Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 20

Quelques jours après cette soirée au cinéma, le Nouvel An est arrivé. Bien évidemment, nous nous retrouvons tous ensemble avec nos amis pour fêter la nouvelle année. Comme souvent, nous nous retrouvons au bar à karaoké pour cette occasion. Nous sommes prêts à faire la fête pendant de longues heures, et bien qu’un peu stressée, je me réjouis de passer ce moment avec eux !
Pour changer -ça va vite finir en running gag cette histoire-, Gabriel et Gideon sont encore en retard et pour nous échauffer en les attendant, nous commençons par prendre le micro avec Alice. Même pas peur, nous n’allons tout de même pas les attendre sans rien faire non plus ! Nous sommes là pour nous amuser après tout !

-Eh bah, il y a de l’ambiance ici. S’exclame Gideon en entrant dans la salle après avoir salué tout le monde et que Gabriel fait de même.
-Vous vous attendiez qu’on vous attende sagement sur un canapé ? Les interroge Grégory, qui observait notre performance tout en discutant avec Will.
-Heureusement que non, bonjour l’ennui sinon ! S’exclame Gabriel qui nous regarde avec un sourire amusé. Arriver et voir Alice et Grace pousser la chansonnette, c’est bien plus fun !
-Continue de te moquer et la prochaine est pour toi ! Le nargué-je en chantant, suivant bien le rythme de la chanson. Ce n’est pas parce que j’ai un micro dans les mains que je vais m’empêcher de charrier mon cousin !
Je ne suis pas certain que ce soit dans les paroles, ça !
-Viens vérifier si tu veux, mais tu ne repartiras pas ! Lui répond Alice, également en chantant, ce qui ne manque pas de faire rire les autres.

-Comment ça se fait que vous soyez en retard ? Leur demande Will, tandis que Gideon s’assoit à côté de mon frère.
-Gabriel ne savait pas comment s’habiller. S’empresse de répondre avec amusement Gideon alors que mon cousin lève les yeux au ciel.
-Ce n’est pas vrai ! Je n’arrivais plus à mettre la main sur ma veste ! Corrige-t-il alors que je devine au regard de mon frère et celui de Will qu’ils ne sont pas convaincus par la version de Gabriel. Ou qu’ils préfèrent celle de Gideon qui est bien plus drôle à imaginer. En tout cas, elles sont vachement classes les filles ! On m’avait pas dit qu’il fallait se mettre sur notre 31 ! Ajoute-t-il ensuite en nous regardant.
-Elles ont été faire du shopping cette semaine, elles se sont faites plaisir. Lui répond simplement Grégory dans un haussement d’épaules.
-Avec une telle tenue, Grace n’aura aucun mal à faire des rencontres ce soir ! Plaisante alors Gabriel alors que je vois Will se tendre alors que mon frère fait la grimace.
-J’ai pas particulièrement envie qu’un gros lourd vienne draguer ma sœur. Ne tarde-t-il pas à grommeler.
-Qui te dit que ce sera un gros lourd ? Si ça se trouve, ce sera l’homme de sa vie ! Poursuit Gabriel, ayant visiblement très envie d’embêter mon frère, sans remarquer Will qui fait son possible pour ne rien laisser paraitre.
-Dans un bar, un soir de Nouvel An ? Semble sceptique Grégory.

Sentant le conversation devenir glissante du côté des garçons, je préfère me reconcentrer sur la chanson. Evidemment, le décolleté de ma combinaison va attirer des regards -ça a d’ailleurs été le cas dès que j’ai mis un pied dans ce bar-, mais je préfère les ignorer. Si je devais me préoccuper du regard des autres, je passerai mon temps avec un jogging et un gros pull sur le dos ! Et puis, pour être honnête, il n’y a qu’un seul regard qui m’intéresse.
Je dois quand même avouer que j’ai longtemps hésité avant de sortir dans cette tenue, achetée exprès pour l’occasion. J’ai accompagné Alice faire du shopping et elle a insisté pour que j’achète cette combinaison noire à sequins qui me va à merveilles. J’avais un peu peur qu’il y ait un peu trop de monde qui louche sur le décolleté très plongeant, mais j’ai encore le droit de mettre ce que je veux sans me préoccuper du regard des autres.
Et puis, je me suis dit que cela pourrait être drôle de voir la tête de Will en me découvrant dans cette tenue, devant alors faire des efforts pour rester parfaitement stoïque. Et je n’ai pas été déçue : le pauvre a dégluti en me voyant et j’ai vu dans son regard qu’il faisait un effort pour me regarder dans les yeux.
Quant à moi, j’ai du prendre sur moi pour ne pas sourire d’amusement.

Après la fin de notre chanson avec Alice, nous poussons Gabriel et Gideon à aller pousser la chansonnette. Il faut bien nous venger des deux retardataires ! Ils se plient sans problème à notre exigence et nous les écoutons chanter avec plaisir.
Puis, lorsque leur chanson se termine, une inquiétude s’empare de moi lorsque je vois l’expression du visage de Gideon. Il regarde la liste des chansons disponibles sur l’écran du karaoké, puis un sourire s’affiche sur son visage.
-Grace ! Will ! Est-ce que vous êtes chiches de chanter cette chanson ? Nous lance-t-il ensuite, visiblement fier de sa blague, alors que j’imagine le pire.
Mais Grace Opaline est connue pour ne jamais refuser un défi, alors…
-Même pas peur du ridicule ! Partant Will ? M’exclamé-je joyeusement, et un regard du côté de Will me confirme que la situation l’amuse plus qu’elle ne l’embarrasse.
Nous nous levons donc et je ne peux m’empêcher de ricaner en découvrant la chanson. Une chanson d’amour, bien sûr. Bien niaise et tut-tut la praline par dessus le marché. Je regarde Gideon qui est visiblement très amusé par la situation mais c’est de bonne guerre. Après tout, lui et Gabriel ont subi la même chose lorsqu’ils gardaient leur relation secrète !
Mais cela ne nous fait pas peur avec Will et nous lançons la chanson sans crainte. Un regard a suffi pour nous faire comprendre. Pour ne rien laisser paraitre, nous allons en faire des caisses. C’est exactement ce que nous aurions fait si nous n’étions pas ensemble. Et même si, au fond de moi, cela m’embarrasse de lui chanter des mots d’amour devant tout le monde, je m’amuse comme une folle à jouer le rôle d’une amoureuse transie qui en fait des tonnes ! Avec Will, nous rions beaucoup pendant la chanson à force de faire les andouilles, mais cela n’a pas d’importance !

A la fin de la chanson, nous reposons les micros et nous rejoignons nos amis sur le canapé. Je vois que Grégory est moins souriant et amusé que les autres et une inquiétude commence à s’emparer de moi. Aurait-il deviné quelque chose ? Et si c’est le cas, est-ce qu’il désapprouve ? J’ai la boule au ventre mais je m’efforce de ne rien laisser paraitre.
-Ca va Greg ? Lui demande Will sur un ton léger. Lui aussi a du remarquer la mine de mon frère, mais il a plus de courage que moi.
-Oui ça va. Ca fait juste bizarre de vous voir chanter une chanson d’amour tous les deux. Lui avoue Grégory, un peu sur la réserve.
-C’était juste pour la blague. Dis merci à Gideon pour cette merveilleuse idée. Lui rappelle Will en lui souriant alors que j’ai l’estomac noué.
-Je sais, et heureusement. Ricane mon frère alors que j’essaie d’entrainer nos amis vers la machine à karaoké pour vite changer de sujet. En tout cas, vous avez fait le show, c’était très drôle !
-Tu nous connais, on ne fait jamais les choses à moitié !

Après quelques chansons, nous décidons de changer d’activités et de sortir de la salle de karaoké. Personnellement, j’aurais bien continué de chanter jusqu’au bout de la nuit, mais les autres ne partageaient pas cet avis.
Du coup, nous avons réquisitionné le baby-foot. Comme nous sommes six, Gideon et Will jouent à « Ne faites pas tomber le Lama » en attendant leur tour de jouer au baby foot.
De notre côté, nous jouons les filles contre les garçons. J’ai de l’énergie à revendre, et je compte bien battre Grégory et Gabriel à plates coutures ! Hors de question d’entendre Gabriel se vanter d’avoir gagné contre nous !

Et ce, même s’il m’arrive d’être parfois déconcentrée. C’est tout de même de devoir me tenir à distance de Will durant cette soirée du Nouvel An. Lorsque minuit va sonner, je ne pourrai même pas l’embrasser… Alors qu’il est diablement beau ce soir…
Bref, je m’égare. Je dois rester concentrer sur la partie de baby-foot. Après une brève absence, je récupère la balle sans difficulté et elle atterrit directement dans le but adverse ! Gabriel râle, et je jubile !
J’ai toujours dit que je suis la meilleure, il est hors de question que ça change !

Après quelques parties de baby foot, nous décidons de jouer aux fléchettes. C’est au moins une activité que nous pouvons faire tous ensemble en attendant tranquillement minuit ! Je dois avouer que ce n’est pas forcément le jeu avec lequel je me sens le plus à l’aise, mais ce n’est pas grave. Cela ne m’empêche pas de m’amuser. Surtout que je peux aisément charrier Gabriel qui a la fâcheuse manie de lancer ses fléchettes contre le mur. Il n’a jamais su viser, c’est un truc de fou !
Mais au moins, ça nous donne une raison supplémentaire de l’embêter !

Les tours s’enchainent, on compte les points, on s’amuse à se charrier. Quand c’est au tour de Will, j’en profite pour le dévorer du regard le plus discrètement possible. Au pire, si on me fait une réflexion, je pourrai toujours dire que j’essaie de marabouter mentalement sa fléchette pour qu’elle fonce dans le mur.
-Non, mais sérieux, comment vous faites ? S’exclame Gabriel, indigné, alors que Will vient de lancer une fléchette en plein dans le mille.
-Il suffit de savoir viser. Répond-t-il en prenant sa deuxième fléchette, se concentrant avant de la lancer.
-Mais je sais viser !
-Gideon, tu confirmes qu’il sait viser ? Demandé-je à mon meilleur ami avec un ton narquois.
-J’en appelle à mon droit de garder le silence…
-Vous savez, c’est le Nouvel An, pas le saint Gabriel ! Bougonne mon cousin, ce qui ne manque pas de nous faire rire.
-Pauvre Gabriel… Tu n’as toujours pas compris que c’était ta fête tous les jours ? M’empressé-je de le taquiner alors qu’il lève les yeux au ciel.

