Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 23

Suite à l’anniversaire de Cédric et de son frère, la vie reprend doucement son cours. Papa et Maman viennent régulièrement à la maison, notamment pour voir leur petit-fils. Je crois qu’ils en profitent pour rattraper ce qu’ils n’ont pas eu avec moi et cela me fait chaud au cœur de les voir tisser des liens avec Grégory. Maman profite de ses visites pour me donner des nouvelles de la famille, notamment de Tonton Ryan, qui passe beaucoup de temps chez elle depuis le décès de Tata Juliette. Le pauvre vit seul désormais, même s’il reçoit régulièrement la visite de ses enfants. Heureusement qu’ils sont voisins avec Maman, cela leur permet de se serrer les coudes. Et apparemment, il a hâte de devenir grand-père et de voir son petit-fils pointer le bout de son nez.
Ce qui a fini par arriver. Sarah a mis au monde un petit Gabriel. Tout le monde se porte bien et d’après ma cousine, Celian est absolument fou de son fils. Il a hâte qu’il soit suffisamment grand pour pouvoir jouer au ballon avec lui, et promet d’entraîner Grégory dans leur jeu également.

Grégory a bien grandi, au fil du temps. Ses cheveux blonds ont poussé et il ouvre ses grands yeux bleus sur le monde qui l’entoure. Petit à petit, il gagne en autonomie et nous nous émerveillons avec Cédric de le voir grandir. Plus il grandit, plus notre famille s’amuse à deviner à qui il ressemble. Pour nous, cela n’a que peu d’importance, tant qu’il grandit dans le bonheur.
Et nous faisons notre possible avec Cédric pour qu’il soit le plus épanoui possible.

Avec mon travail, je passe beaucoup de temps à travailler mes compétences pour pouvoir gravir les échelons et je me retrouve à passer moins de temps avec mon fils que Cédric. De ce fait, je profite de chaque instant avec lui, pour lui apprendre de nouvelles choses et jouer avec lui. J’aime mon travail mais je ne veux pas prendre le risque qu’il me reproche un jour d’avoir privilégié mon travail plutôt que lui.
Et puis, il n’y a rien de plus beau que de passer du temps avec lui. Chacun de ses rires et de ses sourires sont de véritables trésors. J’aime mon travail et l’espace est ma passion, mais mon fils est ma priorité dans ma vie.

Les moments à table sont également des instants que nous apprécions avec Cédric. J’ai l’impression qu’il prend encore plus de plaisir à cuisiner en sachant qu’il va faire découvrir de nouvelles saveurs à Grégory et fait particulièrement attention aux menus pour veiller à apporter tout ce dont notre fils à besoin pour bien grandir.
D’autant plus que nous avons de la chance : Grégory est un véritable petit gourmand qui ne fait pas la fine bouche face à son assiette. Bon, pour être honnête, il met à peu près tout et n’importe quoi dans sa bouche et, même si cela a évidemment des inconvénients, c’est un sacré avantage au moment du repas. Et, avec le temps, l’heure des repas est devenu sacré pour Monsieur Grégory, qui attend ce moment de la journée avec impatience.
-Alors, c’est bon ce que Papa a préparé ? Lui demande Cédric, ravi de voir son fils manger avec appétit.
-Oui, très bon ! S’exclame avec enthousiasme Grégory… avec la bouche pleine, évidemment.
Grégory, on ne parle pas la bouche pleine, ce n’est pas poli.
-Pa’don. S’excuse-t-il avant de recracher ce qu’il avait dans sa bouche, pour répéter à son père que le plat est à son goût. Et évidemment, il remet ce qu’il avait craché dans sa bouche pour l’avaler. Cédric ne peut s’empêcher de rire et je me dis que nous avons encore du travail. C’est rigolo et mignon pour le moment, mais ce ne sera pas le cas éternellement.

Nous avons mis du temps pour trouver notre rythme à trois, mais aujourd’hui, nous n’envisageons plus une vie sans enfant. Grégory fait partie de notre vie, et c’est un véritable plaisir de nous occuper de lui et de faire en sorte qu’il grandisse avec tout ce dont qu’il a besoin.
C’est toujours un véritable plaisir de voir Cédric s’occuper de notre fils. Il s’épanouie dans son rôle de père, il n’aurait jamais pu mener une existence sans enfant, c’est indéniable. Il est facilement entré dans une routine quotidienne avec Grégory, qu’il s’agisse d’aller le chercher dans sa chambre le matin pour qu’il puisse prendre son petit-déjeuner…

… Ou encore lui faire prendre son bain, une fois qu’il a terminé de manger. Et pourtant, le bain n’est pas une mince affaire.
Grégory adore l’eau. Si nous le laissions faire, il passerait ses journées dans la baignoire, à l’arpenter de long, en large et en travers. Même s’il est agréable de joue avec lui dans la baignoire, le laver n’est pas chose aisée dans la mesure où il ne tient pas en place. Si on a le malheur d’approcher du savon vers lui, il s’amuse à nous éclabousser. A force, nous finissons aussi trempé que lui et la salle de bain se transforme en piscine.
Je dois avouer que Cédric se montre plus patient que moi dans cet exercice. Je crois que jouer avec l’eau l’amuse tout autant que son fils. Heureusement dans un sens, car quand le bain s’éternise, je ne peux m’empêcher de penser à toutes les choses que j’ai encore à faire. Et à penser que Grégory pourrait finir par attraper froid, à force de rester dans le bain.
J’adore mon fils et chaque moment passé avec lui, mais il faut être honnête que le bain est plus une tâche pour Cédric. Ce n’est pas grave, quand il sera plus grand, c’est moi qui l’aidera pour faire ses devoirs de sciences et de mathématiques.

Nous faisons de notre mieux avec Cédric pour assurer notre rôle de parent. Grégory illumine nos journées et c’est un véritable bonheur de l’avoir dans notre vie.
Cependant, nous ne sommes pas uniquement des parents, avec Cédric. Nous sommes également un couple et chaque sieste est prétexte pour penser à nous. Nous ne voulons pas nous oublier dans notre rôle de parents, et nous essayons de trouver du temps pour être tous les deux et profiter de l’autre.

Très vite, la Fête des Récoltes arrive. Cette année, nous l’organisons à la maison et nous avons invité toute la famille. C’est un véritable plaisir de recevoir tout le monde en ce jour de fête. Enfin, tout le monde ou presque, puisque Celian et Sarah n’ont pas pu venir. Gabriel est malade, et Sarah ne se sent pas en forme non plus. Nous pensons beaucoup à eux, tout en profitant de ce jour avec les personnes présentes : mes parents et beaux-parents.
Cédric a passé toute la matinée en cuisine pour préparer le repas, et il est fier de lui. Il pose le plat à table en annonçant que c’est prêt. Maman n’attend pas pour s’installer à table, et Kalpita vient vite nous rejoindre pendant que j’installe Grégory sur sa chaise haute. Quant à Papa et Paul… Disons qu’ils sont obnubilés par un match de foot diffusé à la télé.
-Bon les garçons, vous décidez à venir ? Les interpelle Kalpita alors que Cédric lui prépare une assiette.
-Oui oui on arrive. Répond distraitement Sven alors que nous nous regardons avec un sourire amusé. Un « on arrive » qui veut dire qu’ils sont bien trop concentré sur le match pour venir à table.
-De vrais gosses. Ne peut s’empêcher de rire Maman, suivi par Kalpita qui confirme alors ses dires.

Bon gré mal gré, Kalpita se montre conciliante et leur apporte leur assiette, aidée par Cédric. Quant à moi, je m’installe face à Maman pendant que Cédric finit par s’asseoir à côté de notre fils pour veiller à ce qu’il mange bien.
-J’espère que ça va pour Sarah et Gabriel. S’inquiète Maman alors que nous évoquons leur absence et celle de Celian.
-Mais oui Maman. Ils ont tous les deux été voir le médecin, ça ira mieux dans quelques jours. La rassuré-je du mieux que je peux. Pour l’avoir eu au téléphone, je sais bien que Sarah et Gabriel n’ont rien de grave et que cela ira mieux en un rien de temps.
-Si tu commences à t’inquiéter alors que nous sommes qu’en automne, tu n’as pas fini ! L’hiver va être long ! Plaisante alors Paul avant de reprendre plus sérieusement. Et puis, ils ne passent pas la Fête des Récoltes tous seuls, Ryan est avec eux pour quelques jours.

