Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 10

Les semaines suivantes sont passées à une vitesse affolante. Entre la préparation du mariage de mon frère et mon travail, je ne vois plus le temps passé, surtout que je dois également me creuser la tête pour l’enterrement de vie de jeune fille d’Alice. Eh oui, je prends mon rôle de témoin à coeur ! Will était bien embêté pour l’enterrement de vie de garçon de mon frère également. Il faut dire que Grégory et Alice partagent le même groupe d’amis et qu’on se sentait un peu bête de préparer deux fêtes où l’un des deux seraient forcément exclu, tout seul dans son coin.
Alors, on s’est dit qu’au lieu de faire deux fêtes, autant en faire qu’une seule pour fêter leur futur vie de couple marié ! Après tout, cela fait des années qu’ils sont ensemble, ça fait belle lurette qu’ils ne sont plus célibataires tous les deux ! Les principaux concernés ont adoré l’idée et nous voilà à organiser ensemble une petite fête entre nous avec pour seule consigne : faire quelque chose de simple, juste histoire de marquer le coup. Ils ne veulent pas que l’on se prenne trop la tête non plus. Will avait proposé une soirée en boite, je lui ai rappelé que Grégory n’aimait pas danser.
Et voilà comment, de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés tous ensemble, au bar à karaoké qui a ouvert il y a quelques mois !

J’ai tiqué un peu en arrivant sur les lieux. Ce bar, pas très loin de chez moi… C’est ici que j’ai croisé Arthur pour la dernière fois. J’ai fini par hausser les épaules et ignorer ce détail. Cet endroit est très cool et c’est le seul bar à karaoké de San Myshuno qui propose des salles de karaoké suffisamment grandes pour accueillir tout notre groupe. Alors, autant nous amuser !
Dès que nous sommes arrivés, nous avons poussé Grégory et Alice à prendre le micro. On fête leur futur mariage, ce sont à eux d’entamer les festivités ! De toute façon, ils n’ont absolument pas le choix ! Petite particularité : nous avons choisi la chanson !
-Plus cliché, tu meurs ! Ne tarde pas à rire Gabriel, alors que nous tourtereaux préférés ont commencé à chanter une chanson d’amour… bien mièvre, bien dégoulinante de guimauves. Le genre de chanson bien cliché qui donnerait envie de vomir à n’importe quel célibataire en mal d’amour.
Par chance, nous avons davantage envie de rire que de nous morfondre.
-Tu es jaloux Gabriel ? Toi aussi tu veux chanter une chanson bien tutu la praline ? Le taquiné-je aussitôt, en guettant sa réaction.
-Ca ira merci. J’ai personne avec qui la chanter ! Assure-t-il alors que nous nous retenons de rire avec Will. Un bref coup d’œil vers mon frère et ma future belle-sœur me permet de constater qu’ils ont un instant perdu leur concentration face à l’énormité que vient de sortir Gabriel.

-Il nous prend pour des andouilles ou je rêve ? Chuchoté-je à l’oreille de Will, amusée par le mensonge de mon cousin. Nous savons tous qu’il est avec Gideon. On sait également que Gideon ne cherche absolument pas d’appartement et qu’il a élu définitivement domicile chez Gabriel. Comment on le sait ? Parce que cela se voit comme le nez au milieu de la figure. Moins discret qu’eux, ce n’est pas possible. Alice les a même surpris entrain de s’embrasser une fois, mais elle est restée cacher et ils ignorent qu’elle les a vu. On ne leur a pas dit que nous sommes au courant car nous sommes curieux de savoir au bout de combien de temps ils vont finir par cracher le morceau.
Mais cela ne nous empêche pas de nous amuser à leur dépend, de temps en temps.
-Je crois que lui, et Gideon, nous prenne pour des andouilles. Me répond sur le même ton Will. Ou alors, ils savent que nous sommes au courant et ils font exprès de ne rien dire pour nous rendre chèvre.
-Ca m’étonnerait même pas d’eux. On devrait leur jouer un peu tour, moi je dis.
-On leur trouve aussi une chanson bien niaise et on les oblige à chanter ?
-Tu as tout compris Frankie.

-Qu’est-ce que vous manigancez tous les deux ? Nous interpelle soudainement Gabriel, alors que nous lui affichons un grand sourire innocent. C’est quoi vos messes basses ?
-Je ne vois absolument pas de quoi tu veux parler ! Affirmé-je avec un grand sourire et en échangeant un regard complice avec Will.
-Tu es aussi innocente qu’un gamin qu’on vient de choper la main dans le bocal de bonbons ! Réplique-t-il, nullement convaincu.
-Laisse tomber Gab, tu sais bien que même sous la contrainte, Grace ne lâchera jamais le morceau. Elle aurait pu être embauchée par les services secrets, elle n’aurait jamais lâché un secret d’Etat ! Intervient Gideon avec un sourire en coin, alors que je ne peux m’empêcher de ricaner alors que Will vient de me proposer une idée de chanson à leur faire chanter à l’oreille.
-Je vais essayer d’ignorer vos ricanements ! Concentrons-nous sur nos futurs mariés et leur chanson ridicule ! Je leur lance la prochaine! Réplique mon cousin, alors qu’il s’empresse de leur lancer une nouvelle chanson malgré leurs protestations. C’est leur soirée, il faut bien qu’on les embête !

Grégory et Alice lèvent les yeux au ciel mais leur sourire montre bien que cela les amuse. Ils se lancent un regard complice et se lancent dans une nouvelle chanson. Et cette fois-ci, ils se lâchent un peu plus. Autant, ils ont chanté la première sérieusement, autant cette fois-ci, ils exagèrent volontairement le trait des amoureux transi, ce que ce soit dans leur attitude que dans leur façon de chanter.
C’est très drôle à voir et nous ne nous pouvons pas nous empêcher de rire. Je sens soudainement mon téléphone vibrer dans ma poche, mais je décide de l’ignorer pour profiter du moment.
Mais, alors que mon frère peine à continuer la chanson tellement il est mort de rire, mon téléphone se remet à vibrer dans ma poche. Je ne peux m’empêcher de lâcher un soupir, pour ensuite sortir rapidement de la salle de karaoké pour envoyer bouler le malotru qui ose me déranger pendant la soirée de mon frère !

Oui allo ? Maugrée-je en décrochant sans même regarder qui essaie de me joindre. Je m’en fiche, je veux juste savoir ce qu’il me veut et qu’il me fiche la paix le plus rapidement possible. Il y a des heures pour appeler les gens quand même ! Surtout que j’ai beau chercher, les seules personnes susceptibles de m’appeler sont soit présentes ce soir, soit sont parfaitement au courant que je suis à une soirée importante.
-Hey Grace ! C’est moi ! S’exclame joyeusement une voix au téléphone que je reconnais sans peine et qui me fait lever les yeux au ciel d’exaspération. Il sait pourtant que je fête le futur mariage de mon frère ce soir !
-Qu’est-ce que tu veux Kevin ? Soupiré-je, agacée. Je n’ai absolument pas envie de l’entendre ce soir. Surtout qu’il me dérange.
-J’ai envie de toi. M’avoue-t-il sans aucune gêne et avec un ton qui se veut charmeur. De ce que j’entends, je dirai plutôt qu’il a abusé du jus de fruit.
-Ca me fait de belles jambes. Je suis à la soirée pour le mariage de mon frère et de ma belle-sœur là. Je te l’ai déjà dit en plus. Lui rappelé-je, avec l’envie d’abréger la conversation. Je n’aime pas quand il est dans cet état-là en temps normal, il est particulièrement lourd, et ce soir, je n’ai pas la patience pour le supporter.

