Prue s’est faite une nouvelle amie à l’école. Elle ne parle pas beaucoup de ses journées à l’école, donc j’ai été surprise quand elle m’a demandé si elle pouvait l’inviter à la maison. Je suis ravie de rencontrer une de ses amis, alors j’ai accepté sans hésiter. 

C’est ainsi que Prue est rentrée en compagnie de Céline, qui est une petite adorable et très polie. Elles n’ont pas tardé à aller jouer dehors, et j’aurais presque eu l’impression qu’elles n’étaient pas là si je ne les entendais pas rire. Je ne sais pas ce qu’elles se racontent sur la balançoire, mais cela les amuse beaucoup ! 

Le principal, c’est qu’elles s’amusent et je suis ravie que Prue se fasse des amis en dehors du cercle familial !

Prue et Céline finissent tout de même par rentrer à l’intérieur pour le goûter. Pendant que Prue regarde ce qu’il y a dans les placards, Céline observe Piper en train de manger dans sa chaise haute. Fidèle à elle-même, ma cadette n’accorde pas la moindre attention à la nouvelle venue, bien trop concentrée sur le contenu de son assiette. 

-Salut ! Tu es Piper, c’est ça ? L’interpelle Céline, espérant attirée l’attention de la petite sœur de son amie. 

Piper la regarde d’ailleurs avec un air intrigué. Elle doit se demander qui est l’intruse, mais elle ne semble pas décider à lui répondre. Au contraire, elle hausse les épaules et enfourne un morceau de son sandwich dans sa bouche.

-Piper ! Tu pourrais dire bonjour ! La gronde sans attendre Prue, avant de soupirer d’un air blasé suite au « bonjour » marmonné à contrecœur de sa sœur. Fais pas attention Céline, elle est pas sociable. Tu veux manger quelque chose ? 

-T’en fais pas, c’est pas grave. Elle a le droit d’être timide. Lui répond Céline après avoir refusé la proposition de Prue. 

Les deux filles s’installent ensuite à table, et Prue ne tarde pas à contredire son amie. Piper n’est pas timide : c’est juste une tête de mule qui n’en fait qu’à sa tête, en dépit des règles de politesse élémentaires. 

La réaction de Piper ne se fait pas attendre : elle tire la langue à sa sœur avant d’affirmer qu’elle raconte n’importe quoi. 

-Les filles, soyez gentilles entre vous. Soupire Will qui est tranquillement installé sur le canapé, attendant que Piper ait fini de manger.  

-T’es qui ? Demande Piper à Céline, comme pour prouver à son aînée qu’elle raconte des bêtises. Prue ne peut alors s’empêcher de lever les yeux au ciel, tandis que son amie laisse échapper un petit rire amusée. 

-Je suis Céline, une amie de Prue ! On est dans la même classe à l’école ! Tu voudras jouer avec nous, après ? 

-Pi-être.  Répond nonchalamment Piper, qui n’a pas l’air motivée à faire davantage d’efforts. Je veux jouer aux cubes. 

-C’est nul les cubes. Soupire Prue, mais Piper ne semble pas s’en formaliser. Elle jouera avec ses cubes, avec ou sans Prue et Céline. 

Tandis que Prue finit son goûter, Phoebe ne tarde pas à se faire entendre à l’étage. Will va donc la chercher, puis prépare son biberon. 

Pendant ce temps-là, Prue débarrasse la table, y compris l’assiette de sa sœur, puis entraine son amie dans sa chambre à l’étage. Céline tente un « on n’attend pas ta sœur ? » en jetant un regard à Piper coincée dans sa chaise haute, mais Prue fait la sourde oreille. Piper les regarde monter l’escalier mais ne semble pas perturbée plus que cela de devoir attendre que quelqu’un la libère de sa chaise, comme si elle s’en fichait. 

Ou alors, elle sait très bien que son père va la sortir dès qu’il aura fini de donner le biberon à sa petite-soeur, et elle fait juste preuve de patience. 

En parlant de Phoebe, cette dernière commence à gagner en autonomie, et il est d’ailleurs temps pour elle de diversifier son alimentation. 

