Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 18
Rosae
Pendant que Joy et Cédric profitent de leur voyage de noces aux quatre coins de Sulani, avec Paul, nous avons préféré rester tranquillement sur l’île Lani St Taz. Crapahuter partout n’est pas forcément aisé à nos âges et nous détendre tranquillement sur la plage, à profiter de la mer et du paysage paradisiaques nous a fait du bien. C’est agréable d’être ici, loin de notre environnement habituel, pour se ressourcer. Je n’ai jamais pris le temps de partir en vacances et je suis heureuse de pouvoir en profiter aujourd’hui. Il vaut mieux tard que jamais comme on dit.
Le soir venu, avec Paul, nous décidons de partir en balade. Nous restons sur notre île, certes, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y a rien à voir ici !
-C’est vraiment magnifique ici. Soufflé-je, époustouflée, au milieu des palmiers, face à deux ponts illuminés par des guirlandes électriques. Des cours d’eau nous entourent, rejoignant l’océan dont le bruit des vagues parvient à nos oreilles.
J’observe le paysage qui m’entoure en laissant échapper un soupir apaisé. Je me sens si bien ici, loin de tout, aux côtés de l’homme que j’aime.
-Pas autant que toi. Me répond avec amusement Paul en s’approchant de moi, alors que je lève les yeux au ciel.
–Mon pauvre, fais-moi penser à te prendre rendez-vous chez l’ophtalmo quand on rentrera à Brindleton Bay. Ta vue m’inquiète. Le taquiné-je en réponse.
-Ma vue va très bien. M’assure Paul dans un petit rire, tandis qu’il prend mes mains tout en m’offrant un regard plein d’amour.
Mon cœur s’emballe lorsqu’il me regarde ainsi. Je suis heureuse qu’il fasse partie de ma vie. Et je dois admettre qu’elle est bien plus belle depuis qu’il partage mon quotidien. Je pensais que j’étais très bien seule et que je pourrai me contenter d’une vie seule, sans homme à mes côtés, mais aujourd’hui, je n’envisage pas une seule seconde de vieillir sans lui pour m’accompagner sur ce chemin.
D’autant plus maintenant que Joy est mariée et qu’elle va quitter la maison dès que nous serons revenus sur le continent.
-En tout cas, tu as une bonne idée, de venir ici, pour le mariage de Joy. Cet endroit est vraiment magnifique et elle a pu avoir le mariage de rêve qu’elle mérite. Merci pour elle.
-Ce n’était pas bien compliqué. M’assure-t-il avec un sourire. Pour moi, un mariage de rêve ne peut qu’avoir lieu ici, à Sulani. Je n’ai pas d’enfant mais j’ai voulu offrir à Joy la même chose que j’aurais voulu offrir à mon propre enfant : un mariage absolument parfait. Et il n’y a pas de meilleur endroit au monde que Sulani pour ça.
-Ah oui ? Pas même Selvadorada ? Le taquiné-je avec un sourire en coin, faisant évidemment référence à son mariage avec Sylvia. Avec le temps, nous sommes parvenus de nos échecs sentimentaux avec plus de légèreté. Ce ne sont que des histoires anciennes aujourd’hui, et nous avons laissé tout ça derrière nous. Nous avons pris le parti d’en plaisanter, comme de n’importe quel autre sujet, pour montrer que ces épreuves difficiles de nous atteignent plus.
-Pas même Selvadorada. Me confirme-t-il, amusé par ma remarque. En vérité, j’ai toujours rêvé de me marier un jour ici, à Sulani. A l’époque, ce n’était pas possible car Sylvia tenait à être proche de sa famille, et ils ne pouvaient pas se permettre de faire le voyage. Au final, ce n’est pas plus mal… Je n’aurais pas aimé que cet endroit soit entaché par un souvenir amer.
-Et avec moi qui ne veux pas me marier … Soufflé-je soudainement, culpabilisant soudain de le priver de son rêve d’un mariage à Sulani. Mais j’ai la surprise de le voir sourire d’amusement.
-Rosie, ce n’est pas que tu ne veux pas te marier. C’est juste que tu n’aimes pas les conventions sociales autour du mariage. M’assure-t-il, amusé.
-Ah oui ? Et qu’est-ce qui te fait dire ça ?