-Ah oui, il est à Oasis ? Comment il va d’ailleurs ? Ca fait belle lurette que je ne l’ai pas vu ! S’intéresse alors Papa, détournant son attention de la télévision.
-Il va bien. Il se désole de ne pas voir ses fils plus souvent, mais il est complètement gaga de son petit-fils. Il n’a que le nom de Gabriel dans la bouche quand il vient à la maison ! Lui répond alors Maman.
-Et encore, c’est un euphémisme. Je suis sûr que la prochaine fois qu’il vient à la maison, il va avoir blindé la mémoire de son téléphone de photos de Gabriel. Fais-moi penser à prévoir le stock de gâteau et de café quand on ira faire les courses. Ne tarde pas à ajouter Paul alors que Maman ne peut s’empêcher de rire. J’écoute sans rien dire, ravie d’avoir des nouvelles de mon oncle. Et puis, il faut admettre que cela détend l’atmosphère.
-Et ils deviennent quoi ses fils d’ailleurs ? On parle beaucoup de Sarah, mais euh… Mince, je suis désolée, j’arrive pas à retrouver leur prénom… S’interroge Kalpita avec une moue embarrassée.
-Kylian et Alexandre. Lui rappelle avec bienveillance Maman. Ils vivent à San Myshuno et ils ont monté leur propre entreprise ensemble. Ils vendent des tee-shirt en coton éco-responsable je crois. Bref, ils sont toujours en vadrouille à droite à gauche pour promouvoir leur marque.
-Oh c’est vraiment super ! Ryan doit être fier d’eux ! S’enthousiasme Sven.
-Il doit être leur plus fidèle client si tu veux mon avis. Lui répond Paul sans attendre.

Une fois le repas terminé, nous libérons Grégory de sa chaise haute. Depuis, il ne lâche plus sa grand-mère d’une semelle et la suit absolument partout, ou presque.
Grégory est proche de Maman et il est toujours ravi quand elle est à la maison. Il ne cesse de lui faire de grands sourires, et les yeux doux pour avoir des câlins de sa Mamie.
Je vois bien que cela touche Maman. Elle qui n’a su être proche de moi au même âge, a comme une nouvelle chance avec son petit-fils. Si bien qu’elle est incapable de résister face à sa bouille d’ange et le couvre de câlins…

… Même quand il est l’heure pour lui d’aller dormir.
-Grégory, c’est l’heure d’aller au lit pour toi, il est tard. Lui signalé-je alors qu’il n’a d’yeux que pour sa grand-mère.
-Pas fatigué !
-Tu n’arrêtes pas de bâiller et l’heure c’est l’heure.
Veux rester avec Mamie ! S’en-tête Grégory alors que je suis beaucoup trop touchée pour lui en vouloir.
-Je peux aller le mettre au lit si tu veux. Me propose Maman, émue par l’amour que lui porte Grégory.
-Maman, tu n’es pas obligée…
-Je me sens pas obligée. Moi aussi je suis contente de passer quelques minutes supplémentaires avec mon petit-fils. M’assure-t-elle alors qu’elle s’approche de Grégory. Viens avec moi mon grand, je vais te lire une histoire.
-Ouiiii !!!
-Dès que tu auras ton pyjama sur le dos. Précise-t-elle ensuite alors que je vois sur le visage de mon fils qu’il est déçu.
-O.. Bli..Gé ? Tente-t-il de négocier alors que je me retiens de rire face à sa bouille.
-Oui, obligé. Et après l’histoire, c’est dodo. Affirme Maman avant de le prendre dans ses bras. Il ne résiste pas, s’accrochant même au cou de sa grand-mère qui ne peut s’empêcher de sourire face à l’affection de Grégory.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 22

Nous sommes restés quelques jours à l’hôpital, pour s’assurer que tout allait bien de mon côté, comme de celui de Gregory, et également pour nous apprendre à nous occuper de notre enfant.
Puis, Cédric est venu nous chercher à la maternité, et nous avons pu ramener notre fils chez nous et l’installer dans sa chambre. A la maternité, Maman est venue avec Bibou, son monstre en peluche dont j’avais moi-même hérité lorsque j’étais enfant. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en le voyant. Après avoir accompagné ma mère, puis moi, c’est au tour de Gregory d’avoir cette peluche pour décorer sa chambre. Celian est venu nous voir également pour rencontrer son neveu, accompagné d’un ours en peluche. Décidément, mon fils a à peine découvert le monde qu’il est déjà gâté.

La situation nous semble un peu surréaliste, avec Cédric. Nous n’étions que tous les deux, il n’y a pas si longtemps, et aujourd’hui, nous devons composer une vie à trois. Créer notre vie de famille, nous deux et notre fils. Chaque nouvelle journée est assez incroyable au fur et à mesure où nous faisons connaissance avec Gregory. Nous avons par moment du mal à croire que ça y est, nous sommes devenus parents, et qu’un petit être qui n’a rien demandé compte dorénavant sur nous.
Cela nous a fait peur, les premiers jours, comme pour beaucoup de jeunes parents avec leur premier enfant, j’imagine. Mais, petit à petit, une routine s’installe et nous apprivoisons notre rôle de parent, essayant de s’occuper au mieux de leur bébé pour qu’il puisse grandir et s’épanouir dans notre famille.

Cédric prend d’ailleurs très à cœur son rôle de père. Lui qui n’a été que spectateur de l’évolution de notre fils durant ma grossesse, peut enfin devenir acteur et créer des liens avec lui. Je revoie encore son visage lorsqu’il a tenu son fils dans ses bras pour la première fois. Il était assez impressionné, mais ses yeux trahissaient son émotion de pouvoir enfin tenir son fils dans ses bras, et le serrer contre lui.
Depuis, il ne manque aucune occasion de s’occuper de lui. La nuit, si Gregory n’a pas faim, il s’empresse de se lever pour aller le calmer s’il se met à pleurer. Il n’a pas peur des couches sales et profite de l’occasion pour le câliner après de l’avoir changé. Par moment, je me dis que j’ai eu raison de décider de l’allaiter, car c’est bien la seule chose que Cédric ne peut pas faire à ma place.

Les semaines passent et l’anniversaire de Cédric finit par arriver. J’ai du mal à réaliser qu’il fête déjà ses 40 ans. Avec l’arrivée de Gregory, le temps est passé si vite que je suis surprise que le jour J est déjà là. Ma surprise amuse même Cédric, qui ne se formalise pas de prendre de l’âge. Cela ne semble pas lui faire peur, il est même plus confiant que jamais en l’avenir. Il a tout ce qu’il veut dans la vie, et c’est le principal pour lui.
Pour l’occasion, nous avons invité notre famille à la maison pour célébrer son anniversaire et également celui de son frère. Nos invités doivent arriver en fin d’après-midi, à l’heure du goûter, et Cédric s’attelle à la confection du gâteau pendant que je m’occupe de notre fils.

Pendant que le gâteau est en train de cuire, Cédric s’empare d’aller se préparer alors que je finis de me changer. Je me pavane devant lui et je devine dans son regard que ma nouvelle robe, achetée exprès pour l’occasion, est à son goût. La sonnette se fait rapidement entendre et je m’empresse d’aller ouvrir. Mon père et Kalpita sont les premiers arrivés et pour cause : ils se sont installés dans la maison d’à côté. L’ancienne maison de Mamie. Cela m’a fait sourire lorsqu’il m’a annoncé la nouvelle, et je sais que Maman a du se retenir de rire quand elle l’a appris. Le pauvre n’a pas dû comprendre pourquoi.
Puis, peu de temps après eux, ce sont Celian et Sarah qui arrivent à la maison. Comme à son habitude, Celian fait son malin tandis que je salue ma cousine.
-Alors, frangin, pas trop flippé à l’idée de vieillir ?
-Je pourrai te retourner la question ! Réplique au tac au tac Cédric.
-Moi ? Mais j’ai peur de rien voyons ! J’ai même accepté de prendre le risque d’avoir des jumeaux, voire des triplés ! Si ça, c’est pas courageux !
-Oh regarde ! C’est ton pseudo-courage qui s’envole ! Se moque Cédric en levant les yeux au ciel.
-Eh les jeunes, si vous n’êtes pas contents de votre âge, je veux bien échanger avec vous ! Ne tarde pas à ajouter mon père, et nous essayons de nous retenir de rire avec Sarah face à cette scène.

