Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 63

Grégory

Aujourd’hui, c’est un grand jour pour Grace. Elle a son dernier match de la saison, le dernier dans son équipe du lycée. Mais c’est surtout celui où l’entraineur de l’équipe de San Myshuno vient la voir jouer, pour déterminer si elle a sa place dans son équipe ou non. C’est un moment important, une vraie chance qui s’offre à elle -merci Tonton sur ce coup-là.
Du coup, pour la soutenir, nous allons tous aller à son match. Elle a pesté que ça allait être trop la honte d’être vue avec « ses vieux », mais je sais que cela la touche en vérité. Maman et Papa sont partis chez Tonton et Tata et iront là-bas de leurs côtés. Quant à moi, j’y vais avec Alice, et Will vient nous rejoindre dans mon petit studio pour que nous puissions y aller tous les trois ensemble. Avec toute notre joyeuse bande présente pour lui envoyer des ondes positives, il n’y a pas de raison que Grace ne parvienne pas à éblouir cet entraineur !

-C’est vraiment cool ce que tes parents ont aménagé pour toi ! Est impressionné Will lorsque je l’accueille dans mon studio. Alice n’est pas encore là ?
-Elle est dans la salle de bain, elle a passé la nuit ici. Lui réponds-je alors avec un sourire. Et oui, c’est vraiment chouette ! Et au moins, depuis que je suis ici, plus de visites intempestives de ma famille. Plaisanté-je ensuite.
-En même temps, vu que tu reçois ta copine pour la nuit, ils n’ont sans doute pas envie de débarquer à l’improviste. Me taquine-t-il sans attendre. Il y aura qui du coup, qui vient au match ?

-Oh il y aura tout le monde. Nos parents seront là, ainsi que ceux de Gabriel. Lui-aussi sera évidemment là. Gideon aussi. Nous trois… Et Arthur aussi, mais c’est une évidence. Enuméré-je alors que je vois une légère grimace sur le visage de Will, comme à chaque fois que quelqu’un évoque Arthur et qu’il est dans les parages.
-Oui… Evidemment.
-J’ai l’impression que tu n’apprécies pas trop Arthur. Lui fais-je alors remarquer.
-Ce n’est pas que je ne l’apprécies pas… Mais… Je ne sais pas… Il y a quelque chose qui me chiffonne. Me répond-t-il alors que je suis perplexe. Je ne comprends pas trop où il veut en venir. Je ne saurais pas comment l’expliquer, mais je le sens pas. Et toi … ? Ca te gêne pas qu’il soit avec ta sœur ?
-Pour être honnête, j’ai grincé des dents quand Grace a commencé à parler de lui. Avoué-je dans un haussement d’épaules. Mais, en toute honnêteté, ça aurait pareil avec n’importe quel mec. J’ai envie de protéger ma sœur et j’ai pas envie qu’un abruti lui fasse du mal… Mais, faut être réaliste deux minutes et elle a le droit d’avoir une vie amoureuse même si j’ai du mal avec l’idée…

-Vous parlez de quoi ? Nous interrompt soudainement Alice qui sort de la salle de bain.
-On parle d’Arthur. Lui réponds-je sans attendre alors qu’elle se met aussitôt à ricaner. Qu’est-ce qui te fait rire ?
-Rien. C’est juste que ça m’étonne pas. Tu fais cette tête à chaque fois qu’on parle du copain de ta sœur… ou que ce dernier s’approche d’un peu trop près d’elle à ton goût.
-Mais de quelle tête tu parles ?
-Celle qui montre que ça te plait pas qu’il soit avec elle.
-Arrête j’ai rien contre lui ! J’allais justement dire à Will que, même si j’ai du mal avec l’idée que Grace soit avec un mec, et bien, j’apprécie quand même Arthur. Je le trouve cool perso, et il se comporte bien avec ma sœur. C’est tout que je demande !
-Mouais… Et pourquoi vous parlez de lui d’ailleurs ? Il a fait quelque chose qui ne fallait pas ?
-Grég me disait juste qu’il sera là au match de Grace… Et que j’avais un peu de mal avec lui. Avoue Will après une brève hésitation.

-Mmmh… Qu’est-ce qu’il t’a fait au juste pour que tu ais du mal avec lui ? L’interroge Alice en le regardant avec suspicion.
-Euh rien… Lui répond Will, un peu embarrassé par la conversation. C’est juste … je sais pas, je le sens pas, je pourrai pas l’expliquer. On pourrait parler d’autres choses ? Tente-t-il de changer de sujet alors que je trouve son attitude bizarre. Quant à Alice, son air suspicieux ne semble plus la quitter et elle semble réfléchir.
-Si vous voulez mon avis les garçons : arrêtez de votre prendre la tête. Arthur est sympa, pour le moment ça roule avec Grace. Et va falloir faire avec. Grace est une grande fille qui fait ses propres choix. Et même si ça venait à tourner au vinaigre, et bien, ce n’est pas grave. On sera présent pour elle et elle s’en remettra. Mais va bien falloir vous faire à l’idée qu’elle ne va pas rester seule toute sa vie.
-Mais j’ai rien … Tenté-je de me défendre avant qu’Alice ne secoue la tête.
-Tout ça pour dire que ce n’est pas très cool de parler dans le dos d’Arthur alors qu’il n’a rien fait. Bref, nous ferions mieux de partir si on ne veut pas louper le début du match. Précise-t-elle alors que je jette un coup d’œil à l’heure sur mon téléphone.
Je me lève alors d’un bond, Will aussi et nous sortons tous les droits pour rejoindre le gymnase du lycée.

Grace

Le match s’est super bien passé ! Nous avons dominé l’autre équipe tout le long du match et nous nous sommes toutes serrées les coudes pour mener notre équipe à la victoire. Cela n’a pas non plus été de tout repos car l’équipe adverse n’était pas prête à nous laisser gagner, bien au contraire. Nous étions meilleures, mais elles étaient loin d’être nulles en face. Une fille de notre équipe a même fini par perdre patience et a failli baisser les bras à force d’être contrée par une adversaire, mais toutes ensemble, nous avons réussi à la remotiver. Elle a même réussi à mettre un panier ! Elle a été absente une partie de l’année, mais elle a tout de même réussi à donner le meilleur d’elle-même et nous l’avons toute félicitée. Cela n’a pas été de repos, mais nous sommes fières de nous pour cette victoire bien méritée. J’espère que ce match aura suffi à éblouir l’entraineur de l’équipe de San Myshuno et me permettra de passer pro !
Il est venu voir l’équipe à la fin du match pour nous féliciter pour notre victoire. Nous l’avons remercié, et il a dit qu’il me recontacterait pour me donner une réponse, car c’est une décision qu’il ne peut pas prendre seul. Chose que je peux comprendre parfaitement.
Aujourd’hui, ça fait deux semaines, presque trois, que je n’ai pas de retour de l’entraineur. Ca me stresse, et j’arrête pas de me dire que s’il voulait vraiment que j’intègre son équipe, il m’aurait appelé plus tôt. Tonton m’assure que cela veut rien dire, et tout le monde tente de me rassurer. Personnellement, plus le temps passe, plus j’ai le moral en berne de ne pas avoir de nouvelles. J’essaie d’occuper mon temps et mon esprit, histoire de ne pas être focalisée dessus toute la journée. C’est le cas aujourd’hui, où Arthur est à la maison et nous jouons tranquillement au ping-pong sous la surveillance de Comète qui observe la balle avec grand intérêt -prête pour nous la piquer si elle a le malheur de tomber par terre.

