Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 58

Grace

Complètement déboussolée par les propos d’Arthur, j’ai erré un moment avant de rentrer à la maison, tellement j’étais perdue dans mes pensées et mes interrogations. Tout se bouscule dans ma tête et je ne sais plus quoi faire. Entre ma tête et mon coeur, c’est la guerre et ni l’un ni l’autre ne semble vouloir remporter la bataille.
Une fois à la maison, je soupire de soulagement en découvrant que les parents sont absents. C’est vrai que Maman doit finir tard et que Papa est parti aider Tonton sur je-ne-sais-plus-quoi. Je n’aurais donc pas à subir leurs questions quant à mon attitude bizarre, et cela m’arrange. Je n’ai aucune envie de leur parler de ça, c’est trop la honte !
Par contre, j’ai tout de même besoin de parler de ma situation à quelqu’un pour essayer de trouver une solution et Grégory doit certainement être là. Ni une ni deux, je m’empresse d’aller à l’étage et je me précipite dans la chambre de mon frère, sans remarquer sur le coup qu’Alice est là également.

-Grégoryyyyy ! J’ai besoin de tooooi !! M’exclamé-je avec détresse -et non je n’exagère pas du tout-, alors que je le vois sursauter. Ah tiens, salut Alice !

-Grace !! Râle aussitôt mon frère tandis que je me laisse tomber sur son lit, nullement décidée à quitter sa chambre. Tu vois pas que je suis pas seul ?
-Je suis perdue Grégory !! Gémis-je en réponse, ignorant royalement ses protestations. Arthur m’a fait des avances !!
-On en parlera plus tard, tu veux pas aller geindre dans ta chambre ? S’agace Grégory alors qu’Alice se met à rire. D’ailleurs, tu devais pas passer la journée, voire soirée, dehors ?
-Roh ça va, dis toute suite que je dérange ! Bougonné-je, avant de réaliser. Roh arrête de râler, tu as toute la vie pour ça ! Et pour une fois, tu épargneras mes oreilles !
-Pardon ?!
-Les murs sont fins !! Lui signalé-je sur un ton offusqué. Et j’ai de quoi l’être ! Il y a des choses qu’une sœur ne veut surtout pas savoir sur son frère et malheureusement, j’en sais bien trop sur lui à mon goût ! Tu ne vérifies jamais si je suis rentrée et j’ai failli vomir plusieurs fois ! Rien que pour cette raison, tu devrais être un gentil grand frère et soutenir ta petite sœur adorée !

-Je crois qu’elle a vraiment besoin de toi. S’en amuse Alice en réponse au soupir agacé -et certainement frustré- de mon frère.
-Bon, explique ce qu’il se passe. Finit par se résigner mon frère. On se sent soutenu par sa famille c’est beau.
-Arthur m’a fait des avances !!!
-Ouais, et ? Ne voit-il pas où je veux en venir. Il a été lourd alors que tu lui as dit non ? Tu veux que j’aille lui casser les dents ? Sache que je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, je fais pas le poids face à un basketteur qui fait de la muscu. Même si je t’adore, j’ai pas envie de finir à l’hosto avec des côtes cassées.
-N’importe quoi !! Levé-je les yeux au ciel. Il est adorable et je suis bien obligée d’admettre qu’il me plait !!
-Humpf, bah c’est quoi le problème ? T’es célibataire que je sache. Baragouine Grégory alors que j’entends Alice ricaner. A tous les coups, il doit faire une moue qui montre bien que ça ne lui plait pas de voir que, moi aussi, je peux avoir une vie amoureuse. Je la connais cette tête, il l’a faite quand il croyait que je sortais avec Gideon !

-Aux yeux du monde, je suis avec Gideon je te signale ! Lui rappelé-je en m’asseyant sur son lit. Il est vraiment long à la détente, c’est pas possible!
-Oh purée, je sens que tu vas me donner mal à la tête. Soupire mon frère.
-Ta sollicitude me touche, c’est fou !!
-Viens-en au fait, Grace !
-Je te rappelle qu’avec Gideon, on fait semblant d’être ensemble pour faire péter Olive ! Donc je peux pas sortir comme ça avec Arthur sans « rompre » avec Gideon, sinon je vais passer pour une grosse larve de merle ! Mais même si je romps avec Gideon pour sortir ensuite avec Arthur, Olive va se remettre à baver sur mon dos et sortir tout un tas de bêtises, pour essayer de retourner le cerveau de tout le monde ! Et j’ai pas fait tout ça pour rien, tu vois ! Mais d’un autre côté, j’ai pas envie de passer à côté d’Arthur car c’est vraiment un mec bien et il me plait tu vois, le feeling passe de fou entre nous ! J’ai pas envie de passer à côté de quelque chose pour une histoire bidon !
-Ca y est, j’ai mal à la tête. Me dit-il juste en réponse.

-T’es vachement d’une grande aide ! Pesté-je aussitôt en le fusillant du regard.
-En même temps, ton plan avec Gideon était débile dès le départ ! Si vous n’aviez pas fait ça, tu n’aurais pas de problème aujourd’hui! Souligne mon frère, alors que cela ne m’aide absolument pas. Je vois d’ailleurs Alice lui donner un coup de coude et lui faire de gros yeux. Visiblement, elle est d’accord avec moi.
-Au moins, Olive a fini par nous fiche la paix avec notre plan débile ! Réagis-je aussitôt. Et à moins que tu ais une machine à voyager dans le temps sous le coude, ça ne m’aide absolument pas ce que tu me dis ! On dirait que tu t’en fiches que je sois malheureuse !
-Roh exagère pas non plus !
-J’exagère rien du tout !
-Et avant de râler que c’est la fin du monde, tu as essayé d’en parler avec Gideon avant de venir geindre ici ? Me demande Grégory en soufflant d’exaspération.

-Non. Avoué-je en affichant une moue boudeuse, réagissant à l’agacement de mon frère. Il devrait pas réagir ainsi devant la détresse de sa sœur, tout de même ! Je l’écoutais bien sagement moi, quand il se prenait la tête à propos d’Alice ! Je lui ai même arrangé le coup ! C’est grâce à moi qu’il peut m’agresser les oreilles dès qu’il en a l’occasion -j’aurais peut-être du m’abstenir de l’aider finalement…
-Parles-en avec lui du coup. Me conseille gentiment Alice qui me regarde avec bienveillance. Vous avez mis en place votre plan ensemble, vous y mettrez fin ensemble aussi. Je doute qu’il y voit un inconvénient à mettre fin à votre histoire fictive, et vous pourrez toujours dire que vous vous êtes quittés en bon termes. Toutes les ruptures ne finissent pas dans les larmes et le désespoir. Et ça serait dommage de passer à côté d’une histoire avec Arthur.
-Tu n’es pas non plus obligée de l’encourager à sortir avec un mec. Entendis-je mon frère baragouiner en direction de sa copine, qui s’empresse de lui redonner un coup de coude.
-Ca règle pas le problème des on-dit, et d’Olive qui s’empressera de me faire péter. Soupiré-je de dépit.
-Depuis quand Grace Opaline en a quelque chose à faire des qu’en dira-t-on ? S’en amuse Alice, alors que je hausse simplement les épaules en guise de réaction. Plus sérieusement, tout le monde sait qu’Olive raconte beaucoup de bêtises et toi tu es très appréciée depuis que l’équipe féminine de basket remporte des matchs. Et puis, Arthur a beaucoup d’influence et personne n’aurait l’idée d’embêter sa copine.
-Mmmmh, si tu le dis. Commencé-je à réfléchir, avant de lancer une pique à mon frère. Tu vois, elle au moins, elle est gentille !
-Oh c’est vrai, je suis un horrible grand frère ! Réagit aussitôt Grégory en levant les yeux au ciel. Tu veux jouer à la console avec nous pour te changer les idées, ou tu préfères bouder dans ton coin ? Propose-t-il ensuite.
-Je peux choisir le jeu ?
-Si tu veux !
-Alors banco !!

Après quelques jours de réflexion, je finis par proposer à Gideon de me rejoindre au parc d’Oasis Springs. Il accepte aussitôt et je lui avoue que je dois lui parler. Il est intrigué, mais ne cherche pas à en savoir plus. Il sait se montrer patient Gideon, et cela fait plaisir, surtout maintenant. Je n’ai pas envie de lui parler de notre rupture bidon au téléphone ou par SMS. Même si c’est pour de faux, c’est pas cool.
Nous nous retrouvons donc au parc en début d’après-midi, et nous nous installons sur un banc à côté de l’étang. Nous parlons de tout et de rien, avant de finir par aborder le vif du sujet.
-Alors, tu voulais me parler de quoi ? Me demande Gideon, curieux.