-Ils ne sont pas possibles, tu crois qu’ils changeront un jour ? S’en amuse d’ailleurs ma cousine.
-Aucune idée.
-Peut-être que l’arrivée du petit finira par faire grandir Celian ? Suppose-t-elle en faisant référence à sa grossesse. En effet, elle et Celian ont fini par prendre la décision de faire un enfant et de fonder leur famille. Sarah a fini par découvrir que les réticences de Celian n’était que d’ordre professionnel : avant de prendre une telle décision, il voulait simplement s’assurer que sa demande de changement de poste sera acceptée ; ce qui a été le cas. Ainsi, grâce à cette promotion, il va essentiellement s’occuper de l’administration et ses déplacements seront considérablement réduits. De ce fait, et à son plus grand soulagement, il pourra être plus présent pendant la grossesse de Sarah et dans la vie de leur enfant. Et par chance, elle est rapidement enceinte, d’un seul bébé -en dépit de ses gênes Lothario-, un petit garçon, lui aussi. La seule surprise qui devra attendre la naissance sera son prénom.
-Je ne suis pas certaine. L’arrivée de Gregory n’a pas changé grand chose, comme tu peux le voir…
-Qu’est-ce qui nous ait passé par la tête, Joy ?
-Je sais pas… L’instinct de reproduction, les hormones, que sais-je encore …
-Hey les filles, on vous entend vous savez ? Ne tarde pas à intervenir Celian, faisant mine d’être vexé, alors que Cédric nous observe avec un sourire amusé.
-Oui, et alors ? Ne se démonte pas Sarah alors que je m’empresse d’aller accueillir Maman et Paul qui viennent tout juste d’arriver. Sauvée par le gong !

Après avoir accueilli Maman et Paul, nous nous installons tous dans le salon pour discuter. Je vois bien que Maman trépigne d’envie d’aller voir Gregory, mais je lui signale qu’il vient tout juste de s’endormir. Elle semble déçue mais elle sait que ce n’est que partie remise.
Puis, plus tard, je vais dans la cuisine. Je sors les bougies du placard pour les installer sur le gâteau au chocolat et je m’empresse de les allumer. Je prends ensuite le gâteau dans mes mains l’apporte doucement dans le salon. J’avance doucement, craignant que ma maladresse me joue des tours. J’entends Sarah commencer à chanter « Joyeux anniversaire » joyeusement, suivi très rapidement par les autres invités, mais je n’ose pas rejoindre la cadence avant de poser le gâteau sur la table.
Cédric est le premier à se lancer. Il me sourit puis regarde les bougies et s’empresse de les souffler.
-Alors frangin, ça fait quoi d’être vieux ? L’interroge sans attendre Celian après que Cédric ait soufflé ses bougies.
-Je ne voudrai surtout pas te gâcher la surprise ! Aller, à ton tour !

C’est avec un sourire narquois que Cédric s’empresse de rallumer les bougies pour que son frère les souffle à son tour. Je ne m’empêche d’afficher un sourire amusé. Là où Cédric vit très bien avec l’idée de prendre de l’âge, cela semble moins évident pour Celian. Derrière son humour et sa bonne humeur, se cache une certaine inquiétude.
Néanmoins, il prend une grande inspiration et souffle les bougies à son tour, sous les exclamations de « bon anniversaire ».
-Alors, ça fait quoi de vieillir ? Lui demande à son tour Cédric, toujours avec son sourire taquin.
-C’est sans doute plus simple que de porter un bébé. Soupire Sarah qui se sent soudain mal.
-Tu as besoin de quelque chose ? Lui proposé-je avec compréhension. La pauvre, je ne sais que trop bien que ce n’est pas toujours évident d’attendre un heureux événement.
-Je vais juste faire un tour dans la salle de bain. Soupire-t-elle avant de quitter la pièce. Ne m’attendez pas pour le gâteau !

En attendant que Sarah sorte de la salle de bain, nous commençons à couper et servir le gâteau avec Cédric. Tout le monde s’installe autour de la table et je réalise que nous avons manqué de prévoyance : il n’y a pas assez de chaise autour de la table pour tout le monde. Kalpita et Maman me rassurent et s’installent toutes les deux sur la table sur la terrasse. Tout le monde est servi et assis lorsque Sarah vient nous rejoindre. Sans attendre, Cédric s’empresse de lui servir une part de gâteau au chocolat sous son regard gourmand.

Les discussions vont de bons trains autour de la table. Même si j’ai besoin de moments de calmes -de beaucoup moments de calme-, j’apprécie d’être entourée de ma famille. Le gâteau de Cédric est délicieux et j’ai des nouvelles de tout le monde. Ainsi, je sais que Papa a du mal à s’accoutumer à la chaleur d’Oasis Springs alors que Kalpita est heureuse d’être revenue vivre ici. En même temps, entre la Suède et Oasis Springs, c’est le grand écart climatique.

Néanmoins, je suis heureuse que Papa soit venu vivre ici. J’ai vécu loin de lui durant toute ma vie, et je vais enfin pouvoir le voir plus souvent, et lui pourra voir régulièrement son petit-fils. Et puis, je dois avouer que cela me rassure, de le savoir ici. Il n’est plus tout jeune, et je pourrai être là pour lui si jamais il en a besoin.
Je profite d’ailleurs de sa présence pour lui donner un double des clés de la maison. Ainsi il pourra venir quand il en a envie, et il pourra venir garder Gregory si jamais nous devons nous absenter tous les deux avec Cédric. Je donne également un double à Maman pour les même raisons. Même si Brindleton Bay est plus loin, il n’y a pas de raison que nous sollicitions que l’aide de Papa et je sais que cela ne gêne pas Maman de faire la route pour venir ici.

La nuit tombe quand Gregory se fait entendre. Je propose donc à mes parents de venir avec moi pour qu’ils puissent voir leur petit-fils. Ils ne font évidemment pas prier et me suivent jusqu’à l’étage. Gregory a les yeux grand ouverts et je m’empresse de le prendre dans mes bras pour changer sa couche. Je vois que Papa me regarde faire avec un regard ému.
-Par moment, j’ai du mal à me faire à l’idée que je suis grand-père. M’avoue-t-il alors que ses yeux brillent lorsqu’il regarde Gregory.
-Ca viendra quand il commencera à parler et à t’appeler Papy. M’en amusé-je. Tu le veux le prendre ?
-Je ne sais pas si je saurais… Bredouille-t-il, mal à l’aise. Je lui souris avec compréhension alors que je lui mets Gregory dans les bras. Je sais bien que j’étais déjà grande quand il a su qu’il avait une fille et qu’il n’est pas forcément à l’aise avec un nourrisson. Il regarde toujours Gregory avec admiration, mais il a un peu de mal à le prendre dans ses bras. Il a peur de lui faire mal, je crois. Mais il fait toujours preuve d’une grande douceur avec lui et profite de ce moment avec son petit-fils.

Maman ne dit rien pendant que Papa câline Gregory. Elle se contente de le regarder faire, jusqu’au moment où nous sentons qu’il est temps de changer sa couche. Je reprends mon fils dans mes bras pour le changer, et mon père profite de ce temps-là pour retourner au rez-de-chaussée auprès de Kalpita. Maman reste avec moi et m’observe avec un sourire émue.
-Tu es vraiment une excellente mère, ma puce. M’avoue-t-elle alors que je suis en train de recoucher Gregory dans son berceau.
-J’espère que je serai à la hauteur en tout cas.
-Il n’y a pas de raison. Tu dois tenir de tes grands-parents pour ça.

