Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 15

Depuis cette magnifique demande en mariage, je suis encore plus sur un petit nuage par rapport à d’habitude. Je ne cesse de me remémorer cette merveilleuse soirée et j’ai toujours un immense sourire sur les lèvres lorsque les souvenirs m’assaillent.
Nous avons beaucoup parlé du mariage, le lendemain de sa demande. Cédric m’a alors avoué qu’il n’envisageait pas sa demande comme une simple promesse de mariage dans le futur, mais qu’il a vraiment envie d’organiser cette journée et de m’épouser dans les semaines ou mois à venir. Il n’a pas besoin d’attendre davantage pour savoir que je suis la femme de sa vie.
Cela tombe bien, car je pense exactement la même chose.
Aujourd’hui est donc un jour assez spécial car nous allons annoncer notre mariage à ma mère, ainsi qu’à Paul. Il est prévu que nous l’annoncions également à mon père un peu plus tard dans la journée durant une conversation sur Skype. Cédric arrive donc à la maison en début d’après-midi, et c’est toute excitée que je l’accueille.

-Alors, prête à annoncer à ta mère et ton beau-père que tu seras bientôt une femme mariée ? Me demande alors Cédric en me prenant dans ses bras.
-Bien sûr, j’ai hâte ! Lui confirmé-je alors, joyeuse. Même si je suis un peu nerveuse pour tout avouer. Après l’expérience qu’elle a eu avec mon père, et le fait qu’elle ne soit, à mon avis, pas spécialement pour le mariage, je crains qu’elle serre un peu les dents quand on lui annoncera que l’on va se marier.
-Ne t’inquiète pas, ta mère ne veut que ton bonheur. Je suis certain qu’elle sera heureuse pour nous malgré ses opinions.
-Je le sais aussi, mais je ne peux m’empêcher d’avoir cette petite inquiétude. On entre ? Avant qu’on soit trempé à cause de la pluie. Lui proposé-je avec le sourire.

Une fois à l’intérieur de la maison, Maman et Paul viennent aussitôt saluer Cédric. Ils sont tous les deux de bonne humeur et je sais qu’ils sont ravis de le voir. Ils ont toujours apprécié Cédric et il fait parti de la famille maintenant… Ce qui sera d’autant plus vrai une fois que nous serons mariés.
Après les banalités d’usage, je leur demande s’ils veulent bien s’asseoir avec nous à table, en leur disant d’emblée que nous avons quelque chose à leur annoncer. Enfin, deux choses plus exactement, pour être honnête.
-Alors, qu’avez-vous à nous dire ? Vous allez l’air bien sérieux tout d’un coup. Nous interroge Paul alors que Maman nous observe avec curiosité.
-En fait, on a deux annonces à vous faire. Précisé-je un peu nerveusement, bien que je sois confiante.
-T’es enceinte ?! S’exclame directement Maman alors que Paul ne peut s’empêcher de rire.
Quoi ? Mais non !
-Alors vous avez décidé de mettre en route un bébé ? Rectifie-t-elle ensuite alors que Cédric se met à rire à son tour.
-Non plus Maman.
-Roh, c’est pas drôle ! Vous avez besoin d’un mode d’emploi ou quoi ?
-Maman !! Tu veux bien nous laisser parler au lieu de dire n’importe quoi ! Le réprimandé-je en levant les yeux au ciel.
-C’est bon je plaisante, je vous écoute ! Me répond-t-elle en riant, fière de sa plaisanterie.

-Alors, déjà, sachez que je ne vivrai plus ici dans quelques mois. Commencé-je alors, après que Cédric et Paul aient calmé leur hilarité suite aux âneries de ma mère. On a trouvé une maison !
-Oh c’est super ça ! Vous avez déjà signé et tout ? Nous interroge alors Maman, dont la joie se lit sur son visage.
-Elle est située où ? Demande à son tour Paul.
-Nous avons signé le compromis de vente hier. Confirme Cédric sans perdre son sourire. Il n’y a plus qu’à attendre que la procédure se fasse et nous pourrons emménager, à Oasis Springs. Leur répond sans attendre Cédric alors qu’il cherche sur son téléphone les photos qu’il a prise lors de notre visite.
-Elle est super ! Elle est moderne, grande avec trois chambres et un grand jardin ! J’aurais aucun problème pour installer ma fusée !
-Ni des berceaux. Me taquine Maman alors qu’elle et Paul regardent les photos sur le téléphone de Cédric. Elle a l’air d’être une jolie maison, félicitations. Si jamais vous avez besoin d’aide pour financer l’achat, ou pour les meubles ou autres, il n’y a pas de problème, on peut aider.
-Ca va aller Rosae, mais merci. Refuse poliment Cédric. Il est vrai que nous aurons aucun mal à acheter cette maison. De mon côté, je n’ai jamais touché à l’argent que Tata Roxane avait placé sur un compte à mon nom, auquel s’est ajouté une part de son héritage. En effet, à son décès et n’ayant pas d’héritier, Tata avait décidé de tout léguer à ses neveux et nièces. Quant à Cédric, ses parents étant tous les deux décédés, il avait mis de côté sa part de leur héritage pour un achat de cette ampleur.
-Bon, ça va me faire tout drôle que tu ne vives plus ici ma puce, mais je suis ravie pour vous deux. Reprend alors ma mère, qui semble un peu émue de voir sa fille quitter définitivement le nid.
-Et quelle est la deuxième nouvelle ? Demande ensuite Paul, qui ne perd pas le nord. Avec Cédric, nous nous lançons un regard d’encouragement et il me prend alors la main.

-Eh bien, avec Cédric, nous allons nous marier ! Annoncé-je d’une traite alors que je lis la surprise sur leur visage. Autant ils savaient que nous cherchions une maison, autant ils ignoraient tout d’un éventuel projet de mariage. Cédric m’a fait sa demande, et j’ai dit oui !
-Et nous avons bien discuté et nous sommes tous les deux d’accord pour organiser notre mariage et nous marier dans les mois à venir. Ajoute à son tour Cédric alors que la surprise laisse petit à petit la place à la joie.
-Oh mais c’est merveilleux ça ! S’exclame alors ma mère, à ma grande surprise. Je me doutais qu’elle serait heureuse pour nous, mais je n’imaginais pas qu’elle serait aussi ravie. Félicitations ! Si vous voulez faire ça rapidement, il va vite falloir caler une date si tu veux que ton père puisse s’organiser !
-Si tu veux mon avis Rosie, même avec les deux jambes dans le plâtre, Sven ne manquerait pour rien au monde le mariage de sa fille. S’en amuse alors Paul avant de nous répondre. C’est vraiment une super nouvelle et vous pouvez compter sur nous pour vous aider à tout préparer. Ajoute-t-il ensuite, suite à quoi nous le remercions.
Et Joy, il va s’en dire que je t’offrirais ta robe !
-Maman, t’es pas obligée… Lui assuré-je, sachant bien qu’elle n’aime pas spécialement les conventions. Mais à croire qu’elle ne les aime pas quand ça l’arrange.
Aucune discussion là-dessus, ma puce, ça me fait plaisir !

-Vous avez une idée de quand vous voudriez vous marier ? Nous demande Paul alors que Maman commence déjà à faire des propositions sur le style de ma future robe de mariée.
Assez rapidement, mais tout dépendra aussi de la disponibilité des lieux pour se marier. Répond alors Cédric alors que j’essaie de contenir ma mère. Elle qui avait fait une tête de six pied de long rien qu’à l’idée de mettre une robe blanche pour son mariage avec mon père, je n’aurais jamais cru qu’elle s’enthousiasmerait autant pour ma propre robe. Nous avons commencé à faire un repérage sur internet, mais nous n’avons pas trouvé votre bonheur.
-Si cela ne vous gêne pas de bouger un peu et que vous voulez un lieu de rêve, je connais un endroit qui serait parfait pour vous marier! Nous propose alors Paul, que nous écoutons avec attention. Il sort alors son téléphone pour nous montrer des photos tirées de son propre blog de voyage. Il est vrai que Paul a beaucoup voyagé lorsqu’il était jeune et je ne suis pas étonnée qu’il puisse nous proposer un lieu exceptionnel pour notre mariage. Lorsque nous voyons les photos, nous sommes aussitôt sous le charme avec Cédric. En même temps, n’importe quel couple rêverait de se marier dans un décor aussi splendide. Notre réaction amuse Paul et nous promet de se renseigner pour voir ce qu’il est possible de faire. Il a encore des contacts là-bas et il est certain de pouvoir trouver un lieu en un claquement de doigts.

Et il ne nous a pas menti. Deux semaines de recherche plus tard, il était déjà en mesure de nous proposer différents lieux et différentes dates possible dans les semaines à venir. Nous avons donc pu fixer une date, après nous être renseigné auprès de nos invités pour connaitre leurs disponibilités. Enfin, surtout auprès de mon père et de Kalpita, qui devront faire un plus long voyage pour assister à notre mariage mais qui seront présents sans le moindre problème. A peine ai-je annoncé la date du mariage que Papa avait déjà acheté les billets d’avion.
Aujourd’hui, je pars à la recherche de ma robe de mariée. Une nouvelle boutique a ouvert à Magnolia Promenade et je m’y rends avec ma mère, qui n’aurait manqué ça pour rien au monde. Elle est intenable, mais cela me fait plaisir qu’elle soit là. Mon mariage est une étape importante dans ma vie, et je suis heureuse que Maman soit toujours là pour m’accompagner à chaque moment des préparatifs.

Lorsque nous entrons à l’intérieur de la boutique, une vendeuse nous demande de bien vouloir patienter. Nous nous installons donc sur des fauteuils, en observant le décor autour de nous. Je suis assez septique car tout me semble assez tape à l’œil, mais j’attends de voir avant de me faire une opinion.
Tu vois quelque chose qui t’intéresse ma puce ? Me demande ma mère qui ne cesse de m’observer depuis que nous sommes entrées.
Pas vraiment… Lui avoué-je, un peu nerveuse alors qu’il y a pas mal de monde dans la boutique. La pauvre vendeuse semble débordée. J’espère que je vais trouver une robe qui me plaise…
Il n’y a pas de raison. Ce ne sont que les premiers essayages, ça va aller. Tente-t-elle me rassurer alors.
Certes, mais le mariage va vite arriver et je ne dispose pas d’un temps infini pour trouver ma robe.
-Ne t’inquiète pas. De toute façon, quoi que tu portes, tu seras magnifique !

