à cuisiner, il se sent utile dans la maison. 

Alors, dans ses bons jours, il prépare des plats. Dans ses mauvais jours, on se sert dans le congélo. Nous faisons ce que nous pouvons, selon son humeur du jour et l’énergie qu’il a. Il fait des efforts, surtout pour les enfants, mais nous savons qu’il lui faudra du temps pour aller mieux. 

Après qu’il ait fini de préparer le repas de ce soir, Will quitte le salon pour retourner s’allonger dans la chambre. Je soupire en le voyant faire, attristée par son état. Je me demande quand je vais le retrouver. Je n’aime pas le voir ainsi, et je me sens démunie. Par moment, j’aimerais avoir des pouvoirs magiques et faire disparaitre sa peine. J’espère qu’il parviendra à se sentir plus léger, un jour. 

Soudain, je sens mon téléphone vibrer dans ma poche. Je me lève et je m’en empare. Lorsque je reconnais le numéro de l’école où sont scolarisées mes filles, je fronce les sourcils. 

Un appel de l’école en pleine journée, ce n’est jamais bon signe.  

-Oui allô ? Décroché-je avec appréhension. 

J’écoute avec attention mon interlocutrice, la directrice en personne, et suis soulagée de constater que personne n’est malade. 

Par contre, je manque de faire un bond de dix mètres lorsqu’elle m’expose le motif de son appel. 

-Elle a fait quoi ?? M’exclamé-je, surprise et agacée. Phoebe m’observe avec curiosité, mais je l’ignore. J’en connais une qui va m’entendre quand elle va rentrer ! 

Je laisse échapper un soupir exaspéré après avoir raccroché avec la directrice. J’essaie de rester calme pour ne pas alerter Phoebe ni Will, mais j’ai l’impression de tourner dans la maison comme un lion en cage en attendant que mes filles rentrent de l’école. Je me repasse en boucles les mots de la directrice, et j’ai du mal à y croire. Nous n’avons assez de soucis en ce moment, il faut qu’elles en rajoutent une couche ! 

Alors, je surveille l’heure avec attention. J’ai respecté le repos de Will et ne l’ait pas prévenu de l’appel de l’école. Je n’ai pas l’intention de lui cacher, mais je préfère le laisser tranquille et gérer cette situation moi-même. 

A 15h30, j’entends la porte d’entrée s’ouvrir et se refermer calmement. Pas de mots, pas de bruits, mes filles sont beaucoup trop discrètes par rapport à leurs habitudes. Si elles espèrent monter dans leur chambre sans se faire remarquer, c’est mal me connaitre ! 

-Piper ! Prue ! Venez par ici ! Les appelé-je aussitôt que je vois leur petite frimousse passer de l’autre côté de l’arche.

Un silence pesant s’installer aussitôt dans la maison. Les filles finissent par entrer dans le salon. Piper a l’air tranquille de celle qui n’a rien à se reprocher, quand Prue, au contraire, n’en mène pas large. Et mon air sévère n’a pas pour but de la rassurer. 

Je veux bien être gentille et compréhensive vis-à-vis de mes enfants, il y a des choses que je ne peux tolérer. Surtout pas en ce moment. 

-Avant que vous essayez de me sortir un bobard, sachez que j’ai eu la directrice au téléphone. Leur annoncé-je de but en blanc. Prue regarde ses pieds, mal à l’aise, alors que Piper n’a pas l’air plus perturbé que cela. Je leur demande aussitôt de s’asseoir à table, pour connaitre leur version des événements. 

Piper lève les yeux au ciel et obtempère, quand Prue obéit sans ciller. Je m’assois face à mon aînée, la principale mise en cause dans cette histoire. Elle n’a jamais eu un tel comportement et, même si je suis en colère, je veux comprendre ce qui l’a poussé à faire ça. 

Est-ce qu’elle aurait des soucis dont je n’aurais pas connaissance ? Est-ce que je pourrai l’aider d’une quelconque manière afin que cela ne se reproduise plus ? 

-Prue, j’aimerais que tu m’expliques, pourquoi tu t’es battue ? Lui demandé-je alors, obtant pour une approche douce pour qu’elle se confie à moi. Je veux savoir pourquoi ma fille se met à se battre contre un autre enfant, plus jeune en plus, puisqu’il est dans la classe de sa soeur. Tu n’as jamais été violente, et tu sais que la violence ne résout rien. 

-Il avait mérité que je le frappe, c’est tout. Bougonne Prue, se mordant la lèvre inférieur pour ne pas trop en dire, mais sans chercher à nier les faits. C’est un abruti. 

-Ca, c’est clair. Réplique Piper dans un haussement d’épaules. 

-Piper, je ne t’ai pas demandé d’intervenir encore. La repris-je sans attendre, avec un air sévère. 

-Puisque tu veux nous parler de la bagarre, et que je n’ai rien fait moi, je peux y aller ? M’interroge ma cadette, ce qui fait arrondir les yeux de sa soeur comme des soucoupes. 

-Tu exasgères, espèce d’ingrate ! S’emporte aussitôt Prue. C’est pour toi que je l’ai cogné, je te signale ! 

-Pour moi ? Mais je ne t’ai rien demandé ! Rétorque Piper, surprise par la réaction virulente de sa soeur. 

-Certes, mais il n’arrête pas de se moquer de toi ! Balance sans attendre Prue, oubliant ma présence. Quant à moi, j’écoute, mais je dois avouer que je suis un peu dépassée par la dispute de mes filles. Il passe son temps à dire que tu es bizarre, que tu es méchante et que quelqu’un devrait t’apprendre à la fermer ! 

-Et alors ? Il est débile, son opinion n’a pas d’importance. 

-Elle en a quand d’autres commencent à la partager ! Et moi, ça me soûle, car j’aime pas qu’on s’en prenne à toi, même si tu es relou quand tu t’y mets ! Donc je lui ai dit d’arrêter avant que ça n’empire, et comme il a continué à t’insulter, je l’ai frappé. Mais ça ne serait pas arrivé si tu apprennais à te défendre un peu ! 

-Prue, tu as voulu protéger ta soeur ? Compris-je alors, touchée par l’attitude protectrice de mon aînée, et inquiète de ce que peut bien subir ma cadette à l’école. 

-Bah oui ! Il faut bien, parce qu’elle ne remarque rien ! Les personnes de sa classe se moquent d’elle, mais comme elle ne remarque rien, elle ne dit rien ! Il faut bien que je m’en occupe pour ça s’arrête ! On touche pas à ma soeur ! Même si elle est pénible ! 

-Qu’est-ce qu’il se passe ici ? Interroge Will, qui vient d’arriver dans le salon, sans doute alerter par les cris de Prue. Je me sens soudainement mal à l’aise, ne voulant pas que Will s’en mêle. Il a bien d’autres choses à penser qu’à s’occuper des problèmes de nos filles. 

-Je gère, Will. Lui signalé-je, alors qu’il fronce les sourcils, avant de lancer un regard sévère sur nos filles.  

-Si je dis rien, c’est que je m’en fiche de ce qu’ils peuvent bien dire. Ils ont tort, mais c’est leur problème s’ils sont bêtes. Pas le mien. Et ça devrait pas être le tien. Finit par soupirer Piper, après un silence. 

-Ca l’est quand ils se mettent à plusieurs contre toi. Je préfère cogner la première avant qu’ils aient l’idée de le faire contre toi. Bougonne Prue, alors les yeux de Will s’arrondissent de stupeur. 

-Tu t’es battue Prue ?? 

-Pour protéger sa soeur. Lui précisé-je alors que les visages de nos filles sont fermés. Will soupire, se masse les tempes, avant de lâcher : 

-Les filles, si vous avez des problèmes à l’école, il faut nous en parler. Je… Je sais que ce n’est pas facile à la maison en ce moment, mais vous restez notre priorité. Vous pouvez nous parler, à n’importe quel moment. Mais nous n’acceptons pas la violence, c’est clair ? 

Les filles opinent, sans un mot de plus. Will lâche un soupir, avant de filer dans la cuisine, pour sortir le gâteau qu’il a préparé ce matin pour l’anniversaire de Phoebe. Avec tout ça, j’ai presque oublié que c’était aujourd’hui. 

-C’est l’anniversaire de votre soeur, donc nous n’allons nous attarder sur ça aujourd’hui. Néanmoins, demain, je vous emmènerai à l’école et je demanderai à m’entretenir avec ta prof, Piper. Si les enfants de ta classe t’embête, il est hors de question que cela continue. 

-Si tu veux. Se contente-t-elle de répondre dans un haussement d’épaules.

