Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 58
Grace
Complètement déboussolée par les propos d’Arthur, j’ai erré un moment avant de rentrer à la maison, tellement j’étais perdue dans mes pensées et mes interrogations. Tout se bouscule dans ma tête et je ne sais plus quoi faire. Entre ma tête et mon coeur, c’est la guerre et ni l’un ni l’autre ne semble vouloir remporter la bataille.
Une fois à la maison, je soupire de soulagement en découvrant que les parents sont absents. C’est vrai que Maman doit finir tard et que Papa est parti aider Tonton sur je-ne-sais-plus-quoi. Je n’aurais donc pas à subir leurs questions quant à mon attitude bizarre, et cela m’arrange. Je n’ai aucune envie de leur parler de ça, c’est trop la honte !
Par contre, j’ai tout de même besoin de parler de ma situation à quelqu’un pour essayer de trouver une solution et Grégory doit certainement être là. Ni une ni deux, je m’empresse d’aller à l’étage et je me précipite dans la chambre de mon frère, sans remarquer sur le coup qu’Alice est là également.
-Grégoryyyyy ! J’ai besoin de tooooi !! M’exclamé-je avec détresse -et non je n’exagère pas du tout-, alors que je le vois sursauter. Ah tiens, salut Alice !
-Grace !! Râle aussitôt mon frère tandis que je me laisse tomber sur son lit, nullement décidée à quitter sa chambre. Tu vois pas que je suis pas seul ?
-Je suis perdue Grégory !! Gémis-je en réponse, ignorant royalement ses protestations. Arthur m’a fait des avances !!
-On en parlera plus tard, tu veux pas aller geindre dans ta chambre ? S’agace Grégory alors qu’Alice se met à rire. D’ailleurs, tu devais pas passer la journée, voire soirée, dehors ?
-Roh ça va, dis toute suite que je dérange ! Bougonné-je, avant de réaliser. Roh arrête de râler, tu as toute la vie pour ça ! Et pour une fois, tu épargneras mes oreilles !
-Pardon ?!
-Les murs sont fins !! Lui signalé-je sur un ton offusqué. Et j’ai de quoi l’être ! Il y a des choses qu’une sœur ne veut surtout pas savoir sur son frère et malheureusement, j’en sais bien trop sur lui à mon goût ! Tu ne vérifies jamais si je suis rentrée et j’ai failli vomir plusieurs fois ! Rien que pour cette raison, tu devrais être un gentil grand frère et soutenir ta petite sœur adorée !
-Je crois qu’elle a vraiment besoin de toi. S’en amuse Alice en réponse au soupir agacé -et certainement frustré- de mon frère.
-Bon, explique ce qu’il se passe. Finit par se résigner mon frère. On se sent soutenu par sa famille c’est beau.
-Arthur m’a fait des avances !!!
-Ouais, et ? Ne voit-il pas où je veux en venir. Il a été lourd alors que tu lui as dit non ? Tu veux que j’aille lui casser les dents ? Sache que je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, je fais pas le poids face à un basketteur qui fait de la muscu. Même si je t’adore, j’ai pas envie de finir à l’hosto avec des côtes cassées.
-N’importe quoi !! Levé-je les yeux au ciel. Il est adorable et je suis bien obligée d’admettre qu’il me plait !!
-Humpf, bah c’est quoi le problème ? T’es célibataire que je sache. Baragouine Grégory alors que j’entends Alice ricaner. A tous les coups, il doit faire une moue qui montre bien que ça ne lui plait pas de voir que, moi aussi, je peux avoir une vie amoureuse. Je la connais cette tête, il l’a faite quand il croyait que je sortais avec Gideon !
-Aux yeux du monde, je suis avec Gideon je te signale ! Lui rappelé-je en m’asseyant sur son lit. Il est vraiment long à la détente, c’est pas possible!
-Oh purée, je sens que tu vas me donner mal à la tête. Soupire mon frère.
-Ta sollicitude me touche, c’est fou !!
-Viens-en au fait, Grace !
-Je te rappelle qu’avec Gideon, on fait semblant d’être ensemble pour faire péter Olive ! Donc je peux pas sortir comme ça avec Arthur sans « rompre » avec Gideon, sinon je vais passer pour une grosse larve de merle ! Mais même si je romps avec Gideon pour sortir ensuite avec Arthur, Olive va se remettre à baver sur mon dos et sortir tout un tas de bêtises, pour essayer de retourner le cerveau de tout le monde ! Et j’ai pas fait tout ça pour rien, tu vois ! Mais d’un autre côté, j’ai pas envie de passer à côté d’Arthur car c’est vraiment un mec bien et il me plait tu vois, le feeling passe de fou entre nous ! J’ai pas envie de passer à côté de quelque chose pour une histoire bidon !
-Ca y est, j’ai mal à la tête. Me dit-il juste en réponse.