-C’est gentil Maman… Et d’ailleurs… Être ici, ça ne te donne pas envie ? Lui demandé-je sur un ton taquin, faisant évidemment référence à sa relation avec Paul. Je sais qu’elle n’est pas forcément pour le mariage, mais peut-être qu’être plongée dans les préparatifs du mariage de sa fille lui donnent envie de changer d’avis.
-Envie de quoi ? Ne semble-t-elle pas comprendre.
-De te marier, avec Paul. Je sais que tu n’es pas spécialement pour le mariage mais…
-Qu’est-ce qui te fait dire que je ne suis pas pour le mariage ? S’étonne-t-elle alors, surprise par mes propos. Il est vrai que nous n’en n’avons jamais parlé, toutes les deux.
-Je ne sais pas… Le fait que tu es avec Paul depuis des années et que vous vous êtes jamais mariés ? J’ai déjà vu Paul regarder des émissions de mariage et vu sa tête, il n’est clairement pas contre le mariage. Lui signalé-je alors qu’elle se contente d’hausser simplement les épaules. D’ailleurs… J’ai été étonnée que tu sois aussi ravie de me voir me marier… J’ai pensé que tu aurais été davantage sur la réserve…
-Ma puce, ce n’est pas parce que je suis mal à l’aise avec les conventions que je ne suis pas heureuse de te voir te marier. M’assure-t-elle alors qu’elle semble se demander ce qui a bien pu me passer par la tête. Et puis, tu es jeune, vous allez acheter une maison avec Cédric et probablement fonder une famille. Il n’y a rien de choquant à ce que vous vous mariez.
-Mais Maman, l’âge n’a…
-Oh regarde cette robe ma puce! Elle ne te plairait pas ? Me coupe subitement Maman pour changer de sujet.

Elle se lève alors de son siège pour me désigner une robe présentée sur un mannequin sur une estrade. Il s’agit d’une robe longue, s’approchant d’un style princesse. Loin d’être convaincue, je me lève tout de même pour la voir de plus près mais je fais aussitôt la grimace.
-Maman, je vais crever de chaud dedans ! Lui assuré-je en secouant la tête. Sans parler du fait qu’elle n’est pas du tout adaptée !
-Tu as sans doute raison. Mais elle t’irait comme un gant.
-Peut-être, mais ce ne sera pas celle-là. D’ailleurs, je suis surprise que tu me la proposes, elle est très traditionnelle comme robe. Pour quelqu’un qui n’aime pas les conventions hein…
-Je n’aime pas les robes blanches en effet, mais ce n’est que mon avis personnel. Me confirme Maman. Mais c’est ce dont tu as envie, et je veux t’aider à trouver ton bonheur, c’est tout.

Soudain, je vois le regard de ma mère s’assombrir, comme si elle se perdait dans ses pensées. Je ne sais pas tellement quoi dire et je me demande bien à quoi elle peut penser. J’espère que je n’ai pas dit quelque chose qui aurait pu la blesser…
-Ca va Maman ? Tu sais, si tu veux que j’essaie cette robe, je veux bien la passer si ça te fait plaisir…
-Mais non ma puce, tu ne vas pas essayer une robe qui ne te plait pas. Refuse-t-elle aussitôt. Je pensais simplement à ta grand-mère, et à la fois où j’ai du choisir moi-même une robe de mariée. Bien que je n’avais pas envie de cette robe, j’aurais aimé qu’elle soit là. M’avoue-t-elle alors, la gorge nouée. Je n’étais qu’une enfant à l’époque, mais je comprends sans problème que l’absence de Mamie lors de l’organisation de son mariage a du lui peser. Du coup, je réalise que je suis heureuse que tu ais cette chance, d’avoir encore ta mère pour t’accompagner dans ton mariage. J’ai mes opinions concernant le mariage, certes, mais ne doute pas une seule seconde de mon bonheur de te voir te marier, d’accord ?
-Oui Maman. Lui réponds-je, émue, avant de la prendre dans mes bras. Je suis heureuse que tu sois là aussi…. Mais tu sais Maman… Ce n’est pas parce que Mamie n’est plus là, que ça s’est mal passé avec Papa et qu’aujourd’hui tu n’as plus 20 ans que tu n’as plus le droit de te marier. Et puis, personne ne t’oblige à respecter les conventions.
-Je sais ma puce, mais ce n’est pas moi qui vais me marier bientôt. Me rappelle-t-elle avec un sourire amusée, alors qu’un vendeur vient enfin s’occuper de nous.

Nous discutons pendant un moment avec le vendeur. Il me questionne sur la date du mariage, sur le lieu ainsi que sur mes envies concernant la robe. Il demande également à ma mère comment elle m’imagine le jour J. Une fois qu’il a terminé de poser toutes ses questions, il part en réserve pour me proposer une première robe, qui ne me plait pas du tout. La seconde ne plait pas à ma mère qui juge qu’elle ne me ressemble pas.
Pour la troisième robe, je me sens étrange lorsque je suis en train de la mettre. Je sens que le tissu est assez léger et je me sens rapidement à l’aise dedans. Mon cœur tambourine dans ma poitrine, et j’ai hâte de sortir de la cabine pour montrer la robe à ma mère.

Une fois prête, je sors alors de la cabine. Je suis un peu nerveuse à l’idée de me découvrir dans cette robe, ainsi que de connaitre l’opinion de ma mère. Je me sens bien dedans et mon instinct me dit que c’est la bonne… Je serai vraiment triste que ma mère ne l’aime pas.
Ma mère regarde ailleurs quand je sors de la cabine et j’ai l’occasion alors de me découvrir toute seule dans la robe de mariée. Le vendeur me regarde, mais je suis incapable de parler. Je hoche alors la tête, pour manifester mon approbation.

Le vendeur invite ensuite Maman à se retourner pour me découvrir dans ma robe. Dès l’instant où elle me voit, son visage s’illumine. Elle affiche un immense sourire émue, et je suis aussitôt rassurée.
-C’est celle-là. Tu es magnifique ma puce. M’assure Maman, dont le ton de la voix trahit son émotion. Cédric va en tomber à la renverse !
-Je ne sais pas s’il va aimer cette robe à ce point-là, mais oui… C’est la bonne. Confirmé-je alors que je me regarde dans tous les sens.

J’ai l’impression de vivre hors du temps. Les préparatifs du mariage avancent bien et je suis de plus en plus excitée à l’idée de me marier au fur et à mesure que la date approche. Je ne prête même plus attention au temps qui passe, tellement je suis obnubilée par l’approche du mariage. J’ai tellement hâte d’y être, et de pouvoir dire « oui » à l’homme que j’aime.
Mais, alors que la date du mariage approche à grand pas, la vie nous rappelle que tout n’est pas toujours rose et que l’existence est loin d’être un conte de fée.
Une nuit, alors que Phenix dormait paisiblement au pied de mon lit comme à son habitude, il rend son dernier souffle.

Poussée par un mauvais pressentiment, je me réveille au beau milieu de la nuit. Dès l’instant où j’ouvre les yeux, je sais qu’il y a quelque chose d’anormal. Un silence inhabituel règne dans ma chambre, alors que Phenix a toujours ronflé pendant son sommeil. Je remarque sa présence à côté de mon lit, mais je constate sans problème qu’il ne semble plus respirer.
Refusant l’évidence, je sors de mon lit pour me laisser tomber à genoux sur le sol pour tenter de réveiller mon chien. Je le secoue, je l’appelle, dans l’espoir de le sortir de son sommeil.
Mais il n’a aucun réaction. Absolument aucune.

Mon cœur se serre tandis que je suis obligée d’accepter l’évidence : Phenix, mon chien depuis de nombreuses années, qui m’a accompagnée durant toute mon adolescence et le début de ma vie d’adulte, nous a quitté.
Je fixe son corps sans le voir. Je sais qu’il était vieux et qu’il avait de plus en plus de mal à marcher à cause de son âge. Mais au fond de moi, j’espérais qu’il reste avec moi encore quelques mois, voire quelques années. Je m’imaginais déjà l’emmener avec moi dans ma nouvelle maison, où il aurait vécu ses vieux jours auprès de moi et de Cédric. A aucun moment je me suis imaginée m’installer dans ma maison sans mon chien. Jamais cela ne m’est venu à l’idée que cela puisse se passer ainsi.

Je suis tellement sous le choc de perdre mon fidèle compagnon que je ne remarque pas que Paul est entré dans ma chambre. Je crois que j’ai appelé Phenix trop fort, j’ai du le réveiller. Il soupire en découvrant le corps de Phenix et comprend aisément qu’il a rejoint le paradis des chiens. Il s’approche de moi pour m’éloigner du corps de mon chien, et il essaie de capter mon attention. Mais je suis complètement déconnectée de la réalité. Phenix était comme mon meilleur ami. Je viens de perdre mon meilleur ami…
-Je suis désolé Joy, mais tu sais, Phenix était vieux maintenant… On se doutait que cela finirait par arriver. Tente-t-il de me consoler alors que je sens les larmes me monter aux yeux.

-Je sais, mais au fond de moi, j’espérais qu’il tienne suffisamment longtemps pour découvrir notre nouvelle maison. Je ne me voyais pas partir sans lui. Lui avoué-je alors, la gorge nouée.
-Je me doute, Joy, je me doute. Mais le plus important est qu’il a eu une belle vie, tu lui as offert une belle vie. Ta mère l’avait trouvé dans un refuge, et grâce à vous, il a eu une maison et il a été aimé. Et puis, il avait du mal à marcher… Là où il est maintenant, il peut courir comme il l’entend.
-Je sais bien que tu as raison… Soupiré-je. On va faire quoi de son corps, Paul ?
-Je vais le mettre dans le garage pour le moment. J’irai l’enterrer dans le jardin quand il fera jour. Il ne connaîtra pas ta maison, mais il reposera en paix dans celle qu’il a toujours connu.
-Moui… Au final, c’est sans doute pas plus mal. Soufflé-je, l’esprit ailleurs, alors que Paul s’approche de Phenix pour le soulever et l’emmener hors de ma chambre. J’éclate cependant en sanglots dès l’instant où je me retrouve seule. Je me roule en boule dans mon lit, tandis que Maman vient me rejoindre pour me prendre dans ses bras.