-Ca suffit vos bêtises, les jeunes ! Nous interrompt Grégory alors que c’est à son tour de lancer ses fléchettes. Sinon je vous mets au coin tous les deux ! En attendant, admirer le vrai pro des fléchettes !
-Je demande à voir. Ne semble pas convaincu Will, alors que je le vois sortir son téléphone. Je l’observe faire du coin de l’œil, et je me demande bien ce qu’il peut trafiquer. Ce n’est pas dans ses habitudes de sortir son portable quand nous sommes tous ensemble.
-Laisse le parler Will, ça rassure son ego. Lui suggéré-je, ravie de saisir l’occasion de taquiner mon frère. Avec mon cousin, ce sont mes cibles préférées !
-Très drôle Grace ! Je ne t’ai pas beaucoup vu mettre dans le mille !
-Je ne me suis jamais vantée que j’étais douée aux fléchettes ! Me défends-je alors que je sens mon téléphone vibrer dans la poche de ma combinaison.

Je m’empresse alors de s’asseoir mon téléphone et je remarque que Will m’a envoyé un message. C’est donc ça qu’il faisait sur son téléphone. Je ne peux m’empêcher de sourire lorsque j’ouvre le SMS.

« Je viens de voir qu’il est minuit. J’attends un peu avant de le signaler pour pouvoir t’envoyer un message tranquillement. Je ne peux t’embrasser mais je te souhaite une bonne année, et je suis heureux de fêter cette nouvelle année avec toi. Je t’aime…
Au fait, tu imagines à quel point c’est dur de rester impassible face à ton décolleté ? Tu es magnifique, j’ai envie de t’embrasser. »

Après la lecture de ce message, je suis encore plus satisfaite de mon achat, ravie de l’effet que cela a sur Will. Je m’empresse donc de lui répondre, faisant attention aux regards indiscrets qui pourraient observer malencontreusement le message que je suis en train d’écrire.

« Bonne année à toi aussi Will, je suis aussi heureuse de passer ce moment avec toi… Même si j’aimerais pouvoir te prendre dans mes bras et t’embrasser. Je suis en tout cas ravie de savoir que ma tenue suscite chez toi l’effet escompté. J’étais sûre que ça allait te plaire. Toi aussi tu es très beau et j’apprécie beaucoup la vue quand c’est à ton tour de jouer. Je t’aime ! »

« Tu es diabolique ! »

« Ca n’a pas l’air de te déplaire ! »

« Tu sais que ma vengeance sera terrible ? »

« Je demande à voir ! »

Plus tard, quand la soirée touche à sa fin et que nous avons tous envie de rentrer, nous nous retrouvons devant le bar à karaoké. Nous discutons encore un peu, nous trainons, mais le froid hivernal nous rappelle que nous ne pouvons pas rester dehors 107 ans sans nous transformer en glaçon géant.
Sauf que mon frère a décidé d’enclencher le mode « grand frère protecteur » et s’est mis en tête de vouloir me raccompagner. Un peu contraignant comme idée pour passer un peu de temps seule avec Will.
-Grégory, j’habite pas loin, je peux rentrer toute seule. Ca va te faire un détour. Bougonné-je, n’ayant aucune envie d’être raccompagnée chez moi par mon frère. Je le connais en plus : il ne partira pas tant que je ne serai pas enfermée chez moi à double tour et fait au moins deux fois le tour de l’immeuble pour être sûr qu’un détraqué ne m’a pas suivi. Will va être gelé avant d’avoir l’occasion de venir me rejoindre.
-C’est hors de question. On ne sait jamais qui tu peux croiser en chemin !
-Mais il ne va rien m’arriver ! Et puis, ça va vous faire un détour avec Alice !
-On ne sait jamais ! Il suffit d’une fois et je ne veux pas prendre de risque !
-Je sais me défendre ! Continué-je de protester.
-C’est peine perdu Grace. Me signale Alice. Tu connais ton frère, quand il a une idée derrière la tête !
-Il n’empêche que je ne suis pas une petite chose fragile ! Toi aussi tu vas finir par attraper froid avec ses bêtises !
-Sinon, je peux la raccompagner si ça te rassure. Propose soudain Will, alors que je me demande alors ce qu’il fabrique. Cela ne risque pas de nous griller comme proposition ? Son immeuble est sur ma route pour rentrer chez moi, j’ai pas de détour à faire. Grace t’enverra un texto quand elle sera chez elle, tu seras sûr qu’elle est rentrée en un seul morceau et ça t’évite de faire un détour.
-Je veux pas t’embêter, Will. Semble sceptique mon frère. Il est cependant moins catégorique, donc peut être il va finir par se laisser convaincre.
-Ca ne m’embête pas. Je viens te le dire : c’est sur ma route de toute façon.
-C’est un bon compromis Grégory. Confirme Alice qui s’agite sur place. Elle ne dit rien, mais cela se voit qu’elle aimerait bien rentrer au chaud !

-Faites comme vous voulez les mecs, j’ai juste envie de rentrer. Soupiré-je, faisant mine d’être exaspérée par la situation. C’est en partie le cas… Mais j’espère grandement que Grégory accepte la proposition de Will. Cela nous arrangerait bien… Mais je dois rien laisser paraitre, et montrer que les deux propositions m’agacent. Je vais dire au revoir aux deux nigauds. Ils n’ont pas à se les geler parce que vous me prenez pour une petite chose fragile.
-Ce n’est pas pour t’embêter Grace. Soupire mon frère, alors que je lève les yeux au ciel.
-Oui, je sais, tu as peur pour moi, gna gna gna. Ca fait quelques années que je vis ici maintenant, et il m’est jamais rien arrivé. Mais bon, pour ce que j’en dis, hein !
-Bon, on y va nous par contre. Nous signale Gabriel pour ensuite dire au revoir à tout le monde avec Gideon. Bonne soirée les moches et bonne année !
-Will, tu es sûr que ça te dérange pas ? Lui demande Grégory après avoir salué Gabriel et Gideon.
-T’en fais pas, frère poule.
-Bon aller, c’est décidé ! M’empressé-je de les interrompre avant que Grégory ne trouve une excuse pour me raccompagner lui-même. C’est pas le tout, mais jouer les belles gosses, ça donne sacrément froid ! Ajouté-je ensuite pour leur rappeler que je ne suis absolument pas chaudement vêtue.
-Bon, ok. Finit par abdiquer Grégory, à mon grand soulagement. Faites attention en chemin.
-C’est pas loin, ça va aller. Lui rappelle Will en souriant, alors que je me retiens de sauter de joie.

Nous restons à bonnes distances l’un de l’autre pendant une partie du trajet, pour être certains de ne pas être surpris par les autres. Nous discutons librement cependant, notamment de nos SMS enflammés et c’est difficile de rester loin de Will lorsqu’il m’observe ainsi.
Une fois devant mon immeuble et hors de vu de nos proches, je m’empresse de me réfugier dans ses bras et de l’embrasser. Il répond sans attendre à mon baiser et nous n’avons absolument aucune envie de nous séparer. Cette soirée était tellement frustrante et je me sens si bien en cet instant. J’en oublierai presque le froid extérieur !

-Tu… Tu veux monter ? Lui proposé-je après nos baisers enflammés que je n’avais aucune envie d’interrompre. Mais, même si sa présence me réchauffe, je commence sérieusement à avoir froid dehors… Autant poursuivre à l’intérieur.
Et, je ne vais pas mentir… Je n’ai aucune envie de le laisser partir.
Avec plaisir. Me répond-t-il en me souriant.
Mon cœur s’emballe tandis que je l’entraine avec moi à l’intérieur de mon immeuble.

Pendant que nous sommes dans l’ascenseur, nous ne disons rien, attendant patiemment d’arriver à mon étage. Je profite de ce temps de pause pour envoyer un message à mon frère pour lui dire que je suis bien rentrée. Je ne voudrais pas prendre le risque d’oublier et de l’inquiéter pour rien…
Une fois dans mon appartement, dès que la porte se ferme derrière nous, Will se jette sur mes lèvres et je me retrouve plaquée contre le placard de l’entrée. Je réponds à ses baisers passionnés sans la moindre hésitation, m’accrochant à lui comme si ma vie en dépendait.

-Je t’ai promis une vengeance je crois. Me souffle-t-il au creux de mon cou tandis qu’il fait glisser les minces bretelles de ma combinaison le long de mes bras.
-Oui, et je le répète : j’ai hâte de voir ça. Lui réponds-je avec un sourire narquois, pendant que je m’empresse de déboutonner son veston et sa chemise.

Nous vêtements s’envolent au fur et à mesure, et je finis par entrainer Will en direction de mon lit. Nous ne cessons de nous embrasser, de nous découvrir…
Nous sommes restés sages longtemps, prenant le temps de construire notre couple, de nous familiariser avec ce nouveau statut. Mais je n’ai plus envie de rester sage, lui non plus, nous voulons plus. Je veux être plus proche de lui et l’aimer autrement.
Tout se fait naturellement, je ne ressens pas la moindre gêne vis-à-vis de lui. Je me sens juste si bien ses bras… Et une chose est sûre : après cette nuit, nous serons plus proches l’un de l’autre que jamais.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 19

Quelques jours après la Fête de l’Hiver, je retrouve Will devant le cinéma de Magnolia Promenade. Il a beaucoup neigé ces derniers jours, et cela n’a pas été simple de venir jusqu’ici, mais il y a peu de risques que nous croisions une connaissance durant notre rendez-vous amoureux. Il est encore tôt pour que nous dévoilions notre relation, et nous avons également envie de profiter de notre petite bulle à deux.
Donc, autant éviter les lieux où nous sommes susceptibles de croiser nos amis.

-Alors, tu as réfléchi au film que tu as envie de voir ? Me demande Will alors que nous venons d’arriver devant le cinéma.
-Je t’ai dit que ça n’avait aucune importance. J’aime tous les genres de film. Alors choisis. Lui réponds-je, n’ayant pas la moindre idée du film que nous pourrions aller voir. Tant que je suis avec lui, je me fiche bien ce qui va être affiché à l’écran !

