Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 5
Les jours passent et petit à petit, je parviens à faire le deuil de mon père. Il me manque énormément et son absence se fait ressentir quand je vais à Oasis Springs voir Maman et Grégory. Mais… J’apprends à vivre sans lui. Maman commence à retrouver le sourire aussi, même si nous voyons bien que c’est difficile pour elle de tout gérer. Heureusement que mon frère est là… Cela me rassure de savoir qu’elle n’est pas toute seule. Bien sûr, Tonton et Tata habitent tout près, mais ce n’est pas pareil.
De mon côté, lorsque je ne suis pas au travail ou avec mes amis, je passe pas mal de temps avec mon voisin, Kevin. C’est une bouffée d’air frais de passer du temps avec lui, cela me fait du bien de voir quelqu’un d’autres par moment. D’autant plus qu’il est vraiment très gentil et charmant, et cela me permet de me vider la tête quand je vais le voir ou lorsqu’il vient me rendre visite.
Il est vrai qu’il n’est pas du tout prise de tête et je passe toujours de bons moments avec lui. Il s’est également montré présent à la mort de mon père, essayant de me faire penser à autre chose, me permettant d’oublier l’espace d’un instant le chagrin qui m’habitait. J’ai aussi découvert un Kevin plus attentionné que d’ordinaire, lui qui est davantage dans le charme durant nos moments passés ensemble. Une facette de sa personnalité que j’ai aimé découvrir, d’autant plus quand celui dont j’attendais l’attention est resté murer dans son silence.
Arthur n’a jamais réagi à mon message. Cela me brise davantage le cœur, et la colère s’empare de moi quand j’y pense. Comment peut-il rester aussi indifférent alors que je lui apprends le décès de mon père ? Comment peut-il rester silencieux, sans prendre la peine d’envoyer ne serait-ce qu’un message de condoléances et de soutien ? Je ne comprends absolument rien à son attitude, qui est tellement à l’opposé du Arthur que je connais… Que je connaissais du moins. Ou que je croyais connaitre.
J’essaie cependant de chasser Arthur de mes pensées. Il ne mérite pas que je m’attarde sur lui. C’est un minable. Un lâche qui n’est pas foutu d’assumer ses choix. Qu’il veuille rompre, je peux comprendre. Qu’il le fasse en me ghostant, je le comprends nettement moins. Il est pathétique d’agir ainsi, de me laisser dans l’ignorance, me laissant derrière lui comme si j’étais une moins que rien.
Sauf que ce n’est pas ce que je suis, et je n’ai pas l’intention de l’attendre indéfiniment. Il n’est pas le seul homme sur Terre et je vois bien dans le regard de Kevin et dans ses tentatives de rapprochement que je peux plaire à d’autres hommes !
Il a décidé de sortir de ma vie après tout, et Kevin est très charmant, alors je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas me laisser tenter !
…
Sauf que lorsque Kevin se montre tactile envers moi, ou se rapproche un peu trop, je m’éloigne subitement de lui. Cela me prend comme un électrochoc, et je me sens subitement mal à l’aise. Kevin n’insiste jamais, continue d’agir comme si de rien n’était, et je lui en suis reconnaissante, mais je me maudis intérieurement de réagir ainsi.
Je maudis cette petite voix que j’entends dans ma tête ! Cette impression de faire quelque chose de mal, comme si je m’apprêtais à tromper Arthur ! C’est absolument ridicule, cela fait des mois qu’il ne me parle plus, nous ne sommes clairement plus ensemble, mais je continue d’agir comme si c’était toujours le cas !
Dans ces moments-là, je me déteste. J’aimerais tourner, déchirer cette page de ma vie pour pouvoir avancer et vivre de nouvelles expériences. Ne pas rester enchainer à Arthur qui, lui, ne doit certainement pas se priver à Britechester. Alors, puisque j’en ai la volonté, pourquoi je n’y arrive pas ? Qu’est-ce qui cloche chez moi ?
Pourtant, j’essaie de prendre sur moi. J’essaie de prendre les devants, de lui faire du charme à mon tour. Je me sens par moment ridicule, un peu gauche, comme si je jouais mal un rôle. Comme si je me forçais, comme si je n’en avais pas envie.
Pourtant, j’ai envie d’être plus dans la séduction avec Kevin, de rentrer dans son jeu. De tenter un truc. Et pourtant, ça sonne tellement faux quand j’essaie de le séduire.
Du moins, dans ma tête, cela sonne faux. Parce que, quand je vois son regard et son sourire, j’ai plutôt l’impression que mes tentatives ont l’air de lui plaire.
J’essaie alors de me raccrocher à ça pour poursuivre sur la même lancée. Je continue de me sentir un peu bête, je n’ai pas tellement l’habitude de faire du charme, de séduire quelqu’un. Avec Arthur, c’était lui qui avait pris les devants, je n’avais qu’à répondre oui. Il n’y avait aucun passif, autre entrave. C’était tellement plus simple qu’aujourd’hui, où j’ai l’impression d’avoir un boulet à la cheville, emprisonnée dans une ancienne relation qui ne veut pas me laisser poursuivre tranquillement ma vie.
