Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 13
Il s’est passé un an et demi depuis l’anniversaire de Maman. J’ai du mal à réaliser parfois. J’ai l’impression que c’était il y a une éternité alors qu’une année et demi, ce n’est pas grand chose à l’échelle d’une vie.
Je n’ai pas évolué professionnellement durant ce temps-là mais il n’y a rien d’anormal à cela : j’ai encore beaucoup à apprendre avant de pouvoir obtenir une promotion et je découvre de nouvelles choses tous les jours. C’est vraiment chouette et je ne m’ennuie jamais au travail.
Je file toujours le parfait amour avec Cédric. Nous deux, c’est une évidence. Officiellement, je vis toujours chez ma mère mais je passe énormément de temps chez lui.
En effet, il m’arrive souvent de rester dormir chez lui. A force, il a même fait un double des clés de la maison pour que je puisse aller et venir à ma guise, sans être obligée de partir lorsque lui et son frère doivent partir au travail. Par moment, il est prévu que je reste, d’autres fois non. Dans le doute, j’ai quelques affaires qui traînent dans son placard pour que je puisse me changer.
Nous avons trouvé notre rythme tous les deux, et nous ne passons quasiment plus une journée sans nous voir désormais.
D’ailleurs, on ne cesse de nous taquiner en affirmant que je ferai mieux d’emménager directement chez lui. Même Maman, d’ailleurs, ne comprend pas pourquoi je n’ai toujours pas quitter le domicile familial pour vivre avec mon amoureux, vu le temps que je passe déjà chez lui.
Nous en rions, avec Cédric. Nous nous amusons même à laisser planer le mystère, bien que la réponse est évidente à nos yeux.
Evidemment, que nous voulons vivre ensemble avec Cédric. Evidemment, que nous en avons déjà parlé. Comme tous les couples, nous avons nos projets et nous en discutons régulièrement.
Mais ce que nous voulons, avec Cédric, c’est une vie à deux. Or, chez Cédric, il y a aussi son frère, qui lui aussi vit toujours dans la maison malgré son couple avec Sarah. De ce fait, si nous voulons vivre que tous les deux, il faut que l’un des deux frères quittent la maison pour trouver un autre logement.
Nous avons examiné toutes les options, mais il était évident que Cédric ne demanderait jamais à Celian de quitter la maison. De toute manière, l’évidence nous a rapidement frappé : le jardin de cette maison est trop petit pour accueillir ma fusée en toute sécurité et il est hors de question que je m’en sépare. Il faut donc que nous trouvions notre propre maison.
J’ai tout de même voulu m’assurer que Cédric ne faisait pas un choix par dépit et qu’il ne quitte pas cette maison juste à cause de ma fusée. Il m’a rassuré toute suite : lui-même ne se voyait pas vivre éternellement ici. Il voudrait une maison plus grande, capable de pouvoir accueillir une famille sans le moindre problème. Mon cœur a fait un bon dans ma poitrine et ma tête a fait beaucoup rire Cédric.
Nous avons discuté longuement de nos envies, de la façon dont nous voyons l’avenir. Pour être certains d’être sur la même longueur d’ondes. Cette discussion aurait pu être stressante, mais je ne me suis jamais sentie aussi détendue. Parler de mon avenir avec Cédric, de notre future vie à tous les deux, de la famille que nous voulons créer, cela m’a rendue euphorique.
Nous sommes un jeune couple heureux, le cœur en fête et des projets plein la tête. J’ai tellement hâte que tout puisse se concrétiser !
–J’ai vu une annonce sur internet, pour une maison. M’annonce Cédric, un jour. Elle a 3 chambres, une grande cuisine et un grand séjour, ainsi qu’un grand jardin avec un établi. Elle a l’air top pour ce que j’ai vu sur les photos.
-Faut que tu me montres ! Elle est située où ?
-A Oasis Springs. Ca t’éloigne de Brindleton Bay par contre … Semble-t-il hésiter, lui qui avait pour idée première de trouver une maison à mi-chemin entre Oasis Springs et Brindleton Bay.
-Cela ne fait rien. Le rassuré-je avec un sourire. Je déteste le froid et j’ai toujours rêvé de vivre dans un endroit où il fait chaud ! Montre-moi les photos ! M’exclamé-je, excitée comme une puce.