-Non, je t’ai dit que je te laissais choisir. J’ai envie de te faire plaisir. Insiste Will en me souriant, comme si un simple sourire allait réussir à m’attendrir et à me faire fléchir.
C’est mal me connaitre.
-Mais moi aussi je veux te faire plaisir !
-J’ai choisi le resto la dernière fois. Me signale-t-il, cherchant l’argument imparable.
-Et j’ai choisi l’activité cinéma. A ton tour. Ajouté-je, avec un sourire fière. Ce n’est pas une compétition, mais j’ai bien l’intention de réussir à le faire choisir le film !
-Justement. Va jusqu’au bout de ta démarche et choisis le film. Renchérit-il, alors que je réfléchis à toute vitesse à une répartie pour le contredire. Pas question de le laisser gagner !
-Grace ? Will ? Nous interrompt une voix que nous connaissons bien, nous laissant sans voix sous le coup de la surprise et de la panique.

Alors que nous nous regardons avec inquiétude, Gideon et Gabriel nous rejoignent devant l’entrée du cinéma. Je sais que l’on dit que le monde est petit, mais je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’ils fabriquent ici. Il n’y a pas assez de cinémas à San Myshuno pour qu’ils se déplacent à Magnolia Promenade ? Et qu’est-ce que nous avons bien pu faire pour les croiser ici, ce soir ?
-Oh, salut vous deux ! Répond Will avec enthousiasme et avec un naturel déconcertant. Je ne sais pas comment il fait, mais une météorite pourrait s’écraser en plein milieu de la rue qu’il n’en serait même pas perturbé. Qu’est-ce que vous faites ici ? Leur demande-t-il ensuite, après que tout le monde se soit salué.
-Au cinéma ? A priori, on va voir un film. Lui dit Gabriel avec un sourire amusé, fier de sa réponse évidente.
-Merci Captain Obvious. Lui répliqué-je en levant les yeux au ciel, tandis qu’il m’observe avec un grand sourire narquois. Et pourquoi venir à celui de Magnolia ?
-Celui à côté de chez nous est fermé pour travaux. Me répond Gideon alors que Gabriel affiche une moue déçue. Visiblement, il avait trouvé une bêtise à sortir, qu’il devra garder sous silence. Quel dommage. Et le restaurant à côté nous faisait envie, alors nous sommes venus ici. Et vous alors ? Qu’est-ce que vous faites ici, tous les deux ?

-On devait aller au ciné avec Grégory et Alice. Répond aussitôt Will alors que je me demandais bien ce que nous allions pouvoir leur répondre. Celui de Magnolia est à mi-chemin entre San Myshuno et Oasis Springs.
-Oh ! Ils vont arriver donc ? Lui demande Gabriel, alors que je me demande comment Will parvient à mentir aussi facilement. Il a appris ça en fac de droit ? Le monde est petit, c’est fou !
-C’est clair ! Mais non, ils ne viendront pas. Ils ont eu un empêchement de dernière minute. Grégory a du remplacer un collègue de son restaurant. Ajoute Will. Heureusement qu’il est là, car je n’aurais jamais pu inventer un bobard aussi efficace sans me mettre à bafouiller.
-Et vous allez voir quoi les amoureux ? M’empressé-je de changer de sujet, avant que Gabriel ou Gideon ne posent trop de questions à propos de l’absence de mon frère et d’Alice.
-Un film d’horreur qui se passe en Egypte. Répond Gabriel, alors que je lance un regard amusé à Will. Eux, ils ont réussi à choisir !
-Vous voulez venir avec nous ? Nous propose ensuite Gideon alors que je me sens soudain mal à l’aise. Je n’ai pas envie d’interférer dans leur soirée en amoureux, mais ils pourraient trouver ça suspect que nous refusions pour rester tous les deux.
On ne voudrait pas vous déranger dans votre soirée. Bredouillé-je, ne sachant pas quoi répondre.
-Si on vous le propose, c’est que ça nous dérange pas. Affirme Gabriel, qui n’a effectivement pas l’air perturbé par ce changement de programme. Et pour vous, ça change rien en fin de compte. Vous passez quand même la soirée avec un couple à tenir la chandelle ! Nous taquine-t-il ensuite. S’il savait…
-Bon, bah d’accord. Avec plaisir alors. Accepte Will avec un sourire.

Nous les suivons donc à l’intérieur du cinéma, et mon mal aise ne disparait pas. Je ne peux m’empêcher de craindre que Gabriel ou Gideon finissent par comprendre quelque chose à propos de Will et moi. Si c’est Gideon, cela passe encore mais notre secret ne le restera pas bien longtemps si Gabriel comprend que nous sommes ensemble. Il sera bien trop ravi de pouvoir plaisanter sur nous à la moindre occasion !
Pendant que Gabriel et Gideon achètent leurs places, Will s’approche discrètement de moi pour me demander si ce changement de programme me convenait. Je lui souris et assure que oui, même si je suis un peu nerveuse. Il tente de me rassurer en affirmant que tout allait bien se passer. Il ajoute même que je devrais être heureuse : je n’aurais pas besoin de batailler pour payer ma place. Il est vrai qu’il ne va pas pouvoir m’inviter pour éviter d’éveiller les soupçons et c’est déjà une petite victoire.
Après que nous ayons payé nos places, nous nous rendons à l’étage et nous entrons dans la salle. Je suis assise entre Gideon et Will, et je tente de rester la plus naturelle possible pendant que le film commence.

J’essaie de me concentrer sur le film pour éviter de penser à Will, et à l’envie de lui prendre la main ou de rapprocher de lui. Aux yeux de Gabriel et Gideon, nous sommes que des amis, et je dois rester à distance de lui. Et faire attention à ne pas être trop proche. J’aurais presque dû m’asseoir à côté de Gabriel…
Puis, je vois du coin de l’œil Gideon s’agiter sur son siège. Le pauvre, il n’a pas l’air serein.
-Ca va Gideon ? Lui demandé-je en chuchotant, mais avec un sourire narquois, amusée par son attitude.
-Euh, oui .. Oui …
-T’as peur ?
-Pas du tout.
-A peine. Pourquoi tu as voulu voir un film d’horreur si tu flippes comme ça ? Lui demandé-je, intriguée.
-Pour faire plaisir à Gabriel. Me répond-t-il dans un haussement d’épaules. Mais ça va aller. Il suffit que je regarde ailleurs pendant les moments flippants.
-Soit, 90% du film. Plaisanté-je alors qu’il me regarde d’un air inquiet.

-Ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Tenté-je de le rassurer, avant d’ajouter sur un ton taquin. Et puis, si ça se trouve, il t’a trainé ici pour que tu te colles à lui quand tu as peur et qu’il te protège des vilaines momies.
-Très drôle, comme s’il avait besoin de ça. Soupire-t-il, alors qu’il sursaute en voyant une momie débouler d’un coup à l’écran.
Je ne peux m’empêcher de ricaner avant d’essayer de me reconcentrer sur le film. Je réprime un soupir en me disant que, même si le film ne me fait pas peur pour un sou, j’aimerai bien pouvoir me rapprocher de Will. Mais je reste sagement sur mon siège, et je me contente d’un bref coup d’œil vers lui. J’ignore ce qui peut bien se passer dans sa petite tête, mais son attention est fixée vers l’écran. On dirait que la situation ne le perturbe pas du tout.
En même temps, il a des années de pratique pour ne pas laisser entrevoir ses sentiments. C’est toute suite plus facile pour lui. Je l’envierais presque.

Le film se termine et nous sortons de la salle tranquillement. Rapidement, nous nous retrouvons seuls avec Gideon, Gabriel et Will s’étant éclipsés aux toilettes.
Je suis soulagé de voir la soirée toucher à sa fin, même si je ne montre rien. Gabriel et Gideon vont pouvoir partir de leur côté, sans se douter de rien, et je vais avoir un peu de temps pour être seule avec Will.
-Alors, ça va, tu as survécu à la séance ? Ne tardé-je pas à charrier mon ami par rapport à sa peur durant la diffusion du film.
-Très drôle Grace, très drôle. Me répond alors Gideon. Tout le monde n’est pas fait pour apprécier les films d’horreur !
-Quelle idée dans ce cas d’aller en voir un !
-Je dois avoir un côté maso, que veux-tu.
-Gideon… Il y a des choses que je ne veux pas savoir … Fais-je mine de grimacer, ne manquant pas de le faire rire.
-J’imagine bien ! Au fait, ajoute-t-il en retrouvant un air sérieux, avec Will, ça dure depuis longtemps ?

-Pardon ? D-de quoi tu… parles ? Bredouillé-je, surprise, ne m’attendant pas à ce qu’il pose cette question. Il a deviné ? Mais quand ? Qu’est-ce qui nous a trahi ? Je sens mon coeur battre à toute vitesse sous la panique, tandis que je réfléchis pour trouver une excuse, une justification pour démentir son propos sur le champ.
-N’essaies pas de faire genre, Grace. Semble amusé Gideon face à ma tentative de ne pas comprendre sa question. J’ai bien compris que votre relation a dépassé le stade de l’amitié avec Will.
-Mais, euh, comment ? Continué-je à bafouiller, renonçant à nier quoi que ce soit.
-Oh plusieurs choses. Vous voir tous les deux ici alors que vous faites généralement peu de sorties juste tous les deux. Vous étiez bien proches aussi quand on est arrivé et vous vous êtes écartés de l’autre dès qu’on vous a interpelé. Et concernant le pipo de Will, il a oublié un petit détail : même si Grégory travaillait ce soir, cela n’aurait pas empêché Alice de venir avec vous au cinéma. Enumère-t-il sans perdre son sourire amusé alors que je suis dépitée face à son sens de l’observation.

