Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 5

Les jours passent et petit à petit, je parviens à faire le deuil de mon père. Il me manque énormément et son absence se fait ressentir quand je vais à Oasis Springs voir Maman et Grégory. Mais… J’apprends à vivre sans lui. Maman commence à retrouver le sourire aussi, même si nous voyons bien que c’est difficile pour elle de tout gérer. Heureusement que mon frère est là… Cela me rassure de savoir qu’elle n’est pas toute seule. Bien sûr, Tonton et Tata habitent tout près, mais ce n’est pas pareil.
De mon côté, lorsque je ne suis pas au travail ou avec mes amis, je passe pas mal de temps avec mon voisin, Kevin. C’est une bouffée d’air frais de passer du temps avec lui, cela me fait du bien de voir quelqu’un d’autres par moment. D’autant plus qu’il est vraiment très gentil et charmant, et cela me permet de me vider la tête quand je vais le voir ou lorsqu’il vient me rendre visite.

Il est vrai qu’il n’est pas du tout prise de tête et je passe toujours de bons moments avec lui. Il s’est également montré présent à la mort de mon père, essayant de me faire penser à autre chose, me permettant d’oublier l’espace d’un instant le chagrin qui m’habitait. J’ai aussi découvert un Kevin plus attentionné que d’ordinaire, lui qui est davantage dans le charme durant nos moments passés ensemble. Une facette de sa personnalité que j’ai aimé découvrir, d’autant plus quand celui dont j’attendais l’attention est resté murer dans son silence.
Arthur n’a jamais réagi à mon message. Cela me brise davantage le cœur, et la colère s’empare de moi quand j’y pense. Comment peut-il rester aussi indifférent alors que je lui apprends le décès de mon père ? Comment peut-il rester silencieux, sans prendre la peine d’envoyer ne serait-ce qu’un message de condoléances et de soutien ? Je ne comprends absolument rien à son attitude, qui est tellement à l’opposé du Arthur que je connais… Que je connaissais du moins. Ou que je croyais connaitre.

J’essaie cependant de chasser Arthur de mes pensées. Il ne mérite pas que je m’attarde sur lui. C’est un minable. Un lâche qui n’est pas foutu d’assumer ses choix. Qu’il veuille rompre, je peux comprendre. Qu’il le fasse en me ghostant, je le comprends nettement moins. Il est pathétique d’agir ainsi, de me laisser dans l’ignorance, me laissant derrière lui comme si j’étais une moins que rien.
Sauf que ce n’est pas ce que je suis, et je n’ai pas l’intention de l’attendre indéfiniment. Il n’est pas le seul homme sur Terre et je vois bien dans le regard de Kevin et dans ses tentatives de rapprochement que je peux plaire à d’autres hommes !
Il a décidé de sortir de ma vie après tout, et Kevin est très charmant, alors je ne vois pas pourquoi je ne devrais pas me laisser tenter !

Sauf que lorsque Kevin se montre tactile envers moi, ou se rapproche un peu trop, je m’éloigne subitement de lui. Cela me prend comme un électrochoc, et je me sens subitement mal à l’aise. Kevin n’insiste jamais, continue d’agir comme si de rien n’était, et je lui en suis reconnaissante, mais je me maudis intérieurement de réagir ainsi.
Je maudis cette petite voix que j’entends dans ma tête ! Cette impression de faire quelque chose de mal, comme si je m’apprêtais à tromper Arthur ! C’est absolument ridicule, cela fait des mois qu’il ne me parle plus, nous ne sommes clairement plus ensemble, mais je continue d’agir comme si c’était toujours le cas !
Dans ces moments-là, je me déteste. J’aimerais tourner, déchirer cette page de ma vie pour pouvoir avancer et vivre de nouvelles expériences. Ne pas rester enchainer à Arthur qui, lui, ne doit certainement pas se priver à Britechester. Alors, puisque j’en ai la volonté, pourquoi je n’y arrive pas ? Qu’est-ce qui cloche chez moi ?

Pourtant, j’essaie de prendre sur moi. J’essaie de prendre les devants, de lui faire du charme à mon tour. Je me sens par moment ridicule, un peu gauche, comme si je jouais mal un rôle. Comme si je me forçais, comme si je n’en avais pas envie.
Pourtant, j’ai envie d’être plus dans la séduction avec Kevin, de rentrer dans son jeu. De tenter un truc. Et pourtant, ça sonne tellement faux quand j’essaie de le séduire.
Du moins, dans ma tête, cela sonne faux. Parce que, quand je vois son regard et son sourire, j’ai plutôt l’impression que mes tentatives ont l’air de lui plaire.

J’essaie alors de me raccrocher à ça pour poursuivre sur la même lancée. Je continue de me sentir un peu bête, je n’ai pas tellement l’habitude de faire du charme, de séduire quelqu’un. Avec Arthur, c’était lui qui avait pris les devants, je n’avais qu’à répondre oui. Il n’y avait aucun passif, autre entrave. C’était tellement plus simple qu’aujourd’hui, où j’ai l’impression d’avoir un boulet à la cheville, emprisonnée dans une ancienne relation qui ne veut pas me laisser poursuivre tranquillement ma vie.
Loin de cette histoire, loin de ces sentiments, loin de lui.
Il faut que j’avance. Je ne veux pas me laisser enfermer. Je refuse !

Alors, ce soir, sur un coup de tête, au moment de dire au revoir à Kevin pour rentrer chez moi, je me lance et je l’embrasse. Comme ça, d’un coup, sans réfléchir. Je fais tout pour mettre mon cerveau en off et de ne plus réfléchir. Si je me mets à penser, à réaliser pleinement ce que je suis en train de faire, je serais capable de m’enfuir en courant.
Et je refuse.
C’est comme un sparadrap. L’enlever doucement fait mal longtemps. L’arracher d’un coup sec fait mal sur l’instant, puis on est libéré.
Je veux l’arracher, en être débarrassée. Je veux passer au prochain chapitre de ma vie, et ne plus m’attarder sur le précédent qui s’est mal terminé. Je ne veux pas faire du sur-place indéfiniment. Je veux avancer ! Il est temps !

D’abord surpris, Kevin ne tarde pas à répondre à mon baiser. Il m’attire contre lui, m’entoure de ses bras, et approfondi même notre échange. Cela fait du bien d’être de nouveau dans les bras d’un homme, cela m’avait manquée d’être aussi proche de quelqu’un. Et puis, Kevin sait y faire, ce qui n’est pas pour me déplaire…
Mais des pensées parasites commencent à envahir mon esprit. Mon estomac commence à se tordre de façon désagréable. Mon coeur se serre.
Je culpabilise.
Je ne me sens pas bien tout d’un coup. C’est plus fort que moi. J’essaie de chasser ma culpabilité mais je n’y parviens pas.
Je suis minable.
J’ai l’impression de faire quelque chose de mal.
J’ai l’impression … d’être infidèle.

Alors, j’interromps notre baiser et je m’éloigne d’un coup de Kevin, qui me jette un regard incrédule. Je me sens tellement mal. J’ai envie de pleurer. Être toujours fidèle à un abruti qui ne le mérite pas, j’ai envie de me donner des baffes. Je ne suis qu’une imbécile qui reste accrochée à un type qui n’a eu aucun scrupule à la rayer de sa vie.
-Je… Je suis désolée… Bredouillé-je à Kevin, ne sachant pas comment formuler mes pensées. J’ai tellement honte ! Je ne suis qu’une cruche !
-Désolée de quoi ? Qu’est-ce qu’il y a, Grace ? M’interroge-t-il alors, inquiet face à mon attitude, et les larmes qui me montent aux yeux et que je retiens par tous les moyens. L’envie de prendre la poudre d’escampette devient de plus en plus irrésistible.
-Je… J’ai… J’ai l’impression de le tromper. Soufflé-je, penaude. Je n’apporte pas davantage de précision, je sais qu’il comprendra. Au détour d’une conversation, je lui ai déjà parlé d’Arthur. L’imbécile que je suis l’avait présenté comme étant mon copain, et non comme étant mon ex. J’ai l’impression de tromper mon… Arthur… Quand on s’embrassait… C’était comme si je faisais quelque chose mal.