Le lendemain, comme promis, Paul ne tarde pas à creuser un trou au fond du jardin suffisant grand et profond pour pouvoir y enterrer Phenix. J’ai mal au cœur quand je le vois installer la petite pierre tombale qu’il a acheté le matin même pour rendre un dernier hommage à notre chien.
C’est tellement dur de devoir lui dire au revoir… Mais j’essaie de me consoler en me disant qu’au moins, maintenant, il ne souffre plus de la vieillesse.
Adieu Phenix, repose en paix mon amour de toutou.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 14

Il y a quelques jours, Cédric m’a proposé que nous allions au restaurant un soir. J’étais un peu sceptique mais c’est vrai que cela fait un moment que nous ne sommes pas sortis tous les deux pour une soirée en amoureux. La majorité du temps, nous le passons chez lui pour être plus tranquille. Alors, pour lui faire plaisir, j’ai accepté. Cela avait l’air de lui tenir à cœur et il m’a fait un immense sourire quand j’ai dit oui. Mais, quand je lui ai demandé dans quel restaurant il voulait aller, il s’est contenté de me répondre que c’est une surprise.
J’ai attendu toute la semaine avant d’avoir enfin ma réponse. Lorsque nous partons, Cédric prend la route vers Windenburg, et nous arrivons rapidement devant le restaurant où nous nous sommes officiellement rencontrés. Je souris en découvrant la destination, émue par le souvenir de cette soirée. Sarah m’a obligée à venir mais j’ai rencontré l’amour de ma vie. Un mal pour un bien, au final.

Le serveur nous installe sur une table de la terrasse du restaurant, située au plus près de la piscine. L’air est doux et il n’y a pas grand monde ce soir au restaurant, rendant l’ambiance calme et paisible. La soirée s’annonce parfaite et je suis ravie que Cédric ait demandé à sortir dîner dehors.
Mais au fur et à mesure du repas, et alors que la soirée est agréable, je sens que Cédric n’est pas comme d’habitude. Il semble nerveux et, par moment, il se perd dans ses pensées.
-Tout va bien ? Lui demandé-je alors que nous attendons nos desserts.
-Evidemment Chaton, pourquoi cette question ? Me répond-t-il alors, étonné par mon inquiétude.
-Je ne sais pas, tu n’es pas comme d’habitude et tu as l’air ailleurs.

-C’est parce que je repense à la soirée où nous nous sommes rencontrés. Me confie-t-il en me lançant un regard plein d’amour, tandis que le serveur nous apporte nos desserts. Notamment quand j’ai vu apparaître la jolie fille de la bibliothèque qui m’a parlé de chaton alors qu’elle lisait un livre de science-fiction.
-Ce détail-là, tu n’es pas obligé de t’en souvenir. Lui signalé-je, ce qui le fait aussitôt rire. Et je pense que tu enjolives un peu la situation. Tu as surtout du te dire que tu n’avais pas de chance de retomber sur la barge à qui tu as eu le malheur de parler.
-Pas du tout, je me suis estimé chanceux de te recroiser par hasard. Réfute-t-il aussitôt mes propos. A ton avis, pourquoi je suis venu te parler à la bibliothèque ?
-Parce que le livre que je lisais t’intéressait ?
-Non, parce que je te trouvais jolie. M’avoue-t-il en me prenant la main. Le livre, ce n’était qu’un prétexte pour t’aborder. J’avais remarqué que tu me regardais souvent, alors j’ai tenté.
-Tu l’avais vu ? Mais … Depuis quand ? Lui dis-je en pâlissant à vue d’œil. Je ne l’avais jamais réalisé et je me sens d’autant plus honteuse.
-Depuis le début. Tu n’as jamais été discrète Chaton ! Me répond-t-il en riant alors que je me réconforte de ma bêtise avec mon tiramisu.

Nous prenons notre dessert tranquillement et une fois notre repas terminé, nous nous levons de table pour nous balader tranquillement dans le jardin du restaurant et autour de la piscine. Nous nous asseyons un moment sur l’un des canapés à côté de la piscine pour profiter du décor absolument magnifique. Le ciel est dégagé et nous pouvons admirer les étoiles sans le moindre problème. Je me blottis contre Cédric, apaisée par cette ambiance paisible et romantique.
Quand nous nous levons pour partir, Cédric m’arrête pour me prendre dans ses bras. Son visage s’approche du mien et il s’empare de mes lèvres pour m’offrir un tendre baiser. Mon cœur tambourine dans ma poitrine et j’ai l’impression d’être sur un nuage. Au final, peu importe que j’ai eu la honte de ma vie lors de notre rencontre. C’est grâce à elle qu’il fait partie de ma vie aujourd’hui.

-Je t’aime, Chaton. Me souffle-t-il en libérant mes lèvres, alors que je lui réponds que je l’aime aussi. Tu sais, parfois je me demande si … Si ce n’était pas le destin. On se croise à la bibliothèque, et le hasard nous a réuni ici, coincés l’un et l’autre dans un dîner auquel aucun de nous deux n’avait envie d’aller. Et si… Et si nous étions destinés à nous rencontrer, et à tomber amoureux de l’autre ?
-C’est peut-être le cas. Confirmé-je d’une voix douce, bien qu’intriguée par ses soudain questionnements philosophiques. Ou peut-être c’était simplement le hasard qui a bien fait les choses. Nous ne le saurons jamais et c’est ce qui fait aussi la beauté d’une rencontre.
-Tu as sans doute raison.
-Cédric, pourquoi tu te poses toutes ces questions tout d’un coup ? Lui demandé-je, troublée par ses mots et par son regard.

Cédric ne me donne aucune réponse. Il se contente de me sourire avec tendresse. Il m’embrasse une nouvelle fois, tout doucement. Je suis chamboulée par son attitude mais je savoure chacun de ses élans d’amour.
Puis, sans que je m’y attende, il se baisse et pose un genou à terre. Il me regarde toujours avec autant d’amour et cherche quelque chose dans la poche de son jean sans me quitter des yeux.
Quant à moi, je sens que mon cœur bat à vive allure.

-Cédric ?! Mais qu’est-ce que tu fais ?!

Pour toute réponse, Cédric sort une bague de sa poche et la présente devant moi. J’en ai le souffle coupé et j’ai du mal à saisir ce qui est en train de se passer. Il affiche un air confiant, mais je devine qu’il est nerveux à son sourire légèrement crispé. Est-il vraiment en train de faire ce que je crois qu’il est en train de faire ?
Il faut que je pense à respirer. Ce serait bête de tomber dans les pommes.

-Joy, Chaton… J’ignore si c’est le destin qui nous a réuni, ou si c’est simplement le hasard qui a bien fait les choses … Commence-t-il à se déclarer, alors que je suis figée sur place, incapable de réagir. Dans tous les cas, je serai à jamais reconnaissant que nos routes se soient croisées pour, je l’espère, ne jamais se séparer. Je suis heureux que tu sois dans ma vie et de partager la tienne. Je suis persuadé que ce sera le cas jusqu’à la fin de nos jours. Sinon, pour quelles raisons nous nous serions retrouvés dans le même restaurant, le soir du Nouvel An ?

-Alors Joy, je te le demande avec tout l’amour du monde, acceptes-tu de faire de moi l’homme le plus heureux de la Terre et de m’épouser ?
J’ai du mal à réaliser ce qui est en train de se passer. Cédric est vraiment en train de faire sa demande ? Bien sûr que oui… Après cette magnifique déclaration d’amour, il n’y a pas le moindre doute.
Mon cœur bat à 1000 à l’heure, je ne m’attendais absolument pas à ce qu’il me demande de l’épouser ce soir. Certes, il m’a déjà demandé si j’étais pour ou contre le mariage, au détour d’une conversation sur ma mère et Paul. Mais j’ignorais que c’était un moyen détourné de tâter le terrain. D’ailleurs, c’était lui ou moi qui avaient abordé le sujet ?

Je chasse cette pensée de mon esprit lorsque je commence à fixer la bague qu’il tient toujours entre ses doigts. Elle est absolument magnifique et semble refléter l’éclat de la Lune. Elle est absolument parfaite. Cédric l’a bien choisi.
Puis, mon regard se pose de nouveau sur son visage. Il attend ma réponse, le regard plein d’amour et d’espoir. Alors que mon souffle semble me revenir, la réponse à sa question est évidente.
-Oui, Cédric. Oui, je veux t’épouser ! Oui, oui et mille fois oui !

Le regard de Cédric s’illumine instantanément de bonheur. Il se relève, puis prend doucement ma main pour glisser la bague à mon doigt avec délicatesse. L’émotion me gagne et je fais tous les efforts du monde pour ne pas me mettre à pleurer. Cédric prend mes mains dans les siennes. Je me penche vers lui pour l’embrasser. Le monde qui nous entoure n’existe plus. J’oublie totalement où nous sommes et mon esprit est totalement focalisé sur lui… Mon fiancé, mon futur mari, l’homme de ma vie.

Cédric me serre dans mes bras, puis me penche soudain sur le côté pour un baiser des plus romantiques et passionnels. Je m’accroche à lui par réflexe, même si je sais qu’il ne me laissera jamais tomber. Je l’embrasse à perdre haleine, jusqu’à perdre la tête.
Ce soir, c’est le plus beau de ma vie. Le plus romantique et émouvant aussi. Cette soirée restera à jamais gravée dans ma mémoire ainsi que ce long baiser sous les étoiles. Cédric libère mes lèvres et je lis tout l’amour qu’il éprouve pour moi dans son regard.
-Je t’aime, Joy, tu n’imagines pas à quel point.
-Oh si, j’imagine. Parce que je t’aime encore plus.
Ce soir, assurément, l’amour brille sous les étoiles…

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 13

Il s’est passé un an et demi depuis l’anniversaire de Maman. J’ai du mal à réaliser parfois. J’ai l’impression que c’était il y a une éternité alors qu’une année et demi, ce n’est pas grand chose à l’échelle d’une vie.
Je n’ai pas évolué professionnellement durant ce temps-là mais il n’y a rien d’anormal à cela : j’ai encore beaucoup à apprendre avant de pouvoir obtenir une promotion et je découvre de nouvelles choses tous les jours. C’est vraiment chouette et je ne m’ennuie jamais au travail.
Je file toujours le parfait amour avec Cédric. Nous deux, c’est une évidence. Officiellement, je vis toujours chez ma mère mais je passe énormément de temps chez lui.