-Fais pas cette tête. Vous voulez garder le secret, c’est normal. Je suis bien placé pour le comprendre. Ajoute-t-il ensuite, cherchant à me rassurer. D’autant plus que vous vous connaissez depuis l’enfance, vous avez besoin d’avoir du temps rien que pour vous, sans qu’un entourage envahissant vienne perturber la construction de votre couple. Précise-t-il avec amusement.
-Oui, mais avec Gabriel, je doute que cela reste un secret bien longtemps. Soupiré-je. Si Gideon a compris, Gabriel doit être également au courant.
-Gabriel n’a jamais été très observateur. S’il avait deviné quelque chose, il l’aurait déjà dit. M’assure Gideon, alors que je me dis qu’il n’a sans doute pas tort. C’est d’ailleurs pour ça que je t’en parle maintenant, pendant que nous sommes que tous les deux.
-Tu garderas le secret alors ?
-Bien sûr. Ce n’est pas à moi d’en parler. Me répond-t-il avec bienveillance, alors que je me sens soulagée. Je n’ai jamais douté de la discrétion de Gideon, mais sa confirmation me rassure. Et en y réfléchissant, il a raison à propos de Gabriel. Vu comment nous l’avons charrié avant que lui et Gideon n’officialisent leur relation, il aurait sauté sur l’occasion pour se venger. En tout cas, je suis content pour vous deux, et pour toi. Will est quelqu’un de génial, et tu mérites d’être heureuse.
-Merci Gideon, c’est vraiment gentil. Lui dis-je, touchée par ses paroles.

Un peu plus tard, Gabriel et Gideon ont fini par partir de leur côté. Gideon a dû insister pour entrainer Gabriel avec lui, mon cher cousin souhaitant au contraire prolongé la soirée avec nous, mais Gideon a réussi à le convaincre de partir. J’imagine qu’il a deviné que nous souhaitons être un peu tous les deux avec Will.
Nous nous éloignons à notre tour du cinéma et nous décidons de nous balader un peu avant de rentrer à San Myshuno. Je ne tarde pas à avouer à Will que Gideon a deviné pour nous deux.
-Cela ne m’étonne pas qu’il accepte de garder le secret. Me répond Will un peu plus tard, au fil de la conversation.
-Oui, tu me l’avais dit. Et je ne suis pas surprise non plus. On ne fait pas plus discret que Gideon.

-En tout cas, j’aurais bien aimé voir ta tête quand il t’a dit qu’il a deviné pour nous deux. Plaisante ensuite Will.
-Ahah très drôle. J’aurais aimé t’y voir. Répliqué-je aussitôt alors que Will ne permet pas son air amusé sur son visage. Ca ne te gêne pas qu’il soit au courant ?
-Non, et puis c’est le risque quand on essaie de garder une relation secrète. En hausse les épaules avec désinvolture Will. De nos amis, il vaut mieux que ce soit lui qui le découvre que quelqu’un d’autre.
-Oui, comme Gabriel.
-Il n’y a rien vu, lui, par contre ?
-D’après Gideon, non car il l’aurait dit directement si c’était le cas.
-Il n’a pas tort. Admet Will. Et d’un côté, cela ne m’étonne pas qu’il n’ait rien remarqué. Il fait partie de ta famille après tout. Ajoute-t-il ensuite d’un air taquin, fier de sa plaisanterie.
-Mouahaha, quel humour. Je suis pliée en deux. Un peu plus et je serais morte de rire. Tu as fait l’école du rire ? Répliqué-je, amusée, ne perdant pas une occasion de l’embêter à mon tour.

-Tss, t’es bête. Me répond simplement Will tout en me prenant dans ses bras.
-Non, c’est toi l’idiot. Le taquiné-je en laissant échapper un petit rire, alors qu’il me serre un peu plus contre lui.
Je profite de son étreinte, me sentant si bien dans ses bras. Avec le froid qui nous entoure, la chaleur de ses bras représente réconfort et bien-être. Aussitôt, j’ai l’impression que plus rien autour de nous n’existe et mes préoccupations par rapport à notre relation secrète me semblent bien loin de mon esprit.
J’aimerais que cet instant dure toujours.
-Je… je t’aime Will. Lui soufflé-je au creux de l’oreille, sans réfléchir, comme si j’avais besoin de lui dire à cet instant précis.
-Je t’aime aussi. Me répond-t-il à son tour, avant de m’embrasser avec douceur.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 18

Avec l’hiver, la Fête de l’Hiver arrive également vite. J’ai l’impression que la dernière fois que nous l’avons fêté, c’était hier tellement le temps passe vite. Il faut dire qu’entre mon travail, ma relation avec Will et devoir ne rien laisser paraitre auprès de nos amis, je n’ai pas l’occasion de m’ennuyer.
En cette journée de fête, je quitte donc San Myshuno pour aller chez Maman à Oasis Springs. Cela commence à faire un moment que je ne l’ai pas vu et cela me fait plaisir de passer la journée avec elle. Et je crois que je ne suis pas la seule car, à peine ai-je franchi la porte d’entrée de la maison, Maman me saute dessus pour m’accueillir en me prenant dans ses bras.

-Grace ! Ca me fait plaisir de te voir ma grande ! Me salue-t-elle avec enthousiasme.
-Bonjour Maman. Tu vas bien ? Lui réponds-je en souriant.

-Bien sûr. Dès que mes deux enfants sont à la maison, je ne peux qu’aller bien ! M’assure-t-elle, alors que je ne peux m’empêcher de lever les yeux au ciel.
-Maman... Ne puis-je m’empêcher de soupirer.
-Oui, je sais, tu as ta vie à San Myshuno. D’ailleurs, je t’ai vu à la télé l’autre jour !
-Il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard, je n’ai pas joué à mon dernier match. Haussé-je simplement les épaules avec désinvolture. Je suis la première arrivée ?
-Quand bien même, je suis fière de toi. Et pour te répondre, ton oncle et ta tante ne vont pas tarder à arriver. Quant à Gabriel… Et bien, tu connais ton cousin. Précise-t-elle avec amusement, alors que je ne parviens pas à me retenir de rire. Le manque de ponctualité de Gabriel est maintenant de notoriété publique ! J’ai hâte de voir Tonton chambrer Gabriel à ce propos d’ailleurs !

Je m’empresse ensuite de saluer mon frère qui est en train de s’affairer en cuisine, ainsi qu’Alice qui regarde un truc sur l’ordinateur familial. Un aboiement fini par attirer mon attention, et je souris en voyant Comète à mes pieds. Elle me regarde avec un air de chien battu, me suppliant de la caresser pour apporter un peu de bonheur dans sa difficile vie de petit toutou.
Franchement, je la plains, la pauvre.

-Coucou ma petite Comète. Tu as bien fait ta grasse matinée aujourd’hui ? Lui dis-je en me mettant à genoux pour lui faire des papouilles.
-Tu penses, elle a boudé toute la matinée sur son tapis. Me répond avec amusement Alice. Comme ta mère courait partout pour préparer la Fête de l’Hiver, elle n’a pas eu ses câlins du matin. Ajoute-t-elle ensuite. Il est vrai que d’habitude, Maman passe sa matinée sur le canapé devant la télé, et Comète en profite pour s’installer sur ses genoux pour avoir des câlins.
-Ma pauvre Comète, on va finir par avoir des problèmes avec la SPA. Plaisanté-je tout en lui faisant des gratouilles sous le menton. Et toi, ça va sinon ?
-Impec. Je travaille beaucoup en ce moment, mais il faut bien ça pour préparer l’ouverture de la prochaine boutique. Me répond Alice, avec une pointe de fierté dans la voix. Il est vrai qu’elle vient d’être promue dans son travail. Elle va être la gérante de la nouvelle boutique de vêtements que son entreprise va ouvrir en périphérie d’Oasis Springs. C’est vraiment chouette pour elle !

Mon oncle et ma tante finissent par arriver à leur tour. L’ambiance calme qui régnait jusqu’à présent s’est aussitôt envolé dès que Tonton est entré dans la maison. Ma mère soupire, mais je sais bien que ça l’amuse. Au moins, on ne risque pas de s’ennuyer.
Tonton ne tarde pas à demander où est « le gugus qui lui sert de fils » puis à soupirer que le « jour où il sera à l’heure quelque part, il va pleuvoir des grenouilles dans le monde entier ». Il annonce la couleur !
Gabriel, accompagné de Gideon, finit par arriver. Il est accueilli comme il se doit par son père et à sa tête, mon cousin semble comprendre qu’il va entendre parler de son retard pendant une bonne partie de la journée. Je vois Gideon se retenir de rire devant l’air blasé de Gabriel. Mon pauvre Gideon… si déjà tu te retiens de rire, tu n’as pas fini.
Peu de temps après, Grégory annonce que le repas est prêt et nous nous installons tous autour de la table pour profiter de la dinde préparé par mon frère.
-Non mais sérieux Gabriel, il va falloir que tu m’expliques comment tu te débrouilles pour être toujours en retard, c’est affolant ! Continue mon oncle, au grand désespoir de son fils. Dis-moi Gideon, qu’est-ce qu’il trafique pour être à laboure comme ça ? Vous savez, vous aurez tout le temps ce soir pour faire des câlins, pas besoin de vous y mettre juste avant de partir ! Ajoute-t-il alors que Gabriel manque de s’étouffer avec son verre d’eau à la suite de sa dernière remarque. Je suis incapable de me retenir de rire. J’aurais cru que vivre avec quelqu’un t’aurait appris à être à l’heure !
-Il corrigeait des copies. Informe Gideon qui peine à retrouver son sérieux.
-Sérieux ? Mon fils, tu connais la définition d’un jour férié ? Je pensais que si je t’avais appris au moins un truc, c’est ça ! Fait mine de s’offusquer Tonton.
-Sarah, tu ne m’avais pas dit que Celian s’occupait aussi peu de son fils ? Réagit aussitôt Maman en direction de ma tante.
-Je l’apprends moi-aussi. Ricane-t-elle à son tour.
-Non mais vous voyez ce que je veux dire !
-Eh bien, on ne s’ennuie pas chez vous. Me signale Gideon alors Maman, Tata et Tonton continuent de se chambrer.
-Et encore, tu n’as pas vu nos repas de famille quand Papa était encore là. Lui dis-je, amusée alors que je vois Grégory acquiescer d’un mouvement de tête.
-C’était les champions Papa et Tonton. Mais Grace se défend bien quand elle veut. Ajoute-t-il d’ailleurs.
-Toi, tu as hérité des talents culinaires de Papa, et moi, de son humour ! Affirmé-je avec fierté.

