Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 21
La grossesse avance doucement mais sûrement. Je suis tellement occupée entre mon travail et l’amélioration de ma fusée que je ne vois, presque, pas le temps passé.
Presque, parce que je trouve quand même le temps de m’émerveiller face à mon ventre qui grossit, face aux sensations de mon bébé qui bouge dans mon ventre, ou encore face à l’enthousiasme de Cédric qui ne cesse d’accourir quand j’annonce que le bébé bouge ou encore quand il parle régulièrement à mon ventre, pour être certain que notre enfant reconnaisse sa voix quand il viendra au monde. A mon avis, vu comment il est bavard, si le bébé ne le reconnait pas, c’est qu’il est sourd.
Mais aussi, le « presque » s’applique aussi à cause des désagréments dû à la grossesse. Elle a beau être avancée, les nausées continuent de faire partie de mon quotidien. Cela me réveille tôt le matin et cela me fatigue de ne pas passer une journée tranquille sans être embêtée.
-Va prendre un bain, je vais te préparer un bon petit-déjeuner pendant ce temps-là. Me suggère Cédric alors que je me lève avec la nausée.
-Ca soulage les nausées, les bains ? Lui dis-je, dépitée par mon état et peu convaincue par sa proposition.
-Aucune idée, mais cela te détendra.
Bon gré mal gré, je me laisse tenter par un bon bain chaud et un masque d’argile sur le visage. Je ne sais pas si cela soulagera mes maux, mais cela ne me fera pas de mal.
Je me rends donc dans la salle de bain et pendant que l’eau coule dans la baignoire, je m’applique le masque. Je file rapidement dans la cuisine pour récupérer deux tranches de concombre, devant le regard rieur de mon mari. Je l’ignore et retourne dans la salle de bain où je me plonge avec plaisir dans l’eau chaude, pour ensuite mettre les tranches de concombre sur les yeux.
Au bout de quelques minutes, je dois avouer que je me sens mieux. Petit à petit, je me détends et je me laisse aller dans le confort de l’eau chaude. La nausée finit par passer, au fur et à mesure que je réalise que je devrais prendre plus de temps pour prendre plus soin de moi. Il est vrai que je m’accorde rarement des moments de détente, étant trop occupée à améliorer ma fusée ou ma forme physique. Mais c’est agréable aussi de se poser, de ne rien faire, me vider l’esprit et de juste penser à moi.
Ce qui est moins agréable par contre, c’est de devoir appeler Cédric pour m’aider à sortir de la baignoire. Ca donne juste l’impression d’être une grosse baleine échouée. Le summum du glamour et de la dignité.
Lorsque je parviens à sortir de la salle de bain et de m’habiller, Cédric m’apprend que la gazinière est en panne et qu’il a l’intention d’appeler le réparateur après le déjeuner. Je l’ai regardé d’un air ahuri. Pourquoi s’embêter à appeler et payer quelqu’un alors que je suis tout à fait capable de la réparer moi-même ?
Une fois le petit-déjeuner avalé, je m’empresse de récupérer mes outils pour commencer à travailler sur la gazinière. Je suis tellement prise dans ma tâche que j’oublie que ma mère devait venir à la maison aujourd’hui…
-Joy tu ne devrais pas te reposer ? S’inquiète-t-elle alors, après avoir été accueillie par Cédric.
-J’ai voulu appeler un réparateur, mais elle n’a pas voulu. Se justifie aussitôt Cédric, comme s’il avait peur de passer pour un mauvais mari.
-Tut tut tut ! Je peux très bien réparer ça moi-même ! Je ne suis pas en sucre ! Affirmé-je en brandissant fièrement mon tournevis. Et d’ailleurs, j’ai réussi !
-C’est bien ma fille, mais tu arrives à la fin de ta grossesse, il faut que tu te ménages. Me gronde Maman alors que je lève les yeux au ciel.