-Roh aller ! Je sais que t’es pas loin, tu peux passer vite fait. Insiste-t-il alors que je me retiens pour ne pas lui hurler dessus au téléphone. Je me suis déjà donnée en spectacle ici une fois, je n’ai pas particulièrement envie de recommencer. Alors, je fais des efforts pas possible pour paraitre parfaitement calme alors que je bouillonne de l’intérieur.
-Je ne suis pas à ta disposition. Là, je suis occupée et j’ai pas envie. Lui rétorqué-je sur un ton froid, exaspérée par son attitude. Le mariage de mon frère et tout ce qui l’entoure est important pour moi et il pourrait au moins le comprendre. Et si c’est pas le cas, je n’ai de toute façon pas à me justifier.
-Aller ! J’ai grave envie ! Et ça va être cool !
-Je m’en fiche. Sers toi de ta main droite. L’envoyé-je paître en lui raccrochant au nez. Sans attendre, je me dépêche d’éteindre mon téléphone pour l’empêcher de me déranger une nouvelle fois dans la soirée. Il fera des avances à mon répondeur si ça le chante, je n’ai pas envie qu’il me gâche la soirée !

Je respire un grand coup pour tenter de retrouver mon calme. Même si je ne veux pas que Kevin me gâche la soirée, il a quand même réussi à m’énerver. Je sors prendre l’air quelques minutes pour souffler un peu, puis je retourne à l’intérieur. Cela ne sert à rien que je reste seule à ruminer dans mon coin. Autant que je rentre pour laisser l’ambiance de la soirée me changer les idées et oublier l’autre crétin jusdefruité.
Lorsque j’entre à l’intérieur de la salle de karaoké, je vois qu’Alice est sortie et Grégory chante maintenant avec Will. Gideon m’informe qu’Alice est partie chercher à boire et je hoche simplement la tête pour montrer que j’ai compris.
-Tout va bien ? Me demande à voix basse Gideon, intrigué par mon attitude et, sans doute, par mon absence de plusieurs minutes.
-Oui, t’inquiète pas. C’était juste un crétin qui s’ennuie. Lui réponds-je en faisant référence à mon appel. Je ne veux pas en parler. Ajouté-je ensuite alors qu’il hoche la tête pour montrer qu’il a compris.

Je m’installe alors simplement sur le canapé pour admirer la performance de mon frère et de Will. Je remarque que Will m’observe du coin de l’œil et je me contente de lui sourire pour le rassurer. Alice ne tarde pas à revenir également et s’installe à côté de moi. Les garçons font les andouilles et petit à petit, je me détends et je retrouve ma bonne humeur. Mon sourire revient et je ne tarde pas à les chambrer lorsque leur chanson se termine. Mon naturel n’aura pas tarder à me revenir au grand galop !
-Puisque tu es si maligne, à ton tour ! Me lance mon frère avec un sourire amusé après sélectionné une chanson.
-Alice va chanter avec elle ! Ajoute Gabriel sans attendre. Après le marié et son témoin, c’est au tour de la mariée et sa témoin !
-Pas de problème ! Accepte-t-elle sans attendre alors que je l’attends déjà à côté du karaoké. Moi, renoncer face à un défi ? Jamais !

La musique se lance, les paroles arrivent et nous commençons à chanter joyeusement avec Alice. Comme toujours, je me donne à fonds pour épater mon monde, et parce que cela m’amuse. Pendant que je chante, je vois Will lancer un regard vers Gabriel et me fait un clin d’œil. Je lui renvoie un sourire. La prochaine chanson est pour mon cousin et Gideon et je sens que nous allons bien rire. Même si j’adore chanter, j’ai hâte que la chanson se termine pour que ces deux idiots se ridiculisent ! Ca leur apprendra à nous prendre pour des idiots !
Très vite, l’incident avec Kevin est bien, bien loin dans mon esprit. Il est lourd, pénible quand il s’y met et il m’agace. Mais ce n’est rien face au bonheur d’être avec les gens que j’aime. Et cela ne m’a pas empêché de passer une excellente soirée.
Je crois que je vais m’éloigner de lui. Au moins, le temps du mariage. Je dois me concentrer sur le plus important. Et si ça peut lui faire les pieds et le faire réfléchir un peu, ce ne sera que du bonus !

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 9

Je ne reçois pas que mes amis chez moi. Parfois, il m’arrive de me dire que ce serait bien que j’invite seulement ma famille dans mon appartement. Alors, évidemment, je n’ai pas forcément la place pour accueillir confortablement tout le monde -incluant donc Tonton, Tata et Gabriel-, donc la plupart du temps, j’invite juste mon frère, Alice et Maman. Autant Grégory et Alice viennent régulièrement, autant ce n’est pas le cas de Maman et je sais que cela lui fait plaisir de venir. Je sais qu’elle trouve que nous nous voyons pas suffisamment. Elle est trop gentille pour le dire clairement, mais elle fait preuve de davantage de subtilité… Enfin si on peut dire. Cela passe souvent par des phrases du genre « tu me manques ma chérie », « j’espère que tout va bien de ton côté », « tu as fait des changements dans ton appartement ? », « même si Grégory et Alice vivent dans le jardin, la maison parait bien vide aujourd’hui. ». Généralement, quand elle commence à essayer par me prendre par les sentiments, c’est qu’il est temps que je vienne à Oasis Springs ou que je l’invite chez moi.

Je ne le fais pas exprès, je suis souvent très prise par mon travail et je ne vois généralement pas le temps passé. Et puis, j’ai un peu honte aussi de mes piètres compétences en cuisine qui fait que je ne suis pas capable de les accueillir convenablement. Là, ce soir, j’ai fait des macaronis au fromage. C’est à peu près le seul plat non surgelé que je suis capable de faire. Et encore. Le fromage n’est même pas suffisamment fondu. Maman m’assure que c’est très bien, mais Maman… C’est une maman. La définition même de la non-objectivité.
-Au fait… Avec Alice… On a quelque chose à vous dire. Nous sort soudainement mon frère, alors que les assiettes sont maintenant vides. Etrangement, personne n’a voulu se resservir des pâtes. Ils ont beau dire, je sais bien que je suis nulle en cuisine. J’y peux rien si je préfère faire du sport que la popotte.
-Quoi ? Alice ? T’es enceinte ? Tenté-je de deviner sur le ton de l’humour alors que je vois Grégory lever les yeux en l’air.
-C’est vrai ? Je vais être mamie ? Me prend aux pieds de la lettre Maman, alors que j’entends Alice rigoler à côté de moi alors que Grégory affiche un air blasé.
-Non, je ne suis pas enceinte. Dément aussitôt Alice alors que Maman affiche un air déçu.
-Alors, c’est toi qui est enceinte Grégory ? Plaisanté-je alors, juste histoire d’embêter mon frère.
-Tu as bientôt fini de dire des bêtises ? Soupire-t-il, blasé par mon attitude. Eh oui, on ne me refera pas !

-Dis-nous ce que vous avez à annoncer. Tempère Maman avec un sourire encourageant.
Grégory marque un silence alors qu’avec Maman, nous le regardons avec attention, attendant (im)patiemment qu’il se décide à dire son truc. Alice, quant à elle, le regarde avec amour. Je ne sais pas pourquoi pas, ça sent la guimauve à plein nez.

-Je… J’ai demandé Alice en mariage. Nous annonce-t-il. J’ai beau avoir senti la guimauve, je suis quand même bouche-bée. Moi qui croyais qu’il voulait finir ses études avant de faire des projets avec Alice !
-Et j’ai dit oui ! Précise ensuite Alice, même si cela nous semblait évident. Grégory n’en ferait pas autant si elle avait refusé !
-On va se marier ! Ajoute Grégory, histoire d’enfoncer le clou. Je pense qu’on avait compris la bonne nouvelle.
-Félicitations à vous deux ! S’exclame Maman après qu’elle ait assimilé l’information, avant de prendre Grégory dans ses bras pour lui déposer un bisou sur la joue.

