Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 28

La Fête de l’Hiver arrive à toute vitesse. Cela me fait encore tout drôle de célébrer cette fête sans neige. Pour pallier à cela, nous privilégions la décoration pour donner une ambiance plus festive au salon. Toute la famille sera présente ce soir à la maison, et une petite table supplémentaire est installée pour que tout le monde puisse s’asseoir.
D’autant plus que cette journée est doublement exceptionnelle : non seulement c’est la Fête de l’Hiver, mais c’est également l’anniversaire de Grégory. Mon petit garçon va devenir un enfant, en âge d’aller à l’école. Cela me fait tout drôle d’y penser, bien que ce soit dans l’ordre des choses.

En prévision de ce soir, je commence à préparer le sapin en plaçant les décorations de Noël. J’en profite pour garder un œil sur Grégory, qui joue tranquillement sur sa tablette. Il a regardé la boite de décorations avec des étoiles plein les yeux, et il a eu le droit de placer une boule de fête.
Pendant que je m’occupe du sapin et de surveiller Grégory, Cédric, quant à lui, apprend la propreté à Grace. Ce qui n’est pas forcément une chose aisée car elle nous regarde toujours avec un air intrigué dès qu’elle est installée sur le pot, se demandant bien pourquoi on l’assoit ici.

Mais une fois délivrée et libre de faire ce dont elle a envie, Grace ne manque pas d’énergie. Elle court absolument partout et ne tient pas en place une seconde. Là où Grégory est suffisamment calme pour que nous puissions lui apprendre des choses, Grace est incapable de tenir en place et de rester concentrée. Cela ne veut pas dire qu’elle manque de curiosité, au contraire : du moment qu’elle peut courir et s’agiter, tout peut potentiellement l’intéresser.
Comme la musique. Grace est fascinée par la chaîne Hi-Fi et peut rester devant longtemps à écouter de la musique. Ou plutôt à danser au rythme de la musique.
Néanmoins, et bien qu’elle fasse preuve de beaucoup d’énergie, Grace finit par se fatiguer et souvent, sans prévenir. Cette pile électrique se contente de se poser dans un coin pour se reposer, et entamer une petite sieste. Ce qui est plutôt une bonne idée aujourd’hui, vu la longue soirée en famille qui nous attend.

Pendant que Grace fait sa sieste sur le canapé, j’éteins la tablette de Grégory pour l’emmener dans la salle de bain pour le laver, et le préparer pour la soirée. Il est tout excité à l’idée d’avoir des cadeaux et à celle de grandir. J’ai un pincement au cœur en réalisant que mon petit garçon grandit, et qu’il ne passera plus ses journées à la maison sous la surveillance de son père. Qui sait ce qu’il lui adviendra une fois en-dehors de la maison, lorsqu’il sera à l’école ou lorsqu’il voudra sortir pour jouer avec ses copains.
J’essaie de chasser ces pensées de mon esprit, résolue à ne pas gâcher ma soirée avec mes inquiétudes. Une fois Grégory habillé, je réveille doucement ma fille pour la préparer à son tour. Là où Grégory se laissait faire, Grace me donne du fil à retordre. Mademoiselle décide de ne pas se laisser faire, et se débat comme un diable lorsque j’essaie de lui mettre sa robe. Je fais mon possible pour ne pas perdre patience mais, en entendant les protestations de Grace, Cédric quitte la cuisine quelques instants pour me venir en aide avec notre fille. Lui aussi peine à habiller Grace, mais il finit par y arriver malgré la moue boudeuse de Grace qui n’est pas ravie de sa tenue. Cédric retourne ensuite en cuisine pour terminer de préparer le repas, ainsi que le dîner des enfants.
Les invités arrivent rapidement. D’abord Papa et Kalpita, puis Celian et Sarah, et enfin ma mère et Paul. Kalpita part rapidement donner un coup de main à Cédric dans la cuisine, tandis que Celian s’absente à l’étage pour changer Gabriel, qui a décidé de se rouler par terre devant la maison. Pendant ce temps-là, je donne à manger à Grégory et Grace, tout en discutant avec mon père et ma cousine.

Les enfants mangent vite et sont vite rejoint par leur cousin. Gabriel semble intimidé par le monde qui l’entoure et il est difficile de croire qu’il a été si surexcité à l’idée de venir ici qu’il a sauté partout pour finir par atterrir dans la terre. Lorsque nous avons découvert l’état de Gabriel, nous n’avons pu retenir un sourire amusé alors que Celian semblait excédé.
Mais une fois Gabriel changé, et aux côtés de ses cousins, il semble s’être calmé et Celian semble plus détendu.
Enfin, c’est le cas pour l’instant et il faut espérer que ça dure. Mais connaissant Grace et vu le regard que lui lance Grégory, j’ai comme un doute à ce sujet.

Avec toutes ces péripéties, plus les soucis en cuisine de Cédric qui a sous-estimé le temps de préparation du repas et brûlé sa première tentative de gâteau hamburger, il est tard lorsque nous passons enfin à table. L’ambiance se détend aussitôt et nous discutons tous ensemble joyeusement. Moi-même je parviens à souffler un peu, après cette longue journée de préparations pour célébrer dignement la Fête de l’Hiver. Être auprès de ma famille me réconforte et cela me fait plaisir qu’ils soient tous présents ce soir.
Le Père Hiver finit même par nous honorer de sa présence. Cédric l’accueille chaleureusement, et lui propose même un morceau de dinde, histoire de le faire patienter.
Étonnamment, les enfants ne prêtent aucune attention au Père Hiver. Moi qui pensais les voir surexcités à son arrivée, ils l’ignorent complètement. Ils s’amusent tous les trois et s’amusent à faire le spectacle en dansant -plus ou moins- en rythme de la musique. Grace s’en donne à cœur joie, suivi de son frère, tandis que Gabriel se montre plus réservé même si son large sourire ne cache pas son amusement.

N’ayant pas le temps de rester bien longtemps, le Père Hiver finit par déposer les cadeaux au pied du sapin avant de partir rendre visite aux autres enfants de la ville.
Bien qu’ils n’ont pas fait attention à la présence du Père Hiver, les enfants n’ignorent pas longtemps les cadeaux qui les attendent. Ils nous regardent avec des yeux implorant et nous leur promettons qu’ils pourront les ouvrir lorsque nous aurons fini de dîner.
Autant dire qu’ils sont infernales tant ils sont impatients. Nous finissons par les autoriser à ouvrir leurs cadeaux avant le dessert. Au moins, cela laisse le temps à Cédric de finir de préparer le gâteau d’anniversaire de Grégory, et ils seront ensuite plus calmes pour célébrer l’anniversaire.

D’autant plus qu’ils commencent à fatiguer. Les enfants bâillent et commencent à être irrités par la soirée qui s’éternise. Les pauvres n’ont pas l’habitude de veiller aussi tard, et Cédric essaie de se dépêcher dans la cuisine. Quant à nous, nous essayons de faire patienter les enfants. Grégory et Gabriel sont focalisés sur leurs nouveaux jouets, tandis que Grace se montre calme sur le canapé et se frotte les yeux.
-Et bien alors, on ne tient pas le choc ? S’en amuse Celian qui s’est assis à côté d’elle.
-Dodo !! Bâille Grace en toute réponse.
-Bientôt bientôt. Grégory va souffler ses bougies et tu pourras aller au lit, promis ! Tu n’es pas contente de fêter l’anniversaire de ton frère ?
-Boh, y sera grand. Lui répond-t-elle avec une moue boudeuse.
-Oui, il sera plus grand mais il reste ton frère et il continuera à jouer avec toi. Lui assure Celian avec le sourire. Et puis, toi aussi tu vas grandir.
-Ouiiiii !! S’enthousiasme-t-elle avec un grand sourire.

Cédric termine rapidement la préparation du gâteau, et nous installons ensemble les bougies. Sitôt prêt, nous nous rendons ensemble dans le salon tout en commençant à chanter « Joyeux anniversaire », aussitôt suivi par l’ensemble de la famille. Grégory observe le gâteau avec des yeux brillant de gourmandise. Mais, avant qu’il ne tende un doigt pour essayer de goûter le gâteau, je le prends dans mes bras pour l’approcher des bougies. Je lui indique alors qu’il faut souffler tout en mimant le geste, ce qu’il fait sans attendre pour éteindre ses bougies.
Tout le monde s’enthousiasme et célèbre l’anniversaire de Grégory en lançant des confettis. Je souris en voyant tout le monde aussi heureux. J’ai beau m’inquiéter de ce qui arrivera à Grégory une fois en-dehors de la maison, ce moment me rappelle que son anniversaire est avant tout un moment heureux. Car il n’y a rien de plus beau que le sourire de mon fils alors qu’il devient un enfant.