-T’es vachement d’une grande aide ! Pesté-je aussitôt en le fusillant du regard.
-En même temps, ton plan avec Gideon était débile dès le départ ! Si vous n’aviez pas fait ça, tu n’aurais pas de problème aujourd’hui! Souligne mon frère, alors que cela ne m’aide absolument pas. Je vois d’ailleurs Alice lui donner un coup de coude et lui faire de gros yeux. Visiblement, elle est d’accord avec moi.
-Au moins, Olive a fini par nous fiche la paix avec notre plan débile ! Réagis-je aussitôt. Et à moins que tu ais une machine à voyager dans le temps sous le coude, ça ne m’aide absolument pas ce que tu me dis ! On dirait que tu t’en fiches que je sois malheureuse !
-Roh exagère pas non plus !
-J’exagère rien du tout !
-Et avant de râler que c’est la fin du monde, tu as essayé d’en parler avec Gideon avant de venir geindre ici ? Me demande Grégory en soufflant d’exaspération.
-Non. Avoué-je en affichant une moue boudeuse, réagissant à l’agacement de mon frère. Il devrait pas réagir ainsi devant la détresse de sa sœur, tout de même ! Je l’écoutais bien sagement moi, quand il se prenait la tête à propos d’Alice ! Je lui ai même arrangé le coup ! C’est grâce à moi qu’il peut m’agresser les oreilles dès qu’il en a l’occasion -j’aurais peut-être du m’abstenir de l’aider finalement…
-Parles-en avec lui du coup. Me conseille gentiment Alice qui me regarde avec bienveillance. Vous avez mis en place votre plan ensemble, vous y mettrez fin ensemble aussi. Je doute qu’il y voit un inconvénient à mettre fin à votre histoire fictive, et vous pourrez toujours dire que vous vous êtes quittés en bon termes. Toutes les ruptures ne finissent pas dans les larmes et le désespoir. Et ça serait dommage de passer à côté d’une histoire avec Arthur.
-Tu n’es pas non plus obligée de l’encourager à sortir avec un mec. Entendis-je mon frère baragouiner en direction de sa copine, qui s’empresse de lui redonner un coup de coude.
-Ca règle pas le problème des on-dit, et d’Olive qui s’empressera de me faire péter. Soupiré-je de dépit.
-Depuis quand Grace Opaline en a quelque chose à faire des qu’en dira-t-on ? S’en amuse Alice, alors que je hausse simplement les épaules en guise de réaction. Plus sérieusement, tout le monde sait qu’Olive raconte beaucoup de bêtises et toi tu es très appréciée depuis que l’équipe féminine de basket remporte des matchs. Et puis, Arthur a beaucoup d’influence et personne n’aurait l’idée d’embêter sa copine.
-Mmmmh, si tu le dis. Commencé-je à réfléchir, avant de lancer une pique à mon frère. Tu vois, elle au moins, elle est gentille !
-Oh c’est vrai, je suis un horrible grand frère ! Réagit aussitôt Grégory en levant les yeux au ciel. Tu veux jouer à la console avec nous pour te changer les idées, ou tu préfères bouder dans ton coin ? Propose-t-il ensuite.
-Je peux choisir le jeu ?
-Si tu veux !
-Alors banco !!
Après quelques jours de réflexion, je finis par proposer à Gideon de me rejoindre au parc d’Oasis Springs. Il accepte aussitôt et je lui avoue que je dois lui parler. Il est intrigué, mais ne cherche pas à en savoir plus. Il sait se montrer patient Gideon, et cela fait plaisir, surtout maintenant. Je n’ai pas envie de lui parler de notre rupture bidon au téléphone ou par SMS. Même si c’est pour de faux, c’est pas cool.
Nous nous retrouvons donc au parc en début d’après-midi, et nous nous installons sur un banc à côté de l’étang. Nous parlons de tout et de rien, avant de finir par aborder le vif du sujet.
-Alors, tu voulais me parler de quoi ? Me demande Gideon, curieux.
-Arthur m’a fait des avances. Lui avoué-je directement, sans prendre de détour. On a été mangé un bout au fast-food d’Oasis Springs l’autre jour, et il m’a clairement dit qu’il m’embrasserait si j’étais pas avec toi.
-Il a le mérite d’être direct ! S’en amuse Gideon alors que je ne peux m’empêcher de rougir à l’évocation de ce souvenir. Tu veux mettre fin à notre plan pour pouvoir sortir avec Arthur, si je comprends bien ?
-C’est ça … Admis-je, un peu mal à l’aise. Mais j’ai un peu peur des répercussions je t’avouerai. J’ai pas envie qu’Olive revienne à la charge en disant à tout le monde que je suis une flûte parce que je t’ai quitté pour sortir avec Arthur.