-Vous êtes pas croyables ! C’est la première fois que j’amène Gideon à un repas de famille, et vous faites tout pour le faire fuir ! S’exclame d’un coup Gabriel, ne manquant pas de faire rire toute l’assemblée. Il est vrai que c’est la première fois qu’il amène Gideon -en même temps, vu le temps qu’ils ont mis à officialiser leur couple…- mais il ne parle plus à sa famille depuis des années et il n’allait pas passer la Fête de l’Hiver tout seul. Et je pense que tout le monde ici considère qu’il fait partie de la famille maintenant.
-Si tu veux mon avis, ça doit être un rite de passage. Tente de le rassurer Alice. La première fois que j’ai été invitée à un repas de famille ici, Grégory a bien été chambré aussi.
-C’est pour voir si vos chéri(e)s sont assez solides pour survivre chez les Chastain ! S’ils prennent peur en vous voyant subir mon humour ravageur, c’est le signe qu’ils ne sont pas faits pour vous ! Affirme Tonton, qui prend un malin plaisir à tourmenter le monde qui l’entoure. Tu crois que j’ai épargné mon frère quand il a ramené ta tante à la maison ?
-Oh non ! Je m’en souviens comme si c’était hier ! Je peux dire que je m’ennuyais pas quand j’étais chez eux ! Se rappelle Maman sans cacher son amusement.
-Grace ! Surtout, pour ton bien et celui d’un pauvre malheureux qui n’a rien demandé, reste célibataire ! Me conseille alors Gabriel, suscitant les rires de toute la famille.

-Quoique… Tu me diras, s’il arrive à te supporter, il devrait supporter Papa. Ajoute ensuite Gabriel après avoir fait mine de réfléchir une minute.
-Quel humour Gabriel, je suis pliée. Répliqué-je en restant stoïque face à sa remarque. Ne surtout pas penser à Will. Surtout ne rien laisser paraitre. Même si je souris intérieurement en repensant au mariage de mon frère : Will doit déjà avoir une petite idée de ce qui l’attend dans cette famille vu comment il a été malmené par ma tante et ma mère.
-D’ailleurs, comment se fait-il que tu sois toujours célibataire Grace ? S’empresse d’intervenir mon oncle, ravi d’avoir un nouveau sujet de plaisanterie. Je vois Gabriel afficher un air fier sur le visage, ravi d’avoir réussi à dévier la conversation. En cet instant, je déteste mon cousin. Ils sont tous aveugles, les gars à San Myshuno ?
-Je l’ignore Tonton, je l’ignore. Mais pour le moment, je suis très bien toute seule. Je me concentre sur mon travail. Lui réponds-je le plus sobrement possible, pour ne pas alimenter ses plaisanteries. Dans ma tête, je réfléchis à une manière de relancer la conversation vers Gabriel.
-Roh, il n’y a pas que le travail dans la vie ! M’assure Tonton, qui réfléchit intensivement pour trouver une nouvelle plaisanterie à faire. Ca se voit à son visage : il commence à devenir rouge et il y a de la fumée qui sort de ses oreilles. C’est bien aussi d’avoir quelqu’un et une famille ! D’ailleurs, j’y pense, en parlant de famille… Grégory, Alice, c’est pour quand le bébé ? Demande-t-il ensuite avec un grand sourire fier. Je ne peux m’empêcher de rire. Décidément, aujourd’hui, tout le monde en aura pris pour son grade !
Ce n’est pas au programme pour le moment. Se contente de répondre Alice avec un sourire amusé.
-Pourquoi ? Ou alors c’est une manière polie que vous ne connaissez pas le mode d’emploi ? Ajoute-t-il ensuite alors que je vois mon frère prendre sa tête entre les mains d’un air désespéré.
-Je commence tout juste au restaurant et Alice doit se concentrer sur l’ouverture de sa boutique.
-Ca ne me dit pas si vous avez le mode d’emploi…
-T’inquiète pas Tonton. Vu ce que j’entendais depuis ma chambre quand on était ado, ils connaissent très bien le mode d’emploi ! Lui assuré-je alors que Grégory me fusille du regard. Gideon part dans un fou rire, et je crois qu’on l’a perdu pour le reste de la journée. Bienvenue dans la famille mon pote !

Une fois que Tonton a décidé qu’il avait suffisamment embêté son monde, nous nous levons pour que tout le monde puisse ouvrir ses cadeaux. Maman commence et elle est émue par le cadeau que nous lui avons offert avec Grégory. Nous nous sommes longtemps creusés les méninges pour trouver une idée cadeau. Ce qui n’a pas été simplement, vu qu’elle nous a pas aidé. Soidisant qu’elle n’avait besoin de rien et que le simple fait d’avoir ses enfants avec elle pour la Fête de l’Hiver suffisait à lui faire plaisir. J’ai eu l’éclair de génie en voyant une pub sur internet pour un site qui fait des livres photo. Grégory et Alice ont donc fouillé toute la maison en l’absence de Maman pour rassembler un maximum de photos. Puis, Grégory est venu chez moi pour faire le tri parmi les photos et réaliser l’album sur internet. On y a passé deux jours entiers mais le résultat en vaut la chandelle ! Un album photo avec des photos d’elle et Papa, et de Grégory et moi quand nous étions enfants, cela ne pouvait pas faire plus plaisir à Maman. Puis, Grégory prend un paquet et me le donne.
-Qu’est-ce que c’est ? Demandé-je avec curiosité en secouant la boite pour essayer de deviner ce qu’il y a à l’intérieur.
-Un abonnement pour un site de rencontre. Me dit-il avec sérieux. Sérieux qu’il perd aussitôt alors que je le regarde avec des yeux ronds de surprise. Je plaisante ! Ouvre et tu verras bien !
Je lève les yeux au ciel face à sa plaisanterie et j’ouvre le paquet. Il s’agit d’un bon cadeau pour un soin dans un spa.
-Tu sais, Tonton a raison… Tu travailles beaucoup alors, avec Alice, on s’est dit que ça pourrait te faire du bien de prendre du temps pour toi.
-Je sais que c’est une idée d’Alice, mais merci beaucoup mon grand frère adoré. Lui soufflé-je tout en le prenant dans mes bras.
-Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. Nie-t-il sur un ton amusé tout en déposant un baiser sur ma joue.

Après l’ouverture des cadeaux, je retourne m’asseoir à table quand je sens mon téléphone vibrer dans ma poche. Je profite de cet instant d’accalmie pour le prendre et regarder le message que je viens de recevoir. Je souris aussitôt en voyant le nom de Will s’afficher. Il me souhaite une joyeuse Fête de l’Hiver et de bien profiter de cette journée en famille. Il est adorable mais je ressens soudain un pincement au cœur. Il n’a pas célébré cette fête depuis qu’il ne vit plus avec son père et je sais qu’il est actuellement seul chez lui. J’ai longtemps hésité à l’inviter à venir chez nous. Maman n’y aurait vu aucun inconvénient en sachant qu’il était seul aujourd’hui. Mais venant de moi, et non de Grégory, ça aurait pu sembler étrange et impossible de garder notre relation secrète avec mon oncle qui aurait creusé jusqu’à trouver de l’or.
-A qui tu écris ? Me sort subitement de mes pensées ma tante, me faisant sursauter.
-A un ami, il me souhaitait une bonne Fête de l’Hiver. Lui réponds-je, espérant que je n’ai rien laissé paraitre.
-Un ami… Répète-t-elle, songeuse, alors que mon cœur tambourine dans ma poitrine à cause du stress. Il doit être particulier cet ami pour te faire sourire comme ça.
-C’est juste un message Tata.
-Oui oui. Fait-elle mine de me croire en ricanant.
-Qu’est-ce qui te fait rire ? Intervient mon oncle à s’installant à son tour à table, juste en face de ma tante.
Ca y est. Je suis fichue.
-Rien. Un truc de filles. Tu ne pourrais pas comprendre. L’envoie-t-elle promener alors que je me sens soulagée. Je m’empresse de ranger mon téléphone. Manquerait plus que je vois un nouveau message de Will alors que je suis maintenant dans le collimateur de mon oncle !

Le lendemain soir, je fête une nouvelle fois la Fête de l’Hiver, mais en tête-à-tête avec Will cette fois-ci. Je voulais vraiment qu’il profite de cette fête, et je lui ai proposé il y a quelques jours qu’il vienne à l’appartement le lendemain de la Fête de l’Hiver pour que nous célébrions ça tous les deux. Il m’a assuré que cela ne lui faisait ni chaud ni froid de ne pas faire la Fête de l’Hiver, mais cela lui fait plaisir de passer une soirée avec moi.
Alors, en sortant du travail, il s’est dépêché de venir me rejoindre chez moi. J’ai eu la surprise de le voir arriver avec des sacs de courses, et un grand sourire fier sur le visage.

-Tu n’étais pas obligé de te donner autant de mal ! Lui assuré-je un peu plus tard, après qu’il ait terminé de cuisiner un véritable repas de fête. En plus, tu en fais pour un régiment !
-Cela me fait plaisir, ne t’inquiète pas. Et ça me fera une excuse pour revenir t’aider à finir les restes ! Me répond-t-il avec un air amusé.
-Comme si tu avais besoin d’une excuse pour venir ! Répliqué-je, amusée, avant de déposer un baiser sur sa joue. Je prends ensuite des assiettes pour aller mettre la table. En tout cas, ça sent super bon.
-J’espère que tu aimeras.

Nous nous installons donc à table et Will remplit les assiettes. Cela a l’air délicieux et je suis d’autant plus heureuse d’être avec lui. Si on devait compter sur mes talents culinaires pour bien manger, nous serions bien dans le pétrin.
En fait, je pense qu’on aurait instauré une nouvelle tradition pour les fêtes. Pizza pour tout le monde !

-Et sinon, ça s’est bien passé hier ? Me demande Will pendant que nous dinons. Et je dois dire que le plat est aussi bon que l’odeur le suggérait!
-Oui, c’était mouvementé, mais comme à chaque repas de famille. Mon oncle était particulièrement en forme hier. Et comme c’était la première fois que Gabriel amenait Gideon à la maison, je peux te dire qu’il a pris cher !
-Ils étaient en retard, comme d’habitude ?
-Bien sûr ! Ce qui n’a pas arrangé son cas. Ricané-je, ce qui semble amusé aussi Will.
-J’aurais aimé être une petite souris pour voir ça.
-Tu le verras par toi-même un jour. Lui signalé-je, un peu plus timidement, alors qu’il me sourit et me regarde avec tendresse.
-Dois-je comprendre que je dois me préparer psychologiquement aux plaisanteries de ton oncle ?
-Rassure-toi, c’est plus moi qui vais prendre cher dans un premier temps. Mais ça va aller, je ne manque pas de répartie ! Lui affirmé-je avec assurance et amusement. Et il va s’amuser à dire que c’est pour voir si tu as les épaules pour supporter la famille !
-Quand je vois vos joutes verbales avec Gabriel, je n’en doute pas. Rit-il avant d’ajouter. Et j’ai survécu à ta tante qui voulait me caser avec toi au mariage de ton frère, donc je pense que ça devrait aller !
-Si elle avait su.
-Elle aurait été encore plus insistante je pense ! Je l’aurais eu sur le dos jusqu’à ce que je te dévoile mes sentiments ! Me répond-t-il et je ne peux m’empêcher de rire rien qu’en imaginant la scène. Connaissant Tata, elle aurait été même capable de s’allier avec Tonton pour faire craquer Will !