En effet, il m’arrive souvent de rester dormir chez lui. A force, il a même fait un double des clés de la maison pour que je puisse aller et venir à ma guise, sans être obligée de partir lorsque lui et son frère doivent partir au travail. Par moment, il est prévu que je reste, d’autres fois non. Dans le doute, j’ai quelques affaires qui traînent dans son placard pour que je puisse me changer.
Nous avons trouvé notre rythme tous les deux, et nous ne passons quasiment plus une journée sans nous voir désormais.
D’ailleurs, on ne cesse de nous taquiner en affirmant que je ferai mieux d’emménager directement chez lui. Même Maman, d’ailleurs, ne comprend pas pourquoi je n’ai toujours pas quitter le domicile familial pour vivre avec mon amoureux, vu le temps que je passe déjà chez lui.

Nous en rions, avec Cédric. Nous nous amusons même à laisser planer le mystère, bien que la réponse est évidente à nos yeux.
Evidemment, que nous voulons vivre ensemble avec Cédric. Evidemment, que nous en avons déjà parlé. Comme tous les couples, nous avons nos projets et nous en discutons régulièrement.
Mais ce que nous voulons, avec Cédric, c’est une vie à deux. Or, chez Cédric, il y a aussi son frère, qui lui aussi vit toujours dans la maison malgré son couple avec Sarah. De ce fait, si nous voulons vivre que tous les deux, il faut que l’un des deux frères quittent la maison pour trouver un autre logement.

Nous avons examiné toutes les options, mais il était évident que Cédric ne demanderait jamais à Celian de quitter la maison. De toute manière, l’évidence nous a rapidement frappé : le jardin de cette maison est trop petit pour accueillir ma fusée en toute sécurité et il est hors de question que je m’en sépare. Il faut donc que nous trouvions notre propre maison.
J’ai tout de même voulu m’assurer que Cédric ne faisait pas un choix par dépit et qu’il ne quitte pas cette maison juste à cause de ma fusée. Il m’a rassuré toute suite : lui-même ne se voyait pas vivre éternellement ici. Il voudrait une maison plus grande, capable de pouvoir accueillir une famille sans le moindre problème. Mon cœur a fait un bon dans ma poitrine et ma tête a fait beaucoup rire Cédric.

Nous avons discuté longuement de nos envies, de la façon dont nous voyons l’avenir. Pour être certains d’être sur la même longueur d’ondes. Cette discussion aurait pu être stressante, mais je ne me suis jamais sentie aussi détendue. Parler de mon avenir avec Cédric, de notre future vie à tous les deux, de la famille que nous voulons créer, cela m’a rendue euphorique.
Nous sommes un jeune couple heureux, le cœur en fête et des projets plein la tête. J’ai tellement hâte que tout puisse se concrétiser !
J’ai vu une annonce sur internet, pour une maison. M’annonce Cédric, un jour. Elle a 3 chambres, une grande cuisine et un grand séjour, ainsi qu’un grand jardin avec un établi. Elle a l’air top pour ce que j’ai vu sur les photos.
-Faut que tu me montres ! Elle est située où ?
-A Oasis Springs. Ca t’éloigne de Brindleton Bay par contre … Semble-t-il hésiter, lui qui avait pour idée première de trouver une maison à mi-chemin entre Oasis Springs et Brindleton Bay.
-Cela ne fait rien. Le rassuré-je avec un sourire. Je déteste le froid et j’ai toujours rêvé de vivre dans un endroit où il fait chaud ! Montre-moi les photos ! M’exclamé-je, excitée comme une puce.

Maman se réjouit de me voir aussi heureuse avec Cédric. Pour elle, il fait maintenant partie de la famille et c’est régulier qu’elle lui propose de venir manger à la maison. Chose incroyable : malgré son relatif jeune âge, elle commence à nous dire qu’elle voudrait être grand-mère. Loin de trouver ses allusions lourdes, cela nous amuse plus. Je dirai même que je me montre compréhensive… Ma naissance a été difficile et elle n’a pas pu s’occuper de moi lorsque j’étais petite. Et malheureusement, elle n’a pas eu de seconde chance. Devenir grand-mère serait pour elle d’avoir l’occasion de se rattraper. Mais elle n’aura pas d’autres choix que de se montrer patiente puisqu’il est hors de question de mettre un bébé en route tant que nous n’avons pas trouvé de maison.
Par ailleurs, Maman est toujours aussi heureuse avec Paul. Elle a même pris sa retraite pour passer davantage de temps avec lui. Cela m’a surprise car je sais que Maman était passionnée par son travail. Mais elle a dorénavant envie d’une vie plus tranquille, plus posée. Et même si elle a repris les colorations, n’aimant pas ses cheveux gris qui la vieillissent d’au moins 10 ans selon elle, elle ne se teint plus les cheveux en rouge. Elle avait envie de retrouver sa couleur naturelle.
En tout cas, je crois que je ne les ai jamais vu aussi amoureux que depuis qu’elle ne travaille plus. Parfois, je m’étonne qu’ils n’aient pas décidé de se marier, depuis le temps. Ils n’en parlent jamais, du moins pas devant moi, mais au vu de l’air rêveur de Paul devant des émissions de mariage et le désintérêt de Maman pour cette institution, je pense que c’est elle qui ne doit pas être pour.
Enfin, ils font bien ce qu’ils veulent. Du moment qu’ils sont heureux…

Malheureusement, il n’y a pas eu que de bonnes nouvelles, durant cette année et demi. Tata Roxane nous a quitté, des suites d’une maladie. Tout s’est passé très vite, elle est décédée trois mois après le diagnostic.
Maman était effondrée. Perdre sa grande sœur était difficile pour elle, d’autant plus que sa mort a remonté de vieux souvenirs. Leur enfance n’a pas été rose et elles ne se sont pas parlées pendant des années. Maman n’a jamais été aussi proche de Tata Roxane que de Tonton Ryan, mais elle l’aimait profondément. Je crois qu’elle regrette aussi qu’elles aient passé autant de temps à se faire la tête. Aujourd’hui, elle n’est plus là et Maman ne pourra plus jamais profiter de sa présence.
Tonton Ryan est passé plusieurs fois à la maison. A chaque fois, il avait l’air épuisé. Cela ne doit pas être simple pour lui non plus. Il a perdu sa jumelle, après tout. Mais lui et Maman se sont serrés les coudes, et ils se sont soutenus du mieux qu’ils pouvaient dans cette épreuve.

Quelques jours après le décès de Tata, j’ai surpris Maman très énervée alors que je rentrais du travail. Elle venait de regarder un reportage qui rendait hommage à la carrière de sa sœur, Tata étant la violoniste la plus talentueuse de notre époque. Comme elle n’était pas mariée, et qu’elle n’avait pas eu d’enfant, les journalistes l’ont décrite comme une femme qui ne pensait qu’à sa carrière. Comme s’il était obligatoire de se marier et d’avoir des enfants.
Maman était révoltée face à cette description réductrice et erronée. Certes, Tata n’a jamais été réellement en couple avec qui que ce soit, et n’a donc jamais eu d’enfants. Non pas uniquement parce qu’elle a consacré sa vie à sa carrière, mais parce que le véritable amour de sa vie, c’était son violon. Son talent, c’était sa passion. Certes, elle a fait de sa passion son métier, mais ça allait bien au delà d’un simple gagne-pain. Elle se fichait de la gloire et de l’argent. Tout ce qui comptait pour elle, c’était de pouvoir jouer du violon aussi souvent qu’elle le souhaitait, et de faire profiter de son don quiconque voudrait bien l’écouter. Cela peut-être difficile à comprendre, mais Tata était ainsi.
J’ai essayé de calmer Maman, de l’empêcher d’appeler la chaîne de télévision pour leur part de sa façon de penser, même si je comprenais qu’elle soit en colère. Mais les appeler pour les traiter de différents noms d’oiseaux ne changeraient rien. Tata était peut-être célèbre et talentueuse dans son domaine, elle n’était pas non plus une grande chanteuse ou une grande actrice très connue du grand public. Jamais ils ne referont le reportage et jamais ils ne perdront leur temps à faire un démenti.
Puis, au final, peu importe ce que pensent les gens. Ils l’auront vite oubliée. Nous, nous savons qui était réellement Tata. Nous sommes sa famille et nous ne l’oublierons pas, ni elle, ni son art. Et c’est le plus important.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 12

Je vis un véritable conte de fée auprès de Cédric. Le lendemain de notre première nuit, il se montre adorable avec moi. Il a réussi à se lever sans faire de bruit, pour ensuite revenir avec un plateau rempli de bonnes choses pour le petit-déjeuner. Une belle surprise dès le matin. Cela me touche bien sûr, et je m’estime chanceuse de l’avoir rencontrée. Vu le nombre de débiles que j’ai pu croiser, j’ai tendance à penser que Cédric est une perle rare.

Mais, alors que j’avais prévu de rester le week-end entier chez lui, Maman m’appelle. Phenix ne va pas bien et elle me prévient qu’elle l’emmène directement chez le vétérinaire. C’est vrai qu’il boitait depuis quelques jours… Je suis nerveuse, j’ai peur pour mon chien et Cédric me dépose aussitôt à la clinique de Brindleton Bay, comprenant que je voudrais rester auprès de mon chien le reste du week-end. Ne voyant pas ma mère dans la salle d’attente, je me renseigne auprès de l’accueil qui m’informe qu’elle et Phenix sont déjà en salle d’auscultation et que je peux les rejoindre. Lorsque j’entre dans la salle, j’ai les mains moites. J’ai peur de ce que va m’annoncer la vétérinaire…
-Ne vous inquiétez pas, nous rassure-t-elle alors quelques minutes plus tard, Phenix va bien. Il a juste une petite blessure à la patte et un coup de fatigue. J’ai désinfecté la plaie et fait une injection pour éviter une infection. Un peu de repos ça ira mieux. C’est juste un vieux toutou un peu sensible.
-Merci beaucoup… Lui répond alors Maman alors que je ne cache pas mon soulagement.
-Cependant, je me dois de vous avertir que Phenix semble présenter un peu d’arthrose. Ce qui est normal vu son âge mais veillez à le ménager pour ne pas abîmer ses articulations et à faire de courtes promenades.
Mon cœur se serre en entendant les recommandations du vétérinaire. J’ai du mal à réaliser que mon chien vieillit. Il a toujours l’air un peu mollasson, mais il a toujours été plein de vie. J’ai l’impression qu’il n’était qu’un bébé, hier encore.

