Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 27
Grace est un bébé plus bruyant et qui demande plus d’attention que Grégory au même âge. Elle pleure plus souvent et se fait régulièrement entendre dès que nous sortons de sa chambre.
C’est éprouvant pour moi, de l’entendre pleurer ainsi. Je prends sur moi pour m’occuper d’elle autant que je me suis occupée de Grégory, mais je me surprends à regretter qu’elle ne soit pas aussi calme que son frère. Je m’en veux de la comparer ainsi à son aîné, alors que je sais bien que chaque enfant est différent, mais c’est plus fort que moi. Alors, quand cela fait longtemps que Grace pleure, Cédric prend le relais, et fait son possible pour me soulager tout en essayant de me rassurer.
D’autant plus que mon état psychologique joue beaucoup sur ma patience.
Je travaille beaucoup là-dessus, lors de mes rendez-vous avec mon psychologue. Sans surprise, il estime que je ne dois pas reprendre le travail dans l’immédiat. Malgré que j’aime mon travail et que l’espace soit ma passion, je suis d’accord avec lui. Ma famille est ma priorité et si je ne suis pas capable de m’occuper sereinement de ma fille, et de ne pas m’inquiéter à chaque fois qu’elle se met à pleurer pour la énième fois dans la journée, comme je pouvais le faire avec Grégory, je ne vois pas comment je pourrai retourner au travail dans des conditions optimales.
Néanmoins, j’essaie de ne pas me laisser aller non plus. Je ne me sens pas capable d’aller au travail pour le moment, mais cela ne veut pas dire que je ne souhaite pas rester suffisamment en forme pour pouvoir reprendre correctement le travail au moment venu.
Alors, j’ai repris le sport. Je dois avouer que cela me fait du bien de revêtir de nouveau ma tenue de sport et mes baskets, et de courir sur mon tapis de course. Je n’aurais pas cru que cela puisse me faire autant de bien, mais mes séances de sport sont de véritables bouffées d’air frais.
-Ca va ta reprise du sport ? Cela ne te fatigue pas trop ? M’interroge Cédric durant le déjeuner, alors que je viens de le rejoindre à table après avoir couru. Il ne veut pas que j’en fasse trop, mais je vois bien que cela lui fait plaisir de constater que je me reprends en main. Il sait que c’est important pour moi et si je recommence mes activités habituelles, c’est le signe que je commence, doucement mais sûrement, à remonter la pente.
-Ca va, ne t’en fais pas. Le rassuré-je avec un sourire. Cela me fait du bien de m’activer et ne pas ressasser dans mon coin.
-Bon, tant mieux alors.
-Grégory est levé ? Lui demandé-je alors qu’il dormait encore quand j’ai commencé à courir. Il a décidé de faire la grasse matinée ce matin.
-Oui, il joue un peu sur la tablette. Me confirme Cédric. Je lui donnerai son bain après mangé.
J’acquiesce en hochant la tête tandis que j’entends Grégory rire face à son jeu. Il est plus serein depuis la naissance de Grace. Lui qui regardait sa petite sœur d’un œil méfiant, et qui était inquiet face à la situation, il a retrouvé sa bonne humeur habituelle. Il fait moins de colère et offre de beaux sourires à tout le monde. Lorsque nous nous occupons de Grace, il vient régulièrement nous voir pour nous observer avec curiosité. Il lui parle beaucoup aussi, pour lui raconter sa journée et lui parler de ses jeux et dessins animés préférés. Bien sûr, elle ne peut pas encore lui répondre, mais cela ne l’empêche pas de se montrer bavard avec sa petite-sœur.
Depuis l’accident, notre vie de couple a été mis à mal avec Cédric. Il faisait son possible pour que je me sente mieux, en faisant tout pour me soutenir du mieux qu’il pouvait, mais les élans romantiques n’étaient plus d’actualité. Même une fois remise physiquement.
Je n’avais pas la tête à cela. Mon esprit était bien trop perturbé et occupé pour laisser la place à d’autres considérations romantiques, et nos rapports s’arrêtaient à de simples étreintes platoniques.
Cédric ne se plaignait pas de la situation, comprenant parfaitement qu’il me fallait du temps pour me remettre de mon accident. Il se montrait tendre envers moi, mais jamais plus, comme s’il attendait patiemment que je vienne vers lui lorsque je serai prête.
Puis, au fil des semaines et des séances avec mon psychologue, je commence à me sentir mieux. Au fil du temps, je me rends compte que notre intimité me manque. Ces moments à nous, qui n’appartiennent qu’à nous, me manquent.
C’est ainsi que, doucement, nous retrouvons une vie de couple normale, que nous nous retrouvons, tous les deux.
Parallèlement, je parviens également à mieux m’occuper de ma fille. Je culpabilise toujours pour ce qui s’est passé, mais je parviens à mieux gérer ma culpabilité. Mon psychologue juge qu’il ne faut pas que je lutte contre ce sentiment, car je ne peux pas me forcer à ne plus ressentir un sentiment. Il m’aide à mieux vivre avec, à le gérer pour éviter que cela influe trop sur ma vie. Ma culpabilité ne doit pas m’empêcher d’avancer, de profiter de la vie et surtout, de m’occuper de ma fille.