-Si je suis une bonne mère pour Gregory, c’est aussi grâce à toi. Lui assuré-je en m’asseyant en face d’elle. Tu as toujours été une bonne mère.
-Ne raconte pas de bêtise. Secoue-t-elle la tête, en soupirant. Mon plus grand regret est de n’avoir pas su être là pour toi dans les premiers instants de ta vie. Et je ne m’excuserai jamais assez pour ça.
-Ce n’est pas de ta faute, Maman. Tu étais jeune et les circonstances de ma naissance n’ont pas été évidente. Tu as fait ce que tu as pu, c’est tout. La rassuré-je. Et cela ne change rien au reste du temps. Tu es une bonne mère, et je suis fière d’être ta fille. Et je suis sûre que tu seras la meilleure grand-mère du monde. Affirmé-je, sûre de moi, avant de me relever pour la prendre dans mes bras. Je t’aime Maman.
-Arrête un peu, tu vas me faire pleurer ! Mais je t’aime aussi ma fille.

La soirée passe à une vitesse folle, et petit à petit, les invités finissent par partir pour rentrer chez eux. Le calme revient à la maison, et cela fait tout drôle sur le coup. Avec Cédric, nous prenons le temps de tout ranger avant de regagner notre chambre. Maintenant que nous sommes seuls et que je peux profiter de mon homme, je m’empresse de le prendre dans mes bras et de lui déposer un b.aiser sur sa joue.
-Bon anniversaire mon amour.
-Merci Chaton. Tu as passé une bonne journée ?
-C’est plutôt à moi de te poser la question.
-Comment aurais-je pu passer une mauvaise journée ? Me demande-t-il avec un sourire amusé.
-Alors, ça fait quoi d’avoir 40 ans ?
-Rien de spécial. J’ai déjà tout pour être heureux avec une femme et un fils, alors prendre de l’âge ne me gêne pas. J’ai juste hâte que Gregory grandisse pour que l’on mette un deuxième bébé en route. M’avoue Cédric alors que je lui souris à mon tour. Qu’est-ce que j’aime l’entendre parler de nos projets d’avenir.
-En attendant, on peut toujours s’entraîner. Lui susurré-je avant de l’embrasser avec passion.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 21

La grossesse avance doucement mais sûrement. Je suis tellement occupée entre mon travail et l’amélioration de ma fusée que je ne vois, presque, pas le temps passé.
Presque, parce que je trouve quand même le temps de m’émerveiller face à mon ventre qui grossit, face aux sensations de mon bébé qui bouge dans mon ventre, ou encore face à l’enthousiasme de Cédric qui ne cesse d’accourir quand j’annonce que le bébé bouge ou encore quand il parle régulièrement à mon ventre, pour être certain que notre enfant reconnaisse sa voix quand il viendra au monde. A mon avis, vu comment il est bavard, si le bébé ne le reconnait pas, c’est qu’il est sourd.
Mais aussi, le « presque » s’applique aussi à cause des désagréments dû à la grossesse. Elle a beau être avancée, les nausées continuent de faire partie de mon quotidien. Cela me réveille tôt le matin et cela me fatigue de ne pas passer une journée tranquille sans être embêtée.

-Va prendre un bain, je vais te préparer un bon petit-déjeuner pendant ce temps-là. Me suggère Cédric alors que je me lève avec la nausée.
-Ca soulage les nausées, les bains ? Lui dis-je, dépitée par mon état et peu convaincue par sa proposition.
-Aucune idée, mais cela te détendra.

Bon gré mal gré, je me laisse tenter par un bon bain chaud et un masque d’argile sur le visage. Je ne sais pas si cela soulagera mes maux, mais cela ne me fera pas de mal.
Je me rends donc dans la salle de bain et pendant que l’eau coule dans la baignoire, je m’applique le masque. Je file rapidement dans la cuisine pour récupérer deux tranches de concombre, devant le regard rieur de mon mari. Je l’ignore et retourne dans la salle de bain où je me plonge avec plaisir dans l’eau chaude, pour ensuite mettre les tranches de concombre sur les yeux.
Au bout de quelques minutes, je dois avouer que je me sens mieux. Petit à petit, je me détends et je me laisse aller dans le confort de l’eau chaude. La nausée finit par passer, au fur et à mesure que je réalise que je devrais prendre plus de temps pour prendre plus soin de moi. Il est vrai que je m’accorde rarement des moments de détente, étant trop occupée à améliorer ma fusée ou ma forme physique. Mais c’est agréable aussi de se poser, de ne rien faire, me vider l’esprit et de juste penser à moi.
Ce qui est moins agréable par contre, c’est de devoir appeler Cédric pour m’aider à sortir de la baignoire. Ca donne juste l’impression d’être une grosse baleine échouée. Le summum du glamour et de la dignité.

Lorsque je parviens à sortir de la salle de bain et de m’habiller, Cédric m’apprend que la gazinière est en panne et qu’il a l’intention d’appeler le réparateur après le déjeuner. Je l’ai regardé d’un air ahuri. Pourquoi s’embêter à appeler et payer quelqu’un alors que je suis tout à fait capable de la réparer moi-même ?
Une fois le petit-déjeuner avalé, je m’empresse de récupérer mes outils pour commencer à travailler sur la gazinière. Je suis tellement prise dans ma tâche que j’oublie que ma mère devait venir à la maison aujourd’hui…
-Joy tu ne devrais pas te reposer ? S’inquiète-t-elle alors, après avoir été accueillie par Cédric.
-J’ai voulu appeler un réparateur, mais elle n’a pas voulu. Se justifie aussitôt Cédric, comme s’il avait peur de passer pour un mauvais mari.
-Tut tut tut ! Je peux très bien réparer ça moi-même ! Je ne suis pas en sucre ! Affirmé-je en brandissant fièrement mon tournevis. Et d’ailleurs, j’ai réussi !
-C’est bien ma fille, mais tu arrives à la fin de ta grossesse, il faut que tu te ménages. Me gronde Maman alors que je lève les yeux au ciel.

Nous allons ensuite dans le salon, et histoire de satisfaire ma mère, nous nous installons tranquillement sur le canapé. Cédric propose de lancer un film et prend la manette de la console après y avoir inséré un DVD. Pendant ce temps-là, je remarque que Maman a l’air triste. Elle m’avoue alors que Manon, l’une de ses amies et compagne de Tata Caroline, vient de décéder. Son fils aîné, Hugo, n’étant pas encore majeur, lui et son frère Eric sont allés vivre chez leur tante et leurs cousins. Mon cœur se serre en apprenant la nouvelle. Le décès de Manon fait partie de la vie et n’est pas surprenant étant donné son âge, mais savoir que ses enfants perdent leur dernier parent si jeune me rend triste. Je n’ose pas imaginer ce qu’ils doivent ressentir, déjà orphelins alors qu’ils ne sont pas encore adultes. Heureusement qu’ils peuvent compter sur leur tante Lucia et le soutien de Patrick et Marina.
-Ca va ma puce ? S’inquiète subitement Maman alors que je tente de me masser le bas du dos.
-Oui, j’ai juste mal au dos Maman, rien d’important.
-D’où l’intérêt de te reposer ma chérie, et ne pas te casser le dos à réparer tout dans ta maison. Ou donne des cours de bricolage à ton homme.
-J’ai essayé … Et on a du jeter la cafetière. Répliqué-je avec un sourire en coin, alors que Cédric fait mine de n’avoir rien entendu. Maman ne peut retenir un rire, et je me sens soudain fière d’avoir réussi à lui redonner le sourire pendant un instant.

Pendant que Cédric se bat avec la console qui ne semble pas vouloir coopérer, je décide de montrer la chambre du bébé à Maman. Nous l’avons terminé il y a peu, et il ne manque plus que notre enfant pour lui donner vie.
Nous retournons ensuite dans le salon pour voir où en est Cédric, et je m’arrête un instant lorsque je sens le bébé bouger. Je souris à Maman et l’autorise à toucher mon ventre pour qu’elle puisse le sentir me donner des coups de pied.
-Il est un peu hyperactif, j’ai l’impression qu’on pourra en faire un footballeur comme son oncle. M’amusé-je alors que Maman regarde mon ventre avec fascination.
-Au moins, ça montre qu’il va bien ce petit bout ! Vous ne savez toujours pas ce que c’est ?
-Non Maman, on n’a toujours pas changé d’avis. On garde la surprise.