-T’as toujours pas de nouvelles de l’entraineur ? Me demande d’ailleurs Arthur pendant que nous jouons.
-Non toujours pas… Soufflé-je, dépitée. Je ne sais pas ce qu’il trafique. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est mauvais signe…
-Mais non. Tu as été extraordinaire à ton match. S’il ne te voulait pas dans son équipe, c’est que c’est un piètre entraineur qui ne sait pas reconnaitre le talent à l’état pur. M’assure Arthur alors que je lève les yeux au ciel. Je ne suis pas tellement d’humeur à recevoir des flatteries. Et puis, ton oncle t’a bien dit que cela ne voulait rien dire qu’il ne t’ait pas encore appelé. Il n’a pas essayé de se renseigner lui d’ailleurs ?
-Bien sur que si, tu penses. La patience, ce n’est pas spécialement son fort non plus. Lui dis-je avec un léger sourire. Mais l’entraineur lui a dit qu’il me contacterait directement et il n’a rien voulu dire de plus.
-Cela montre qu’il a tout de même l’intention de te tenir au courant.
-S’il pouvait se dépêcher, ça m’arrangerait. Soupiré-je sans pour autant me déconcentrer sur notre partie de ping-pong. Je ne perds jamais à ce jeu, et j’ai une réputation à tenir !

-Sinon, pour changer de sujet, j’ai enfin eu un retour sur mes candidatures pour l’université. M’informe Arthur le plus naturellement du monde. J’essaie de ne pas montrer ma surprise, ayant totalement oublié la période où il attendait une réponse à ses demandes. Trop obnubilée par mon propre avenir, j’en ai oublié le sien. Oups.
-Ah ? Alors, ça donne quoi ?
-J’ai été pris à Foxbury, dans leur cursus commerce et management. C’est l’une de leur filière les plus côté, avec la robotique ! Franchement, de toutes mes demandes, c’est vraiment la meilleure ! M’annonce-t-il avec enthousiasme, heureux de cette bonne nouvelle et d’avoir obtenu ce qu’il voulait. En plus, j’ai obtenu une bourse, et je pourrai intégrer leur équipe de basket à la rentrée pour financer mes études ! Comme c’est quand même un diplôme prestigieux, ça coûte un peu bonbon donc ça se refuse pas !
-C’est chouette, félicitations ! Mais Foxbury… C’est pas à Britechester ? Lui demandé-je en essayant de situer cette université très connue notamment pour ses travaux en robotique et pour former les plus grands ingénieurs du pays.
-Oui c’est ça ! Le campus est hyper vivant parait-il, j’ai hâte d’y être ! Continue-t-il sur sa lancée, intarissable sur le sujet, alors que j’ai soudainement un pincement au cœur.

Britechester… Ce n’est pas la porte à côté. Pas du tout même. C’est même très loin d’Oasis Springs, et encore plus de San Myshuno. Le cadre de vie y est très agréable parait-il, surtout pour les étudiants. Mais lorsqu’il partira là-bas, nous nous verrons beaucoup moins. Surtout si je suis prise dans l’équipe de San Myshuno. Si ce n’est pas le cas… Je pourrai toujours le rejoindre là-bas en attendant de trouver un plan B. Mais cela voudrait dire être loin de ma famille et de mes amis, et j’ai un autre pincement au coeur rien qu’à cette idée.
Je tente malgré tout de faire bonne figure. C’est une bonne nouvelle pour lui, et je n’ai pas envie de faire ma rabat-joie. Il y a encore du temps avant qu’il ne doive partir à Britechester et nous aurons tout le temps nécessaire pour trouver une solution.
-Et hop, j’ai encore gagné ! M’exclamé-je en marquant le point décisif contre Arthur.

Arthur s’apprête à demander une revanche quand nous apercevons Comète attraper la balle de ping-pong avant de s’enfuir avec à toute vitesse. Nous rions face à cette voleuse et Arthur est obligé d’admettre sa défaite définitive, sans possibilité de sauver son honneur.
Je m’avance donc vers lui pour lui proposer d’aller manger un truc à l’intérieur de la maison quand je sens mon portable vibrer dans ma poche. Je m’empresse de le saisir et je vois le nom de l’entraineur s’afficher sur mon écran. Je lance un regard stressé à Arthur en lui montrant mon téléphone, et il m’encourage à décrocher, tout aussi désireux d’enfin connaitre la réponse de l’entraineur.

-Oui allo ? Décroché-je alors, en essayant de rester calme.
-Oui bonjour Mademoiselle Opaline, c’est Monsieur Balls, l’entraineur de l’équipe de basket de San Myshuno. Je rappelle suite à votre match contre l’équipe du lycée de Windenburg.
-Oui, je vous écoute…

Il me parle longtemps au téléphone, commentant l’ensemble du match, évoquant les points positifs et les points négatifs. Mon coeur tambourine à fond dans ma poitrine et j’ai envie de lui hurler d’aller directement à l’essentiel. Mais je me retiens. Je ne suis pas sûre que ce soit très productif.
Puis, il me donne sa réponse. Je me fige aussitôt. J’ai du mal à digérer l’information, et mon cerveau a du mal à faire les connexions nécessaires pour que je puisse tout assimiler correctement. Quelques minutes de blablas plus tard, nous finissons par nous dire au revoir et raccrocher. L’esprit complètement ailleurs, je fixe mon téléphone sans le voir, remarquant à peine les sms que je suis en train de recevoir.

-Alors ? M’interroge Arthur, impatient de savoir ce que m’a dit l’entraineur au téléphone. Qu’est-ce qu’il a dit ?
-Je… Je suis prise dans l’équipe. Lui annoncé-je, ayant encore du mal à croire que j’ai réussi à intégrer une équipe professionnelle de basket. Il a été très impressionné, notamment par mon esprit d’équipe et ma capacité à remotiver mes coéquipières. J’ai encore des progrès à faire en tant que joueuse pour être au niveau du reste de l’équipe de San Myshuno, mais j’ai énormément de potentiel. D’après lui, il aurait été idiot de ne pas m’accepter. Là… Il est entrain de m’envoyer toutes les info pour que je puisse intégrer l’équipe…

-Grace ! Félicitations ! Tu as réussi ! S’exclame avec joie Arthur, avant de m’attirer à lui pour m’embrasser avec fougue.
Comme par réflexe, je réponds à son baiser. J’ai l’esprit déconnecté de la réalité, ayant du mal à croire que ce qui est en train de m’arriver.
Après m’être entrainée sans relâche pendant des semaines, après m’être donnée à 100% pendant le match, je suis parvenue à impressionner l’entraineur Balls. Je vais intégrer une équipe professionnelle. Dans quelques semaines, je vais quitter Oasis Springs pour m’installer à San Myshuno. C’est tellement surréaliste ce qui m’arrive, d’autant plus que je n’y croyais plus !
J’ai envie d’exploser de joie, mais je me rappelle soudain que, lorsque je vais partir à San Myshuno, Arthur ira quant à lui à Britechester. Je ne pourrai pas le rejoindre, et cette future relation à distance me fait peur. Peu de couples parviennent à surmonter la distance, et cette perspective m’inquiète. Mais, lorsqu’Arthur libère mes lèvres, je chasse cette pensée de mon esprit. Je m’inquièterai de ça plus tard. Pour l’instant, je préfère profiter de mon succès et je dois annoncer cette bonne nouvelle à tout le monde !!

Pour information, après cette bonne nouvelle, le prochain chapitre sera consacré à l’anniversaire de Grace. Comme elle passera Jeune Adulte, nous commencerons officiellement la Génération 4 !