-Quant à toi Prue, c’est super que tu veuilles protéger ta soeur. Mais pas par la violence. Pour ça, tu es privée de jeux vidéo pour une semaine. C’est clair ? Conclus-je, alors qu’elle se contente de hocher la tête en silence. 

Quelques minutes plus tard, Will revient dans le salon pour installer le gâteau au chocolat sur la table, avec les bougies allumés. Phoebe s’accroche à ses jambes, et son regard ne cache en rien ce dont elle a envie. Elle veut que son père la prenne dans ses bras et l’aide à souffler ses bougies. Will ne peut s’empêcher de sourire, et s’empresse de répondre à sa demande.

En cet instant, mon coeur se fait plus léger. Quand Will tient notre petite dernière dans les bras, j’ai l’impression de le retrouver. Son visage s’illume, et c’est comme si ses soucis s’étaient envolés. Phoebe s’agrippe au cou de son père, et je sais que cela lui fait beaucoup de bien en observant son visage apaisé. Malgré son humeur morose, être avec ses enfants lui fait toujours du bien. C’est d’ailleurs sans doute pour ça que Phoebe est davantage câline avec son père : car elle a compris que c’est comme ça qu’elle peut lui redonner le sourire. 

-Aller, il est temps de souffler tes bougies ma puce. Lui souffle doucement Will, avant qu’elle accepte de s’exécuter pendant que nous lui souhaitons tous un joyeux anniversaire. 

Et ma petite dernière devient alors une enfant. A son tour. Cela me fait tout drôle de la voir si grande, plus indépendante. Ce n’est officiellement plus un bébé. Comme ses soeurs. J’ai l’impression qu’elle est née hier, alors que maintenant, elle va pouvoir suivre ses soeurs à l’école… En espérant qu’elle se fasse moins remarquer ! 

Après avoir goûté son gâteau d’anniversaire, Phoebe s’empresse de faire un câlin à son père. Will la serre contre lui sans se faire prier, ravi de constater que Phoebe reste toujours aussi affectueuse en grandissant. 

-Merci papa pour le gâteau ! Il est trop bon ! S’exclame-t-elle avec un grand sourire. 

-C’est normal, c’est ton anniversaire. Lui répond-t-il simplement, ses yeux brillant en observant le visage rayonnant de notre petite dernière. 

Will ne se sent pas à la hauteur en ce moment, mais il n’y a rien de mieux pour le rassurer et lui réchauffer le coeur que le sourire de notre fille. 

Phoebe s’empresse d’ailleurs lui prendre la main pour l’attirer à l’étage avec enthousiasme. 

-Papa, tu joues aux poupées avec moi ? Demande-t-elle, alors qu’il est clair qu’elle ne lui laisse pas tellement le choix. Will laisse échapper un rire, amusé par notre fille, mais se laisse néanmoins faire. Phoebe a décidé de lui changer les idées, il n’a plus qu’à se laisser faire.

Et voici la bouille de Phoebe enfant ! 🙂 

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 58

William

Mon père est mort. 

Je me répète cette phrase depuis l’appel de l’associé de mon père, il y a quelques jours. J’ai beau le faire plusieurs fois par jour, j’ai encore du mal à assimiler la nouvelle. 

Pourtant, cela fait des années que je n’ai pas de ses nouvelles. Depuis qu’il a rencontré Grace, bien avant la naissance de nos filles. Je suis sorti de sa vie, et lui de la mienne, et c’était très bien comme ça. Je savais que le jour où j’entendrais de nouveau parler de lui, ce serait à cette occasion. Celle de son décès. 

J’avais beau le savoir que cela se passerait ainsi, j’avais beau y être préparé, j’ai du mal à y croire maintenant que c’est réel. 

Pourtant, cela devrait rien me faire. Je devrais laisser couler cette information comme l’eau coule dans un ruisseau. Il ne m’a absolument pas manqué durant toutes ces années et je suis heureux de savoir qu’il n’a jamais fait partie de la vie de mes filles. Il aurait capable de blâmer une nouvelle fois Grace de ne pas avoir mis au monde un garçon, et je ne l’aurais pas supporté. Mes filles sont merveilleuses et je me fiche de ne pas avoir eu de garçon.

Ne plus porter son nom a également été un soulagement, et savoir que plus rien ne reliera ma famille à lui est un immense bonheur. Je refuse que mes filles vivent avec le poids du nom de mon père et c’est très bien qu’elles aient pu grandir loin de son influence néfaste. 

Et malgré cela, je suis ailleurs depuis l’annonce de son décès. L’associé de mon père, dont j’ai oublié le nom, a pourtant été très clair dans ses propos. Il était chargé de s’occuper de la succession et des dernières volontés de mon père. Apparemment, mon père était malade depuis plusieurs années mais a toujours refusé que je sois mis au courant. La consigne était très claire : je devais être mis au courant de son état et de son décès qu’après ses obsèques. Il ne voulait pas prendre le risque que son fils unique, dont il avait terriblement honte, soit présent ce jour-là. Non pas que j’aurais eu envie d’y aller, mais cela me chagrine qu’il ait conservé cette rancure jusqu’à son dernier souffle, et qu’il ait imposé ces conditions à ses collègues. D’après son collègue, il est mort seul, dans sa chambre de son appartement. Seuls ses associés étaient présents à ses obsèques.

Un départ seul et triste pour quelqu’un qui a passé sa vie à mépriser tout le monde. 

Sans surprise, il m’avait complètement déshérité. Je ne toucherai absolument rien, il a tout légué à son cabinet. Non pas que je voulais de son argent, mais j’aurais espéré qu’il fasse quelque chose de bien dans sa vie, pour une fois, en léguant ses biens à une association par exemple. Mais comme toujours, il n’y avait que son cabinet qui comptait pour lui, alors sa décision n’est pas tellement surprenant, en fin de compte. 

Néanmoins, en tant que son seul enfant, je devais malgré tout signer les papiers pour valider la succession, d’où l’appel obligatoire de l’associé de mon père. Sans ça, je suis certain que j’aurais tout ignoré du décès de mon père. Je n’ai pas fait d’histoire : je me suis pointé, j’ai signé les papiers et je suis parti. Ca a duré 5 minutes top chrono, et j’ai dit adieu à mon père. 

Et depuis, je suis totalement ailleurs. Sans que je m’explique pourquoi, j’ai l’esprit déconnecté de la réalité. Je ne réagis plus quand Grace ou les filles m’interpellent. Je n’ai même pas réagi quand Gabriel a appelé pour nous annoncer le décès de sa mère. Je me sens stupide et terriblement honteux. Perturbé par le décès de mon père que je détestais, je ne suis même présent pour mon ami et pour ma femme. Grace a perdu sa tante, et je me trouve dans l’incapacité de la soutenir. 

Alors que Sarah était une personne formidable. Alors que Sarah méritait d’être pleurée et honorée. Alors que Sarah mériterait qu’on soit perturbé par son départ. 

Pas comme mon père. 

Et pourtant, je suis totalement ailleurs alors que Grace gère tout comme une cheffe. Elle est tellement incroyable qu’elle ne me reproche absolument rien. Alors, qu’elle pourrait totalement m’en vouloir de ne pas la soutenir en cette période difficile. 

Je me suis longtemps demandé si j’étais triste que mon père soit mort. Est-ce que je suis triste de ne pas avoir pu lui parler une dernière fois ? De tenter de recoller les morceaux après toutes ces années ? De le soutenir dans la maladie, dans les derniers instants de sa vie ? 

En toute honnêteté… Pas du tout. Si j’avais été au courant de sa maladie, je ne suis pas certain que je serais allé le voir. Le problème n’est pas dans sa mort.

Je l’ai compris en ouvrant le dressing, un matin, et que mon regard s’est posé sur une boite blanche. Une boite, en apparence banale, mais qui contient une enveloppe que je n’ai jamais ouverte, malgré les années qui se sont passées. 

La lettre de ma mère. Que je n’ai jamais voulu ouvrir. Que j’ai mis dans une boite et que j’ai oublié dans un coin. 

Je ne sais pas pourquoi, ce soir, j’ai éprouvé le besoin de sortir la boite du dressing. Ce soir, je suis incapable de fermer l’oeil. Je ne pense qu’à cette boite, qu’à cette enveloppe, qu’à cette lettre. Pour ne pas déranger Grace, j’ai pris la boite et je me suis installé dans le salon. Cela doit bien faire une heure que je l’observe, me demandant encore et encore si je dois l’ouvrir. Je ne la quitte pas du regard, comme si elle pouvait exploser à tout moment. 