Nous commençons à servir le gâteau alors que Grégory se change pour enfiler des vêtements à sa taille. Il arbore également des lunettes, acheter exprès pour l’occasion, alors que nous avons remarqué il y a quelques temps qu’il commençait à plisser des yeux pour voir de loin. Après une visite chez l’ophtalmologue, le verdict est tombé : Grégory a hérité de la myopie de son père. Maintenant qu’il est grand, et que nous sommes à peu près sûrs qu’il ne va pas casser ses lunettes à la première occasion, il n’a pas d’autre choix que de les porter.
Je vois Grace observer son frère qui remercie tout le monde; Elle semble impressionnée. Jusqu’à présent, il faisait la même taille, et voilà qu’il est beaucoup plus grand qu’elle. Gabriel danse à côté d’elle, mais elle n’ose pas se joindre à lui.
Une fois que Grégory a dit merci à tout le monde, il va voir sa petite sœur pour la prendre dans ses bras.
-Bon anniv’. Marmonne-t-elle alors sans lâcher son frère.
-Merci Gracie. Tu viens, on va jouer avec Gaby ? Lui propose-t-il ensuite le plus naturellement du monde, comme si rien n’avait changé.
-Ouiiii !! S’exclame-t-elle joyeusement, ravi de voir de ses propres yeux que son frère veut toujours jouer avec elle.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 27

Grace est un bébé plus bruyant et qui demande plus d’attention que Grégory au même âge. Elle pleure plus souvent et se fait régulièrement entendre dès que nous sortons de sa chambre.
C’est éprouvant pour moi, de l’entendre pleurer ainsi. Je prends sur moi pour m’occuper d’elle autant que je me suis occupée de Grégory, mais je me surprends à regretter qu’elle ne soit pas aussi calme que son frère. Je m’en veux de la comparer ainsi à son aîné, alors que je sais bien que chaque enfant est différent, mais c’est plus fort que moi. Alors, quand cela fait longtemps que Grace pleure, Cédric prend le relais, et fait son possible pour me soulager tout en essayant de me rassurer.
D’autant plus que mon état psychologique joue beaucoup sur ma patience.
Je travaille beaucoup là-dessus, lors de mes rendez-vous avec mon psychologue. Sans surprise, il estime que je ne dois pas reprendre le travail dans l’immédiat. Malgré que j’aime mon travail et que l’espace soit ma passion, je suis d’accord avec lui. Ma famille est ma priorité et si je ne suis pas capable de m’occuper sereinement de ma fille, et de ne pas m’inquiéter à chaque fois qu’elle se met à pleurer pour la énième fois dans la journée, comme je pouvais le faire avec Grégory, je ne vois pas comment je pourrai retourner au travail dans des conditions optimales.

Néanmoins, j’essaie de ne pas me laisser aller non plus. Je ne me sens pas capable d’aller au travail pour le moment, mais cela ne veut pas dire que je ne souhaite pas rester suffisamment en forme pour pouvoir reprendre correctement le travail au moment venu.
Alors, j’ai repris le sport. Je dois avouer que cela me fait du bien de revêtir de nouveau ma tenue de sport et mes baskets, et de courir sur mon tapis de course. Je n’aurais pas cru que cela puisse me faire autant de bien, mais mes séances de sport sont de véritables bouffées d’air frais.

-Ca va ta reprise du sport ? Cela ne te fatigue pas trop ? M’interroge Cédric durant le déjeuner, alors que je viens de le rejoindre à table après avoir couru. Il ne veut pas que j’en fasse trop, mais je vois bien que cela lui fait plaisir de constater que je me reprends en main. Il sait que c’est important pour moi et si je recommence mes activités habituelles, c’est le signe que je commence, doucement mais sûrement, à remonter la pente.
-Ca va, ne t’en fais pas. Le rassuré-je avec un sourire. Cela me fait du bien de m’activer et ne pas ressasser dans mon coin.
-Bon, tant mieux alors.

-Grégory est levé ? Lui demandé-je alors qu’il dormait encore quand j’ai commencé à courir. Il a décidé de faire la grasse matinée ce matin.
-Oui, il joue un peu sur la tablette. Me confirme Cédric. Je lui donnerai son bain après mangé.
J’acquiesce en hochant la tête tandis que j’entends Grégory rire face à son jeu. Il est plus serein depuis la naissance de Grace. Lui qui regardait sa petite sœur d’un œil méfiant, et qui était inquiet face à la situation, il a retrouvé sa bonne humeur habituelle. Il fait moins de colère et offre de beaux sourires à tout le monde. Lorsque nous nous occupons de Grace, il vient régulièrement nous voir pour nous observer avec curiosité. Il lui parle beaucoup aussi, pour lui raconter sa journée et lui parler de ses jeux et dessins animés préférés. Bien sûr, elle ne peut pas encore lui répondre, mais cela ne l’empêche pas de se montrer bavard avec sa petite-sœur.

Depuis l’accident, notre vie de couple a été mis à mal avec Cédric. Il faisait son possible pour que je me sente mieux, en faisant tout pour me soutenir du mieux qu’il pouvait, mais les élans romantiques n’étaient plus d’actualité. Même une fois remise physiquement.
Je n’avais pas la tête à cela. Mon esprit était bien trop perturbé et occupé pour laisser la place à d’autres considérations romantiques, et nos rapports s’arrêtaient à de simples étreintes platoniques.
Cédric ne se plaignait pas de la situation, comprenant parfaitement qu’il me fallait du temps pour me remettre de mon accident. Il se montrait tendre envers moi, mais jamais plus, comme s’il attendait patiemment que je vienne vers lui lorsque je serai prête.
Puis, au fil des semaines et des séances avec mon psychologue, je commence à me sentir mieux. Au fil du temps, je me rends compte que notre intimité me manque. Ces moments à nous, qui n’appartiennent qu’à nous, me manquent.
C’est ainsi que, doucement, nous retrouvons une vie de couple normale, que nous nous retrouvons, tous les deux.

Parallèlement, je parviens également à mieux m’occuper de ma fille. Je culpabilise toujours pour ce qui s’est passé, mais je parviens à mieux gérer ma culpabilité. Mon psychologue juge qu’il ne faut pas que je lutte contre ce sentiment, car je ne peux pas me forcer à ne plus ressentir un sentiment. Il m’aide à mieux vivre avec, à le gérer pour éviter que cela influe trop sur ma vie. Ma culpabilité ne doit pas m’empêcher d’avancer, de profiter de la vie et surtout, de m’occuper de ma fille.
Alors, avec du temps et du travail sur moi-même, je parviens à profiter des moments que je passe avec Grace. Je me sens moins irritée quand elle pleure et que je ne parviens pas à la calmer. Je m’inquiète moins aussi, même si mon inquiétude ne disparaît pas complètement. J’essaie de ne pas penser à ce qui pourrait lui arriver, et je profite de chaque instant que je passe avec elle.

Si je me sens mieux de manière générale, je ne suis toujours pas apte à reprendre le travail… Ni même à m’approcher de ma fusée. Je n’ai pas travaillé dessus depuis mon accident et je ne m’en sens toujours pas capable. J’avoue avoir essayé pourtant, de prendre mes outils et d’aller devant ma fusée. Mais je suis incapable de faire quoique ce soit d’autres. Je reste plantée devant, sans savoir quoi faire, sans savoir par où commencer. Je fais un blocage alors que j’aime tellement ça l’améliorer pour qu’elle soit apte à voler en toute sécurité. Je ressens toujours cette excitation à l’idée de pouvoir m’envoler dans ma fusée… Mais malgré cela, je n’arrive pas à toucher à ma fusée, c’est plus fort que moi …

Alors, en attendant d’avoir le déclic et d’être de nouveau capable de travailler sur ma fusée, j’essaie de ne pas perdre la main et je bricole dans mon atelier. La Fête de l’Hiver approche à grand pas, alors je fais des sculptures en bois pour les offrir à mes parents. Cela a l’avantage de m’occuper l’esprit et de travailler ma créativité.
Et puis, en plus de continuer à exercer mes talents en bricolage, je sais que mes sculptures plairont à mes parents. Au moins, je ne passe pas du temps dans mon atelier pour rien.
Tout se passe bien ? M’interroge Cédric en venant me voir dans ma cabane.
-Pour l’instant ça va. J’espère réussir à obtenir ce que je veux et que cela plaira à Maman et Paul.
-J’ai déjà vu tes sculptures chez ta mère, tu es douée. Et rien que le fait que tu fasses ça toi-même, ça leur fera plaisir.
-Certes… mais cela fait longtemps que je n’en ai pas fait…
-C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Me rassure-t-il en déposant un b.aiser sur ma joue.