-Arthur m’a fait des avances. Lui avoué-je directement, sans prendre de détour. On a été mangé un bout au fast-food d’Oasis Springs l’autre jour, et il m’a clairement dit qu’il m’embrasserait si j’étais pas avec toi.
-Il a le mérite d’être direct ! S’en amuse Gideon alors que je ne peux m’empêcher de rougir à l’évocation de ce souvenir. Tu veux mettre fin à notre plan pour pouvoir sortir avec Arthur, si je comprends bien ?
-C’est ça … Admis-je, un peu mal à l’aise. Mais j’ai un peu peur des répercussions je t’avouerai. J’ai pas envie qu’Olive revienne à la charge en disant à tout le monde que je suis une flûte parce que je t’ai quitté pour sortir avec Arthur.
-Tu cherches des problèmes là où il n’y en a pas ! Me rassure-t-il alors. Nous dirons simplement que nous avons confondu amour et amitié, et que nous nous sommes rendu compte que nous sommes juste des amis. Qu’est-ce que tu veux qu’elle fasse si on a tous les deux le même discours, et qu’en plus, nous continuons à trainer ensemble ?
-C’est pas faux…
-En plus, ce n’est peut-être pas une flèche, mais je doute qu’elle prenne le risque de s’embrouiller avec le mec le plus populaire du lycée en s’en prenant à sa copine. Ajoute-t-il avec un sourire amusé.
-Alice m’a dit la même chose.

-Bah tu vois, il n’y a pas à stresser pour ça. A la limite, attends quelques jours après l’officialisation de notre « rupture » et fonce avec Arthur !
-Et toi, tu es sûr que ça te dérange pas ? Lui demandé-je après une hésitation. Même si, à la base, notre plan consistait à embêter Olive, je sais bien qu’il y trouvait un intérêt autre à notre histoire fictive.
-Pourquoi ça me dérangerait ? M’interroge-t-il avec étonnement. Tu n’es pas vraiment mon style, je te rappelle. Me signale-t-il avec amusement.
-Je sais bien, mais je ne voudrais pas te mettre dans l’embarras. Cette histoire te servait également de couverture pour dissimuler ton homosexualité au lycée et à tes parents… Ajouté-je à voix basse après avoir vérifié qu’aucune personne que nous connaissons se trouve à proximité de nous.
-Ne t’inquiète pas pour moi. Je le cachais bien avant, ça ne va pas changer après notre fausse rupture. Je ne veux surtout pas être un frein à ton bonheur. Et puis, nous avons toujours été clair là-dessus : en cas de besoin, on arrête tout.

-Certes… Mais tu sais, je continue de penser que le cacher et faire semblant ne sont pas forcément la solution. Lui dis-je avec honnêteté, rappelant une vieille conversation que nous avons eu. Lorsque nous avons commencé à parler de notre plan pour embêter Olive, j’étais sceptique quant à l’idée de faire semblant d’être un couple. C’était un peu tordu et surtout, je ne voulais pas qu’il y ait un malaise entre nous. C’est là qu’il m’a avoué son homosexualité. Je suis la première personne à qui il l’a dit, et je crois qu’il ne l’a dit à personne d’autre. Il sait qu’il est gay, mais il ne l’assume pas encore. Il avait terriblement peur que cela se sache au lycée et sa famille n’arrêtait pas de lui demander s’il avait une copine. Son frère commençait même à le chambrer et à le traiter de noms pas très gentils que je n’ai pas envie de répéter. Cela m’a fait de la peine, et j’ai compris que notre couple bidon lui servirait de couverture, montrant que non, il n’est pas gay, puisqu’il a une copine. Je l’ai dit que faire semblant n’était pas une solution, mais je ne pouvais pas me résoudre à refuser de l’aider. C’est un aspect du plan que je n’ai jamais révélé, respectant le secret de mon ami.
-Je sais bien. M’avoue Gideon avec une moue penaude. Mais avec ma famille… C’est toujours compliqué. Ils sont très conservateurs tu sais… Si tu entendais ce qu’ils peuvent dire quand ils parlent des manif LGBT aux infos…
-Oui je comprends… Mais tu pourrais peut-être en parler au groupe ? Tu sais bien qu’ils vont pas te juger. Regarde, Gab a fait son coming-out et tout le monde s’en fiche. Et si tu veux pas que ça sorte du groupe, tout le monde gardera ton secret sans problème.
-Je sais bien mais… Je me sens pas encore prêt, tu vois ?
-Tu me l’as bien dit à moi.
-Mais toi, c’est pas pareil. Tu es ma meilleure amie.
-Moh, tu es mignon ! Lui réponds-je en souriant, tout de même émue par ses propos. Prends le temps qu’il te faut Gideon, et si tu as besoin de parler, tu sais bien que je suis là, fidèle au poste !
-Merci Grace.

-Non, merci à toi. Tu es le meilleur faux-petit-copain qu’on puisse avoir ! Lui affirmé-je en me levant pour le prendre dans mes bras.
-Et toi, la meilleure fausse-petite-amie ! Ne peut s’empêcher de rire Gideon. Il ne sait pas encore la chance qu’il a de t’avoir comme vraie-petite-amie !
-Rien n’est encore fait cher ami !
-Roh, vu ce qu’il t’a sorti, c’est comme si c’était déjà fait ! M’assure-t-il avec un sourire confiant.
-Arrête tes bêtises ! Ca te dit, on va manger un truc ? Ils ont sorti un nouveau parfum de glace au fast-food !
-Tu sais comment me prendre par les sentiments ! Accepte-t-il sans hésiter, alors que nous filons directement vers le restaurant, l’esprit léger et en riant joyeusement.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 57

Grace

J’ai été ronchon tout le reste de la soirée du Nouvel An. Mais, ma mauvaise humeur est passée le lendemain et j’ai fini par appeler Will pour m’excuser de m’être énervée contre lui. Le pauvre, il n’y peut rien si Olive est une peste qui passe son temps à m’embêter et qui cherche à se servir de lui pour des futilités. Il a accepté mes excuses sans problème, mais a réitéré ses inquiétudes quant à ma prétendue relation avec Gideon. J’ai fini par lui avouer la vérité, tout en lui demandant de me promettre de garder le secret. Il trouve notre plan ridicule et stupide, mais je crois qu’il est plus blasé qu’autre chose par la situation.
Le temps a fini par passer et le printemps pointe le bout de son nez. Avec le temps, Olive finit par me laisser tranquille, mais ses regards mauvais dans ma direction montre bien qu’un rien peut raviver sa haine à mon égard. Du coup, on continue notre petit numéro avec Gideon pour ne pas lui donner l’occasion de jubiler quant à notre rupture et notre statut de célibataire.
Parallèlement, je continue mes entrainements avec Arthur. Il a réussi à convaincre le coach -qui lui a du se battre avec la direction du lycée- d’entrainer les filles et les garçons en même temps, ce qui permet d’améliorer considérablement le niveau de l’équipe féminine. Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre ! On commence enfin à avoir une équipe qui tient la route ! Néanmoins, nous aimons passer du temps ensemble avec Arthur, et c’est fréquent que nous nous retrouvons en-dehors des cours pour nous entrainer ensemble.
Ou pour déjeuner dans un fast-food après les cours ou après un entrainement.

Je dois avouer que j’adore passer du temps avec lui. Cela me change de ma bande d’amis habituels, et nous avons plein de points en commun. Nous pouvons passer des heures à parler de basket, mais aussi de films ou de séries. Il est loin d’être le stéréotype du sportif beau gosse, même s’il lui arrive d’en jouer, et il a souvent des choses intéressantes à dire.
On rigole bien aussi, il ne manque pas d’humour, et réagit positivement à mes blagues pourries. En somme, Arthur n’est pas prise de tête, et cela fait du bien de sortir du cadre habituel, et ne plus me prendre la tête par rapport à Olive. Nos moments ensemble sont une véritable bouffée d’air frais.
Ouais, j’aime bien la compagnie d’Arthur.