D’ailleurs, Phenix n’est pas le seul à vieillir. Quelques temps plus tard, c’est l’anniversaire de Maman. Elle entre dans le 3e âge et abordera également les rides et les cheveux blancs. Je sais qu’elle a toujours assumé son âge, mais je remarque aussi qu’elle fait la grimace à l’évocation des marqueurs physiques de la vieillesse.
Pour l’occasion, Paul se met aux fourneaux. D’habitude, c’est Maman qui cuisine mais il a souhaité lui faire plaisir en préparant son gâteau d’anniversaire. Une chose est sûre, c’est qu’il nous a caché ses talents de pâtissier : son gâteau est magnifique et s’il est aussi bon que beau, nous allons nous régaler !

Très vite, Tonton et Tata Roxane arrivent à la maison. Tata Juliette n’est pas là, par contre. Elle est clouée au lit avec une grosse bronchite. Je crois que Sarah m’en a parlé il n’y a pas longtemps, disant que les « vieux poumons de sa mère n’ont pas supporté les variations de température ». La pauvre, si elle l’entendait !
-Tu te rends compte qu’elle va, enfin, rejoindre le clan des cheveux gris ? S’exclame Tonton en direction de Tata, toujours avec son habituel ton blagueur.
-C’est pas trop tôt ! On aura l’air moins vieux quand on se tiendra à côté d’elle. Renchérit Roxane avec un fin sourire taquin.
-Non mais je vous retiens vous deux ! Vous devriez compatir, au contraire !
-Ah ah ! La compassion, c’est réserver aux jeunes qui flippent du jour où ils seront comme nous ! Réplique sans attendre Tonton avec bonne humeur.

La sonnette retentit et Maman va ouvrir pour accueillir Papa. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il est présent pour son anniversaire, une première depuis qu’elle a rompu avec lui. Il a toujours été normal qu’il soit là pour les miens mais j’ai toujours cru que cela lui ferait trop étrange de venir à un anniversaire de Maman.
Mais je ne vais pas me plaindre, cela me fait plaisir de voir mon père, ainsi que Kalpita. Quand Maman m’en a parlé, elle m’a expliqué qu’ils étaient dans le coin au même moment pour des vacances. Ils font partie de la famille donc autant qu’ils viennent profiter de la fête. Enfin, ceci est la version officielle.
Officieusement, je pense plutôt que Papa fait son curieux.

En effet, j’ai décidé de profiter de l’occasion pour présenter Cédric à Maman et à Paul, sans me douter que mon père serait présent également. J’avais prévenu Papa d’ailleurs, puisque je souhaitais organiser une session Skype pour qu’il puisse faire la connaissance de l’homme qui partage ma vie. Mais quelque chose me dit qu’il a trouvé un tout autre moyen pour le rencontrer. Je ne vais pas me plaindre, je trouve ça plutôt drôle et son manège a également amusé Cédric.
La sonnette se fait entendre une nouvelle fois, et cette fois-ci, je me précipite à l’extérieur. Tout le monde est arrivé, et il ne manquait plus que lui. Je suis heureuse qu’il soit là, bien que je sois un peu nerveuse à l’idée de le présenter à ma famille.
-Je suis contente que tu sois là ! M’exclamé-je en me jetant dans ses bras. Pas trop stressé de rencontrer ma famille ?

-Je suis ravi aussi. Pour être honnête, ça va. Il n’y a pas de raison que cela se passe mal. Par contre toi, tu n’as pas l’air aussi confiante. Remarque-t-il alors sans problème.
-Oh si si, je le suis ! Assuré-je, bien que je n’ai pas l’impression d’être convaincante si j’en juge par l’expression sceptique de Cédric. Je sais qu’ils vont t’adorer. Ma mère ne te connait pas encore, mais elle passe son temps à me demander comment tu vas… C’est juste que… Que je n’ai pas pour habitude de leur présenter qui que ce soit…
-Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer, Chaton. Me rassure avec tendresse Cédric avant de me déposer un baiser sur le front. Dis-moi, c’est qui qui est en train de nous espionner par la fenêtre ? Me demande-t-il sur un ton amusé, tout en désignant la fameuse fenêtre.
-Oh, c’est mon oncle ! Le père de Sarah ! Ah, et la deuxième tête qui vient d’apparaître, c’est Paul, mon beau-père. Ajouté-je, ne manquant pas de faire rire Cédric. Ca doit être le signe qu’ils s’impatientent à l’intérieur.
-Je crois aussi.

Sans plus attendre, nous entrons donc à l’intérieur de la maison. Tonton et Paul se donnent un air innocent, comme s’ils n’avaient rien fait. Si nous ne les avions pas remarqué, il aurait été facile de deviner qu’ils se sont amusés à espionner.
Cédric, un peu intimidé par la situation, dit bonjour à tout le monde. Il termine par ma mère, devant l’air interloqué de Phenix.
-Enchantée Cédric ! Enfin on se rencontre ! S’exclame Maman avec enthousiasme. Joy m’a beaucoup parlé de toi ! … En bien je te rassure. Ca ne te dérange pas que je te tutoie ?
-Enchantée Madame. Il n’y a pas soucis.
-Madame ? Me vieillit pas trop vite, je n’ai pas soufflé mes bougies encore ! Plaisante-t-elle ensuite. Appelle moi Rosae, ça ira très bien !

-Par contre, moi, ça sera bien Monsieur Arendel. Précise mon père en se levant sa chaise. J’hausse un sourcil incrédule. Depuis quand il se la joue père protecteur ?
-Sven ! T’es pas sérieux ? Le gronde aussitôt Maman, bien que son sourire en coin indique qu’elle ne le prend pas du tout au sérieux. Le pauvre, tu vas nous le mettre mal à l’aise !
-Je plaisante bien sûr, c’était pour voir comment il allait réagir ! Se défend mon père alors que je vois bien que Cédric se retient de rire.
-Prend moi pour une bille, je te dirai rien ! Kalpita, tu le crois, toi ?
-Ce que je crois surtout, c’est que ça fait une semaine qu’il tourne en rond comme un lion en cage, attendant de pouvoir juger de lui-même si le copain de sa fille est un homme bien. Ajoute Kalpita en se retenant de rire.
-Non mais ça suffit, vous allez me faire passer pour quoi ?

-Le pauvre, il va croire qu’il a atterri chez les fous. Commente ma tante alors que nous sommes toutes les deux assises sur les canapés du salon, simples spectatrices de la scène qui se jouent devant nous.
-Oh tu sais, quand il est avec son frère, j’ai le droit au même type de scène. Lui précisé-je alors, faussement blasée. Ce genre de chamailleries, c’est son quotidien !
-Ah bah, comme ça, il n’aura pas de problème pour s’intégrer chez les Opaline ! Entre fous, on se comprend !
-Hey ! On n’est pas fous ! Se défend alors Maman. Et on n’est pas sourd non plus !
-Qu’est-ce que tu dis ? J’ai pas bien entendu ! Fait mine de mal entendre Tata Roxane alors je me pince les lèvres pour m’empêcher de rire.

Rosae

Trève de plaisanterie. Tout le monde est là à présent, nous pouvons sortir le gâteau. Paul le sort sans attendre du frigo pour le poser sur la table et y installer les bougies. Il les allume alors que je le regarde faire, comme hypnotisée par ses gestes.
Son gâteau est magnifique. Je le scrute tout entier, avec chacune des bougies allumées. Je réalise enfin que je vais entrer dans la dernière phase de ma vie. La dernière ligne droite avant la fin. C’est une drôle de sensation, quand on y pense. Même si je n’ai pas trop de mal à l’accepter, j’ai du mal à réaliser que la majeure partie de ma vie est maintenant derrière moi.

J’hésite un instant, les yeux rivés sur le gâteau. Je n’ai jamais eu de réel problème avec mon âge. Il est que le symbole de mon expérience et de mon évolution. J’étais paumée quand j’étais jeune et je n’ai aucune envie de retrouver cet état. Je vieillis, mais je suis fière du chemin parcouru. Je ne regrette absolument rien. Chacun de mes choix m’ont conduit jusqu’ici. Grâce à eux, j’ai eu ma fille, la prunelle de mes yeux et ma plus grande fierté. Ma route a pu aussi recroiser celle de Paul, pour ensuite poursuivre mon existence sur le même chemin que lui.
Je suis heureuse aujourd’hui, alors qu’est-ce qui pourrait me faire douter ?
Sans attendre davantage, je prends une grande inspiration et je souffle mes bougies.

Les conséquences ne se font pas attendre. Au revoir les cheveux rouges, bonjour la grisaille. Et coucou mes nouvelles amies les rides et les articulations douloureuses.
Je grimace et je soupire. On est si peu de chose face aux effets du temps. Je ne peux plus revenir en arrière maintenant et je peux officiellement dire que ma jeunesse est derrière moi. Je peux toujours reteindre mes cheveux, mais ce n’est pas cela qui me rendra ma jeunesse.
Et puis, à quoi bon. Ce n’est pas cela qui m’empêchera de profiter de la vie, même si tous mes rêves et tous mes projets sont derrière moi aujourd’hui.

Après que j’ai soufflé les bougies, tout le monde se sert une part de gâteau. Ceux qui peuvent s’installer à table, les deux restent debout et nous entoure. Je réalise que la plupart des personnes présentes ont des cheveux gris ou sur le point d’en avoir. Seuls Cédric et Joy n’ont pas à s’en soucier dans l’immédiat, les deux représentants de la nouvelle génération.
Mais je n’ai pas envie de penser à ça. Ils sont jeunes, la vie devant eux, qu’ils en profitent !
Quant à moi, je savoure ce moment avec ma famille. Mes neveux et ma nièce ne sont, certes, pas présents, mais eux aussi ils sont jeunes. Ce n’est pas ça qui m’empêchera de les aimer, ni ne m’empêchera de profiter de cette après-midi avec ceux qui sont présents. Grâce à eux, j’ai un bel anniversaire.

Petit à petit, les assiettes se vident et tout le monde félicite Paul pour son gâteau délicieux. Moi-même, je suis surprise par ses talents de pâtissier. Je savais qu’il se débrouille bien en cuisine puisqu’il m’a toujours aidé sans problème, mais je n’imaginais pas à ce point-là. Même après plusieurs années de vies communes, il continue de m’étonner.
Alors que je vais commencer à débarrasser la table pour mettre les assiettes vides dans le lave-vaisselle, Paul me prend par le bras pour m’attirer contre lui. Il pose ses lèvres sur les miennes, manière toute personnelle de me souhaiter un bon anniversaire.