-Même pas drôle. Bougonne Maman alors que son visage traduit sa joie de devenir bientôt grand-mère. Mais je parie que c’est une fille !
-Et qu’est-ce qui te fait dire ça ? Lui demandé-je, amusée par sa supposition. J’avoue que l’idée d’avoir une fille me plait, mais je serai tout aussi heureuse d’avoir un garçon. L’important reste qu’il soit en bonne santé.
-La forme de ton ventre ! Quand il est haut, c’est que c’est une fille ! Le mien était haut aussi quand je t’attendais !
-Ce n’est qu’une spéculation Maman, il n’y a aucune preuve scientifique qui affirme qu’il y a un lien entre la forme du ventre et le sexe du bébé. C’est comme dire qu’il faut manger sucré pour avoir une fille et manger salé pour avoir un garçon.
-Non, mais tente les fraises pour avoir une fille et des carottes pour avoir un garçon ! Il parait que ça marche ! S’exclame Maman alors que je ne peux m’empêcher de rire face à sa répartie. De toute façon, nous aurons la réponse bientôt ?
-Oui, le terme approche à grand pas.

En effet, je peux commencer à compter les jours avant le terme et j’avoue que j’ai hâte de faire la connaissance de mon enfant… Et de ne plus sentir son poids dans mon ventre. Avoir un bébé dans le ventre en permanence est fatiguant, surtout quand on souhaite rester active, et se sentir lourd tout le temps n’est pas agréable.
-Tu es sûre que tu es obligée d’aller travailler ? Se fait du soucis Cédric, comme tous les matins où je dois partir au travail.
-Je ne suis pas obligée, mais je n’ai pas envie de m’arrêter. Lui réponds-je alors avec le sourire. Je veux continuer de travailler. J’aurais l’impression de ne servir à rien si je reste ici à ne rien faire et j’adore mon travail. Je ne veux pas perdre une occasion de progresser !
-Je sais bien que ton travail est ta passion, mais il ne faudrait pas que tu t’épuises avant l’accouchement…
-Ne t’inquiète pas, je fais en majorité du travail de bureau. Mes collègues refusent que j’aille dans la fusée et que je travaille dessus. Limite, je suis moins active à l’agence qu’ici …
-Il faut bien un avantage à ce que tu continues de travailler. Plaisante alors Cédric alors que je fais mine de lui lancer un regard noir.

Au final, lorsque je suis arrivée au travail, mes supérieurs ont décidé de réduire mon temps de travail jusqu’à 3 semaines après la naissance de mon bébé. Rien de personnel, c’est la nouvelle politique de l’entreprise vis-à-vis des femmes enceintes. Cela vient d’être adoptée suite à l’augmentation du personnel féminin parmi les astronautes. Je ne vais pas me plaindre de voir mon métier se féminiser, mais je suis moyennement ravie de devoir partir plus tôt de mon travail. Cédric, quant à lui, a été ravi de la nouvelle. Il peut être heureux lui, il n’est pas obligé de s’arrêter de travailler, lui.
Mais un jour, je commence à me plaindre de douleurs au ventre. Je préfère l’ignorer au début, pensant que cela finirait par passer. Mais, alors que je regarde une série de science fiction, la douleur se fait de plus en plus présente. Je ne peux plus ignorer l’évidence et j’appelle aussitôt Cédric qui travaille à son bureau.

-Qu’y a-t-il Chaton ? Arrive-t-il rapidement, alors que je vois son regard se poser sur mon ventre que je suis en train de tenir.
-Je… J’ai des contractions. Je crois … Je crois que le travail a commencé. Lui annoncé-je en veillant à bien respirer alors que je lis la panique dans les yeux de Cédric.
-Euh ok.. D’accord.. Souffle-t-il alors qu’il commence à perdre ses moyens. Alors, je vais chercher la voiture … Non le sac d’abord ! Où il est où le sac déjà ? Et toi ça va ? Il faut peut-être appeler l’hôpital avant non ? Tu as perdu les eaux ?
-Calme toi et va chercher le sac. Levé-je les yeux au ciel, alors que j’essaie de calmer le stress qui commence à me gagner.

Après que Cédric ait récupéré ses esprits, nous prenons la route pour l’hôpital le plus proche. Cédric essaie de me rassurer, mais plus nous approchons de notre destination, plus je ne peux m’empêcher de stresser.
Car je ne peux m’empêcher de penser à ma propre naissance, et ce qui est arrivé à Maman. Et si j’avais les mêmes complications ? Et si la naissance se passe mal ? Et s’il m’arrive quelque chose et que Cédric doive élever notre enfant tout seul ?
Voyant le stress me gagner, mon adorable mari finit par allumer la radio pour essayer de me changer les idées avec de la musique. Malheureusement, nous arrivons à destination et la distraction est de courte durée.
Nous attendons un moment à l’hôpital, jusqu’à ce que le moment de sortir le bébé soit arrivé. Je suis toujours aussi stressée par mon accouchement, et je ne peux m’empêcher d’imaginer les pires scénarios dans mon esprit.

Cédric ne tarde pas à me rejoindre dans la salle d’accouchement, suivi de près par le médecin qui va m’aider à accoucher. Ma nervosité est au maximum lorsqu’il prend place derrière sa grosse machine étrange. Mon homme essaie de me rassurer en souriant, mais je devine derrière son souris qu’il n’est pas rassuré non plus.
-Ne vous inquiétez pas Joy, tout va bien se passer. M’assure le médecin alors que je suis tendue que jamais.
-Vous êtes sûr ?
-Bien sûr, je suis le meilleur ! Alors, vous êtes prêts à faire connaissance avec votre bébé ?

Lorsque j’entends les premiers cris de mon bébé, je me sens aussitôt soulagée. L’accouchement s’est bien passé, et le médecin qui s’est occupé de mon bébé m’assure que mon enfant est en parfaite santé. Dès que je peux, je me lève pour prendre mon nouveau-né dans mes bras. Mon cœur se remplit d’amour et je réalise que ça y est, je suis maman et qu’un petit être compte dorénavant sur moi.
J’espère être une bonne mère mais une chose est sûre : je l’aime d’un amour infini et inconditionnel. Et lorsque je vois le regard que pose Cédric sur nous, je devine que c’est également le cas pour lui aussi.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 20

Dès que le temps et l’installation nous l’ont permis, nous décidons d’inviter notre proche famille à la maison pour fêter notre emménagement à Oasis Springs, ainsi que ma grossesse. Nous sommes en comité assez restreint, puisque seuls Maman, Paul, Celian et Sarah sont présents aujourd’hui. Kalpita vient de prendre sa retraite et elle et Papa sont en train d’organiser leur déménagement ici. D’après Papa, ils devraient pouvoir déménager peu avant la naissance de mon bébé.
Cédric s’est démené toute la matinée dans la cuisine pour que le repas puisse être prêt pour le déjeuner. Il est un peu nerveux car il tient à faire quelque chose de bon, sans que ce soit trop simple, pour ma mère et mon beau-père. J’ai passé mon temps à le rassurer : Cédric est un véritable cordon-bleu.

En attendant que le déjeuner finisse de cuire, nous faisons visiter la maison à nos proches, y compris la chambre du futur bébé même si elle n’est pas encore terminée. Une fois le tour terminé, nous retournons au salon où chacun discute confortablement installé sur le canapé et le fauteuil. Cédric reste avec nos invités pendant que je mets la table.
-Vous avez vraiment bien choisi, c’est une belle maison que vous avez là ! Complimente Maman pendant que Paul, Celian et Sarah sont obnubilés par la télévision. Vous vous perdez pas trop dedans ? Elle est immense !
-Non ça va, on a fini par s’y faire. Assure Cédric sur un ton amusé. Et avec le bébé qui arrive, elle va nous sembler moins grande je pense !
-Ou au contraire, elle va te sembler trop grande, tellement tu vas passer de temps à lui courir après pour vérifier qu’il ne se cogne pas quelque part. Plaisante aussitôt Celian, ne manquant pas de faire rire ma mère et mon beau-père. Bizarrement, Cédric semble perdre un peu son sens de l’humour à l’évocation de cette hypothèse.