-Tu n’as pas à culpabiliser, Grace. M’assure Kevin, sur un ton qui se veut rassurant. Arthur est un tocard, et s’il ne t’a pas appelé ou envoyé de messages depuis des mois, ce n’est pas maintenant qu’il va se décider à le faire. Tu n’as aucun compte à lui rendre.
-Je sais bien, je le sais pourtant ! M’écrié-je, désespérée par ma propre bêtise. Mais c’est plus fort que moi ! Je veux passer à autre chose, mais j’ai toujours cette petite voix qui m’en empêche !
-Calme-toi, ce n’est pas grave. Me répond-t-il avant de me prendre dans ses bras pour essayer de m’apaiser. Tu n’es pas prête, c’est tout. Je comprends que cela puisse être frustrant, mais n’essaie pas d’aller plus vite que la musique. Et quand tu serais prête à passer à autre chose… Sache que je ne recherche pas de relation sérieuse, alors je serai tout à fait disposé à te faire oublier l’autre crétin si tu le souhaites. Et si avoir un vulgaire copain de couette te satisfait.
-Moi, ça me va très bien si j’avais pas une conscience en carton. Marmonné-je, complètement dépitée.
-Sois patiente, et prends le temps qu’il te faut. Rien ne presse. Et ma porte sera toujours ouverte si tu as envie de passer du bon temps et te vider l’esprit, pour quand tu seras prête.
-Merci Kevin… D’être tout simplement là. Soufflé-je, appréciant sa compagnie et sa compréhension à mon égard.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 4

Les jours suivants, j’essaie un maximum de me vider l’esprit. Je ne veux pas laisser Arthur me miner le moral. Je me donne à fond au travail durant les entrainements pour espérer quitter le banc pour les matchs à venir, pour montrer à tout le monde que je suis douée et un élément indispensable à l’équipe. Je profite également de mon temps libre pour passer du temps avec mes amis et ma famille. J’ai même recroisé mon voisin une fois, et il nous arrive de boire un verre ensemble de temps à autre, chez l’un ou l’autre. Kevin est vraiment quelqu’un de gentil et c’est rafraichissant de parler avec quelqu’un d’autre, avec laquelle je n’ai pas grandi et qui n’est pas au courant de mon histoire avec Arthur… et qui ne passe pas son temps à s’inquiéter pour moi, du coup.

Ce matin, je me prépare tranquillement une salade de fruits -à savoir, vider une boite de conserve dans un bol- quand soudain, mon téléphone se met à sonner. Je souris en voyant qu’il s’agit de ma mère, même si je suis intriguée. Généralement, elle m’appelle plutôt le soir pour avoir des nouvelles. Elle a sans doute des trucs de prévu avec Tonton et Tata.
-Oui, Maman ? Tu vas bien ? Décroché-je aussitôt avec enthousiasme… que je perds instantanément lorsque je l’entends pleurer au téléphone.
Mon cœur se serre, mon monde s’effondre quand elle m’annonce la nouvelle.
Mon père est mort.
Il est parti hier soir, comme ça, d’un coup, sans crier gare. Une crise cardiaque, lui qui n’a jamais eu de problème de toute sa vie. Il s’est effondré dans le salon, et les médecins n’ont rien pu faire. Maman a préféré attendre le matin pour m’avertir, afin que je puisse passer une nuit tranquille.
Je tremble de tous mes membres, je suis incapable de prononcer le moindre mot. Mon père… est parti. Je n’arrive pas à y croire, c’est trop soudain. Je l’ai vu il y a quelques jours, et il se portait comme un charme. Comme d’habitude, il passait son temps à chambrer Tonton. Comment c’est possible… qu’il ne soit plus là aujourd’hui ?
-Maman… J’arrive… Soufflé-je, déconnectée de la situation avant de raccrocher sans vraiment m’en rendre compte.
J’enfile le premier truc qui me tombe sous la main et je quitte mon appartement, abandonnant ma salade de fruits sans goût en plein milieu du comptoir.

Je fais mon possible pour me rendre à Oasis Springs le plus rapidement possible. Je n’ai pas beaucoup de temps devant moi, je dois travailler aujourd’hui… Mais je m’en fiche, il faut que j’aille là-bas, que je vois Maman… Si j’ai un peu de retard, ce n’est pas grave… Ils comprendront… J’espère, je pense. Au pire, mon coach pourra toujours râler, il est impossible pour moi de ne pas faire l’allée-retour.
Quand j’arrive enfin à Oasis Springs, je me dépêche d’entrer dans la maison. Dès que je franchis le seuil de la porte, je sens que quelque chose est différent. L’ambiance est lourde et silencieuse. Je croise Grégory la mine déconfite, qui me salue rapidement car il doit malheureusement aller en cours. Il n’a aucune envie d’y aller, mais il n’a pas le choix. Il m’indique que Maman est au salon, que Tonton est là également, et je m’empresse d’aller les rejoindre.
Maman est surprise de me voir, je pense qu’elle n’a pas du m’entendre au téléphone quand je lui ai dit que j’arrivais.

-Ma chérie… Je suis désolée, tellement désolée… Me souffle-t-elle en me prenant dans ses bras. Mon cœur se serre de la voir ainsi, aussi dévastée par le départ de Papa. C’est tellement inattendu, je… Je suis désolée…

-Maman… Tu n’y peux rien… Personne ne pouvait le prévoir… Lui réponds-je, la gorge nouée, tentant d’être forte pour elle. Je n’ai qu’une envie: me rouler en boule quelque part et tenter de nier la dure réalité. Une part de moi a également envie de faire le tour de la maison, au cas où ce sera une mauvaise farce et que Papa est caché dans un coin. Mais lorsque je vois le visage de ma mère, ravagée par le chagrin et la fatigue, je sais que ce n’est pas une mauvaise blague.
-Tu… Tu ne travaillais pas, aujourd’hui ? Me demande alors Maman, dans un état second.
-Si, mais pas avant midi… Je… Je devais venir ici… Pour te soutenir… Pour qu’on se soutienne tous…
-Je sais que tu es là ma chérie. Me sourit-elle faiblement. Ca me fait plaisir de te voir. Mais, te mets pas en retard surtout. Ce n’est pas ce qu’il aurait voulu.
-Je.. J’ai pas envie de te laisser…
-Je suis pas toute seule… Ton oncle est là, ta tante doit nous rejoindre… Et Alice est là aussi. Tente-t-elle de me rassurer avant de se mettre à pleurer. Incapable de retenir mes larmes, je pleure à mon tour dans les bras de ma mère. Mon oncle se lève du canapé et nous prend toutes les deux dans ses bras.
Et là, je réalise une chose, qui me brise davantage le cœur.
Cela me fait tout drôle de voir Tonton sans Papa.

Je reste une bonne heure dans ma maison d’enfance avant de devoir repartir pour aller travailler. Le coeur n’y est absolument pas mais Maman insiste pour que j’y aille. Ma vie ne doit pas s’arrêter, dit-elle. Même si ce que nous vivons est dure et tragique, nous devons continuer à vivre. Cela fait partie de la vie, et cela devait bien arriver un jour vu leur âge avancé. J’ai eu l’impression qu’elle essaie de s’auto-persuader que ça va aller. Tonton essaie de me rassurer également, et m’affirme qu’il va rester ici toute la journée pour veiller sur ma mère. Il dit que c’est son devoir. Je pense qu’il n’a pas envie de rester chez lui, et de ressasser le décès de Papa. De son frère, de son jumeau.
C’est donc le cœur lourd que je quitte la maison pour retourner à San Myshuno. J’ai l’esprit ailleurs durant tout le trajet, et je mets un temps à me préparer une fois arrivée à destination. Le coach Balls voit toute de suite que quelque chose ne va pas. Je lui avoue la vérité, faisant un effort surhumain pour ne pas me mettre à pleurer. Il me présente ses condoléances, m’indique qu’il appellera mon oncle dans la journée et me propose de me donner quelques jours. Je refuse aussitôt, préférant être sur le terrain que toute seule à tourner en rond dans mon appartement. Il se montre compréhensif, et me dit de ne pas hésiter si jamais je change d’avis.