L’approche de la Fête de l’Hiver enchante les enfants. Grégory parle du Père Hiver avec des étoiles plein les yeux, et Grace se montre tout aussi enthousiaste.
Lorsqu’ils jouent ensemble, nous ne les tenons plus. Enfin, encore moins que d’habitude.
Maintenant que Grace a grandi et qu’elle est capable de marcher et de jouer avec son frère, elle et Grégory sont maintenant inséparables. Grace fait son possible pour suivre le rythme de son frère, mais ses pas sont moins assurés et elle a moins d’aisance pour marcher, si bien qu’elle manque bien souvent de tomber.

-Aaah ! Vé tomber ! S’exclame Grace en trébuchant, avant de finir à genoux par terre.
-Ca va Grace ? L’interroge aussitôt Grégory avant de s’approcher de sa sœur pour l’aider à se relever.
-Bobo !! Commence-t-elle à grimacer, prête à pleurer, alors que Grégory l’aide à s’asseoir sur la banquette.

Pour l’empêcher de commencer à pleurer, et alerter notre attention, Grégory ne tarde pas à s’amuser à faire le pitre. C’est son activité préféré depuis que Grace réagit à ses pitreries. Dès qu’elle menace de se mettre à crier ou à pleurer, il ne tarde pas à lui offrir ses plus belles grimaces et à faire des bruits étranges. Et cela ne loupe pas, Grace se met aussitôt à rire et lui réclame de continuer. Par moment, je la soupçonne de faire semblant de pleurer, juste pour que son frère se donne en spectacle.
C’est discutable, mais ils sont tellement mignons tous les deux que nous ne pouvons pas lui en vouloir de faire en sorte que son frère fasse le clown. Cédric dit même, avec amusement, que c’est le signe que Grace est loin d’être bête.

Si Grégory n’était pas ravi de découvrir qu’il avait une petite sœur, et non un petit-frère, ce n’est absolument plus le cas aujourd’hui. Il adore jouer avec elle, et partage ses jouets sans le moindre problème. Il accepte même de jouer à la poupée avec elle, alors que ce n’est pas spécialement son activité favorite à la base. Il prête même sa tablette à sa sœur et lui montre comment jouer à certains jeux qui sont dessus.
Quant à Grace, elle ne lâche pas son frère d’une semelle. Tout ce qu’il fait, elle le fait aussi. Elle s’amuse à le prendre en exemple, et cela me touche de voir toute l’admiration qu’elle a pour lui dans son regard, et de la voir lui réclamer un câlin.
Autant dire qu’avec Cédric, nous gardons un œil sur eux. Car si Grégory se met à faire des bêtises, nul doute que Grace s’empressera à les reproduire.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 26

-Monsieur Chastain, je suis au regret de vous annoncer qu’un accident s’est produit dans une des salles techniques de l’agence. Annonce le Directeur de l’Agence spatiale d’Oasis Springs. Le prototype sur lequel travaillait nos équipes a … hum… il a explosé. Et votre épouse était malheureusement présente dans la salle au moment de l’explosion. Je tiens cependant à vous rassurer : au moment de l’explosion, Joy entrait dans la salle pour apporter des documents à nos chercheurs et se trouvait donc à distance du prototype. Elle est tombée suite au souffle de l’explosion et s’est cognée la tête, mais l’équipe d’urgentistes qui est intervenue s’est montrée rassurante. Elle ne semble pas présenter de commotion cérébrale et devrait s’en sortir avec une simple cicatrice, même si elle devra rester en observation à l’hôpital pour s’assurer que tout va bien. Je me dois cependant de vous avertir, ajoute rapidement Ernest Touthym avant que Cédric n’ait le temps de prononcer le moindre mot, que votre épouse a rapidement présenté des douleurs au ventre. Etant donné son état, elle a rapidement été..
-Où est-elle ? Où a-t-elle été emmenée ? Le coupe sans attendre Cédric, qui a du mal à canaliser son stress grandissant. Bien qu’il essaie de se raisonner quant à l’état de santé de Joy, son inquiétude quant à leur bébé ne cesse de croître.
-Elle a été transportée à l’hôpital de Willow Creek, Monsieur Chastain. Sachez que..
-Au revoir, Monsieur. Raccroche sans attendre Cédric, qui peine à rester de marbre face à la situation. Son fils le regarde d’un air inquiet, comprenant que quelque chose de grave est en train de se passer, mais Cédric ne parvient pas à rassembler ses mots pour tenter d’expliquer à Grégory la situation.
Au même moment, la sonnette de la porte d’entrée retentit. Cédric se dépêche d’aller ouvrir à son frère et à son neveu, et Celian n’a même pas le temps de faire une blague quant à son retard qu’il remarque l’attitude étrange de son jumeau. Cédric lui explique rapidement qu’un accident est survenu au travail de Joy et le supplie de bien vouloir garder Grégory pour qu’il puisse aller la rejoindre à l’hôpital. Celian accepte sans hésitation, à la condition qu’il le laisse appeler un taxi. Il n’est pas absolument pas en état de conduire et il manquerait plus que lui aussi ait un accident.
Cédric le remercie alors, et file dans la chambre récupérer des affaires pour Joy le temps que le taxi arrive. Celian essaie tant bien que mal de rassurer son neveu devant cette agitation, et promet à son frère de prendre soin de lui avant que Cédric ne parte à l’hôpital…

*  *  *

Quand l’explosion est survenue à l’agence, j’ai eu l’impression que le temps se déroulait au ralenti. Je ne comprenais pas ce qui était en train de se passer. J’apportais des documents dans la salle où mes collègues travaillaient sur le prototype et l’instant d’après, j’étais au sol avec un sifflement aigu retentissant dans mes oreilles. J’étais sonnée et je n’arrivais pas à rassembler mes idées. Je n’osais pas me lever non plus, terrifiée par l’état dans lequel je pouvais me trouver. J’ai mis ma main sur mon ventre, plus angoissée encore pour mon bébé. Est-ce qu’il va bien ? Comment se porte-t-il ? Je priais intérieurement de ne pas avoir perdu mon bébé !
Petit à petit, mon ouïe est redevenue normale. J’entendais la panique, la peur, la douleur. Égoïstement, je ne pensais pas à mes collègues qui se sont trouvés au plus près de l’explosion. Je ne songeais qu’à mon bébé qui était là, au creux de mon ventre.
Après un temps interminable à mon sens, les secours sont arrivés. Une jeune femme est venue me parler pour s’assurer que j’étais consciente et lucide. Elle a observé la blessure que je me suis faite à la tête, et que je n’avais pas remarqué jusque là, me posa de multiples questions. J’ai avoué avec une inquiétude grandissante que je commençais à ressentir des douleurs dans le ventre. Très rapidement, on m’emmena à l’hôpital.
J’étais terrifiée, et complètement perdue. La douleur s’intensifiait et j’ignorais tout de l’état de santé de mon bébé. Je savais juste qu’il me restait normalement un bon mois de grossesse et mon cœur se serrait à l’idée qu’elle puisse sortir plus tôt que prévu. J’évitais du mieux que je pouvais de songer au pire.
Un médecin m’a auscultée dès mon arrivée à l’hôpital, et sa décision fut sans appel. Le placenta s’était décollée et mon bébé était en détresse. Accouchement par césarienne en urgence, pas d’autres choix. Les infirmières essayaient de me calmer et de me rassurer, et je me suis mise à penser à Cédric. Il n’était pas là, je suis seule face à cette épreuve. Dans quel état va-t-il être en apprenant la nouvelle ? Et Grégory ? Comment va-t-il lui expliquer la situation ? De multiples questions se bousculaient dans ma tête, et ce, durant toute la durée de l’opération. Très vite, le médecin a sorti mon bébé de mon ventre et j’entendis avec soulagement ses premiers cris.
C’est dans ces conditions désastreuses que Grace, mon petit ange, est née.