Maintenant que mon père est mort, maintenant qu’il n’y a plus personne pour confirmer ou dénigrer le contenu de la lettre de ma mère, l’envie de savoir ce qu’elle a écrit devient de plus en plus forte. Moi qui pensait avoir oublié cette maudite enveloppe, je me suis trompé. 

Elle était toujours là, attendant patiemment le bon moment pour être ouverte. Attendant que je sois prêt de découvrir la version de ma mère sur les raisons de son absence. Comme si, toutes ces années, j’avais peur de découvrir la vérité. Comme si j’avais peur de ce que j’étais capable de faire en découvrant son histoire. Comme si j’avais peur de ce que pourrait dire mon père si je le confrontais à propos de cette lettre. 

Mais aujourd’hui, il n’est plus là. Je connais sa version de l’histoire, et plus rien ne m’empêche de découvrir celle de ma mère. 

Comme si, maintenant que mon père est parti, il ne me restait plus qu’à ouvrir cette enveloppe pour tourner définitivement la page de l’histoire de mes parents. 

J’hésite un instant, puis je finis par ouvrir la boite. Sans réfléchir, je prends l’enveloppe… et je l’ouvre.

Willy,

Si tu lis cette lettre, cela signifie que je suis plus de ce monde et que je n’ai, malheureusement, pas eu le courage de te retrouver.

Je sais que tu dois probablement me haïr. J’ai été une mère épouvantable, je t’ai abandonné sans jamais te donner un signe de vie. Mais l’idée de partir sans pouvoir te raconter mon histoire me parait terriblement… injuste. Car tu as le droit de savoir la vérité, de connaitre mon histoire, notre histoire… De savoir pourquoi je t’ai abandonné sans jamais me retourner.

Entre ton père et moi, il n’a jamais été question d’amour. Notre union était simplement le fruit d’un arrangement entre nos familles. Ni lui ni moi n’avions notre mot à dire. J’ai essayé de m’en accommoder, de faire bonne figure. Je voulais rendre fière ma famille. A l’époque, ton père était un homme séduisant et charismatique. Alors, je me suis convaincue que la situation n’était pas aussi terrible qu’elle en avait l’air. J’ai été préparée à ça toute ma vie. J’ai toujours su que je ne choisirais pas mon futur époux. Alors, je me suis estimée heureuse d’être mariée à un homme charmant et sympathique au premier abord.

La réalité m’a vite rattrapé. Si ton père s’est montré tout à fait charmant avant notre mariage, il a montré un tout autre visage une fois notre union célébrée. Il était constamment désagréable, exigeant et odieux. Il exigeait que je sois présentable à toute heure, que j’entretienne parfaitement la maison pour qu’aucun grain de poussière ne traine, que je dise « oui » à tout sans jamais protester. Que je sois à l’image même du « sois belle et tais-toi ».

Et surtout, il voulait que je lui donne un héritier. Un petit garçon qui serait capable de représenter fièrement le nom « Hanks » et de prendre la suite des affaires familiales. C’était une véritable obsession pour lui.

J’ai mis longtemps avant de réussir à tomber enceinte. Le médecin disait que j’étais trop stressée et que j’y pensais trop. Ton père disait que j’étais une incapable, que si je n’étais pas fichue de lui donner un héritier, je ne servais à rien.

Je crois que je n’ai jamais vu ton père aussi heureux que le jour où je lui ai annoncé que j’étais enceinte. A part peut-être le jour où l’échographie a révélé que j’attendais un garçon. Ton père était extatique ! Dès lors, il a refusé que je fasse le moindre effort, et faisait tout son possible pour prendre soin de moi. Je n’avais plus besoin de tenir la maison, de faire la cuisine, ni même de conduire. Il y avait toujours quelqu’un pour faire les choses à ma place. Bien que le repos fût agréable, cela en est presque devenu étouffant. Je n’étais plus libre de faire quoique ce soit. J’étais juste bonne à créer l’héritier tant attendu, à faire en sorte qu’il se développe dans les meilleures conditions possibles, et à le mettre au monde. 

Ta naissance a été merveilleuse, bien que l’accouchement était difficile. Ton père était heureux, il avait son fils, et moi, j’étais ravie d’avoir un bébé en bonne santé. Je n’ai pas eu le choix de ton prénom, mais ça m’était égal. Tout ce qui comptait pour moi, c’était le merveilleux bébé que je tenais dans mes bras.

Mais très vite, ton père a retrouvé ses mauvaises habitudes. Tout ce que je faisais n’était pas assez bien pour lui. Il trouvait que je faisais preuve de trop de complaisance à ton égard, que je cédais à tous tes caprices et que je devais me montrer plus ferme. Il affirmait que tu allais devenir un homme faible si je n’étais pas plus sévère. C’était dur pour moi, car je voulais être une bonne mère et te donner tout l’amour dont tu avais besoin. Mais les exigences toujours plus grandes de ton père rendaient la situation insupportable. Je faisais tous les efforts du monde, mais ce n’était jamais assez bien, jamais assez suffisant. J’avais beau lui dire que tu n’étais qu’un bébé, il n’en avait rien à faire. Il ne supportait pas tes pleurs. J’avais l’impression d’être une moins que rien, d’être une mauvaise mère, incapable de s’occuper de son bébé.

La situation s’est aggravée quand ton père a voulu un deuxième enfant. Un deuxième garçon, évidemment. Il voulait être certain que la descendance serait bien assurée, si jamais il t’arrivait quelque chose. Encore une fois, j’ai eu du mal à tomber enceinte. J’enchainais les tests de grossesse négatifs, et ton père continuait d’affirmer que je n’étais bonne à rien.

Et quand je suis enfin tombée enceinte, j’ai perdu le bébé. J’ai eu le cœur brisé et, évidemment, pour ton père, c’était de ma faute.

En tout, j’ai fait trois fausses couches. En peu de temps. Ton père ne me laissait jamais le temps de récupérer. Que ce soit physiquement que psychologiquement. Les médecins disaient qu’il fallait me laisser du temps. Ton père n’en avait que faire. 

Ma santé psychologique s’est dégradée. Je ne supportais plus ma vie avec ton père.

La seule chose qui me faisait du bien, qui m’apportait un peu de réconfort, c’était de te tenir dans mes bras. Te voir sourire. T’entendre rire. Voir le bonheur sur ton visage d’ange.

Mais tous ces bons moments étaient sans cesse ternis par la présence de ton père.

J’étais de plus en plus faible avec le temps, comme une bougie dont la flamme faiblit jusqu’à s’éteindre. Je pleurais tout le temps. Je n’avais plus envie de rien. Je ne mangeais plus.

Je perdais également de plus en plus patience avec toi. Même mon petit garçon, mon petit Willy, ne m’apportait plus le réconfort dont j’avais besoin. Quand j’ai senti que je n’étais plus capable de m’occuper de toi, j’ai su qu’il fallait que je parte. J’ai su que si je restais, je finirais par mourir à petit feu.

Alors, j’ai quitté ton père.

Je n’avais nulle part où aller, car je savais que mes parents ne me pardonneraient jamais d’avoir détruit mon mariage. Mais, il fallait que je m’en aille, ma vie en dépendait. J’ai donc fait mes valises. J’étais en train de faire les tiennes quand ton père est rentré plus tôt du travail.

Il était fou de rage quand il a compris. Il m’a assuré qu’il ne me laisserait pas m’en sortir aussi facilement. J’étais à lui, et il était hors de question que je m’en aille. Cette fois-ci, j’étais animée par le désespoir, je ne pouvais plus me taire. Je lui ai répondu qu’il ne pouvait pas me forcer à rester, que je partirais un jour ou l’autre, que je ne pouvais plus vivre ici, qu’il me faisait vivre un enfer.

Il a alors pris mes clés, et il a quitté la maison en fermant derrière lui. J’étais coincée chez moi, sans possibilité de partir, et j’étais effondrée.

Il est cependant revenu le lendemain, plus calme, mais j’ai su en le voyant qu’il ne préparait rien de bon. Il m’autorisait à partir, il m’accordait le divorce, il me laissait même assez d’argent pour démarrer une nouvelle vie.

Mais à une seule condition : qu’il ait ta garde exclusive, sans aucun droit de visite. Si je souhaitais partir, je devrais tout abandonner, sans jamais regarder en arrière. Il était hors de question pour lui de renoncer à son héritier prodige, ni que je l’influence d’une quelconque manière que ce soit.

C’était ma liberté ou toi.

J’ai eu le cœur brisé.