Nous nous finissons de diner tranquillement puis nous débarrassons la table et Will s’empresse de faire la vaisselle. Je râle en disant qu’il n’a pas à la faire, mais il m’assure que cela ne le dérange pas. Je le savais maniaque, mais tout de même !
Nous allons ensuite nous installer dans le salon, quand Will m’arrête avant que je m’assois sur le canapé. Il me tend une boite emballée alors qu’il me regarde avec amour.
-Will ? Mais tu n’étais pas obligé ! Lui dis-je, touchée par son cadeau. Bon, j’avoue j’ai également prévu quelque chose pour lui, mais il n’était pas obligé de m’offrir quelque chose !
-C’est la Fête de l’Hiver, c’est normal que je t’offre un cadeau. Me répond-t-il, amusé par ma réaction. Aller, ouvre.
-Un week-end au Mont Komorebi ? Soufflé-je, surprise, alors que je découvre une feuille avec une photo des montagnes du Mont Komorebi et sous laquelle il y a écrit « Bon pour un week-end en amoureux ». Mais Will, c’est trop !
-Je sais que tu rêves d’y retourner. Alors je me suis dit que ça serait une bonne idée.
-C’est… C’est une excellente idée oui, mais…
-Il n’y a pas de « mais », cela me fait plaisir. Me coupe-t-il alors que je suis profondément touchée par son cadeau. Dis-toi que c’est un cadeau pour nous deux, si tu préfères.
-Tsss, tu es adorable. Cédé-je, alors je m’empresse de le prendre dans mes bras et de l’embrasser. Une fois encore, je me rends compte à quel point j’ai de la chance qu’il partage ma vie et je ne regrette pas une seconde que notre relation ait évolué.
En fait, cette évolution ait une évidence.
Je l’aime.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 17

La soirée entre amis est vite arrivée. La première depuis que nous sommes ensemble avec Will. Je suis un peu nerveuse à l’idée que nous soyons tous réunis, inquiète que les autres découvrent en un clin d’œil notre petit secret. Will a tenté de me rassurer : si nous agissons comme à notre habitude, tout devrait bien se passer. « Comme nos anciennes habitudes », l’ai-je aussitôt corrigé. Si je l’embrasse pour lui dire bonjour, je doute que ça paraisse normal aux yeux de nos amis.
Mon frère et Alice sont les premiers à arriver, suivi de près par Will. Comme d’habitude, Gabriel et Gideon sont les derniers à arriver. Je n’ai pas manqué de charrier mon cousin qui n’est jamais fichu d’être à l’heure, et il a décrété qu’il allait bouder le reste de la soirée.
Du coup, au moment du repas -préparé par Will après qu’il ait insisté, et secondé par Grégory-, Gabriel décide d’aller manger sur le canapé tout seul. Certes, il n’y a pas assez de place autour de ma table, mais quand même !

-Roh aller ! C’est la première soirée qu’on passe tous ensemble depuis le retour de Grégory et Alice, tu pourrais venir avec nous ! Lui fais-je remarquer, alors que je ne peux m’empêcher de m’amuser de la situation.
-Non, je boude !
-Aller, viens me tenir compagnie debout ! Intervient à son tour Gideon, mais même lui ne parvient pas à dérider Gabriel.
-Finalement, on aurait peut-être pas du rentrer. On était bien en vacances. Plaisante à son tour mon frère, et Alice s’empresse de confirmer les propos de Grégory.
-J’en connais deux qui vont s’empresser d’acheter deux billets d’avion pour retourner fissa à Sulani. Renchérit Will. D’ailleurs, c’était comment là-bas ?

-C’était génial, vraiment dépaysant ! Lui répond Alice avec enthousiasme. Il n’y a pas une journée où on ne s’est pas extasié devant les paysages. Et les locaux sont vraiment très sympathiques et accueillants. C’est comme sur les photos de mariage de vos parents. Ajoute-t-elle ensuite en nous désignant Grégory et moi.
-Attention à ne pas faire tout comme eux. Sinon, vous avez du ramener un petit souvenir de Sulani. Les taquiné-je aussi, ravie d’avoir une nouvelle occasion d’embêter mon frère.
-Qu’est-ce que tu vas raconter encore ? Mord-t-il aussitôt à l’hameçon.
-Tu n’as jamais fait gaffe aux dates ? Les parents se marient, et … Oh comme c’est bizarre ! Neuf mois plus tard, un Grégory est né ! Quelle drôle de coïncidence ! M’exclamé-je joyeusement ce qui ne manque pas de faire rire tout le monde, sauf mon frère, qui affiche une moue blasé.
-Si ça peut te rassurer, tu n’es pas encore prête à être tata car on n’a pas ramené ce genre de souvenir de Sulani. Me répond-t-il sans perdre son air blasé.
-Vous n’êtes même pas drôle !
-Genre, tu es pressée d’être tata !
-Elle est surtout pressée d’apprendre plein de bêtises à son neveu ou à sa nièce. Précise Will sur un ton moqueur tout en se levant pour débarrasser son assiette.
-Exactement ! Je vais lui apprendre comment rendre zinzin son père !

-Fais gaffe, je pourrai très bien te rendre la monnaie de ta pièce ! M’avertit mon frère tout en regardant un truc son téléphone.
-Oh bah pour ça, je suis tranquille ! C’est pas demain la veille que je vais avoir des mioches ! Les tiens seront au lycée que je ne serai toujours pas maman ! Lancé-je en réaction, en essayant d’être la plus crédible possible. Certes, nous sommes loin de vouloir fonder une famille dans l’immédiat avec Will, ni même d’en être au stade d’en discuter, mais je n’irai pas jusqu’à affirmer qu’il y aura une aussi grande différence d’âge entre les enfants de Grégory et les miens. Je me retiens même de jeter un regard vers Will pour jauger sa réaction.
-Roh arrête d’être aussi défaitiste. Me répond mon frère en levant les yeux au ciel. Au fait, tu as le bonjour de Maman. Ajoute-t-il en me montrant l’écran de son téléphone. Je lui indique de lui dire bonjour de ma part.
-Tu vois toujours Kevin au fait ? Me demande Alice, alors que j’aperçois mon frère se tendre à côté de moi.
-Non, il m’a soûlé. Ne tardé-je pas à répondre, dans un demi-mensonge. Ce n’est pas la raison pour laquelle j’ai cessé de le voir, mais il est vrai qu’il commençait à me taper sur le système. Et je n’ai plus envie d’avoir un copain de couette.
-Ne t’inquiète pas, tu trouveras quelqu’un qui te correspond. Se veut rassurante Alice, et j’ai l’impression de devoir faire un effort surhumain pour rester impassible. Si tu veux, j’ai un collègue à la boutique, son frère…
-On peut parler d’autres choses ? Bougonne aussitôt Grégory. D’habitude, son attitude m’aurait fait soupirer, mais je suis bien obligée d’admettre que son côté « grand frère surprotecteur » m’évite de devoir trouver une excuse pour décliner la future proposition d’Alice de me brancher avec quelqu’un.
-Tu sais que ta sœur ne va pas rester célibataire toute sa vie ? Souligne Alice, alors que je profite de cette parenthèse pour débarrasser la table et m’enfuir.
-Oui, mais je préfère ne pas y penser. Et puis, tu le connais pas le frère de ton collègue que je sache, qui sait si c’est pas un abruti.
-Tu préfères peut-être que ce soit un inconnu dans un bar qui vienne la draguer ?
-Stop les amoureux. Finis-je par les interrompre. Je n’ai pas envie d’être la cause d’une dispute entre eux ! Grégory, mêles-toi de tes fesses et Alice, c’est très gentil mais je ne suis pas certaine d’avoir envie d’un rendez-vous arrangé. C’est le malaise assuré. Ajouté-je ensuite à toute vitesse, m’empressant ensuite de changer de sujet. Une partie de SimKart les amis ?

Sans plus tarder, tout le monde accepte et je m’empresse d’allumer la console. Même Gabriel s’est déridé à l’évocation de ce jeu. C’est avec soulagement que la question de ma vie amoureuse semble être oubliée. Mon cousin affirme à qui veut l’entendre qu’il va tous nous battre à plate couture et il ne m’en faut pas plus pour entrer dans son jeu. Je m’empare d’une manette, et avec Gideon et Alice, nous nous lançons dans une partie de SimKart que je me promets de gagner.
Ou du moins, d’arriver sur la ligne d’arrivée avant Gabriel. Juste pour lui rabattre son caquet ! J’ai une réputation à tenir !

Néanmoins, je ne parviens pas à être complètement concentrée. Je n’ai pas assez de manettes pour que nous puissions jouer tous les six. Du coup, Grégory et Will sont restés assis sur les chaises et discutent tous les deux pendant que nous terminons notre partie. Je les observe du coin de l’œil, mais je ne parviens pas à percevoir leur conversation avec le son du jeu et les cris de Gabriel qui se plaint de l’injustice de se prendre une carapace rouge dans les airs. Cela me stresse de ne pas savoir. Et si Will disait quelque chose qui pourrait nous trahir ? Genre, un malheureux lapsus révélateur sur nous deux ? Grégory est bien la dernière personne avec qui faire ce genre de bourde. Il a bien failli se disputer avec Alice juste à cause de ma vie amoureuse, je n’ose pas imaginer comment il réagirait s’il apprenait maladroitement que nous sommes ensemble avec Will.
Moi qui ne me faisait pas particulièrement de soucis, je me mets à craindre la réaction de mon frère.

