Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 13

Il s’est passé un an et demi depuis l’anniversaire de Maman. J’ai du mal à réaliser parfois. J’ai l’impression que c’était il y a une éternité alors qu’une année et demi, ce n’est pas grand chose à l’échelle d’une vie.
Je n’ai pas évolué professionnellement durant ce temps-là mais il n’y a rien d’anormal à cela : j’ai encore beaucoup à apprendre avant de pouvoir obtenir une promotion et je découvre de nouvelles choses tous les jours. C’est vraiment chouette et je ne m’ennuie jamais au travail.
Je file toujours le parfait amour avec Cédric. Nous deux, c’est une évidence. Officiellement, je vis toujours chez ma mère mais je passe énormément de temps chez lui.

En effet, il m’arrive souvent de rester dormir chez lui. A force, il a même fait un double des clés de la maison pour que je puisse aller et venir à ma guise, sans être obligée de partir lorsque lui et son frère doivent partir au travail. Par moment, il est prévu que je reste, d’autres fois non. Dans le doute, j’ai quelques affaires qui traînent dans son placard pour que je puisse me changer.
Nous avons trouvé notre rythme tous les deux, et nous ne passons quasiment plus une journée sans nous voir désormais.
D’ailleurs, on ne cesse de nous taquiner en affirmant que je ferai mieux d’emménager directement chez lui. Même Maman, d’ailleurs, ne comprend pas pourquoi je n’ai toujours pas quitter le domicile familial pour vivre avec mon amoureux, vu le temps que je passe déjà chez lui.

Nous en rions, avec Cédric. Nous nous amusons même à laisser planer le mystère, bien que la réponse est évidente à nos yeux.
Evidemment, que nous voulons vivre ensemble avec Cédric. Evidemment, que nous en avons déjà parlé. Comme tous les couples, nous avons nos projets et nous en discutons régulièrement.
Mais ce que nous voulons, avec Cédric, c’est une vie à deux. Or, chez Cédric, il y a aussi son frère, qui lui aussi vit toujours dans la maison malgré son couple avec Sarah. De ce fait, si nous voulons vivre que tous les deux, il faut que l’un des deux frères quittent la maison pour trouver un autre logement.

Nous avons examiné toutes les options, mais il était évident que Cédric ne demanderait jamais à Celian de quitter la maison. De toute manière, l’évidence nous a rapidement frappé : le jardin de cette maison est trop petit pour accueillir ma fusée en toute sécurité et il est hors de question que je m’en sépare. Il faut donc que nous trouvions notre propre maison.
J’ai tout de même voulu m’assurer que Cédric ne faisait pas un choix par dépit et qu’il ne quitte pas cette maison juste à cause de ma fusée. Il m’a rassuré toute suite : lui-même ne se voyait pas vivre éternellement ici. Il voudrait une maison plus grande, capable de pouvoir accueillir une famille sans le moindre problème. Mon cœur a fait un bon dans ma poitrine et ma tête a fait beaucoup rire Cédric.

Nous avons discuté longuement de nos envies, de la façon dont nous voyons l’avenir. Pour être certains d’être sur la même longueur d’ondes. Cette discussion aurait pu être stressante, mais je ne me suis jamais sentie aussi détendue. Parler de mon avenir avec Cédric, de notre future vie à tous les deux, de la famille que nous voulons créer, cela m’a rendue euphorique.
Nous sommes un jeune couple heureux, le cœur en fête et des projets plein la tête. J’ai tellement hâte que tout puisse se concrétiser !
J’ai vu une annonce sur internet, pour une maison. M’annonce Cédric, un jour. Elle a 3 chambres, une grande cuisine et un grand séjour, ainsi qu’un grand jardin avec un établi. Elle a l’air top pour ce que j’ai vu sur les photos.
-Faut que tu me montres ! Elle est située où ?
-A Oasis Springs. Ca t’éloigne de Brindleton Bay par contre … Semble-t-il hésiter, lui qui avait pour idée première de trouver une maison à mi-chemin entre Oasis Springs et Brindleton Bay.
-Cela ne fait rien. Le rassuré-je avec un sourire. Je déteste le froid et j’ai toujours rêvé de vivre dans un endroit où il fait chaud ! Montre-moi les photos ! M’exclamé-je, excitée comme une puce.

Maman se réjouit de me voir aussi heureuse avec Cédric. Pour elle, il fait maintenant partie de la famille et c’est régulier qu’elle lui propose de venir manger à la maison. Chose incroyable : malgré son relatif jeune âge, elle commence à nous dire qu’elle voudrait être grand-mère. Loin de trouver ses allusions lourdes, cela nous amuse plus. Je dirai même que je me montre compréhensive… Ma naissance a été difficile et elle n’a pas pu s’occuper de moi lorsque j’étais petite. Et malheureusement, elle n’a pas eu de seconde chance. Devenir grand-mère serait pour elle d’avoir l’occasion de se rattraper. Mais elle n’aura pas d’autres choix que de se montrer patiente puisqu’il est hors de question de mettre un bébé en route tant que nous n’avons pas trouvé de maison.
Par ailleurs, Maman est toujours aussi heureuse avec Paul. Elle a même pris sa retraite pour passer davantage de temps avec lui. Cela m’a surprise car je sais que Maman était passionnée par son travail. Mais elle a dorénavant envie d’une vie plus tranquille, plus posée. Et même si elle a repris les colorations, n’aimant pas ses cheveux gris qui la vieillissent d’au moins 10 ans selon elle, elle ne se teint plus les cheveux en rouge. Elle avait envie de retrouver sa couleur naturelle.
En tout cas, je crois que je ne les ai jamais vu aussi amoureux que depuis qu’elle ne travaille plus. Parfois, je m’étonne qu’ils n’aient pas décidé de se marier, depuis le temps. Ils n’en parlent jamais, du moins pas devant moi, mais au vu de l’air rêveur de Paul devant des émissions de mariage et le désintérêt de Maman pour cette institution, je pense que c’est elle qui ne doit pas être pour.
Enfin, ils font bien ce qu’ils veulent. Du moment qu’ils sont heureux…

Malheureusement, il n’y a pas eu que de bonnes nouvelles, durant cette année et demi. Tata Roxane nous a quitté, des suites d’une maladie. Tout s’est passé très vite, elle est décédée trois mois après le diagnostic.
Maman était effondrée. Perdre sa grande sœur était difficile pour elle, d’autant plus que sa mort a remonté de vieux souvenirs. Leur enfance n’a pas été rose et elles ne se sont pas parlées pendant des années. Maman n’a jamais été aussi proche de Tata Roxane que de Tonton Ryan, mais elle l’aimait profondément. Je crois qu’elle regrette aussi qu’elles aient passé autant de temps à se faire la tête. Aujourd’hui, elle n’est plus là et Maman ne pourra plus jamais profiter de sa présence.
Tonton Ryan est passé plusieurs fois à la maison. A chaque fois, il avait l’air épuisé. Cela ne doit pas être simple pour lui non plus. Il a perdu sa jumelle, après tout. Mais lui et Maman se sont serrés les coudes, et ils se sont soutenus du mieux qu’ils pouvaient dans cette épreuve.

Quelques jours après le décès de Tata, j’ai surpris Maman très énervée alors que je rentrais du travail. Elle venait de regarder un reportage qui rendait hommage à la carrière de sa sœur, Tata étant la violoniste la plus talentueuse de notre époque. Comme elle n’était pas mariée, et qu’elle n’avait pas eu d’enfant, les journalistes l’ont décrite comme une femme qui ne pensait qu’à sa carrière. Comme s’il était obligatoire de se marier et d’avoir des enfants.
Maman était révoltée face à cette description réductrice et erronée. Certes, Tata n’a jamais été réellement en couple avec qui que ce soit, et n’a donc jamais eu d’enfants. Non pas uniquement parce qu’elle a consacré sa vie à sa carrière, mais parce que le véritable amour de sa vie, c’était son violon. Son talent, c’était sa passion. Certes, elle a fait de sa passion son métier, mais ça allait bien au delà d’un simple gagne-pain. Elle se fichait de la gloire et de l’argent. Tout ce qui comptait pour elle, c’était de pouvoir jouer du violon aussi souvent qu’elle le souhaitait, et de faire profiter de son don quiconque voudrait bien l’écouter. Cela peut-être difficile à comprendre, mais Tata était ainsi.
J’ai essayé de calmer Maman, de l’empêcher d’appeler la chaîne de télévision pour leur part de sa façon de penser, même si je comprenais qu’elle soit en colère. Mais les appeler pour les traiter de différents noms d’oiseaux ne changeraient rien. Tata était peut-être célèbre et talentueuse dans son domaine, elle n’était pas non plus une grande chanteuse ou une grande actrice très connue du grand public. Jamais ils ne referont le reportage et jamais ils ne perdront leur temps à faire un démenti.
Puis, au final, peu importe ce que pensent les gens. Ils l’auront vite oubliée. Nous, nous savons qui était réellement Tata. Nous sommes sa famille et nous ne l’oublierons pas, ni elle, ni son art. Et c’est le plus important.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 12

Je vis un véritable conte de fée auprès de Cédric. Le lendemain de notre première nuit, il se montre adorable avec moi. Il a réussi à se lever sans faire de bruit, pour ensuite revenir avec un plateau rempli de bonnes choses pour le petit-déjeuner. Une belle surprise dès le matin. Cela me touche bien sûr, et je m’estime chanceuse de l’avoir rencontrée. Vu le nombre de débiles que j’ai pu croiser, j’ai tendance à penser que Cédric est une perle rare.