Je suis si bien, auprès de lui. A ses côtés, je n’ai pas l’impression d’être vieille. Comment le pourrai-je ? Dans son regard, je ne lis que tout l’amour qu’il éprouve pour moi. Il est une des raisons pour lesquelles je n’ai pas eu peur de vieillir.
Je sais que je finirai mes jours avec lui. Peu importe ce qu’il adviendra, je sais que je pourrai toujours compter sur lui pour me soutenir. Je peux dire sans me tromper qu’il est l’homme de ma vie.
Par moment, je ne peux m’empêcher de repenser à cette conversation que l’on a eu, il y a longtemps, sur le mariage. Je sais qu’il a envie de se marier avec moi. Il ne m’en a jamais reparlé, mais c’est inutile. Je le sais déjà, au fond de moi. Quand j’y pense, je ne peux m’empêcher de culpabiliser à l’idée de le priver d’un mariage. Mais je n’ai pas cette envie de me marier et, aujourd’hui plus encore, je n’en vois pas l’intérêt. L’important est que nous soyons tous les deux, ensemble, et que nous soyons heureux. Un mariage, ce n’est que deux signatures sur un bout de papier, et beaucoup trop de conventions à respecter.

Du coin de l’œil, je vois Joy sortir avec Cédric dans le jardin. La connaissant, elle doit vouloir lui montrer sa fusée. Elle est fière de son engin et comme c’est la première fois qu’il met les pieds ici, c’est forcément un passage obligé.
De loin, j’arrive à entendre leur conversation, et mon instinct ne m’a pas trompé.
-Tadam ! Voilà mon chef d’oeuvre ! S’exclame Joy avec fierté, alors que Cédric se met à siffler.
-Eh beh ! J’imaginais pas ça si grand ! Ca a du t’en demander du temps à monter tout ça ! Semble-t-il impressionné. Au moins, il parait être intéressé. Il vaut mieux, s’il veut réussir à la suivre au quotidien. Je la connais bien ma fille, elle n’a que le mot « fusée » à la bouche.
Quoique. Depuis qu’elle m’a parlé de son copain, « Cédric » est venu s’ajouter à son vocabulaire quotidien.

-Et pas qu’un peu ! Confirme-t-elle avec enthousiasme. Et encore, j’ai pas fini ! J’ai encore quelques améliorations à faire dessus pour pouvoir voler avec sans faire flipper tout le monde. Ajoute-t-elle en riant. Parce qu’en état, elle est capable de voler et d’aller dans l’espace ! Mais j’ai déjà promis à mes parents d’être prudente et d’attendre qu’elle soit à 100% sécurité et stable avant d’aller me balader avec. Même si ça me frustre de ne pas pouvoir voir ce qu’elle a dans le ventre !
-Tu ne peux pas leur en vouloir pour ça, ils veulent que tu restes en un seul morceau. Se montre compréhensif Cédric. Et d’ailleurs, je ne peux que confirmer : je veux garder mon Chaton à mes côtés pendant longtemps, très longtemps encore !
-Moh t’es adorable ! Mais t’inquiète pas, je serai prudente ! En est attendrie Joy avant le prendre dans ses bras pour lui embrasser la joue. Tu veux que je te montre l’intérieur ? Tu verras c’est trop cool !
-Je te suis !

Je ne les entends plus pendant un moment, mais je suppose que Joy est en train de lui présenter sa fusée de long, en large et en travers. Le pauvre, il va partir d’ici avec un mal de tête.
Enfin, cela fait un moment qu’ils sont ensemble tous les deux si j’ai bien compris. Il m’a tout l’air intelligent, il doit savoir à quoi s’en tenir.
Je suis en train de ranger et finit par sortir sur la terrasse pour récupérer une assiette abandonnée sur la table de jardin. Là, je les remarque, tous les deux, en train de s’embrasser à l’abri des regards.
Ils sont mignons et je ne peux que me réjouir pour ma fille. Cédric semble être un homme bien, qui m’a fait bonne impression. Et je vois bien que ma fille est heureuse et c’est l’essentiel.
Et là, je réalise mon petit doute d’avant souffler les bougies. Vieillir signifie aussi qu’un jour, je partirai, en laissant ma fille seule derrière moi. Quand ma mère est décédée, j’avais encore mon père et j’ai retrouvé mon frère. Si bien que j’ai pu compter sur lui quand mon père a rejoint ma mère. Mais Joy… Joy est fille unique et elle n’est pas spécialement proche de ses cousins. J’avoue avoir peur pour elle, le jour où je ne serai plus là.
Mais lorsque je les vois tous les deux, aussi proches et aussi amoureux, quelque part, je suis rassurée. Ma fille a quelqu’un sur qui compter pour partager sa vie.
Je me sens plus légère, en cet instant. Je peux profiter de l’ultime étape de ma vie sans crainte. Tant que Joy est heureuse et qu’elle n’est pas seule, je sais que le jour où mon heure sera venue, je pourrai partir tranquille.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 11

C’est bientôt le Jour de l’Amour. Je peux l’affirmer sans problème et sans même regarder un calendrier. Il suffit que j’observe ma mère et Paul. Depuis quelques jours, ils semblent plus amoureux que jamais et parlent de leur prochaine soirée ensemble avec des regards énamourés. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas l’air de s’aimer le reste du temps, juste qu’ils sont plus pudiques habituellement quand je suis à la maison.
Ce qui n’est absolument pas le cas en ce moment.

Non pas que cela me dérange de les voir roucouler, cela me fait plaisir de voir Maman heureuse. Cela fait plusieurs années que leur histoire dure, et que Paul vit ici, et ils semblent toujours s’aimer autant. Tant mieux, ils méritent d’être heureux. Et moi, ça me rassure : je sais que Maman aura toujours quelqu’un sur qui compter au quotidien, même quand j’aurais quitté la maison. Je ne sais pas s’ils comptent se marier un jour, tous les deux, mais ils n’ont pas l’air d’en avoir besoin et de bien vivre leur situation de concubin.
Au final, l’important, c’est qu’ils soient heureux ensemble.

Quant à moi, je ne peux qu’être heureuse en ce moment. Et pas seulement parce que j’ai un petit-ami adorable… Mais aussi parce que j’ai terminé ma formation et que j’ai pu obtenir la promotion que je convoitais le plus !
En effet, je deviens Astronaute Junior ! Je peux enfin me vêtir de la combinaison spatiale, travailler sur une fusée et très bientôt, voyager dans l’espace ! J’ai travaillé dur et je n’ai jamais été aussi proche de partir découvrir l’univers au delà de notre atmosphère ! D’autant plus que, grâce à ma formation et à mon expérience sur le terrain, je vais pouvoir utiliser sans risque ma propre fusée et voyager quand bon me semble ! C’est vraiment formidable et je n’ai jamais été aussi ravie d’aller au travail !
Bien sûr, je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin dans l’avancement de ma carrière. Mais c’est déjà un immense pas vers la réalisation de mon rêve et c’est tout bonnement impossible pour moi ne pas m’en réjouir !

Ainsi, lorsque le Jour de l’Amour arrive enfin, nous avons donc une deuxième chose à fêter avec Cédric. Notre amour… et ma promotion. Il a été ravi pour moi quand je lui ai annoncé la bonne nouvelle. J’ai même décelé une pointe de fierté dans sa voix, heureux de voir sa petite-amie réussir dans la vie.
Nous fêtons le Jour de l’Amour chez lui et pour l’occasion, j’ai accepté de passer la nuit chez lui, et il n’est pas exclu que je reste le reste du week-end. En effet, Celian a décidé d’offrir un week-end en amoureux à Granit Falls à Sarah. Nous avons donc la maison pour nous durant leur escapade.
Je suis un peu nerveuse à cette idée, mais je me réjouie davantage de ne pas devoir le quitter ce soir. C’est difficile à chaque fois et là, je suis heureuse à l’idée de passer un week-end entier à ses côtés.
Lorsque j’arrive chez Cédric, il est en train d’affairer en cuisine. Il m’accueille avec un grand sourire et je le rejoins. J’essaie de l’aider du mieux que je peux, mais je suis loin d’être douée en cuisine. L’inconvénient de vivre toujours chez ma mère, c’est que je n’ai jamais été obligée de m’intéresser à la cuisine. Mes talents de cuisinière se limite à la préparation d’une salade et à faire cuire des pâtes.

Cédric, au contraire, se révèle être un véritable cordon-bleu. Il fait attention au moindre détail et semble aimer faire la cuisine. Au final, j’ai plus l’impression d’être un boulet qui l’embête qu’une véritable aide. Il m’assure du contraire, mais j’ai bien du mal à le croire. Alors, je finis par m’asseoir derrière le comptoir et je le regarde cuisiner. Il est beau ainsi, aussi concentré, aussi passionné…
Une fois à table, le repas se révèle délicieux. Je le félicite et nous discutons ensuite de tout et de rien. Enfin, pour être honnête, nous parlons surtout de ma toute récente promotion. Je suis tellement heureuse que j’ai du mal à m’arrêter !
-Ca va être tellement génial, j’ai hâte ! Bon, en tant qu’astronaute junior, je ne fais que vérifier que tout va bien et obéir aux ordres des astronautes, mais je serai tout de même amenée à monter dans la fusée et participer aux études spatiales ! J’ai tellement hâte, je vais voyager dans l’espace, tu te rends compte ?
-C’est formidable, Chaton ! Depuis le temps que tu rêves d’aller dans l’espace !
-Mais oui ! En plus, avec les compétences que je vais acquérir, je vais pouvoir améliorer encore plus ma propre fusée et aller dans l’espace quand j’en ai envie ! Tu imagines ?
-Je t’imagine bien oui, toi dans ta combinaison spatiale … Confirme-t-il avec un sourire taquin, auquel je ne peux m’empêcher de rire.

Après avoir dîné en amoureux, Cédric s’éclipse dans sa chambre, avant de revenir avec un petit paquet et un air fier sur son visage. Il m’embrasse aussitôt avant de me donner son cadeau, à l’occasion de la Fête de l’Amour. Je m’empresse de l’ouvrir, pour y découvrir une jolie paire de boucle d’oreilles. Je suis touchée de son attention, tout en affirmant que c’est trop et qu’il n’aurait pas du. Je me sens un peu honteuse de mon cadeau pour lui, qui est beaucoup plus simple. Il me rassure aussitôt, heureux lui aussi de son présent, et me serre dans ses bras. Je m’y sens si bien et je pourrai rester ainsi pendant des heures.
Nous séparons tout de même pour nous installer devant la télévision pour regarder un film en amoureux. Il n’y a que des comédies romantiques au programme et nous nous laissons tenter par l’un d’entre eux. Ce n’est pas notre genre de prédilection, mais nous laissons tout de même sa chance au genre.