Alors, avec du temps et du travail sur moi-même, je parviens à profiter des moments que je passe avec Grace. Je me sens moins irritée quand elle pleure et que je ne parviens pas à la calmer. Je m’inquiète moins aussi, même si mon inquiétude ne disparaît pas complètement. J’essaie de ne pas penser à ce qui pourrait lui arriver, et je profite de chaque instant que je passe avec elle.
Si je me sens mieux de manière générale, je ne suis toujours pas apte à reprendre le travail… Ni même à m’approcher de ma fusée. Je n’ai pas travaillé dessus depuis mon accident et je ne m’en sens toujours pas capable. J’avoue avoir essayé pourtant, de prendre mes outils et d’aller devant ma fusée. Mais je suis incapable de faire quoique ce soit d’autres. Je reste plantée devant, sans savoir quoi faire, sans savoir par où commencer. Je fais un blocage alors que j’aime tellement ça l’améliorer pour qu’elle soit apte à voler en toute sécurité. Je ressens toujours cette excitation à l’idée de pouvoir m’envoler dans ma fusée… Mais malgré cela, je n’arrive pas à toucher à ma fusée, c’est plus fort que moi …
Alors, en attendant d’avoir le déclic et d’être de nouveau capable de travailler sur ma fusée, j’essaie de ne pas perdre la main et je bricole dans mon atelier. La Fête de l’Hiver approche à grand pas, alors je fais des sculptures en bois pour les offrir à mes parents. Cela a l’avantage de m’occuper l’esprit et de travailler ma créativité.
Et puis, en plus de continuer à exercer mes talents en bricolage, je sais que mes sculptures plairont à mes parents. Au moins, je ne passe pas du temps dans mon atelier pour rien.
–Tout se passe bien ? M’interroge Cédric en venant me voir dans ma cabane.
-Pour l’instant ça va. J’espère réussir à obtenir ce que je veux et que cela plaira à Maman et Paul.
-J’ai déjà vu tes sculptures chez ta mère, tu es douée. Et rien que le fait que tu fasses ça toi-même, ça leur fera plaisir.
-Certes… mais cela fait longtemps que je n’en ai pas fait…
-C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Me rassure-t-il en déposant un b.aiser sur ma joue.
L’approche de la Fête de l’Hiver enchante les enfants. Grégory parle du Père Hiver avec des étoiles plein les yeux, et Grace se montre tout aussi enthousiaste.
Lorsqu’ils jouent ensemble, nous ne les tenons plus. Enfin, encore moins que d’habitude.
Maintenant que Grace a grandi et qu’elle est capable de marcher et de jouer avec son frère, elle et Grégory sont maintenant inséparables. Grace fait son possible pour suivre le rythme de son frère, mais ses pas sont moins assurés et elle a moins d’aisance pour marcher, si bien qu’elle manque bien souvent de tomber.
-Aaah ! Vé tomber ! S’exclame Grace en trébuchant, avant de finir à genoux par terre.
-Ca va Grace ? L’interroge aussitôt Grégory avant de s’approcher de sa sœur pour l’aider à se relever.
-Bobo !! Commence-t-elle à grimacer, prête à pleurer, alors que Grégory l’aide à s’asseoir sur la banquette.
Pour l’empêcher de commencer à pleurer, et alerter notre attention, Grégory ne tarde pas à s’amuser à faire le pitre. C’est son activité préféré depuis que Grace réagit à ses pitreries. Dès qu’elle menace de se mettre à crier ou à pleurer, il ne tarde pas à lui offrir ses plus belles grimaces et à faire des bruits étranges. Et cela ne loupe pas, Grace se met aussitôt à rire et lui réclame de continuer. Par moment, je la soupçonne de faire semblant de pleurer, juste pour que son frère se donne en spectacle.
C’est discutable, mais ils sont tellement mignons tous les deux que nous ne pouvons pas lui en vouloir de faire en sorte que son frère fasse le clown. Cédric dit même, avec amusement, que c’est le signe que Grace est loin d’être bête.
Si Grégory n’était pas ravi de découvrir qu’il avait une petite sœur, et non un petit-frère, ce n’est absolument plus le cas aujourd’hui. Il adore jouer avec elle, et partage ses jouets sans le moindre problème. Il accepte même de jouer à la poupée avec elle, alors que ce n’est pas spécialement son activité favorite à la base. Il prête même sa tablette à sa sœur et lui montre comment jouer à certains jeux qui sont dessus.
Quant à Grace, elle ne lâche pas son frère d’une semelle. Tout ce qu’il fait, elle le fait aussi. Elle s’amuse à le prendre en exemple, et cela me touche de voir toute l’admiration qu’elle a pour lui dans son regard, et de la voir lui réclamer un câlin.
Autant dire qu’avec Cédric, nous gardons un œil sur eux. Car si Grégory se met à faire des bêtises, nul doute que Grace s’empressera à les reproduire.



































