Mais, alors que j’avais prévu de rester le week-end entier chez lui, Maman m’appelle. Phenix ne va pas bien et elle me prévient qu’elle l’emmène directement chez le vétérinaire. C’est vrai qu’il boitait depuis quelques jours… Je suis nerveuse, j’ai peur pour mon chien et Cédric me dépose aussitôt à la clinique de Brindleton Bay, comprenant que je voudrais rester auprès de mon chien le reste du week-end. Ne voyant pas ma mère dans la salle d’attente, je me renseigne auprès de l’accueil qui m’informe qu’elle et Phenix sont déjà en salle d’auscultation et que je peux les rejoindre. Lorsque j’entre dans la salle, j’ai les mains moites. J’ai peur de ce que va m’annoncer la vétérinaire…
-Ne vous inquiétez pas, nous rassure-t-elle alors quelques minutes plus tard, Phenix va bien. Il a juste une petite blessure à la patte et un coup de fatigue. J’ai désinfecté la plaie et fait une injection pour éviter une infection. Un peu de repos ça ira mieux. C’est juste un vieux toutou un peu sensible.
-Merci beaucoup… Lui répond alors Maman alors que je ne cache pas mon soulagement.
-Cependant, je me dois de vous avertir que Phenix semble présenter un peu d’arthrose. Ce qui est normal vu son âge mais veillez à le ménager pour ne pas abîmer ses articulations et à faire de courtes promenades.
Mon cœur se serre en entendant les recommandations du vétérinaire. J’ai du mal à réaliser que mon chien vieillit. Il a toujours l’air un peu mollasson, mais il a toujours été plein de vie. J’ai l’impression qu’il n’était qu’un bébé, hier encore.

D’ailleurs, Phenix n’est pas le seul à vieillir. Quelques temps plus tard, c’est l’anniversaire de Maman. Elle entre dans le 3e âge et abordera également les rides et les cheveux blancs. Je sais qu’elle a toujours assumé son âge, mais je remarque aussi qu’elle fait la grimace à l’évocation des marqueurs physiques de la vieillesse.
Pour l’occasion, Paul se met aux fourneaux. D’habitude, c’est Maman qui cuisine mais il a souhaité lui faire plaisir en préparant son gâteau d’anniversaire. Une chose est sûre, c’est qu’il nous a caché ses talents de pâtissier : son gâteau est magnifique et s’il est aussi bon que beau, nous allons nous régaler !

Très vite, Tonton et Tata Roxane arrivent à la maison. Tata Juliette n’est pas là, par contre. Elle est clouée au lit avec une grosse bronchite. Je crois que Sarah m’en a parlé il n’y a pas longtemps, disant que les « vieux poumons de sa mère n’ont pas supporté les variations de température ». La pauvre, si elle l’entendait !
-Tu te rends compte qu’elle va, enfin, rejoindre le clan des cheveux gris ? S’exclame Tonton en direction de Tata, toujours avec son habituel ton blagueur.
-C’est pas trop tôt ! On aura l’air moins vieux quand on se tiendra à côté d’elle. Renchérit Roxane avec un fin sourire taquin.
-Non mais je vous retiens vous deux ! Vous devriez compatir, au contraire !
-Ah ah ! La compassion, c’est réserver aux jeunes qui flippent du jour où ils seront comme nous ! Réplique sans attendre Tonton avec bonne humeur.

La sonnette retentit et Maman va ouvrir pour accueillir Papa. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il est présent pour son anniversaire, une première depuis qu’elle a rompu avec lui. Il a toujours été normal qu’il soit là pour les miens mais j’ai toujours cru que cela lui ferait trop étrange de venir à un anniversaire de Maman.
Mais je ne vais pas me plaindre, cela me fait plaisir de voir mon père, ainsi que Kalpita. Quand Maman m’en a parlé, elle m’a expliqué qu’ils étaient dans le coin au même moment pour des vacances. Ils font partie de la famille donc autant qu’ils viennent profiter de la fête. Enfin, ceci est la version officielle.
Officieusement, je pense plutôt que Papa fait son curieux.

En effet, j’ai décidé de profiter de l’occasion pour présenter Cédric à Maman et à Paul, sans me douter que mon père serait présent également. J’avais prévenu Papa d’ailleurs, puisque je souhaitais organiser une session Skype pour qu’il puisse faire la connaissance de l’homme qui partage ma vie. Mais quelque chose me dit qu’il a trouvé un tout autre moyen pour le rencontrer. Je ne vais pas me plaindre, je trouve ça plutôt drôle et son manège a également amusé Cédric.
La sonnette se fait entendre une nouvelle fois, et cette fois-ci, je me précipite à l’extérieur. Tout le monde est arrivé, et il ne manquait plus que lui. Je suis heureuse qu’il soit là, bien que je sois un peu nerveuse à l’idée de le présenter à ma famille.
-Je suis contente que tu sois là ! M’exclamé-je en me jetant dans ses bras. Pas trop stressé de rencontrer ma famille ?

-Je suis ravi aussi. Pour être honnête, ça va. Il n’y a pas de raison que cela se passe mal. Par contre toi, tu n’as pas l’air aussi confiante. Remarque-t-il alors sans problème.
-Oh si si, je le suis ! Assuré-je, bien que je n’ai pas l’impression d’être convaincante si j’en juge par l’expression sceptique de Cédric. Je sais qu’ils vont t’adorer. Ma mère ne te connait pas encore, mais elle passe son temps à me demander comment tu vas… C’est juste que… Que je n’ai pas pour habitude de leur présenter qui que ce soit…
-Ne t’inquiète pas, tout va bien se passer, Chaton. Me rassure avec tendresse Cédric avant de me déposer un baiser sur le front. Dis-moi, c’est qui qui est en train de nous espionner par la fenêtre ? Me demande-t-il sur un ton amusé, tout en désignant la fameuse fenêtre.
-Oh, c’est mon oncle ! Le père de Sarah ! Ah, et la deuxième tête qui vient d’apparaître, c’est Paul, mon beau-père. Ajouté-je, ne manquant pas de faire rire Cédric. Ca doit être le signe qu’ils s’impatientent à l’intérieur.
-Je crois aussi.

Sans plus attendre, nous entrons donc à l’intérieur de la maison. Tonton et Paul se donnent un air innocent, comme s’ils n’avaient rien fait. Si nous ne les avions pas remarqué, il aurait été facile de deviner qu’ils se sont amusés à espionner.
Cédric, un peu intimidé par la situation, dit bonjour à tout le monde. Il termine par ma mère, devant l’air interloqué de Phenix.
-Enchantée Cédric ! Enfin on se rencontre ! S’exclame Maman avec enthousiasme. Joy m’a beaucoup parlé de toi ! … En bien je te rassure. Ca ne te dérange pas que je te tutoie ?
-Enchantée Madame. Il n’y a pas soucis.
-Madame ? Me vieillit pas trop vite, je n’ai pas soufflé mes bougies encore ! Plaisante-t-elle ensuite. Appelle moi Rosae, ça ira très bien !