Du coup, pour clôturer la Génération Jaune, il est temps de faire le point sur les objectifs de Joy :

Maximum de la compétence fuséologie et bricolage : 10/10 pour chaque compétence, OK
Compléter l’aspiration Cerveau exceptionnel : OK
Maximum Carrière astronaute : OK
Construire une fusée (avec toutes les améliorations) et aller sur Sixam : Fait ! OK.
Entrer dans le lot secret d’Oasis Springs : Fait, OK
Ne pas avoir d’autres amis que ses grands-parents avant leur mort : Etant donné que les bébés sont automatiquement amis avec leurs parents quand ils naissent, ça se passe comment ? ^^’ (Sans rire, Joy n’avait jamais vu Sven avant son anniversaire pour passer enfant et elle était déjà ami avec lui, ahah !). Rosie ne s’est quasiment jamais occupée de sa fille avant le décès de Nick et Joy a développé la relation « Meilleur grand-père du monde » avec Nick, donc je suppose qu’on peut considérer que l’objectif est réussi ? 😀

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 62

Grace

Aujourd’hui, c’est le jour de l’Amour. Le jour le plus mielleux de l’année, ou le plus romantique, selon l’opinion de chacun. A titre personnel, je n’ai pas besoin d’un calendrier pour m’en rappeler : Grégory est encore plus amoureux d’Alice qu’à son habitude au point qu’on dirait qu’il est complètement niais. Quant aux vieux, Papa est plus attentionné que d’ordinaire avec Maman -en supposant qu’il est possible d’être plus attentif qu’il ne l’est déjà. C’est assez drôle de les voir roucouler tous, tellement ils en font des caisses.
Pour ma part, je pense que c’est juste une occasion supplémentaire de passer du temps avec la personne que l’on aime.

Du coup, j’ai proposé à Arthur que l’on se voit aujourd’hui. Nous sommes très occupés ces derniers temps : moi avec mes entrainements sportifs et lui dans la révision de ses examens et la finalisation de ses dossiers de candidatures pour intégrer une bonne université. Du coup, cette journée, c’est une occasion pour s’accorder du temps juste pour nous.
Et, même si je trouve ça ridicule de s’offrir une fleur pour cette journée alors que l’on s’en offrir n’importe quand juste pour faire plaisir, j’ai quand même acheté une petite fleur pour Arthur, juste histoire de marquer le coup. C’est notre première fête de l’amour, après tout, et ça ne mange pas de pain.
-Tiens, c’est pour toi ! M’exclamé-je joyeusement, en tendant la marguerite à Arthur, qui me lance un regard interloqué.
-Oh c’est gentil ! Me répond-t-il, surpris par mon attention, mais semblant tout de même touché…. Mais pourquoi est-il surpris au juste ? Mais.. Pourquoi cette attention ?
-Bah… C’est le Jour de l’Amour aujourd’hui ! Lui signalé-je, surprise qu’il ne sache pas quel jour on est. D’autant plus qu’à la télé, entre les pubs et les différents programmes, ils ne parlent que de ça. Et il suffit également de regarder les devantures de magasins… Bref, cette information est normalement impossible à louper !
-Ah bon ? C’est pas la semaine prochaine ?
-Non… C’est pour ça que je voulais que l’on passe la journée ensemble. Lui expliqué-je, alors que je vois qu’il est subitement embarrassé.
-Grace… Je pensais que tu voulais juste que l’on passe un temps ensemble… Pour manger un bout… Mais je pourrai pas rester toute la journée, j’ai promis que je garderai ma sœur en fin d’après-midi… Et j’ai encore un dossier à finaliser pour l’université…
-Ah…

Je dois avouer que je suis déçue. Arthur cherche à se rattraper en m’offrant mon repas au stand de nourriture qui s’est installé dans le parc aujourd’hui, mais je ne peux pas m’empêcher de faire la tête.
Autant qu’il n’ait pas prévu de cadeau ou de fleur pour le Jour de l’Amour, ça, je m’en fiche. Mais qu’il oublie cette date et qu’il ne pense pas à m’accorder une journée entière, étonnamment, cela me vexe.
Il y a quelques mois, je me serais moquée de ces filles qui font la tête à leur mec pour si peu. Mais aujourd’hui, je comprends qu’elles ont simplement envie d’avoir leur attention et de profiter de leur présence. Surtout quand on a des emplois du temps bien remplis.
-Tu fais la tête parce que j’ai oublié qu’on était le Jour de l’Amour ? Finit par me demander Arthur alors que je viens de finir mon repas dans le plus grand des silences.
-Non. Me contenté-je de lui répondre en lui offrant une moue boudeuse.

-Je suis désolé. Avec la fin de l’année qui approche et la fin du lycée, j’ai la tête ailleurs. Je fais plus gaffe aux dates.
-Moi aussi j’ai l’esprit occupé par le basket, c’est pas pour autant que j’ai oublié. Marmonné-je, agacée. Mais bon, c’est normal. T’es un mec. Et les mecs, ça retient jamais les dates.
-Arrête, c’est pas ton genre de faire des généralités comme ça. Je t’achèterai une fleur en repartant pour me faire pardonner.
-M’en fiche de la fleur. On est tous les deux très occupés en ce moment et je voulais juste passer du temps avec toi. Grommelé-je, un peu vexée qu’il pense qu’il suffira d’un petit cadeau pour me faire oublier sa bourde.
-Et le peu de temps qu’on a, tu as vraiment envie de le passer à faire la tête ? Me demande-t-il d’un air sceptique.
Je ne réponds pas et je fais mine de réfléchir. Je n’ai pas spécialement envie d’admettre qu’il marque un point sur ce coup-là.

Il soupire avant de se lever pour venir s’asseoir à côté de moi. Je fais mine de l’ignorer. Même s’il n’a pas tout à fait tort, je n’ai pas envie de lui donner gain de cause trop facilement. Autant qu’il retienne la leçon dans le cas où il aurait encore le malheur d’oublier quelque chose d’important pour moi.
-Aller, arrête de bouder. On passe du temps ensemble là, non ? Souligne-t-il d’une voix tendre et en me donnant un léger coup d’épaule pour me faire réagir.
-J’aurais aimé passer la journée entière avec toi, moi. Bougonné-je, alors que je sens bien que je ne pourrai pas continuer à lui faire la tête bien longtemps.
-J’en ai bientôt fini avec mes dossiers, on pourra bientôt passer une journée entière ensemble si tu veux. Et même la nuit si ça te chante. J’ai une super tente de camping dans le garage.
-Mmmh… Tu en as d’autres des idées comme ça ? Finis-je par céder, en optant pour un ton un peu plus fripon. Une nuit entière avec toi, cela me tente bien.
-Le contraire m’aurait étonné. S’en amuse aussitôt Arthur avant de m’embrasser tendrement pour sceller notre réconciliation.

Nous continuons de discuter tranquillement sur notre banc, notamment de ce projet de passer une nuit à la belle étoile, avant que je propose à Arthur de faire une partie de ping-pong. Je ne peux pas rester trop longtemps en place, j’ai besoin de bouger. Et autant s’amuser un peu avant qu’Arthur ne doive s’en aller.
Et puis, une bonne partie de ping-pong, c’est aussi l’occasion de lui rappeler qui est la meilleure. Pour rappel, je ne perds jamais, au ping-pong.
Et cette fois-ci n’a pas fait exception à la règle !

Arthur n’a pas menti. Après qu’il a terminé d’envoyer ses dossiers aux universités du coin, il se montre plus présent pour moi, même si je dois encore m’entrainer pour impressionner l’entraineur de l’équipe de San Myshuno. Surtout que je sais avec certitude quand il va venir m’observer : lors de l’ultime match de la saison ! Le dernier de l’année scolaire. Le dernier au lycée. La pression est à son comble, et augmente au fur et à mesure du temps qui passe. Clairement, je vais devoir tout donner car je n’aurais pas de seconde chance.
Le week-end précédant le grand match fatidique, nous nous retrouvons tous ensemble avec mes amis au parc d’Oasis Springs. Les garçons ont tous accepté de me donner un coup de main pour mon entrainement. Je crois même qu’ils prennent un malin plaisir à essayer de me faire tourner en bourrique pour tenter de me mettre en difficulté.