Je ne l’ai vu que peu de temps après sa venue au monde. Les médecins l’ont vite prise avec eux pour l’examiner et elle a dû être placée en couveuse pendant quelques jours. Je n’ai fait que très peu attention aux soins que l’on m’a apportée, tant mon esprit était focalisée sur ma fille. J’ai vaguement entendu que j’allais rester quelques jours hospitalisée pour s’assurer que tout allait bien, et que j’allais conserver une cicatrice sur mon front. Peu m’en importait, je pourrai facilement la cacher.
Peu de temps après que l’on m’est placée dans une chambre, Cédric est arrivé en courant, essoufflé et totalement paniqué. Lorsqu’il m’a vu, il n’a pas attendu une seconde pour venir me serrer dans ses bras et j’ai senti son soulagement lorsqu’il m’a embrassé. Là, les nerfs ont lâché et je n’ai pu m’empêcher de pleurer. Je n’ai pas quitté l’étreinte de mon mari qui faisait de son mieux pour me rassurer. Un médecin a fini par venir nous voir pour nous parler de notre fille. Qu’elle passera quelques jours en couveuse mais que sinon, elle se portait comme un charme. Une vraie petite guerrière. Un vrai petit miracle, étant donné les circonstances. Le médecin a autorisé Cédric à aller voir Grace, mais sans moi car je devais me reposer. Comment se reposer dans de telles circonstances ? Cédric a hésité un instant, ne souhaitant pas me laisser seule, mais je lui ai dit d’y aller. L’un de nous doit veiller sur notre fille. Et puis, je ne suis pas restée seule longtemps car Maman a rapidement pointé le bout de son nez. Cédric avait profité du trajet en taxi pour la prévenir.
Je ne suis pas restée seule très souvent les jours qui ont suivi. Cédric était présent, évidemment, et je n’ai cessé d’avoir la visite de ma mère avec Paul, de mon père avec Kalpita, Celian et Sarah sont venus également, nous rassurant au passage sur l’état de Grégory qui est content de passer quelques jours avec son cousin même s’il me réclame. Même Tonton Ryan est venu s’assurer que j’allais bien, ainsi que Grace.
Puis, un jour, nous avons pu rentrer à la maison, avec Grace.
C’est étrange de revenir à la maison. Étrange d’installer ma fille dans sa chambre. Je suis comme un état second depuis l’accident. Je me suis remise physiquement, mais psychologiquement, c’est plus compliqué.
Je culpabilise énormément. Au point que c’est par moment difficile pour moi de m’occuper de ma fille. Je l’aime énormément, et je veux prendre soin d’elle comme j’ai pris soin de son frère. Mais quand je la vois, la culpabilité me saute en plein visage.
Si elle est née trop tôt, si elle a risqué de perdre la vie avant même d’avoir vu la lumière du jour, c’est de ma faute. Si je n’avais pas décidé de participer à cet événement et de décaler mon congé maternité d’un jour, j’aurais été à la maison quand l’explosion a eu lieu. Grace serait restée dans mon ventre. Sa vie et sa santé n’auraient pas été en péril. Mais parce que j’en ai fait qu’à ma tête, j’ai failli perdre ma fille, ma petite princesse.
Aujourd’hui, je suis terrifiée à l’idée que je pourrais lui faire du mal. Mon rôle est de la protéger et j’ai failli à cette tâche avant même qu’elle soit venue au monde. Si le pire a failli se produire alors qu’elle n’était pas encore née, que pourrait-il se passer maintenant qu’elle n’est plus en sécurité dans mon ventre ? Suis-je vraiment capable de m’assurer qu’elle grandisse, et vive, en toute sécurité ?
En suis-je capable alors que c’est de ma faute si elle a failli ne jamais connaitre la vie ? Je m’en veux tellement et je ne suis même pas certaine être capable de me pardonner un jour…
Quand je suis rentrée à la maison avec Grace, et que Celian a déposé Grégory chez nous, il a été heureux de me revoir, et de constater que sa maman va bien. Depuis, il ne me lâche plus d’une semelle, de peur que je disparaisse de nouveau pendant quelques jours. Cela m’émeut de voir toute l’attention que mon fils a pour moi, mais je culpabilise de lui avoir causé autant de soucis.
Mais maintenant que nous sommes à la maison avec Grace, c’est enfin l’occasion pour Grégory de rencontrer sa petite sœur. Avec Cédric, nous l’emmenons dans sa chambre pour qu’il puisse enfin la voir. Il semble curieux en s’avançant vers le berceau, intriguée par le bébé qui gazouille à l’intérieur.
Lorsqu’il s’approche du berceau et observe le bébé, nous lui présentons Grace. Nous lui expliquons que c’est sa petite sœur. Quand il a compris que Grace est une fille, et non un garçon comme il aurait voulu, il a fait la grimace. « C’est nul une fille » qu’il a dit.
Dans d’autres circonstances, cette phrase m’aurait fait sourire, mais mon humeur est trop maussade pour faire de l’humour. Je me contente juste de regarder ma princesse dormir dans son berceau.
Cédric, quant à lui, s’approche de Grégory et se baisse pour se mettre à son niveau.
-Ce n’est pas nul que ce soit une fille. Quand elle sera un peu plus grande, elle pourra jouer avec toi, tout autant que si elle était un garçon. Le rassure-t-il, si bien que Grégory arrête de faire la grimace, même s’il continue à être sceptique. Et puis, tu es un grand garçon maintenant, et tu es suffisamment grand pour comprendre qu’il faut prendre soin d’elle. Plus tard, vous veillerez l’un sur l’autre mais pour le moment, c’est un petit bébé et toi son grand frère. Tu veux bien aider Papa et Maman a veillé sur elle ? Lui demande-t-il alors que le regard de Grégory s’illumine. A ce moment, Grace commence à pleurer dans son berceau, et spontanément, Grégory se rapproche d’elle et se met sur la pointe des pieds pour mieux la voir. Afin de l’aider, Cédric le prend dans ses bras et le penche vers sa sœur.
-Pleur’ pas Grace! Lui dit-il avant de lui faire un bisou sur le front, comme lui a appris Maman.
Depuis la naissance de Grace, Cédric s’est montré très patient et très prévenant envers moi. Il fait tout son possible pour que je me sente bien à la maison. Il gère les questions de Grégory, il gère la maison, il gère Grace quand je me sens incapable de m’occuper d’elle. Et il me gère moi, quand nous sommes tous les deux qui ne suis plus obligée de faire bonne figure devant Grégory. Je ne sais pas comment il fait pour être opérationnel sur tous les fronts, sans craquer.
Mais je lui suis reconnaissante d’y parvenir. Je ne sais pas comment je ferai sans lui à mes côtés. Il est vraiment aux petits soins avec moi, et prends le temps de m’écouter et de me rassurer. Il m’assure sans cesse que ce n’est pas ma faute si Grace est née plus tôt, que c’était un accident, et que je n’ai pas à culpabiliser. Il me rappelle aussi que Grace est en bonne santé et qu’elle va grandir tout à fait normalement. Que le plus important, c’est que nous allons bien. Il me dit que je suis une bonne mère, et qu’aujourd’hui, j’ai juste besoin de prendre le temps de me remettre de l’accident et que je n’ai pas à me soucier de la durée. Il est là pour moi, pour notre famille, et il est prêt à faire le nécessaire pour que nous retrouvions une vie normale.
Je n’ose pas imaginer ce qu’a du ressentir Cédric lorsque Monsieur Touthym l’a appelé pour l’informer de l’accident. Son monde tout entier était sur le point de s’effondrer et la tranquillité de notre existence était brusquement perturbée. Cédric a eu la peur de sa vie et il n’a jamais été aussi soulagé quand il a su que Grace et moi nous portions bien.
Et je crois que c’est le plus important pour lui. Certes, il se fait du soucis pour moi car il voit bien que je vis mal cette situation et que la culpabilité me ronge mais son naturel optimiste reste bien présent. Il est persuadé que je finirai par aller mieux et que petit à petit, nous retrouverons une vie de famille normale.
Je suis admirative de la façon dont il gère la situation. J’ignore où il peut bien trouver cette force en lui, mais il est le véritable pilier de notre famille en cette période. Je crois qu’il a eu tellement peur qu’il est prêt à tout accepter tant que nous sommes toujours là et en bonne santé.
Comme pour Grégory, Cédric ne rechigne jamais à s’occuper de Grace. On voit toute la douceur dont il fait preuve dans chacun de ses gestes quand il la prend dans ses bras, comme s’il avait peur de lui faire mal, comme s’il craignait qu’elle disparaisse. Notre petite princesse revient de loin et même si cela m’émeut de voir tout l’amour qu’il éprouve pour notre fille, je ne peux m’empêcher de m’en vouloir d’avoir risqué de le priver de notre deuxième enfant, de la joie d’être de nouveau père, et du bonheur d’accueillir un nouvel enfant.
Maman vient souvent à la maison. Elle aussi a eu la peur de sa vie quand Cédric l’a appelé pour la prévenir que j’étais à l’hôpital suite à un accident. Je n’ose pas imaginé ce qu’elle a du ressentir non plus, mais elle est heureuse que nous n’ayons pas eu de blessures graves.