Et l’exercice est assez simple, du moins au départ, car Phoebe est très curieuse de découvrir de nouvelles saveurs. Quand je lui présente la cuillère avec de la purée de carottes, elle se jette dessus sans la moindre hésitation. On dirait qu’on ne l’a pas nourri depuis plusieurs jours ! 

Mais à la limite, je préfère ça plutôt qu’elle rejette toute idée de goûter de nouveaux aliments. 

Néanmoins, même si elle accepte de goûter sans rechigner, quand elle n’aime pas, elle le fait savoir. Elle grimace, et refuse toute nouvelle bouchée. Elle n’hésite pas à pousser la cuillère que je lui présente, et secoue vivement la tête pour l’éviter. 

La pauvre purée de carottes n’aura pas de deuxième chance, c’est un non catégorique de la part de Phoebe ! 

-J’ai fait de la purée de petits pois, tu veux tenter ? Propose alors Will, tandis que je me dévoue pour finir le petit pot. 

Will apporte donc la purée de petits pois et cette fois-ci, c’est un franc succès. Phoebe la mange sans problème… et révèle une ressemblance avec sa plus grande sœur dont je me serrais bien passée. Elle joue avec sa purée, et s’amuse en s’en étaler partout sur le visage. Très vite, sa petite bouille devient toute verte, et elle éclate de rire, fière de sa bêtise. 

Quant à moi, je suis blasée et je vois Will se retirer de rire à son tour. 

Un vil sourire finit par apparaitre sur mes lèvres, et je ne tarde pas à sortir mon téléphone pour prendre ma fille en photo. 

-Qu’est-ce que tu fais ? M’interroge alors mon homme. 

-Une photo. Je me ferais une joie de la ressortir le jour de son mariage. Lui réponds-je avec amusement, ravie de conserver une photo dossier de ma fille. 

Ce n’est que justice, je prends simplement de l’avance. Elle-aussi, un jour, se moquera des photos de sa mère de l’époque où elle était jeune ! 

Quelques jours plus tard, c’est un jour spécial, surtout pour moi : c’est mon anniversaire. Ca y est, c’est mon tour de rejoindre le gang des plus de 40ans. La petite dernière s’y colle à son tour, et cela des jours que tout le monde me charrie là-dessus. 

Personnellement, je m’en fiche, mais cela amuse les autres d’en rire, alors qu’ils continuent ! Pour moi, mon anniversaire est juste l’occasion de se retrouver tous ensemble ! 

Mon frère et sa famille sont les premiers à arriver, et je leur ouvre avec Phoebe dans les bras. Rose ne tarde pas à rentrer à chercher Piper. Elle a de la chance : aujourd’hui, Piper est d’humeur à s’ouvrir aux autres. Elle a accepté de jouer avec sa sœur ce matin. 

Quand à mon frère, il gagatise rapidement devant ma fille, et je lui propose sans attendre de la prendre dans ses bras. 

-Ca me fait drôle de tenir un bébé, je n’ai plus l’habitude avec Luke et Rose ! 

-Phoebe va te donner de remettre le couvert avec Alice ? Le taquiné-je ensuite, bien que je sache déjà ce que mon frère va me répondre.

-Oula, pas du tout. Réagit-il en riant. On a déjà assez à faire avec deux enfants! Ils sont déjà bien assez pour retourner toute la maison ! 

-Je n’en doute pas ! 

Petit à petit, tout le monde finit par arriver. La maison se remplit, ça court partout, ça crie, ça rit, et c’est un véritable bonheur. Prue et Luke ne se lâchent plus, et j’apprécie que Piper joue avec ses cousines, Rose et Yumi. C’est quand même fou de voir qu’elle s’ouvre davantage en leur présence ! 

Yumi finit tout de même par s’éloigner du groupe pour explorer le reste du salon et finit par tomber sur ma mère qui la regarde avec tendresse. 

Coucou Yumi, tu t’amuses bien ? Lui demande-t-elle, alors que la petite se contente d’hocher la tête. Hey, tu dis rien à tes papas, mais j’ai quelque chose pour toi. Lui avoue-t-elle sur le ton de la confidence. 

Sans attendre, en essayant d’être discrète, Maman donne un bonbon à Yumi qui sautille de joie. Sans attendre, elle se met à courir en direction de ses cousines, en criant que Tatie lui a donné un bonbon ! 