-Par contre, moi, ça sera bien Monsieur Arendel. Précise mon père en se levant sa chaise. J’hausse un sourcil incrédule. Depuis quand il se la joue père protecteur ?
-Sven ! T’es pas sérieux ? Le gronde aussitôt Maman, bien que son sourire en coin indique qu’elle ne le prend pas du tout au sérieux. Le pauvre, tu vas nous le mettre mal à l’aise !
-Je plaisante bien sûr, c’était pour voir comment il allait réagir ! Se défend mon père alors que je vois bien que Cédric se retient de rire.
-Prend moi pour une bille, je te dirai rien ! Kalpita, tu le crois, toi ?
-Ce que je crois surtout, c’est que ça fait une semaine qu’il tourne en rond comme un lion en cage, attendant de pouvoir juger de lui-même si le copain de sa fille est un homme bien. Ajoute Kalpita en se retenant de rire.
-Non mais ça suffit, vous allez me faire passer pour quoi ?

-Le pauvre, il va croire qu’il a atterri chez les fous. Commente ma tante alors que nous sommes toutes les deux assises sur les canapés du salon, simples spectatrices de la scène qui se jouent devant nous.
-Oh tu sais, quand il est avec son frère, j’ai le droit au même type de scène. Lui précisé-je alors, faussement blasée. Ce genre de chamailleries, c’est son quotidien !
-Ah bah, comme ça, il n’aura pas de problème pour s’intégrer chez les Opaline ! Entre fous, on se comprend !
-Hey ! On n’est pas fous ! Se défend alors Maman. Et on n’est pas sourd non plus !
-Qu’est-ce que tu dis ? J’ai pas bien entendu ! Fait mine de mal entendre Tata Roxane alors je me pince les lèvres pour m’empêcher de rire.

Rosae

Trève de plaisanterie. Tout le monde est là à présent, nous pouvons sortir le gâteau. Paul le sort sans attendre du frigo pour le poser sur la table et y installer les bougies. Il les allume alors que je le regarde faire, comme hypnotisée par ses gestes.
Son gâteau est magnifique. Je le scrute tout entier, avec chacune des bougies allumées. Je réalise enfin que je vais entrer dans la dernière phase de ma vie. La dernière ligne droite avant la fin. C’est une drôle de sensation, quand on y pense. Même si je n’ai pas trop de mal à l’accepter, j’ai du mal à réaliser que la majeure partie de ma vie est maintenant derrière moi.

J’hésite un instant, les yeux rivés sur le gâteau. Je n’ai jamais eu de réel problème avec mon âge. Il est que le symbole de mon expérience et de mon évolution. J’étais paumée quand j’étais jeune et je n’ai aucune envie de retrouver cet état. Je vieillis, mais je suis fière du chemin parcouru. Je ne regrette absolument rien. Chacun de mes choix m’ont conduit jusqu’ici. Grâce à eux, j’ai eu ma fille, la prunelle de mes yeux et ma plus grande fierté. Ma route a pu aussi recroiser celle de Paul, pour ensuite poursuivre mon existence sur le même chemin que lui.
Je suis heureuse aujourd’hui, alors qu’est-ce qui pourrait me faire douter ?
Sans attendre davantage, je prends une grande inspiration et je souffle mes bougies.

Les conséquences ne se font pas attendre. Au revoir les cheveux rouges, bonjour la grisaille. Et coucou mes nouvelles amies les rides et les articulations douloureuses.
Je grimace et je soupire. On est si peu de chose face aux effets du temps. Je ne peux plus revenir en arrière maintenant et je peux officiellement dire que ma jeunesse est derrière moi. Je peux toujours reteindre mes cheveux, mais ce n’est pas cela qui me rendra ma jeunesse.
Et puis, à quoi bon. Ce n’est pas cela qui m’empêchera de profiter de la vie, même si tous mes rêves et tous mes projets sont derrière moi aujourd’hui.

Après que j’ai soufflé les bougies, tout le monde se sert une part de gâteau. Ceux qui peuvent s’installer à table, les deux restent debout et nous entoure. Je réalise que la plupart des personnes présentes ont des cheveux gris ou sur le point d’en avoir. Seuls Cédric et Joy n’ont pas à s’en soucier dans l’immédiat, les deux représentants de la nouvelle génération.
Mais je n’ai pas envie de penser à ça. Ils sont jeunes, la vie devant eux, qu’ils en profitent !
Quant à moi, je savoure ce moment avec ma famille. Mes neveux et ma nièce ne sont, certes, pas présents, mais eux aussi ils sont jeunes. Ce n’est pas ça qui m’empêchera de les aimer, ni ne m’empêchera de profiter de cette après-midi avec ceux qui sont présents. Grâce à eux, j’ai un bel anniversaire.

Petit à petit, les assiettes se vident et tout le monde félicite Paul pour son gâteau délicieux. Moi-même, je suis surprise par ses talents de pâtissier. Je savais qu’il se débrouille bien en cuisine puisqu’il m’a toujours aidé sans problème, mais je n’imaginais pas à ce point-là. Même après plusieurs années de vies communes, il continue de m’étonner.
Alors que je vais commencer à débarrasser la table pour mettre les assiettes vides dans le lave-vaisselle, Paul me prend par le bras pour m’attirer contre lui. Il pose ses lèvres sur les miennes, manière toute personnelle de me souhaiter un bon anniversaire.

Je suis si bien, auprès de lui. A ses côtés, je n’ai pas l’impression d’être vieille. Comment le pourrai-je ? Dans son regard, je ne lis que tout l’amour qu’il éprouve pour moi. Il est une des raisons pour lesquelles je n’ai pas eu peur de vieillir.
Je sais que je finirai mes jours avec lui. Peu importe ce qu’il adviendra, je sais que je pourrai toujours compter sur lui pour me soutenir. Je peux dire sans me tromper qu’il est l’homme de ma vie.
Par moment, je ne peux m’empêcher de repenser à cette conversation que l’on a eu, il y a longtemps, sur le mariage. Je sais qu’il a envie de se marier avec moi. Il ne m’en a jamais reparlé, mais c’est inutile. Je le sais déjà, au fond de moi. Quand j’y pense, je ne peux m’empêcher de culpabiliser à l’idée de le priver d’un mariage. Mais je n’ai pas cette envie de me marier et, aujourd’hui plus encore, je n’en vois pas l’intérêt. L’important est que nous soyons tous les deux, ensemble, et que nous soyons heureux. Un mariage, ce n’est que deux signatures sur un bout de papier, et beaucoup trop de conventions à respecter.

Du coin de l’œil, je vois Joy sortir avec Cédric dans le jardin. La connaissant, elle doit vouloir lui montrer sa fusée. Elle est fière de son engin et comme c’est la première fois qu’il met les pieds ici, c’est forcément un passage obligé.
De loin, j’arrive à entendre leur conversation, et mon instinct ne m’a pas trompé.
-Tadam ! Voilà mon chef d’oeuvre ! S’exclame Joy avec fierté, alors que Cédric se met à siffler.
-Eh beh ! J’imaginais pas ça si grand ! Ca a du t’en demander du temps à monter tout ça ! Semble-t-il impressionné. Au moins, il parait être intéressé. Il vaut mieux, s’il veut réussir à la suivre au quotidien. Je la connais bien ma fille, elle n’a que le mot « fusée » à la bouche.
Quoique. Depuis qu’elle m’a parlé de son copain, « Cédric » est venu s’ajouter à son vocabulaire quotidien.

-Et pas qu’un peu ! Confirme-t-elle avec enthousiasme. Et encore, j’ai pas fini ! J’ai encore quelques améliorations à faire dessus pour pouvoir voler avec sans faire flipper tout le monde. Ajoute-t-elle en riant. Parce qu’en état, elle est capable de voler et d’aller dans l’espace ! Mais j’ai déjà promis à mes parents d’être prudente et d’attendre qu’elle soit à 100% sécurité et stable avant d’aller me balader avec. Même si ça me frustre de ne pas pouvoir voir ce qu’elle a dans le ventre !
-Tu ne peux pas leur en vouloir pour ça, ils veulent que tu restes en un seul morceau. Se montre compréhensif Cédric. Et d’ailleurs, je ne peux que confirmer : je veux garder mon Chaton à mes côtés pendant longtemps, très longtemps encore !
-Moh t’es adorable ! Mais t’inquiète pas, je serai prudente ! En est attendrie Joy avant le prendre dans ses bras pour lui embrasser la joue. Tu veux que je te montre l’intérieur ? Tu verras c’est trop cool !
-Je te suis !