-Au fait, il y a le dernier Marvel qui vient de sortir. Ca pourrait être cool d’aller le voir après manger, non ? Proposé-je soudain à Arthur alors qu’il me parlait d’une série qu’il a vu sur Sim +.
-Pourquoi pas, mais un autre jour. Je dois aller chercher ma p’tite sœur après et jouer les baby sitter jusqu’à son cours de danse. Me répond-t-il en levant les yeux au ciel d’un air blasé, avant d’ajouter avec un air taquin. Ah moins qu’entre-temps, tu ne préfères y aller avec ton mec.
-Euh, c’est pas trop son genre de film. Lui avoué-je un peu mal à l’aise, dans un semi-mensonge. Je n’ai aucune envie d’aller au cinéma avec Gideon pour le moment. Non pas que je ne l’aime pas, mais il n’arrête pas de commenter ce qui se passe à l’écran. C’est insupportable et comme on ne sort pas vraiment ensemble, je ne suis pas obligée de prendre sur moi pour lui faire plaisir. Et il n’aime pas les films de super-héros. Ca, ce n’était pas un mensonge. Et puis, ce n’est pas avec Gideon que j’ai envie d’aller au cinéma. En tout cas, tu as l’air ravi de passer du temps avec ta sœur. Signalé-je ensuite. A mon tour de chercher à l’embêter.
-J’adore ma sœur, ce n’est pas le soucis. Et ça me gêne pas de veiller sur elle la plupart du temps, et d’aller la chercher à l’école ou l’emmener à la danse. Mais là, ça m’embête car je suis en charmante compagnie et que je vais louper une super séance de cinéma. M’avoue-t-il avec un sourire charmeur.

Je ne peux m’empêcher de laisser échapper un petit rire -interdiction de dire que je suis en train de glousser, je ne suis pas une midinette- et de rougir suite à sa dernière réplique. J’essaie de paraitre la plus naturelle possible pour ne rien laisser transparaitre, mais j’ignore si je suis bien convaincante.
Je dois bien avouer qu’Arthur me plait -terriblement-, même si je n’en suis pas fière. J’ai l’impression d’être comme toutes ces filles qui craquent toutes pour le capitaine ultra beau gosse de l’équipe sportive vedette du lycée, et qui ont rien dans le ciboulot pour la plupart tellement elles passent leur temps à fondre devant leur crush. J’ose espérer ne pas devenir aussi débile.
Mais je ne peux nier l’évidence. J’adore passer du temps avec lui et je recherche même sa compagnie. Je tente de l’impressionner avec mes prouesses sportives, plus qu’avec les autres. Et en-dehors du sport, j’essaie de me faire bien voir à ses yeux. Il occupe sans cesse mes pensées et je me sens rougir quand il me sourit. Une chance que j’arrive encore à me concentrer quand je joue au basket !
Je me sens déjà suffisamment débile comme ça quand je suis avec lui, il ne manquerait plus que je devienne nulle en sport !

Nous finissons ensuite tranquillement notre déjeuner, sans nous presser. Je ne vois pas le temps passer, et j’ai le coeur lourd lorsque nous sortons du fast-food. Je sais qu’il a des obligations et que je le reverrai bientôt, mais c’est plus fort que moi.
Rentrer chez moi alors que la journée est loin d’être terminée, ça me mine le moral.
Nous continuons de discuter un peu devant le restaurant, comme si lui non plus n’avait pas envie de partir. Mais, après un rapide coup d’œil sur son portable, il finit par m’avouer qu’il va devoir y aller.
J’essaie d’avoir l’air désinvolte, genre son départ ne m’atteint pas, alors que j’ai pas envie qu’il s’en aille chercher sa sœur.
Mais, chose surprenante à laquelle je ne m’attendais pas du tout, il me prend dans ses bras. C’est la première fois qu’il se montre aussi tactile envers moi, et je me tends aussitôt de surprise… avant de me détendre pour profiter de ce contact inespéré. C’est fou à quel point je me sens si bien dans ses bras…

-Dommage que tu ais un mec. Sinon, je t’aurais bien embrasser avant de partir. M’avoue-t-il avec une franchise déconcertante, suite à laquelle je ne peux retenir un hoquet de surprise. Arthur est quelqu’un de franc, qui exprime toujours le fond de sa pensée sans le moindre détour. C’est quelque chose que j’ai toujours apprécié chez lui, même avant que je commence à m’attacher à lui.
Mais je dois avouer que je ne m’attendais pas à ce qu’il me dise une telle chose de façon aussi directe. Je suis un peu sonnée, mes pensées se bousculent dans tous les sens et mon cœur essaie de battre des records de vitesse.
-Pour… Pour être tout à fait honnête, depuis quelques temps, je me dis… Enfin… Je crois que Gideon n’est finalement qu’un ami. Soufflé-je en réponse, essayant de garder suffisamment la tête froide pour garder secret ce qui doit le rester. Sans pour autant dire un énorme mensonge. Je n’ai pas envie d’avoir l’air d’une folle devant Arthur, alors que de toute évidence, mon attachement semble réciproque.

-Quand tu seras sûre, appelle-moi. Bonne soirée Grace. Me répond-t-il simplement, avec un sourire en coin.
-Euh, bonne … soirée. Bredouillé-je, complètement chamboulée par la situation. Comme pour m’achever, Arthur s’approche de moi pour déposer un baiser sur ma joue, avant de tourner les talons pour partir retrouver sa sœur.
Quant à moi, je reste plantée là, sur le parking du restaurant, comme une statut avec un air ahuri sur le visage. Je le regarde s’éloigner sans rien dire, sans bouger, comme une idiote. Je suis censée faire quoi dans une telle situation ? J’ai du mal à rassembler mes pensées, et réfléchir à ce qui vient de se passer.
J’essaie de me secouer, mais c’est comme si mon corps marquait un temps d’arrêt tellement c’est surréaliste.

Petit à petit, j’essaie de mettre de l’ordre dans mes pensées. Pour faire péter Olive, je fais semblant de sortir avec Gideon. Au yeux du monde, nous sommes en couple alors qu’en vérité, nous sommes simplement amis et je n’éprouve pas le moindre sentiment amoureux envers lui -et lui encore moins.
Par contre, je commence à en ressentir envers Arthur, et cela semble réciproque. Néanmoins, Arthur est réglo ; il ne tente rien car pour lui, je suis en couple avec Gideon. Même si en vrai, ce n’est pas le cas.
Mettre un terme à mon arrangement avec Gideon serait simple, même si je risque de le mettre dans l’embarras. Mais en quittant Gideon pour sortir directement avec Arthur, je risque de passer pour une larve, et Olive s’en donnerait à cœur joie pour me dépeindre ainsi, alors qu’elle commençait justement à se calmer. Et notre plan avec Gideon n’aurait servi à rien.
Mais d’un autre côté, est-ce que je dois renoncer à ce dont j’ai envie par crainte des répercussions éventuelles ?
Je suis en train de me créer des nœuds dans le cerveau.
Lutin de merle, je suis royalement dans la mouise !

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 56

Grace

-Je peux te parler une minute ? Me demande Maman après être entrée dans ma chambre – sans frapper, comme d’habitude. Grace ! C’est quoi ce bazar ?! Je t’avais demandé de ranger ta chambre ! S’agace-t-elle ensuite quand son regard a balayé l’ensemble de la pièce.
Je lève les yeux au ciel. Je rentre à peine d’un entrainement avec Arthur, et il faut déjà qu’elle me prenne le chou. Et à quoi bon ranger, si j’ai besoin de quelque chose juste après ? Au moins, tout est à portée de main, et j’ai pas à chercher pendant trois plombs dans les placards. C’est un désordre organisé, si on veut.
Et puis, j’ai autre chose à faire dans ma vie que de ranger ma chambre. Je passe plus de temps dehors, alors ça sert à rien de perdre du temps sur du rangement alors que j’en vois pas l’utilité.

-C’est de ma chambre dont tu veux me parler ? Lui réponds-je avec un air suspicieux. C’est pas son genre d’avoir des discussions sérieuses avec moi. Elle sait très bien que j’ai tendance à l’envoyer sur les roses.
-Non, du tout. Viens t’asseoir. M’assure-t-elle avant de s’asseoir sur mon lit.

Ma méfiance a son égard ne fait qu’augmenter, car je me demande bien de quoi elle veut me parler. Je la rejoins sur mon lit avec prudence, alors que j’énumère dans ma tête tous les sujets de discussion possible. Au fond, je sais que la seule chose dont elle pourrait me parler, c’est de mon plan avec Gideon. J’espère que Grégory n’a pas été mouchardé, sinon ça ira mal pour lui !
-Grace, par où commencer… Semble-t-elle hésiter tout d’un coup. J’hausse un sourcil intrigué. Si elle était au courant de mon plan, elle ne serait pas hésitante, mais en colère ou dépitée. Bref, elle me dirait le fond de sa pensée sans prendre de gant.
-Par le début ? Suggéré-je alors, alors que Maman me lance un regard blasé suite à ma réflexion très premier degré.
-Très drôle…. Grace, je t’ai vu ce midi, avec ce garçon… Gideon, je crois ? Commence-t-elle, alors que je l’écoute avec attention. Dans ma tête, j’essaie de me remémorer ce que j’ai bien pu faire ce midi.
-Tu m’espionnes maintenant ? Froncé-je les sourcils, espérant qu’elle n’est pas descendue aussi bas. Maman a toujours été une mère poule, mais je ne préfère pas imaginer qu’elle en soit venue à espionner ses enfants pour veiller à ce qu’ils n’aient pas un bobo.
Non ! Bien sûr que non ! Se défend-t-elle aussitôt, surprise par ma remarque. Tu sais que je passe devant ton lycée pour aller faire les courses. Ajoute-t-elle alors que je reste dubitative.
Mouais, et donc ?