Les jours suivants sont difficiles. Quand je ne suis pas au travail, je tourne en rond chez moi comme un lion en cage. J’ai Maman tous les jours au téléphone, qui me tient informée de l’organisation des obsèques de Papa. M’imaginer devoir lui dire adieu m’est insupportable, mais je sais que je n’aurais pas le choix. Ne pas y aller ne permettra pas de faire machine arrière et de le ramener à la vie.
Un jour, alors que je broies du noir, je finis par craquer. Je m’étais promise de ne plus l’appeler, d’essayer de passer outre son silence et de tenter de passer à autre chose, mais aujourd’hui, je n’y arrive plus. J’ai besoin de lui, et peut-être… Peut-être qu’avec un tel drame, il se décidera à revenir dans ma vie. A, au moins, m’adresser un mot.
-Arthur… Je… Je… suis désolée de t’appeler… Bégayé-je en tombant évidemment sur son répondeur. Je ne sais pas pourquoi tu ne donnes plus signe de vie… Je suis perdue Arthur… Pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ? Je… Je viens de perdre mon père… J’ai besoin de toi… S’il te plait … Rappelle-moi… Terminé-je en sursautant alors que la sonnette de mon appartement se fait entendre. Je raccroche alors, me sentant soudainement pathétique.
Oui… Je suis pathétique de l’avoir appelé et supplié ainsi…

Lorsque j’ouvre la porte de mon appartement, je découvre avec surprise que mon frère et Will sont là. Ils me prennent tous les deux dans leurs bras et cela me réchauffe le cœur de les voir ici. Ce n’est pas la première fois qu’ils viennent me voir, tout comme Gabriel et Gideon sont déjà venus pour m’apporter leur soutien durant cette douloureuse épreuve.
-Comment va Maman ? Demandé-je à Grégory alors que nous nous installons dans mon salon.
-Elle n’est que l’ombre d’elle-même. Me répond-t-il dans un soupir. Elle essaie de faire bonne figure quand nous sommes dans la maison avec Alice, ou avec Tonton et Tata, mais je vois bien qu’elle ne va pas bien.
-C’est normal qu’elle n’aille pas bien… Votre père vient de mourir. Elle a besoin de temps pour faire son deuil. Mais elle est bien entourée, avec le temps, elle ira mieux. Tente de nous rassurer Will. Tout comme vous avez besoin de temps pour faire le vôtre.
-C’est difficile avec Maman. Elle a du mal à gérer ses émotions… Avoue mon frère alors que je repense aux circonstances difficiles de ma naissance, que mon père m’a déjà expliqué il y a bien longtemps. Je suis certaine que mon frère pense à la même chose que moi. Depuis son accident, c’est compliqué. Elle a vu un psy pendant des années…
-On a juste peur qu’elle resombre. Ajouté-je ensuite alors que Will hoche la tête d’un air compréhensif.

-Avec Alice, on voulait se prendre un appart. Ou nous trouver une petite maison, rien qu’à nous. Nous avoue Grégory quelques minutes plus tard. Mais étant donné les circonstances… On a remis ce projet à plus tard.
-Papa n’aurait pas voulu que vous le repoussiez. Lui signalé-je. Maman non plus.
-On en discutait juste avec Alice, ils n’étaient pas au courant, pas encore. Souffle-t-il. Et je me vois pas laisser Maman toute seule. Certes, il y a Tonton et Tata qui n’habitent pas loin, mais c’est pareil, ils ne sont pas éternels non plus… Et ils ne peuvent pas être tout le temps à la maison. Je ne serai pas tranquille de laisser Maman seule …
-J’aimerais pouvoir être là davantage… Lui réponds-je, culpabilisant soudainement d’être partie vivre à San Myshuno, loin de ma famille. Si j’avais su…
-Tes parents souhaitent que tu vives tes rêves, Grace. Intervient alors Will en me saisissant la main pour me témoigner de son soutien, alors que je baisse la tête en essayant de retenir mes larmes. Tu ne pouvais pas savoir que ton père allait partir aussi tôt, et même si vous l’aviez su, ni lui, ni ta mère, n’auraient voulu que tu restes à Oasis Springs alors qu’une opportunité du tonnerre t’attendait à San Myshuno.
-Et Papa était fier de toi. Il était heureux de te voir intégrer l’équipe de San Myshuno. Ajoute Grégory. Il n’aurait jamais accepté que tu y renonces.
-En attendant… Il m’aura toujours vu sur le banc des remplaçants. Il ne me verra jamais jouer dans une équipe pro. Commencé-je à craquer alors que Will me serre dans ses bras et que Grégory se lève pour nous rejoindre.
-Il te verra de là-haut. M’assure Will.
-Pour rien au monde il n’aurait manqué un de tes matchs. C’est pas maintenant que ça va changer. Ajoute Grégory pour essayer de me consoler.

Le jour des obsèques de Papa arrive rapidement. Trop rapidement. J’y vais presque à reculons. Y aller, c’est lui dire adieu, et accepter de vivre dans un monde où il n’existe plus. Je n’ai pas d’autres choix que de le faire, mais c’est tellement dur… Toute ma vie, il était là et je n’imaginais pas devoir lui dire adieu aussi tôt.
Nous arrivons tous ensemble -Maman, Grégory, Alice, Tonton, Tata, Gabriel et moi- au caveau familial où Papa va reposer aux côtés de Papy, Mamie et mes arrière-grands-parents. Ce lieu me fait froid dans le dos et j’ai du mal à imaginer Maman y reposer un jour… Ou moi-même.
Le plus tard possible, ça m’arrangerait.
Lorsque Maman pose l’urne de Papa sur la table, à côté de celle de Mamie, c’en est trop pour moi. Le poser ici, le laisser ici, c’est le laisser derrière nous. C’est devoir vivre sans lui, sans sa présence, sans plus jamais le voir ou entendre le son de sa voix.
Je me dois de l’accepter… C’est ce qu’il aurait voulu… Mais c’est tellement dur…

Quelques minutes plus tard, après nous être recueillis auprès de la tombe de Papa, je décide de sortir prendre l’air. Je déteste cet endroit, il me donne davantage le cafard qu’il apaise mes tourments. Grégory me suit dehors, et à son regard, je devine qu’il ne va pas mieux que moi.
-Qu’est-ce qu’on va faire sans lui… Me soupire-t-il alors.
-La même chose qu’avant, mais sans lui. Lui réponds-je d’un ton las, épuisée par ces derniers jours. Toi, tu vas poursuivre tes cours et devenir un grand chef cuisinier… Et faire plein de bébés avec Alice. Ajouté-je avec un sourire en coin, espérant l’amuser un peu.
-Des bébés qui ne connaitront pas leur grand-père…
-Tu tiens tes talents en cuisine de Papa, ils le connaitront au travers de la bouffe. Et leur super tata viendra jouer au foot avec eux pour éliminer tous les gâteaux et bons petits plats que tu vas leur faire. C’est toujours plus que moi… Je suis pas une littéraire et je me nourris de pâtes, de riz et de plats à faire réchauffer au four ou au micro-ondes. Même mon coach est dépité quand il voit mon alimentation.
-Comment tu fais pour faire de l’humour dans un moment pareil ? Soupire Grégory alors que je vois un sourire naître sur son visage.
-Le fait de lui dire au revoir m’a peut-être soulagé… Et je me suis rappelée des vannes qu’ils se lançaient avec Tonton, donc je me dis qu’à défaut d’avoir hérité de ses talents culinaires, j’ai peut-être hérité de son humour.
-J’ai pas fini de t’entendre me chambrer alors.