Je ne les entends plus pendant un moment, mais je suppose que Joy est en train de lui présenter sa fusée de long, en large et en travers. Le pauvre, il va partir d’ici avec un mal de tête.
Enfin, cela fait un moment qu’ils sont ensemble tous les deux si j’ai bien compris. Il m’a tout l’air intelligent, il doit savoir à quoi s’en tenir.
Je suis en train de ranger et finit par sortir sur la terrasse pour récupérer une assiette abandonnée sur la table de jardin. Là, je les remarque, tous les deux, en train de s’embrasser à l’abri des regards.
Ils sont mignons et je ne peux que me réjouir pour ma fille. Cédric semble être un homme bien, qui m’a fait bonne impression. Et je vois bien que ma fille est heureuse et c’est l’essentiel.
Et là, je réalise mon petit doute d’avant souffler les bougies. Vieillir signifie aussi qu’un jour, je partirai, en laissant ma fille seule derrière moi. Quand ma mère est décédée, j’avais encore mon père et j’ai retrouvé mon frère. Si bien que j’ai pu compter sur lui quand mon père a rejoint ma mère. Mais Joy… Joy est fille unique et elle n’est pas spécialement proche de ses cousins. J’avoue avoir peur pour elle, le jour où je ne serai plus là.
Mais lorsque je les vois tous les deux, aussi proches et aussi amoureux, quelque part, je suis rassurée. Ma fille a quelqu’un sur qui compter pour partager sa vie.
Je me sens plus légère, en cet instant. Je peux profiter de l’ultime étape de ma vie sans crainte. Tant que Joy est heureuse et qu’elle n’est pas seule, je sais que le jour où mon heure sera venue, je pourrai partir tranquille.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 11

C’est bientôt le Jour de l’Amour. Je peux l’affirmer sans problème et sans même regarder un calendrier. Il suffit que j’observe ma mère et Paul. Depuis quelques jours, ils semblent plus amoureux que jamais et parlent de leur prochaine soirée ensemble avec des regards énamourés. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas l’air de s’aimer le reste du temps, juste qu’ils sont plus pudiques habituellement quand je suis à la maison.
Ce qui n’est absolument pas le cas en ce moment.

Non pas que cela me dérange de les voir roucouler, cela me fait plaisir de voir Maman heureuse. Cela fait plusieurs années que leur histoire dure, et que Paul vit ici, et ils semblent toujours s’aimer autant. Tant mieux, ils méritent d’être heureux. Et moi, ça me rassure : je sais que Maman aura toujours quelqu’un sur qui compter au quotidien, même quand j’aurais quitté la maison. Je ne sais pas s’ils comptent se marier un jour, tous les deux, mais ils n’ont pas l’air d’en avoir besoin et de bien vivre leur situation de concubin.
Au final, l’important, c’est qu’ils soient heureux ensemble.

Quant à moi, je ne peux qu’être heureuse en ce moment. Et pas seulement parce que j’ai un petit-ami adorable… Mais aussi parce que j’ai terminé ma formation et que j’ai pu obtenir la promotion que je convoitais le plus !
En effet, je deviens Astronaute Junior ! Je peux enfin me vêtir de la combinaison spatiale, travailler sur une fusée et très bientôt, voyager dans l’espace ! J’ai travaillé dur et je n’ai jamais été aussi proche de partir découvrir l’univers au delà de notre atmosphère ! D’autant plus que, grâce à ma formation et à mon expérience sur le terrain, je vais pouvoir utiliser sans risque ma propre fusée et voyager quand bon me semble ! C’est vraiment formidable et je n’ai jamais été aussi ravie d’aller au travail !
Bien sûr, je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin dans l’avancement de ma carrière. Mais c’est déjà un immense pas vers la réalisation de mon rêve et c’est tout bonnement impossible pour moi ne pas m’en réjouir !

Ainsi, lorsque le Jour de l’Amour arrive enfin, nous avons donc une deuxième chose à fêter avec Cédric. Notre amour… et ma promotion. Il a été ravi pour moi quand je lui ai annoncé la bonne nouvelle. J’ai même décelé une pointe de fierté dans sa voix, heureux de voir sa petite-amie réussir dans la vie.
Nous fêtons le Jour de l’Amour chez lui et pour l’occasion, j’ai accepté de passer la nuit chez lui, et il n’est pas exclu que je reste le reste du week-end. En effet, Celian a décidé d’offrir un week-end en amoureux à Granit Falls à Sarah. Nous avons donc la maison pour nous durant leur escapade.
Je suis un peu nerveuse à cette idée, mais je me réjouie davantage de ne pas devoir le quitter ce soir. C’est difficile à chaque fois et là, je suis heureuse à l’idée de passer un week-end entier à ses côtés.
Lorsque j’arrive chez Cédric, il est en train d’affairer en cuisine. Il m’accueille avec un grand sourire et je le rejoins. J’essaie de l’aider du mieux que je peux, mais je suis loin d’être douée en cuisine. L’inconvénient de vivre toujours chez ma mère, c’est que je n’ai jamais été obligée de m’intéresser à la cuisine. Mes talents de cuisinière se limite à la préparation d’une salade et à faire cuire des pâtes.

Cédric, au contraire, se révèle être un véritable cordon-bleu. Il fait attention au moindre détail et semble aimer faire la cuisine. Au final, j’ai plus l’impression d’être un boulet qui l’embête qu’une véritable aide. Il m’assure du contraire, mais j’ai bien du mal à le croire. Alors, je finis par m’asseoir derrière le comptoir et je le regarde cuisiner. Il est beau ainsi, aussi concentré, aussi passionné…
Une fois à table, le repas se révèle délicieux. Je le félicite et nous discutons ensuite de tout et de rien. Enfin, pour être honnête, nous parlons surtout de ma toute récente promotion. Je suis tellement heureuse que j’ai du mal à m’arrêter !
-Ca va être tellement génial, j’ai hâte ! Bon, en tant qu’astronaute junior, je ne fais que vérifier que tout va bien et obéir aux ordres des astronautes, mais je serai tout de même amenée à monter dans la fusée et participer aux études spatiales ! J’ai tellement hâte, je vais voyager dans l’espace, tu te rends compte ?
-C’est formidable, Chaton ! Depuis le temps que tu rêves d’aller dans l’espace !
-Mais oui ! En plus, avec les compétences que je vais acquérir, je vais pouvoir améliorer encore plus ma propre fusée et aller dans l’espace quand j’en ai envie ! Tu imagines ?
-Je t’imagine bien oui, toi dans ta combinaison spatiale … Confirme-t-il avec un sourire taquin, auquel je ne peux m’empêcher de rire.

Après avoir dîné en amoureux, Cédric s’éclipse dans sa chambre, avant de revenir avec un petit paquet et un air fier sur son visage. Il m’embrasse aussitôt avant de me donner son cadeau, à l’occasion de la Fête de l’Amour. Je m’empresse de l’ouvrir, pour y découvrir une jolie paire de boucle d’oreilles. Je suis touchée de son attention, tout en affirmant que c’est trop et qu’il n’aurait pas du. Je me sens un peu honteuse de mon cadeau pour lui, qui est beaucoup plus simple. Il me rassure aussitôt, heureux lui aussi de son présent, et me serre dans ses bras. Je m’y sens si bien et je pourrai rester ainsi pendant des heures.
Nous séparons tout de même pour nous installer devant la télévision pour regarder un film en amoureux. Il n’y a que des comédies romantiques au programme et nous nous laissons tenter par l’un d’entre eux. Ce n’est pas notre genre de prédilection, mais nous laissons tout de même sa chance au genre.

Le film n’est pas passionnant et notre attention se détourne très vite. Cédric se moque du héros en réutilisant ses techniques de drague sur moi, jouant exagérément de ses charmes. J’éclate de rire face à son imitation et je tente de minauder comme l’héroïne mais c’est tellement à l’opposé de mon attitude habituelle que je me sens ridicule.
-Oh mon Dieu, j’ai l’impression d’avoir le stéréotype de la blonde face à moi ! Réagit aussitôt Cédric après un silence suite à mon interprétation de l’héroïne du film.
-Oh pitié, non ! Faut que je trouve vite un truc intelligent à dire pour t’enlever cette image de moi de l’esprit ! Ne puis-je m’empêcher de rire, faisant mine d’être horrifiée par cette caricature.

-Ce n’est pas la peine, tu es charmante aussi quand tu ne te prends pas au sérieux et que tu fais preuve de dérision. M’assure Cédric sur un ton plus sérieux tout en se rapprochant de moi.
-Pourquoi ? D’habitude je suis trop sérieuse et ennuyeuse ? Relevé-je, sceptique.
-Du tout, j’aime toutes les facettes de ta personnalité et tu n’es absolument pas ennuyeuse. Ce… C’est juste une manière de dire que plus je te connais, plus je t’aime. Me susurre-t-il alors que je sens mon cœur battre la chamade.
-Je t’aime aussi, Cédric. Lui réponds-je alors, étant comme sur un nuage.