-Je sais pas… Le fait que je ne t’ai jamais autant entendu parler de mariage que depuis la fois où j’ai commencé à en parler ? Et que tu viens à l’instant, de toi-même, d’aborder le sujet ? Me répond-t-il, sans perdre son sourire.
Dans un haussement d’épaules, je fais mine de l’envoyer paître et je reprends notre balade. Je m’apprête à traverser le pont pour aller de l’autre côté de l’île quand Paul m’arrête en haut de ce dernier. Il reprend avec doucement possession de mes mains et le sérieux a pris la place de son air amusé.
-Rosie, je n’ai jamais insisté car je voulais que l’idée fasse son chemin dans ton esprit, à ton rythme. M’avoue-t-il avec bienveillance. Mais, si tu n’es pas totalement contre l’idée de te marier un jour, pourquoi prétendre le contraire ? Pourquoi ne pas m’en avoir parlé ?
-Quelle importance aujourd’hui ? A nos âges ? Le mariage n’a plus aucun intérêt. Secoué-je la tête, essayant de trouver un échappatoire.
-Il n’y a pas d’âge pour se marier, et je suis sûr que tu le sais. Réplique sans attendre Paul avec un sourire en coin. Nous sommes faits l’un pour l’autre et nous resterons ensemble jusqu’à la fin de nos jours, alors, pourquoi pas ? Qu’est-ce qui te gêne tant ?
-Je ne sais pas Paul. Avoué-je, le cœur serré. Je n’ai jamais ressenti le besoin de me marier. J’ai eu la chance d’assister au mariage de mes parents, et maintenant celui de ma fille, et cela m’a rendu heureuse. Mais je ne suis jamais parvenue à m’imaginer dans une robe blanche, ni aller jusqu’à l’autel. Encore aujourd’hui, je n’y arrive pas, et je ne pourrai pas expliquer pourquoi. Je sais que je ne suis pas contre le mariage en soi, car j’étais ravie que Joy se marie et de l’accompagner dans les préparatifs. Mais je me rappelle très bien que lorsque je devais épouser Sven, même si je le faisais pour de mauvaises raisons, je n’étais pas heureuse de devoir choisir et mettre une robe blanche, trouver une salle, tout organiser pour que tout soit parfait. Tout ça, ce n’était pas moi. Je ne me suis jamais projetée dans ce rôle de la future mariée surexcitée par son mariage. Et tout ça, sans avoir ma mère, à mes côtés, en plus. Soufflé-je, le cœur serré, n’osant plus regarder Paul dans les yeux. J’ai tellement peur que mes raisons paraissent absurdes, aujourd’hui.
Pourtant, Paul ne perd pas sa bienveillance et me regarde toujours avec amour… Ainsi qu’avec compréhension.
-Je comprends que ta mère te manque. Malgré mon âge et le fait qu’elle soit décédée il y a des années, la mienne me manque aussi, et j’aurais aimé également qu’elle puisse assister à mon mariage. Me répond alors Paul en me souriant tendrement. Mais je me console en me disant qu’elle m’observe certainement de là où elle est. Et je suis certain que c’est le cas également de ta mère. D’après les quelques souvenirs que j’ai d’elle, même si elle n’est plus là physiquement, pour rien au monde elle n’aurait manqué un événement pareil.
-Je le sais, Paul. Aujourd’hui, je le sais. Mais quand je pense mariage, je ne peux m’empêcher à celui que je devais avoir avec Sven et à ce sentiment d’absence que j’ai ressenti..
-Mon amour, cela fait partie du passé maintenant. Ce n’est pas parce que tu n’as pas réussi à épouser Sven que ce sera le cas pour nous.
-En même temps, je n’étais pas amoureuse de lui. Alors que toi, je t’aime, de tout mon cœur. Lui signalé-je, sachant au fond de moi que les situations sont totalement différentes et absolument pas comparable. Mais lorsque je pense mariage, mon cerveau ne peut s’empêcher de faire une association d’idées qui m’effraie et me fait paniquer : mariage, robe blanche, Sven, désastre. Alors, autant éviter de se faire du mal en n’organisant pas de mariage. Tout est plus simple comme ça…
-Je t’aime aussi mon amour. Me murmure Paul, tout en déposant un tendre baiser sur mes mains. Je t’aime, et je suis si fier que tu sois la femme qui partage ma vie. C’est pour cela que je veux t’épouser Rosie. Me marier avec toi, ce serait comme crier mon amour pour toi sur tous les toits. Ce serait prêter serment que je t’aimerai et te serait fidèle jusqu’à mon dernier souffle, et t’offrir mon cœur pour toujours et à jamais. Ce serait me lier à toi, lier mon nom au tien, jusqu’à la fin de nos jours. Rosie, tu n’as pas envie de tout ça ?