-Et bien, Gideon n’était pas un ami ? Me demande-t-elle prudemment, comme si elle marchait sur des œufs. Je lui fais si peur que ça à ma mère pour qu’elle n’ose pas me parler franchement ?
Les choses peuvent changer. Me contenté-je simplement de répondre dans un haussement d’épaules. Je ne vais pas nier ce qu’elle a pu voir, et encore moins lui avouer que ce n’est que de la comédie. Elle ne pourrait pas comprendre. Elle a passé sa lointaine adolescence le nez dans ses bouquins, les subtilités de la vie sociale des jeunes de mon âge ne pourrait que la dépasser.
-Je vois… Et.. c’est sérieux entre.. vous ? M’interroge-t-elle ensuite, mal à l’aise (et encore, c’est un euphémisme). J’hausse un sourcil, incrédule. Où est-ce qu’elle veut en venir ?
-J’en sais rien, on verra, pourquoi ?
-Parce que… Tu es une fille …
-Merci du scoop.
-Grace, ce que je veux dire c’est que… Tu es en âge de … Voilà … Et faut faire attention … Me baragouine-t-elle alors que je ne comprends strictement rien à ce qu’elle essaie de me dire. Je crois que je vais devoir envisager d’investir dans un décodeur spécial langage de Maman. Car un accident est vite arrivé et… voilà. Et puis, sache que … euh… tu as le droit de dire non et que ce… soit respecté… Voilà… Continue-t-elle alors que j’essaie de lire entre les lignes, de décrypter ses paroles pour en comprendre le sens… Avant qu’un éclair de génie me frappe.
-Maman… Je rêve ou tu essaies de me parler de crac-crac ?
-Euh … Oui.

J’éclate aussitôt de rire suite à son aveu. Je ne devrais pas faire ça, mais c’est plus fort que moi ! Déjà, parce que sa tentative de conversation mère/fille fait peine à voir, mais également parce qu’elle est totalement inutile.
Je fais mon possible pour essayer de me calmer, mais lorsque j’aperçois l’expression déconfite de Maman, mon fou rire repart de plus bel sans que je ne puisse m’en empêcher.
-Oh Maman, vraiment, tu n’as pas à t’en faire ! M’exclamé-je en riant de plus belle.
-Ma puce, c’est important tu sais. Je ne voudrais pas qu’un garçon te fasse du mal ou que tu te retrouves enceinte à ton âge… Tente-t-elle de se justifier, alors qu’elle ne comprend pas ce qui peut bien me faire rire.
-Je t’assure, vraiment, tu n’as pas à t’inquiéter. Mais genre, vraiment. Lui affirmé-je alors que je peine à calmer mon fou rire. Si elle savait ! Il faudra que je raconte ça à Gideon, il va être mort de rire !

Suite à notre conversation foireuse, Maman n’a pas osé me regarder dans les yeux pendant plusieurs jours. Me retenir de rire n’était pas une mince à faire.
Mais avec tout ça, le Nouvel An est vite arrivé. Je n’ai absolument pas vu le temps passé, c’est fou ! Du coup, pour fêter ça, nous sommes allés en boite de nuit. Grégory boude toujours à l’idée d’aller danser, mais Alice a un don pour réussir à le dérider. J’aurais préféré aller dans un bar karaoké à San Myshuno mais c’est trop loin et il n’y a plus de transport en commun après minuit !
Mais contrairement à mon frangin, je ne rechigne pas à aller en boite de nuit. Tant que je suis avec mes amis, moi, tout me va !

-Hey ! Prête à faire la fête jusqu’au bout de la nuit ? M’interpelle soudainement Will avec son ton jovial habituel.

-Toujours ! Affirmé-je avec enthousiasme. Et toi ? Tu as l’autorisation de dépasser minuit de la part de ton vieux ? Lui demandé-je avec un brin de taquinerie.
-Comme si je lui laissais le choix. Me répond-t-il en riant.
Je souris à sa remarque. Je sais que c’est toujours compliqué avec son père, malgré le temps qui passe. En fait, surtout avec le temps qui passe, je devrais dire. Plus Will approche de la fin du lycée, plus son père le pousse à poursuivre avec des études de droit, pour qu’il puisse travailler et reprendre son cabinet d’avocat plus tard. Will ne sait pas trop quoi faire de sa vie, mais cela le pèse de voir le pousser vers une voie dont il n’est pas sûr qu’elle soit faite pour lui.
Il en parle peu car il veut profiter des instants hors de chez lui pour penser à autre chose, mais je sais que cela peut parfois lui miner le moral.

Plus loin dans la boite de nuit, j’aperçois Olive en compagnie d’Elodie. Je soupire en les voyant, surtout en remarquant le regard haineux d’Olive à mon égard. Elle aussi, elle m’a vu. Et visiblement, elle non plus n’est pas ravie de me voir ici.
Honnêtement, je m’en serai bien passée. Elle est toujours aussi mauvaise envers moi ou Gideon, et tente toujours de faire les yeux doux à Will pour essayer d’attirer ses faveurs. Elle est absolument ridicule, d’autant plus que de plus en plus de monde commence à comprendre son petit manège. Elle qui veut être populaire en sortant avec Will, elle est en train de provoquer l’exact inverse de l’effet recherché !
Néanmoins, un sourire narquois apparait sur mes lèvres. Je lance un regard à Gideon qui a également vu Olive. Il sourit également, comme s’il lisait dans mes pensées, et hoche légèrement la tête de bas en haut.

Alors qu’Olive passe justement devant nous, je m’approche aussitôt de Gideon et je m’empresse de le prendre dans mes bras pour l’embrasser fougueusement. Il répond à mon baiser sans attendre, et se prête au jeu du couple qui profite du Nouvel An et de l’ambiance festive. Ca me fait toujours drôle d’embrasser mon meilleur ami, car c’est pas franchement ce qu’on fait normalement entre amis, mais je préfère en rire en imaginant la tête déconfite d’Olive et à quel point ça doit la faire péter.

-Il y a des hôtels pour ça. Grommelle-t-elle alors qu’elle passe juste à côté de nous.
Ce n’est pas facile pour nous de nous retenir de rire alors que l’on s’embrasse, mais nous parvenons tout de même à rester dans notre rôle. Franchement, nous mériterions un Oscar, rien que pour notre prestation de ce soir.
Je finis par lâcher les lèvres de Gideon, qui s’empresse de rigoler en voyant la mine enragée d’Olive, qui nous lance des regards noirs. C’est tellement drôle de la faire réagir ainsi !

Sans plus nous intéresser à elle, nous nous empressons de rejoindre nos amis, où j’essaie d’ignorer le regard désapprobateur de mon frère. Il n’approuve toujours pas notre petit manège mais il tente bon gré mal gré de faire avec. Il sait que, de toute façon, il n’arrivera pas à me faire changer d’avis. Cela nous amuse avec Gideon et cela ne nous engage à rien.
J’observe Alice et Gabriel, qui font comme si de rien n’était. Je pense qu’Alice doit être au courant que c’est de la comédie -Grégory a du lui dire- mais elle ne fait aucune remarque et fait comme si tout était normal. Gabriel, je pense qu’il s’en fiche de ce que nous pouvons faire. Tant mieux, j’ai pas besoin d’avoir davantage de remarques !
Quant à Will… Je ne le vois pas avec les autres. Tiens, cela m’intrigue car il se met rarement à l’écart du groupe.

J’observe alors les alentours pour repérer où se trouve Will. Je finis par le voir proche de la cabine de DJ … Et Olive n’est pas loin de lui, et tente de faire sa belle et d’attirer son attention. Elle lui lance même des confettis en lui faisant des grands sourires. Je vois bien que Will l’ignore et se contente de danser sur la musique, mais ses tentatives m’agacent. Je ne comprends pas pourquoi elle s’acharne autant et pourquoi elle ne le laisse pas tranquille. Il a tellement de problèmes avec son père qu’il n’a pas besoin qu’une fille le colle aux baskets pour se servir de lui !