-Fais gaffe Gab ! S’écrit soudain Gideon. Tu as failli me balancer le ballon dans la tête !
-J’y peux rien s’il a rebondi contre le panier ! Se défend aussitôt mon cousin, ce qui ne manque pas de me faire rire.
-Vous savez, je ne suis pas sûre qu’il y aura ce genre de scènes le jour du match ! Leur signalé-je alors qu’ils reprennent leurs enfantillages.
-J’espère pour toi. Sinon, vous allez passer pour des clowns. Ne tarde pas à me répondre Arthur, visiblement amusé par leurs chamailleries.
-Hey ! Je ne veux pas entrer dans une école de cirque, je vous signale ! Ajouté-je ensuite pour tenter de les faire réagir. Mes amis sont de vrais clowns, mais heureusement qu’ils ne font pas partie de ma vraie équipe de basket. Sinon, je serai vraiment dans la mouise !

Pendant que Gideon et Gabriel continuent de gentiment se disputer, et que nous essayons de les calmer avec Arthur, Will, Alice et mon frère discutent tranquillement sur le côté sans trop prêter attention à nous. A la base, Alice et Grégory sont censés faire les arbitres – Will étant arrivé en retard. Mais depuis que Will est arrivé -et que les deux zigotos ont commencé à se chercher des poux- ils ont étrangement décroché de ce qui se passait sur le terrain.
Je peux le dire : je ne suis décidément pas aidée. Au moins, cela permet de décompresser un peu et de faire redescendre la pression.

-Ils sont vraiment pas possible ! Même Arthur n’arrive pas à les calmer ! M’exclamé-je, amusée par la situation, en allant les rejoindre.
Grégory jette un coup d’œil vers eux, et ne tarde pas à rire à son tour devant leurs gamineries.

-Je crois que votre match est foutu ! M’avoue-t-il sur un ton rieur. Alice s’amuse elle-aussi de la situation, alors que je remarque que Will semble plus en retrait. Il me regarde à peine, et ne prend pas part à la conversation.
Ce qui étonnant. D’habitude, il n’est pas le dernier à plaisanter sur notre joyeuse bande.

-Ca va, Will ? L’interpelé-je alors, intriguée par son attitude.
-Ouais. Me répond-t-il simplement sans s’étendre davantage. A la tête de Grégory, je devine que lui aussi est surpris par le ton employé par Will. Je crois que Arthur a fini par les calmer. Votre match va pouvoir reprendre. Signale-t-il ensuite. Je reviens, je vais me poser un peu.

Nous sommes tous un peu surpris de voir Will s’éloigner et nous nous regardons tous bêtement en l’observant s’asseoir à une table d’échecs. Je fais signe aux garçons de continuer à jouer sans moi, et je m’empresse de quitter le terrain de basket pour rejoindre Will. Son attitude est trop bizarre pour le laisser seul dans son coin.
-Bah alors ? Qu’est-ce qui t’arrive ? M’empressé-je de l’interroger en m’installant en face de lui.
-Rien, tout va bien. M’assure-t-il alors qu’il jette un regard étrange vers le terrain de basket.
-Genre, tu es bizarre aujourd’hui. Tu t’es pris le chou avec ton père ?
-Non, j’ai pris une chambre sur le campus. J’ai saisi la première occasion pour me barrer.
-Oh tu t’es inscrit à la fac ? Dans quelle filière ? Même pas tu nous le dis, espèce de cachottier !
-Tu étais occupée ces derniers temps, avec le basket et… Arthur… Je voulais pas t’embêter.

Suite à sa dernière phrase, je le scrute avec attention. Et je commence à réfléchir. Aurais-je délaissé mes amis ces derniers temps ? Will se serait senti mis à l’écart ? Mon cœur se serre à cette pensée. Personne ne m’a rien dit, mais rien que l’idée d’avoir mis mes amis de côté sans m’en rendre compte me fait culpabiliser. Même s’il est normal que je passe du temps avec Arthur, je n’ai pas envie que mes amis se sentent oubliés.
-Oh Will… Je suis désolée si tu as eu l’impression que je te mettais de côté ces derniers temps.
-Hein ? Réagit-il aussitôt, surpris par mes excuses. Ses yeux s’arrondissent comme des soucoupes. Je m’excuse aussi peu souvent pour qu’il soit surpris ?
-C’est compliqué en ce moment avec l’entraineur qui va venir me voir, je veux me donner à 200%. Arthur, forcément, il joue au basket, il m’aide à m’entrainer. Du coup, ça m’a laissé moins de temps pour vous mais j’ai pas envie que vous vous sentiez mis de côté, avec les autres. Et je suis désolée si tu as eu l’impression que je ne fais plus attention à toi.
-Mais je te reproche rien ! Tu ne m’as pas du tout mis de côté !
-La preuve que si ! Je ne savais même pas que tu t’étais inscrit à la fac !

-Tu étais occupée en ce moment, c’est normal. Tente de me rassurer Will en affichant une expression compréhensive. C’est ton rêve d’intégrer une équipe professionnelle de basket, et c’est une occasion en or qui se présente à toi. Jamais je ne t’en voudrais de prendre du temps pour t’entrainer pour te donner toutes les chances de réaliser ton rêve.
-Pourquoi tu fais la tête alors ?
-Pour rien, vraiment. Secoue-t-il la tête. Sinon, pour te répondre, je me suis inscrit en droit. Pour être avocat. Change-t-il de sujet, et je comprends que je ne parviendrai pas à lui tirer les vers du nez. S’il avait envie de m’en parler, il l’aurait déjà fait.
-Comme ton père ? M’étonné-je alors, ne cherchant pas à insister sur la raison de sa mauvaise humeur. Je croyais que tu ne voulais pas suivre la même voie que lui.
-Non, pas comme mon père. Réfute-t-il aussitôt. Mon père est avocat, certes, mais en droit des affaires. Son boulot, c’est de s’assurer que des tocards plein de frics continuent à se faire encore plus de frics de façon plus ou moins honnête. Il rêverait que je suive la même voie pour reprendre son cabinet, mais ce n’est pas comme ça que je conçois le métier.
-Tu voudrais te spécialiser dans quoi alors ?
-Dans le droit de l’enfant et de la famille. M’avoue-t-il avec un sourire. Je veux aider ceux qui en ont vraiment besoin et défendre ceux qui ne peuvent pas se défendre seuls. Ca a rendu mon père complètement dingue mais je m’en fiche.
-C’est un beau projet, ça, Will ! Le félicité-je en réponse, touchée par son projet d’avenir et son envie d’aider les autres.
-Merci. Aller, viens, on va rejoindre les autres. Il faut que tu t’entraines pour impressionner l’entraineur de San Myshuno. Ajoute-t-il ensuite. Même si avec cette bande de bras cassés, tu aurais plus vite fait de t’entrainer toute seule. Précise-t-il ensuite, ce qui ne manque pas de me faire rire.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 61

Grace

Maintenant qu’il est devenu adulte, cela signifie que Grégory peut potentiellement quitter la maison et vivre sa propre vie. Il a quitté la maison… Mais il n’est pas parti vivre sa vie bien loin de nous.
Il a été pris à l’école de cuisine et de restauration d’Oasis Springs qui, apparemment, est très réputée. Du coup, comme il n’est pas encore près à devenir un grand chef super étoilé, il n’est pas près d’avoir les moyens d’avoir un vrai chez lui.
Pour lui faire plaisir et lui offrir un peu d’indépendance et d’autonomie, les vieux ont décidé de rénover et d’agrandir l’atelier de bricolage de Maman dans le jardin. Comme elle ne s’en sert plus, autant qu’il soit utile pour quelqu’un d’autre.