-N’empêche, c’est assez rigolo quand j’y pense que vous ayez choisi cette maison. Ajoute Maman alors que Cédric part en cuisine pour vérifier la cuisson du plat et pendant que je termine de mettre la table. Il revient rapidement ensuite, avec le plat et tout le monde commence à se servir.
-Pourquoi cela ? Ne tardé-je pas à l’interroger, intriguée par son affirmation.
-Tu sais que tes grands-parents a vécu à Oasis Springs par le passé, avant d’emménager à Willow Creek ?
-Oui, Papy m’en a déjà parlé. Confirmé-je, ne voyant pas où elle voulait en venir.
-La maison voisine, de l’autre côté de la route, c’était celle de ta grand-mère. Celle d’en face, celle de ton grand-père, avant qu’ils emménagent ensemble. M’informe-t-elle avec un sourire amusé.
-Mais non, t’es sûre ? M’exclamé-je, surprise. C’est un hasard assez fou, tellement fou que j’ai du mal à y croire. Maman n’a jamais vécu à Oasis Springs, mes grands-parents ayant déménagé avant sa naissance, elle peut se tromper !
-Bien sûr que je suis sûre ! J’ai déjà vu la maison en photo et je l’ai aussitôt reconnu en arrivant ici !
-C’est fou ! Le monde est petit !

Pendant que Maman continue de me parler de la maison de Mamie, Celian va rejoindre son frère pour lui donner un coup de main pour le service et discuter tranquillement avec lui.
-En tout cas, je comprends que tu ais voulu déménager. Ta maison est vraiment top ! Bien mieux que la nôtre, je vais finir par être jaloux !
-Tu n’as pas à l’être, notre maison était très bien aussi. Le rassure Cédric en réponse. Et elle doit être encore mieux maintenant que Sarah y vit aussi.
-Je suis pas sûr… Je ne sais pas si tu l’as constaté ici aussi, mais à la maison… La salle de bain est envahie de trucs de fille non identifiés … Lui avoue-t-il sur le ton de la confiance, en faisant mine d’être horrifié. Cédric ne peut retenir son hilarité. Non plus sérieusement, c’est chouette qu’elle soit là. Et au fait, félicitations pour le futur bébé. Vous savez si c’est un p’tit mec ou une fille ?
-Non et on veut garder la surprise.
-Quelle idée ! Dans tous les cas, super Tonton lui apprendra à jouer au foot, il ne passera pas à côté, y’a pas moyen ! Promet Celian, faisant sourire son frère.

Petit à petit, tout le monde se sert du plat préparé par Cédric. Délaissant finalement la table, nous préférons nous installer dans le salon. C’est avec soulagement que je m’installe enfin dans le canapé, ravie de n’avoir plus rien à faire pendant quelques minutes. Cédric m’a pourtant bien dit de rester tranquille et qu’il allait se débrouiller, rapidement soutenu par Maman quand elle est arrivée, mais il était hors de question qu’il fasse tout, tout seul. Ni que ma mère fasse quoi que ce soit alors qu’elle est une invitée. Je suis enceinte, et non handicapée, et je n’en suis qu’au début de ma grossesse. Je suis encore tout à fait capable de continuer à m’occuper de ma maison aux côtés de Cédric et je n’ai pas envie de me laisser aller à la moindre occasion.

-En tout cas, tu es magnifique ma puce, la grossesse te va bien ! Me complimente Maman après que nous ayons fini de manger. Tu es rayonnante !
-Merci Maman ! Ce n’est que le début, mais j’ai hâte de découvrir sa bouille et de faire sa connaissance !
-Tu as un joli ventre rond quand même… Tu es sûre qu’il n’y en a pas plusieurs là-dedans ? Plaisante-t-elle ensuite avec amusement. Après tout, les grossesses multiples sont presque la norme dans la famille ! Ajoute-t-elle ensuite, alors que Cédric manque de s’étouffer à cette évocation.
-Très drôle mais non ! Le médecin nous a assuré qu’il n’y a bien qu’un seul bébé !
-En même temps, les grossesses gémellaires sont plus dans les gênes Lothario. Alors, Joy, comme tu n’as pas de sang Lothario, tu devrais être tranquille ! Renchérit Paul avec un sourire amusé.
-Bon bah, Sarah, désolée, je compatis sincèrement. Taquiné-je alors ma cousine qui ne manque pas de rire à son tour alors que Celian fait mine de s’évanouir.

-Et ça va, tu n’as pas trop de désagrément dû à la grossesse ? M’interroge Sarah en venant s’installer à côté de moi sur le canapé.
-Pour l’instant, je dois avouer que ça va. Je m’estime chanceuse pour le moment.
-Ahaha, parle pas trop vite ma fille, ça peut mettre du temps à arriver ! Me met en garde Maman sur un ton amusé. J’ai eu des nausées tard que j’étais enceinte de toi !
-Maman, tu as fait un déni de grossesse.
-Et alors ? J’aurais pu avoir des nausées plus tôt et mettre ça sur le dos d’une bonne indigestion ! Réplique-t-elle alors que je lève les yeux au ciel.
-Je t’avoue que je t’envie. Ajoute Sarah sur le ton de la confidence. Pour être honnête, je commence à y penser, à devenir mère. Mais Celian ne semble pas très motivé, même si je suis certaine qu’il fera un père génial.
-Peut-être que prendre son neveu ou sa nièce dans les bras réveillera son instinct paternel et lui donnera envie. Supposé-je, compréhensive.
-Peut-être, j’espère. Il n’est pas contre l’idée, mais il a tendance à repousser le projet. Mais j’aimerais bien devenir mère avant de fêter mes 40 ans.
-Vous parlez de quoi ? Nous interrompt brusquement Celian, qui revient au salon avec Cédric après avoir débarrassé la table.
-De Sarah qui attend que tu te décides à lui mettre un polichinelle dans le tiroir ! Ne tarde pas à répondre Maman sans la moindre gêne, alors que nous lui faisons les gros yeux de surprise avec Sarah, et que Cédric retient un fou rire.
-Quand je serai sûr de ne pas tomber dans les pommes à l’idée d’avoir des jumeaux ou pire, des triplés ! Ne se démonte pas Celian sur le ton de l’humour, ne manquant pas de faire rire tout le monde.

Au fil du temps, comme l’a supposé Maman, les effets indésirables de la grossesse finissent par se faire sentir. Très vite, les nausées font leur apparition, et à n’importe quel moment de la journée. Je m’en passerais bien et, même si je suis heureuse d’attendre un heureux événement, ce n’est pas spécialement agréable et il m’arrive de me surprendre à maudire mon état.
-Ca va Chaton ? Me demande Cédric une nuit, alors que je viens de me réveiller à cause d’une nouvelle nausée.
-Je.. Je crois que… Soufflé-je avant de filer vers la salle de bain.
Une fois à l’intérieur, je me penche aussitôt vers la cuvette des toilettes pour vomir. Je me sens mal et je prie intérieurement pour cela passe vite pour que je puisse retourner me coucher. Cédric me rejoint rapidement dans la salle de bain pour s’assurer que je vais bien. Lorsque mes vomissements cessent, il s’approche de moi avec un verre d’eau pour que je puisse me rincer la gorge.
Je crois que j’ai le meilleur mari du monde.

Cédric est aux petits soins avec moi. Il fait tout son possible pour m’aider dans ma grossesse et veiller à ce que les désagréments ne soient pas trop pénible. Malgré les effets indésirables, j’aborde ma grossesse avec plus de sérénité avec lui à mes côtés. Je ne sais pas comment j’aurais fait sans lui.
-Ce n’est pas bon ? S’inquiète Cédric, après m’avoir préparé un petit déjeuner de roi et absolument délicieux, alors que je fais la grimace.
-Si si, je ne me sens pas bien c’est tout. Soupiré-je alors que mon époux me lance un regard compatissant. J’adore le goût, mais l’odeur des œufs…
-Tu veux que je te prépare autre chose ?
-Mais non, t’embête pas pour ça, ça va aller.
-Ca ne m’embête pas et il faut bien que tu manges. Vu ta tête, tu ne vas pas garder le contenu de ton assiette si tu te forces. Aller dis-moi, tu as envie de quelque chose en particulier ? Je peux te faire du pain perdu si tu veux.
-Avec du chocolat ? Lui demandé-je alors que ma gourmandise se réveille. A son sourire, je devine que ma réponse l’amuse et il ne tarde pas à se lever pour retourner en cuisine.