Quant à moi, je me sens un peu bête. Je dois avouer que je suis émue de savoir que cet andouille va se marier. C’est la suite logique des choses, ils sont ensemble depuis le lycée et elle ne s’est pas barrée en courant à l’idée de vivre dans une cabane de jardin juste à côté de la maison de sa belle-mère. S’il ne l’épousait pas, il aurait été débile.
Néanmoins, ma fierté a davantage envie de plaisanter, mais je n’ai pas spécialement envie de casser le moment émotion. Je ne suis pas certaine que mon frère apprécie. Alors, je l’invite plutôt à se lever pour me rejoindre, et je le prends dans mes bras.
-Félicitations frangin, c’est une super nouvelle ! Lui dis-je alors.
-Merci Grace.
-Et sinon, raconte ! Comment tu as fait ta demande ? Tu as réussi à la faire sans tomber dans les pommes ? Lui demandé-je alors que j’entends Alice se mettre à rire suite à ma dernière question. Oui, ça a été plus fort que moi, il fallait que je la sorte !
-Tu n’es pas possible ! Soupire-t-il en levant les yeux au ciel, alors que son sourire en coin montre bien que ma remarque l’amuse plus qu’elle ne le vexe.

Pendant que Grégory et Alice racontent comment mon frère a fait sa demande, je jette un regard vers ma mère. Elle les écoute avec attention et je vois à son regard qu’elle est émue de voir son fils aussi heureux et avancer ainsi dans la vie.
Néanmoins, parfois, j’ai l’impression qu’elle est ailleurs. Que son regard émue devient brièvement un regard triste. Elle doit penser à Papa, qui aurait été tellement fier s’il était encore parmi nous. Il leur aurait fait le meilleur gâteau de mariage qui puisse exister. Je fais bonne figure, mais je suis certaine d’une chose : tout le monde aura une pensée pour le grand absent à ce mariage.

*   *   *
Suite à cette grande annonce, le mariage est dans toutes les conversations. Tout le monde se réjouit évidemment de la nouvelle et nous suivons avec attention les préparations du mariage. Sans surprise, Grégory a demandé à Will d’être son témoin, qui a évidemment accepté. Alice a mis du temps avant de choisir son témoin, et son choix s’est porté sur moi. Cela m’a un peu surprise, mais cela me fait plaisir, même si je sais qu’elle aurait préféré que ce soit sa sœur. Cette dernière ne pourra pas être là au mariage*, car déjà engagée sur un tournage durant lequel elle ne pourra pas s’absenter. Alice était déçue, mais elle relativise en disant qu’elle va se créer une nouvelle famille et que rien ne pourrait gâcher son bonheur.
En deux essayages et deux coups de mains pour la préparation du mariage, il m’arrive d’avoir du temps pour voir Kevin. Il faut bien pour pouvoir relâcher la pression de temps en temps !
Néanmoins, bien que nos séances de crac-crac soient très agréables, j’aime bien les moments où nous sommes de simples amis… Même si je remarque qu’ils sont de moins en moins fréquents, Kevin m’appelant seulement lorsqu’il a envie de s’amuser un peu. J’essaie de ne pas trop m’en préoccuper, continuant de me dire que nous avons une amitié « et plus si affinités » plutôt que seulement les « plus si affinités ». Du coup, j’essaie de continuer d’entretenir ces moments amicaux, en ignorant les airs déçus de Kevin.
-Au fait, j’ai le droit d’inviter quelqu’un au mariage de mon frère. Lancé-je au détour d’une conversation, sur un coup de tête. Ca te dirait de venir avec moi ? Lui demandé-je ensuite le plus naturellement du monde.
-Comment ça ? Me répond-t-il avec un air sceptique sur le visage.
-En toute amitié bien sûr, va pas te faire de film. Le rassuré-je aussitôt, ne voulant pas lui faire peur. C’est juste que je n’ai pas forcément envie d’y aller toute seule !
-Tu ne seras pas seule. Tu seras avec ta famille et tes amis. Ne semble-t-il pas comprendre, affichant toujours un air sceptique.
-Arrête de faire genre ! Soupiré-je devant son attitude. On dirait que j’essaie de le piéger alors que pas du tout. Tout le monde sait que Gabriel et Gideon vont venir ensemble au mariage, et Will a songé à proposer à sa pote de fac qu’il voyait pendant un temps à l’accompagner. Je demande juste à un ami de m’accompagner, c’est tout. Déstresse, c’est pas une demande à sortir ensemble. Précisé-je, ne souhaitant pas qu’il se fasse des idées fausses sur mes intentions. Chose qu’il avait déjà l’air de se faire dans sa petite tête.
-Je ne sais pas trop Grace… Je le connais à peine ton frère. Me répond-t-il alors que je m’apprête à répliquer que la pote de Will n’a jamais vu que Grégory, ni Alice, de sa vie. Et ça fait trop officiel pour moi. Je comprends ton point de vue, mais moi, ça me met mal à l’aise. Ajoute-t-il alors que je ne peux m’empêcher de soupirer de déception. Tu veux… qu’on aille dans la chambre ? Me propose-t-il ensuite en changeant de ton, ce qui me fait froncer mes sourcils. Il ne manque pas d’air !
-Non, j’avais juste envie de passer un moment en toute amitié. Refusé-je alors, ce qui le fait hausser les épaules de dépit. Puis, je vais rentrer je crois. Je suis fatiguée.
-Tu boudes ?
-Non, je viens de te le dire, je suis fatiguée. Et clairement, tu ne m’as pas demandé de venir pour papoter donc autant que je parte. Je sais que tu vas être grognon après. Conclus-je, avant de lui dire au revoir et de rentrer dans mon appartement.

*Fun fact : Sachez que, pour faire du ménage, j’ai supprimé plusieurs parties dans mon jeu il y a quelques temps (bien avant que j’ai l’idée de marier Grégory et Alice), dont celle d’où est originaire Alice et où il y avait sa sœur. Sœur que je n’ai pas enregistré dans ma bibliothèque. Rip la frangine à jamais disparue ^^’ 

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 8

Pour avancer, quoi de mieux que de continuer sur la même lancée ?
Depuis ma rencontre fortuite avec ce lézard d’Arthur, je continue de voir régulièrement Kevin. Des fois, on se contente de passer du temps ensemble, de façon totalement platonique. Mais, la plupart du temps, nos vêtements finissent rapidement par terre et nous passons du temps ensemble autrement. C’est selon nos envies du moment, et ce n’est absolument pas prise de tête.
Et ne pas me prendre la tête, c’est vraiment ce dont j’ai besoin en ce moment.

On se voit soit chez lui, soit chez moi. Parfois, on se voit seulement pour faire crac-crac, parce qu’on en a envie. Le fait d’être voisin facilite grandement les choses. Si on a envie d’une partie de jambes en l’air, un petit SMS, et si l’autre est dispo et est OK, il rapplique et l’affaire est dans le sac.

Ce n’est pas plus compliqué que ça. C’est assez libérateur en fait, et plus le temps passe, moins je pense à l’autre lézard. Voire, je ne pense plus à lui du tout.
Je fais ce que je veux de ma vie et voir Kevin me fait le plus grand bien. Car même si nous sommes juste copains de couette, me sentir désirée me réchauffe le cœur.

Je n’aurais jamais cru qu’une telle relation puisse me convenir un jour. Je n’ai pas forcément l’air comme ça, mais je crois à une belle relation de couple où je pourrai créer et entretenir un lien fort avec quelqu’un, pour que nous fassions notre vie ensemble. Comme mes parents. C’est toujours quelque chose dont j’ai eu envie.
Mais pour le moment, je n’ai pas envie de partir à la quête du grand amour. Je n’ai pas envie de le chercher. En vérité, je n’ai juste pas envie de me prendre la tête.
Alors, en attendant, je m’amuse. On s’entend bien avec Kevin. Notre amitié et plus si affinités me convient parfaitement pour le moment. Au moins, cela me permet de m’amuser !