Mais je savais que j’étais à bout de force. Je n’étais plus capable d’être une bonne mère. Je ne tiendrais pas longtemps si je restais. Je voulais te protéger, je ne voulais pas t’imposer une mère-épave, et encore moins un deuil.

Alors, j’ai choisi ma liberté.

C’était le choix le plus dur de ma vie. Le plus horrible. Comment une mère pouvait-elle abandonner son enfant ? Comment une mère pouvait-elle laisser son fils à un homme exécrable et épouvantable ?

Je n’avais pas le choix. Il aurait fini par gagner un jour ou l’autre. Autant que je fasse tout pour rester en vie. Car peut-être qu’un jour, je trouverais une solution pour revenir auprès de toi. Mais pour pouvoir me battre, encore fallait-il que j’en ai la force.

Avant de partir, je lui ai fait promettre de prendre soin de toi. De faire en sorte que tu sois heureux. Il m’a juré qu’il t’offrirait une excellente éducation. J’ignore ce que ça signifie, mais j’ai évité d’y penser pour ne pas devenir folle. Je refuse d’imaginer un monde où tu as grandi malheureux. Je refuse d’imaginer que mon sacrifice n’ait servi à rien. 

Le divorce a été prononcé rapidement, et je n’avais désormais plus aucun droit sur toi. Comme je l’avais anticipé, j’ai été reniée par mes parents. Pour eux, il était scandaleux que j’ai renoncé à un si bon parti. Si mon mariage avait échoué, c’était forcément de ma faute. Ils ont refusé de m’accueillir, de me laisser le temps de me retourner, et je me suis retrouvée seule. Sans famille, sans fils, sans personne. Sans rien.  

J’ai fait une profonde dépression. J’errais dans les rues sans but, sans objectif, sans goût de vivre. J’ai dû être hospitalisée. J’étais devenue une loque, une larve, une épave. Je n’étais plus bonne à rien. L’avenir ne représentait plus rien à mes yeux. J’ai songé plus d’une fois d’en finir une bonne fois pour toute. Pour ne plus souffrir. Pour ne plus subir. Pour, peut-être, être enfin libre.

Mais, petit à petit, je me suis accrochée à l’espoir de te revoir un jour. Je me suis accrochée à cette idée, comme à une bouée de sauvetage, imaginant nos retrouvailles. Avec le temps, et un gros travail sur moi-même, j’ai fini par aller mieux.

Quand je suis sortie de l’hôpital, j’ai voulu te voir. Non, j’avais besoin de te voir. Je voulais juste savoir si tu allais bien. Savoir si tu étais heureux, malgré mon absence. Je voulais simplement être rassurée.

Alors, je suis retournée à la maison, espérant t’apercevoir au loin. Malheureusement, ton père et toi aviez déménagé.

Il devait savoir que je reviendrais un jour. Il devait savoir que je ne renoncerais pas à mon fils indéfiniment. Alors, il a fait en sorte que je ne puisse pas vous retrouver. Quand j’ai vu que c’était une autre famille qui vivait chez nous, j’ai su que je ne pourrais jamais réparer mon cœur brisé.

J’ai donc tenté de reprendre ma vie en main. Je n’avais pas d’autre choix que d’accepter la situation, et essayer d’aller de l’avant. Le monde est trop vaste. Je n’avais pas assez d’énergie pour essayer de te retrouver. Ni assez de moyens ou de ressources. Face à ton père, son argent et son influence, je n’avais aucune chance de pouvoir te revoir.

Il fallait que je change d’air, alors je me suis installée au bord de la mer, à Brindleton Bay. L’air marin m’a fait énormément de bien, et j’ai commencé un boulot de serveuse dans le bar local. Retrouver une vie simple et normale, ça m’a permis d’avancer. De me sentir de nouveau femme. De me sentir de nouveau humaine. Une humaine utile, capable de faire quelque chose de ses dix doigts.

Et puis, j’ai rencontré Rafael, au bar. Il était pêcheur et il vendait son poisson sur un stand au marché du port. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi passionné par son travail. Il venait tous les jours, sans forcément commander, et nous pouvions discuter tous les deux pendant des heures.

Quand il m’a proposé de sortir ensemble, j’ai longuement hésité avant d’accepter. Je ne savais pas si j’étais prête, ou si j’avais envie de vivre avec un autre homme. Mais il m’a convaincu de lui laisser sa chance, et je ne l’ai jamais regretté. Rafael était un homme formidable, doux, patient. A l’opposé de tout ce que j’avais connu auparavant.

Je lui ai avoué que j’avais déjà été mariée, mais je n’ai jamais osé lui révéler que j’avais un fils. J’avais trop honte de t’avoir abandonné. J’avais peur qu’il parte s’il savait quelle horrible personne j’étais.

A la réflexion, je pense que j’ai eu tort de lui cacher ton existence. Il aurait compris. Il m’aurait peut-être même aidé à te retrouver. Mais j’avais trop peur, trop honte, pour lui partager cette partie de ma vie. Pour mon bien-être mental, je voulais avancer, je voulais oublier.

Comme si une mère pouvait oublier son fils…

Alors, quand il m’a demandé de l’épouser, j’ai dit oui. C’était un nouveau départ. Une nouvelle vie. Je n’ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie. C’était un petit mariage tout simple, mais amplement suffisant. J’étais heureuse, et c’était le plus important. Nous vivions tous les deux dans le bourg de Brindleton Bay, et c’était merveilleux. Je ne pouvais pas rêver mieux, qu’une vie à ses côtés.

Et un jour, pour ma plus grande surprise, je suis tombée enceinte. Je n’en croyais pas mes oreilles quand mon médecin m’a annoncé la nouvelle. Pour moi, c’était impossible. Pas après tout ce que j’avais vécu. Pas après avoir enchainé les fausses couches. Je me pensais trop vieille, trop brisée, pour pouvoir porter de nouveau la vie.

Rafael était heureux, ravi que nous ayons un enfant tous les deux. Moi, j’étais terrifiée. Je repensais à mon fils que j’avais abandonné. Comment pourrais-je être une bonne mère, alors que j’étais capable de laisser tomber mon enfant ? Comment pourrais-je être à la hauteur, avec un tel secret au fond de mon coeur ? 

La grossesse a été difficile. Cela réveillait trop de chose en moi. Je pensais sans cesse à mon petit Willy, que j’avais laissé derrière moi, sans pour autant être capable d’en parler à voix haute. Rafael pensait que j’avais peur de devenir mère. Il était adorable, et il faisait tout son possible pour me rassurer. Il prenait soin de moi, pour que je réussisse à vivre ma grossesse dans les meilleures conditions possibles. Il ne se doutait pas une seconde d’à quel point mon cœur était brisé, mais il faisait tout pour le réparer.

Et Sofia est venue au monde. En pleine forme. Tout comme toi, je l’ai aimé aussitôt. Rafael aussi. Je me suis promise de ne pas refaire les mêmes erreurs, et d’être la meilleure mère possible pour elle, à défaut de pouvoir l’être pour toi.

Nous avons donc vécu tous les trois, et nous étions heureux. Sofia grandissait à toute vitesse, et amenait tellement de vie et de joie dans notre maison. Elle était une petite fille adorable, qui faisait notre bonheur à tous les deux. Mes doutes quant à mes capacités à être mère se sont petit à petit allégée, sans jamais vraiment disparaitre. Quand je doutais, il me suffisait de voir le sourire de ma fille pour apaiser mes tourments. 

Rafael a également ouvert sa propre poissonnerie. J’ai quitté mon boulot au bar et je m’occupais de l’administratif et de la vente de la poissonnerie. Une vraie petite affaire familiale. Tout n’était pas toujours rose, mais nous étions ensemble pour affronter les obstacles et c’était plus important que le reste.  

Quand Rafael est décédé, j’ai cru que j’allais m’effondrer. C’est arrivé du jour au lendemain, à la suite d’un accident de pêche. Je ne savais pas comment j’allais me relever. Sans lui pour égayer mes journées, me rappeler que je n’étais pas une si mauvaise personne, mon existence me semblait trop difficile à supporter.

C’était trop d’épreuves pour une même personne, pour une seule vie.

Mais, il y avait Sofia. Elle venait de perdre son père. Je ne pouvais pas l’abandonner. Je l’avais déjà fait une fois, je ne pouvais pas recommencer. Je refusais de commettre les mêmes erreurs, encore une fois. 

Alors, je suis retournée voir le psy. Il m’a donné des médicaments, et je me suis battue pour ma fille. Nous avons déménagé. J’ai vendu la boutique de Rafael, et j’ai trouvé un boulot de secrétaire de mairie.