Impossible pour nous de retenir un rire -pour la discrétion, c’est bien loupé-, surtout quand Gabriel jette un regard blasé à ma mère. 

-Tata, c’est pas cool. Elle va être insupportable après. Soupire-t-il alors, tandis que Yumi a déjà ouvert le papier et avalé son bonbon. 

-Qu’est-ce que tu racontes ? Ce n’est qu’un bonbon ! Se défend Maman avec un air innocent. Et regarde, elle est toute mignonne, elle mérite bien une petite douceur ! 

-Ouais, mais le sucre la rend excitée comme une puce. Bougonne Gabriel, dépité. Déjà qu’elle va avoir du gâteau…

-J’en connais un qui va galérer à mettre sa fille au lit, ce soir ! Intervient Grégory, amusé par la situation et ravi de taquiner notre cousin. 

-Ca dépend, tu ne veux pas la garder par hasard ? Je suis sûre que Rose sera ravie de faire une soirée pyjama avec sa cousine. Propose Gabriel avec un air narquois sur le visage. Grace, tu n’as pas envie de t’alléger d’une de tes filles ? 

-Piper est la plus calme des trois, je ne suis pas sûre que ça vaille le coup. Par contre, tu ferais mieux de surveiller ta fille. L’avertis-je, tandis que Yumi se faufile jusqu’à ma mère, espérant grapiller un nouveau bonbon. Maman s’apprête d’ailleurs à lui en donner un nouveau, avant d’être interrompu par Gabriel qui la supplie de ne pas le faire. Yumi boude, mais son père lui signale que si elle prend le bonbon, elle n’aura pas de gâteau. C’est l’un ou l’autre, mais pas les deux ! 

Avec mon frère, nous rions tous les deux de la situation, bien ravis de ne pas être à sa place. A chacun ses problèmes avec ses enfants !

Pendant que Gabriel bataille avec sa fille pour la convaincre de renoncer à son bonbon, j’observe avec amusement Piper et Rose profiter de la musique pour danser toutes les deux. Elles sont à fond toutes les deux, et c’est assez drôle à voir. 

Phoebe, quant à elle, est tranquillement installée dans son tapis d’éveil, mais elle est davantage occupée par le spectacle qu’offre sa sœur et sa cousine pour se préoccuper de ses jouets. 

Petit à petit, elle se met à remuer à son tour. Je suis sûre qu’elle aimerait bien pouvoir se joindre à elle, mais elle ne sait pas encore tenir sur ses jambes. Un peu de patience, un jour, elle pourra se joindre à elles sans le moindre problème ! 

Il vient ensuite le moment fatidique de souffler les bougies… Will sort le gâteau au chocolat, installe les bougies et l’amène sur la table du salon en chantant « Joyeux anniversaire ». Gabriel n’attend pas pour me charrier, me souhaite la bienvenue dans le clan des vieux. Je n’hésite pas à renchérir en disant que je serai toujours plus jeune que lui, et qu’il devrait faire moins le malin. Je saurai me souvenir de ses vacheries ! Il m’assure qu’il n’a absolument pas peur de moi ! 

Mon pauvre, il me connait mal, à croire que nous n’avons pas grandi ensemble ! 

Néanmoins, je me contente de l’ignorer et je n’attends pas une seconde supplémentaire pour souffler mes bougies ! 

-Ca y est, notre petite Grace est devenue vieille ! Affirme alors mon cousin, tandis que j’installe Piper sur sa chaise haute. Je lui propose une part de gâteau, mais elle refuse. Elle préfère un yaourt. Etonnant pour une enfant, mais on ne va pas la contrarier pour si peu. 

-Je te signale que si je suis vieille, cela signifie que tu es vieux aussi. Et encore plus que moi ! Répliqué-je sans attendre. 

-Surtout que tu ferais mieux de ne pas faire le malin : viendra un jour où tu commenceras à avoir des cheveux gris… Et là, tu te prendras un coup de vieux. Ajoute mon frère, alors que Gabriel ne semble pas voir où il veut en venir. Et cela sera flagrant sur toi alors que Grace… Bah disons qu’on ne verra pas la différence. 

-Je ferai juste des économies de coloration pendant que tu compteras tes nouvelles rides ! Renchéris-je fièrement. 