Par moment, mes nausées me gâchent la vie mais lorsqu’elle me laisse tranquille, j’ai l’impression de revivre. J’ai comme un regain d’énergie et j’en profite pour m’activer et ne plus rester avachie dans le canapé. J’ai envie de faire plein de choses et il est hors de question que je n’en profite pas pour les faire.
Notamment quand il s’agit de travailler sur ma fusée. J’ai tellement hâte d’aller dans l’espace avec que je fais mon possible pour travailler le plus possible dessus et avancer dans les améliorations à apporter.
-Tu te sens mieux ? Me demande Cédric en venant me rejoindre pendant que je suis en train de bricoler.
-Oui, beaucoup mieux. Du coup, j’en profite pour avancer dessus !
-Tu es sûre que tu ne devrais pas te reposer un peu ? S’inquiète mon homme, pas rassuré de me voir travailler autant.
-Oui je suis sûre. Je n’ai aucune envie de rester à rien faire. Déjà qu’au travail, ils me prennent pour une petite chose fragile et que j’ai le droit de ne rien faire. Répliqué-je, un brin irritée, tout en frappant plus fort avec mon manteau.
-Euh, bien. Je suppose donc que tu préfères que je te laisse tranquille ?
-Tu supposes bien. Confirmé-je alors qu’il n’attend pas davantage pour prendre la poudre d’escampette.

Quand je ne bricole pas sur ma fusée, j’entretiens ma forme physique sur le tapis de course, que nous avons installé sur le balcon de l’étage. Nous n’allons pas souvent au premier, puisque l’étage ne contient que deux chambres presque vide et une salle de bain, mais le balcon est très agréable. Même si je ne suis pas forcément très à l’aise sur un tapis de course, j’apprécie beaucoup de courir ici.
-Tu es sûre que c’est bien raisonnable de courir sur le tapis dans ton état ? S’inquiète une nouvelle fois Cédric, dubitatif devant mon choix de continuer à faire de l’exercice physique.
-Mais oui. J’en profite avant que mon ventre soit trop gros pour que je puisse faire quoi que ce soit ! Il faut bien que je garde la forme pour mon travail !
-Certes, je comprends bien, mais tu pourras reprendre le sport sans problème quand le bébé sera né.
-Je finirais par arrêter le sport, promis. Le rassuré-je avec bienveillance. J’en profite tant que je le peux c’est tout ! Et regarde la vue que l’on a d’ici, ce sera dommage de ne pas en profiter !
-On peut installer un fauteuil, si tu veux profiter de la vue… Propose Cédric, avec un sourire amusé.

-Arrête de t’en faire, Papa Poule. Le taquiné-je en arrêtant la machine. Je descends alors du tapis, au grand soulagement de Cédric. Je lui souris, tout en passant mes mains sur mon ventre arrondi. Ne t’inquiète pas, Bébé va bien. Il est bien au chaud et en sécurité dans mon ventre, ça va aller.
-Je me méfie juste de ta maladresse légendaire. Ne tarde pas à me répondre Cédric, un sourire taquin sur le coin des lèvres.
-Ahah quel humour ! Répliqué-je, alors que Cédric pose à son tour ses mains sur mon ventre.
Je l’observe faire, attendrie par ses gestes et son regard. J’aime son air émerveillé face à mon ventre qui grossit et s’arrondit au fil des semaines. Comme s’il a du mal à réaliser qu’il va devenir père dans quelques mois, et que la taille de mon ventre l’aide à prendre conscience que notre bébé va bientôt venir agrandir notre famille. J’ai la chance de pouvoir sentir notre enfant se développer dans mon ventre, et je n’imagine pas ce que doit ressentir Cédric en tant que témoin extérieur de son évolution.
Néanmoins, je le vois bien, il aime déjà notre enfant. Notre bébé n’est pas encore là, avec nous, mais il l’aime tout autant que moi. Nous sommes en train de créer notre famille et, même si ce n’est pas toujours facile, je n’ai jamais été aussi heureuse.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 19

Maman nous a annoncé son mariage avec Paul, le soir où nous sommes allés au restaurant tous ensemble. J’étais surprise, Cédric aussi. C’est tellement soudain ! J’ai cru comprendre qu’ils avaient fait ça sur un coup de tête, avec une petite cérémonie improvisée, juste tous les deux.
Une fois la surprise passée, j’étais heureuse pour eux. Je n’aurais jamais cru que Maman changerait d’avis un jour à propos du mariage, mais Paul a visiblement su la convaincre. Ils sont heureux tous les deux et si le mariage contribue à leur bonheur, je ne peux que m’en réjouir.

Malheureusement, la joie et la bonne humeur ne sont pas restées au beau fixe. Quelques jours plus tard, Paul reçoit un appel pendant que nous sommes en train de nous préparer à quitter Sulani. J’ai vite compris qu’il s’agissait de Manon, et le visage de Paul est brusquement devenu blême.
Tata Caroline, sa sœur, vient tout juste de nous quitter. Il nous l’annonce brièvement, avant de reprendre sa conversation avec Manon. Maman perd instantanément son sourire. Caroline était sa meilleure amie et je sais qu’elle se contient pour ne pas éclater en sanglot devant nous. Alors que je m’apprête à la prendre dans ses bras, c’est maintenant son téléphone qui sonne. Mon cœur se serre, craignant une autre mauvaise nouvelle. Dans le regard de Maman, je devine qu’elle éprouve la même inquiétude.
Elle décroche alors sans attendre, et elle salut rapidement Lucia, qui lui explique ne pas avoir réussi à joindre Paul. Maman lui explique la situation et un blanc s’installe entre elles. En effet, Lucia n’a pas de bonne nouvelle à annoncer… Tonton Pierre vient également de décéder. S’en est trop pour Maman, qui ne peut plus retenir ses larmes. Dans la même journée, elle a perdu ses deux meilleurs amis. Des amis qu’elle a depuis l’enfance. Je n’ose pas imaginer ce qu’elle doit ressentir…
Mais lorsque Paul revient vers nous, je me sens mal à l’aise. Maman a certes perdu ses deux meilleurs amis, mais lui perd son frère et sa sœur en même temps. Des triplés Lothario, il ne reste plus que lui… Maman peine à lui annoncer la mort de Pierre, mais Paul comprend très vite. Il semble complètement déboussolé.
Avec Cédric, nous nous lançons un regard. Nous nous sentons impuissant, face à leur chagrin.
Là où nous étions excités quand nous sommes partis à Sulani, nous le sommes beaucoup moins sur le trajet du retour. Personne ne parle dans l’avion. Cédric et moi n’osons prononcer le moindre mot, et Maman et Paul se sont murés dans leur tristesse. Ils n’auront même pas eu le temps de leur annoncer la bonne nouvelle de leur mariage…

L’ambiance à la maison est morose. Maman et Paul ne parlent que des obsèques à organiser, histoire de soulager Manon et Lucia. En effet, maintenant que Caroline et Pierre sont partis, elles se retrouvent seules pour élever leurs enfants, tous adolescents. Leur chagrin ne doit pas être facile à gérer non plus… J’ai beau être adulte, je ne sais pas comment je réagirai lorsque je perdrai mon père et ma mère. Mais je préfère ne pas y penser. Après tout, ils sont toujours là et en bonne santé.
Après les obsèques de mon oncle et de ma tante, le déménagement à Oasis Springs arrive rapidement. Nous avons récupéré les clés avec Cédric, mais j’ai hésité pendant un moment à repousser l’emménagement dans notre maison. J’avais l’impression d’abandonner Maman et Paul alors qu’ils sont en plein deuil… Cédric se montre compréhensif mais Maman a refusé que je repousse mon déménagement, aussitôt soutenue par Paul. Je suis encore jeune et il est hors de question que je m’arrête de vivre pour eux. Cela les touche, bien entendu, mais ils ne veulent pas être un frein à mon bonheur. Ils sont tristes que Caroline et Pierre ne soient plus là, mais ils savent que c’est dans l’ordre des choses. Ils s’y sont préparés, à l’idée de perdre les personnes qu’ils aiment à cause de la vieillesse. Et ma vie n’a pas à pâtir des dures lois de notre existence.
C’est dans ce contexte assez triste que Cédric et moi emménageons ensemble, dans notre grande et belle maison, à Oasis Springs.