Je meurs d’envie de lui entrer dans le lard, mais je n’ai pas envie de créer un scandale dans la boîte de nuit au moment du Nouvel An.
Alors, je m’empresse de quitter la piste de danse pour m’éloigner de ce spectacle qui m’horripile. Je me dépêche d’aller au bar pour me commander un soda, tout en maudissant Olive sur 10 générations. Désolée pour sa descendance, mais si ladite descendance a le même caractère qu’Olive, alors ce n’est pas dramatique.
Enfin, il faudrait déjà qu’elle parvienne à trouver un abruti pour la mettre en cloque. Ou qu’elle fasse appel aux miracles de la médecine moderne.
-Dis, tu peux m’expliquer ce que vous fabriquez avec Gideon ? M’interpelle soudainement Will, me faisant sursauter. Je ne m’attendais absolument pas à ce qu’il me rejoigne.
-Tiens, tu t’es débarrassé d’Olive et de ses mièvreries ? Bougonné-je, encore agacée par l’attitude de cette peste.

-Je ne vois pas pourquoi tu me parles d’elle. Me répond alors Will tout en s’installant à côté de moi au bar. On s’en fiche et tu sais bien que je l’ignore.
-Ouais, mais son attitude me soûle ! Raillé-je, énervée. Cette peste va encore réussir à gâcher ma soirée !
-Laisse couler, si elle aime se prendre des vents, c’est son problème. Soupire Will, avant de revenir à son sujet initial. Sinon, vous faites quoi avec Gideon ? C’est n’importe quoi votre histoire !
-Je crois que nous sommes suffisamment grands pour décider de ce qui est n’importe quoi ou non. Répliqué-je en fronçant les sourcils. Depuis quand il juge ce que je peux bien faire ?
-Arrête, c’est étrange vous deux. Personne n’a rien vu venir.
-Parce qu’il aurait fallu qu’on vous envoie un SMS ? M’agacé-je, car je n’aime pas le ton qu’il emploie. Ou peut-être que ma colère contre Olive m’empêche de réfléchir.
Je pourrai aussi lui dire la vérité, mais Olive pourrait entendre et vu le ton qu’il emploie actuellement, je n’ai pas envie que Will me fasse une leçon de moral.
-C’est pas ça, mais vous donnez l’impression de forcer, c’est chelou. Est-ce que ça vaut le coup de prendre le risque de briser votre amitié et de déstabiliser le groupe ?
-Mais qui a dit que c’est ce qu’il allait se passer ? Soupiré-je d’exaspération en levant les yeux au ciel. Et puis, en quoi ça te regarde ?
-Je me fais juste du soucis pour toi Grace. M’avoue-t-il ensuite, avec un air étonné. Comme surpris que je réagisse aussi vivement.

-Tout va très bien Will, tu n’as pas à t’en faire. Marmonné-je en buvant une gorgée de mon soda pour éviter de me mettre à lui crier dessus. Je sais que je le regretterais aussitôt, alors j’essaie de me canaliser. Will n’a pas à être un dommage collatéral de mon énervement. Je gère parfaitement la situation, et ce n’est pas parce que tu veux rester tout seul que tout le monde doit faire pareil.
-Hein ? Mais j’ai jamais dit ça !
-Peut-être, je sais plus.
-Tu es sûre qu’il n’y a que du soda là-dedans ?
-Mais oui ! Je suis toujours en colère contre Olive, c’est pas le moment de me prendre la tête. Soupiré-je en terminant mon verre, avant de me lever pour retourner danser et essayer de me vider la tête. Je m’en veux de m’en être prise à Will qui n’a pas du comprendre ma réaction. Je verrai plus tard pour m’excuser, mais ce n’était vraiment pas le moment de m’embêter !

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 55

Grace

-Grace ! Faut qu’on parle ! Entre subitement dans ma chambre Grégory, visiblement agacé.
Je sursaute, surprise par son arrivée soudaine alors que j’étais en train de paresser tranquillement sur mon lit, à jubiler avec Gideon suite à la mise en œuvre de notre plan.
Nous sommes quelques jours après la rentrée, et nous avons mis notre plan à exécution avec Gideon. Nous avons eu l’occasion d’apercevoir la tête d’Olive aujourd’hui, et c’était assez drôle. C’était difficile de ne pas éclater de rire et d’essayer de rester naturel pour ne pas tout gâcher, mais je pense qu’on a réussi à berner notre monde.

-Qu’est-ce qui t’arrive encore ? Demandé-je alors à mon frère, loin de me laisser perturber par ses jérémiades, tout en m’asseyant sur le bord de mon lit.
-C’est quoi ce bordel avec Gideon ? Me demande-t-il, les sourcils froncés. Si je ne connaissais pas Grégory, j’aurais presque peur.
Presque.
Pour le moment j’ai juste envie de rire.

-De quoi tu parles ? Ajouté-je, faisant mine de ne pas voir de quoi il peut bien parler.

-Me prends pas pour un idiot ! S’agace-t-il en venant s’asseoir à côté de moi. Je vous ai vu tous à l’heure dans la cour ! Vous jouez à quoi tous les deux ?
-Si tu nous as vu pendant la pause, je pense que c’est assez clair, non ? Répliqué-je, en me mordant la joue pour m’empêcher de rire. Je suis curieuse de voir à quel point nous sommes crédibles avec Gideon et où cette conversation va nous mener.
-Ca dure depuis combien de temps entre vous ? Finit-il par soupirer, la mâchoire crispée, après un silence. Je vois qu’il essaie de faire un effort, mais ce qu’il a vu ne lui plait pas. Franchement, vous croyez que c’est une bonne idée ? Et si ça marche pas, vous deux ? Je sais que les sentiments, ça se maîtrise pas, mais quand même… Vous avez surpris tout le monde. C’est tellement bizarre, personne n’a rien vu venir et j’espère que c’est pas sur un coup de tête et que tu finisses par y perdre des plumes et …
-Déstresse Grégory ! Le coupé-je, ne pouvant m’empêcher de rire. Il va falloir que je raconte à Gideon que notre couple bidon parait bien crédible pour que Grégory entre dans son mode « grand frère protecteur » ! Mon hilarité augmente quand je vois l’air ahuri de mon frère. C’est pour de faux, on n’est absolument pas ensemble avec Gideon !
-Hein ? Mais c’est quoi encore que cette histoire ? Je vous ai vu vous embrasser !

-Il n’y a rien de compliqué à comprendre pourtant. Lui réponds-je alors dans un haussement d’épaules. On fait semblant d’être en couple en public, c’est tout. Donc oui, on s’est embrassé pour que ce soit crédible, mais ça veut rien dire. On s’en fout, c’est juste un bisou.
-Mais… C’est… Pourquoi ?
-Pour embêter Olive ! Lui dis-je franchement, sans la moindre hésitation. A son regard, je devine qu’il ne voit absolument pas le rapport avec elle. Elle n’arrête pas de nous chercher avec Gideon ! Elle passe son temps à vouloir me rabaisser, tout ça pour essayer de se faire bien voir des autres, et surtout, se faire bien voir de Will !
-Grace, on t’a déjà dit de passer outre son attitude. Me soupire mon frère sans me laisser finir. Et tout le monde sait qu’elle veut sortir avec Will, même lui, et tu sais bien que ses tentatives ne lui font ni chaud ni froid.
-Bah excuse-moi, mais il ne doit pas être suffisamment clair car elle n’arrête pas ! Grincé-je aussitôt des dents. Et j’ai bien essayé de laisser couler, mais elle me met en rogne et elle n’a pas l’air de vouloir se calmer ! C’est pour ça qu’on veut lui donner une petite leçon avec Gideon !
-En faisant semblant de sortir ensemble ? Souligne mon frère, ne comprenant pas la logique de notre plan. En même temps, il comprendrait mieux s’il me laissait parler ! En plus d’être complètement idiot, ce n’est absolument pas logique ! Si tu voulais tant l’embêter, pourquoi ne pas avoir demander à Will de se lancer dans ce plan débile ?
-Parce que tu crois qu’il aurait accepté ? Répliqué-je, avec un air sceptique sur le visage, connaissant bien entendu la réponse.
-Bien sûr que non, c’est complètement stupide comme idée !
-Bah voilà pourquoi. En plus ça aurait été trop bizarre ! Et, lui ou Gideon, c’est du pareil au même. En vrai, Olive se fiche royalement de Will ! Tout ce qu’elle veut, c’est être populaire au bahut, c’est tout ! Gideon l’a entendu le dire pendant les vacances !
-Grace, je ne comprends absolument rien à ce que tu me chantes ! C’est quoi le rapport encore ?
-Olive est persuadée que pour être populaire auprès des autres, il faut être en couple. Dans sa tête, si tu n’as jamais été en couple, tu es un loseur car ça montre que tu n’intéresses personne et tu n’es pas foutu de trouver quelqu’un. C’est complètement débile comme logique, mais c’est celle d’Olive, alors je ne préfère pas chercher à comprendre perso, vu que ça vole pas haut dans sa tête. Bref, vu que madame veut être populaire pour être la reine du bahut, elle s’est mise en tête de courir après Will, non seulement pour pouvoir mettre son statut « en couple » sur les réseaux sociaux, mais aussi parce que Will est un gars apprécié de tout le monde. Être avec lui, c’est comme si elle obtenait son pass vers les sommets de la popularité. Elle veut juste se servir de lui pour des stupidités et ça, ça me gonfle. D’autant plus qu’elle s’amuse à écraser tout le monde qui pourrait l’éloigner de Will et de la popularité pour pouvoir se faire bien voir, et se donner de l’importance. Quelle blague franchement !
-Ca me donne mal au crâne vos histoires. C’est quoi le rapport avec Gideon ?