J’approche mon visage du sien pour l’embrasser. Il répond à mon baiser sans attendre et me serre dans ses bras.
J’ai l’impression d’être dans un cocon ce soir. Nous sommes rien que tous les deux dans la maison et c’est comme si nous sommes coupés du monde. Nous sommes dans notre bulle et libérer mon esprit des préoccupations du quotidien me fait un bien fou. Nous sommes juste nous deux, Cédric et Joy, et rien d’autre.

Petit à petit, nous oublions le film. Il résonne comme un vague bruit de fond tandis que nos esprits sont focalisés sur l’autre, sur nous. Je ne quitte plus ses bras et mes lèvres ne veulent plus se séparer des siennes. Je me sens tellement bien que le temps ne compte plus, que je ne cherche plus à réfléchir.
Les baisers de Cédric se font plus pressants, plus passionnés, plus enflammés. L’esprit embrouillé, je me laisse transporter par sa passion sans la moindre hésitation.

Alors que je suis en train de perdre la tête, Cédric interrompt nos baisers. Il a le souffle court et il plonge son regard dans le mien. Je devine aisément qu’il n’a qu’une envie : reprendre possession de mes lèvres, mais il se retient. Je dois avouer que je regrette qu’il se soit arrêté. Je remarque aisément qu’il s’interroge, qu’il réfléchit, qu’il se perd en pensée. Que se passe-t-il dans sa tête ?
-Joy, je… Murmure-t-il comme s’il avait du mal à reprendre son souffle suite à nos baisers passionnés. Je… Tu… tu veux qu’on aille… dans la chambre ?
J’ai le souffle coupé suite à sa question. Cette fois-ci, il n’y a aucun doute quant à son sens caché. Il est évident qu’il veut aller plus loin, mais qu’il ne fera rien sans mon accord. Je sens que mon cerveau est en train s’échauffer mais je ne veux pas le laisser se perdre en réflexion et me mettre à douter.
Sans plus réfléchir et pour toute réponse, je reprends possession de ses lèvres.

Nous continuons à nous embrasser sur le canapé pendant un moment. Cédric semble avoir compris le message. Ses baisers sont encore plus passionnés, ses gestes se montrent plus entreprenants.
Cédric met fin à nos échanges pour se lever du canapé. Il éteint la télévision, puis me guide jusqu’à sa chambre. La tendresse de ses gestes contraste avec la passion que je lis dans son regard. Je suis nerveuse mais j’en ai envie et je lui fais confiance. Une fois dans la chambre, je me tourne vers lui et il prend une nouvelle fois possession de mes lèvres.

Mon esprit est totalement déconnecté ensuite. J’ai entièrement confiance en Cédric, je le laisse me guider et je m’abandonne dans ses bras. Même dans la passion, il se montre doux, prévenant et patient. Il fait attention à la moindre de mes réactions, plus attentionné encore qu’à son habitude. Je crois même qu’il doit être plus nerveux que moi.
Ce soir, nous sommes tous les deux, et nous partageons un moment unique. C’est tellement fort, et j’ai la sensation de n’avoir jamais été aussi proche de lui.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 10

Depuis que je suis avec Cédric, j’ai du mal à me rendre compte du temps qui passe. Il faut dire que je n’ai pas une seconde à moi et que je n’ai absolument pas le temps de m’ennuyer. Chaque seconde de ma vie est dorénavant occupée. Lorsque je ne travaille pas, je suis soit à la maison, soit avec Cédric. Et, maintenant que j’ai moins de temps pour avancer sur les améliorations de ma fusée, je ne cesse de bricoler quand je suis à la maison.
J’ai l’impression d’avoir un emploi du temps de ministre, mais je ne m’en plains. Cela me donne le sentiment d’avoir une vie trépidante !
Néanmoins, ce n’est pas parce que je suis occupée que le temps s’arrête de défiler, bien au contraire. Un jour, en rentrant du travail, cette vérité absolue s’est rappelée à moi. Comme souvent, Phenix est venu m’accueillir à la maison, et l’évidence m’a frappé. Mon pauvre toutou a le poil grisonnant. Mon cœur se serre en réalisant que Phenix est maintenant un vieux chien. J’ai l’impression qu’il est entré dans nos vies hier, alors que cela fait des années qu’il n’est plus un chiot.

-Mon pauvre Phenix, tu te fais vieux… Mais tu as encore de belles années à passer avec nous, n’est-ce pas ? Tu as intérêt à vivre encore 10 ans, au moins ! Promis, mon chien ?
-Wouf ?!
-Je prends ça pour un oui !

Je reste un moment dehors à jouer avec Phenix avant de me décider à rentrer. Je vois directement Maman, assise tranquillement sur le canapé en train de lire des dossiers. Elle a sans doute rapporté du travail à la maison, comme souvent depuis qu’elle est à la tête de son association. Cela lui permet de tout examiner tranquillement, d’après elle. Je ne peux que la croire, vu qu’elle est sans arrêt sollicitée à son travail.
Je me sens soudain nerveuse. Paul n’est pas là, parti à Oasis Springs pour garder Patrick et Marina, et je sais que c’est le moment idéal…
Depuis quelques jours, je réfléchis à tout dire à ma mère, à propos de ma relation avec Cédric. Mon couple semble durer dans le temps, suffisamment pour l’annoncer à mes parents. Enfin, à ma mère, en premier lieu. Mon père, je lui dirais lors de notre prochaine session sur Skype. Et puis, je suis presque sûre qu’elle a déjà tout compris, donc il est inutile de continuer à faire des cachotteries.

-Maman ? Je peux te parler ? L’interpelé-je en m’installant à côté d’elle sur le canapé.
-Bien sûr ma puce. Me confirme Maman avec le sourire, tout en posant ses dossiers sur la table basse. Qu’est-ce qui se passe ? Tu n’as pas de problème à ton travail au moins ?

-Non, non, tout va bien ne t’en fais pas. Lui assuré-je, un peu nerveuse. Les collègues relous, ça fait longtemps que je n’en entends plus parler. Mes compétences professionnelles et ma motivation ne sont plus à prouver maintenant.
-Tant mieux. Tu voulais me dire quoi du coup ?
-Eh bien… Hésité-je un instant, ne sachant pas comment commencer. Mon annonce n’a rien d’extraordinaire en soi, des tas de gens se mettent en couple tous les jours, mais cela me parait tellement absurde de parler de Cédric de façon aussi formel. Maman… Depuis quelques temps, je… vois quelqu’un. Pas en tant qu’ami, mais euh…
-Mais tu as un copain. Comprend-t-elle aussitôt en me souriant avec bienveillance. Soudain, je me sens beaucoup plus légère maintenant que je ne garde plus ce secret. J’en étais sûre ! S’exclame-t-elle ensuite avec enthousiasme. Paul ne voulait pas me croire mais mon instinct ne m’a pas trompé !
-C’est bizarre, je ne suis même pas surprise.
-Être observatrice doit être de famille. Me dit-elle avec amusement. Effectivement, si on en juge que j’ai deviné qu’il se passait quelque chose entre elle et Paul avant même qu’ils ne soient officiellement en couple… Ou alors, cela prouve juste qu’il est impossible de garder un secret dans cette maison. Comment s’appelle l’heureux élu ? Qu’est-ce qu’il fait dans la vie ? Tu l’as rencontré comment ?
-Il s’appelle Cédric, il est auteur en free-lance et bibliothécaire à mi-temps. Commencé-je à lui répondre alors qu’elle hoche la tête d’approbation. Et c’est le frère du copain de Sarah, je l’ai rencontré au Nouvel An… Lui dis-je ensuite, dans un petit mensonge. Cette version officielle de notre rencontre est quand même plus sympathique à raconter que mon humiliation à la bibliothèque…
-Et bien, tu pourras remercier ta cousine de t’avoir poussé à sortir ce soir-là ! S’en amuse Maman. Il est gentil au moins ? Ce n’est pas un mec bizarre qui essaie de te faire du mal ? M’interroge-t-elle ensuite sur un ton suspicieux.
-Maman !
-Bah quoi ? Je veux juste être sûre que ce ne soit pas un détritus !
-Maman, Cédric est quelqu’un de bien, je t’assure. Et tu sais bien que je fuis les gens débiles comme la peste !