-Tu l’as dit, bouffi. Confirmé-je sans attendre, tout en le prenant dans mes bras. Et… Merci d’être là.
-Toi, merci d’être là. Moi… C’est mon rôle de grand frère de veiller sur toi.
-Genre, tu le fais par obligation ?
-Bah des fois…
-Bah bravo !
-Je plaisante ! Je t’aime Grace.
-Moi aussi tête de nœud.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 3

Reparler d’Arthur m’a mis le moral dans les chaussettes. Gabriel, et mes proches en général, ne pensait pas à mal en me demandant s’il s’est décidé à me donner un signe de vie, mais en parler me rappelle que ce n’est toujours pas le cas.
Je ne comprends pas son silence à mon égard. Je ne comprends pas pourquoi il ne répond ni à mes messages, ni à mes appels. Lorsqu’il est parti à Britechester, tout allait bien. Il m’a embrassé, il m’a dit au revoir… Et depuis, plus rien.
Et cela m’attriste, cela m’énerve. Son attitude est tout simplement incompréhensible. Je pensais que c’était un gars bien et, normalement, un gars bien, cela ne fait pas la sourde oreille quand sa petite-amie lui demande des nouvelles. Si je l’avais devant moi, je lui mettrai bien une paire de claques avant de lui demander des explications !

Et le pire dans tout ça, c’est que ce matin, au réveil, alors que je suis allée sur mon téléphone pour checker mes réseaux sociaux… J’ai remarqué qu’il n’y apparaissait plus. J’ai recherché son nom dans la barre de recherche mais je n’ai obtenu aucun résultat. Comme s’il avait supprimé ses comptes, ce qui n’est absolument pas logique, lui qui aime montré ses exploits sportifs.
En proie au doute, j’ai envoyé un message à Gideon… Le seul de mes amis qui est capable de rester calme dans pareille situation. Sa réponse m’a brisé le cœur… Lui, lorsqu’il tape le nom d’Arthur dans la barre de recherche de Simstagram ou de Simbook, le voit bien apparaitre dans les résultats.
Je n’arrive pas à le croire … Il m’a bloqué ! Mais pourquoi ? Pour quelles raisons ?
Enervée, le cœur en miette, j’ai fait la seule chose qui est capable de me calmer : du sport. J’ai enfilé ma tenue, et depuis plusieurs minutes, peut-être une heure, je soulève des poids avec énergie. Je me fiche de prendre le risque de me froisser un muscle, cela me défoule. J’entends mon téléphone sonner, sans doute Gideon qui s’inquiète de mon absence de réponse, mais je l’ignore. Je n’ai pas besoin de parler, j’ai besoin de réponses. Mais comme Arthur n’a pas l’air décidé à m’en donner, il faut que j’extériorise ma colère avant d’exploser !

Epuisée par ma séance intensive de sport, je prends le temps de respirer un grand coup pour retrouver mon souffle, puis je m’étire pour éviter les courbatures. Je commence à avoir faim, mais je fonce d’abord prendre une douche avant de mettre l’eau à bouillir. J’ai la flemme de faire la cuisine, alors un plat de pâtes sera largement suffisant !
Mais, alors que je déjeune tranquillement sur ma table, quelqu’un sonne à la porte de mon appartement. Je sursaute aussitôt, intriguée, attendant personne à cette heure-ci. Je m’empare de mon téléphone avec inquiétude : j’ai oublié de répondre à Gideon. Il ne serait quand même pas venu d’Evergreen Habor juste pour s’assurer que je vais bien quand même ?
-Oui, j’arrive ! M’écrié-je alors à l’intention de mon visiteur surprise, abandonnant mon plat de pâtes sur la table pour aller ouvrir.

Mais, à ma grand surprise, lorsque j’ouvre la porte de mon appartement, ce n’est pas Gideon que je découvre devant moi, mais un illustre inconnu. J’hausse un sourcil intrigué, essayant de me rappeler si je l’ai déjà vu quelque part, avant de buguer sur sa tenue. Depuis quand on va sonner chez les gens avec une chemise grande ouverte ?!
-Bonjour, je suis votre voisin. Me salue-t-il alors que je n’ai pas encore prononcé un mot.
-Euh… Salut… Lui réponds-je, un peu sceptique face à sa venue. Qu’est-ce qu’il veut, lui ?
-Je viens de m’installer et je voulais simplement me présenter. Ajoute-t-il alors, avec un sourire amusé sur le visage. Qu’est-ce qu’il trouve de drôle ? Je m’appelle Kevin, et vous ? Enfin, je pense qu’on peut se tutoyer, non ?
-Euh, si vous… Enfin si tu veux… Marmonné-je, ne comprenant toujours pas le but de sa visite. Il pouvait toujours se présenter lorsque l’on se serait croisé dans l’ascenseur, pas besoin de faire une visite officielle à moitié torse nu jusque chez moi.

-Chouette ! Et… C’est quoi ton nom ? Me redemande-t-il alors que je secoue la tête pour reprendre mes esprits. Arrête d’être méfiante Grace, la fatigue te fait penser n’importe quoi. Après tout, s’il veut se présenter au voisinage, grand bien lui fasse.
-Oui, pardon… Moi, c’est Grace, enchantée. Me présenté-je à mon tour. Excusez-moi, je suis juste un peu fatiguée.
-Il n’y a pas de mal. Me dit-il en souriant. Dis, j’ai des potes qui doivent venir tout à l’heure et je voulais commander des pizzas pour les remercier de m’avoir aidé à déménager. Tu connais une bonne pizzeria qui livre ? Je suis pas du coin, de base.
-Euh, oui… Il y a le Chez Giono, leur Reine est au top ! Leur Norvégienne est pas mal non plus !
-Tant que leur 4 fromages tient la route, c’est tout ce que je demande !
-Parait-il qu’elle est pas mal ! Et pour les excentriques, j’ai un ami qui ne jure que par la Hawaïenne !
-Ca se fait encore cette pizza ? S’exclame-t-il sur un ton horrifié, sans doute à cause de la présence de l’ananas.
-Apparemment ! Ne puis-je m’empêcher de rire face à sa remarque.

-Merci pour le conseil en tout cas ! Je vais te laisser, je vais pas t’embêter plus longtemps !
-Il n’y a pas de quoi. Et … C’est gentil d’être passé. Ajouté-je sur un ton plus hésitant, avant de reprendre sur un ton plus léger. Par contre, évite la chemise ouverte quand tu iras voir la vieille Marise. Elle est gentille, mais elle risque de faire une syncope.
-T’inquiète pas pour ça, je réserve ce privilège aux belles et charmantes demoiselles. Me répond-t-il sur un ton plus charmeur, ponctuant sa phrase par un clin d’œil. Bonne journée à toi, Grace ! Termine-t-il alors que je beugue sur sa dernière phrase, ce qui ne manque pas de le faire rire tandis qu’il se dirige vers ce qu’il semble être, de toute évidence, son appartement.

Le lendemain, après m’être remise de mes émotions suite à ma rencontre fortuite avec mon nouveau voisin, j’ai invité mes amis à venir passer la soirée chez moi. Soirée tranquille à jouer aux jeux vidéo tous ensemble, pas de prise de tête ! Et la consigne a été donnée : interdiction de parler d’Arthur !
Grégory, Alice et Will arrivent tous les trois en même temps, comme toujours. A tous les coups, les amoureux ont rejoint Will avant de venir ici. Et comme d’habitude, Gideon et Gabriel sont en retard. On ne les changera pas ces deux-là !
Nous nous prenons pas la tête sur leur retard et nous commençons une partie de Sim Kart. Mon frère déclare vite forfait, et il ne reste qu’Alice et Will pour m’affronter. Mauvaise foi oblige, je passe mon temps à râler contre les carapaces. Sérieusement, il devrait y avoir une limitation ! Ce n’est pas juste de s’en prendre deux à la suite, surtout en plein saut !
Evidemment, cela ne manque pas de faire rire Will qui prend un malin plaisir à me piquer la première place. J’ai bien envie de lui faire manger ma manette, mais le rappel du coût d’une manette de remplacement m’en dissuade rapidement.
Ainsi que la bienséance, bien entendu.