Ce qui ne l’empêche pas de venir régulièrement à la maison pour s’assurer que tout va bien. Bien qu’elle ne le montre pas et qu’elle affirme simplement vouloir passer du temps avec ses petits-enfants, je sais bien qu’elle se fait du soucis pour moi. Cette histoire doit résonner en elle et lui rappeler ma propre naissance. Elle est peut-être même la personne qui pourrait le mieux me comprendre en ce moment.
Mais… Je n’arrive pas à lui parler de ce que je ressens, comme si ce n’était pas légitime. Ma fille va bien, elle est en bonne santé et je devrais être heureuse en cet instant.
Mais je suis incapable de retirer de mon esprit que ma passion, mon entêtement à aller travailler au lieu de me reposer, ont causé mon accident. Qu’à cause de moi, ma fille a failli ne jamais voir le jour.
Un jour, Maman souhaite que je vienne avec elle pour aller voir Grace dans sa chambre. Je ne comprends pas spécialement pourquoi dans la mesure où elle n’a pas besoin de moi pour aller voir sa petite-fille, mais j’accepte devant son insistance. Et puis, Cédric décide d’emmener Grégory jouer dehors, comme pour m’empêcher de trouver un quelconque échappatoire.
J’accompagne donc Maman à l’étage et lorsque nous entrons dans la chambre, nous constatons que Grace est en train de dormir. Maman s’approche doucement du berceau et observe sa petite-fille avec un regard plein de tendresse. Quant à moi, je reste à distance et je m’assois sur la banquette, n’osant pas m’approcher, comme si j’avais peur d’interrompre ce moment.
Au bout de quelques minutes, Maman vient s’asseoir à côté de moi et me regarde avec insistance.
-Tout va bien ma puce ? Me demande-t-elle après un silence, où je faisais mine de ne rien remarquer à son attitude.
-Bien sûr Maman, pourquoi ça n’irait pas ? Lui dis-je avec nonchalance, en haussant les épaules avec désinvolture.
-Parce que je sais ce que c’est que de vivre un accouchement difficile et que je vois bien que tu es en train me mentir. Et puis, tu te tiens à distance de ta fille depuis que vous êtes rentrées à la maison.
Je garde le silence, et je me contente de scruter mes pieds. Comment puis-je penser être capable de berner ma mère alors qu’elle a vécu une expérience similaire ? Comment puis-je imaginer être capable de non seulement lui cacher quelque chose d’ailleurs ?
-Ma puce, tu peux tout me dire tu sais. Et ce n’est pas sain de tout garder pour toi. J’en sais quelque chose…
-Sauf que c’est différent, Maman. Finis-je par soupirer. Ton accouchement a été difficile parce qu’il y a eu des complications. Le mien l’a été parce que je suis allée travailler alors que j’aurais du rester à la maison. Je… Je culpabilise Maman… Si je n’avais pas décalé mon congé d’une journée pour assister à cette présentation, je n’aurais pas été présente lors de l’explosion et je n’aurais pas risqué la vie de ma fille. A cause de moi, elle aurait pu mourir…
-Ma chérie… Est-ce toi qui est à l’origine de l’explosion ? Me demande-t-elle de façon directe et sans tourner autour du pot. Sa question est tellement absurde que je lui lance un regard choqué. As-tu saboté ce prototype pour qu’il explose ?
-Bien sûr que non ! Je ne travaillais même pas sur ce projet !
-Alors ce n’était pas ta faute. En conclue Maman avec sérieux. Tout comme je ne pouvais prévoir les complications lors de mon accouchement, tu ne pouvais pas prévoir que cet engin allait exploser. Tu aurais pu tout aussi bien traverser la rue et te faire renverser par une voiture pendant ton congé maternité. Ca n’aurait pas davantage été ta faute que ce qui s’est effectivement passé. C’est malheureux, mais tu étais simplement au mauvais endroit au mauvais moment.
-Je l’entends bien Maman, mais je ne peux m’empêcher de culpabiliser… Soufflé-je la gorge nouée. Si je ne suis pas capable de prendre soin de ma fille alors qu’elle est toujours dans mon ventre, comment le pourrai-je maintenant qu’elle n’y est plu ? Si je lui ai fait du mal en provoquant sa naissance, que pourrais-je encore lui faire ? M’interrogé-je alors que je vois ma mère secouer la tête.
-Ma puce, même avec toute la bonne volonté du monde, tu ne pourras pas empêcher les accidents de se produire. Même en l’enfermant toute sa vie à l’intérieur de la maison, elle serait capable d’essayer de s’enfuir par la fenêtre. Même la meilleure mère du monde ne pourrait empêcher ses enfants de se faire mal parce que ça fait partie de la vie. Il faut faire attention, bien sûr, mais tu ne pourras pas empêcher tes enfants de s’écorcher le genou parce qu’ils se sont cassés la figure en jouant avec leurs copains. Un jour, tu auras peut-être un parent qui va débarquer chez toi avec Grace dans les bras car elle s’est cassée le bras en tombant d’un trampoline. N’essaie pas d’imaginer ce qui pourrait lui arriver, tu vas devenir folle. Et puis, regarde Grégory, il se porte comme un charme. Il n’y a aucune raison que tu t’occupes moins bien de Grace que de lui. Tu es une bonne mère Joy, et ce regrettable accident ne doit pas redéfinir la mère que tu es, ni même la personne que tu es.
-J’aimerais tellement parvenir à me raisonner ainsi, Maman. Soufflé-je le cœur serré. Dès lors où j’essaie de me rassurer avec des mots censés, ma culpabilité refait surface et m’empêche d’essayer d’avancer.
-Cela viendra, Joy. Se veut rassurante Maman. Cet accident a laissé des traces malgré tout, et il n’y a rien de mal à prendre du temps pour aller mieux. N’hésite pas à prendre ce temps-là, et à demander de l’aide si jamais tu en éprouves le besoin. Et rappelle toi que tu n’es pas toute seule.
-Je le sais ça. Cédric est adorable et je ne sais pas comment je ferais sans lui.
-Il a bien intérêt à être adorable ! Réplique aussitôt Maman alors que je ne peux m’empêcher de sourire à sa réponse. Plus sérieusement, nous sommes là aussi avec ton père si tu as besoin de quelque chose, même si tu as juste besoin de parler. Et si jamais tu as besoin tu as besoin de voir quelqu’un… sache qu’il n’y a pas de honte…
-Tu parles d’un psy ? Je vais être obligée d’en voir un de toute façon. L’informé-je en haussant les épaules. L’agence a mis en place une cellule psychologique pour l’ensemble des salariés, mais ceux directement concernés par l’accident ont l’obligation d’avoir l’autorisation d’un psychologue avant de pouvoir reprendre le travail. J’ai rendez-vous la semaine prochaine, mais j’ai bien conscience que je n’aurais pas mon autorisation d’exercer avant un moment…
-En voilà une décision censée. Ca va te laisser tout le temps nécessaire pour te remettre de tout ça.
-Certes… Merci Maman… D’être là…
-C’est normal ma chérie. Tu es ma fille et je veux que tu ailles le mieux possible. Et puis…. si je te dis tout ça, c’est aussi pour que tu puisses te rapprocher de ta fille. Je ne voudrais pas que tu regrettes de ne pas t’être occupée d’elle autant que tu l’aurais voulu… Termine-t-elle dans un souffle, son regard se perdant dans le vague. Elle n’a pas besoin d’en dire plus. Elle ne veut pas que je fasse les mêmes erreurs qu’elle par rapport à ma fille. Aussitôt je la prends dans mes bras.
-Je vais faire des efforts, Maman. Je te le promets.
Après avoir continué pendant un temps à regarder Grace dormir, nous finissons par retourner au salon avec Maman. Nous constatons que Cédric est avec Grégory, qui est tranquillement en train de prendre son goûter sur le canapé.
-Ca a été la sortie ? Demandé-je à Cédric alors que nous nous installons sur le canapé.
-Un peu courte car il a commencé à pleuvoir mais oui. Me confirme-t-il avec un sourire. Il a couru partout en essayant de me semer mais il n’a pas compris que je fais des plus grands pas que lui. Bon, il a glissé à un moment mais rien de grave, juste ses vêtements à changer.
-En même temps, je connais que peu d’enfants qui n’aient jamais tombé en jouant. Signale Maman l’air de rien, alors que sa remarque est tout sauf innocente. Tu t’es bien amusé dehors mon grand ?
-Oui Mamie !! Trop bien ! J’ai couru et puis boum, par terre ! C’était trop drôle ! S’en amuse Grégory … en parlant comme d’habitude la bouche pleine. Mon regard se perd dans le vide alors que je me mets à imaginer le mal qu’il aurait pu se faire en tombant. J’essaie de chasser ces idées de ma tête, quand je remarque que Grégory est maintenant devant moi, avec la moitié de son sandwich dans les mains. Aussitôt, et avec un grand sourire d’ange, il le tend vers moi.
-Tiens Maman, c’est pour toi ! Me dit-il alors que mon cœur fond devant l’attention de mon fils. Sans attendre, je le soulève pour l’installer sur mes genoux tout en partageant son sandwich avec lui.
-Ose me dire que tu n’es pas une bonne mère. S’en amuse Maman alors que Grégory se colle contre moi pour me faire un câlin.
Je me contente de lui sourire tandis que je profite de tout l’amour que me donne mon fils. Je soupire d’aise, et je mets tout en œuvre pour me concentrer là-dessus.
Tout le monde va bien. Je vais bien. Grace va bien. Nous formons une famille unie, et si je me concentre là-dessus et sur l’instant présent, tout finira par aller mieux.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 25