Nous avons poursuivi notre vie toutes les deux, tranquillement, doucement, et j’ose espérer que Sofia a eu la vie heureuse qu’elle mérite.

A l’heure où j’écris ces lignes, on vient de me diagnostiquer la maladie d’Alzheimer. Une nouvelle peur s’est insinuée en moi : celle de t’oublier définitivement. J’en ai été incapable toute ma vie. Tu as toujours eu une place dans mon cœur, et j’ai peur que tu disparaisses à tout jamais de ma mémoire. J’ai l’impression de t’abandonner une deuxième fois.

J’ignore tout de ce que tu es devenu. J’espère que tu es heureux. J’espère que ton père n’a pas été trop dur avec toi et que tu as eu une enfance heureuse. J’espère que tu n’as pas suivi le même chemin que lui, que tu as hérité d’une part de moi, et que tu as pu voler de tes propres ailes. Loin de lui. Loin de son influence. Pour devenir une bonne personne et illuminer ce monde de ta présence. 

Chaque année, pour ton anniversaire, je vais sur la plage et j’observe l’horizon. J’imagine une vie différente, une vie où j’aurais pu t’emmener avec moi. Est-ce que tu aurais aimé vivre ici, à Brindleton Bay ? Aurais-tu aimé vivre avec Rafael pour beau-père ? Aurais-tu aimé avoir une petite sœur ?

Je n’aurais jamais les réponses à ces questions. Mais j’aime t’imaginer en train de courir sur la plage et faire des châteaux de sables. J’aime t’imaginer apprendre à pêcher avec Rafael. J’aime t’imaginer en train d’embêter Sofia et de la rendre chèvre. J’aime vous imaginer souder tous les deux, être inséparables, toujours l’un pour l’autre pour vous serrer les coudes. J’aime nous imaginer une vraie vie de famille heureuse. 

Peut-être qu’avant de perdre complètement la tête, j’aurais le courage de te retrouver. As-tu envie que je te retrouve ? As-tu envie de faire ma connaissance ? Ou est-ce que je ne ferai que m’imposer dans ta vie, alors que je n’y ai plus ma place ?

Je n’ai pas encore la réponse. Dans le doute, j’aimerais que tu saches que je suis désolée. J’aurais aimé être là, dans ta vie. J’aurais aimé être ta mère. Le plus grand regret de toute ma vie est de t’avoir abandonné. J’aurais dû faire les choses différemment, j’aurais dû me battre pour toi, mais malheureusement, je ne peux pas revenir en arrière.

Je ne te demande pas ton pardon. Je sais que je ne le mérite pas. Mais j’espère juste que cette lettre, cette trop longue lettre, te permettra de mieux me comprendre. De savoir d’où tu viens et de répondre à tes questions. J’espère, qu’au travers de ces quelques mots, tu auras appris à me connaître. Moi, cette mère imparfaite, qui a fait de son mieux dans une vie qui ne lui a pas fait de cadeaux. 

Malgré mes défauts, je n’ai toujours souhaité que ton bonheur. Et j’espère que c’est le cas aujourd’hui. 

J’espère que la vie a été plus clémente avec toi, et je souhaite, de tout mon cœur, que tu sois heureux jusqu’à la fin de tes jours. 

Je t’aime, mon petit Willy.

Je suis devant la tombe de ma mère, le coeur lourd. Sa lettre, ses mots, tournent en boucles dans ma tête. Chaque lettre est profondément imprimé dans ma mémoire et dans mon coeur. 

Pour ne jamais les oublier. Pour ne jamais oublier l’effroyable sacrifice que ma mère a dû faire. Un sacrifice qu’aucune mère ne devrait faire un jour. Un sacrifice injuste, horrible, qui a créé plus de malheur que de joie. 

Ô maman, je suis tellement désolé. Je suis désolé de ce que mon géniteur t’a fait subir. Je suis désolé que tu ais dû subir des épreuves que personne ne devrait vivre. Je suis désolé que tu ais dû sacrifier ton fils pour pouvoir t’en sortir. Je suis désolé que ta vie se soit déroulé ainsi. 

Je suis désolé de l’avoir cru. 

Je suis désolé de ne t’avoir jamais cherché. 

-Je suis désolé, Maman… J’aurais dû .. J’aurais… dû… te retrouver… Soufflé-je, d’une voix faible, tout en posant une main sur sa tombe. 

Et j’éclate en sanglots. Grace se précipite à mes côtés et me sert dans ses bras. Sofia s’agenouille également sur le sol et se joint au câlin collectif. Je crois qu’elle pleure, elle aussi. 

Comme moi, elle a eu le coeur brisé quand elle a découvert l’histoire de notre mère. Comme moi, elle aurait aimé la connaitre avant qu’il ne soit trop tard pour arranger les choses. Comme moi, elle a un goût d’inachevé dans la bouche. Quel gâchis. 

Et maintenant que je connais la vérité… 

Comment vais-je faire pour me relever ?

J’espère que vous avez apprécié ce chapitre. Sachez que j’ai longtemps hésité entre deux versions de ce chapitre : celle-ci et celle où Will déchirait la lettre sans jamais la lire. J’avais en tête l’histoire de la mère de Will, et je me suis dit, qu’en fin de compte, elle méritait d’être racontée. Cela fait longtemps que la lettre est écrite, j’y ai apporté quelques ajustements de dernières minutes en ayant sous les yeux les images, mais j’espère qu’elle a bien rendu justice à cette pauvre Céline. 

Prenez soin de vous <3 

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 57

Les vacances touchent à leur fin. Aujourd’hui, c’est notre dernière journée à Tartosa. Demain, nous prendrons l’avion pour retourner à San Sequoia, retrouver notre quotidien et nos habitudes. Beaucoup de personnes auraient le cafard à cette perspective, mais pas moi. J’adore nos vacances, mais mes proches, ma maison et mon travail me manquent. J’ai hâte de pouvoir reprendre notre vie chez nous… et de retourner jouer avec mon équipe. Ce n’est pas toujours simples, mais la victoire est toujours grisante et cela me manque de ressentir cette sensation. 

Mais pour le moment, les vacances ne sont pas encore finies, et nous profitons de cette dernière journée à la plage, non loin de notre maison de location. 

Pendant que les enfants jouent, nous restons tranquillement installés sur des transats, à les regarder faire. Nous n’avons pas de chance, le ciel est gris aujourd’hui et il ne fait pas une chaleur extraordinaire. Suffisament pour rester en maillot de bain, mais pas assez pour aller piquer une tête dans l’eau. Maman serait déjà transformée en glaçon si elle était ici tellement elle est frileuse. 

Même si la météo n’est pas au rendez-vous aujourd’hui, nous ne nous plaignons pas. Nous avons eu beau temps le jour du mariage et tout le temps de nos vacances. Nous pouvons bien avoir une journée de grisaille ! 

D’ailleurs, s’il y en a une qui n’est pas perturbée par les températures extérieures, c’est Prue. Elle adore l’eau et quand je la regarde nager dans la mer, j’ai l’impression que, peu importe la météo, elle pourrait nager sans problème. L’hiver dernier, nous avons dû lui interdire d’aller dans la piscine et je pense que nous devrons recommencer cette année. Sans sourire, même si ça nous amuse. Will ricane en disant que notre fille lui rappelle quelqu’un. Quand il dit ça, je me contente d’hausser les épaules, faisant mine de ne pas voir où il veut en venir. 

Mais bien évidemment que je sais que ma fille tient sa fibre sportive de sa mère. Et bien évidemment, je me fichais bien de la météo quand je voulais jouer au basket dans le jardin.

Piper, quant à elle, n’a pas voulu se mouiller malgré les invitations de son aînée à la rejoindre. Prue affirme que l’eau est bonne et qu’elle ne ressent absolument pas la fraicheur extérieure. Sa soeur l’a regardé avec un air dubitatif et a tout bonnement refusé. A sa tête, on devine aisément qu’elle trouve ça stupide d’aller se baigner avec cette météo, mais elle s’est abstenue de tout commentaire. Pour une fois ! 

A la place, Piper se contente de faire une sculpture de sable. Je n’ai pas l’impression que cela la passionne, mais ça a le mérite de l’occuper pendant un moment. Elle finit néanmoins par se relever, fière d’avoir réalisé une magnifique tête de plante vache. 