Quelques minutes plus tard, et avec une bonne demi-heure de retard, Gideon et Gabriel finissent par pointer le bout de leur nez. Leur excuse ? Le train de Gideon était en retard. Je veux bien le croire, mais ça n’excuse pas le retard de Gabriel. Un retard dans le métro, qu’il dit. Ben voyons.
Je ne m’en formalise pas davantage et je réclame vengeance auprès de Will ! Il a gagné à Sim Kart, je veux prendre ma revanche et montrer que même sur ce jeu de malheur, je suis la meilleure !
-Bah alors Grace, on n’aime pas perdre ? Ne tarde pas à me chambrer mon cousin alors que je fais mine de l’ignorer. Je ne veux pas me laisser atteindre par ses mauvaises ondes ! Après, je vais dire que c’est de sa faute et on va encore dire que je suis de mauvaise foi ! N’importe quoi, je ne fais qu’énoncer une vérité !
-En même temps, Grace n’a jamais de chance sur ce jeu ! Toutes les carapaces, c’est pour elle ! Me défend sans attendre Alice, avant d’afficher un sourire malicieux. En parlant de carapace… Ajoute-t-elle avant de m’envoyer une carapace rouge. Je ne tarde pas à râler alors que tout le monde se met à rire.
-Toi, tu as de la chance d’être la copine de mon frère ! Bougonné-je aussitôt, ce qui ne manque pas de la faire rire une nouvelle fois.

Après plusieurs parties acharnées, où j’ai été contrainte et forcée d’admettre ma défaite face à mes amis (je m’en fiche, c’est ma console, j’ai tout le temps pour m’entrainer et prendre ma revanche), je finis par servir l’apéro à mes amis, tous installés autour de la table basse. Nous passons tous ensemble un bon moment, même si cela semble être la sainte Grace aujourd’hui car ils s’amusent tous à me chambrer suite à mes défaites à Sim Kart.
Un jour, je me vengerai. Je ne sais pas encore comment, ni quand, mais cela viendra un jour !
-Bon, je vais aller faire à manger ! Steak pâtes, ça vous va ? Leur proposé-je alors.
-Rassure-moi, tu manges autre chose que des pâtes quand tu es toute seule ? Ne tarde pas à me taquiner mon frère face à mon piètre niveau en cuisine. Je n’y peux rien, rester derrière les fourneaux, cela m’ennuie.
-Très drôle ! Tu devrais plutôt me remercier que je daigne bien vouloir faire la cuisine ! Répliqué-je sans attendre tout en me levant du canapé.
-Attends, je vais t’aider. Propose sans attendre Will, qui fonce déjà vers la cuisine.
-Mais non reste assis ! C’est chez moi ici d’abord ! M’empressé-je de râler, mais nullement étonnée. Il me fait le coup à chaque fois ! Il sait que je n’aime pas cuisiner, alors il trouve n’importe quel prétexte pour « m’aider ». Et quand je dis aider… cela veut dire que lui cuisine pendant que je me contente de lui donner les ingrédients. Et encore.
-Ca me fait plaisir ! Et puis… J’ai trop peur que tu cherches à nous empoisonner pour te venger ! S’empresse-t-il de me taquiner alors qu’il s’empresse de sortir une grande casserole pour faire chauffer de l’eau. Oui, il sait même où sont rangés les casseroles. Et pourtant, je les range jamais à la même place.
-Comme si c’était mon genre, roooh !!

Têtu comme une mule, Will finit par faire lui-même le repas alors que je n’ai pas arrêté de protester. Bon ok, j’ai protesté pendant 5 minutes, et je n’ai pas tenté de lui faire promettre de ne pas recommencer la prochaine fois. Mais le cœur y était.
Nous passons tous une bonne soirée. Le plat de Will est excellent, et nous rions tous de bon cœur face à la diffusion du spectacle d’un humoriste à la télévision.
Puis, petit à petit, tout le monde finit par partir. D’abord mon frère et Alice, puis Gideon et Gabriel. Will tarde plus, insistant pour m’aider à ranger. J’ai beau lui dire que ce n’est pas la peine, un peu de désordre ne me dérange pas et ça peut bien attendre, mais il tient à me donner un coup de main. Parfois, j’ai l’impression qu’il a peur de me laisser seule chez moi.
-Merci pour cette soirée. Me dit-il alors qu’il s’apprête à partir, tout en me prenant dans ses bras pour me dire au revoir.
-Mais de rien, merci à toi d’être venu… Et merci pour m’avoir aidé. Ajouté-je ensuite. Mais vraiment, ce n’était pas nécessaire.
-Ca me fait plaisir, ne t’inquiète pas pour ça. M’assure-t-il alors.

-Ca va aller ? Ajoute-t-il ensuite, sur un ton plus inquiet. Je sais à quoi, ou plutôt à qui, il pense et je ne peux m’empêcher de hausser les épaules.
-Will…
-Oui, je sais, on ne devait pas parler de lui, mais je ne peux pas m’empêcher de me faire du soucis pour toi…
-Ca va aller, ne t’en fais pas… Il finira peut-être par refaire surface un jour… Ou peut-être pas… On verra bien…
-Grace… Ce type est un tocard. Il t’a bloqué, cela montre bien qu’il n’a aucune envie de reprendre contact avec toi. Affirme-t-il alors que mon cœur se serre face à cette affirmation. Je ne l’ai jamais senti, mais j’aurais cru qu’il aurait au moins les …

-Will, ça va aller, vraiment. Le coupé-je dans sa phrase, ne souhaitant pas parler davantage d’Arthur. Oui, c’est un tocard d’agir ainsi… Et le plus dur, c’est de ne pas avoir de réponses… De certitudes… Une partie de moi a envie d’espérer qu’il va finir par revenir…
-Grace…
-Je sais que c’est débile. Soupiré-je, blasée par ma propre faiblesse d’être incapable d’admettre que mon histoire avec Arthur est terminée. J’aurais préféré qu’Arthur rompre plutôt que… que de faire ça. Car j’ai toujours une part de moi qui n’arrive pas à se détacher de lui. Avoué-je, la gorge nouée, alors que j’évite le regard inquiet de Will. Mais ça va bien finir par passer. Lui assuré-je, alors que bien souvent, j’essaie de m’en convaincre moi-même.
-Je suis là si jamais tu as besoin d’en parler. Me rappelle-t-il avec bienveillance. Et si tu veux, je peux même aller à Britechester lui casser les dents. Je suis sûr que les autres voudront bien me donner un coup de main.
-Ce ne sera pas la peine. Ne puis-je m’empêcher de rire face à sa dernière proposition.
-Je peux rester un peu plus longtemps, si tu veux…
-Non, t’inquiète, ça va le faire. Et puis, tu as une grosse journée demain. Lui réponds-je en faisant référence à ses examens déterminant pour l’obtention de son diplôme. Il faut que tu te reposes. Mais merci, c’est gentil de proposer.

-Comme tu voudras. Soupire Will, avant de reprendre, sur un ton plus léger et taquin. Au fait, c’est quand tu te décideras à ranger ton linge qui traine sur la chaise ?
-Tu t’es pris pour ma mère ? Répliqué-je aussitôt sur le même ton. Tout le monde a une chaise avec du linge qui traine dessus !
-Pas quand ils reçoivent ! C’est du linge propre au moins ?
-Ce n’est pas du linge sale en tout cas…
-Bah bravo !
-Tout le monde n’est pas psychorigide comme toi !
-Mais je ne suis pas psychorigide !
-A peine ! Dès qu’il y a un grain de poussière, tu es à la limite de faire un malaise !
-Il n’y a rien de mal à aimer quand c’est propre, rangé et ordonné !
-Un peu de vie, ça ne fait pas de mal non plus ! Je ne veux pas vivre dans un catalogue Ikea ! Assuré-je, sûre de mes arguments face à cette amicale -et agréable- chamaillerie !