Et après plusieurs semaines de travaux pour rendre habitable le cabanon de jardin -et l’isoler du boucan que fait la fusée de Maman, même si elle ne s’en sert plus beaucoup à cause de ses vieux os-, Grégory peut enfin s’installer dans un véritable petit studio dans le jardin. Une vraie maison minuscule, avec une petite cuisine, une salle de bain, et un coin fourre-tout qui lui sert de bureau, de salon et de chambre. Le canapé-lit sur lequel dormait Mamie quand elle a vécu à la maison a même été installé dans le cabanon pour Grégory. Franchement, il a vraiment tout ce qu’il faut pour vivre comme il faut, même si c’est riquiqui et que sa télé est installé sur son bureau !
Au moins, je dois admettre qu’il doit être tranquille, car les parents prennent même la peine de frapper avant d’entrer chez lui. Quelle chance !

Néanmoins, ce n’est pas parce qu’il a son propre studio qui ne lui coûte pas un rond avec une vraie cuisine -et un mini-four!- que Grégory ne continue à squatter la maison. C’est régulier qu’il quitte son studio pour cuisiner avec Papa et manger avec nous. Les parents ne disent rien, au contraire. Maman est ravie de voir son fils tous les jours, pour constater qu’il ne semble pas vouloir partir de si tôt. Et Papa apprécie toujours avoir de la compagnie pour cuisiner… Enfin, une compagnie qui ne met pas à la moitié des ingrédients sur le plan de travail sans nettoyer derrière.


Pour ma défense, j’ai répété plusieurs fois à mon vieux que je n’aime pas cuisiner et que j’ai autre chose de mieux à faire (comme le basket). J’y peux rien s’il s’obstine à vouloir m’apprendre à cuisiner pour que je sois capable de me débrouiller ! Il faut qu’il assume les conséquences après !

Après je dois avouer que je suis un peu mauvaise langue. Grégory ne squatte pas tout le temps la maison et il y a des jours où il reste bien sagement dans son studio.
Enfin, sagement… C’est un bien grand mot.
Car le côté pratique d’avoir son propre studio indépendant de la maison des vieux, c’est qu’il peut inviter Alice autant de fois qu’il le souhaite et elle peut rester autant de temps qu’ils le désirent. Les vieux n’ont strictement rien à y redire -et à vrai dire, je pense qu’ils s’en fichent, ils l’aiment bien Alice- et ils ont enfin un peu d’intimité tous les deux.
Et personnellement, je trouve ça chouette. Maintenant, je peux enfin dormir tranquille et ne plus entendre de bruits suspects provenant de la chambre de mon frère !

Et pendant que Grégory roucoule dans son studio et que les vieux vivent leur vie de retraités, moi, je passe ma vie dehors pour m’entrainer et être prête à éblouir le recruteur de l’équipe de San Myshuno. Tonton m’a dit tout ce dont j’avais besoin de savoir et maintenant, toutes les cartes sont entre mes mains. Et cette occasion formidable, j’ai bien l’intention de m’en saisir et de mettre toutes les chances de mon côté !
Je m’appelle pas Grégory, j’ai pas envie de rester moisir chez les vieux à Oasis Springs !
Donc, je passe tout mon temps libre à m’entrainer pour être au top de ma forme physique ! Et cerise sur le gâteau, j’ai également le meilleur des coachs pour m’aider dans ma tâche ! Arthur m’accompagne régulièrement au terrain de basket et ne me ménage pas pour me pousser à donner le meilleur de moi-même. Et aujourd’hui, il m’a convaincue d’aller à la salle de sport du coin pour changer un peu.

Je ne vais pas mentir, j’ai fait un peu la grimace en voyant la tête de la salle de sport. Elle n’envoie pas du rêve et elle est vraiment restée dans son jus. Elle mériterait bien un bon coup de rénovation !
Mais ce n’est pas comme si nous avions le choix. Elle a un partenariat avec le lycée et tous ceux qui font partie d’une équipe sportive du bahut peuvent s’inscrire gratuitement à la salle de sport. On ne peut évidemment pas bénéficier des conseils d’un vrai coach -faut pas pousser mémé dans les orties- mais on a un accès libre aux machines et c’est déjà pas mal.
-Aller, un peu de courage Grace ! Tente de me motiver Arthur alors que je peine à soulever les poids à la seule force de mes jambes. Je suis basketteuse moi ! Je ne suis pas une habituée de la muscu !
-Rappelle-moi à quoi ça sert déjà ?
-A faire travailler les muscles de tes jambes. Tu vas gagner en tonus et en puissance ! Ce qui peut être pratique pour distancer tes adversaires et sauter jusqu’au panier pour faire un dunk ! Précise-t-il finalement sur un ton narquois, comme si c’était évident. Je lui lance un regard blasé, ce qui a pour seul effet de le faire rire. Aller du nerf ! Je te ferai un massage des jambes après pour soulager tes muscles si tu veux!
-Un massage tout court, ça me va moi. Baragouiné-je en toute réponse.
-On verra si t’es sage !

Depuis, nous retournons régulièrement à la salle de sport. Plus le temps passe, plus je m’améliore et je parviens à soulever des charges plus lourdes. Je remarque également la différence sur le terrain, ce qui me motive davantage à poursuivre mes efforts pour être toujours meilleure.
Et puis, il faut dire que l’amélioration de mes compétences sportives n’est pas ma seule source de motivation. Arthur profite de nos passages à la salle de sport pour s’entrainer lui-aussi. Et comme il s’entraine torse nu, c’est un véritable plaisir pour les yeux.
Et disons, que ça donne généralement quelques idées. Il faut bien avouer que cela a quelques avantages que la salle de sport ait une sale tête et qu’elle soit peu fréquentée…

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 60

Grace

Le lendemain de l’anniversaire Maman, c’est au tour de Grégory de vieillir. Monsieur devient majeur et ça aussi, ça doit donner un coup de vieux à Maman. Elle essaie de faire bonne figure, mais ça se voit comme le nez au milieu de la tronche que cela lui fait quelque chose de voir Grégory devenir un adulte. Pendant un instant, j’ai cru qu’elle allait verser sa larme ! Les mamans, je vous jure !
Mais qui anniversaire, dit que ce soir, c’est la fête ! Et ça, c’est chouette !
Grégory n’aimant pas danser, il a refusé qu’on aille en boîte. Du coup, nous sommes allés dans un bar à karaoké, et nous avons pu réserver la plus grande salle du bar. Nous pouvons tous nous installer sur le canapé ou les poufs, tout en admirant les prestations des autres au karaoké. Cette soirée va vraiment être d’enfer !

D’autant plus que j’ai pu convaincre mon frère d’inviter Arthur à se joindre à nous ! Nous avons un peu discuté depuis que Gideon et moi avons officiellement rompu mais ni lui ni moi n’avons tenté quelque chose pour le moment. Pour lui, je ne sais pas, mais personnellement, j’attendais un peu pour ne pas avoir l’air d’une flûte qui saute directement sur un autre mec après avoir quitté son ex. Olive s’en serait donnée à coeur joie. Déjà que j’ai du me retenir de lui mettre une tarte quand j’ai vu son sourire satisfait quand elle a su que nous n’étions plus « ensemble » avec Gideon. Quelle cloche ! Mais ce soir, on fête l’anniversaire de mon frère et elle ne réussira à me gâcher la soirée.
Dès qu’Arthur nous rejoint dans la salle de karaoké, il parait surpris en découvrant Gideon. Je sens une boule de stress en moi, mais Gideon s’empresse de saluer Arthur de manière la plus amicale pour essayer de le mettre à l’aise. C’est sûr qu’il ne s’attendait sans doute pas à tomber sur mon faux-ex, mais j’espère que cela ne le mettra pas mal à l’aise. Je lui ai dit après que nous nous sommes « quittés » en bon termes avec Gideon, et que nous restons amis.

