Les vacances touchent à leur fin. Aujourd’hui, c’est notre dernière journée à Tartosa. Demain, nous prendrons l’avion pour retourner à San Sequoia, retrouver notre quotidien et nos habitudes. Beaucoup de personnes auraient le cafard à cette perspective, mais pas moi. J’adore nos vacances, mais mes proches, ma maison et mon travail me manquent. J’ai hâte de pouvoir reprendre notre vie chez nous… et de retourner jouer avec mon équipe. Ce n’est pas toujours simples, mais la victoire est toujours grisante et cela me manque de ressentir cette sensation. 

Mais pour le moment, les vacances ne sont pas encore finies, et nous profitons de cette dernière journée à la plage, non loin de notre maison de location. 

Pendant que les enfants jouent, nous restons tranquillement installés sur des transats, à les regarder faire. Nous n’avons pas de chance, le ciel est gris aujourd’hui et il ne fait pas une chaleur extraordinaire. Suffisament pour rester en maillot de bain, mais pas assez pour aller piquer une tête dans l’eau. Maman serait déjà transformée en glaçon si elle était ici tellement elle est frileuse. 

Même si la météo n’est pas au rendez-vous aujourd’hui, nous ne nous plaignons pas. Nous avons eu beau temps le jour du mariage et tout le temps de nos vacances. Nous pouvons bien avoir une journée de grisaille ! 

D’ailleurs, s’il y en a une qui n’est pas perturbée par les températures extérieures, c’est Prue. Elle adore l’eau et quand je la regarde nager dans la mer, j’ai l’impression que, peu importe la météo, elle pourrait nager sans problème. L’hiver dernier, nous avons dû lui interdire d’aller dans la piscine et je pense que nous devrons recommencer cette année. Sans sourire, même si ça nous amuse. Will ricane en disant que notre fille lui rappelle quelqu’un. Quand il dit ça, je me contente d’hausser les épaules, faisant mine de ne pas voir où il veut en venir. 

Mais bien évidemment que je sais que ma fille tient sa fibre sportive de sa mère. Et bien évidemment, je me fichais bien de la météo quand je voulais jouer au basket dans le jardin.

Piper, quant à elle, n’a pas voulu se mouiller malgré les invitations de son aînée à la rejoindre. Prue affirme que l’eau est bonne et qu’elle ne ressent absolument pas la fraicheur extérieure. Sa soeur l’a regardé avec un air dubitatif et a tout bonnement refusé. A sa tête, on devine aisément qu’elle trouve ça stupide d’aller se baigner avec cette météo, mais elle s’est abstenue de tout commentaire. Pour une fois ! 

A la place, Piper se contente de faire une sculpture de sable. Je n’ai pas l’impression que cela la passionne, mais ça a le mérite de l’occuper pendant un moment. Elle finit néanmoins par se relever, fière d’avoir réalisé une magnifique tête de plante vache. 

Et notre petite dernière ? Elle s’amuse à essayer d’éclabousser Prue en tapant dans l’eau avec ses pieds. C’est rigolo à voir, mais absolument pas efficace. D’ailleurs, Prue n’est le moins du monde impressionnée par les tentatives de Phoebe mais elle s’amuse à s’approcher, puis s’éloigner de sa soeur, pour lui donner l’illusion qu’elle peut réussir à la toucher. Généralement, juste avant de s’éloigner, elle arrose Phoebe et cette dernière éclate de rire. 

-Laisse tomber Phoebe, tu ne vas jamais y arriver ! La prévient Piper qui les observe depuis la plage, à la fois blasée et amusée par la scène qui se déroule face à elle. 

-Laisse la, ça l’amuse ! Lui répond alors Prue, qui se rapproche doucement de Phoebe, comme un prédateur vers sa proie. BOUH ! S’écrit-elle en bondissant hors de l’eau, éclaboussant au passage sa petite soeur. Phoebe rit à gorge déployée, avant de se mettre à tousser. Ah, on dirait qu’elle a bu la tasse au passage, mais cela ne l’empêche pas de continuer à jouer avec l’eau deux secondes après. 

-Les filles, il va falloir bientôt penser à aller à la douche. Nous allons au resto ce soir, pour rappel. Les préviens-je, bien que je sais qu’elles vont négocier pour aller se changer le plus tard possible. 