Maman se réjouit de me voir aussi heureuse avec Cédric. Pour elle, il fait maintenant partie de la famille et c’est régulier qu’elle lui propose de venir manger à la maison. Chose incroyable : malgré son relatif jeune âge, elle commence à nous dire qu’elle voudrait être grand-mère. Loin de trouver ses allusions lourdes, cela nous amuse plus. Je dirai même que je me montre compréhensive… Ma naissance a été difficile et elle n’a pas pu s’occuper de moi lorsque j’étais petite. Et malheureusement, elle n’a pas eu de seconde chance. Devenir grand-mère serait pour elle d’avoir l’occasion de se rattraper. Mais elle n’aura pas d’autres choix que de se montrer patiente puisqu’il est hors de question de mettre un bébé en route tant que nous n’avons pas trouvé de maison.
Par ailleurs, Maman est toujours aussi heureuse avec Paul. Elle a même pris sa retraite pour passer davantage de temps avec lui. Cela m’a surprise car je sais que Maman était passionnée par son travail. Mais elle a dorénavant envie d’une vie plus tranquille, plus posée. Et même si elle a repris les colorations, n’aimant pas ses cheveux gris qui la vieillissent d’au moins 10 ans selon elle, elle ne se teint plus les cheveux en rouge. Elle avait envie de retrouver sa couleur naturelle.
En tout cas, je crois que je ne les ai jamais vu aussi amoureux que depuis qu’elle ne travaille plus. Parfois, je m’étonne qu’ils n’aient pas décidé de se marier, depuis le temps. Ils n’en parlent jamais, du moins pas devant moi, mais au vu de l’air rêveur de Paul devant des émissions de mariage et le désintérêt de Maman pour cette institution, je pense que c’est elle qui ne doit pas être pour.
Enfin, ils font bien ce qu’ils veulent. Du moment qu’ils sont heureux…
Malheureusement, il n’y a pas eu que de bonnes nouvelles, durant cette année et demi. Tata Roxane nous a quitté, des suites d’une maladie. Tout s’est passé très vite, elle est décédée trois mois après le diagnostic.
Maman était effondrée. Perdre sa grande sœur était difficile pour elle, d’autant plus que sa mort a remonté de vieux souvenirs. Leur enfance n’a pas été rose et elles ne se sont pas parlées pendant des années. Maman n’a jamais été aussi proche de Tata Roxane que de Tonton Ryan, mais elle l’aimait profondément. Je crois qu’elle regrette aussi qu’elles aient passé autant de temps à se faire la tête. Aujourd’hui, elle n’est plus là et Maman ne pourra plus jamais profiter de sa présence.
Tonton Ryan est passé plusieurs fois à la maison. A chaque fois, il avait l’air épuisé. Cela ne doit pas être simple pour lui non plus. Il a perdu sa jumelle, après tout. Mais lui et Maman se sont serrés les coudes, et ils se sont soutenus du mieux qu’ils pouvaient dans cette épreuve.
Quelques jours après le décès de Tata, j’ai surpris Maman très énervée alors que je rentrais du travail. Elle venait de regarder un reportage qui rendait hommage à la carrière de sa sœur, Tata étant la violoniste la plus talentueuse de notre époque. Comme elle n’était pas mariée, et qu’elle n’avait pas eu d’enfant, les journalistes l’ont décrite comme une femme qui ne pensait qu’à sa carrière. Comme s’il était obligatoire de se marier et d’avoir des enfants.
Maman était révoltée face à cette description réductrice et erronée. Certes, Tata n’a jamais été réellement en couple avec qui que ce soit, et n’a donc jamais eu d’enfants. Non pas uniquement parce qu’elle a consacré sa vie à sa carrière, mais parce que le véritable amour de sa vie, c’était son violon. Son talent, c’était sa passion. Certes, elle a fait de sa passion son métier, mais ça allait bien au delà d’un simple gagne-pain. Elle se fichait de la gloire et de l’argent. Tout ce qui comptait pour elle, c’était de pouvoir jouer du violon aussi souvent qu’elle le souhaitait, et de faire profiter de son don quiconque voudrait bien l’écouter. Cela peut-être difficile à comprendre, mais Tata était ainsi.
J’ai essayé de calmer Maman, de l’empêcher d’appeler la chaîne de télévision pour leur part de sa façon de penser, même si je comprenais qu’elle soit en colère. Mais les appeler pour les traiter de différents noms d’oiseaux ne changeraient rien. Tata était peut-être célèbre et talentueuse dans son domaine, elle n’était pas non plus une grande chanteuse ou une grande actrice très connue du grand public. Jamais ils ne referont le reportage et jamais ils ne perdront leur temps à faire un démenti.
Puis, au final, peu importe ce que pensent les gens. Ils l’auront vite oubliée. Nous, nous savons qui était réellement Tata. Nous sommes sa famille et nous ne l’oublierons pas, ni elle, ni son art. Et c’est le plus important.




























