-Tu cherches des problèmes là où il n’y en a pas ! Me rassure-t-il alors. Nous dirons simplement que nous avons confondu amour et amitié, et que nous nous sommes rendu compte que nous sommes juste des amis. Qu’est-ce que tu veux qu’elle fasse si on a tous les deux le même discours, et qu’en plus, nous continuons à trainer ensemble ?
-C’est pas faux…
-En plus, ce n’est peut-être pas une flèche, mais je doute qu’elle prenne le risque de s’embrouiller avec le mec le plus populaire du lycée en s’en prenant à sa copine. Ajoute-t-il avec un sourire amusé.
-Alice m’a dit la même chose.
-Bah tu vois, il n’y a pas à stresser pour ça. A la limite, attends quelques jours après l’officialisation de notre « rupture » et fonce avec Arthur !
-Et toi, tu es sûr que ça te dérange pas ? Lui demandé-je après une hésitation. Même si, à la base, notre plan consistait à embêter Olive, je sais bien qu’il y trouvait un intérêt autre à notre histoire fictive.
-Pourquoi ça me dérangerait ? M’interroge-t-il avec étonnement. Tu n’es pas vraiment mon style, je te rappelle. Me signale-t-il avec amusement.
-Je sais bien, mais je ne voudrais pas te mettre dans l’embarras. Cette histoire te servait également de couverture pour dissimuler ton homosexualité au lycée et à tes parents… Ajouté-je à voix basse après avoir vérifié qu’aucune personne que nous connaissons se trouve à proximité de nous.
-Ne t’inquiète pas pour moi. Je le cachais bien avant, ça ne va pas changer après notre fausse rupture. Je ne veux surtout pas être un frein à ton bonheur. Et puis, nous avons toujours été clair là-dessus : en cas de besoin, on arrête tout.
-Certes… Mais tu sais, je continue de penser que le cacher et faire semblant ne sont pas forcément la solution. Lui dis-je avec honnêteté, rappelant une vieille conversation que nous avons eu. Lorsque nous avons commencé à parler de notre plan pour embêter Olive, j’étais sceptique quant à l’idée de faire semblant d’être un couple. C’était un peu tordu et surtout, je ne voulais pas qu’il y ait un malaise entre nous. C’est là qu’il m’a avoué son homosexualité. Je suis la première personne à qui il l’a dit, et je crois qu’il ne l’a dit à personne d’autre. Il sait qu’il est gay, mais il ne l’assume pas encore. Il avait terriblement peur que cela se sache au lycée et sa famille n’arrêtait pas de lui demander s’il avait une copine. Son frère commençait même à le chambrer et à le traiter de noms pas très gentils que je n’ai pas envie de répéter. Cela m’a fait de la peine, et j’ai compris que notre couple bidon lui servirait de couverture, montrant que non, il n’est pas gay, puisqu’il a une copine. Je l’ai dit que faire semblant n’était pas une solution, mais je ne pouvais pas me résoudre à refuser de l’aider. C’est un aspect du plan que je n’ai jamais révélé, respectant le secret de mon ami.
-Je sais bien. M’avoue Gideon avec une moue penaude. Mais avec ma famille… C’est toujours compliqué. Ils sont très conservateurs tu sais… Si tu entendais ce qu’ils peuvent dire quand ils parlent des manif LGBT aux infos…
-Oui je comprends… Mais tu pourrais peut-être en parler au groupe ? Tu sais bien qu’ils vont pas te juger. Regarde, Gab a fait son coming-out et tout le monde s’en fiche. Et si tu veux pas que ça sorte du groupe, tout le monde gardera ton secret sans problème.
-Je sais bien mais… Je me sens pas encore prêt, tu vois ?
-Tu me l’as bien dit à moi.
-Mais toi, c’est pas pareil. Tu es ma meilleure amie.
-Moh, tu es mignon ! Lui réponds-je en souriant, tout de même émue par ses propos. Prends le temps qu’il te faut Gideon, et si tu as besoin de parler, tu sais bien que je suis là, fidèle au poste !
-Merci Grace.
-Non, merci à toi. Tu es le meilleur faux-petit-copain qu’on puisse avoir ! Lui affirmé-je en me levant pour le prendre dans mes bras.
-Et toi, la meilleure fausse-petite-amie ! Ne peut s’empêcher de rire Gideon. Il ne sait pas encore la chance qu’il a de t’avoir comme vraie-petite-amie !
-Rien n’est encore fait cher ami !
-Roh, vu ce qu’il t’a sorti, c’est comme si c’était déjà fait ! M’assure-t-il avec un sourire confiant.
-Arrête tes bêtises ! Ca te dit, on va manger un truc ? Ils ont sorti un nouveau parfum de glace au fast-food !
-Tu sais comment me prendre par les sentiments ! Accepte-t-il sans hésiter, alors que nous filons directement vers le restaurant, l’esprit léger et en riant joyeusement.





















