Nous allons ensuite dans le salon, et histoire de satisfaire ma mère, nous nous installons tranquillement sur le canapé. Cédric propose de lancer un film et prend la manette de la console après y avoir inséré un DVD. Pendant ce temps-là, je remarque que Maman a l’air triste. Elle m’avoue alors que Manon, l’une de ses amies et compagne de Tata Caroline, vient de décéder. Son fils aîné, Hugo, n’étant pas encore majeur, lui et son frère Eric sont allés vivre chez leur tante et leurs cousins. Mon cœur se serre en apprenant la nouvelle. Le décès de Manon fait partie de la vie et n’est pas surprenant étant donné son âge, mais savoir que ses enfants perdent leur dernier parent si jeune me rend triste. Je n’ose pas imaginer ce qu’ils doivent ressentir, déjà orphelins alors qu’ils ne sont pas encore adultes. Heureusement qu’ils peuvent compter sur leur tante Lucia et le soutien de Patrick et Marina.
-Ca va ma puce ? S’inquiète subitement Maman alors que je tente de me masser le bas du dos.
-Oui, j’ai juste mal au dos Maman, rien d’important.
-D’où l’intérêt de te reposer ma chérie, et ne pas te casser le dos à réparer tout dans ta maison. Ou donne des cours de bricolage à ton homme.
-J’ai essayé … Et on a du jeter la cafetière. Répliqué-je avec un sourire en coin, alors que Cédric fait mine de n’avoir rien entendu. Maman ne peut retenir un rire, et je me sens soudain fière d’avoir réussi à lui redonner le sourire pendant un instant.
Pendant que Cédric se bat avec la console qui ne semble pas vouloir coopérer, je décide de montrer la chambre du bébé à Maman. Nous l’avons terminé il y a peu, et il ne manque plus que notre enfant pour lui donner vie.
Nous retournons ensuite dans le salon pour voir où en est Cédric, et je m’arrête un instant lorsque je sens le bébé bouger. Je souris à Maman et l’autorise à toucher mon ventre pour qu’elle puisse le sentir me donner des coups de pied.
-Il est un peu hyperactif, j’ai l’impression qu’on pourra en faire un footballeur comme son oncle. M’amusé-je alors que Maman regarde mon ventre avec fascination.
-Au moins, ça montre qu’il va bien ce petit bout ! Vous ne savez toujours pas ce que c’est ?
-Non Maman, on n’a toujours pas changé d’avis. On garde la surprise.
-Même pas drôle. Bougonne Maman alors que son visage traduit sa joie de devenir bientôt grand-mère. Mais je parie que c’est une fille !
-Et qu’est-ce qui te fait dire ça ? Lui demandé-je, amusée par sa supposition. J’avoue que l’idée d’avoir une fille me plait, mais je serai tout aussi heureuse d’avoir un garçon. L’important reste qu’il soit en bonne santé.
-La forme de ton ventre ! Quand il est haut, c’est que c’est une fille ! Le mien était haut aussi quand je t’attendais !
-Ce n’est qu’une spéculation Maman, il n’y a aucune preuve scientifique qui affirme qu’il y a un lien entre la forme du ventre et le sexe du bébé. C’est comme dire qu’il faut manger sucré pour avoir une fille et manger salé pour avoir un garçon.
-Non, mais tente les fraises pour avoir une fille et des carottes pour avoir un garçon ! Il parait que ça marche ! S’exclame Maman alors que je ne peux m’empêcher de rire face à sa répartie. De toute façon, nous aurons la réponse bientôt ?
-Oui, le terme approche à grand pas.
En effet, je peux commencer à compter les jours avant le terme et j’avoue que j’ai hâte de faire la connaissance de mon enfant… Et de ne plus sentir son poids dans mon ventre. Avoir un bébé dans le ventre en permanence est fatiguant, surtout quand on souhaite rester active, et se sentir lourd tout le temps n’est pas agréable.
-Tu es sûre que tu es obligée d’aller travailler ? Se fait du soucis Cédric, comme tous les matins où je dois partir au travail.
-Je ne suis pas obligée, mais je n’ai pas envie de m’arrêter. Lui réponds-je alors avec le sourire. Je veux continuer de travailler. J’aurais l’impression de ne servir à rien si je reste ici à ne rien faire et j’adore mon travail. Je ne veux pas perdre une occasion de progresser !
-Je sais bien que ton travail est ta passion, mais il ne faudrait pas que tu t’épuises avant l’accouchement…
-Ne t’inquiète pas, je fais en majorité du travail de bureau. Mes collègues refusent que j’aille dans la fusée et que je travaille dessus. Limite, je suis moins active à l’agence qu’ici …
-Il faut bien un avantage à ce que tu continues de travailler. Plaisante alors Cédric alors que je fais mine de lui lancer un regard noir.