Ma mère ne peut s’empêcher de rire suite à ma dernière remarque. Je sais qu’elle ne pense pas à mal et qu’elle veut simplement mon bonheur. J’ai confiance en Cédric et je sais qu’elle l’appréciera, le jour où je le lui présenterai ! Bon, ce n’est pas encore pour toute suite, c’est encore trop tôt pour les présentations, mais je ne me fais aucun soucis.
Ayant du travail sur ma fusée à faire, et pensant la conversation terminée, je me lève donc du canapé pour aller me changer. Mais, avant que j’aille dans ma chambre, ma mère m’arrête pour me prendre dans ses bras.

-Je suis heureuse pour toi ma puce. Je ne veux que ton bonheur et s’il te rend heureuse, c’est tout ce que je demande. Me confie-t-elle avec émotion. Et je serai ravie de le rencontrer le jour où tu souhaiteras nous le présenter.
-Merci Maman. Et ne t’inquiète pas, il me rend heureuse.

Je me suis sentie plus légère les jours suivants. Parler de Cédric à ma mère m’a fait du bien, et je suis plus à l’aise de sortir de la maison en étant plus honnête avec elle. Quand je suis à la maison, elle me pose régulièrement des questions sur lui et me demande s’il va bien lorsque je reviens d’un rendez-vous avec lui. Elle ne le connait pas encore, mais ce que je lui confie semble la satisfaire.
J’ai également parlé de Cédric à mon père. Il a un peu tiqué, mais il est content pour moi. Je pense que c’est difficile pour lui de constater à quel point j’ai grandi, lui qui a été absent de ma vie à cause de la distance. Cela me serre le cœur d’y penser, mais nous ne pouvons pas refaire le passé. En réfléchissant, il est tout de même présent, malgré tout. A sa manière et avec les moyens du bord.
Avec le temps, j’ai fini par accepter d’aller chez Cédric et de découvrir sa maison. Il s’agit d’une petite maison à Oasis Springs, mais elle leur suffit, à lui et Celian. Et cela ne l’empêche pas d’être agréable à vivre.

J’étais un peu intimidée la première fois que je suis venue, mais Cédric a toute suite su me mettre à l’aise. Il s’est même plié en quatre pour m’accueillir le mieux possible et que je me sente chez moi ici. Il a même osé demander à son frère d’aller s’occuper dehors pour ne pas prendre le risque qu’une de ses blagues me mettent mal à l’aise. Je n’ai pas pu m’empêcher de rire lorsqu’il m’a avoué ça. Il a tout de même ajouté que c’était aussi pour que l’on soit tranquille, tous les deux.
Je suis revenue plusieurs fois depuis. Je dois avouer qu’il avait raison : je me sens nettement mieux lorsque nous nous voyons chez lui, à l’abri des regards. Aucun inconnu qui nous entoure, nous sommes seuls dans notre petite bulle, à profiter de la présence de l’autre.
Et il n’y a rien de plus agréable.

Généralement, quand je viens chez lui, nous ne faisons rien d’extraordinaire. Nous regardons la télévision, des films ou des séries, nous racontons nos vies, nous faisons la cuisine pour ensuite déjeuner ou dîner ensemble. Nous profitons de la présence de l’autre durant des tâches de la vie quotidienne et ce rythme plus tranquille nous convient très bien aussi. Je dois même admettre que cela m’apaise. Cela me demandait beaucoup d’énergie mentale de sortir à l’extérieur au milieu d’un flot d’inconnus, et être ici, chez lui, juste tous les deux me permet de davantage me détendre.
Petit à petit, chez lui devient comme ma deuxième maison. Être ici, dans ses bras, c’est comme être dans un cocon coupé du monde.

A force de venir ici, il est évident que Cédric ne parvient pas à avoir toujours la maison pour nous tous seuls. Ainsi, je croise régulièrement son frère. Au début, Celian n’était que de passage, ne souhaitant pas nous déranger. Il dit souvent que, pour une fois que son frère ramène une fille à la maison, il pouvait bien lui laisser le champ libre. Cédric le regarde d’un air blasé à chaque fois, mais je ne peux m’empêcher de pouffer de rire devant l’expression de son visage.
J’ai croisé plusieurs fois ma cousine, aussi, forcément. Elle connait déjà bien la maison, depuis le temps qu’elle fréquente Celian. Du coup, c’est souvent qu’elle vient le rejoindre ici, même lorsqu’ils doivent sortir. Au fil du temps, elle et Cédric ont fini par nouer des liens amicaux, et elle a été ravie quand elle a appris que nous sommes ensemble. Elle n’a fait que confirmer ce que je savais déjà, en m’affirmant que Cédric est une perle et que quelqu’un comme moi ne peut qu’être heureux avec quelqu’un comme lui.

Puis, petit à petit, je suis amenée à voir Celian plus souvent. Ce qui est normal, dans la mesure où il vit ici, lui aussi. Il finit même par en plaisanter, en affirmant que je passe beaucoup trop de temps ici pour le bien-être de son porte-feuille. Cela m’amuse, même si je comprends que cela peut être pénible pour lui à la longue de devoir passer son temps dehors pour laisser son frère seul avec sa petite amie.
Alors, de temps en temps, il reste avec nous. La plupart du temps, il dîne avec nous avant d’aller s’occuper dans sa chambre. Nous faisons connaissance durant ces moments-là, et Celian est vraiment quelqu’un de sympathique, bien qu’il soit complètement différent de son frère.

Parfois, il reste avec nous pour la soirée. Nous jouons à des jeux de société ou nous regardons un film à la télévision. Lorsque nous jouons à des jeux, j’assiste régulièrement à leurs chamailleries fraternelles. Cédric accuse souvent Celian de tricher, ce que son frère nie avec ferveur, pour finir par affirmer que Cédric ne sait pas ce qui est drôle et qu’il est incapable de s’amuser. Ce n’est jamais bien méchant et je vois bien qu’il s’agit d’un jeu entre eux. Cédric essaie de prendre Celian en flagrant délit de tricherie et Celian s’amuse à faire tourner en bourrique son jumeau. Et moi, je me retrouve entre les deux et je compte les points en riant de leurs bêtises.
-Eh ! Ca va, t’as pas l’impression de déranger ? Proteste subitement Cédric alors que son frère s’impose entre nous deux sur le canapé, alors que nous venions de lancer un film sur Simflix.
-Oh la la, rabat joie ! Quand y’a de la gêne, y’a pas de plaisir ! Se défend-t-il aussitôt. Et pour ma défense, je ne tiens pas à servir de plante verte pendant que vous vous papouillez sur le canapé !

-Comme si c’était notre genre ! Lève les yeux au ciel Cédric, alors que je vois bien à son sourire que son frère l’amuse plus qu’il ne le dérange.
-Ah on sait jamais ! Vous êtes tout mignon tout sage quand je suis là, mais je suis sûr qu’il suffit d’une scène d’amour un peu trop osée pour que vous fassiez des bizarreries sur le canapé ! Je veux être tonton un jour, mais je ne veux surtout pas assisté à la conception du mioche! S’exclame Celian et je ne peux m’empêcher d’éclater de rire.
-Tu as fini de dire des bêtises ? Soupire d’un air blasé Cédric. Et puis, de nous deux, celui qui devrait le plus s’inquiéter, c’est moi. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu des choses que je ne voulais absolument pas voir !
-T’as qu’à frapper aussi !
-A ma propre maison ? Tu as une chambre je te signale !
-Tu as vu comment il est méchant avec moi ? M’interpelle soudain Celian pour essayer de me convaincre de prendre son parti, alors que j’essaie de retenir mon fou rire. Il a été célibataire tellement longtemps qu’il ne sait plus ce que c’est d’avoir une copine. Heureusement que tu es là, sinon, il aurait fini moine.
-Mais qu’il est bête ! C’est pas possible d’avoir un frère aussi bête ! S’exclame Cédric alors que je suis maintenant incapable de retenir mon fou rire. Je crois même que l’on m’a perdu pour la soirée !