Et notre petite dernière ? Elle s’amuse à essayer d’éclabousser Prue en tapant dans l’eau avec ses pieds. C’est rigolo à voir, mais absolument pas efficace. D’ailleurs, Prue n’est le moins du monde impressionnée par les tentatives de Phoebe mais elle s’amuse à s’approcher, puis s’éloigner de sa soeur, pour lui donner l’illusion qu’elle peut réussir à la toucher. Généralement, juste avant de s’éloigner, elle arrose Phoebe et cette dernière éclate de rire. 

-Laisse tomber Phoebe, tu ne vas jamais y arriver ! La prévient Piper qui les observe depuis la plage, à la fois blasée et amusée par la scène qui se déroule face à elle. 

-Laisse la, ça l’amuse ! Lui répond alors Prue, qui se rapproche doucement de Phoebe, comme un prédateur vers sa proie. BOUH ! S’écrit-elle en bondissant hors de l’eau, éclaboussant au passage sa petite soeur. Phoebe rit à gorge déployée, avant de se mettre à tousser. Ah, on dirait qu’elle a bu la tasse au passage, mais cela ne l’empêche pas de continuer à jouer avec l’eau deux secondes après. 

-Les filles, il va falloir bientôt penser à aller à la douche. Nous allons au resto ce soir, pour rappel. Les préviens-je, bien que je sais qu’elles vont négocier pour aller se changer le plus tard possible. 

La plage bénéficie de cabine pour permettre de se doucher et de se changer, afin de pouvoir profiter du restaurant attenant. Nous n’allons pas rentrer pour revenir, donc nous allons les utiliser, même si les filles ne sont pas enthousiastes. Enfin, surtout Prue -qui pourrait passer sa vie entière dans l’eau- et Phoebe -qui prend un malin plaisir à imiter sa grande soeur-, car Piper se fiche bien du programme de la journée. Et comme elle ne s’est pas baignée, la douche ira vite. 

-Maman, pas toute suite ! Proteste Prue, comme je l’avais prévu. 

-Encore une demi-heure et après, à la douche ! Lui accordé-je, bien que j’ai anticipé ses protestations. On se lance un regard entendu avec Will. Au moins, nous serons à l’heure au restaurant ! 

-Merci Maman ! S’exclame mon aînée avec enthousiasme, avant de continuer à jouer avec Phoebe. Piper, quant à elle, se contente de jouer tranquillement dans le sable sans se préoccuper de ce qui l’entoure. 

La nuit est tombée quand nous avons réussi à convaincre nos filles d’arrêter leurs activités pour aller à la douche et s’habiller. Cela n’a pas été simple, Prue voulant continuer à se baigner, mais elle a fini par se résoudre à nous écouter. Piper n’a pas fait de commentaire et s’est contentée d’obéir. Quant à Phoebe, elle a ronchonné, mais nous ne lui avons pas laissé le choix. L’avantage qu’elle soit encore une crevette. Quand elle grandira, nous ferons moins les malins ! 

Une fois tout le monde, nous allons au restaurant de la plage. Il n’est pas très grand, mais le cadre est agréable. Nous sommes installés sur la terrasse, face à la mer, et la petite brise n’est étonnament pas désagréable. 

Et évidemment, la vue est superbe ! Ce n’est pas tous les jours que l’on peut manger face à la mer ! Un endroit parfait pour notre dernière soirée à Tartosa. 

-Alors les filles, vous avez aimé vos vacances ici ? Demande Will à nos deux ainées. 

-Oui, c’était trop cool ! S’exclame avec enthousiasme Prue, tout en sautillant sur sa chaise. C’était trop bien de pouvoir se baigner partout, et les balades à vélo ! 

-Et toi Piper ? Demandé-je à ma deuxième fille après avoir souri à Prue, ravie qu’elle ait apprécié ses vacances. Piper, quant à elle, est davantage perdue dans ses pensées et je me jette un bref regard avant de se reconcentrer sur son assiette. 

-Oui, c’était sympa. Se contente-t-elle de répondre sans détailler davantage. Nous nous regardons tous un instant, attendant de voir si elle va ajouter quelque chose, mais seul le silence et le bruit des vagues nous répondent. 

-Et tu as préféré quoi ? La relancé-je ensuite, histoire de savoir ce qu’elle a aimé de ses vacances ou non. Piper est très discrète, et c’est difficile de saisir ce qu’elle peut bien penser dans sa petite tête. 

Piper soupire, et fait mine de réfléchir. Ma question l’embête, cela se voit comme le nez au milieu de la figure. Elle n’a aucune envie d’y répondre, mais elle ne m’envoie pas sur les roses, et je suppose que c’est toujours ça de gagner. 

-Je ne sais pas. J’ai bien aimé, c’est tout. Finit-elle par répondre avec désinvolture, avec un haussement d’épaules. Ce qui ne tarde pas à exaspérer son ainée. 

-Pff, dis-le si on te fait… 

-Prue, ton langage ! La reprend aussitôt Will sur un ton ferme. Elle soupire d’exaspération, et se vautre sur sa chaise en croisant les bras. Piper l’observe avec un air ahuri sur le visage. 

-C’est un problème de ne pas avoir de préférence ? Questionne-t-elle ensuite, comme si elle essayait de comprendre la réaction de sa soeur. 

-Non, j’ai juste l’impression que tu t’en fiches. Lui répond Prue, toujours avec son air aimable, et sa soeur continue de la regarder comme si une deuxième tête venait de pousser sur son corps. Piper lui explique donc qu’elle se sentait obligée de donner une réponse qu’elle n’avait pas, avant de finir par se résoudre à dire la vérité. Notre ainée se contente d’hausser les épaules en retour, mais finit par se détendre. 

Avec Will, nous nous lançons donc un regard soulagé. La soirée a failli tourner au vinaigre, mais elle se poursuit sur une ambiance détendue. 

Et puis, toutes les bonnes choses ont une fin. Le lendemain, nous avons rangé nos affaires et pris l’avion pour retourner chez nous. La température est plus fraiche à San Sequoia et cela nous a fait drôle sur le coup. Mais lorsque nous avons passé les portes de notre maison, je me suis sentie instantanément bien. Retrouver notre chez-nous, cela a quelque chose de confortable et de réconfortant. Tartosa est une jolie parenthèse, mais c’est toujours agréable de retrouver le confort de sa propre maison. 

Et puis, très vite, nous avons retrouvé notre quotidien. J’ai repris les entrainements et le travail, tout en continuant à m’occuper de mes filles… 

Et Will a repris également le travail. Le premier jour, il s’est déplacé, mais il a décidément de se mettre à jour sur ses dossiers en télétravail. Il voulait prendre le temps de potasser tout ça tranquillement, à la maison. Le monde ne s’est pas arrêté de tourner pendant notre absence, et Will ne veut pas prendre le risque de manquer la moindre information, la moindre petite chose qui s’est passé pendant ses congés. Ce que je ne peux que comprendre, dans les mesures où il s’occupe de défendre des enfants et des familles. Son travail lui tient à coeur, et il ne veut pas prendre le risque de commettre la moindre erreur. 

Quand je ne travaille pas, je profite de ma petite dernière. L’anniversaire de Phoebe approche à grands pas, et bientôt, elle ira à l’école, elle-aussi. Mon dernier bébé va devenir grande et cela me fait tout drôle. Alors, j’ai décidé de profiter de chaque instant, tant que je le peux. 

Car, si elle devient comme ses soeurs, elle prendra un malin plaisir à m’envoyer bouler et me faire comprendre qu’elle peut dorénavant se débrouiller toute seule. Moi qui adore m’occuper de mes filles, cela me fout un coup, même si je suis très fière de les voir grandir et s’épanouir. 

Mais si elles pouvaient grandir un peu moins vite, cela m’arrangerait. 

Néanmoins, malgré mes souhaits, le temps continue de filer à grande vitesse. Même si Phoebe est encore mon bébé, je vois bien qu’elle grandit. Quand je lui présente ses cartes, elle me regarde comme si j’étais une idiote. Je lui demande ce qu’il y a sur la carte que je lui présente. Elle me répond « bah une poêle ». Elle ne saisit pas où je veux en venir, et cela l’ennuit très vite. 

Je soupire. Phoebe était fascinée plus jeune par ce jeu, mais aujourd’hui, c’est devenue trop simple pour elle. Elle préfère davantage jouer avec ses poupées. Elle s’amuse à leur inventer des histoires. Je ne saisis pas tout, mais cela l’amuse. Alors, dépitée, je finis par la libérer. Elle me fait un grand sourire, et s’empresse de retourner jouer avec sa maison de poupées. 