–Oh Paul, comment pourrai-je ne pas en avoir envie ? Ne puis-je m’empêcher de l’admettre, le cœur battant à tout rompre suite à sa déclaration d’amour. Je vois son regard briller et je ne peux m’empêcher de lui sourire. Mais une pensée fugace me parvient et mon sourire disparaît aussitôt. Mais comme je te l’ai dit, je ne projette pas dans le rôle de la mariée. J’ai essayé de faire l’effort, et ça a été un désastre. Et je ne peux pas m’empêcher de faire un raccourci et ça me fait paniquer rien qu’à l’idée d’organiser un mariage.
Me réplique Paul, avec un sourire en coin, comme s’il y avait déjà réfléchi.
-Comment ça ? Lui demandé-je, intriguée, ne comprenant pas où il veut en venir.
-Rosie, je n’ai aucune envie de t’infliger quelque chose dont tu ne veux pas. Tu ne veux pas de mariage traditionnel, de robe blanche et d’autel ? Rien ne nous oblige à faire tout ça. Marions-nous juste, tous les deux, sans costume, sans robe blanche, sans fête.
-Mais Paul, je ne peux pas te demander ça ! M’écrié-je, surprise par sa proposition. Bien que cela me touche qu’il soit prêt à renoncer à tout ce qui fait la magie du mariage pour pouvoir m’épouser, je ne peux pas lui demander ce sacrifice. C’est ton rêve de te marier, je ne peux te demander de renoncer à tout juste pour moi !
-Mon rêve, c’est de me marier à Sulani. Et nous sommes justement à Sulani. Rectifie-t-il avec un sourire amusé.
-Alors, je te le demande officiellement Rosie, ajoute-t-il tout en posant un genou à terre et en sortant une magnifique bague de sa poche, manquant de me faire crier de surprise, est-ce que tu veux devenir ma femme ? Ici et maintenant, avec pour seuls témoins la Lune, la mer et les cocotiers ?
-Paul, tu es complètement fou. M’exclamé-je de stupeur. Je n’arrive pas à me croire qu’il me fasse une telle demande, c’est complètement insensé !
-Fou de toi, oui, je suis bien obligé de l’admettre.
-Tu as même prévu une bague ! Remarqué-je, comme s’il avait tout prévu depuis le début. Ce n’est pas possible d’être aussi prévoyant !
-Je te connais par cœur Rosie, je savais que tu changerais d’avis un jour. Et je veux bien renoncer à toutes les traditions du mariage, mais pas à celle de t’offrir une magnifique bague pour te demander ta main. Me dit-il avec amusement, avant de reprendre son sérieux. Alors ? J’attends toujours ta réponse.
-Je… Oui, Paul. Oui, j’accepte de t’épouser.
Un immense sourire vient illuminer le visage de Paul en cet instant. Doucement, il glisse la bague à mon doigt et se relève pour s’emparer de mes lèvres.
Je me sens si heureuse, au point que je me surprends moi-même. Là où la bague de Sven me paraissait si lourde à l’époque, celle de Paul me parait incroyablement légère. Cette fois-ci, l’idée de me marier ne me semble pas être une corvée par laquelle je dois passer.
Au moment même où j’ai dit « oui », j’ai su que ce n’était pas pour faire plaisir à qui que ce soit. J’ai dit « oui » parce que c’est que ce que je souhaite vraiment.
Quand Paul libère mes lèvres, il reprend mes mains dans les siennes et me regarde avec sérieux. Nous restons un instant silencieux, à nous regarder les yeux dans les yeux comme pour mieux saisir la portée de ce qui est en train de se passer. J’ai du mal à croire que nous allons vraiment nous marier sur un coup de tête. Certes, cette cérémonie improvisée sur ce pont est purement symbolique mais elle est tout aussi importante et réelle qu’une cérémonie officielle. Et lorsque Paul commence à parler, je ressens toute l’émotion qu’une femme sur le point de se marier doit ressentir au moment de dire oui pour la vie à la personne qu’elle aime.