-Hey Grace ! Tu m’entends ? M’interpelle brusquement Will, me sortant de mes pensées. Je sursaute en l’entendant m’appeler, mais je lui affiche un grand sourire innocent.
-Oui ? Excuse-moi, j’avais la tête ailleurs ! Lui avoué-je, sans admettre que mes pensées se perdaient dans les yeux d’Arthur qui m’observe à distance.
-Est-ce que tu es d’accord pour dire que ton frère a moins une tête de gland avec sa nouvelle apparence ? Répète-t-il alors, sans paraitre offusqué que je ne l’ai pas écouté la première fois qu’il m’a posé la question. A côté de lui, je vois Grégory lève les yeux au ciel alors que je ne peux m’empêcher de rire. Pour son anniversaire, Grégory a décidé d’aller chez le coiffeur et de se laisser -un peu- pousser la barbe. Monsieur veut paraitre plus adulte apparemment. Je ne sais pas s’il fait plus adulte en apparence – car ça, je m’en fiche un peu – mais je dois admettre que sa nouvelle tête lui va bien.
-C’est clair !
-Vous avez fini de vous payer ma tête ? Soupire Grégory, blasé par nos remarques.
-On te fait un compliment, tu pourrais dire merci ! Fais-je mine de m’offusquer devant son indifférence. Cela fait bien rire Will et mon frère lève aussitôt les yeux au ciel.

Mais Grégory ne fait pas la tête longtemps, car Alice s’empresse de lui signaler qu’il est aussi beau qu’avant son passage chez le coiffeur. Aussitôt, il affiche un air niais – avec les yeux qui pétille et un sourire qui donne une tête de débile – et s’empresse de se lever pour la prendre dans ses bras. Et l’embrasser. Car Grégory est incapable de prendre sa copine dans les bras sans lui rouler une pelle au passage.
-Hey vous deux ! Vous pourriez avoir pitié des pauvres célibataires qui composent votre entourage et moins étaler votre amour plein de guimauve à leurs yeux fragiles ! Fait mine de geindre Gabriel en faisant une tête de dix pieds de long.
-Rien ne t’empêche de te trouver un mec ! Réplique aussitôt Grégory, loin de se laisser perturbé par les propos de notre cousin. Et au vu du regard qu’il lance à Alice, et au sourire qu’elle affiche en réponse, quelque chose me dit qu’il n’a pas du tout en tête de calmer ses élans d’amour en présence de public.
-Facile à dire ! Le gaydar, c’est un mythe je te signale !
-Ou le tien est en panne. Ne puis-je m’empêcher de le taquiner alors qu’il me lance un faux-regard noir. Pourquoi faux ? Parce qu’il se retient de sourire et que cela se voit comme le nez au milieu de la figure.

L’air de rien, Grégory et Alice s’approchent de la station de karaoké et regardent les musiques proposées pour en choisir une. Tout d’un coup, ils cessent de les faire défiler et se lancent un regard complice avant de prendre un micro chacun. Je ne sais pas trop ce qu’ils mijotent, mais ils préparent un mauvais coup.
La mélodie se lance, et ils commencent à chanter… Une chanson d’amour. Bien niaise, bien dégoulinante de guimauve, d’amour et d’autres trucs de hippie. Je suis morte de rire alors que Gabriel va mine de vomir face à tant de mièvreries. Et plus Grégory et Alice en font des caisses, plus nous sommes tous sur le point de passer l’arme à gauche tellement nous rions.

Après la prestation, ô combien époustouflante qu’elle va rester longtemps dans les annales, je meurs d’envie de chanter à mon tour. Sans attendre, je me lève de mon siège et, pour ne pas qu’Arthur se sente seul et exclu dans son coin, je l’entraine avec moi pour que nous chantions en duo. Il n’a pas l’air très emballé, mais il suit le mouvement comme s’il voulait me faire plaisir. Je lui fais mon plus beau sourire pour essayer de le détendre, lui affirme que c’est hyper facile et hyper marrant de pousser la chansonnette et je lance une chanson au hasard. Je commence à chanter en première, espérant lui donner le tempo, qu’il n’ait plus qu’à suivre le rythme. Je m’amuse comme une petite folle ! Quant à Arthur, il se prête au jeu avec une certaine réserve, mais son sourire montre que cela l’amuse de me voir me donner autant à fond au karaoké.
J’y peux rien moi, c’est ma passion après le basket !

De temps en temps, pendant la chanson, j’essaie de détourner mon attention d’Arthur pour regarder mes amis. Je ne veux pas avoir l’air de le dévorer des yeux non-stop et d’être complètement accro. Il faut que j’ai l’air un minimum détachée pour ne pas qu’Arthur prenne la grosse tête et qu’il pense que c’est déjà gagné d’avance.
De ce que je peux voir, mes amis ont l’air de s’amuser. Grégory fait les yeux doux à Alice, et Gideon s’amuse à les chambrer. Gabriel danse sur la musique et Will… se contente de nous regarder chanter avec Arthur. Son regard est étrange. Son air, totalement neutre, est étrange. Puis, son regard se détache de nous, et il discute avec Gabriel, qui hausse les épaules. Je me demande bien de quoi ils peuvent bien parler.
Soudain, j’entends Arthur me parler. Je détourne mon attention et lui offre mon plus sourire. Il me propose une nouvelle chanson. Une proposition que je ne peux décidément pas refuser !

A la fin de notre deuxième chanson, l’ambiance me parait plus légère. Gideon s’amuse à mettre en boite Grégory et Will ne se fait pas prier pour lui donner un coup de main. C’est tellement facile, qu’on pourrait presque s’en lasser !
Mais tout réside dans le « presque », et Grégory ne manque pas de réparti. Je pense que ce petit jeu doit l’amuser autant que nous.
-Hey, ça vous dirait pas de boire un truc ? Propose sans attendre Gideon. Je meurs de soif !
-C’est sûr qu’à force de raconter des bêtises, tu dois avoir la gorge asséchée, oui ! Le taquine alors Grégory.
-Et toi ? A force d’embrasser Alice, la tienne n’est pas asséchée ? En rajoute une couche Will, et Grégory ne peut s’empêcher de lever les yeux au ciel.
-Vous voulez quoi ? Je peux aller chercher à boire si vous voulez. Propose sans attendre Arthur, un peu dépassé par le flot de paroles qui ne s’arrête jamais. Et je pense qu’il ne les connait pas suffisamment pour se permettre de rentrer dans leur jeu. 
-Je viens avec toi ! Ajouté-je ensuite, après que tout le monde lui ait répondu.

Nous sortons donc de la salle pour rejoindre le bar du karaoké. Nous passons commande et nous attendons sur le côté le temps qu’elle soit prête. Je me sens un peu bête sur le coup, ne sachant pas trop quoi dire. J’avais envie de me retrouver seule avec lui pour essayer de faire évoluer notre relation et, maintenant que j’ai une ouverture, je ne sais plus quoi faire.
-Ca va, tu passes une bonne soirée ? Lui demandé-je, sur un ton détaché. Bravo ma grande, plus banal que ça, tu meurs.
-Ouais, c’est cool. Confirme Arthur. Tes amis sont vraiment sympas. J’ai été un peu surpris de voir que ton ex est là… Ca va entre vous ?
-Ouais, tout est clair t’inquiète. Lui assuré-je en lui souriant. On est juste des amis, c’est tout. Je te l’ai dit, y’a jamais eux de vrais sentiments entre nous, tu vois.
-Je vois oui. Me répond-t-il en me lançant un regard qui ferait craquer n’importe qui. Grace, garde la tête froide ! Tu n’es pas une midinette !

Nous échangeons encore quelques banalités, avant de simplement nous regarder. On a l’air bien bête, debout en plein milieu du bar, à nous regarder sans parler. Enfin, je devrais dire que je me sens débile. Au fond, j’espérais qu’il ferait le premier pas, en sachant que je suis dorénavant célibataire, en me basant sur ce qu’il m’avait dit l’autre fois, quand nous avons mangé au fast-food. Or, il n’en est rien. Le moment n’est-il jamais venu ? Ou attend-t-il que ce soit moi qui agisse ? Ou a-t-il changé d’avis ?
J’en ai aucune idée. Mais ce dont je suis sûre, c’est que je n’ai pas envie d’attendre comme une gourde.
Alors, je prends mon courage à deux mains, et je me lance. Je m’avance vers lui et, sans réfléchir, je l’embrasse.