Loin de cette histoire, loin de ces sentiments, loin de lui.
Il faut que j’avance. Je ne veux pas me laisser enfermer. Je refuse !
Alors, ce soir, sur un coup de tête, au moment de dire au revoir à Kevin pour rentrer chez moi, je me lance et je l’embrasse. Comme ça, d’un coup, sans réfléchir. Je fais tout pour mettre mon cerveau en off et de ne plus réfléchir. Si je me mets à penser, à réaliser pleinement ce que je suis en train de faire, je serais capable de m’enfuir en courant.
Et je refuse.
C’est comme un sparadrap. L’enlever doucement fait mal longtemps. L’arracher d’un coup sec fait mal sur l’instant, puis on est libéré.
Je veux l’arracher, en être débarrassée. Je veux passer au prochain chapitre de ma vie, et ne plus m’attarder sur le précédent qui s’est mal terminé. Je ne veux pas faire du sur-place indéfiniment. Je veux avancer ! Il est temps !
D’abord surpris, Kevin ne tarde pas à répondre à mon baiser. Il m’attire contre lui, m’entoure de ses bras, et approfondi même notre échange. Cela fait du bien d’être de nouveau dans les bras d’un homme, cela m’avait manquée d’être aussi proche de quelqu’un. Et puis, Kevin sait y faire, ce qui n’est pas pour me déplaire…
Mais des pensées parasites commencent à envahir mon esprit. Mon estomac commence à se tordre de façon désagréable. Mon coeur se serre.
Je culpabilise.
Je ne me sens pas bien tout d’un coup. C’est plus fort que moi. J’essaie de chasser ma culpabilité mais je n’y parviens pas.
Je suis minable.
J’ai l’impression de faire quelque chose de mal.
J’ai l’impression … d’être infidèle.
Alors, j’interromps notre baiser et je m’éloigne d’un coup de Kevin, qui me jette un regard incrédule. Je me sens tellement mal. J’ai envie de pleurer. Être toujours fidèle à un abruti qui ne le mérite pas, j’ai envie de me donner des baffes. Je ne suis qu’une imbécile qui reste accrochée à un type qui n’a eu aucun scrupule à la rayer de sa vie.
-Je… Je suis désolée… Bredouillé-je à Kevin, ne sachant pas comment formuler mes pensées. J’ai tellement honte ! Je ne suis qu’une cruche !
-Désolée de quoi ? Qu’est-ce qu’il y a, Grace ? M’interroge-t-il alors, inquiet face à mon attitude, et les larmes qui me montent aux yeux et que je retiens par tous les moyens. L’envie de prendre la poudre d’escampette devient de plus en plus irrésistible.
-Je… J’ai… J’ai l’impression de le tromper. Soufflé-je, penaude. Je n’apporte pas davantage de précision, je sais qu’il comprendra. Au détour d’une conversation, je lui ai déjà parlé d’Arthur. L’imbécile que je suis l’avait présenté comme étant mon copain, et non comme étant mon ex. J’ai l’impression de tromper mon… Arthur… Quand on s’embrassait… C’était comme si je faisais quelque chose mal.
-Tu n’as pas à culpabiliser, Grace. M’assure Kevin, sur un ton qui se veut rassurant. Arthur est un tocard, et s’il ne t’a pas appelé ou envoyé de messages depuis des mois, ce n’est pas maintenant qu’il va se décider à le faire. Tu n’as aucun compte à lui rendre.
-Je sais bien, je le sais pourtant ! M’écrié-je, désespérée par ma propre bêtise. Mais c’est plus fort que moi ! Je veux passer à autre chose, mais j’ai toujours cette petite voix qui m’en empêche !
-Calme-toi, ce n’est pas grave. Me répond-t-il avant de me prendre dans ses bras pour essayer de m’apaiser. Tu n’es pas prête, c’est tout. Je comprends que cela puisse être frustrant, mais n’essaie pas d’aller plus vite que la musique. Et quand tu serais prête à passer à autre chose… Sache que je ne recherche pas de relation sérieuse, alors je serai tout à fait disposé à te faire oublier l’autre crétin si tu le souhaites. Et si avoir un vulgaire copain de couette te satisfait.
-Moi, ça me va très bien si j’avais pas une conscience en carton. Marmonné-je, complètement dépitée.
-Sois patiente, et prends le temps qu’il te faut. Rien ne presse. Et ma porte sera toujours ouverte si tu as envie de passer du bon temps et te vider l’esprit, pour quand tu seras prête.
-Merci Kevin… D’être tout simplement là. Soufflé-je, appréciant sa compagnie et sa compréhension à mon égard.





















