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 2

Depuis mon anniversaire, plusieurs semaines sont passées. Maman a fait une tête à mourir de rire en me voyant rentrer suite à ma soirée d’anniversaire, mais elle a fini par se résigner. Je crois qu’elle a compris qu’elle n’avait pas d’autres choix que d’accepter mes piercings et mon tatouage, même si mon tatouage se voit moins au quotidien que mes piercings.
J’ai également entamé rapidement mes recherches d’appartement à San Myshuno accompagnée par mes parents et mon frère, voulant tous trouver le mieux possible pour moi, pour démarrer ma vie d’adulte. J’ai trouvé mon bonheur dans un immeuble du quartier des épices, où j’ai eu un véritable coup de cœur pour un appartement qui a été refait à neuf. Ma mère a été sceptique, estimant que je pouvais trouver plus grand, mais je pense surtout qu’elle était prête à tout pour ralentir mon déménagement.
Cela lui a fait un coup quand j’ai commencé à préparer mes cartons pour aller m’installer à San Myshuno. Elle n’a pas l’habitude, mon frère avait déménagé dans le jardin à sa majorité, moi je change carrément de ville.
Mais j’ai une opportunité extraordinaire qui s’offre à moi, alors désolée maman, mais j’ai bien l’intention de voler de mes propres ailes !

J’ai pu emménagé rapidement dans mon appartement. Mes parents m’ont aidé à payer les meubles pour que je puisse m’installer confortablement, même si je pense que ce n’était pas nécessaire. Je n’ai pas besoin de grand chose, tant que je peux aller faire du sport et recevoir mes amis, c’est tout ce que je demande. Mais ils ont insisté, cela les rassure, alors si ça leur fait plaisir…
Maman a pleuré comme une madeleine quand il a fallu me laisser seule dans mon appartement. Une vraie réaction de maman face à sa fille qui grandit et qui prend son indépendance. Je mentirai si je disais que cela ne me touche pas et que je n’ai pas failli verser ma petite larme aussi… Mais j’ai su rester forte ! Il fallait que je montre à Maman que je ne vais pas me casser en deux une fois qu’elle sera de retour à Oasis Springs !
Le premier soir, cela m’a fait tout drôle d’être toute seule dans mon chez moi. Je n’avais même pas l’impression d’être chez moi. Je me suis sentie un peu bête. Mais j’ai fini par prendre mes marques, petit à petit. Aujourd’hui, il y a même des vêtements sales qui trainent, signe indiscutable que Grace Opaline réside entre ces murs (même si j’essaie de faire attention, j’ai d’autres choses à faire dans la vie que de ranger).

Et puis, je m’y habitue vite à mon appartement : il est tellement génial ! Moderne, une immense pièce à vivre et une chambre ! … Que j’ai sacrifié pour en faire une salle de sport et un bureau. Le sport est important pour mon travail pour me maintenir en grande forme physique et avec du matériel chez moi me permet de pouvoir faire du sport quand je veux, sans dépendre des horaires d’ouverture de la salle de sport ! Mes parents ont été sceptiques, jugement plus important d’avoir une chambre qu’une salle de sport, mais peu importe. Je suis chez moi après tout, et je suis très heureuse d’avoir ma propre salle de sport, directement chez moi ! Et tant pis si je dois dormir dans un lit escamotable dans mon salon ! Je vis toute seule de toute façon, donc cela n’a que très peu d’importance !

Mais avoir une salle de sport à domicile ne m’empêche pas de sortir à l’extérieur pour faire mon sport. En effet, je vais régulièrement faire un footing dans les rues de mon quartier… Non seulement cela travaille mon endurance mais cela me permet aussi de visiter et de découvrir des coins vraiment sympa. Je ne connais que très peu San Myshuno et le quartier des épices, et c’est l’occasion de découvrir tous les moindres recoins du quartier -en dehors des bars à karaoké j’entends.
Et vraiment, même si c’est la ville, cet endroit est vraiment magnifique et bourrée de charme ! Je ne regrette pas de m’être installée ici et la chaleur parfois étouffante d’Oasis Springs ne me manque absolument pas !

Et puis, ce qui m’a fait succombé pour le quartier des épices… c’est qu’il y a un terrain de basket public ! Juste en bas de chez moi ! Je ne peux évidemment pas avoir un panier de basket dans mon appartement, mais je suis heureuse de savoir que je peux descendre de chez moi à n’importe quel moment pour jouer au basket et m’entrainer pour mes futurs matchs dans mon équipe. Même si je n’ai qu’un petit rôle dans mon équipe pro, et que je passe plus de temps sur le banc de touche que sur le terrain pour le moment, il est quand même important que je continue de m’entrainer si je veux pouvoir briller à mon tour pour mes capacités sportives ! Mon coach a embauché une championne, pas une larve qui attend que le temps passe !

Alors, dès que la météo le permet et que j’ai du temps devant moi, j’enfile une tenue de sport et je descends de chez moi avec mon ballon pour faire des paniers. Des fois, je croise du monde et nous jouons ensemble. Je les impressionne par mes talents sportifs et je dois avouer que cela fait plaisir à mon ego ! J’essaie parfois de faire attention à ne pas trop leur mettre la pâtée pour ne pas les décourager -jouer toujours toute seule, ce n’est pas drôle- mais j’aime bien épater mon monde et montrer que je suis la meilleure !
Il y a des choses qui ne changent pas dans la vie et il n’est pas question que je ne fasse pas démonstration de mon talent face aux autres !

Aujourd’hui, alors que je m’entraine gentiment sur le terrain de basket, j’aperçois une tête connue du coin de l’œil. Gabriel. Il me voit également, et s’empresse de rejoindre le terrain pour venir me saluer. Je laisse le ballon retomber par terre et je l’attends sagement. Je lui souris, heureuse de croiser mon cousin. Il a emménagé également à San Myshuno, mais dans le quartier des Arts. Tata était inconsolable, mais elle et Maman se sont serrées les coudes et aujourd’hui, cela va mieux, paraît-il. Au moins, elle a arrêté d’appeler Gabriel tous les jours au téléphone.
-Hey Grace ! Ca va ? Toujours entrain de t’entrainer ? M’interpelle-t-il en arrivant à ma hauteur.
-Ca va oui ! Eh oui, comme toujours ! Il faut bien si je veux pouvoir progresser dans ma carrière ! Lui répondis-je sans la moindre hésitation.

-Tu vas réussir, ton coach ne t’a pas accepté dans l’équipe pour que tu restes une potiche sur le bord du terrain. M’assure Gabriel alors que je lève les yeux au ciel.
-Je ne suis pas une potiche ! Je suis remplaçante ! Rectifié-je aussitôt, ce qui semble l’amuser.
-C’est la manière polie pour dire potiche.
-Une potiche ne remplace pas les joueurs malades ou qui se blessent. Et sinon, au lieu de dire des bêtises, quoi de neuf ? Changé-je rapidement de sujet avant qu’il ne trouve une autre vacherie à me balancer. Je le connais mon cousin, il a été à bonne école. Et nous lancer des piques, c’est notre spécialité.
-J’ai enfin obtenu un poste ! Dans la petite école primaire à côté de chez moi ! M’annonce-t-il fièrement, visiblement ravi. Gabriel nous cache bien son jeu. Sans rien nous dire, et dissimulant bien qu’il est plus intelligent qu’il en a l’air, il a passé les concours pour pouvoir devenir enseignant, les réussissant haut la main. J’affiche un grand sourire en apprenant alors cette bonne nouvelle ! Au moins, il est sûr de pouvoir payer son loyer maintenant !
-C’est super ça, félicitations ! Il faudra que l’on fête ça !
-Merci ! Au fait… Tu as enfin eu de ses nouvelles ? M’interroge-t-il, avec soudainement un air inquiet sur le visage.