-Tonton va devenir un papy ? Demande tout d’un coup Piper, et je ne peux m’empêcher d’éclater de rire, alors que mon cousin fait une drôle de tête. 

-Dans trèèèès longtemps ma grande. Dans très, très longtemps. Préfère-t-il lui préciser. 

-Mais plus rapidement qu’il ne croit, j’en ai bien peur. Précise mon frère, hilare, alors que Gabriel lui lance un regard noir. 

-Tonton est un papy ! Tonton est un papy ! Tonton est un papy !! Se met à chanter Rose, qui n’a visiblement pas perdu une miette de notre conversation, malgré qu’elle observait avec fascination notre étagère. 

-Avouez-le, vous apprenez à vos gosses à être méchant avec moi. Bougonne-t-il alors que nous sommes tous morts de rire. 

-Ils ont juste hérité de l’intelligence de leurs parents, que veux-tu ! Lui réponds-je, tout en m’installant à table à côté de mon frère, une fois que Piper ait fini son yaourt. 

-Le mot « intelligence » n’est pas tout à fait le terme que j’aurais employé… Fait-il mine de réfléchir, avant d’avoir les yeux qui s’ouvrent comme des soucoupes. Mais Papa, qu’est-ce que tu fais ?! 

-Bah quoi ? C’est un anniversaire ou non ? On est là pour faire la fête ! S’exclame Tonton, qui s’ambiance sans la moindre difficulté sur la chanson « Ah les crocodiles ». La chanson qui ne fait que tourner en boucle si on veut éviter une crise de la part de Rose. Je vais vous montrer ce que les vieux sont capables de faire, sales gosses ! 

-Mon Dieu, heureusement qu’on n’est pas en public… Soupire Gabriel en cachant son visage entre ses mains. 

-Hey Yumi, tu viens danser avec Papy ? Propose Tonton alors que la petite le regarde avec un air curieux. Au lieu de rejoindre son grand-père, elle file se réfugier dans les jambes de son Papa Gab. Aussi coincée que son père, c’est fou ! Plaisante Tonton ensuite, en levant les yeux au ciel. Va falloir lui apprendre à faire la fête, hein ! 

-Le plus tard sera le mieux. Bougonne Gabriel, loin d’être ravi à cette idée. 

La journée se poursuit et la nuit commence à tomber dehors. Au final, ce qui devait être qu’un simple goûter se termine en diner, puisque tout le monde reste manger à la maison. Un classique, cela finit toujours comme ça. On a fini par avoir l’habitude. Avec nos vies respectives et les enfants, nous n’avons plus forcément le temps de nous voir autant qu’avant, alors, lors d’occasion comme celle-ci, nous en profitons pour passer un maximum de temps ensemble. 

Pendant un moment d’accalmie, ou nos invités discutent tranquillement entre eux, Will en profite pour me prendre dans ses bras, et me déposer un baiser sur la joue. 

-Bon anniversaire mon amour. Me susurre-t-il au creux de l’oreille. J’espère que tu as passé une bonne journée. 

-Je suis avec toi et entourée de ma famille. Je ne demande rien de plus. Lui assuré-je, avant d’ajouter à voix basse pour que lui seul m’entende. Même si j’ai hâte que nous soyons plus que tous les deux. 

-Un mot de ta part, et je fous tout le monde dehors et je mets les gosses au lit. Me promet-il sur un ton mi-sérieux, mi-amusé, alors que je peux m’empêcher de ricaner. 

Finalement, Will n’aura pas besoin de demander à qui que ce soit de partir. Les enfants commencent à fatiguer et tout le monde décide de rentrer afin de pouvoir les mettre au lit… avant qu’ils ne deviennent tous insupportables. 

Une fois tous nos invités partis, nous mettons nos filles au lit. Je m’occupe de Phoebe pendant que Will se charge de Piper, et nous allons tous les deux souhaiter une bonne nuit à Prue. 

Quand nous sommes seuls dans notre chambre, nous pouvons enfin profiter d’un moment rien qu’à nous, pour finir en beauté cette journée… Et je réalise pourquoi je me fiche bien de prendre de l’âge et de vieillir. 

Parce que, tant que je suis avec lui, je n’ai absolument pas peur de ce que l’avenir peut bien me réserver.