Les semaines passent à une vitesse folle, durant lesquelles je me fais violence pour essayer de lever un peu le pied. Je me rends bien compte que de continuer à m’entraîner comme si de rien n’était ne me rend pas service et je n’ai pas envie de mettre la santé de mon bébé en danger.
Alors, j’essaie de me calmer, et la taille de mon ventre m’aide à relativiser mon manque d’exercice. Bien qu’il soit tout seul -le médecin nous l’ayant affirmé plusieurs fois-, j’ai l’impression que le bébé prend plus de place que Grégory et d’avoir un ventre plus gros que lors de ma première grossesse.

-Bien dormi Chaton ? M’interroge Cédric un matin, tout en préparant le petit déjeuner.
-Comme une baleine. Une baleine échouée qui ne sait pas comment se mettre pour se sentir bien. Marmonné-je, de mauvaise humeur. Aussitôt, je vois mon mari me sourire avec compassion.
-J’avais prévu des œufs brouillés, mais peut-être que tu préférerais du pain perdu avec du chocolat ?
-… Si ça te gêne pas. Soufflé-je avec un air bredouille alors qu’il me dépose un baiser sur la joue.

Malgré mon gros ventre qui m’empêche de faire ce que je veux, j’essaie de passer du temps avec mon fils pour jouer avec lui. Au fil du temps, il commence à comprendre qu’un bébé va arriver et vivre avec nous. Je me souviens encore de sa bouille émerveillé quand il a pu entendre et sentir le bébé bouger dans mon ventre. Je crois que, quelque part, cela le fascine de savoir que son petit frère ou sa petite sœur est dans le ventre de sa maman. Il ne comprend sans doute pas tout, mais il saisit l’essentiel. Enfin, je crois.
-Maman ! Avion ! Me demande soudain mon fils, alors que j’affiche une moue peinée. Grégory est dans une période où il aime faire l’avion avec son père, et réclame de faire le même jeu avec moi. Mais dans mon état, je me sens bien incapable de porter mon fils sur mon dos comme le fait Cédric.
-Je ne peux pas mon poussin. Avec mon gros ventre, c’est compliqué pour moi de te porter sur mon dos.
-Maman ! Avion ! S’il te plait !!
-Grégory, ce n’est pas un soucis de politesse. Je ne peux pas pour le moment, mais on pourra jouer à l’avion quand le bébé sera né.

Bébé nul ! Bougonne Grégory en faisant demi-tour pour sortir du salon. Je ne peux m’empêcher de sourire, alors que j’essaie tant bien que mal à me relever en m’appuyant sur la table basse.
-Tu ne diras pas ça longtemps. Quand le bébé sera grand, tu pourras jouer avec lui, comme tu le fais avec Gabriel.
-Bébé est un garçon ?
-Aucune idée mon poussin ce sera la surprise. Mais si c’est une fille, ce n’est pas ça qui t’empêchera de jouer avec elle. Lui assuré-je alors que je vois à sa moue qu’il n’est pas convaincu. Puis, je remarque sa façon de se trémousser. On dirait que quelqu’un a envie d’aller sur le pot !
-Nooooon !
-Si si, aller c’est parti ! Lui dis-je, sûre de moi, avant de le prendre dans mes bras pour aller à l’étage.

Une fois dans la salle de bain de l’étage, je m’empresse d’installer Grégory sur le pot. Ce n’est pas forcément évident avec mon ventre et Grégory qui ne se laisse pas faire, mais je tiens bon. Je ne peux pas compter sur l’aide de Cédric : il est en rendez-vous avec un client pour une mission d’auteur, sinon, il aurait mis lui-même notre fils sur le pot.
Généralement, Grégory se montre coopératif dans l’apprentissage de la propreté, mais il lui arrive de faire sa tête de mule. Surtout quand il est en train de jouer et qu’il n’a pas envie de s’arrêter pour aller sur le pot.
Il est mignon et fait des grands sourires à tout le monde, mais quand il veut, c’est une vraie tête de mule.

J’entame bientôt mon huitième mois de grossesse, et les préparations pour la naissance du bébé s’accélèrent pour Cédric et moi. La chambre est terminée, et nous ressortons des placards de vieux vêtements de Grégory qui pourront tout à fait convenir, que ce soit une petite fille ou un petit garçon.
Grégory doit sentir cette agitation, car il semble particulièrement inquiet ces jours-ci. C’est régulier que nous l’entendons se réveiller la nuit, après avoir fait un cauchemar. Je dois avouer que cela m’inquiète. Lui qui semblait bien assimiler la nouvelle de l’arrivée d’un bébé dans la famille, ce n’a pas l’air d’être tellement le cas. Cédric essaie de me rassurer, en m’affirmant que cela ira mieux une fois le bébé né et qu’il faut faire preuve de patience, cela ne me plait pas de voir mon fils aussi inquiet.

Alors, quand nous l’entendons se réveiller et commencer à pleurer, Cédric se lève pour le rejoindre dans sa chambre. Je me sens trop fatiguée et trop lourde pour être aussi réactive que lui, même si j’aimerais pouvoir en faire autant pour rassurer mon fils.
Dès que Cédric arrive dans la chambre de Grégory, notre fils se dépêche d’aller voir son père pour lui réclamer un câlin.
-Et bien alors mon grand, tu as encore fait un cauchemar ?
-Oui… Bredouille Grégory en s’accrochant à son père.
-Tu veux bien me raconter ? C’est encore celui où un monstre cassait tous tes jouets ? Suppose alors Cédric alors que Grégory secoue la tête.
-Bébé méchant, toi et Maman que pour lui et moi tout seul. Tente-t-il d’expliquer en reniflant.
-Ce n’est qu’un mauvais rêve, d’accord ? Nous t’aimons très fort avec Maman, et cela ne changera pas avec l’arrivée du bébé. Et le bébé ne sera pas méchant, ne t’inquiète pas. C’est tout petit et innocent un bébé, tu verras. Essaie de le rassurer Cédric, tout en le gardant dans les bras. Il continue de lui dire des paroles réconfortantes et de le bercer, jusqu’à ce que Grégory retrouve le sommeil.