Pendant que Phoebe file à l’étage pour aller jouer, Will arrive dans le salon dans le but de nous rejoindre. Je lui lance un regard désolé quand il constate que Phoebe prend la poudre d’escampette pour aller jouer de son côté, mais il se contente de me répondre avec un sourire amusé. 

Puis, son téléphone portable sonne dans la poche de son jean. 

Ni une, ni deux, il s’empresse de le sortir pour décrocher. Il ne regarde même pas l’écran, supposant que c’est peut-être un collègue de travail qui cherche à le joindre. Cela arrive régulièrement lorsqu’il est en télétravail. 

-Oui allô ?

-Bonjour, vous êtes bien Monsieur William Hanks ? Lui répond-t-on, ce qui le fait froncer les sourcils. 

-C’est Opaline maintenant, mais c’est bien moi. 

-Bien. Je suis Maître Callaghan, du cabinet Hanks & Associés. Je travaillais avec votre père et…

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 56

Maintenant que le mariage -et surtout le stress des préparatifs- est passé, nous pouvons profiter de nos vacances. Maman a proposé de rentrer avec les filles afin que nous puissions profiter de notre voyage de noces en amoureux, mais nous avons refusé avec Will. Venir à Tartosa, c’est aussi l’occasion pour elles de changer de décor et de profiter des vacances. Nous sommes de jeunes mariés, certes, mais nous voulons profiter des vacances avec nos filles. 

Et comme promis, peu de temps après le mariage, j’ai filé chez le coiffeur. Je n’en pouvais plus de mes cheveux qui avaient trop poussés à mon goût et il fallait absolument que je les fasse couper. Et maintenant, je me sens infiniment plus légère !

-Je suis rentrée ! Annoncé-je en arrivant dans la maison de location. J’avais rendez-vous de bonne heure ce matin et Will est entrain de préparer le petit déjeuner pendant que Phoebe joue tranquillement dans le salon. 

Will se tourne alors dans ma direction et sourit en me voyant, avant de se concentrer de nouveau sur sa préparation. Je m’approche de lui, attirée par l’odeur qui émane de la poêle. 

-Toujours aussi belle. Me complimente-t-il sans attendre, avant de plaisanter que je coupe mes cheveux de plus en plus court. 

-Au moins, je suis tranquille pour un moment ! M’en amusé-je, avant de lorgner sur le contenu de la poêle. Tu nous prépares quoi de bon ? 

-Des pancakes. A la demande générale de nos filles. 

-Et où sont les deux grandes ? Demandé-je ensuite en allant voir Phoebe, mais un rapide coup d’oeil dans la pièce de vie me permet de voir que Prue et Piper ne sont pas là. 

-Elles sont dehors. A peine levées, elles ont sauté dans la piscine ! Me répond Will avec amusement. 

Je laisse échapper un petit rire. Quand nous sommes arrivés dans la maison, nos filles aînées ont eu des étoiles plein les yeux en voyant la piscine. Nous étions étonnés de leur enthousiasme étant donné que nous en avons une chez nous, mais Prue m’assure que ce n’est pas la même chose. Effectivement, nous n’avons pas une vue mer depuis la nôtre, mais le principe reste pourtant le même. 

Néanmoins, je n’ai pas cherché à comprendre. Tant qu’elles sont heureuses, c’est le principal. Je vais jeter un coup d’oeil par la fenêtre, et j’aperçois effectivement Prue en entrain de nager alors que Piper se contente de flotter tranquillement à la surface de l’eau.  

Phoebe me rappelle vite pour me demander de jouer avec elle. Je souris et je ne me fais pas prier. Je m’empresse de la prendre sur mon dos et de jouer à l’avion. Elle éclate de rire et c’est absolument magnifique. 

Will termine de préparer les pancakes et nous regarde avec un tendre sourire. Je vois que le repas est prêt, et je suis presque déçue d’interrompre la session de jeu avec ma petite dernière. 

-Ca te dit qu’on aille chercher tes soeurs ma puce ? Lui proposé-je alors, afin de prolonger le moment encore un peu. 

Elle acquiesce avec enthousiasme, et je file dehors à grandes enjambées avec Phoebe sur le dos qui rit à gorge déployée. 

Une fois le petit déjeuner pris tranquillement tous ensemble, nous envoyons Prue et Piper prendre une douche avant de partir en vadrouille pour visiter Tartosa. Les paysages sont absolument magnifiques et j’ai hâte de pouvoir en découvrir davantage. Les filles trainent un peu des pieds, mais finissent par être prêtes à partir. 

Alors, sans attendre, nous sortons de la maison pour nous baladons dans les petits chemins de Tartosa. Il ne fait pas trop chaud aujourd’hui, malgré le soleil éclatant, une petite brise agréable venant rafraichir l’atmosphère. Un temps idéal pour visiter le coin à pieds !

La matinée passe à vitesse grand V, et nous nous arrêtons dans un petit restaurant pour le déjeuner. Ensuite, nous décidons de nous éloigner du centre de Tartosa et nous découvrons un petit lagon turquoise avec une grande cascade. Prue a aussitôt envie d’aller se baigner, ainsi que Piper. Elles nous supplient de nous arrêter sur cette plage. Nous acceptons et nous les laissons se changer pour aller dans l’eau. Nous mettons également Phoebe en maillot de bain, qui a envie de faire comme ses soeurs et de patauger dans l’eau. 

Avec Will, nous décidons de ne pas nous mettre en maillot de bain. Nous voulions davantage nous promener dans les alentours et de ne pas juste nous contenter de rester ici. Will a proposé que nous fassions le tour du lagon le temps que nos filles se baignent. Mais maintenant que nous sommes sur le pont, sur le point de commencer notre promenade, je suis dubitative quant à sa proposition. 

-Tout va bien Grace ? M’interroge Will alors que j’observe nos filles en train de profiter de la fraicheur de l’eau. 

-Tu es sûr que c’est bien sage de nous éloigner ? Lui demandé-je, pas très rassurée d’être loin de nos filles. 

-On fait juste le tour du lagon. On ne sera pas loin et on aura toujours un oeil sur elles. Tente de me rassurer Will avec bienveillance. Et Prue est suffisamment grande pour surveiller ses soeurs. Enfin, Phoebe surtout. Je pense que nous n’avons pas à nous inquiéter concernant Piper. Ajoute-t-il ensuite avec un sourire amusé. En effet, Piper est loin d’être une casse-cou et une enfant calme. Là où Prue enchaine les longueurs, Piper préfère flotter à la surface de l’eau sans rien faire. De plus, on a laissé ton téléphone dans le sac, donc les filles peuvent m’appeler au moindre problème.

-Mais tu crois que c’est prudent de laisser Phoebe dans l’eau, juste sous la surveillance de sa soeur ?

-La connaissant, elle ne va pas rester dans l’eau longtemps. S’en amuse Will, et je réalise qu’il a raison. Phoebe n’est pas une grande fan de l’eau, et c’est probablement juste par volonté d’imiter ses soeurs qu’elle a voulu se baigner. Et en effet, nous n’avons même pas eu le temps de partir qu’elle se lève déjà pour retourner sur le sable. 

En la voyant faire, Will me lance aussitôt un regard qui signifie « tu vois, je te l’avais dit ! ». Je hausse les épaules, faisant fi de sa remarque silencieuse. Je ne veux pas qu’il arrive quoi que ce soit à mes filles, et c’est normal pour une mère ! On ne sait jamais ce que peuvent faire les enfants une fois que nous n’avons le dos tourné ! Et je suis bien placée pour le savoir, je n’étais pas la dernière pour profiter de l’inattention de mes parents quand j’avais leur âge ! 

J’observe les alentours, et j’avoue, j’ai très envie de faire un tour. Je soupire, et le sourire victorieux de Will me montre sa satisfaction d’avoir réussi à me convaincre. 

Nous nous éloignons donc de la plage pour aller faire le tour du lagon. Je jette des coups d’oeil derrière moi pour m’assurer que tout va bien du côté de nos filles, ce qui amuse Will. Il m’assure que tout va bien se passer, que je n’ai aucune raison de m’en faire. Je hausse les épaules, avant de lui rappeler que c’est plus fort que moi. 

Nous empruntons un chemin qui longe le lagon, et qui nous permet d’aller dans les hauteurs. Plus nous montons, plus nous avons une vue imprenable sur le paysage qui nous entoure. Je dois avouer que c’est absolument magnifique. J’arrive même à voir nos filles d’ici. 

-Tu as un train à prendre ? M’interroge avec amusement Will, alors que je ne suis même pas aperçue que je marchais vite. 

Je tâche de ralentir la cadence, histoire de profiter de ce petit moment juste entre nous. 