Sur le coup, Arthur semble surpris. Vu sa tête, lorsque je libère ses lèvres, il ne s’attendait pas à ce que je l’embrasse aussi soudainement. Il ne semble pas réagir davantage, et les secondes qui défilent semblent durer une éternité. Oups, je crois que j’ai fait une boulette !
Mais, alors que j’étais entrain de réfléchir à une parade pour me sortir de cette situation gênante avec le peu de dignité qu’il me reste, les neurones d’Arthur semble se reconnecter et il me sourit avant de me prendre dans ses bras et m’embrasser à son tour. J’en sauterais presque de joie !
Presque, car je savoure son baiser avec bonheur. Mon esprit se déconnecte de la réalité et je profite de l’instant, oubliant mes amis qui attendent dans la salle de karaoké et ne faisant même pas attention au barman qui nous interpelle pour nous annoncer que notre commande est prête, avant de laisser échapper un « ah ces jeunes! ».
(Oui, je n’y fais pas attention, mais je ne suis pas sourde!)

Un petit comparatif entre Grégory et ses parents (même s’il semble évident que Cédric ne peut pas renier son fils !) 

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 59

Grace

-Salut le frangin ! Toujours entrain de te creuser les méninges pour un futur bouquin ? T’as pas peur que ça te crame des neurones à force? S’exclame Tonton alors que je viens de lui ouvrir. Je ne peux m’empêcher de laisser un petit ricanement face à la taquinerie de mon oncle.
-Au contraire ! Ca évite d’avoir le même cerveau ramolli que toi ! Réplique sans attendre Papa. Mais tu es en avance dis donc. La fête n’est pas pour toute suite. Joy n’est même pas encore rentrée du travail. Lui fait-il remarquer ensuite.
En effet, aujourd’hui, on fête l’anniversaire de Maman. Et celui de Grégory aussi, même si, dans les faits, son anniversaire est demain. Mais on a prévu une petite sortie avec la bande demain, donc autant faire une pierre deux coups aujourd’hui avec Maman.

-Je sais, mais je viens parler avec ma nièce. Pourquoi, c’est interdit ? Tu veux me priver de ma nièce maintenant ? Ouh mon dos, tu me blesses!
-Tu as fini de faire l’idiot ? Soupire mon père alors que Tonton ne peut s’empêcher de se marrer face à sa blague.

Avant que l’un des deux finissent par étriper l’autre, j’entraine Tonton dans le salon. Je ne sais absolument pas de quoi il veut me parler. Il s’est juste pointé, dit « il faut que je te parle » et c’est tout. Il aime bien ménager son effet, et je suis curieuse de découvrir ce qu’il a à me dire. Ce doit être important pour qu’il prenne la peine de venir plus tôt aujourd’hui, et qu’il prenne un ton aussi sérieux -enfin, sauf avec Papa bien entendu…
-Alors, qu’est-ce que tu as à me dire ? Lui demandé-je après qu’on se soit installé sur le canapé.
-Juste que je suis le meilleur Tonton de l’univers !
-Mmh mais encore ?
-Tu sais que j’étais footballeur dans ma folle jeunesse …
-Oui… Au temps des dinosaures… Laissé-je échapper pour l’embêter un peu. Lui ne se prive pas à la moindre occasion, il est logique de lui rendre l’appareil !
-Un peu de respect jeune fille ! Sinon, j’appelle mon pote, qui est entraineur de basket pour l’équipe professionnelle de San Myshuno soit disant passant, et je lui dis que c’est plus la peine qu’il bouge ses grosses fesses pour venir te voir jouer !
-Pardon ?!! M’exclamé-je, choquée par ce qu’il m’annonce, ayant du mal à comprendre. Face à ma surprise, un grand sourire plein de fierté s’affiche sur son visage.
-Eh oui ma grande ! Même si je bossais dans le foot, j’ai eu l’occasion de rencontrer plein de monde dans différentes disciplines ! Et il se trouve que j’ai gardé deux ou trois contacts. Et vu que tu veux te lancer dans le sport, il est normal que j’essaie de donner un petit coup de pouce à ma nièce !
-Ca veut dire que je vais intégrer l’équipe de San Myshuno ?!!

-Mollo l’asticot, j’ai seulement dit qu’il avait accepté de venir te voir jouer. Tempère-t-il aussitôt avant que je m’enflamme trop. J’étais footballeur, pas basketteur. Je peux le convaincre de venir voir ma nièce jouer pour évaluer ses aptitudes, pas de l’embaucher les yeux fermés. Si tu veux entrer dans l’équipe à la fin du lycée, va falloir le mériter !
-C’est déjà super Tonton ! Je te le promets, je vais bosser comme une dingue pour être la meilleure et qu’il me prenne dans son équipe !! Lui assuré-je, excitée comme une puce, ayant déjà hâte de prendre un ballon pour m’entrainer jusqu’à épuisement ! Une occasion comme celle-ci, il ne faut pas la rater ! Il vient quand ?
-On n’a pas déterminé de date ensemble, il faudra que tu m’envoies ton planning de rencontre. Mais je pense qu’il voudra voir un match de fin de saison, où il y a plus d’enjeux. Me répond-t-il alors que je hoche la tête. J’ai presque envie de courir dans ma chambre pour lui donner illico ce fameux planning ! Par contre ma grande, j’attends de toi une attitude exemplaire ! Je sais bien que ça t’amuse de clamer haut et fort que tu es la meilleure, que tu as la gagne dans les veines, mais tu vas être dans une équipe, et tu vas devoir suivre les directives d’un coach pro, qui connait l’univers du sport professionnel. Ton ego perso, il va falloir le mettre de côté au bénéfice de l’équipe. Vous gagnerez ensemble et perdrez ensemble.
-Mais je le sais ça, Tonton ! Pour qui tu me prends ? Lui signalé-je, surprise par sa remarque. Depuis quand je ne sais pas jouer en équipe ? Si c’était le cas, il y aurait longtemps que j’aurais quitté mon équipe de basket tellement les autres joueuses étaient nulles au départ ! Je ne manque d’ailleurs de le lui rappeler, ce qui a le mérite de le faire rire.
En tout cas, il m’a annoncé la meilleure nouvelle de ma vie ! Au moins, cette journée en famille sera un peu moins reloue que prévue !

Joy

Quand je suis rentrée du travail, j’ai eu la surprise de découvrir que Celian est déjà là. Apparemment, il voulait parler à Grace avant le début des festivités pour lui annoncer une bonne nouvelle. Je n’ai pas tout compris, mais un de ses amis à accepter de venir la voir jouer, ce qui pourrait être déterminant pour son avenir professionnel si elle se débrouille bien. J’espère de tout cœur pour elle que cela va marcher, même si cela signifie qu’elle devra quitter la maison pour aller vivre à San Myshuno pour se rapprocher de son travail.
Mais je préfère éviter d’y penser. Il y a encore le temps d’y penser car il n’est de toute façon pas question qu’elle intègre une quelconque équipe tant qu’elle n’a pas encore terminé le lycée.
Je me dépêche d’aller me changer avant que ma cousine et son fils n’arrivent. Je sors à peine de ma chambre qu’ils sont déjà là. Gabriel s’empresse d’aller rejoindre ses cousins tandis que je vais discuter un peu avec Sarah.
-Alors, ça te fait quoi de rejoindre le club des vieux ? Me taquine-t-elle sans attendre.
-Très drôle, mais pas grand chose à vrai dire. Avec Grace qui nous traite de vieux à longueur de temps, disons que j’ai déjà l’habitude… Avoué-je alors que Sarah ne manque pas d’éclater de rire suite à ma réflexion.