Le film n’est pas passionnant et notre attention se détourne très vite. Cédric se moque du héros en réutilisant ses techniques de drague sur moi, jouant exagérément de ses charmes. J’éclate de rire face à son imitation et je tente de minauder comme l’héroïne mais c’est tellement à l’opposé de mon attitude habituelle que je me sens ridicule.
-Oh mon Dieu, j’ai l’impression d’avoir le stéréotype de la blonde face à moi ! Réagit aussitôt Cédric après un silence suite à mon interprétation de l’héroïne du film.
-Oh pitié, non ! Faut que je trouve vite un truc intelligent à dire pour t’enlever cette image de moi de l’esprit ! Ne puis-je m’empêcher de rire, faisant mine d’être horrifiée par cette caricature.

-Ce n’est pas la peine, tu es charmante aussi quand tu ne te prends pas au sérieux et que tu fais preuve de dérision. M’assure Cédric sur un ton plus sérieux tout en se rapprochant de moi.
-Pourquoi ? D’habitude je suis trop sérieuse et ennuyeuse ? Relevé-je, sceptique.
-Du tout, j’aime toutes les facettes de ta personnalité et tu n’es absolument pas ennuyeuse. Ce… C’est juste une manière de dire que plus je te connais, plus je t’aime. Me susurre-t-il alors que je sens mon cœur battre la chamade.
-Je t’aime aussi, Cédric. Lui réponds-je alors, étant comme sur un nuage.

J’approche mon visage du sien pour l’embrasser. Il répond à mon baiser sans attendre et me serre dans ses bras.
J’ai l’impression d’être dans un cocon ce soir. Nous sommes rien que tous les deux dans la maison et c’est comme si nous sommes coupés du monde. Nous sommes dans notre bulle et libérer mon esprit des préoccupations du quotidien me fait un bien fou. Nous sommes juste nous deux, Cédric et Joy, et rien d’autre.

Petit à petit, nous oublions le film. Il résonne comme un vague bruit de fond tandis que nos esprits sont focalisés sur l’autre, sur nous. Je ne quitte plus ses bras et mes lèvres ne veulent plus se séparer des siennes. Je me sens tellement bien que le temps ne compte plus, que je ne cherche plus à réfléchir.
Les baisers de Cédric se font plus pressants, plus passionnés, plus enflammés. L’esprit embrouillé, je me laisse transporter par sa passion sans la moindre hésitation.

Alors que je suis en train de perdre la tête, Cédric interrompt nos baisers. Il a le souffle court et il plonge son regard dans le mien. Je devine aisément qu’il n’a qu’une envie : reprendre possession de mes lèvres, mais il se retient. Je dois avouer que je regrette qu’il se soit arrêté. Je remarque aisément qu’il s’interroge, qu’il réfléchit, qu’il se perd en pensée. Que se passe-t-il dans sa tête ?
-Joy, je… Murmure-t-il comme s’il avait du mal à reprendre son souffle suite à nos baisers passionnés. Je… Tu… tu veux qu’on aille… dans la chambre ?
J’ai le souffle coupé suite à sa question. Cette fois-ci, il n’y a aucun doute quant à son sens caché. Il est évident qu’il veut aller plus loin, mais qu’il ne fera rien sans mon accord. Je sens que mon cerveau est en train s’échauffer mais je ne veux pas le laisser se perdre en réflexion et me mettre à douter.
Sans plus réfléchir et pour toute réponse, je reprends possession de ses lèvres.

Nous continuons à nous embrasser sur le canapé pendant un moment. Cédric semble avoir compris le message. Ses baisers sont encore plus passionnés, ses gestes se montrent plus entreprenants.
Cédric met fin à nos échanges pour se lever du canapé. Il éteint la télévision, puis me guide jusqu’à sa chambre. La tendresse de ses gestes contraste avec la passion que je lis dans son regard. Je suis nerveuse mais j’en ai envie et je lui fais confiance. Une fois dans la chambre, je me tourne vers lui et il prend une nouvelle fois possession de mes lèvres.

Mon esprit est totalement déconnecté ensuite. J’ai entièrement confiance en Cédric, je le laisse me guider et je m’abandonne dans ses bras. Même dans la passion, il se montre doux, prévenant et patient. Il fait attention à la moindre de mes réactions, plus attentionné encore qu’à son habitude. Je crois même qu’il doit être plus nerveux que moi.
Ce soir, nous sommes tous les deux, et nous partageons un moment unique. C’est tellement fort, et j’ai la sensation de n’avoir jamais été aussi proche de lui.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 10

Depuis que je suis avec Cédric, j’ai du mal à me rendre compte du temps qui passe. Il faut dire que je n’ai pas une seconde à moi et que je n’ai absolument pas le temps de m’ennuyer. Chaque seconde de ma vie est dorénavant occupée. Lorsque je ne travaille pas, je suis soit à la maison, soit avec Cédric. Et, maintenant que j’ai moins de temps pour avancer sur les améliorations de ma fusée, je ne cesse de bricoler quand je suis à la maison.
J’ai l’impression d’avoir un emploi du temps de ministre, mais je ne m’en plains. Cela me donne le sentiment d’avoir une vie trépidante !
Néanmoins, ce n’est pas parce que je suis occupée que le temps s’arrête de défiler, bien au contraire. Un jour, en rentrant du travail, cette vérité absolue s’est rappelée à moi. Comme souvent, Phenix est venu m’accueillir à la maison, et l’évidence m’a frappé. Mon pauvre toutou a le poil grisonnant. Mon cœur se serre en réalisant que Phenix est maintenant un vieux chien. J’ai l’impression qu’il est entré dans nos vies hier, alors que cela fait des années qu’il n’est plus un chiot.

-Mon pauvre Phenix, tu te fais vieux… Mais tu as encore de belles années à passer avec nous, n’est-ce pas ? Tu as intérêt à vivre encore 10 ans, au moins ! Promis, mon chien ?
-Wouf ?!
-Je prends ça pour un oui !

Je reste un moment dehors à jouer avec Phenix avant de me décider à rentrer. Je vois directement Maman, assise tranquillement sur le canapé en train de lire des dossiers. Elle a sans doute rapporté du travail à la maison, comme souvent depuis qu’elle est à la tête de son association. Cela lui permet de tout examiner tranquillement, d’après elle. Je ne peux que la croire, vu qu’elle est sans arrêt sollicitée à son travail.
Je me sens soudain nerveuse. Paul n’est pas là, parti à Oasis Springs pour garder Patrick et Marina, et je sais que c’est le moment idéal…
Depuis quelques jours, je réfléchis à tout dire à ma mère, à propos de ma relation avec Cédric. Mon couple semble durer dans le temps, suffisamment pour l’annoncer à mes parents. Enfin, à ma mère, en premier lieu. Mon père, je lui dirais lors de notre prochaine session sur Skype. Et puis, je suis presque sûre qu’elle a déjà tout compris, donc il est inutile de continuer à faire des cachotteries.

-Maman ? Je peux te parler ? L’interpelé-je en m’installant à côté d’elle sur le canapé.
-Bien sûr ma puce. Me confirme Maman avec le sourire, tout en posant ses dossiers sur la table basse. Qu’est-ce qui se passe ? Tu n’as pas de problème à ton travail au moins ?

-Non, non, tout va bien ne t’en fais pas. Lui assuré-je, un peu nerveuse. Les collègues relous, ça fait longtemps que je n’en entends plus parler. Mes compétences professionnelles et ma motivation ne sont plus à prouver maintenant.
-Tant mieux. Tu voulais me dire quoi du coup ?
-Eh bien… Hésité-je un instant, ne sachant pas comment commencer. Mon annonce n’a rien d’extraordinaire en soi, des tas de gens se mettent en couple tous les jours, mais cela me parait tellement absurde de parler de Cédric de façon aussi formel. Maman… Depuis quelques temps, je… vois quelqu’un. Pas en tant qu’ami, mais euh…
-Mais tu as un copain. Comprend-t-elle aussitôt en me souriant avec bienveillance. Soudain, je me sens beaucoup plus légère maintenant que je ne garde plus ce secret. J’en étais sûre ! S’exclame-t-elle ensuite avec enthousiasme. Paul ne voulait pas me croire mais mon instinct ne m’a pas trompé !
-C’est bizarre, je ne suis même pas surprise.
-Être observatrice doit être de famille. Me dit-elle avec amusement. Effectivement, si on en juge que j’ai deviné qu’il se passait quelque chose entre elle et Paul avant même qu’ils ne soient officiellement en couple… Ou alors, cela prouve juste qu’il est impossible de garder un secret dans cette maison. Comment s’appelle l’heureux élu ? Qu’est-ce qu’il fait dans la vie ? Tu l’as rencontré comment ?
-Il s’appelle Cédric, il est auteur en free-lance et bibliothécaire à mi-temps. Commencé-je à lui répondre alors qu’elle hoche la tête d’approbation. Et c’est le frère du copain de Sarah, je l’ai rencontré au Nouvel An… Lui dis-je ensuite, dans un petit mensonge. Cette version officielle de notre rencontre est quand même plus sympathique à raconter que mon humiliation à la bibliothèque…
-Et bien, tu pourras remercier ta cousine de t’avoir poussé à sortir ce soir-là ! S’en amuse Maman. Il est gentil au moins ? Ce n’est pas un mec bizarre qui essaie de te faire du mal ? M’interroge-t-elle ensuite sur un ton suspicieux.
-Maman !
-Bah quoi ? Je veux juste être sûre que ce ne soit pas un détritus !
-Maman, Cédric est quelqu’un de bien, je t’assure. Et tu sais bien que je fuis les gens débiles comme la peste !

Ma mère ne peut s’empêcher de rire suite à ma dernière remarque. Je sais qu’elle ne pense pas à mal et qu’elle veut simplement mon bonheur. J’ai confiance en Cédric et je sais qu’elle l’appréciera, le jour où je le lui présenterai ! Bon, ce n’est pas encore pour toute suite, c’est encore trop tôt pour les présentations, mais je ne me fais aucun soucis.
Ayant du travail sur ma fusée à faire, et pensant la conversation terminée, je me lève donc du canapé pour aller me changer. Mais, avant que j’aille dans ma chambre, ma mère m’arrête pour me prendre dans ses bras.