Malgré mes nuits perturbées et l’inquiétude que je ressens pour mon fils, je ne peux me soustraire à mes obligations professionnelles. Surtout aujourd’hui !
L’agence spatiale s’apprête à mettre en fonction un nouveau prototype, qui révolutionnerait les fusées. Je ne connais pas tous les détails techniques, puisque c’est une autre équipe qui gère ce projet, mais l’agence va justement le présenter aujourd’hui et tout le monde est réquisitionné pour finir les derniers détails et pour la présentation soit un succès.
Normalement, j’aurais du commencer mon congé maternité aujourd’hui, mais je n’aurais manqué cette journée exceptionnelle pour rien au monde ! Un jour de plus ou de moins, qu’est-ce que ça change alors que ce fameux prototype dont je ne sais rien pour le moment pourrait révolutionner mon travail ?

Je suis absolument excitée par cette journée, et de ce fait, je ne me suis jamais sentie aussi en forme. Bien que j’ai du me lever plus tôt pour être à la première heure à mon travail.
Lorsque je retourne dans la chambre pour récupérer quelques affaires, je fais attention à ne pas faire de bruit, et éviter de trop déranger Cédric qui dort encore. En passant devant le paravent, je marque un arrêt face au miroir. Mon ventre est énorme, j’ai l’impression d’être sur le point d’accoucher alors qu’il me reste encore quelques semaines devant moi. De petites semaines, certes, mais quand même. Heureusement que le médecin m’a certifié que le bébé était tout seul là-dedans à plusieurs reprises, sinon j’aurais pu penser attendre des jumeaux.
-Tu ne te rends pas encore compte bébé, mais aujourd’hui, nous allons vivre une journée extraordinaire. Soufflé-je en passant doucement les mains sur mon ventre.

*  *  *

Aujourd’hui, Cédric gère seul Grégory pendant que Joy est au travail. Elle l’a embrassé avant de partir, et il sait bien qu’elle ne va pas rentrer de bonne heure vu l’événement important qui se prépare à l’Agence. Il ne saisit pas tous les tenants et aboutissements de cette présentation, mais il voit bien que son épouse est enthousiasme face à cette journée et cela lui suffit. La passion qui l’anime pour son travail l’a toujours charmé et il est heureux de constater que cela l’aide à oublier les maux de la grossesse et ses inquiétudes à propos des cauchemars de Grégory pendant quelques heures.
-Elle est où Maman ? Interroge Grégory pendant le petit-déjeuner. En effet, ces derniers temps, l’emploi du temps de Joy s’est allégé pour la ménager avant son congé de maternité, et le petit garçon a pris l’habitude de voir sa mère tous les matins à son réveil.
-Maman est au travail mon poussin. Lui rappelle alors Cédric avec patience. Mais à partir de demain, elle sera tous les jours et toute la journée à la maison. Lui assure-t-il alors que Grégory affiche un grand sourire enthousiaste. En attendant, aujourd’hui, nous allons rester entre hommes. Tonton et Gabriel doivent venir passer l’après-midi avec nous, tu es content ?
-Ouii !! Tonton et Gaby !! En sautille de joie le petit garçon sur sa chaise haute.

Après le déjeuner, pour essayer d’occuper son fils excité comme une puce à l’idée de voir son oncle et son cousin, Cédric essaie d’apaiser ses inquiétudes quant à l’arrivée du bébé. Il essaie de ne pas le montrer pour ne pas accentuer les inquiétudes de sa femme, mais il se fait également du soucis pour son fils. Il aimerait qu’il soit plus serein face à l’arrivé du bébé qui approche à grand pas.
Alors, il prend le temps de lui expliquer ce qui va se passer dans les semaines à venir. Il se montre honnête, en admettant que lui et Joy risquent d’être occupés avec le bébé qui aura besoin de beaucoup d’attention, alors que Grégory est plus autonome. Il lui avoue que le bébé va faire beaucoup de bruits, car il ne saura pas encore parler. Mais à chaque annonce difficile, il la contrebalance avec des informations positives, en lui rappelant que lui et sa Maman l’aiment et l’aimeront toujours, qu’ils continueront à s’occuper de lui et à veiller à son bien-être. En lui signalant que le bébé va vite grandir et qu’il pourra jouer avec lui. Il essaie d’être le plus clair possible, et est à l’écoute des questions de son fils.
Si bien qu’il est surpris quand il surveille l’heure, avant de lever les yeux au ciel. Son frère est encore en retard, pour changer !

Soudain, son téléphone portable se met à sonner. Cédric le sort aussitôt de sa poche, et décroche sans même regarder le numéro qui s’affiche à l’écart. C’est sans aucun doute Celian qui le prévient de son retard, Cédric en est persuadé.
Oui allô ? Décroche-t-il sobrement, mais sur un ton amusé tout de même.
Bonjour, puis-je parler à Monsieur Cédric Chastain ? Lui répond alors une voix grave, qui n’appartient certainement pas à son frère. Cédric marque un temps d’arrêt, surpris, et jette rapidement un œil au numéro qu’il ne connait pas.
C’est moi-même. Répond-t-il le plus naturellement possible, essayant d’être le plus neutre possible face à son fils qui l’observe avec curiosité, alors qu’un mauvais pressentiment commence à l’assaillir.
-Bonjour Monsieur Chastain, je me présente : Ernest Touthym, Directeur de l’Agence Spatiale d’Oasis Springs, où exerce votre épouse, Madame Joy Opaline.
-Euh, d’accord… Et que puis-je pour vous ? Joy a oublié quelque chose ?
Je vais être honnête avec vous, Monsieur, ceci n’est pas un appel de courtoisie. Mais je tenais à prendre mes responsabilités quant aux événements qui se sont produits à l’agence en tant que Directeur et en informer moi-même les familles…
-Attendez, quels événements ? De quoi parlez-vous ? Comment va Joy ? Le coupe sans attendre Cédric, inquiet quant aux propos de son interlocuteur. Il se force à respirer un grand coup pour rester calme, Grégory continuant de le fixer avec intérêt. Sans aucun doute que lui aussi sent que quelque chose ne va pas.
-Monsieur Chastain, je suis au regret de vous annoncer qu’un accident s’est produit dans une des salles techniques de l’agence. Le prototype sur lequel travaillait nos équipes a … hum… il a explosé. Et votre épouse était malheureusement présente dans la salle au moment de l’explosion…

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 24

Depuis la naissance de Grégory, Cédric se pose beaucoup de questions sur sa vie professionnelle. Jusqu’à présent, il travaillait à mi-temps à la bibliothèque d’Oasis Springs et occupait le reste de son temps à réaliser des missions d’auteur free-lance. Cela lui allait bien, car il avait un revenu fixe grâce à son emploi à la bibliothèque, tout en poursuivant sa passion pour l’écriture, même s’il s’agissait de contribuer aux œuvres littéraires d’autrui.
Mais, lorsque notre fils est né, nous avons dû vite nous poser la question de sa garde quand nous sommes tous les deux au travail. Certes, nous recevons l’aide régulière de mes parents qui se font une joie de garder leur petit-fils, mais avec le temps, la situation pesait à Cédric. D’autant plus quand nous avons commencé à parler plus sérieusement à faire un second enfant.
Nous en avons beaucoup discuté. Il m’a avoué que son travail à la bibliothèque ne lui plaisait plus, qu’il avait la sensation d’en avoir fait le tour. Mais qu’à côté, il avait également envie de créer, de devenir véritablement auteur en étant reconnu sous son propre nom. Il aimait ses missions, mais cela le pesait également que d’autres personnes récoltaient les lauriers de son travail et de sa créativité.
Alors, il a décidé de démissionner de son poste à la bibliothèque pour consacrer ce temps à l’écriture de son propre roman, tout en continuant à faire des missions à côté, comme il l’a fait jusqu’à présent. C’est un risque à prendre dans la mesure où il n’aura plus de revenus fixes tous les mois. Mais je gagne suffisamment bien ma vie pour compenser cette perte de revenus, d’autant plus depuis ma promotion où je suis passée d’Astronaute junior à Astronaute. Cédric tenait néanmoins à m’en parler avant de faire quoique ce soit, voulant être sûr que j’approuve sa décision. Comme si j’allais refuser qu’il vive pleinement sa passion !