-Purée j’ai perdu !! S’exclame Gabriel en me faisant sursauter. Je m’aperçois que Gideon a disparu et n’est plus à côté de mon cousin sur le canapé.
-Il est passé où Gideon ? M’étonné-je alors.
-Aux toilettes. Me répond Gabriel dans un haussement d’épaules. Vas-y on relance une partie avant qu’il revienne. Il nous lamine tous à ce jeu, c’est aberrant.
-Mauvais joueur. Me moqué-je aussitôt, ravie qu’il soit arrivé dernier.
-Rigole, tu es avant-dernière je te signale.
-Quoi ?! M’écrié-je, alors que j’entends Alice ricaner à côté de moi. Mais comment ça se fait ?
-T’es à l’ouest ma pauvre. Je sais pas ce que tu as, mais réveille toi cocotte. Me signale Gabriel alors que je me sens soudain mal à l’aise. Finalement, ce n’est peut-être pas Will qui va faire une boulette, mais moi si je continue à si distraite. Ce n’est pas dans mes habitudes, ça !
-Tu vas voir si je suis à l’ouest ! Réagis-je aussi sec, lançant rapidement une nouvelle partie de SimKart. Je vais te mettre la misère !
-Tu rêves ! C’est moi qui vais te faire mordre la poussière !
-Tu n’es pas crédible !
-C’est toi qui me sous-estime !
-Je vais mourir de rire, tu as d’autres des absurdités comme ça ? Et Bam ! Prends ça !
-Mais d’où tu as déjà une carapace rouge ? Sérieux, t’abuse !

Nous avons ensuite enchainé les parties de SimKart, dans la joie et la bonne humeur, chacun jouant à tour de rôle pour que tout le monde puisse jouer. Gabriel n’a pas réussi à gagner une seule partie et il a même tenté de menacer Gideon de dormir sur le canapé s’il ne le laissait pas gagner.
Malheureusement pour lui, Gideon est incorruptible.
Puis, l’heure étant avancée, Grégory et Alice ont fini par partir pour retourner à Oasis Springs. Gabriel et Gideon n’ont pas tardé à suivre, et Will est parti en même temps qu’eux. Je me retrouve seule chez moi, et avec mes pensées. Cela m’a fait drôle de voir Will partir avec les autres, avec un au revoir de loin. Je sais qu’il est parti avec eux pour ne pas éveiller les soupçons, mais cela m’a fait un pincement au cœur tout de même.
Je soupire. Je repense à cette soirée. Mise à part mes pertes de concentration, je pense avoir agi normalement ce soir. J’espère cependant que certains détails n’ont pas sauté aux yeux des autres. Comment contrôler la façon dont je regarde Will ? Comment contrôler le regard que lui pose sur moi ? J’ai l’impression que la moindre chose insignifiante peut être un élément révélateur. Je suis à ça de devenir totalement parano.
Soudain, la sonnette se fait entendre et je sursaute. Je suis intriguée. Qui peut bien venir à cette heure-ci ?

Je m’empresse d’aller jusqu’à la porte d’entrée, intriguée par le visiteur surprise. Lorsque j’ouvre la porte, je ne peux m’empêcher de sourire en découvrant Will devant moi. Il a réussi à faire faux bond à Gabriel et Gideon pour faire demi-tour sans se faire remarquer ?
-Will ? Que ? Comment ? L’interrogé-je, étonnée, ne m’attendant pas à le revoir ce soir. Je m’empresse de le laisser entrer, tandis qu’il arbore un air fier sur son visage. Je ne sais pas comment il s’est débrouillé, mais il a l’air ravi de son petit manège !

-Tu ne croyais tout de même pas que j’allais partir sans t’embrasser ? Me dit-il avec amusement. Il s’approche de moi, me prend dans ses bras et m’embrasse tendrement. Je suis surprise qu’il soit là, mais j’en suis heureuse. J’ai prétexté avoir oublié mon téléphone pour revenir ici. M’avoue-t-il ensuite ce qui ne manque pas de me faire rire.
-Et ils t’ont cru ?
-Oui, parce que je l’ai volontairement laissé sur ta table. Me répond-t-il alors que je me retourne aussitôt pour constater qu’en effet, le téléphone de Will est posé en évidence sur la table. Je n’avais même pas remarqué qu’il était là ! J’ai juste eu à faire appel à mes talents d’acteurs pour feindre l’oubli.
-Quelle tête en l’air alors. Lui soufflé-je en me lovant contre lui. Je sais qu’il va devoir rentrer chez lui, alors je profite de chaque minute supplémentaire avec lui. Tu crois qu’on a réussi, ce soir ? A faire comme si de rien n’était.
-Je pense oui. Gabriel était trop occupé à vouloir battre Gideon à SimKart. Ton frère aurait dit quelque chose s’il avait eu des soupçons.
-Vous avez parlé de quoi tout à l’heure, d’ailleurs ?
-De mon boulot et de leurs vacances. Rien de bien compromettant. M’assure-t-il. Ne t’inquiète pas, tout se passe bien. Me rassure-t-il avant de m’embraser une nouvelle fois.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 16

Après le départ de Will, je ne tarde pas à sortir de mon appartement à mon tour. Je ne compte pas aller bien loin, seulement jusqu’à mon voisin de palier. Il faut que je mette la situation au clair, et je ne tiens pas à laisser trainer les choses. Pour mettre toutes les chances de notre côté avec Will, il est nécessaire de commencer sur de bonnes bases… Sans risque de recevoir un SMS indésirable de Kevin.
-Tiens, je ne m’attendais pas à te voir aujourd’hui ! S’exclame-t-il après m’avoir ouvert. Il me laisse aussitôt entrer sans perdre sa bonne humeur. Surtout après le vent que tu m’as mis hier soir.
-Je suis désolée pour ça, je.. J’étais occupée et j’ai oublié de te répondre. Lui réponds-je dans un haussement d’épaules, n’ayant pas particulièrement envie de rentrer dans les détails. Après tout, cela ne le regarde pas.
-J’avais prévu des trucs aujourd’hui, mais je peux tout à fait m’arranger pour m’occuper de toi. Me dit-il avec un air narquois qui me fait lever les yeux au ciel.
-Je ne suis pas venue pour ça. Soufflé-je, avant de m’assoir sur le canapé.

-Eh bien, tu es bien sérieuse. Me répond Kevin avant de me rejoindre sur le canapé. Il semble intrigué mais ne perd cependant pas son sourire.
-Je suis venue te parler…
-Tu ne veux plus que l’on se voit ? Suppose-t-il, ce qui me surprend. Honnêtement, je ne m’attendais pas qu’il devine la raison de ma venue chez lui aujourd’hui. Ne sois pas surprise, cela fait quelques temps que tu es distante avec moi. Tu acceptais de me voir seulement quand tu n’avais pas le moral. Il n’est donc pas difficile de deviner que la situation à changer de ton côté.
-Je… Effectivement… J’ai trouvé quelqu’un Kevin, et je crois en effet qu’il vaut mieux que l’on reste de simples voisins. Lui confirmé-je alors, ne laissant aucune ouverture pour une quelconque amitié. Vu l’attitude de Kevin ces derniers temps, je n’ai pas spécialement envie de le garder dans mon entourage proche, et je ne suis pas certaine que cela l’intéresse non plus.

-Je suis content pour toi. M’assure-t-il avec un sourire. Laisse-moi deviner… C’est Will ? Me demande-t-il avec un sourire en coin. Je suis tellement surprise que j’en laisse échapper un hoquet de surprise.
-Que, comment ?!
-Ce mec est fou de toi, ça crève les yeux. Eclate-t-il de rire devant mon air éberlué. Il suffit de voir comment il te regarde et comment il agit avec toi… Et vu comment il me regardait quand je m’approchais de toi, je pense que je serais mort depuis longtemps si ses yeux pouvaient lancer des couteaux. Je me demande encore tu as pu ne rien voir pendant tout ce temps.
-Euh, c’est une bonne question. Bredouillé-je, m’inquiétant soudain pour la discrétion de notre couple. Si les sentiments sont si évidents, est-ce que nos amis les ont remarqués ? Et si c’est le cas, comment pourrons-nous cacher notre couple à leurs yeux ?
-En tout cas, je suis content pour vous deux, et qu’il ait enfin décidé de se lancer. Ca se voit que vous avez une relation particulière tous les deux. Ajoute-t-il dans un haussement d’épaules. En tout cas, pour quelqu’un d’extérieur à votre petit groupe.
-C’est gentil. J’espère que cela ne te dérange pas que nous ne restions pas trop en contact…

-Non, t’inquiète. Pour être honnête, je réfléchissais à mettre fin à notre petit arrangement. M’avoue-t-il, alors que je l’observe avec perplexité.
-Tu as trouvé quelqu’un ?
-Oula, non ! Rit-il en réponse, comme si ma question était farfelue. Mais je n’aime pas voir une même copine de couette trop longtemps. Ne te m’éprends pas, nous deux, c’était chouette, mais j’ai besoin de changement. En plus, tu voulais également une relation amicale, et je crois que je préfère ne pas trop mélanger amitié et crac-crac. Donc, ça me va très bien qu’on se dise simplement un bonjour poli lorsque nous nous croiserons sur le palier !
-Je vois. Me contenté-je de lui répondre. Cela ne me surprend guère au vu de l’évolution de notre relation, mais je regrette encore moins qu’il ne fasse plus partie de ma vie. Il a beau être gentil, cela ne fait jamais vraiment plaisir d’être considérée comme une chose dont on se débarrasse lorsque l’on se lasse. Je ne tarde donc pas à lui souhaiter bonne continuation pour ensuite rentrer chez moi, et supprimer le numéro de Kevin de mon téléphone.
Je peux enfin entamer un nouveau chapitre de ma vie en toute sérénité.