Bien que notre amitié ne soit pas seulement platonique, mais que nous soyons pas non plus en couple, j’ai tout de même décidé d’intégrer Kevin dans mon groupe d’amis. Il reste quelqu’un que j’apprécie et je n’ai pas envie de réfléchir à comment je peux répartir mon temps entre mes amis et Kevin, en sachant que je peux tout à fait allier les deux de temps en temps !
Alors, un soir où mes amis et mon frère sont chez moi, j’ai proposé à Kevin de venir se joindre à nous. Cela permet de le présenter à tout le monde, tout en passant un chouette moment tous ensemble -même si mon frère a décidé de faire son relou qui n’a pas fini ses devoirs pour son école!
Lorsque Kevin arrive, tout le monde l’accueille joyeusement et il se montre aimable avec tout le monde. Un bon début pour passer une bonne soirée tous ensemble !

Après avoir diné tranquillement, où Will s’est comme d’habitude empressé de vouloir m’aider en cuisine, nous nous installons dans le salon pour jouer à la console. Nous entrainons avec nous Kevin dans nos parties endiablées de Sim Kart. Il affronte mon frère, Will et moi, et le vainqueur jouera contre Alice, Gabriel et Gideon. Kevin n’a pas l’air très doué à ce jeu, ce qui arrange bien mes affaires, et Will prend un malin plaisir à le chambrer à ce sujet. Evidemment, il profite de la situation pour le déstabiliser et assurer sa suprématie sur ce jeu ! Sauf qu’à trop faire le fier, il finit par prendre de vue son objectif. Et voilà que Grégory le dépasse à la dernière minute, et gagne la course à la surprise générale !
-Hey ! Mais c’est pas du jeu ! S’insurge aussitôt Will alors que nous rions de bon coeur face à sa défaite.
-C’est ça de fanfaronner avant la fin de la course ! Ne tarde pas à répondre Grégory, fier comme un coq d’avoir gagné la course.
-Comme quoi, je ne suis pas le seul à être nul à ce jeu ! Le nargue à son tour Kevin, ravi d’avoir sa revanche après toutes les taquineries que lui a lancé Will durant la partie.
-Roh ça va, c’est juste une erreur d’inattention ! Bougonne en réponse Will en lançant un regard noir à Kevin, qui n’y prête pas attention.
-Bon, ce n’est pas que je m’ennuie, mais je me lève tôt demain. Ajoute Kevin en posant la manette sur la table basse.
Il salue tout le monde et je le raccompagne jusqu’à l’entrée de l’appartement pendant que les autres s’installent pour affronter Grégory à Sim Kart.
-Envoie-moi un texto si jamais tu veux finir la soirée de façon plus agréable. Me propose-t-il à voix basse avant de me déposer un baiser sur la joue.
-Je ne pense pas. Généralement, nos soirées jeux vidéo finissent tard et j’irai directement au lit après qu’ils soient partis. Lui réponds-je alors.
-Dommage. Me souffle-t-il avec un clin d’œil, avant de me dire au revoir et de rentrer chez lui.

En me retournant pour rejoindre mes invités, je remarque Will dans la cuisine entrain de me regarder étrangement. Intriguée, je m’empresse d’aller le rejoindre, riant intérieurement d’entendre les autres râler durant leur partie de Sim Kart.
-Ca va Will ? Déçu d’avoir perdu ? M’empressé-je de le taquiner, espérant le dérider un peu avec ma boutade.
-Je vais m’en remettre. Me répond-t-il simplement, avec un léger haussement d’épaules désinvolte. Dis-moi… Il… Il y a un truc entre vous ? Avec ce Kevin ? M’interroge-t-il, alors que je suis surprise par sa question. Il est vrai que je leur ai présenté Kevin comme étant mon voisin et ami, mais je n’avais pas particulièrement envie de m’étendre sur les détails de notre relation. Il s’agit de ma vie privée après tout.
-Comment ça ? Fais-je semblant de pas comprendre, ce qui le fait aussitôt soupirer.
-Grace… Je viens de vous voir à l’instant…
-On se voit, de temps en temps. Lui dis-je simplement avec un soupir agacé. Mais y’a rien de sérieux entre nous, c’est juste pour le fun.

-Tu… Tu es sûre que c’est bien raisonnable ? Grimace aussitôt Will alors que je fronce les sourcils. J’ose espérer qu’il ne va pas me juger lui qui, il n’y a pas si longtemps, voyait une fille en affirmant qu’il n’y avait rien de sérieux entre eux non plus.
-Et pourquoi ce ne serait pas raisonnable ? Lui demandé-je en serrant les dents, faisant un effort pour contenir mon agacement et ne pas alerter les autres. Je n’ai aucune envie de gâcher la soirée avec ces histoires.
-Je… On a déjà dû te ramasser à la petite cuillère après qu’Arthur t’ait ghosté comme une merle. Honnêtement, je ne suis pas certain que ce type de relation te convienne … Je… j’ai pas envie que tu y laisses des plumes, encore une fois … Marmonne-t-il, bafouillant, cherchant ses mots. Aussitôt, je m’adoucis, comprenant qu’il se fait juste du soucis pour moi. J’ai juste peur qu’il te fasse plus de mal que de bien.

-Tu t’inquiètes pour rien Will. Lui assuré-je en réponse, alors qu’il m’affiche un air sceptique. Tout est clair avec Kevin, il n’y a aucune ambiguïté. On est juste amis, avec des avantages en plus. C’est juste histoire de passer le temps.
-Mouais. Ne semble-t-il pas convaincu. Je le sens pas ce type. Il vient quand même de te proposer de passer chez lui alors que tu es en soirée avec tes amis. Ajoute-t-il en bougonnant.
-Arrête de râler, je vais finir par croire que tu es jaloux. Le taquiné-je aussitôt avant de le prendre dans mes bras et de lui déposer un baiser sur la joue, histoire de le détendre un peu. Tout va bien, ok ? Aller viens, on va rejoindre les autres.
-Si tu le dis. Soupire-t-il en me suivant bon gré mal gré jusqu’au salon.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 7

Je suis complètement abasourdie. Je n’arrive pas à en croire mes yeux. Arthur, ici ? A San Myshuno ? C’est complètement insensé, il est censé être à Britechester. Il n’a strictement rien à faire ici.
Et pourtant… Il me semble bien l’avoir reconnu. Même s’il n’est pas censé être ici. Même s’il a changé. Au fond de moi, je sais que c’est bien Arthur qui vient d’entrer dans ce bar à karaoké.
Je suis plantée là, au beau milieu du trottoir, à ne pas savoir quoi faire. J’entends les gens râler que je suis en plein milieu du passage lorsqu’ils me contournent. Ils peuvent râler, je m’en fiche. Je suis en plein dilemme intérieur. Que suis-je censée faire, là, maintenant ?

Puis soudainement, je sens la colère monter en moi. Je réalise qu’il se pointe à San Myshuno, en sachant que je vis ici. Je réalise qu’il ne m’a toujours pas donné signe de vie. Je réalise qu’il est venu ici, sans même prendre la peine de m’appeler. Je réalise qu’il se pointe normalement ici, comme s’il ne risquait pas de me croiser. Comme si je n’existais pas et qu’il ne risquait rien. Qu’il n’avait rien à craindre, comme s’il n’avait rien fait de mal.
La colère gronde. Je fulmine et le doute s’efface.