-Ah ces ados ! Aucun respect pour leurs parents ! S’exclame-t-elle ensuite en jetant un œil à nos enfants en train de s’amuser dans leur coin.
-L’un d’eux n’est bientôt plus un ado. Soufflé-je avec un pincement au cœur en observant mon fils ainé. J’ai l’impression que c’était hier qu’il était encore un petit garçon. Et aujourd’hui, regarde-le. Il a une copine et c’est maintenant un jeune homme.
-Il va quitter la maison bientôt, non ?
-Non, pas encore. Il a été pris à l’école de cuisine d’Oasis Springs. Elle est très réputée il parait. Du coup, il va rester à la maison le temps de ses études.
-Oh bah ça va ! Il va pas déserter la maison toute suite alors ! Gabriel, lui, nous a bien fait comprendre qu’il avait l’intention de se carapater de la maison dès qu’il aura soufflé ses bougies ! Quel gosse ingrat je te jure ! Tu imagines un peu ? Cela fait des années qu’on vit avec ce grand dadais et du jour au lendemain, on va être tous les deux comme deux vieux andouilles.

-Je compatis ! C’est exactement ce qu’on compte faire Grace ! Lui dis-je avec un soupir de dépit. Et en plus, Celian l’aide à partir plus vite encore!
-Roh, vois le côté positif : tu auras toujours ton fils qui sera à la maison. Et vu qu’il fait des études, tu as encore un peu de répit avant qu’il ne t’annonce qu’il a fait un gosse à sa copine et que tu vas être grand-mère ! S’empresse-t-elle de me taquiner alors que je palis d’effroi à cette éventualité.
-M’enfin Sarah, je n’ai même pas encore souffler mes bougies que tu me parles déjà d’être grand-mère ? Mais je suis trop jeune pour ça !
-Mais bien sûr. Ta mère devait se dire la même chose quand tu lui as annoncé que tu attendais Grégory !
-Tu parles ! J’étais même pas encore avec Cédric qu’elle voulait déjà devenir grand-mère ! Elle n’avait que le mot « petit-enfant » à la bouche! M’exclamé-je avec amusement, et aussi avec émotion à l’évocation de ces souvenirs. Maman est partie depuis des années à présent, mais il y a toujours des moments où elle me manque. Elle doit être tellement fière de nous de là où elle est !
-En plus, elle n’avait pas de chance, elle ne pouvait compter que sur toi pour devenir grand-mère ! Heureusement que ta super cousine était là ! Sinon tu n’aurais jamais rencontré Cédric et elle ne serait jamais devenue grand-mère ! Pauvre Tata ! Plaisante-t-elle alors que je ne peux m’empêcher de sourire en me souvenant de cette fameuse soirée du nouvel an. Je ne crois pas lui avoir déjà avoué que je connaissais déjà Cédric avant cette soirée, et je préfère emporter ce secret dans la tombe !
Oui, même des années après, j’ai toujours aussi honte ! (Et elle prendrait trop un malin plaisir à me taquiner à ce sujet !)

Peu de temps après, Cédric annonce que le gâteau est prêt et nous rejoint dans le salon en commençant à chanter Joyeux anniversaire. Les bougies sont installées sur le gâteau et allumées et tout le monde se rassemble autour de la table.
J’observe les bougies avec un air sceptique. Je n’ai pas peur de vieillir, cela fait partie de la vie. Je suis juste réticente par rapport aux changements qui s’annoncent. Je vais vieillir, Grégory va devenir adulte. Bientôt, ce sera au tour de Grace, qui va s’empresser de quitter la maison, loin du domicile familial… Loin de moi. J’ai mon cœur qui se serre à cette pensée. J’ai tellement peur de ce qu’il pourrait advenir dans le futur. Je respire un grand coup. Je sais comment canaliser mes angoisses. Grégory est un jeune homme responsable. Grace… C’est Grace. Elle est intenable, mais elle retombe toujours sur ses jambes.
Je n’ai pas de soucis à me faire.
Et je souffle mes bougies.

Une fois les bougies soufflées, bonjour les rides et les cheveux bien moins blonds qu’avant. Cela me fait drôle de me voir ainsi, alors que jusqu’ici, je n’avais pas l’impression que le temps avait une emprise sur moi. Mais les choses changent et je n’ai pas d’autres choix que de l’accepter.
Cédric s’occupe ensuite de couper le gâteau et de distribuer une part à tout le monde. Si je me trompe pas, il s’agit d’un gâteau à la noix de coco. Mon mari est un véritable cordon bleu et sans surprise, son gâteau est absolument délicieux ! Très vite, il n’en reste plus une miette dans les assiettes !
-Alors Joy, ça fait quoi de rejoindre le club du 3e âge ? Ne tarde pas à me taquiner Celian.
-Je me dis que je serai toujours plus jeune que toi, alors ça va. Répliqué-je sans attendre, avec un sourire narquois au bord des lèvres.
-Touché !

-Et ça va, ça te fait pas tout drôle de voir ton fils devenir un adulte ? Me demande-t-il ensuite.
-Si, mais il reste à la maison encore pour un moment, donc pour le moment je gère.
-Ah tu en as de la chance ! S’exclame Celian en jetant un œil à Gabriel, qui est assis à côté de moi et qui se tourne aussitôt vers nous avec un air suspicieux sur le visage. Ca ne tiendrait qu’à moi, je le garderais enfermé à la maison toute sa vie ce grand nigaud !
-Rêve pas trop, dès que j’ai l’occasion, je me casse ! Je suis plus un bébé !
-Tu seras toujours mon bébé ! J’aurais toujours l’impression que tu vas te faire manger tout cru dès que tu mets le nez dehors ! S’exclame Celian alors que Gabriel lève les yeux au ciel avant de s’empresser de rejoindre Grégory et Grace pour jouer à un jeu vidéo sur le canapé.
-C’est marrant, entre toi et Sarah, j’ai toujours cru que c’était elle le parent poule.
-Tu parles, elle dit qu’il faut être fier de lui car il grandit bien, que c’est un gentil garçon, qu’il va réussir dans la vie, et bla bla bla. Elle oublie qu’il va partir faire sa vie, et qu’il nous abandonnera dans une maison de retraite dès qu’il en aura l’occasion !
-Ca va, t’en fais pas trop ?
-Du tout ! Nie-t-il farouchement alors que je ne peux m’empêcher de rire.

-N’empêche, je suis en train de remarquer … Avoue Celian, après que nous ayons débarrassé la table. Je suis le seul à avoir des cheveux gris ? Joy, t’es toujours blonde, Sarah elle triche mais elle reste relativement brune et toi frangin, tu t’en sors avec quelques cheveux blancs. C’est quoi ce scandale ?!
-Ne t’inquiète pas mon chéri, même avec des cheveux gris, tu es toujours aussi beau ! Tente de le rassurer Sarah alors qu’il la regarde avec un air sceptique.
-Et techniquement, tu n’es pas le seul à avoir des cheveux gris. Regarde ta nièce… Lui fais-je alors remarquer alors que je ne peux m’empêcher d’afficher un sourire amusé.
-Ouais mais elle se teint les cheveux, c’est pas pareil. Et d’ailleurs, je ne comprends même pas comment on peut avoir les cheveux gris volontairement !
-C’est à la mode, parait-il ! Lui réponds-je dans un haussement d’épaules, ne comprenant pas moi-même les choix capillaires de ma fille.
-Oh, donc je suis tendance alors ? S’exclame alors Celian avec fierté, et en bombant le torse.
-Non. Tu es juste vieux. Réplique sans attendre Cédric, au tac au tac. Celian ne tarde pas à lui lancer un regard assassin, alors que nous explosons de rire avec Sarah suite à la répartie de Cédric.