-Tu comprends toujours pas ? On entre simplement dans son jeu. Elle veut être populaire, et elle est persuadée qu’être en couple est indispensable ? Elle a peur d’être une loseuse en étant la dernière à trouver quelqu’un ? Eh bien, on lui montre que oui, c’est une loseuse, et on fait semblant d’être ensemble avec Gideon pour l’embêter ! Ca doit bien la faire péter de voir qu’on est en couple avant elle, alors qu’elle passe son temps à nous enfoncer !
-C’est complètement insensé !
-Peut-être, mais ça marche vu la tête qu’elle a fait quand elle nous a vu cette après-midi ! Ricané-je en y repensant, fière de mon coup. Par contre, je te fais confiance ! Tu gardes ça pour toi !
-J’arriverais même pas à réexpliquer la logique de votre délire. Soupire mon frère, complètement dépité. Mais vous êtes sûrs de ce que vous faites ? Ce genre de truc peut vite se retourner contre vous ! Il va se passer quoi si l’un de vous finit par développer des sentiments à force de faire semblant ?
-Moh, tu es mignon à t’inquiéter ! Mais arrête de regarder des comédies romantiques, car ça ne risque pas d’arriver ! Lui affirmé-je, sûre de moi, alors que je vois bien qu’il est complètement désespéré par ma désinvolture.
Mais il sait aussi qu’il n’arrivera pas à me faire changer d’avis, alors il va faire de son mieux pour essayer d’ignorer notre petit manège. De toute façon, le but n’est pas que ça dure 107ans. Juste le temps de s’amuser un peu aux dépens d’Olive. Ou jusqu’à ce qu’elle nous laisse tranquille.
On verra bien quelle option s’offrira à nous en premier.

Avec la rentrée des classes est arrivé les sélections pour entrer dans l’équipe de basket du lycée. Et sans surprise, j’ai survolé les sélections et j’ai été prise dans l’équipe féminine sans le moindre problème ! En vrai, je suis parfaitement capable de jouer avec et contre les garçons, mais le système est ainsi fait. Tant que je peux jouer au basket, tout me va !
Mais, autant les autres filles sont sympas, autant ce ne sont pas forcément des flèches en basket. Du coup, je m’ennuie vite lors des entrainements. Je suis plus forte qu’elles et, autant je leur apporte beaucoup sur le terrain et pour les aider à s’améliorer, autant mon niveau stagne et ça me frustre car je sais que je suis capable de m’améliorer ! L’entraineur l’a bien vu, et il m’a proposé de rencontrer le capitaine de l’équipe masculine afin que nous nous entrainions ensemble, dans le but que j’ai un adversaire plus à ma taille. On vit dans une société pourrie, ce qui fait que le lycée accorde plus de moyens pour faire prospérer l’équipe de basket masculine que féminine, ce qui fait que les garçons ont un meilleur niveau que les filles. C’est totalement nul, l’entraineur est d’accord là-dessus, mais le pauvre ne peut pas y faire grand chose. Me mettre en contact avec le meilleur joueur de l’équipe de basket masculine du lycée est la seule chose qu’il peut faire pour m’aider à m’améliorer, car il sait que j’ai un énorme potentiel.

Pas longtemps après, le coach m’a présenté à Arthur. J’ai eu un hoquet de surprise en le voyant pour la première fois. On ne va pas se mentir, il est sacrément canon et cela se voit sans problème qu’il passe beaucoup de temps à s’entrainer et à faire du sport.
Mais je sais rester professionnelle alors j’ai fait mine de rien, même si c’est difficile de résister au plaisir des yeux.
Convaincre Arthur de s’entrainer avec moi n’a pas été compliqué, car il a toute suite accepté. Il a été un peu surpris, car ça doit pas être souvent que l’entraineur fasse ce genre de demande, mais il a dit oui.
Du coup, après s’être échangé nos numéros, nous nous retrouvons plusieurs fois par semaine en dehors des cours pour jouer au basket. En plus d’avoir enfin un adversaire à ma taille, c’est un véritable plaisir de jouer avec lui ! Parce qu’en plus d’être un bon joueur, il est super sympa !
-Hey ! Regarde ce que je sais faire ! M’exclamé-je en faisant tourner mon ballon, en équilibre sur un doigt. Juste pour me vanter. Ou pour l’impressionner peut-être. Je ne me suis pas décidée encore.
-Tu veux être jongleuse ou basketteuse ? M’interroge en réponse Arthur, avec un air amusé sur le visage. Il ne se laisse pas facilement impressionné le bougre !
-Très drôle ! Tu vas voir flou quand je vais te mettre la pâtée de ta vie !
-J’aimerais bien voir ça, tiens ! Me nargue-t-il en réponse, ne croyant absolument pas en mes chances de le battre. On va voir qui met le plus de panier en 10 minutes ! On va voir si tu continues à faire la maligne !
-Même pas peur ! Accepté-je le défi sans hésiter, alors qu’il s’empresse de lancer un minuteur sur son téléphone.

Sans attendre, chacun avec son ballon, nous faisons des paniers le plus rapidement possible pour en comptabiliser un maximum. Il m’arrive d’en manquer. Par contre, j’ai l’impression qu’Arthur ne manque aucun panier, et cela m’agace rapidement. Ce n’est pas un scoop, je n’aime pas perdre ! Alors, je redouble d’efforts pour ne pas me laisser démonter !
J’ai une réputation à tenir !
Je commence, avec jubilation, à l’attendre râler. Mon ballon percute régulièrement le sien et le pousse en-dehors du panier, alors que le mien traverse sans problème le filet. Je ne veux pas crier victoire trop vite, mais j’avoue que j’adore ce retournement de situation !

Puis, le téléphone d’Arthur sonne, mettant fin à notre petit duel amical. Je regarde Arthur avec un air fier, donnant mon score sans aucune honte. Avec un sourire narquois, il me donne le sien. Seulement un panier de différence, en ma faveur.
Ce n’est pas la pâtée du siècle, mais j’ai quand même gagné !
-Quand je dis que je suis la meilleure ! M’exclamé-je, fière de ma victoire. Alors, pas trop la honte de perdre contre une fille ?
-Ne fais pas trop la maligne, il n’y a qu’un point de différence entre nous deux ! Elle est où la pâtée que tu m’avais promise ?
-Ce n’est qu’un détail ça ! J’ai quand même gagné ! M’exclamé-je avec un grand sourire. Et puis, il faut quand même souligner que j’ai réussi à gagner sans être déconcentrée par Arthur, qui a la fâcheuse manie de s’entrainer torse nu. Un plaisir pour les yeux, moins pour le basket.
-Plus sérieusement, veille à gérer ta frustration en jeu. Tu as la gagne dans le sang, et c’est cool. Mais sur le terrain, tu peux tomber sur plus forts que toi et ça serait bête que tu gâches tes chances de mener le jeu en t’énervant dès que l’équipe adverse met un panier.