Ma mine s’assombrit alors. Il n’a pas précisé de qui il parlait, mais il n’en avait pas besoin. Il n’est pas difficile de deviner, car il n’y a qu’une seule personne qui ne me donne plus de nouvelles depuis des semaines.
Arthur…
Depuis qu’il est parti pour Britechester, il ne répond plus à mes messages. Ni à mes appels. Je tombe systématiquement sur son répondeur, et il ne prend pas la peine de me rappeler. Je sais pourtant qu’il est toujours en vie vu qu’il lui arrive de poster quelques photos de lui sur Simstagram. Nous nous sommes vus la veille de son départ, tout allait bien, mais dès l’instant où il est parti, mes moindres tentatives de prendre contact avec lui ont été des échecs.
Je ne comprends pas ce qui peut bien se passer, ce qui a bien pu se passer. Pourquoi refuse-t-il de me répondre ? Pourquoi fait-il comme si je n’existais pas ?
J’essaie d’éviter d’y penser, de m’occuper l’esprit un maximum, mais ces questions sans réponse m’obsèdent et mon cœur se brise un peu plus chaque jour sans avoir de nouvelles. Qu’est-ce que cela signifie ? Pourquoi agit-il ainsi ? Qu’est-ce qui a bien se passer pour qu’il décide de ne plus répondre ?
-Non… Toujours pas… Finis-je par souffler, même si ma tête suffisait pour apporter une réponse à mon cousin.
-Il va bien finir par te faire un signe de vie quand même.
-J’en sais rien Gab… J’en sais rien…
-J’aimerais bien te dire que j’ai réussi à le contacter mais…
-Je sais Gab… Et cela me tue de pas comprendre. Marmonné-je la gorge nouée, à deux doigts de craquer, alors qu’il me prend aussitôt dans ses bras pour me montrer que, même si Arthur est un abruti, j’ai toujours mes proches pour me soutenir.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 1

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire ! A moi la vie d’adulte et la liberté ! Je suis toute excitée par cette perspective ! … Enfin, jusqu’à ce que ma mère me rappelle que j’ai beau être majeure, tant que je vis sous son toit, je dois respecter les règles de la maison. Et donc, ranger mes chaussettes dans ma commode. Sérieux, en quoi ça gêne une ou deux (ou cinq) chaussettes qui trainent par terre ? J’ai une vie à croquer à pleine dent, j’ai pas le temps pour les plier !
Souhaitant faire la fête avec mes amis pour mon anniversaire, mes parents ont consenti à le fêter en famille dans l’après-midi. C’est mon frère qui fait le gâteau pour l’occasion, dans sa toute petite cabane de jardin. J’ai hâte d’y goûter car même s’il est dans le jardin, je sens sans problème les odeurs qui s’échappent par sa fenêtre !

-Alors, ça fait quoi de ne plus être la minus du groupe ? Me taquine sans attendre Gabriel après que lui et ses parents soient arrivés à la maison pour le goûter.
-C’est toi le minus ! Rétorqué-je sans attendre, loin de me laisser déstabiliser par ses plaisanteries.

-Au fait, félicitations Grace pour ton admission dans l’équipe de basket de San Myshuno ! S’exclame Tonton en s’installant à table à côté de moi, alors que mon frère vient dire bonjour en affirmant que le gâteau est bientôt prêt : il doit juste refroidir un peu. Mon pote m’a dit qu’il a été très impressionné par tes capacités ! Tu dois être fière !
-Grave ! Affirmé-je avec fierté. J’ai trop hâte de commencer !
-Dire que tu vas quitter la maison… Ca, j’ai du mal à le réaliser. Ajoute Maman, émue, mais je vois bien sur son visage qu’elle est également très fière de moi.
-Roh Maman, ça va ! San Myshuno, c’est pas à l’autre bout du monde quand même !
-Oui mais c’est pas pareil … Tu verras quand tu auras des enfants !
-Déstresse Tata, ça va aller ! Tente de se montrer rassurant mon cousin, bien que son sourire en coin cache autre chose que de la simple bienveillance. Après tout, te connaissant, tu t’assureras que son appart’ soit top et mettre des sécurités enfants partout. Taquine-t-il ensuite alors que ma mère lève les yeux au ciel.
-Celian, c’est bien ton fils ! Soupire-t-elle de dépit alors que nous ne pouvons pas nous empêcher de rire.

Quelques minutes plus tard, mon frère s’éclipse pour revenir avec un superbe gâteau au chocolat. S’il est aussi bon que beau, on va se régaler ! Maman installe des bougies sur le gâteau et les allume. Toute excitée, je me lève de table pour m’empresser de souffler mes bougies. Des joyeux anniversaires fusent et je suis toute contente de ne plus être considérée comme une enfant (sauf par ma mère) ! A moi la vie d’adulte !

Grégory part en cuisine pour revenir avec des assiettes et un couteau. Il s’empresse de couper le gâteau et distribue des parts à tout le monde. Dès que je suis servie, je m’empresse de le goûter tellement il me fait envie. Mon frère est vraiment doué : son gâteau est délicieux !
-Il est trop bon ton gâteau ! Le félicité-je aussitôt alors qu’il me fait un grand sourire. Très vite, tout le monde fait de même et les parts disparaissent rapidement dans les estomacs de chacun.
-Merci. Par contre, on va peut-être pas trop trainer si tu veux faire ton truc ? Souligne Grégory alors je jette un coup d’œil à l’heure sur mon téléphone.
-Pas faux ! Je vais être en retard à mon rendez-vous !
-Tu veux aller faire quoi ? M’interroge Tata alors que je lui offre mon plus beau sourire le plus innocent.
Oh, juste changer de tête ! Affirmé-je innocemment alors que je vois mon frère lever les yeux au ciel.
Disons que j’ai envie de laisser la surprise quant à ce cadeau -enfin, ces cadeaux- que je me fais à moi-même. Cela un moment que j’économise mon argent de poche pour pouvoir m’offrir tout ça -deux piercings et un tatouage. Mais si je l’avoue maintenant, je sais que Maman va criser et qu’elle va tenter de m’en dissuader -même si je suis majeure et que je n’ai donc plus besoin de son autorisation ! Alors, comme pour ma couleur de cheveux, autant lui faire la surprise pour qu’elle n’ait plus d’autres choix que de s’y faire !
Je me dépêche donc de finir mon gâteau et avec Alice, Grégory et Gabriel, nous filons tous les quatre. Premier étape, la plus simple : le coiffeur!

Après le coiffeur, où j’ai opté pour une coupe à la garçonne, nous sommes ensuite aller au salon du tatoueur qui pose aussi des piercings. Là-bas, nous sommes rejoints par Will, qui connait bien le gars qui bosse dans ce salon : et pour cause, c’est là-bas qu’il a fait tous ses tatouages ! Je douille comme par possible pendant le tatouage et lorsqu’il m’a posé les piercings -Will et Gabriel n’ont pas manqué de me charrier à ce propos- mais je suis ravie du résultat !
La nuit tombe rapidement, et nous nous dépêchons ensuite de rejoindre les autres au bar à karaoké. Qui dit mon anniversaire, dit forcément karaoké ! J’offre un grand sourire à Arthur quand je le vois, heureuse qu’il soit là. Il n’est pas spécialement fan de karaoké, mais il accepte de suivre pour me faire plaisir. Quel amour ! Gideon finit par nous rejoindre aussi et je suis heureuse. Tout le monde est là, et la fête peut commencer !