Sans réfléchir, je fonce vers l’entrée du bar. Je dois m’assurer que c’est bien lui. Je dois lui parler, lui dire le fond de ma pensée. Je dois exiger des explications quant à son attitude déplorable à mon égard. Il m’a assez fait de mal, je mérite d’avoir le fin mot de l’histoire !
Lorsque j’entre à l’intérieur du bâtiment, je n’ai aucun mal à le trouver. Il est assis sur un tabouret, au bar, à discuter avec le barmaid, sans doute pour commander un verre. Même s’il est de dos, je sais que c’est lui. Il agit normalement, et plus je me rapproche, plus je l’entends rire, parler… Comme si de rien n’était. Comme s’il ne s’inquiétait pas de me voir surgir d’un coup. Comme si cela n’avait aucune importance que nos routes puissent se croiser par hasard.
Ma raison s’envole et je laisse s’exprimer ma colère. Je ne sortirai pas d’ici sans obtenir ce que je souhaite.
-Arthur ?! L’interpelé-je vivement, en l’attrapant par l’épaule pour le forcer à se tourner vers moi, à me regarder. Moi, la fille qu’il a lâchement abandonné sans donner de nouvelles.

-Gr-Grace ?! Me répond-t-il, surpris, se levant d’un coup de son siège. Il semble soudainement paniqué. Lui qui venait ici en conquérant, totalement insouciant, semble décontenancé.
-C’est chouette, tu te souviens de mon prénom ! J’avais un doute, depuis le temps que tu fais le mort ! Ironisé-je, l’attaquant directement sans même lui laisser le temps de reprendre ses esprits et d’analyser la situation. Je refuse qu’il ait le temps de réfléchir à un éventuel bobard. Je veux la vérité !
-Je… Comment tu vas ? Bredouille-t-il, cherchant ses mots ne sachant que dire. Il est totalement déstabilisé par ma colère, et ne semble pas savoir comment se dépêtrer de cette situation qu’il a lui-même provoqué.
-Comme si tu en avais quelque chose à moudre de comment je vais ! Fais pas genre Arthur, cela fait des mois que tu ignores mes messages et que tu m’as bloquée sur les réseaux sociaux ! Alors ne me fait pas croire que mon état t’intéresse !
-Calme-toi, ce n’est pas nécessaire de t’énerver…

-Pardon ?! M’emporté-je devant sa désinvolture. Comment ça, il n’est pas nécessaire que je m’énerve ? Il m’ignore et je devrais l’accueillir avec le sourire ? Et pourquoi pas avec 100 balles et un mars pendant que l’on y est ? Tu te casses à Britechester, et depuis, zéro message, zéro appel, tu fais comme si je n’existais pas, comme si nous n’étions pas ensemble, et je devrais RESTER CALME ?! Tu te fous de moi ? Dans quel monde tu vis ? Celui des idiots ? Des imbéciles ? Des lézards ? M’écrié-je avec rage, alors que je le vois grimacer et regarder autour de nous les gens qui nous observent avec curiosité, avides de ragots, attendant la suite de notre dispute avec impatience.
-Grace, tu te donnes en spectacle !
-J’EN AI RIEN A MOUDRE ! Hurlé-je encore plus fort, histoire d’attirer encore plus l’attention sur nous. Cela le gêne que tout le monde sache que c’est un lézard ? Et bien, je vais me faire une joie de le crier sur tous les toits ! Tu m’as fait croire que nous étions ensemble, que nous étions un couple, et tu n’as même pas eu les nouilles de me parler pour mettre fin à notre histoire ! Tu es parti comme un lézard à Britechester sans plus donner de nouvelles ! Même quand mon père est mort, tu n’as même pas été fichu d’envoyer UN SEUL PETIT MESSAGE ! JE T’AIMAIS et tu as agi comme le pire des lézards ! TU DEVRAIS AVOIR HONTE ! Qu’est-ce qui ne va pas dans ton éducation pour AGIR COMME UN LÂCHE ?! UN LEZARD ! Pourquoi tu m’as fait ça ? POURQUOI ? Je ne méritais pas ça !

-Arrête, tu es ridicule, là. Soupire-t-il alors que j’interromps ma tirade, en espérant une réponse de sa part.
Ce n’est pas possible, il me met hors de moi. Il ne peut pas assumer 5 minutes et me donner ce que j’attends, au lieu de s’inquiéter du lieu où on se trouve, des gens qui nous regardent et comptent les points ?

-Je m’en bats les nouilles d’être ridicule. Car ce n’est pas à moi de l’être ou d’avoir honte, mais à toi ! Tu me dois des explications !
-Je ne te dois rien du tout, mais soit, on va discuter. Mais, pas ici. Tout le monde nous regarde.
-Pourquoi ? Tu ne veux pas que tout le monde sache que tu es un lézard ? Il ne fallait pas te pointer ici si tu ne voulais pas provoquer ça !
-Je ne vais pas me priver de venir à San My parce qu’une ex y vit. Raille-t-il, commençant à être agacé par mon attitude. Aller viens, on va dehors. Ajoute-t-il sur un ton ferme, tout en me prenant par le bras pour me trainer vers une terrasse extérieure. Je râle, je peste, retire mon bras, refuse qu’il me touche, mais je le suis bon gré mal gré.

Une fois sur la terrasse, je m’éloigne de lui le plus possible, lui tourne le dos, le boude. J’essaie de retrouver mon calme, j’attends ses explications. Je sais que la suite ne va pas me plaire, je ne veux pas exploser trop tôt. Je veux tourner la page de notre histoire, et je veux avoir tous les éléments nécessaires pour pouvoir le faire.
Après ce soir, Arthur sera définitivement une histoire ancienne, un lointain souvenir que je préférerai oublier.
-Bon, par où commencer. Souffle-t-il, mal à l’aise, cherchant ses mots. Il m’énerve. Viens-en aux faits, triple buses. Tout d’abord, sache que, malgré tout, tu as vraiment compté pour moi…
-Essaie pas de me passer de la pommade. Grincé-je, ne croyant pas du tout que j’ai pu compter pour lui. Quand on tient à quelqu’un, on le respecte un minimum.
-Je te dis la vérité. M’assure-t-il après avoir respiré un grand coup comme pour contenir son agacement. Tu as compté pour moi… Mais il était évident pour moi que notre histoire n’était que provisoire. Même avant de savoir que tu allais partir à San Myshuno, et que je serais admis à Foxbury. Je n’ai jamais considéré que tu étais la femme de ma vie et qu’on allait faire notre vie ensemble. Sérieusement, on n’était que des ados, qui vit sa vie entière avec une seule et même personne ?
-Ma mère, mon frère. Lui donné-je froidement des exemples, alors que ma colère gronde et attend patiemment de sortir une nouvelle fois. Ton raisonnement est faux et ridicule.
-Peu importe. Je ne me vois pas avec une seule fille toute ma vie. Je suis trop jeune pour m’enchainer avec quelqu’un, surtout dans une relation à distance. Ca n’aurait jamais tenu et je n’ai aucune envie de passer à côté de plein d’occasions juste pour une fille que j’aurais vu une fois par mois à tout casser.
-Plus tu parles, plus tu me déçois. Soupiré-je de dépit, mon cœur se brisant en milles morceaux, réalisant que, pendant que moi je l’attendais comme une idiote, lui devait bien profiter de la vie et de toutes ces « occasions ». C’est ton droit de voir les choses ainsi, mais pourquoi tu ne me l’as pas dit ? Pourquoi être parti sans un mot ? Sans me dire que c’était fini ?
-Je ne pensais pas que c’était nécessaire. Pour moi, c’était juste une relation sans prise de tête. On ne s’était rien promis non plus. Et le fait que nous partions vers deux horizons différents signifiait à lui seul que c’était fini. Je ne pensais pas que c’était nécessaire de te dire « hey Grace, nous deux, c’était cool, mais c’est fini maintenant. ». Et ouais, j’ai pas répondu à tes messages parce que… Parce que j’avais pas le temps, pas l’envie et je t’ai bloqué sur les réseaux sociaux parce que j’en avais marre de recevoir des messages de mon ex. Avoue-t-il avec une franchise qui me transperce le cœur. Et concernant ton père… Je suis, sincèrement, désolé qu’il soit parti aussi tôt. Il me semblait être quelqu’un de bien. Mais ce n’était pas mon rôle de venir te consoler. Pour moi, tu ne faisais déjà plus parti de ma vie, et je n’ai même pas compris pourquoi tu m’as appelé. Sérieux Grace, je pensais que depuis le temps, tu avais tourné la … Ajoute-t-il, alors que je me tourne et m’avance vers lui, et je lui colle une claque monumentale avant qu’il ne termine sa phrase.
Ma colère bouille et explose.