-Je suis heureuse pour toi ma puce. Je ne veux que ton bonheur et s’il te rend heureuse, c’est tout ce que je demande. Me confie-t-elle avec émotion. Et je serai ravie de le rencontrer le jour où tu souhaiteras nous le présenter.
-Merci Maman. Et ne t’inquiète pas, il me rend heureuse.

Je me suis sentie plus légère les jours suivants. Parler de Cédric à ma mère m’a fait du bien, et je suis plus à l’aise de sortir de la maison en étant plus honnête avec elle. Quand je suis à la maison, elle me pose régulièrement des questions sur lui et me demande s’il va bien lorsque je reviens d’un rendez-vous avec lui. Elle ne le connait pas encore, mais ce que je lui confie semble la satisfaire.
J’ai également parlé de Cédric à mon père. Il a un peu tiqué, mais il est content pour moi. Je pense que c’est difficile pour lui de constater à quel point j’ai grandi, lui qui a été absent de ma vie à cause de la distance. Cela me serre le cœur d’y penser, mais nous ne pouvons pas refaire le passé. En réfléchissant, il est tout de même présent, malgré tout. A sa manière et avec les moyens du bord.
Avec le temps, j’ai fini par accepter d’aller chez Cédric et de découvrir sa maison. Il s’agit d’une petite maison à Oasis Springs, mais elle leur suffit, à lui et Celian. Et cela ne l’empêche pas d’être agréable à vivre.

J’étais un peu intimidée la première fois que je suis venue, mais Cédric a toute suite su me mettre à l’aise. Il s’est même plié en quatre pour m’accueillir le mieux possible et que je me sente chez moi ici. Il a même osé demander à son frère d’aller s’occuper dehors pour ne pas prendre le risque qu’une de ses blagues me mettent mal à l’aise. Je n’ai pas pu m’empêcher de rire lorsqu’il m’a avoué ça. Il a tout de même ajouté que c’était aussi pour que l’on soit tranquille, tous les deux.
Je suis revenue plusieurs fois depuis. Je dois avouer qu’il avait raison : je me sens nettement mieux lorsque nous nous voyons chez lui, à l’abri des regards. Aucun inconnu qui nous entoure, nous sommes seuls dans notre petite bulle, à profiter de la présence de l’autre.
Et il n’y a rien de plus agréable.

Généralement, quand je viens chez lui, nous ne faisons rien d’extraordinaire. Nous regardons la télévision, des films ou des séries, nous racontons nos vies, nous faisons la cuisine pour ensuite déjeuner ou dîner ensemble. Nous profitons de la présence de l’autre durant des tâches de la vie quotidienne et ce rythme plus tranquille nous convient très bien aussi. Je dois même admettre que cela m’apaise. Cela me demandait beaucoup d’énergie mentale de sortir à l’extérieur au milieu d’un flot d’inconnus, et être ici, chez lui, juste tous les deux me permet de davantage me détendre.
Petit à petit, chez lui devient comme ma deuxième maison. Être ici, dans ses bras, c’est comme être dans un cocon coupé du monde.

A force de venir ici, il est évident que Cédric ne parvient pas à avoir toujours la maison pour nous tous seuls. Ainsi, je croise régulièrement son frère. Au début, Celian n’était que de passage, ne souhaitant pas nous déranger. Il dit souvent que, pour une fois que son frère ramène une fille à la maison, il pouvait bien lui laisser le champ libre. Cédric le regarde d’un air blasé à chaque fois, mais je ne peux m’empêcher de pouffer de rire devant l’expression de son visage.
J’ai croisé plusieurs fois ma cousine, aussi, forcément. Elle connait déjà bien la maison, depuis le temps qu’elle fréquente Celian. Du coup, c’est souvent qu’elle vient le rejoindre ici, même lorsqu’ils doivent sortir. Au fil du temps, elle et Cédric ont fini par nouer des liens amicaux, et elle a été ravie quand elle a appris que nous sommes ensemble. Elle n’a fait que confirmer ce que je savais déjà, en m’affirmant que Cédric est une perle et que quelqu’un comme moi ne peut qu’être heureux avec quelqu’un comme lui.

Puis, petit à petit, je suis amenée à voir Celian plus souvent. Ce qui est normal, dans la mesure où il vit ici, lui aussi. Il finit même par en plaisanter, en affirmant que je passe beaucoup trop de temps ici pour le bien-être de son porte-feuille. Cela m’amuse, même si je comprends que cela peut être pénible pour lui à la longue de devoir passer son temps dehors pour laisser son frère seul avec sa petite amie.
Alors, de temps en temps, il reste avec nous. La plupart du temps, il dîne avec nous avant d’aller s’occuper dans sa chambre. Nous faisons connaissance durant ces moments-là, et Celian est vraiment quelqu’un de sympathique, bien qu’il soit complètement différent de son frère.

Parfois, il reste avec nous pour la soirée. Nous jouons à des jeux de société ou nous regardons un film à la télévision. Lorsque nous jouons à des jeux, j’assiste régulièrement à leurs chamailleries fraternelles. Cédric accuse souvent Celian de tricher, ce que son frère nie avec ferveur, pour finir par affirmer que Cédric ne sait pas ce qui est drôle et qu’il est incapable de s’amuser. Ce n’est jamais bien méchant et je vois bien qu’il s’agit d’un jeu entre eux. Cédric essaie de prendre Celian en flagrant délit de tricherie et Celian s’amuse à faire tourner en bourrique son jumeau. Et moi, je me retrouve entre les deux et je compte les points en riant de leurs bêtises.
-Eh ! Ca va, t’as pas l’impression de déranger ? Proteste subitement Cédric alors que son frère s’impose entre nous deux sur le canapé, alors que nous venions de lancer un film sur Simflix.
-Oh la la, rabat joie ! Quand y’a de la gêne, y’a pas de plaisir ! Se défend-t-il aussitôt. Et pour ma défense, je ne tiens pas à servir de plante verte pendant que vous vous papouillez sur le canapé !

-Comme si c’était notre genre ! Lève les yeux au ciel Cédric, alors que je vois bien à son sourire que son frère l’amuse plus qu’il ne le dérange.
-Ah on sait jamais ! Vous êtes tout mignon tout sage quand je suis là, mais je suis sûr qu’il suffit d’une scène d’amour un peu trop osée pour que vous fassiez des bizarreries sur le canapé ! Je veux être tonton un jour, mais je ne veux surtout pas assisté à la conception du mioche! S’exclame Celian et je ne peux m’empêcher d’éclater de rire.
-Tu as fini de dire des bêtises ? Soupire d’un air blasé Cédric. Et puis, de nous deux, celui qui devrait le plus s’inquiéter, c’est moi. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu des choses que je ne voulais absolument pas voir !
-T’as qu’à frapper aussi !
-A ma propre maison ? Tu as une chambre je te signale !
-Tu as vu comment il est méchant avec moi ? M’interpelle soudain Celian pour essayer de me convaincre de prendre son parti, alors que j’essaie de retenir mon fou rire. Il a été célibataire tellement longtemps qu’il ne sait plus ce que c’est d’avoir une copine. Heureusement que tu es là, sinon, il aurait fini moine.
-Mais qu’il est bête ! C’est pas possible d’avoir un frère aussi bête ! S’exclame Cédric alors que je suis maintenant incapable de retenir mon fou rire. Je crois même que l’on m’a perdu pour la soirée !

Aussi étrange que cela puisse paraître, les deux frères ont fini par se calmer, et mon hilarité aussi. Nous avons même réussi à voir le film ! Celian n’arrêtait pas de commenter chaque scène et Cédric s’amusait à le contredire juste pour l’embêter, comme une petite vengeance personnelle après qu’il se soit installé au milieu du canapé. Une chose est sûre, on ne s’ennuie pas avec les deux frères Chastain !
-Tu as passé une bonne soirée, Chaton ? Me demande Cédric devant la porte d’entrée, alors que je suis sur le point de partir pour rentrer chez moi. Mon frère ne t’a pas trop ennuyé avec ses bêtises ?
-J’ai passé une bonne soirée oui et cela m’a plus amusée qu’autre chose de vous voir vous chamailler.
-J’ai cru remarquer. M’avoue-t-il avec un sourire en coin avant de mon serrer contre lui. Il lui arrive d’être calme mais s’il se permet de dire des âneries, c’est qu’il t’aime bien. Ajoute-t-il alors que je hoche la tête. Tu es sûre que tu ne veux pas que je te raccompagne ? Ou que tu ne veux pas rester dormir ? Ca ne me rassure pas que tu rentres toute seule.
-Je ne veux pas te déranger, tu as une grosse journée qui t’attend demain. Refusé-je, sachant qu’il travaille toute la journée à la bibliothèque à l’occasion du vernissage d’une grosse exposition sur l’histoire d’Oasis Springs. Et mon taxi va bientôt arriver, je serai vite rentrée.

Il acquiesce doucement et nous profitons des quelques instants qui nous restent avant l’arrivée du taxi. Je n’ai aucune envie de le quitter, et je sais qu’il va me manquer dès l’instant où je n’apercevrai plus sa maison depuis la fenêtre de la voiture. Mais je n’ai aucune envie de le déranger étant donné sa grosse journée qui l’attend, d’autant plus que je ne me sens pas encore prête à passer la nuit ici. Je sais que cela n’engage à rien, mais cela me rend tout de même nerveuse. Pas beaucoup, mais un petit peu. Peut-être que j’anticipe trop, mais je n’ai pas envie de me prendre la tête ce soir.
Pour l’instant, j’ai juste envie de profiter de sa présence, de ses bras, de son sourire, de ses lèvres, avant de devoir attendre la prochaine fois pour en profiter de nouveau.

-Tu m’envoies un message pour me dire que tu es bien arrivée ? Me demande alors Cédric alors que mon taxi doit arriver dans quelques petites -trop petites- minutes.
-Bien sûr. Lui confirmé-je alors que je savoure le calme de l’instant et la tendresse de mon Cédric.
-Je t’aime. M’avoue-t-il soudain, à ma grande surprise. C’est la première fois qu’il me le dit et j’en reste muette sur le coup. Néanmoins, mon cœur s’emballe et je ne peux retenir un grand sourire. Tu.. Tu n’es pas obligée de répondre si..
-Je t’aime aussi, Cédric. Le coupé-je avec toute la sincérité du monde avant de l’embrasser une nouvelle fois.