-T’inquiète, je gère ! Bon, si toutes les équipes sont comme la nôtre, j’ai pas trop de soucis à me faire à ce niveau ! Soupiré-je, dépitée par le niveau sportif de mon équipe de basket. Honnêtement, je m’attendais à mieux ! Ce n’est pas notre équipe qui va attirer les recruteurs! Sérieusement, regarde un peu ça ! Ajouté-je ensuite en sortant mon téléphone pour lui montrer des vidéos des entrainements de l’équipe féminine de basket.
Le but n’est évidemment pas de se moquer, car les pauvres n’y peuvent rien si on a peu de créneaux d’entrainement par rapport aux garçons. Il s’agit juste de montrer le niveau affligeant de l’équipe, et que ce n’est pas surprenant qu’elle n’ait jamais gagné un seul match.
-Ah oui effectivement ! Mais vous avez combien d’entraînement par semaine ? M’interroge Arthur, comprenant mieux pourquoi le coach lui a demandé de s’entrainer avec moi. Ce n’est pas avec le niveau de l’équipe que je vais pouvoir m’épanouir pleinement !
-Un seul..
-Sérieux ? Nous, on a 4 entrainements dans la semaine ! Semble-t-il surpris.
-C’est abusé. Mais le lycée nous accorde peu de moyen à nous. Votre équipe envoie plus de rêves que la nôtre. Quand on pense basket, on pense aux basketteurs, pas aux basketteuses. Une bonne équipe de mecs, ça donne une meilleure image au lycée. Soupiré-je, agacée par cet état de fait. C’est vraiment injuste !
-C’est clair ! Faudrait que je vois avec les gars, mais on pourrait proposer au coach de faire des sessions d’entrainement regroupés. Ca change rien à son nombre d’entrainements hebdomadaires, mais ça vous permettrait de vous entrainer davantage. Je suis sûr qu’il y a moyen que ça se fasse !

-Genre ! Vous les mecs, vous accepteriez de partager un peu de votre précieux temps d’entrainements pour jouer avec des filles ? Le taquiné-je aussitôt, alors qu’au fond, je suis touchée qu’il fasse cette proposition ! Les basketteurs sont de véritables stars au lycée, on pourrait s’attendre qu’ils ne veulent pas faire quoique ce soit qui pourrait mettre ce statut en péril.
-Hey, t’as cru quoi ? Que parce que nous sommes des sportifs super balèzes, on serait aussi de gros machos ? Plaisante-t-il à son tour, amusé par ma réflexion.
-Super balèzes, tu dis ? Ca va les chevilles ? Levé-je les yeux au ciel, bien que je ne peux m’empêcher de sourire d’amusement.
-Franchement, je pense que ça pourrait être cool. Et puis, ça montrerait au lycée que, filles ou garçons, faut pas faire de différences hein. Faites une bonne saison, gagner des matchs, ce sera le meilleur moyen de leur montrer qu’ils ont torts ! Là, tes coéquipières ont juste besoin de plus d’entrainements, mais il y a grave moyen que votre équipe fasse des étincelles sur le terrain !
-Ca serait tellement top !

-T’inquiète, il y a moyen. Surtout que l’équipe compte un atout de taille !
-Ah oui ? Lequel ? Lui demandé-je, intriguée.
-Oui. Toi. M’affirme-t-il, avec un air charmeur sur le visage.
Boum.
Je reste bouche-bée par sa remarque. Réduite au silence, ça arrive tellement peu souvent qu’il faut le souligner. Je ne sais pas quoi répliquer, tandis que je me perds dans son regard bleu.
Soudain, je me sens un peu bête. Je secoue la tête et je reprends mes esprits. Je ne suis pas une midinette qui succombe à un pauvre sourire et à un regard charmeur, ni comme toutes les filles qui craquent pour le capitaine de l’équipe star du lycée !
-Non mais ça va le dragueur du dimanche ? Et puis, je sais bien que je suis la meilleure en basket ! La preuve, je t’ai battu ! M’exclamé-je en riant nerveusement, alors que ma réaction semble l’amuser.
-D’un seul point ! Souligne-t-il ensuite, sans perdre son sourire.
-J’ai gagné quand même ! Dis-je avec plus d’assurance. Aller, prends un ballon. On fait un un-contre-un et tu vas voir que je vais te battre sans problème !
-J’aimerais bien voir ça, tiens ! S’en amuse-t-il, loin d’être effrayé par le défi qui s’annonce, alors que je fais tout pour cacher mon trouble.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 54

Après notre retour de vacances, Noël arrive vite, ainsi que toutes les festivités qui vont avec. Nous nous sommes bien reposés au Mont Komorebi, il est maintenant tant de courir partout pour que tout soit prêt pour aujourd’hui.
Le jour J, en matinée, nous installons le sapin tous ensemble. J’ai du convaincre Grace de nous rejoindre afin de décorer le sapin en famille. Elle était au téléphone, et elle m’a bien fait comprendre que je la dérangeais. Elle a bien fini par raccrocher pour me suivre jusqu’au salon, non sans ronchonner au passage.
Je me demande bien ce qui lui arrive en ce moment. Elle a souvent la tête ailleurs, et lorsqu’elle est avec nous, elle passe son temps à râler. Cédric relativise en disant que cela fait partie des joies de l’adolescence, mais je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour ma fille.

Le seul envers qui elle ne se montre pas distante, c’est Grégory. Elle est même agréable avec lui et plaisante sans hésiter avec son frère. Alors, d’un côté, cela me fait plaisir qu’ils s’entendent si bien tous les deux. Ils passent même beaucoup de temps ensemble et ont le même groupe d’amis. Je ne pouvais pas rêver mieux pour mes enfants. De l’autre, cela m’interroge. Est-ce que Grégory est au courant de quelque chose à propos de sa sœur ? Est-ce que Grace a un problème avec son père et moi ? Essaie-t-elle de nous mettre à distance ?
Cédric dit que je me prends trop la tête. Il juge qu’elle est simplement proche de son frère et que c’est normal pour une ado de râler contre ses parents et les figures d’autorité.
Je ne peux pas m’empêcher d’être sceptique.

Bien décidée à en savoir plus sans pour autant me faire envoyer sur les roses par ma fille, je me dis que je peux essayer d’en savoir plus auprès de mon fils. Peut-être est-il au courant de quelque chose ?
Du coup, après que nous ayons terminé de décorer le sapin et que tout le monde est parti vaquer à ses occupations, je vais voir mon aîné dans sa chambre. Comme à son habitude -quand il n’est pas au téléphone avec sa copine ou qu’il ne cuisine pas-, il joue à sa console. Enfin, je crois, mais je ne vois aucune manette dans ses mains.
-Je te dérange pas ? Lui demandé-je, prudente.
-Non, je regardais juste des streams. Me répond-t-il en sortant son portable pour couper la connexion.
-Je peux te poser une question ? Ajouté-je ensuite tout en m’installant à côté de lui sur son canapé alors qu’il hoche la question avec un air intrigué sur le visage.

-Je voudrai te parler de ta sœur. Lui dis-je directement, sans passer par quatre chemins. Aussitôt, il me jette un regard perplexe, voire méfiant. Il doit se demander de quoi je dois bien vouloir lui parler. Dis-moi… Tu ne la trouves pas étrange, en ce moment ?
-Pas plus que d’habitude. Se contente-t-il de me répondre dans un haussement d’épaules désinvolte. Me voilà bien avancée. Mais si tu me demandais directement ce qui te tracasse. Ajoute-t-il ensuite, loin d’être dupe face à ma démarche.
-Grace a souvent la tête ailleurs en ce moment, et elle râle dès qu’on lui parle, ton père ou moi.
-Elle aime juste faire ce qu’elle veut, quand elle veut, Maman. Ne tarde pas à lever les yeux au ciel Grégory, comme s’il pensait que j’exagérais avec mes inquiétudes.
-Certes, mais quelque chose me tracasse. Mon instinct me dit qu’il y a autre chose.
-L’instinct maternel ? Me taquine aussitôt mon fils avec un sourire narquois.

-Grégory, sois sérieux. Elle t’aurait dit quelque chose ? Elle a des problèmes au lycée ?
Le sourire de mon fils disparait aussitôt. Il fait mine de réfléchir, mais je vois bien que j’ai fait mouche. Mon instinct de mère ne se trompe pas : il se passe quelque chose et mon fils est au courant !
-Je ne sais pas, Maman, désolé.
-Tu peux tout me dire, tu sais. J’ai bien vu ton visage changer quand j’ai parlé de problèmes au lycée !
-Maman, Grace ne m’a rien dit, et si c’était le cas, je ne trahirais pas sa confiance. Me dit-il avec une moue désolée. Cela me fait plaisir de constater que mes enfants sont solidaires entre eux, mais si l’un d’eux a des problèmes, j’aimerais bien être au courant ! Et puis, si tu veux savoir quelque chose à propos de Grace, le mieux serait de lui en parler directement, non ?
-Tu crois qu’elle va me répondre ?
-Non. Me répond-t-il avec franchise. Mais ça serait plus correct. Si elle savait que tu as essayé de passer par moi pour avoir des infos, tu sais bien qu’elle serait en pétard.
-C’est pas faux. Soupiré-je, désabusée. Je finis par me lever pour laisser Grégory tranquille, pas plus avancée que tout à l’heure quant aux éventuels soucis de ma fille.
-Maman ? M’arrête subitement Grégory. Ne t’inquiète pas trop pour Grace, elle a de la ressource et suffisamment de caractère pour ne pas se laisser marcher sur les pieds.
-C’est gentil Grégory, mais ça fait partie de mon boulot de mère de m’inquiéter pour vous.