-Ca te va bien les cheveux courts ! Me complimente d’ailleurs Gideon pendant que nous sommes tranquillement installés à l’intérieur du bar. Et ça va, les piercings, le tatouage, ça t’a pas fait trop mal ?
-Merci ! Et…
-Elle a douillé comme pas possible ! Me taquine sans attendre Will, aussitôt suivi par Gabriel, ce qui n’a pas manqué de faire rire Gideon alors que je lève les yeux au ciel.
-Roh ça va ! Genre toi, t’as pas eu mal quand on t’a fait tes tatouages ? Rétorqué-je alors à Will.
-J’ai pas mal moi, je suis un bonhomme ! M’assure-t-il en bombant le torse avec fierté, bien que son sourire trahisse son rôle de gros dur.
-Tu parles ! Ce n’est pas ce que tu disais quand tu fais ton premier tatouage ! Balance sans vergogne mon frère alors que Will préfère le prendre en riant.

-Moi, je suis surtout curieux de voir la tête de ta mère quand elle va voir que tu as des piercings et qu’elle va savoir que tu t’es faite tatouer! S’exclame Gabriel en riant, sachant très bien qu’elle risque de ne pas approuver.
-Si c’est comme quand elle s’est teinte les cheveux en gris la première fois, elle va faire la grimace ! Répond Grégory avec un sourire amusé. Quant à moi, je hausse les épaules avec désinvolture.
-Elle va pas aimer c’est sûr, mais c’est justement pour ça que je ne lui en ai pas parlé. De toute façon, je fais ce que je veux maintenant !
-Et puis, ça te va très bien. Enfin, même si je n’ai pas encore vu ton tatouage… Ajoute Arthur, avec son habituel sourire tendre et charmeur, faisant ainsi référence au fait que mon tatouage est caché sous mes vêtements.
Tu sors ça à côté de son frère, sérieusement ? En hausse un sourire incrédule Will alors que je vois Grégory faire effectivement la grimace alors qu’Arthur ne semble pas voir le problème.
-Bon, et si on allait chanter ? On est pas venu ici pour faire les plantes vertes ! M’exclamé-je avec un enthousiasme exagéré pour me dépêcher de changer de conversation. Je me lève aussitôt avec empressement, et j’attrape Will par le bras pour l’entrainer avec moi vers le karaoké et le plus loin possible d’Arthur.

J’entends Will maugréer un peu à cause de la vitesse à laquelle je l’entraine jusqu’au karaoké, mais il se laisse cependant faire. Nous choisissons rapidement une chanson et nous commençons à chanter.
Puis, les chansons s’enchainent au cours de la soirée. Will parvient même à trainer Grégory au karaoké pour une prestation en duo des plus hilarantes. Il n’y en a pas un pour rattraper et ils ont tous les deux fait les andouilles.
Même Gabriel s’est prêté au jeu en allant chanter avec Alice… Enfin, c’est surtout Alice qui a chanté et Gabriel laissait échapper quelques mots vaguement chantés de sa bouche, mais il a au moins eu le mérite de participer !
J’ai essayé de convaincre Arthur de venir chanter avec moi, mais il n’avait pas envie. Du coup, Will a proposé que l’on fasse un autre duo pour me faire plaisir. Il est davantage dans l’ambiance et moins bougon que tout à l’heure, et nous nous sommes bien amusés à en faire des tonnes derrière le micro !

Puis, un employé du bar annonce qu’un concours de karaoké est organisé ce soir et que tout le monde est invité à participer. Il n’y a pas grand chose à gagner, juste une consommation gratuite au bar, mais le plus important est de participer !
Enfin… Que les autres participes. Comme je suis la meilleure, je ne peux que gagner, et je ne manque pas de m’en vanter !
Gabriel ne tarde pas d’ailleurs à me lancer le défi de m’inscrire, toute suite suivi par les autres. Les défis, ça ne me fait pas peur, et encore moins de chanter en solo devant tout le monde. Alors, je m’empresse de m’inscrire au concours au bar et quand c’est mon tour d’aller chanter, je monte sur l’estrade sans hésitation et je commence ma chanson. Je m’éclate comme une folle et je me donne à fond dans ma prestation. Je suis sûre que j’ai du être une chanteuse extraordinaire dans une autre vie !
Et évidemment…

C’est sans surprise que j’ai gagné le concours ! Quand je dis que je suis la meilleure, et je ne tarde évidemment pas à m’en vanter auprès de mes amis qui me félicitent pour ma victoire !

Pendant la soirée, je prends un petit temps pour rejoindre Arthur sur le canapé. Je lui demande si tout va bien. Il se tient en retrait du reste du groupe, je le vois bien, alors que d’habitude, il n’hésite pas à rentrer dans leur jeu et à chambrer tout le monde. Il m’assure que oui, qu’il est juste un peu fatigué et que je n’ai pas à m’en soucier. C’est ma soirée ce soir, et il veut me faire plaisir. J’ai l’impression qu’il ne me dit pas tout mais je n’insiste pas. S’il avait voulu m’en dire plus, il l’aurait fait.
Alors je l’embrasse, et j’essaie de chasser de mon esprit les questions qui me trotte dans la tête. Nous avons bien le temps de songer à tout ça.

La soirée s’éternise un peu, les autres finissent par partir petit à petit. Je décide de passer un peu plus de temps avec Arthur, et je rentrerais à la maison plus tard. Grégory râle un peu, ne voulant pas que je rentre seul, mais Arthur promet qu’il va me raccompagner. A mon tour de râler, je ne suis pas en sucre et je suis une grande fille qui est capable de rentrer chez elle toute seule. Et de toute façon, quand j’aurais mon appartement, je pourrai faire ce que je veux et il n’y aura plus personne pour s’inquiéter que je rentre seule le soir chez moi. Et toc !
Au moment de partir, je prends Arthur dans mes bras. Je lui propose sans attendre qu’on se voit le lendemain, histoire de profiter un maximum de sa présence !
-Désolée Grace, mais demain, on va à Britechester avec mes vieux. S’excuse-t-il en réponse avec une moue gênée. On va visiter le campus et visiter des résidences universitaires et des appart pour voir où je serai le mieux à la rentrée. On reste là-bas tout le week-end, facile. Ajoute-t-il.
-Ah… Laissé-je échapper, déçue, me rappelant subitement que dans quelques semaines, il s’envolera loin à Britechester alors que je vivrais ici, en pleine ville.
-Mais on se verra quand je rentrerais, promis. M’assure-t-il avec enthousiasme, alors qu’il commence à parler de Britechester de long, en large et en travers.

Quant à moi, je ne l’écoute, petit à petit, plus que d’une oreille. Je profite simplement de sa présence et de ses bras, tant que je le peux. C’est puérile de ma part, je devrais être ravie qu’il fasse ce qu’il aime. Cela a l’air de tellement le passionner et de l’enthousiasmer que je devrais être heureuse pour lui !
Pourtant, je ne fais que penser à cette distance qui va nous séparer, alors que j’avais l’habitude de le voir quasiment tous les jours au lycée, lors de nos entrainements ou de nos rendez-vous… Ne plus le voir aussi souvent me serrer le coeur et je me maudis de ne pas réussir à me réjouir autant que je le devrais.
J’essaie de me rassurer en me disant qu’avec la technologie moderne il n’a jamais été aussi simple de garder contact avec quelqu’un. Que Britechester, ce n’est pas si loin et qu’il va sans doute rentrer le week-end au moins pour voir ses parents.
Tout … devrait bien se passer.

-Grace ? Ca va ? M’interpelle soudainement Arthur, me sortant de mes pensées.
Je lui offre alors mon plus beau sourire en lui disant simplement que je commence à fatiguer. Il me sourit à son tour, et me dit que nous allons prendre le chemin du retour. J’acquiesce et je m’empare de ses lèvres pour tenter de chasser mes sombres pensées de mon esprit.
Après tout, nous avons encore du temps devant nous avant qu’il ne parte pour Britechester. J’aurais le temps de me faire du soucis pour la distance plus tard.
Pour le moment, je veux simplement profiter de l’instant présent. Le futur, on verra plus tard.

Et pour finir, voici la comparaison entre Grace et ses parents ! 😀