-Tu n’es vraiment qu’un lézard ! Lui hurlé-je alors dessus, alors qu’il me regarde avec stupeur tout en se massant sa joue endolorie. Pour moi, c’était vraiment du sérieux ! La distance, elle me faisait peur mais je m’en fichais ! JE T’AI ATTENDU, comme une idiote ! J’ai vraiment été stupide, et JE TE HAIS de me faire sentir comme ça ! Tu m’as caché la vérité DEPUIS LE DEBUT ! Tu n’as jamais été honnête avec moi ! Tu aurais dû ME DIRE COMMENT TU VOYAIS LES CHOSES ! Lutin, je n’arrive pas à croire que tu ais agi comme ça ! Je te croyais honnête avec ta belle mentalité sportive ! Honnêteté mon œil ! Ah et spoiler alert : ce n’est pas forcément parce que quelque chose te semble évident que ça l’est forcément pour les autres ! Tu aurais du me parler, au lieu de me ghoster comme un sombre lézard ! Tu n’as pas la pensée universelle et personne ne peut lire dans tes pensées ! Tu n’es qu’un sombre égoïste qui se fiche du mal qu’il peut faire aux autres ! Tu veux que je te dise ce que j’en pense ? Je pense que tu as, en vérité, eu la flemme de me dire la vérité ! Tu t’es dit « bah, tiens, j’ai une andouille avec qui passer du bon temps, et puis je partirai comme un voleur et elle finira bien par comprendre toute seule que c’est fini entre nous! ». Tu es un sombre ABRUTI ! Un LEZARD ! Une CROTTE ! Un FILS DE LAMA ! Un RESIDU DE POUBELLE ! Je te hais ! J’espère qu’un jour, toi aussi tu te casseras les dents et que tu comprendras du mal que tu peux faire ! Et surtout, j’espère que je ne reverrai PLUS JAMAIS TA SALE TÊTE DE LEZARD ! Conclus-je avant de lui coller une deuxième claque sur l’autre joue.
Sans rien ajouter de plus, je rentre à l’intérieur du bar pour quitter la terrasse, avant de prendre le chemin pour rentrer chez moi. Une boule se forme dans ma gorge et les larmes me montent aux yeux. Je refuse qu’il me voit comme ça et je me dépêche de déguerpir au plus vite.

C’est épuisé que j’arrive devant mon immeuble. J’avance jusqu’à l’ascenseur comme un zombie. Toute la frustration, toute la colère, toute la tristesse que j’ai accumulé durant des mois se sont évacuées d’un seul coup. Disparues, comme évaporées. Je me sens vide à l’intérieur, comme si j’avais appris à vivre avec toutes ces émotions négatives.
Je me sens terriblement blessée, aussi. Tellement déçue. Le cœur en miettes, c’est la cata. Je pleure dans l’ascenseur. Je peine à tenir debout. Je n’arrive pas à croire qu’il a encore ce pouvoir sur moi, qu’il arrive encore à me faire pleurer. Je me déteste. Je le hais. C’est le bazar, je n’arrive plus à m’y retrouver. C’est trop pour moi, j’ai la tête, le cœur, l’esprit en vrac. Je voulais des explications, je les ai eu. J’ai eu le point final de l’histoire. Je me sens pas plus heureuse qu’avant. Ni plus légère. Je me sens vide.
J’arrive sur le palier de mon étage. Je sors de l’ascenseur. Mais je suis incapable d’avancer davantage. Je regarde l’entrée de mon appartement, mais je ne parviens pas à bouger. Je reste figée, mes jambes refusent d’avancer. Je réalise que je n’ai aucune envie de rentrer chez moi. Je n’ai pas envie d’être seule avec mes pensées. Je n’ai pas envie de ressasser cette soirée. Je n’ai pas envie de pleurer. Je n’ai pas envie de passer le reste de mon temps à penser à Arthur, à l’insulter de tous les noms, de le maudire sur dix générations.
Je veux juste oublier.

Alors, sans réfléchir, je vais dans la direction opposée de mon appartement. Je vais chez Kevin. J’ignore s’il est chez lui ce soir, mais je tente. Je ne regarde même pas l’heure. Je sais que c’est un couche-tard et je me fiche de la bienséance. Sans hésiter, je toque à sa porte. J’espère qu’il est là. Je veux oublier Arthur et je ne veux pas rester seule. Il est la solution à mon problème. Ce soir, je veux oublier, sans réfléchir.
-Grace ?! S’exclame-t-il en ouvrant la porte, surpris de me voir, avant de me regarder avec inquiétude. Quelque chose ne va pas ?
-Je ne veux pas en parler. Me contenté-je de lui répondre en secouant la tête. Je peux entrer ?
-Oui, bien sûr, entre. Accepte-t-il sans hésiter, tout en se décalant pour me libérer le passage vers l’intérieur de son appartement.

J’entends Kevin me poser des questions, s’inquiéter de me voir. Je pense que je dois avoir une tête à faire peur. Mais je l’ignore, je suis comme dans un état second. Qu’est-ce que je fais ici ? Est-ce une bonne idée ? Ou est-ce une bêtise comme celle de sortir avec Arthur ? Comme celle de lui avoir accordé trop d’importance dans ma vie ?
Je soupire. Je ne suis bonne qu’à ça, faire des bêtises. Alors, je me fiche que ce soit une mauvaise idée. Je veux oublier.
Alors je me retourne vers Kevin, et sans davantage tergiverser, je me jette sur ses lèvres. Qu’il fasse de moi ce qu’il veut, du moment que j’oublie l’autre abruti.

-Grace attends. Interrompt notre baiser Kevin, alors que je ne voulais plus quitter ses lèvres. Ce n’est pas que ça me déplait, mais j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Et je ne suis pas un mec qui profite de la détresse d’une fille.
-J’ai vu Arthur. Soupiré-je, dépitée de son cas de conscience. Au fond, je sais qu’il a raison de faire preuve de sollicitude et de ne pas chercher à profiter de la situation, mais sur l’instant, cela me soûle. Je l’ai croisé par hasard. Je lui ai hurlé dessus, j’ai eu la confirmation que c’est un lézard. Je ne veux pas en parler davantage, je veux juste oublier ce crétin. Je veux tout oublier. Secoué-je la tête avant de me blottir contre lui et de lui déposer des baisers dans le cou.
-Grace, je ne sais pas si c’est une bonne idée… Tu n’es pas dans ton état normal.
-J’ai toute ma tête, je n’ai pas bu de jus de fruit. Si c’était le cas, j’aurais été séduire n’importe quel crétin du bar. Je veux juste oublier, Kevin, aide-moi à oublier et à tourner la page.

Sans le laisser ajouter quoi que ce soit, je reprends possession de ses lèvres. J’ai parfaitement conscience de ce que je suis en train de faire, je sais que c’est sans doute une mauvaise idée. Mais je n’ai que de mauvaises idées, je ne suis plus à ça près… D’autant plus que je sais que cela me fera du bien. Cela me videra la tête. Cela laissera le temps de réparer mon cœur, sans craindre qu’il ne soit briser de nouveau dans l’immédiat.
Kevin se montre tout d’abord hésitant, avant de finalement se laisser aller. Il répond à mon baiser avec fougue et envie, avant de m’entrainer dans sa chambre.