Aussi étrange que cela puisse paraître, les deux frères ont fini par se calmer, et mon hilarité aussi. Nous avons même réussi à voir le film ! Celian n’arrêtait pas de commenter chaque scène et Cédric s’amusait à le contredire juste pour l’embêter, comme une petite vengeance personnelle après qu’il se soit installé au milieu du canapé. Une chose est sûre, on ne s’ennuie pas avec les deux frères Chastain !
-Tu as passé une bonne soirée, Chaton ? Me demande Cédric devant la porte d’entrée, alors que je suis sur le point de partir pour rentrer chez moi. Mon frère ne t’a pas trop ennuyé avec ses bêtises ?
-J’ai passé une bonne soirée oui et cela m’a plus amusée qu’autre chose de vous voir vous chamailler.
-J’ai cru remarquer. M’avoue-t-il avec un sourire en coin avant de mon serrer contre lui. Il lui arrive d’être calme mais s’il se permet de dire des âneries, c’est qu’il t’aime bien. Ajoute-t-il alors que je hoche la tête. Tu es sûre que tu ne veux pas que je te raccompagne ? Ou que tu ne veux pas rester dormir ? Ca ne me rassure pas que tu rentres toute seule.
-Je ne veux pas te déranger, tu as une grosse journée qui t’attend demain. Refusé-je, sachant qu’il travaille toute la journée à la bibliothèque à l’occasion du vernissage d’une grosse exposition sur l’histoire d’Oasis Springs. Et mon taxi va bientôt arriver, je serai vite rentrée.

Il acquiesce doucement et nous profitons des quelques instants qui nous restent avant l’arrivée du taxi. Je n’ai aucune envie de le quitter, et je sais qu’il va me manquer dès l’instant où je n’apercevrai plus sa maison depuis la fenêtre de la voiture. Mais je n’ai aucune envie de le déranger étant donné sa grosse journée qui l’attend, d’autant plus que je ne me sens pas encore prête à passer la nuit ici. Je sais que cela n’engage à rien, mais cela me rend tout de même nerveuse. Pas beaucoup, mais un petit peu. Peut-être que j’anticipe trop, mais je n’ai pas envie de me prendre la tête ce soir.
Pour l’instant, j’ai juste envie de profiter de sa présence, de ses bras, de son sourire, de ses lèvres, avant de devoir attendre la prochaine fois pour en profiter de nouveau.

-Tu m’envoies un message pour me dire que tu es bien arrivée ? Me demande alors Cédric alors que mon taxi doit arriver dans quelques petites -trop petites- minutes.
-Bien sûr. Lui confirmé-je alors que je savoure le calme de l’instant et la tendresse de mon Cédric.
-Je t’aime. M’avoue-t-il soudain, à ma grande surprise. C’est la première fois qu’il me le dit et j’en reste muette sur le coup. Néanmoins, mon cœur s’emballe et je ne peux retenir un grand sourire. Tu.. Tu n’es pas obligée de répondre si..
-Je t’aime aussi, Cédric. Le coupé-je avec toute la sincérité du monde avant de l’embrasser une nouvelle fois.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 9

Je suis rentrée de mon rendez-vous avec Cédric sur un petit nuage. J’ai essayé d’être discrète pour ne pas alerter ma mère, et éviter au passage de devoir répondre à ses questions, et j’ai filé directement dans ma chambre. J’ai eu du mal à m’endormir tellement je passais mon temps à faire défiler les images de cette soirée dans ma tête.
J’ai du mal à réaliser que cette soirée, que ce baiser, ont réellement eu lieu. J’ai, durant quelques instants, du mal à croire que Cédric puisse s’intéresser à moi de cette manière. Jusqu’à aujourd’hui, je ne m’étais même jamais vraiment imaginé en couple.
Et pourtant, ma relation avec lui a vraisemblablement pris une toute autre tournure.

Depuis ce fameux soir, nous parlons tous les jours par SMS avec Cédric, et nous continuons de nous voir à la moindre occasion. Grâce à ma dernière promotion, mes horaires de travail ont évolué et il est désormais plus facile de nous voir. Et j’attends chacun de nos rendez-vous avec impatience.
Mais, j’essaie de me contenir à la maison et d’être celle que je suis d’habitude. Je n’ai pas envie d’alerter ma mère, ou encore Paul, grâce à un changement de comportement. Non pas que je craigne la réaction de ma mère face à ma relation avec Cédric, je suis certaine qu’elle en sera ravie, mais je n’ai, pour le moment, aucune envie de lui en parler. Nous en sommes qu’au tout début, alors, inutile de parler d’une histoire qui pourrait se casser la figure dès le départ.
Alors, pour éviter de laisser déborder mes émotions, je me concentre sur le bricolage. Il y a toujours quelque chose qui casse à la maison et ce sont des occasions idéales pour m’échapper et occuper mon esprit.

Lorsque je ne répare pas quelque chose dans la maison, je travaille sur ma fusée. Mon cœur s’envole, mais ce n’est pas une raison pour perdre de vue mon objectif d’aller dans l’espace. J’ai hâte d’avoir fini d’améliorer ma fusée, afin de pouvoir voler avec elle au delà du ciel. Peut-être, même, pourrai-je emmener Cédric avec moi ?
Je secoue la tête, et lorsque je divague ainsi, je redouble d’efforts pour rester concentrée sur ma tâche. Même si ma mère ne vient plus me voir bricoler sur ma fusée et que je n’ai plus besoin d’être vigilante, je ne veux pas prendre le risque de me blesser ou pire, d’abîmer ma fusée.
Je veux pouvoir avoir la fierté de la montrer à Cédric, un jour !

Mais avant qu’il ne puisse la voir, nous continuons de nous voir à l’extérieur. Cédric a d’ailleurs fini par tenir sa promesse, celle de m’emmener dans de petits restaurants peu fréquentés, mais très charmants. Le beau temps étant peu à peu de retour, nous pouvons même dîner en terrasse.
Même si je n’aime pas spécialement sortir, je suis ravie de ces découvertes. Les différents restaurants sont sympathiques mais je dois avouer que c’est surtout Cédric qui me permet d’en garder un souvenir impérissable. Je crois qu’il pourrait m’emmener n’importe où, je parviendrai toujours à passer un bon moment avec lui sans voir le temps passer.
-Tu sais, je crois que ma mère se doute de quelque chose.. à propos de nous. Lui avoué-je alors, au détour d’une conversation, alors que nous prenions connaissance du menu.
-Ah oui ? Elle ne croit plus à tes sorties avec ta cousine ? Me demande-t-il avec un sourire en coin, amusé par mon alibi auprès de ma mère et de Paul. En effet, lorsque je sors pour rejoindre Cédric, je dis que je suis avec Sarah, et qu’elle m’oblige à mettre le nez dehors. Mais vu le regard qu’ils me lancent, j’ai l’impression que mon excuse ne fonctionne plus.

-Vu comment elle me regarde, j’en ai bien l’impression. Lui confirmé-je alors. Même Paul commence à me faire des sous-entendus alors que c’est le premier à respecter ma discrétion sur ma vie privée. C’est là que je regrette de ne pas avoir pris mon indépendance.
-Cela doit être comique à voir. Préfère-t-il s’en amuser. Tu n’es toujours pas prête à leur parler de moi ?
-Pas encore… Admis-je, un peu embarrassée. J’ai peur de le vexer à force, bien qu’il me sourit d’un air rassurant à ma réponse. Je suis un peu nerveuse à propos de ça… Et, je sais pas… Je n’ai pas vraiment pour habitude de me confier à ma mère… Tu n’es pas vexé ?
-Bien sûr que non, tu vas à ton rythme. Me rassure-t-il aussitôt en me prenant tendrement la main. Je ne veux pas t’obliger à quoique ce soit et je comprends que tu ais besoin de temps avant de lui avouer que tu as un homme dans ta vie.
-Et toi ? Tu… Tu en as parlé à quelqu’un ?

-A mon frère, oui. Me confirme Cédric après que le serveur ait pris nos commandes. Mais avec lui, c’est difficile de garder quoi que ce soit secret.
-Comment ça ? Il s’amuse à t’espionner ? Supposé-je avec amusement.
-Non, mais d’après lui, il lit en moi comme dans un livre ouvert. Celian m’a avoué qu’il était sûr qu’il allait se passer un truc entre nous dès le Nouvel An. Alors forcément, quand j’ai commencé à passer plus de temps dehors, il a toute suite compris. M’explique-t-il alors que je ne peux m’empêcher de rire. Et lui, il n’est pas du genre à attendre que je vienne lui en parler de moi-même, il entre directement dans le vif du sujet. Se met-il à rire à son tour. Tu n’imagines même pas l’interrogatoire auquel j’ai le droit dès que je rentre à la maison !
-Mon pauvre, je compatis. Ne puis-je retenir mon hilarité. Et il le prend bien ?
-Pourquoi ne le prendrait-il pas bien ? Il est plutôt content que je me sois, « enfin », trouvé une copine. Et puis, comme je passe mon temps en-dehors de la maison, cela lui laisse le champ libre pour inviter Sarah. Alors, il est doublement ravi !
-Il lui a dit d’ailleurs, pour nous deux ? Lui demandé-je, un brin inquiète. Sarah est une véritable pipelette et elle est incapable de garder un secret. Si elle est au courant, alors toute la famille l’est également tellement le scoop serait trop énorme pour qu’elle puisse le garder pour elle.
-Ne t’inquiète pas pour ça, Chaton. Celian a toujours su garder mes secrets. Me rassure-t-il avec un sourire en coin, alors que je ne peux m’empêcher de lui jeter un regard noir, faisant mine d’être soudainement vexée.