*   *   * 

Les jours suivants, Will ne tarde pas à me proposer d’aller diner au restaurant. Mon coeur a bondi en lisant son message, et je me suis sentie soudain nerveuse. Ce sera notre vrai premier rendez-vous. Comment cela va se passer ? Est-ce que ce sera bizarre entre nous ? Va-t-il être un premier rendez-vous encourageant ou va-t-il sonner la fin de notre histoire, montrant que nous sommes devenus trop amis pour devenir un couple ?
Je crois que je me pose trop de questions. S’en pose-t-il autant de son côté ?
Une chose est sûre : je n’ai pas hésité longtemps pour accepter son invitation avec enthousiasme.
Et nous voilà, tous les deux, dans un joli restaurant* du Quartier des Epices. Je crois que je n’ai jamais pris autant de temps pour me préparer pour un rendez-vous amoureux. Je dirai même plus : je n’ai jamais pris autant de temps pour me préparer tout court. D’habitude, je prends le premier pantalon et le premier tee-shirt qui me tombe sous la main. Là, je me suis retrouvée stupide devant mes affaires, ne sachant pas quoi porter. Je me suis retrouvée face à un dilemme : que mettre pour être belle aux yeux de Will, tout en étant à l’aise et que la tenue soit adaptée au lieu ? C’est épuisant d’associer tous ces critères !
Lorsque Will est venu me chercher à mon appartement pour aller au restaurant, je n’ai pu m’empêcher de le jalouser. Un simple jean, un tee-shirt blanc, et une veste noir, cela suffit pour qu’il soit beau et élégant. C’est tellement plus facile !

-C’est vraiment un chouette endroit que tu nous as trouvé. Lui avoué-je une fois que nous sommes installés à table et que nous avons commandé. D’extérieur, le restaurant ressemble à tous les immeubles du Quartier des Epices. Mais l’intérieur nous donne l’impression d’être davantage dans le Quartier de la Mode tellement il est bien décoré tout en faisant preuve de sobriété.
Clairement pas le genre de lieu dans lequel j’aurais mis spontanément les pieds. Mais un lieu parfait pour un rendez-vous romantique.
-Je cherchais un resto qui soit dans le quartier, pour minimiser les risques de croiser Gabriel et Gideon. Me répond-t-il en souriant, faisant référence au fait que nos amis vivent dans le Quartier des Arts. Cette réflexion me fait sourire, amusée par la stratégie à mettre en place pour ne pas croiser nos amis et garder notre relation secrète. Les photos sur le site internet était prometteuse et il est bien noté. Je suis étonné que tu ne le connaisses pas, vu que tu vis ici.
-Ce n’est pas vraiment le genre d’endroit où je vais quand j’ai la flemme de cuisiner.
-Parce que ça t’arrive de cuisiner ? Ne tarde-t-il pas à me taquiner, alors que je fais mine de ne pas voir de quoi il parle. En tout cas, tu es magnifique ce soir. Me complimente-t-il ensuite, les yeux pétillants, alors que je me tortille de gêne sur mon siège. Mon dieu, je rougis comme une ado !

-Ah oui ? Merci, c’est gentil… Bredouillé-je alors que je ne sais plus quoi ajouter. Je.. Je n’étais pas très convaincue par cette combinaison. Je suis vraiment en train de parler chiffon avec Will ?!
-Elle te va à merveilles, et cela te va bien le rouge. M’assure Will, avant d’ajouter avec un sourire en coin. Et je ne parle pas seulement du rouge que tu as sur les joues.
-C’est moche de se moquer !
-Je ne me moque pas ! Affirme-t-il avec une innocence feinte. Pour preuve que tu es magnifique, j’ai bien cru que le papy qui attendait devant nous à l’entrée allait faire une crise cardiaque quand il t’a vu ! Ajoute-t-il alors que je ne peux m’empêcher de rire.
-Moi, j’ai surtout vu sa femme le taper sur le bras pour le ramener à la réalité. Renchéris-je ensuite, ce qui semble également l’amuser. Même si, d’après son regard, j’ai l’impression que je ne suis pas la seule à te trouver très beau ce soir. Soufflé-je en lui souriant timidement. Il me sourit à son tour en me remerciant, puis en prenant ma main dans la sienne.

Nous continuons de discuter tranquillement, et petit à petit, je parviens à me détendre. Il faut dire que Will réussit à me mettre à l’aise sans le moindre effort. Il lui suffit juste… d’être lui. Je me rends compte que je n’ai pas besoin de me prendre la tête. Je ne suis pas face à un inconnu. Will me connait par cœur et je n’ai pas à faire attention à mon attitude pour lui plaire ou pour que notre relation fonctionne.
-Dis, tu crois que nous parviendrons à rester discret aux yeux des autres ? Lui demandé-je alors qu’il m’expliquait avoir vu mon frère dans la semaine, à la suite de son retour de son voyage de noces. J’ai également eu Grégory au téléphone, et il est prévu que toute la bande soit réunie dans mon appartement dans quelques jours. Ce sera notre première soirée tous ensemble depuis que notre relation a évolué avec Will.
-Il n’y a pas de raison. Semble-t-il confiant. Il nous suffira d’agir comme à notre habitude et tout se passera bien.
-Tu me sembles bien confiant alors que nous savons tous les deux que tu n’as pas forcément preuve de discrétion par le passé. Lui signalé, faisant référence aux propos de Kevin.
-Kevin ne faisait pas partie du groupe, c’est plus facile de remarquer des choses quand tu ne connais pas les gens. Ne semble pas plus perturber que ça Will. Et je pense que ton frère m’en aurait parlé s’il avait eu des doutes quant à mes sentiments pour toi. Et quant à Gabriel, il n’est pas connu pour avoir la langue dans sa poche. S’il avait deviné, il n’aura pas manqué l’occasion de me charrier là-dessus.

-Sauf si Gideon a réussi à le temporiser là-dessus pour ne pas te mettre mal à l’aise vis-à-vis de moi. Supposé-je ensuite après que le serveur nous ait servi nos plats. Je suis perplexe devant mon assiette et celle de Will, mais je m’abstiens de commentaire.
-Grace, ne te vexe pas, mais tu n’as tellement rien remarqué que tu n’aurais même relevé la moindre plaisanterie de Gabriel. Souligne-t-il, nullement convaincu par ma remarque.
-Tu me dis ça comme si tu avais conscience que tu n’étais pas discret. Et pourtant, tu supposes que Grégory et Gabriel n’aient rien remarqué.
-Parce que ça doit être un truc de famille. Me taquine Will avant d’ajouter plus sérieusement : Note que je n’ai pas rien dit à propos d’Alice et Gideon.
-Tu penses qu’ils se doutent de quelque chose ?
-Je l’ignore. Admet-il, pensif. Mais si c’est le cas, ils savent faire suffisamment preuve de discrétion pour ne pas le relever et ne pas l’ébruiter. Et je pense que ce sera également le cas si jamais ils devinent pour nous deux. Connaissant Alice, elle nous laissera le temps de l’annoncer nous-même.
-Pareil pour Gideon. Ajouté-je, sachant bien qu’il sera muet comme une tombe.

-Nous n’avons pas de soucis à nous faire alors. M’assure Will avec un sourire rassurant. Et puis, s’ils le devinent, ce ne sera pas la fin du monde non plus.
-Je croyais que tu voulais garder notre relation secrète ? Lui rappelé-je avec un sourire taquin.
-Oui, car j’ai envie que nous prenions le temps de construire notre relation, tous les deux. Me confirme-t-il en m’observant avec tendresse. Nous avons été ami pendant des années, nous avons besoin de temps pour nous, pour appréhender cette nouvelle situation, sans que ce ne soit officiel aux yeux de tous dans l’idéal. Mais si jamais nous ne sommes pas suffisamment discret, et bien… Ce n’est pas grave. Cela ne nous empêchera pas de continuer de voir où notre relation nous mène. Même si je redoute toujours le côté protecteur de ton frère. Termine-t-il alors que je ne peux m’empêcher de sourire. C’est tellement rassurant de le voir si confiant quant à notre relation, alors que je suis encore chamboulée par la tournure qu’elle a prise. Cela m’apaise et me rappelle que nous deux, c’est une évidence.
-Ne t’inquiète pas pour Grégory. De toute façon, il n’a pas son mot à dire. Lui soufflé-je, avant de me pencher vers lui pour l’embrasser tendrement.

Nous poursuivons tranquillement notre diner. Au moment de payer l’addition, Will insiste pour m’inviter alors que je juge que je suis suffisamment grande pour payer ma part. Il finit par obtenir gain de cause, non sans afficher un sourire fier, mais je ne tarde pas à lui promettre qu’à notre prochain resto, ce sera moi qui l’inviterait. Il n’y a pas de raison après tout !
Nous nous baladons un moment dans les rues du quartier, à profiter du calme et de l’ambiance si particulière de la ville la nuit. Nous retardons le moment où nous devrons nous séparer, où Will devra rentrer chez lui, dans son studio. Je me sens si bien, je n’ai pas envie que cette soirée se termine. Malheureusement, nous finissons par arriver devant mon immeuble. Le moment tant redouté des au revoir, où Will me rappelle qu’il va devoir rentrer car il doit se lever tôt pour aller travailler.
Je grommelle tandis qu’il me prend dans ses bras. Je profite de son étreinte dans lequel je me sens si bien.
-J’ai passé une bonne soirée ce soir. Me souffle-t-il alors que je sens qu’il me serre un peu plus contre lui. Lui aussi n’a pas envie de partir.
-Oui, moi aussi.

Je sens qu’il a envie d’ajouter quelque chose, mais il s’abstient. Au lieu de cela, il s’empare de mes lèvres pour un long baiser d’au revoir. Je devine ce qu’il a voulu dire, et je comprends aussi pourquoi il s’est retenu. Il ne veut pas me mettre la pression en m’exposant trop ses sentiments. Il n’en a de toute façon pas besoin : je sais qu’il m’aime et je le vois dans chacun de ses regards et de ses gestes. Ses sentiments m’enveloppent sans pour autant me pousser à dévoiler les miens trop tôt, trop vite. Et cela me fait tellement de bien.

-Il va vraiment falloir que je rentre. Me souffle Will lorsqu’il libère mes lèvres. Je ne suis pas certain qu’ils apprécient beaucoup au cabinet que je dorme, le nez au milieu des dossiers.
-Je me doute. Soupiré-je, regrettant qu’il doive s’en aller. J’aurais aimé que cette soirée ne se termine jamais.
-Moi aussi. Mais on se revoit bientôt.
-Pour notre première soirée incognito avec les autres ?
-On peut se voir avant si tu veux. On établira notre stratégie pour cette soirée. Propose alors Will.
-Avoue, ça t’amuse. Lui dis-je en souriant, remarquant l’éclat malicieux dans son regard. Le goût de la cachotterie, du risque d’être éventuellement découvert, sans aucun doute.
-Je plaide coupable. Admet-il avant de m’embrasser une dernière fois avant de partir.