-Rosie, mon amour, cette nuit, sous les étoiles de Sulani, je te promets de t’aimer, de te chérir et de t’être fidèle jusqu’à la fin de mes jours. Tu as toujours été ma meilleure amie, et ce soir, tu seras aussi ma femme. Il a fallu que je parte découvrir le monde avant de savoir que ma vie était auprès de toi, à tes côtés. Aujourd’hui, plus que jamais, je suis heureux d’être revenu et d’être l’homme qui partage ta vie. Je t’aime Rosie, pour toujours et à jamais. Me souffle-t-il à la fin de sa déclaration. Soudain, un silence s’installe et je me sens bête. Si Paul a anticipé le coup, ce n’est absolument pas mon cas !
-Paul… Je .. t’aime. Tenté-je mais mes talents d’improvisation ne sont pas au rendez-vous. Je le vois sourire tout en adressant un regard confiant. Je le connais, je sais qu’il n’attend pas de moi une tirade extraordinaire. Mais sa déclaration est tellement belle que je n’ai pas envie que la mienne fasse l’effet d’un pétard mouillé. Je respire un grand coup, et j’essaie de laisser parler mon cœur. Paul, je t’aime, repris-je avec plus de conviction, et c’est grâce à tout le chemin que j’ai parcouru que je suis capable de l’affirmer aujourd’hui. J’ai longtemps subi ma vie avant d’être capable de la prendre en main et je suis heureuse d’y être parvenue. Car c’est grâce à cela pour nous pouvons pu nous retrouver en tant qu’ami, et nous trouver en tant qu’amant. Je me sens souvent demander ce qu’aurait pu être ma vie si j’avais fait des choix différents, mais j’en arrive toujours à la conclusion que je voudrai rien y changer. C’est grâce à mes choix que j’ai eu ma fille, et ce sont ces même choix qui m’ont guidé jusqu’à toi. Je te promets, Paul, de t’aimer, de te chérir et de t’être fidèle jusqu’à la fin de mes jours. Je t’aime, pour toujours et à jamais.
-Je nous déclare à présent, unis par les liens du mariage. Annonce avec un ton cérémonieux Paul, avec un sourire amusé.
-Et tu peux embrasser la mariée. Ajouté-je avec un sourire tout aussi amusée.
Paul s’approche alors de moi, et avant de me prendre dans ses bras, je le vois plonger sa main dans sa poche pour ensuite lancer une poignée de confettis au-dessus de nos têtes.
-Vive les mariés ! S’exclame-t-il avec enthousiasme alors que je ne peux m’empêcher de rire de sa plaisanterie.
Plus heureux que jamais, Paul me prend alors dans ses bras. Je m’empare sans attendre de ses lèvres, trop heureuse pour attendre que lui vienne m’embrasser.
Je n’aurais cru ça possible, ce qui vient de se passer ce soir. Ce soir, je me suis mariée à l’homme que j’aime. Sur un coup de tête, pour un mariage sans fioriture.
Et je suis la plus heureuse des femmes.
-Je t’aime tellement Rosie. Tu n’imagines pas à quel point je suis heureux ce soir. Me souffle Paul, dont la voie trahit son émotion malgré son calme apparent.
-Je t’aime aussi Paul, et merci d’avoir réussi à me faire changer d’avis. J’aurais jamais cru pouvoir être aussi heureuse en me mariant.
-Je suis heureux que m’épouser te rendre heureuse. Me sourit-il, sa main se dirigeant vers mon visage pour caresser doucement ma joue. Tout ce que je désire, c’est ton bonheur.
Pour toute réponse, je lui souris. Je suis bien trop émue pour ajouter quoi que ce soit. Je cale ma tête dans le creux de son cou, et je reste ainsi, à profiter de son étreinte.
J’ignore ce que l’avenir peut encore nous réserver, mais tout ira bien tant que je serai à ses côtés. Je l’aime, et c’est le plus important.
Pour toujours et à jamais.


























































