Je continue de l’embrasser à en perdre la tête. Je me concentre sur l’instant présent, m’ôtant de l’esprit le passé et les douleurs qui y sont associées. Je veux juste le sentir contre moi, ses mains et sa bouche contre ma peau. Nos vêtements s’envolent et nous finissons rapidement sous la couette.
C’est certaine une mauvaise idée, mais cela me fait du bien. Je ne suis pas simplement une pauvre chose qui pleure sur son ex, qui ne parvient pas à tourner la page. Là, je la tourne et je l’arrache. Je ne me sens plus délaissée, mais désirée.
J’avais oublié ce que ça faisait, et ça fait du bien.
Cela fait du bien d’avancer, enfin.

Le bar-karaoké est une création de NS. 

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 6

Bien que je sois ravie de vivre seule dans mon petit appartement en totale indépendance, il y a des moments où je me sens un peu seule, et où ma famille me manque. La plupart du temps, je suis tellement occupée que je n’ai pas le temps d’y penser, mais les soirs où je suis seule, sans rien d’autres à faire que de regarder la télé, il m’arrive de me sentir seule et d’avoir le moral au fond des chaussettes. Ca m’est arrivé un dimanche soir, où j’étais un peu triste de rentrer du travail avec personne qui m’attend à la maison, et j’ai envoyé un message à mon frère pour avoir l’illusion qu’il était là, avec moi, comme quand je vivais chez les parents. La chance, le hasard, ou le destin peut-être, a fait qu’il était dans le coin à ce moment-là. Il a passé son après-midi à réviser avec un de ses potes de l’école de cuisine. Du coup, il a fallu à peine 5 minutes pour se pointer devant ma porte, avec des restes de ce qu’il avait cuisiné dans l’après-midi. Nous avons passé la soirée à regarder un film sur Simflix, et cela a suffi à me remonter le moral.
Depuis, c’est devenu une petite tradition. Le dimanche soir, c’est soirée film entre frère et sœur. Il vient après ma journée de travail, fait la cuisine -il faut bien que ça serve d’avoir un cuisto professionnel dans la famille!-, et on choisit un film sur Simflix. Pour moi, il n’y a pas meilleur moyen de terminer la semaine !

On ne choisit jamais à l’avance le film que l’on va regarder. Souvent, on décide selon notre envie du moment, ou parce qu’on a entendu parler d’un film qui vient de sortir sur la plateforme et qui a l’air trop cool. L’autre jour, je suis tombée par hasard sur un film que nous regardions quand nous étions petits, et j’ai toute suite demandé à le regarder le dimanche soir ! On s’était bien amusé à nous rappeler nos souvenirs d’enfance !
Ce soir, on a mis un film d’horreur. Ce n’est pas notre genre de prédilection, mais on ne savait pas quoi regarder. Après 15 minutes à nous balader dans le catalogue de Simflix, on a fini par mettre le premier truc sur lequel on est tombé.
Je crois que je vais remettre en question nos soirées film du dimanche soir.
-Bah alors ? Tu flippes ? Ne tarde pas à me taquiner Gregory alors que le zombie s’approche dangereusement d’un des personnages principaux du film. Le seul qui trouve grâce à mes yeux, d’ailleurs.
-Il va quand même pas le bouffer, si ? Lui demandé-je, sans relever sa moquerie. Je comprends même pas comment ça puisse rien te faire ! Tu es une flippette d’habitude !
-Parce que les zombies, ça n’existe pas.
-Les monstres sous le lit non plus, mais je suis sûre que tu dors encore la lumière allumée.
-Ce n’est pas vrai d’abord !
-Alice ne supporte pas ça et tu as été contraint d’éteindre ta lampe de chevet ?
-… Je ne vois absolument pas de quoi tu parles. Nie-t-il après une hésitation qui veut tout dire.

-Ca va être beau quand tu auras des enfants. Je plains Alice qui devra passer son temps à les rassurer eux, et toi. Le taquiné-je alors.
-Ne t’inquiète pas pour elle. Pour le moment, ce n’est pas au programme.
-Dommage. Maman serait ravie de pouponner à nouveau. Comment elle va d’ailleurs ?
-Ca va. Il y a des moments où elle a le regard dans le vague, mais la plupart du temps, ça va. Le fait que l’on soit là avec Alice doit l’aider je pense. Puis, Tonton et Tata sont toujours fourrés à la maison, donc elle n’est jamais toute seule.
-J’espère qu’un jour, elle ne sera plus triste du tout…
-Honnêtement, je pense qu’elle le sera toujours un peu, même si elle finira par ne plus le montrer. Elle a toujours vécu avec Papa et même si elle ne voyait jamais grand monde, elle n’a jamais vécu seule.
-Humpf… Je culpabilise encore de vivre ici…
-Tu n’as pas à culpabiliser. Maman est fière de toi, et elle ne loupe aucun match où San Myshuno joue.
-Pourtant, je suis toujours remplaçante.
-Certes, mais elle ne manquerait pour rien au monde ton premier match ! Et pourtant, elle ne comprend rien au basket. Ajoute-t-il, ce qui me fait sourire.

Quelques jours plus tard, c’est enfin ma journée de repos. J’adore passer mes journées à jouer au basket et à m’entrainer, mais avoir une journée de libre de temps en temps, et pouvoir faire ce que je veux me fait du bien.
Et cela me permet de faire aussi tout ce que je n’ai pas le temps de faire d’ordinaire. Comme les courses.
Mais, en rentrant chez moi, je sens mon téléphone vibrer dans la poche de mon jean. Je me dépêche de le prendre et de décrocher, après avoir vu le nom de Gideon s’afficher sur l’écran.
-Hey salut ! Tu vas bien ? Le salué-je aussitôt et avec enthousiasme.
-Salut… Me répond-t-il alors avec une petite voix. Tu es dispo là ?
-Euh oui… Mais qu’est-ce qui se passe ? Tu as une petite voix. M’inquiété-je, ayant soudainement un mauvais pressentiment.
-Je suis au parc de San Myshuno… J’ai sauté dans le premier train… M’informe-t-il alors, avant de prendre une grande inspiration. J’ai parlé à mes parents. Je leur ai tout dit.

Gideon n’a pas voulu rentrer dans les détails au téléphone, mais il ne m’en a pas fallu davantage pour me convaincre de ressortir aussitôt et de foncer jusqu’au parc de San Myshuno, qui se trouve en périphérie de la ville. Il me faut bien 20 minutes pour y arriver avec les transports en commun, mais ce n’est pas grave. J’ai du mal à rester en place durant tout le trajet, et je me dépêche d’aller jusqu’au parc dès l’instant où je sors du bus.
Il ne me faut pas longtemps pour trouver Gideon. Il est assis sur un banc, juste en face de la fontaine. Je m’installe à côté de lui, mais il remarque à peine ma présence.
-Comment tu te sens ? Lui demandé-je, bien que je me doute de sa réponse. Il hausse simplement les épaules.
J’ai appelé les autres, aussi. M’informe-t-il, comme s’il était dans un état second. Ils ne devraient pas tarder, je pense.
-C’est une bonne chose. Réponds-je alors, persuadée depuis toujours qu’il devait faire son coming-out auprès du reste du groupe. Dis-moi… Il s’est passé quoi exactement ?