La plage bénéficie de cabine pour permettre de se doucher et de se changer, afin de pouvoir profiter du restaurant attenant. Nous n’allons pas rentrer pour revenir, donc nous allons les utiliser, même si les filles ne sont pas enthousiastes. Enfin, surtout Prue -qui pourrait passer sa vie entière dans l’eau- et Phoebe -qui prend un malin plaisir à imiter sa grande soeur-, car Piper se fiche bien du programme de la journée. Et comme elle ne s’est pas baignée, la douche ira vite. 

-Maman, pas toute suite ! Proteste Prue, comme je l’avais prévu. 

-Encore une demi-heure et après, à la douche ! Lui accordé-je, bien que j’ai anticipé ses protestations. On se lance un regard entendu avec Will. Au moins, nous serons à l’heure au restaurant ! 

-Merci Maman ! S’exclame mon aînée avec enthousiasme, avant de continuer à jouer avec Phoebe. Piper, quant à elle, se contente de jouer tranquillement dans le sable sans se préoccuper de ce qui l’entoure. 

La nuit est tombée quand nous avons réussi à convaincre nos filles d’arrêter leurs activités pour aller à la douche et s’habiller. Cela n’a pas été simple, Prue voulant continuer à se baigner, mais elle a fini par se résoudre à nous écouter. Piper n’a pas fait de commentaire et s’est contentée d’obéir. Quant à Phoebe, elle a ronchonné, mais nous ne lui avons pas laissé le choix. L’avantage qu’elle soit encore une crevette. Quand elle grandira, nous ferons moins les malins ! 

Une fois tout le monde, nous allons au restaurant de la plage. Il n’est pas très grand, mais le cadre est agréable. Nous sommes installés sur la terrasse, face à la mer, et la petite brise n’est étonnament pas désagréable. 

Et évidemment, la vue est superbe ! Ce n’est pas tous les jours que l’on peut manger face à la mer ! Un endroit parfait pour notre dernière soirée à Tartosa. 

-Alors les filles, vous avez aimé vos vacances ici ? Demande Will à nos deux ainées. 

-Oui, c’était trop cool ! S’exclame avec enthousiasme Prue, tout en sautillant sur sa chaise. C’était trop bien de pouvoir se baigner partout, et les balades à vélo ! 

-Et toi Piper ? Demandé-je à ma deuxième fille après avoir souri à Prue, ravie qu’elle ait apprécié ses vacances. Piper, quant à elle, est davantage perdue dans ses pensées et je me jette un bref regard avant de se reconcentrer sur son assiette. 

-Oui, c’était sympa. Se contente-t-elle de répondre sans détailler davantage. Nous nous regardons tous un instant, attendant de voir si elle va ajouter quelque chose, mais seul le silence et le bruit des vagues nous répondent. 

-Et tu as préféré quoi ? La relancé-je ensuite, histoire de savoir ce qu’elle a aimé de ses vacances ou non. Piper est très discrète, et c’est difficile de saisir ce qu’elle peut bien penser dans sa petite tête. 

Piper soupire, et fait mine de réfléchir. Ma question l’embête, cela se voit comme le nez au milieu de la figure. Elle n’a aucune envie d’y répondre, mais elle ne m’envoie pas sur les roses, et je suppose que c’est toujours ça de gagner. 

-Je ne sais pas. J’ai bien aimé, c’est tout. Finit-elle par répondre avec désinvolture, avec un haussement d’épaules. Ce qui ne tarde pas à exaspérer son ainée. 

-Pff, dis-le si on te fait… 

-Prue, ton langage ! La reprend aussitôt Will sur un ton ferme. Elle soupire d’exaspération, et se vautre sur sa chaise en croisant les bras. Piper l’observe avec un air ahuri sur le visage. 

-C’est un problème de ne pas avoir de préférence ? Questionne-t-elle ensuite, comme si elle essayait de comprendre la réaction de sa soeur. 