Et puis, l’avantage de ce changement professionnel, c’est que Cédric est en permanence à la maison et peut s’occuper de l’éducation de notre fils. Il se considère avec le sourire comme « mi-auteur, mi-père au foyer ». Ce n’est pas tous les jours faciles pour lui de travailler tout en gardant un œil sur Grégory, il est même souvent obligé de profiter de ses siestes pour avancer un maximum sur ses missions où il a un délais à respecter ou de finir plus tard le soir, mais c’est un rythme qui lui convient. Il est même heureux de passer davantage de temps avec son fils.
Et puis, cela ne veut pas dire non plus que mes parents ne nous aident plus du tout. De temps en temps, ils prennent avec eux Grégory quelques heures pour permettre à Cédric de se concentrer sur son travail et d’être tranquille. Certes, ils le gardent moins souvent qu’avant, mais cela leur fait toujours plaisir de soulager Cédric et de s’occuper de Grégory.

Au fil du temps, nous avons fini par nous adapter à ce nouveau mode de vie, et je vois bien que Cédric est plus épanoui. Il se concentre sur l’essentiel désormais : notre fils et sa passion pour l’écriture, et cela me fait plaisir de le voir satisfait de ses choix et de sa vie.
D’autant plus que je suis de nouveau enceinte. Grégory n’est pas tout à fait autonome encore, mais nous ne voulions pas que lui et son petit frère ou petite sœur ait un écart d’âge trop important. Par chance, une nouvelle fois, je n’ai eu aucune difficulté à tomber enceinte et cette nouvelle grossesse nous comble de bonheur.
Même si cela signifie que je dois une nouvelle fois renouer avec les désagréments qui vont avec.

Néanmoins, et toujours au grand désarroi de Cédric -et j’exagère à peine-, comme lors de ma première grossesse, je continue mes activités habituelles, notamment le sport. Je suis certes passée au rang d’astronaute, et par chance avant d’être de nouveau enceinte, mais je ne veux pas me reposer sur mes lauriers. Mais si je veux continuer à gravir les échelons, je ne peux pas me permettre de rester plusieurs mois sans activité physique.
Alors, même si ma grossesse commence à se voir, je continue de m’entraîner en courant sur mon tapis de course. Une bonne forme physique, ça s’entretient !

Même si je ne peux pas l’entretenir autant que je le voudrais. Je profite évidemment des moments où je me sens bien pour courir, mais je suis parfois obligée de m’arrêter car je commence à me sentir nauséeuse. J’essaie de respirer calmement pour faire passer la nausée, et des fois cela fonctionne, et d’autres fois… Pas du tout.
Cédric ne fait pas de commentaire dans ces moments-là, et se contente de me montrer son soutien comme il sait si bien le faire. Mais je sais qu’il n’en pense pas moins : il pense que mes nausées sont des signes que me lance mon corps pour m’inciter à me reposer. Les courbatures sont aussi des signes que l’on en a trop fait, mais ce n’est pas pour autant que je vais rester sur mon canapé !

Au fur et à mesure que ma grossesse avance, c’est de plus en plus l’effervescence à la maison, puisqu’une fois le premier trimestre passé, il faut que l’on commence à réfléchir comment on décore et aménage la future chambre du bébé pour que tout soi prêt à temps, sans que nous ayons besoin de nous presser. Sans parler du fait que notre famille passe leur temps à nous demander comment je me porte et si le bébé se développe bien.
Evidemment, toute cette agitation, Grégory la perçoit. Il s’interroge lorsque nous partons faire du repérage dans les magasins de bricolage et de décoration, et il s’inquiète également quand j’ai des nausées et que je file aux toilettes pour vomir.
Alors, avec Cédric, nous essayons de trouver le meilleur moyen de lui expliquer qu’il va être grand frère.

Nous avons acheté des jeux pour essayer de lui expliquer, ainsi que des livres pour lui raconter des histoires d’enfants qui voient arriver un nouveau bébé dans la famille. Nous espérons que cela l’aidera à comprendre et à se familiariser à l’idée qu’il ne sera plus le seul enfant dans cette maison et qu’il va être obligé de nous partager.
-Tu vois sur cette carte, c’est un bébé. Lui montre alors Cédric alors que Grégory ne semble pas comprendre. Tu étais comme ça quand Papa et Maman t’ont eu, avant de grandir et devenir un grand garçon.
-Bébé ? Tout petit !!
-Oui, c’est tout petit un bébé, avant de grandir. Et parfois, le Papa et la Maman décident d’avoir un nouveau bébé, pour avoir plusieurs enfants. Et quand c’est le cas, le ventre de la Maman grossit et devient tout rond. Continue-t-il d’expliquer tout en montrant une nouvelle carte à Grégory. Aussitôt, je vois son regard s’illuminer et il lève la tête vers moi.
-Comme Maman !! S’écrit-il tout en pointant le doigt vers mon ventre, ce qui ne manque pas de nous faire sourire.

Grégory est un petit garçon intelligent, et même s’il semble avoir compris que j’attends un bébé, il a plus de mal à saisir le concept de petit frère ou de petite sœur, et son futur rôle de grand frère.
Avec Cédric, nous préférons ne pas insister pour le moment. Après tout, nous avons encore plusieurs mois devant nous avant la naissance, ce qui nous laisse autant de temps pour expliquer les choses à Grégory. Et puis, plus ma grossesse avancera, plus cela deviendra concret pour lui. Surtout quand il pourra entendre et sentir le bébé bouger dans mon ventre.
En attendant, Cédric détend l’atmosphère en jouant avec Grégory. Très vite, les questions laissent place à des rires, et cela est un vrai plaisir à entendre.

Maman vient toujours régulièrement à la maison. Elle veut s’assurer qu’avec ma nouvelle grossesse nous n’avons pas besoin d’aides supplémentaires.
Et puis, cela lui permet de voir Grégory au passage, donc elle ne se plaint pas de faire le trajet « pour pas grand chose ».
Quelque chose me dit que sa pseudo inquiétude quant à ma grossesse n’est qu’une excuse pour voir davantage son petit fils. Mais je ne vais pas la blâmer pour ça.
-Tu arrives à lui faire manger des petits pois sans qu’il ne fasse une scène ? S’étonne Maman alors qu’elle est arrivée plus tôt que prévu, et nous n’avions pas encore terminée de manger.
-Tu penses, c’est un petit gourmand. Il mange de tout. Tu verras que dans deux secondes, son bol sera vide.
-Eh beh vous avez de la chance. Je me souviens que toi, tu étais plus difficile avec les légumes verts.
-Tu te souviens de ça toi ? M’étonné-je avec une moue dubitative.
-Bien sûr. Ton grand-père n’arrêtait pas de râler qu’il ne savait plus quoi faire pour te faire manger des légumes sans que tu fasses la tête. Tu étais un véritable petit ange, mais tu avais déjà ton caractère !

-As vu Mamie ! Tout mangé ! S’exclame fièrement Grégory en montrant son bol vide. Je suis attendrie quand je vois le regard qu’il lance à sa grand-mère et les grands sourires qu’il lui offre. Quand j’observe le visage de Maman, je sais qu’elle l’est aussi.
-C’est bien mon grand ! Il faudra que tu montres l’exemple à ton petit frère ou ta petite sœur quand le bébé sera là !
-Ouiiii !! S’écrit-il, juste pour aller dans le sens de sa grand-mère.
-Il saisit pas tout à fait qu’il va être grand frère, tu sais. Précisé-je tout de même à Maman qui hoche la tête en signe de compréhension.
-Après, il va vite comprendre quand il sera réveillé la nuit par un petit truc rose qui braille.
-Maman…
-Bah quoi ? C’est vrai ! Assure Maman alors que je lève les yeux au ciel. Manquerait plus qu’elle lui fasse peur ! Mais tu veux savoir un secret, ajoute-t-elle en direction de Grégory sur le ton de la confidence alors qu’il l’écoute avec toute l’attention du monde, quand le bébé pleurera, fais lui un bisou sur le front et il va se calmer tout seul, c’est magique !
-C’est vai ?
-Evidemment que c’est vrai ! Comme si Mamie allait te mentir ! Affirme-t-elle avec assurance, alors que nous ne pouvons pas nous empêcher de nous amuser de la situation.