En effet, et depuis quelques temps maintenant, Cédric a pris l’habitude de m’appeler par un surnom affectueux. Je sais que beaucoup de couples en utilisent et sur le principe, je n’en vois pas l’inconvénient.
Mais parmi toutes les possibilités qui existent, il a décidé de m’appeler Chaton. Une jolie référence, un brin taquine, à notre première rencontre désastreuse. Cela m’a surprise la première fois, et je me suis sentie rougir, ayant toujours aussi honte lorsque j’ai le malheur d’y repenser. Ce qui n’a pas manqué de le faire rire, bien sûr. J’ai protesté, au début, mais j’ai fini par m’y faire. Mais puisqu’il m’appelle ainsi pour me taquiner, je fais mine de bouder en retour, juste pour l’embêter.
Il n’y a aucune raison qu’il s’en sorte aussi facilement, cet andouille !

Cette soirée au restaurant est tout simplement parfaite. Le repas était délicieux et la nuit est tombée doucement sans que je ne m’en rende compte. Même après avoir terminé nos desserts, nous restons un moment à table sans que nous voyons le temps passé.
C’est fou comme je suis capable d’oublier le monde autour de nous, lorsque je suis avec lui.
Nous finissons tout de même par quitter le restaurant. Loin de nous l’idée de rentrer toute suite chez nous, alors nous baladons tranquillement aux alentours. La nuit est belle ce soir, et ce serait dommage de ne pas en profiter.
On parle, on plaisante, on s’embrasse. Parfois, on marche en silence, profitant du calme de la nuit et de la présence de l’autre.
Nous sommes comme hors du temps, ensemble dans notre petite bulle.

Je me sens si bien avec lui, c’est quelque chose de fou. Parfois, je suis un peu mal à l’aise, mais le sourire et la bienveillance de Cédric font s’envoler mes inquiétudes. Lorsque j’imaginais les relations amoureuses, j’avais l’impression que c’étaient des choses compliquées, et cela ne me donnait absolument pas envie. Mais avec Cédric, j’ai le sentiment que tout est simple, que tout est évident…
-Il n’est pas tard encore, tu… tu veux venir chez moi ? Me propose soudainement Cédric après m’avoir embrassé.

Mon cœur rate un battement suite à sa proposition. Je ne m’y attendais pas et je suis surprise et déstabilisée. Je ne sais pas comment l’interpréter … Dans l’inconscient collectif, ce genre de proposition en cache une toute autre.
Je dois avouer que je ne m’attendais pas à ce qu’il me demande aussi directement de passer à l’étape suivante. Je pensais que les choses se feraient plus naturellement … Peut-être que je me trompe, après tout, mais je ne peux m’empêcher de stresser à l’idée de le suivre chez lui. Je n’ai eu personne avant lui, tout est nouveau pour moi et, pour le moment, rien que l’idée d’être plus intime provoque en moi un malaise.
-Chaton, tout va bien ? S’inquiète subitement Cédric face à mon absence de réponse… et peut-être à cause de ma mine déconfite. J’ai dit quelque chose qui ne fallait pas ?
-Non non, c’est rien… Ne t’en fais pas, tu n’as rien dit de mal. Lui assuré-je, le cœur battant à tout rompre. Le stress commence à monter, ne lui ayant pas encore confié que, malgré mon âge, il est mon premier petit-ami, ma première relation amoureuse… C’est peut-être bête à dire, mais j’ai peur de sa réaction. Et s’il prenait peur ? Et s’il s’enfuyait à toutes jambes ?
-Arrête, je vois bien qu’il y a quelque chose.
-Non.. C’est juste… Je dois t’avouer un truc… Lui annoncé-je, nerveuse. Euh, je… Avant toi, je.. J’ai jamais eu personne en fait…
-Euh.. Oui. Et alors ? Ne semble pas comprendre Cédric, se demandant où je veux en venir.
-Et bien, depuis que je suis avec toi, tout est nouveau pour moi. Et pour le moment, je ne suis pas certaine d’être prête pour… Avoué-je, mal à l’aise alors que je vois bien que Cédric essaie d’analyser ce que je suis en train de lui dire.
Soudain, je vois son regard s’illuminer.

Aussitôt, il m’affiche un sourire rassurant pour ensuite me prendre dans ses bras. Je suis un peu tendue, ne sachant pas ce qu’il se passe dans sa tête, mais petit à petit, je me détends au creux de ses bras.
-Chaton, tu n’as pas à stresser autant. Me souffle-t-il sur un ton rassurant. Déjà, parce qu’il n’y avait pas d’arrière-pensée dans ma proposition, m’assure Cédric, amusé alors que je me sens honteuse. Si je te proposais de venir chez moi, c’est simplement parce que nous sortons toujours dehors et que j’ai envie de te faire découvrir ma maison. Et puis, je sais que tu n’aimes pas beaucoup sortir et être entourée d’inconnus, alors je me disais que te proposer de venir chez moi de temps en temps te ferait davantage plaisir.
-J’ai honte, je me suis complètement faite des films. Murmuré-je en cachant mon visage dans le creux de son cou.
-Complètement, Chaton. Me confirme-t-il en laissant échapper un rire. Plus sérieusement, sache que ce n’est pas parce que tu viens chez moi que cela t’oblige à faire quoi que ce soit et qu’il ne doit pas forcément se passer quelque chose. Tu peux très bien venir et rentrer chez toi plus tard. Tu peux même rester dormir si tu le souhaites, sans que cela ne t’oblige pour autant à faire crac-crac. Je suis sérieux, Chaton, ajoute-t-il alors que je hoche la tête, je veux que tu sois à l’aise avec moi et non que tu te mettes à stresser parce que tu penses que j’ai des attentes particulières. Je ne t’oblige à rien et je ne veux pas que tu te forces à quoi que ce soit avec moi. Nous irons à ton rythme et nous ferions rien si tu n’es pas prête. D’accord ?
-Humpf, j’ai vraiment de la chance de t’avoir.

Je me sens honteuse de m’être mise à paniquer alors que Cédric voulait juste me faire découvrir son univers, et nous offrir un cocon à nos rendez-vous.
Mais il a su trouver les mots pour me rassurer, et calmer mes craintes. Je me sens ridicule, mais la prévenance de Cédric a permis de balayer mon malaise et d’être de nouveau détendue auprès de lui.
Au moins, l’avantage de ma bêtise est que cela m’a permis de me confier à Cédric et de m’ouvrir à lui. Et je dois admettre que cela me soulage d’un poids.

-Tu sais que je n’ai eu personne avant toi… Commencé-je alors que nous avons trouvé un endroit tranquille pour observer les étoiles. Et toi ? Tu as déjà quelqu’un avant ?
-J’ai eu une copine, au lycée. M’avoue-t-il en réponse. Il est calme et ne semble pas être plus gêné que ça de m’en parler. Cela a duré quelques années, mais elle est partie étudier à l’autre bout du pays et la distance a fini par nous séparer.
-Ah.. Et.. Elle te .. manque ?
-Non. Me répond-t-il avec assurance tout en me prenant la main. Ca fait longtemps que c’est fini et je suis passé à autre chose.

Nous continuons de discuter tranquillement de nos vies, allongés dans l’herbe, nos regards dirigés vers le ciel. A un moment, je lui parle des étoiles que nous pouvons apercevoir à l’œil nu, grâce au ciel dégagé de ce soir. Cédric m’écoute avec attention, même si je sens alors son regard pesé davantage sur moi que sur ce que je lui montre.
Mais cela ne fait rien, tant que je suis avec lui.

Je me sens bien ce soir, à ses côtés. Mon coup de stress est quasiment oublié, et Cédric se montre particulièrement adorable depuis. Comme s’il veut m’aider à me détendre et ne pas prendre le risque que je m’emballe une nouvelle fois.
Un courant d’air passe et, malgré ma veste, je frissonne. Cédric s’en aperçoit et se tourne vers moi pour me serrer contre lui. Je savoure la chaleur de son étreinte que je n’ai aucune envie de quitter. Je suis totalement apaisée et je mesure d’autant plus la chance de l’avoir rencontré.