Le déménagement n’est pas forcément facile, et pas seulement à cause des décès récents. Il a fallu que je fasse du tri dans mes affaires, et que nous achetions des meubles avec Cédric.
Et surtout, il a fallu trouver un moyen de déplacer ma fusée de Brindleton Bay, jusqu’à Oasis Springs. Il se trouve, étrangement, qu’il n’existe pas beaucoup de véhicules disponible en location et capable de transporter en toute sécurité un engin de ce type. Du coup, j’ai fait les yeux doux à ma hiérarchie, à mon travail, pour pouvoir emprunter le nécessaire.
L’avantage d’être passionnée par mon travail et d’avoir un talent reconnu par ses pairs, c’est que cela n’a pas été difficile de les convaincre.
Ma fusée a donc trouvé tout naturellement sa place dans le jardin. Elle est juste à côté de l’établi, et nous avons installé un grillage tout autour, pour ses questions de sécurité.
Nous sommes que tous les deux pour le moment, mais un jour, nous aurons des enfants avec Cédric, et un accident est si vite arrivé. Alors, mieux vaut prévenir que guérir, comme on dit.

De l’extérieur, la maison semble déjà spacieuse, et cela se confirme à l’intérieur. Tous ces espaces nous ont tout de suite séduits avec Cédric, mais nous avons vite compris que ce ne serait pas forcément simple à meubler. Mais je pense que nous avons réussi à nous débrouiller.
Quand on entre à l’intérieur de la maison, on aperçoit tout de suite le bureau de Cédric, ainsi que la grande cuisine séparé du reste de la pièce par un muret. Cédric a eu les yeux qui pétillaient lorsqu’il l’a découvert. Il a largement la place pour cuisiner et s’étendre à sa guise, et les baies vitrées lui permettre de garder un œil sur le jardin. Il ne pouvait pas rêver mieux, comme espace.
Le salon n’est pas en reste, en termes d’espace. Nous avons largement la place pour recevoir du monde à la maison, et cela nous ravie. Je suis proche de mes parents et lui de son frère, ainsi nous pourrons recevoir toute notre famille sans le moindre problème. La pièce ne manque pas non plus de baies vitrées, ce qui la rend très agréable à vivre et nous permet de profiter avec bonheur du soleil d’Oasis Springs. Cela me change du temps nuageux de Brindleton Bay !
Notre chambre aussi est immense et j’ai eu peur qu’elle semble vide tellement j’ai eu du mal à imaginer comment la meubler. Cela a fait rire Cédric, qui n’avait pas le moindre doute que j’allais réussir à trouver. Et effectivement, l’espace est idéal pour y mettre un beau et grand miroir, ainsi qu’un immense dressing… Il faut bien que l’on est la place pour nos affaires, après tout !

Quelques jours après notre emménagement, Paul vient nous rendre visite. Ce n’est pas la grande forme, mais il semble parvenir à gérer la situation. Néanmoins, il n’est pas venu se plaindre, mais pour nous apporter nos photos de mariage et des cadres photos. Avec tout ça, j’avais presque oublié que c’était Paul qui était en charge de les prendre et de les faire développer !
Cela l’amuse, d’ailleurs, de constater mon trouble. Mais je suis émerveillée quand je les découvre. Je souris avec émotion, me rappelant de chaque seconde de notre mariage. Un regard vers Cédric me fait comprendre que c’est également son cas. Malheureusement, nous ne pouvons pas tout accrocher sur les murs et nous sommes obligés de faire un choix. Une grande photo de Cédric et moi trouve naturellement sa place sur un mur, à côté de la table. Ainsi, on la voit dès que nous entrons dans la pièce.
Parmi les cadres photo, l’un est un pèle-mêle permettant d’afficher trois photos. Cédric a voulu me faire plaisir et nous y avons mis une photo de nous deux, une photo de moi avec mon père et une autre avec ma mère. Cela m’émeut de voir ce cadre, j’ai l’impression de voir une immense photo de famille. Nous l’avons installé à côté de l’entrée du salon. Étonnamment, malgré la tapisserie, le cadre ressort bien !
La dernière grande photo que nous avons choisi, c’est une photo de mes parents et de moi. J’y tenais particulièrement à cette photo, car c’est la seule que j’ai avec mes deux parents. Mon père a ignoré mon existence pendant des années, et lui et Maman ne sont pas restés longtemps ensemble quand il a enfin su qu’il avait une fille. Rien qui permettait d’avoir une vraie photo de famille. Du coup, je suis heureuse d’en avoir enfin une, où mes deux parents sont réunis. Elle est installée sur la table basse, avec un coquillage que nous avons ramené de Sulani.

L’emménagement passé, nous devons prendre nos marques avec Cédric dans cette grande maison. Cela me change de celle où j’ai vécu à Brindleton Bay, et cela fait également tout drôle à Cédric qui vivait dans une petite maison avec son frère. Mais il ne se plaint pas, maintenant qu’il a son propre coin bureau, dans une pièce de vie, il n’a plus l’impression de passer ses journées dans sa chambre. Quand il vivait avec Celian, c’était la seule pièce où il pouvait écrire tranquillement. En plus, nous avons installé une grande bibliothèque à côté du bureau, ce qui lui permet d’avoir tout à disposition lorsqu’il a besoin de faire une recherche. Et comme je travaille toute la journée, il peut écrire sans être dérangé.
Quant à moi, il faut que je m’habitue à un nouveau climat. Mais je pense m’y faire assez facilement, appréciant avec bonheur la lumière et la chaleur d’Oasis Springs. La grisaille et le froid de Brindleton Bay ne me manquent absolument pas et je partage enfin mes journées avec l’homme de ma vie. Rentrer tous les soirs après le travail, et le retrouver est un plaisir simple que j’apprécie de plus en plus chaque jour.

Néanmoins, depuis quelques temps, je me sens un peu patraque. Je ne suis pas aussi en forme qu’à mon habitude. Quelque chose me tracasse, mais je n’arrive pas à déterminer quoi. Ce n’est pas la première fois que je le remarque, mais jusqu’ici, je pensais que c’était à cause du stress du déménagement et de l’inquiétude de laisser Maman et Paul seuls après le décès de Caroline et Pierre.
Mais, plus le temps passe, plus je comprends que ce ne sont pas les effets du déménagement qui me dérange.
-Cédric ? Je peux te parler ? Demandé-je, un soir après être rentrée du travail, à mon homme alors qu’il est en train de travailler sur l’ordinateur.

-Bien sûr, pourquoi tu ne pourrais pas ? Me répond-t-il en me souriant avec amour.
-Je ne veux tout simplement pas te déranger …
-Tu ne me déranges jamais. Qu’est-ce que tu voulais me dire ?
Je prends une grande respiration. Je sais qu’il sera heureux, mais je ne peux m’empêcher de stresser à l’idée de lui annoncer. Respire Joy, tout va bien se passer !
-Cédric… Je… Je suis enceinte !

Cédric a un temps d’arrêt suite à mon annonce, comme si son cerveau avait du mal à assimiler l’information. Puis, son regard s’illumine et il s’empresse de se lever de sa chaise pour m’embrasser et me prendre dans ses bras.
Cette grossesse n’est pas tellement une surprise pour nous. Nous n’essayions pas particulièrement de faire un bébé, mais lorsque nous avons signé les papiers de la vente de la maison et que nous préparions le mariage, nous avons décidé de laisser faire la nature. De prendre le risque. Quand j’ai compris que je n’ai pas eu mes règles depuis notre retour de Sulani, je me suis empressée d’acheter un test de grossesse à la pharmacie en rentrant du travail. Dès que j’ai vu le résultat, mon cœur s’est gonflé de bonheur.
Nous allons avoir un bébé, et rien ne pourrait me rendre plus heureuse.