Au final, lorsque je suis arrivée au travail, mes supérieurs ont décidé de réduire mon temps de travail jusqu’à 3 semaines après la naissance de mon bébé. Rien de personnel, c’est la nouvelle politique de l’entreprise vis-à-vis des femmes enceintes. Cela vient d’être adoptée suite à l’augmentation du personnel féminin parmi les astronautes. Je ne vais pas me plaindre de voir mon métier se féminiser, mais je suis moyennement ravie de devoir partir plus tôt de mon travail. Cédric, quant à lui, a été ravi de la nouvelle. Il peut être heureux lui, il n’est pas obligé de s’arrêter de travailler, lui.
Mais un jour, je commence à me plaindre de douleurs au ventre. Je préfère l’ignorer au début, pensant que cela finirait par passer. Mais, alors que je regarde une série de science fiction, la douleur se fait de plus en plus présente. Je ne peux plus ignorer l’évidence et j’appelle aussitôt Cédric qui travaille à son bureau.
-Qu’y a-t-il Chaton ? Arrive-t-il rapidement, alors que je vois son regard se poser sur mon ventre que je suis en train de tenir.
-Je… J’ai des contractions. Je crois … Je crois que le travail a commencé. Lui annoncé-je en veillant à bien respirer alors que je lis la panique dans les yeux de Cédric.
-Euh ok.. D’accord.. Souffle-t-il alors qu’il commence à perdre ses moyens. Alors, je vais chercher la voiture … Non le sac d’abord ! Où il est où le sac déjà ? Et toi ça va ? Il faut peut-être appeler l’hôpital avant non ? Tu as perdu les eaux ?
-Calme toi et va chercher le sac. Levé-je les yeux au ciel, alors que j’essaie de calmer le stress qui commence à me gagner.
Après que Cédric ait récupéré ses esprits, nous prenons la route pour l’hôpital le plus proche. Cédric essaie de me rassurer, mais plus nous approchons de notre destination, plus je ne peux m’empêcher de stresser.
Car je ne peux m’empêcher de penser à ma propre naissance, et ce qui est arrivé à Maman. Et si j’avais les mêmes complications ? Et si la naissance se passe mal ? Et s’il m’arrive quelque chose et que Cédric doive élever notre enfant tout seul ?
Voyant le stress me gagner, mon adorable mari finit par allumer la radio pour essayer de me changer les idées avec de la musique. Malheureusement, nous arrivons à destination et la distraction est de courte durée.
Nous attendons un moment à l’hôpital, jusqu’à ce que le moment de sortir le bébé soit arrivé. Je suis toujours aussi stressée par mon accouchement, et je ne peux m’empêcher d’imaginer les pires scénarios dans mon esprit.
Cédric ne tarde pas à me rejoindre dans la salle d’accouchement, suivi de près par le médecin qui va m’aider à accoucher. Ma nervosité est au maximum lorsqu’il prend place derrière sa grosse machine étrange. Mon homme essaie de me rassurer en souriant, mais je devine derrière son souris qu’il n’est pas rassuré non plus.
-Ne vous inquiétez pas Joy, tout va bien se passer. M’assure le médecin alors que je suis tendue que jamais.
-Vous êtes sûr ?
-Bien sûr, je suis le meilleur ! Alors, vous êtes prêts à faire connaissance avec votre bébé ?
Lorsque j’entends les premiers cris de mon bébé, je me sens aussitôt soulagée. L’accouchement s’est bien passé, et le médecin qui s’est occupé de mon bébé m’assure que mon enfant est en parfaite santé. Dès que je peux, je me lève pour prendre mon nouveau-né dans mes bras. Mon cœur se remplit d’amour et je réalise que ça y est, je suis maman et qu’un petit être compte dorénavant sur moi.
J’espère être une bonne mère mais une chose est sûre : je l’aime d’un amour infini et inconditionnel. Et lorsque je vois le regard que pose Cédric sur nous, je devine que c’est également le cas pour lui aussi.








































































