Il ne répond pas toute suite. Il fixe la fontaine, les poings serrés contre ses jambes, essayant de respirer un grand coup, comme pour se donner du courage. Je n’insiste pas, et j’attends patiemment qu’il soit en capacité de m’expliquer la situation. Soudain, il craque et explose en sanglots, comme si se rappeler de ce qui s’est passé était trop difficile pour lui.
-Oh excuse moi ! Ne te force pas si c’est trop compliqué d’en parler ! Culpabilisé-je aussitôt, le cœur serré par la détresse de mon ami.
-N-non… Ne t’inquiète pas… Ce… C’est juste que… C’est tellement dur…
-Je.. Je comprends. Prends ton temps…
-Ils m’ont foutu dehors. Finit-il par m’avouer, entre deux sanglots, tandis qu’il essaie de se calmer.
-Pardon ?! Laissé-je échapper, tellement surprise et choquée par ce qu’il vient de m’annoncer.

-Ils m’ont foutu dehors. Répète-t-il alors après avoir repris ses esprits. Je.. Je n’en pouvais plus de leur cacher la vérité, qui j’étais. Ca… Devenait trop difficile pour moi. Alors, ce matin, j’ai dit que je voulais leur parler. Ils étaient en train de prendre leur petit-déjeuner, et moi, j’étais nerveux… J’en avais pas dormi de la nuit. Je leur ai dit que je suis gay, depuis toujours et que j’espérais qu’ils allaient m’accepter comme je suis. Me raconte-t-il la voix tremblante, alors que je retiens ma respiration pour la suite de l’histoire. Ils m’ont engueulé, m’ont reproché de leur gâcher la journée avec une nouvelle pareille, que je devrais avoir honte. Que… Que j’étais idiot et sans cervelle pour imaginer une seconde qu’ils pourraient tolérer d’avoir quelqu’un comme moi sous leurs toits et dans leur vie. Mon père m’a laissé 5 minutes pour rassembler mes affaires et sortir de la maison, et que je n’avais pas intérêt à y remettre les pieds. Qu’à partir de maintenant, je n’étais plus leur fils et qu’ils ne voulaient plus entendre parler de moi. Alors, j’ai récupéré un maximum de chose et je suis parti… Avec pour seul au revoir, ma mère qui me dit qu’elle a honte de m’avoir mis au monde.
Gideon… Je… Je n’ai pas les mots… Soufflé-je, abasourdie, ne m’attendant pas à ce que son coming-out se passe aussi mal auprès de ses parents. Je savais ses parents conservateurs et Gideon se doutait bien qu’ils ne seraient pas ravis de la nouvelle… Mais je n’imagine pas qu’ils seraient capable de le renier à ce point.
-Et le pire… C’est que mon frère m’a appelé quand j’étais dans le train. Ajoute-t-il, devinant que leurs parents avaient du le mettre au courant. Il m’a dit que je ne devais pas compter sur lui pour me soutenir, que je n’ai pas à faire subir ça à nos parents, que je suis ingrat après ce qu’ils ont fait pour nous… J’ai l’impression que tout mon monde s’est écroulé en l’espace de quelques minutes.
-Gideon… Tu n’es pas tout seul. On est là, nous. Lui assuré-je en le prenant dans mes bras. On sera ta famille d’adoption. Eux… Ils sont nuls de ne pas voir à quel point tu es exceptionnel et ce sont eux qui devraient avoir honte.
-Je n’ai pas honte de qui je suis… Je suis juste… Triste et déçu que cela prenne cette tournure. Je ne voulais pas… Être rejeté par ma famille.
-Je sais bien… Un jour, peut-être, ils se rendront compte qu’ils ont fait une erreur. Mais en attendant, on est là, et tu peux compter sur nous pour te soutenir. Si tu veux, tu peux venir à l’appart, le temps de te retourner. Lui proposé-je ensuite, étant inconcevable pour moi de le laisser aller vivre dans un hôtel dans un moment pareil.
-Je te remercie, mais … Gabriel m’a déjà proposé de m’héberger. Comme il a deux chambres, c’est plus simple…
-Bon bah tant mieux… Mais avoue… Il y a un truc entre vous deux, non ? Lui demandé-je sur un ton taquin, essayant d’orienter la conversation sur quelque chose de plus léger, histoire de lui faire penser à autre chose. Nous ne pourrons rien faire pour arranger la situation avec sa famille, mais nous pouvons essayer de lui changer les idées et de lui redonner le sourire. Aussitôt après ma question, je le vois piquer un fard. Bingo !

Je ne cache pas ma fierté d’avoir deviné, mais Gideon m’assure qu’il ne s’est pas passé grand chose. Lui et Gabriel se sont vus quelques fois, en-dehors du groupe… Et ils se sont embrassés… Juste une fois. Cela ne veut rien dire, d’après lui.
Mon œil. Et si Gabriel lui a proposé de l’héberger, c’est uniquement par bonté d’âme et solidarité. Je leur donne pas deux semaines avant qu’ils nous annoncent qu’ils sont en couple, et que Gideon s’installe définitivement dans l’appartement de Gabriel. Je ne suis pas née de la dernière pluie !
Will et Gabriel sont arrivés quelques minutes après et, en un simple échange de regard, je devine que nous sommes d’accord. Notre mission : changer les idées de Gideon. Alors, nous entrons à l’intérieur du bâtiment, qui sert essentiellement de salle de réception pour les mariages ou autres fêtes -d’ailleurs, je ne suis pas certaine que nous ayons le droit de rentrer-, et Gabriel ne tarde pas à bidouiller la sono pour mettre de la musique. Il se met même à danser sur la piste, affirmant qu’il faut bien trouver comment patienter, le temps que Gregory et Alice nous rejoignent.

-Il faut toujours qu’il se donne en spectacle. Affirmé-je en riant, en direction de Will qui reste assis à une table.
-Ca a le mérite de faire rire Gideon, c’est le principal. Me répond Will en me souriant.
-En même temps, il est complètement in love de Gabriel. Il n’a pas grand chose à faire pour le distraire.
-Je leur donne pas un mois avant que Gideon pose définitivement ses valises chez lui.
-Que t’es naïf… Moi je leur donne deux semaines. Affirmé-je alors que Will se retient de rire pour ne pas attirer l’attention de nos deux futurs tourtereaux.

Gregory et Alice nous ont rejoint une heure après. Suite à leur arrivée, nous nous sommes baladés dans San Myshuno, sans vraiment de but, juste celui de changer les idées de Gideon. Nous avons fait les andouilles, comme à notre habitude, et petit à petit, Gideon a retrouvé le sourire. Nous avons fini par atterrir chez Gabriel, qui nous a offert à boire, et nous avons fait des parties de Sim Kart. Comme d’habitude, Will a triché, c’est plus fort que lui. Il est désespérant, c’est pas possible !
Nous nous séparons en début de soirée. Gideon est fatigué et il a besoin de se remettre de ses émotions. C’est donc l’esprit léger que je prends la route vers le quartier des épices. Je suis triste pour mon meilleur ami, mais je le sais en bonne compagnie avec Gabriel. Même si la situation est injuste, il finira par aller mieux. Nous ferons tout pour, en tout cas.
En attendant, en sortant du métro, malgré la nuit qui commence à prendre la place du jour, je décide de finir le trajet à pied, prenant plaisir à me balader dans les rues de mon quartier.

D’habitude, je profite de mes footings pour me balader et redécouvrir mon quartier. Mais je dois avouer que c’est également agréable de le faire, simplement en marchant. Je prends ainsi davantage le temps de regarder les bâtiments, les différents commerces qui m’entourent. L’ambiance est agréable en ce début de soirée, où tout le monde commence à sortir pour passer sa soirée au restaurant ou un bar. La vie anime la ville et j’apprécie cette effervescence.
Puis, alors que je passe à côté d’un bar karaoké -il faudra que l’on le teste avec les autres d’ailleurs!-, quelque chose attire mon attention…
Ou plutôt quelqu’un… Car il me semble reconnaître quelqu’un au loin, alors qu’il s’apprête à rentrer dans le bar…

Non mais je rêve, ce ne serait pas…

Arthur ?!