-Non, j’ai juste l’impression que tu t’en fiches. Lui répond Prue, toujours avec son air aimable, et sa soeur continue de la regarder comme si une deuxième tête venait de pousser sur son corps. Piper lui explique donc qu’elle se sentait obligée de donner une réponse qu’elle n’avait pas, avant de finir par se résoudre à dire la vérité. Notre ainée se contente d’hausser les épaules en retour, mais finit par se détendre. 

Avec Will, nous nous lançons donc un regard soulagé. La soirée a failli tourner au vinaigre, mais elle se poursuit sur une ambiance détendue. 

Et puis, toutes les bonnes choses ont une fin. Le lendemain, nous avons rangé nos affaires et pris l’avion pour retourner chez nous. La température est plus fraiche à San Sequoia et cela nous a fait drôle sur le coup. Mais lorsque nous avons passé les portes de notre maison, je me suis sentie instantanément bien. Retrouver notre chez-nous, cela a quelque chose de confortable et de réconfortant. Tartosa est une jolie parenthèse, mais c’est toujours agréable de retrouver le confort de sa propre maison. 

Et puis, très vite, nous avons retrouvé notre quotidien. J’ai repris les entrainements et le travail, tout en continuant à m’occuper de mes filles… 

Et Will a repris également le travail. Le premier jour, il s’est déplacé, mais il a décidément de se mettre à jour sur ses dossiers en télétravail. Il voulait prendre le temps de potasser tout ça tranquillement, à la maison. Le monde ne s’est pas arrêté de tourner pendant notre absence, et Will ne veut pas prendre le risque de manquer la moindre information, la moindre petite chose qui s’est passé pendant ses congés. Ce que je ne peux que comprendre, dans les mesures où il s’occupe de défendre des enfants et des familles. Son travail lui tient à coeur, et il ne veut pas prendre le risque de commettre la moindre erreur. 

Quand je ne travaille pas, je profite de ma petite dernière. L’anniversaire de Phoebe approche à grands pas, et bientôt, elle ira à l’école, elle-aussi. Mon dernier bébé va devenir grande et cela me fait tout drôle. Alors, j’ai décidé de profiter de chaque instant, tant que je le peux. 

Car, si elle devient comme ses soeurs, elle prendra un malin plaisir à m’envoyer bouler et me faire comprendre qu’elle peut dorénavant se débrouiller toute seule. Moi qui adore m’occuper de mes filles, cela me fout un coup, même si je suis très fière de les voir grandir et s’épanouir. 

Mais si elles pouvaient grandir un peu moins vite, cela m’arrangerait. 

Néanmoins, malgré mes souhaits, le temps continue de filer à grande vitesse. Même si Phoebe est encore mon bébé, je vois bien qu’elle grandit. Quand je lui présente ses cartes, elle me regarde comme si j’étais une idiote. Je lui demande ce qu’il y a sur la carte que je lui présente. Elle me répond « bah une poêle ». Elle ne saisit pas où je veux en venir, et cela l’ennuit très vite. 

Je soupire. Phoebe était fascinée plus jeune par ce jeu, mais aujourd’hui, c’est devenue trop simple pour elle. Elle préfère davantage jouer avec ses poupées. Elle s’amuse à leur inventer des histoires. Je ne saisis pas tout, mais cela l’amuse. Alors, dépitée, je finis par la libérer. Elle me fait un grand sourire, et s’empresse de retourner jouer avec sa maison de poupées. 

Pendant que Phoebe file à l’étage pour aller jouer, Will arrive dans le salon dans le but de nous rejoindre. Je lui lance un regard désolé quand il constate que Phoebe prend la poudre d’escampette pour aller jouer de son côté, mais il se contente de me répondre avec un sourire amusé. 

Puis, son téléphone portable sonne dans la poche de son jean. 

Ni une, ni deux, il s’empresse de le sortir pour décrocher. Il ne regarde même pas l’écran, supposant que c’est peut-être un collègue de travail qui cherche à le joindre. Cela arrive régulièrement lorsqu’il est en télétravail. 

-Oui allô ?

-Bonjour, vous êtes bien Monsieur William Hanks ? Lui répond-t-on, ce qui le fait froncer les sourcils. 

-C’est Opaline maintenant, mais c’est bien moi. 

-Bien. Je suis Maître Callaghan, du cabinet Hanks & Associés. Je travaillais avec votre père et…