Nous arrivons en haut des marches, et Will parvient à me convaincre de m’éloigner du sentier -et donc, ne plus pouvoir voir mes filles- quelques minutes pour explorer les environs. Il a vu sur internet qu’un arbre incroyable était dans le coin et il aimerait le voir de ses propres yeux. Personnellement, je n’en vois pas l’intérêt mais ça lui fait plaisir !

Il nous faut peu de temps pour le trouver. Il est effectivement immense et imposant, avec deux grosses branches qui sont entrelacées l’une avec l’autre. 

-Il parait que deux amoureux ont été maudits et ont été transformés en arbre. Pour ne pas vivre éternellement séparés, ils se sont enlacés pendant leur transformation et ils sont devenus un seul et même arbre. M’explique Will alors que j’observe l’arbre en question avec un oeil perplexe. 

-C’est une vraie légende locale ou c’est un truc inventé par un gugus lambda sur internet ? Lui demandé-je, n’étant pas convaincue par son histoire. 

-Je l’ai lu sur internet, donc je t’avoue que les deux possibilités sont valables. Me répond mon mari avec un air amusé, avant de prendre une photo de l’arbre, avant de demander à ce que nous prenions un selfie devant. Un vrai touriste ! 

Après avoir admiré l’arbre, nous finissons par retourner au sentier. Nous arrivons rapidement sur un pont qui traverse toute la cascade. La vue est absolument magnifique et c’est incroyable d’être juste au-dessus de l’eau. Will fait une photo, et moi, je tente d’apercevoir nos filles. Je souris en voyant qu’elles n’ont pas bougé. Prue nage, Piper se laisse porter par l’eau et Phoebe joue sur le sable. 

-Tu vois, elles sont toujours vivantes. Me fait remarquer Will avec amusement, alors que je lève les yeux au ciel. Je ne te savais pas mère poule. 

-C’est juste la première fois qu’on les laisse seules sans surveillance. Dans un lieu public, en plus. Et que Prue ait la responsabilité de veiller sur ses soeurs. 

-Nos filles grandissent mon coeur. Il va falloir qu’on apprenne à leur faire confiance. Me rappelle mon mari tout en me serrant dans ses bras. Je bougonne aussitôt. Ce n’est pas que je n’ai pas confiance en elles. C’est juste qu’elles sont mes bébés. Même lorsqu’elles seront adultes et auront leur propre famille, elles seront mes bébés. 

Nous restons encore quelques minutes à observer le paysage avant de descendre et de revenir sur la plage. Je dois avouer que je me sens mieux maintenant que je suis revenue sur la plage, auprès de mes filles. En nous voyant, Prue nous fait un grand coucou dans l’eau avant de reprendre sa nage, et Piper ne nous calcule même pas. Je ne suis même pas certaine qu’elle ait percuté que nous nous sommes absentés. 

Quant à Phoebe, elle vit sa meilleure vie sur le sable. Elle a trouvé son seau, et s’amuse à faire des trous et des pâtées. en nous voyant, elle nous fait un grand sourire. Elle ramasse quelque chose et court vers nous le bras tendu. 

-Regarde Maman ! Cadeau ! S’exclame-t-elle joyeusement, en me donnant un joli coquillage. 

Je la remercie aussitôt en la serrant dans mes bras. Phoebe est beaucoup trop adorable, j’aimerais qu’elle reste un petit bébé éternellement ! 

Will propose à Phoebe de l’aider à faire un château de sables, ce qu’elle accepte aussitôt. Il prend donc le seau, et commence à entasser le sable à l’intérieur pour ensuite le poser sur le sol. A peine a-t-il démoulé une tour du château que Phoebe s’amuse à prendre des poignées de sables pour les lancer en l’air. La tour s’effondre aussitôt, notre fille éclate de rire, Will essaie de ne pas faire de même, et moi, j’observe la scène avec amusement. 

Je ne sais pas à quoi va ressembler leur château, mais ça promet ! 

Quant à moi, je suis assise sur le sable, et j’observe les alentours. Les paysages. Les autres familles qui commencent à arriver pour profiter de la plage et de l’eau. Mes filles qui sont en train de se baigner. 

Je souris. Je me sens bien en cet instant. je me sens chanceuse. J’ai épousé un homme formidable. J’ai trois beaux enfants qui affirment petit à petit leur personnalité. Même si j’ai un pincement au coeur de les voir grandir, c’est un bonheur de les voir évoluer et d’apprendre à les connaitre. Cela m’amuse de voir que Prue est sportive, comme moi. Je suis intriguée devant le comportement atypique de Piper. Et je suis attendrie devant les mimiques adorables de Phoebe. 

Nous avons trois filles bien différentes, et je les aime de tout mon coeur. 

Je tourne la tête en direction de Will et de notre petite dernière. Leur château de sables commence à prendre forme. Visiblement, mon mari a réussi à convaincre Phoebe de ne pas tout détruire à chaque fois qu’il fait quelque chose. Elle fait même attention à ses gestes quand elle modèle le sable. Will prend le temps de lui montrer et Phoebe reproduit ses gestes avec application. Je souris en voyant son petit bout de langue coincé entre ses lèvres tellement elle est concentrée. Elle est beaucoup trop adorable ! 

Puis, deux minutes après, Phoebe affiche un grand sourire… et saute sur le château. Will éclate de rire -et moi aussi j’avoue- et traite notre fille de chipie. Cela l’amuse entre plus, et saute davantage sur les restes du château. Elle aime construire des choses, mais je crois qu’elle préfère les détruire! Elle faisait pareil avec ses cubes !

Le soir venu, après avoir mis Phoebe au lieu, nous nous installons en famille devant la télé. C’est dimanche, et c’est l’heure de notre traditionnelle soirée film. Auparavant, c’était une soirée que nous passions tous les deux avec mon frère, mais la vie fait qu’il n’ait pas toujours possible de la maintenir. D’autant plus aujourd’hui où nous avons chacun une famille. Quand nous le pouvons, nous allons au cinéma tous les deux. Sinon, nous faisons cette soirée chacun de notre côté, ou nous nous rejoignons chez l’un ou chez l’autre. Et quand je dis nous, je parle évidemment de toute la famille. 

Mais ce soir, nous sommes juste tous les 4, et c’est au tour de Prue de choisir le film. Piper ne tarde pas à soupirer à l’annonce du titre, mais un regard vers elle la dissuade de faire un quelconque commentaire.  

-C’est nul. Ne tarde pas à bougonner Piper, une demi-heure après le début du film. Prue soupire aussitôt, agacée par le commentaire de sa soeur. 

-Qu’est-ce qu’il y a encore ? 

-C’est du n’importe quoi, ce n’est absolument pas crédible ! 

-Parce que tes films de super héros sont réalistes peut-être ? Réplique Prue, piquée au vif. Piper lui lance un regard blasé en réponse. 

-J’ai dit crédible, pas réaliste. Un film peut être crédible sans pour autant refléter la réalité. La corrige Piper avec calme. Mais puisque tu en parles, en plus de ne pas être crédible, ce n’est pas… 

-Les filles, ça suffit. Nous regardons le film en famille, pour passer du temps tous ensemble. Alors, pas de dispute. Soufflé-je en leur lançant un regard sévère. Piper hausse les épaules avec désinvolture alors que Prue soupire d’agacement. 

-Je tiens juste à préciser que c’est juste un film et qu’on s’en fiche qu’il ne soit pas crédible ou réaliste. Bougonne Prue après quelques minutes de silence. Nous nous lançons un regard avec Will. Cela va être compliqué de profiter du film à ce rythme. 

-Tu as déjà entendu parler de la cohérence scénaristique Prue ? Lui répond Piper en levant les yeux au ciel, comme si sa soeur venait de dire un truc stupide. 

-Les filles, ça suffit ou vous allez directement dans votre chambre sans voir la fin du film ! Grondé-je sans attendre. Piper, laisse ta soeur profiter du film qu’elle a choisi et Prue, ne la relance pas ! 

Mon aînée lance un regard noir à sa cadette, qui ne semble pas particulièrement s’en soucier. Elle se contente juste de se reconcentrer sur le film. A son regard, je devine qu’elle est en train de lister tous les défauts du long-métrage, mais elle garde ses commentaires pour elle. Ce qui est déjà ça. Quand elle a commencé à se joindre à nous pour les soirées films, elle ne pouvait pas s’empêcher de tout commenter. J’espère qu’elle ne deviendra pas critique plus tard, car plusieurs acteurs et réalisateurs finiront au chômage !