Un peu plus tard dans la journée, après que j’ai essayé de parler à Grace qui m’a bien entendu envoyé paître, Grégory sort de sa chambre pour se mettre aux fourneaux. Il a demandé à préparer la dinde pour le repas de ce soir, et Cédric n’y voit pas d’inconvénients. Je crois que cela le soulage que notre fils prenne la relève en cuisine, notamment sur les grosses préparations. Il a du mal à rester debout pendant des heures, surtout à piétiner derrière les comptoirs de cuisine. Il est toujours présent pour donner des conseils à notre fils, mais ce dernier se débrouille de mieux en mieux tout seul.
Quant à Grace, elle participe également à la préparation du diner… Enfin, à sa manière, en mettant la table. Cette fois-ci, nous pensons bien à ajouter une chaise supplémentaire, afin que toute la famille puisse s’asseoir confortablement autour de la table de la salle à manger.

Une fois les préparatifs terminés, nous nous dépêchons d’aller nous changer, pour nous faire beau pour fêter Noël. Nous sommes loin du décor traditionnel et enneigé, mais ce n’est pas parce que nous vivons dans le désert que nous ne pouvons pas nous vêtir d’une tenue de fête.
Peu de temps après que nous soyons prêts, la sonnette retentit. Sarah, Celian et Gabriel sont là, pour venir fêter Noël avec nous, comme chaque année. Les frères de Sarah ne sont pas là, trop occupés de leurs côtés. En attendant l’heure du diner, nous installons tous au salon, même Comète qui dort sagement sur le canapé à côté de Gabriel !

Grace se retrouve donc au milieu de son oncle et de sa tante. La connaissant, je pense qu’elle aurait préféré être avec son frère et son cousin, elle fait bonne figure.
Ce qui n’est pas bien compliqué car Celian a toujours su comment parler à sa nièce.
-Alors ma grande, tu t’améliores en basket ? Ne tarde-t-il à lui demander, alors que je ne peux m’empêcher de sourire. S’ils ont bien un point commun tous les deux, c’est bien le sport.
-Ouais trop ! J’aimerai être prise dans l’équipe du lycée, alors dès que je peux, je m’entraine !
-C’est quand les sélections ?
-Dès le jour de la rentrée ! Dis, tu voudras bien que je te montre ce que je sais faire tout à l’heure ? Si tu as encore des conseils à me donner !
-Grace, c’est Noël ! Lui signalé-je alors, pour lui faire comprendre que ce n’est pas forcément le moment de filer dehors pour faire du basket toute la soirée.
-Oui, et alors ? Je vais passer du temps avec Tonton, pas toute seule dans mon coin !
-Et cela me gêne pas Joy. M’assure Celian avec amusement. Je peux bien consacrer dix minutes à ma nièce pour l’aider au basket. Mais après manger veux-tu. Précise-t-il tout de même, alors que Grace est déjà excitée comme une puce à l’idée de montrer ses prouesses à son oncle.

Une fois la dinde prête, Grégory s’empresse d’aller la chercher pendant que nous nous installons tous à table. Il fait de son mieux pour servir tout le monde, refusant l’aide de son père pour le découpage de la dinde, mais il se débrouille comme un chef. Je le sens nerveux, mais nous le rassurons tous : son repas est réussi et la dinde est absolument délicieuse ! Dès que les compliments fusent, je vois mon fils se détendre. Il adore cuisiner, mais je crois que la peur de nous servir quelque chose de mauvais le stressera toujours.

-Tu n’as pas à t’inquiéter Grégory, tu ne pourras jamais faire pire que ton père ! Lui assure d’ailleurs Celian, alors que Cédric fait mine de ne pas voir où il veut en venir. Fais pas cette tête, tu sais très bien de quoi je veux parler !
-Du tout ! Je dois avoir un trou de mémoire ! Nie-t-il aussitôt, en faisant bien attention à éviter le regard de son frère. Je dois avouer que cette histoire m’intrigue, car elle ne me dit rien. Voilà quelque chose qu’il s’est bien gardé de me raconter durant toutes ces années !
-Ca t’arrange bien !
-Vas-y Tonton, raconte ! L’encourage Grace, ravie de connaitre une anecdote sur son père -et une nouvelle occasion de le chambrer.
-Eh bien, dis toi que la première fois que ton père a cuisiné, au lieu de se contenter de faire un plat de pâtes tout simple, il a de suite voulu faire quelque chose de plus élaboré ! Il a trouvé sur internet une soidisante super recette de gnocchis à la courge, ultra simple, d’après lui ! Commence à raconter Celian tout en lançant un regard plein de reproches à Cédric, alors que tout le monde l’écoute avec attention.
-Je sens que tu vas tout exagérer !
-J’exagère rien du tout ! Réplique sans attendre Celian, ménageant son suspense. Bref, Monsieur veut bien faire les choses alors il va faire les courses et s’attache à acheter des produits frais. Il s’est même mis en tête de faire ses gnocchis lui-même !
-Le fait maison, c’est toujours meilleur !
-La pire bouffe industrielle serait 1000 fois meilleure que ce que tu nous as servi ce soir-là ! Réfute aussi sec Celian. Je ne sais pas comment tu t’es débrouillé, mais c’était immangeable ! Tu aurais pu tuer quelqu’un avec tes gnocchis tellement ils étaient durs ! D’ailleurs, tu as bien failli: Papa a été malade comme un chien toute la nuit qui a suivi. Maman a bien cru être obligée de l’emmener aux urgences !
-Roh tu exagères !
-Mais non ! Heureusement que Maman avait racheté du PQ, sinon je raconte pas le bazar que ça aurait été ! Plus personne n’a voulu manger ce que tu cuisinais pendant au moins 2 ans tellement tes gnocchis nous ont traumatisé !
-Je t’ai jamais vu manger de gnocchis d’ailleurs. Ni de courges. Commente Sarah, l’air ailleurs, comme si elle était en train de réfléchir, alors que je constate que les adolescents présents essaient de ne pas éclater de rire pendant que Cédric nie toute tentative d’empoisonnement lors de ce fameux repas.

-En attendant, j’entends personne se plaindre de ma cuisine. Bougonne Cédric, faisant mine d’être vexé par les moqueries qui fusent suite à cette histoire.
-Parce que tu t’es amélioré depuis, heureusement ! Sinon, nous ne serions même pas ici autour de cette table pour en parler ! Joy aurait pris la fuite en courant après avoir goûté ta cuisine ! Ne tarde pas à plaisanter Celian pour en rajouter une couche.
-Je comprends mieux pourquoi Grégory ne faisait que des pâtes quand il a commencé à s’intéresser à la cuisine. Intervient ensuite Grace en jetant un regard à son frère. Papa avait juste peur d’être empoisonné par Grégory. On sait jamais, que les boulettes en cuisine soit héréditaires.
-Par chance, ton frère est bien plus doué en cuisine que ton père ! Renchérit Celian, ne manquant pas de faire rire tout le monde.
-C’est bon, vous avez fini ? Soupire de lassitude Cédric, alors que je m’empresse de lui prendre la main pour lui assurer de mon soutien sans faille. Et puis, je te signale que tu ne sais même pas cuire un œuf !
-Et c’est bien pour ça que je ne mets pas un pied en cuisine !

Après moultes joutes verbales et une fois le repas terminé -où par chance, personne n’a été empoisonné-, il est maintenant tant d’ouvrir les cadeaux. Tout le monde s’approche du sapin, et chacun notre tour, nous ouvrons nos cadeaux. Dans la joie et la bonne humeur, tous ensemble, en famille.

Pendant l’ouverture des cadeaux, je vois Gabriel et Grégory en train de discuter, sur le ton de la confidence. Je ne peux m’empêcher de les observer avec curiosité. Je me demande bien ce qu’ils peuvent se raconter tous les deux. Et d’après l’expression de Cédric, je constate que lui aussi s’interroge sur leurs manigances. Gabriel aurait-il trouvé un moyen de battre Grace en sport ? Grégory serait-il son complice ?
Doucement, je vois Cédric s’approcher d’eux, pendant que Gabriel montre quelque chose à Grégory sur son téléphone. Il essaie de se pencher, l’air de rien, de façon à voir ce qu’il y a sur l’écran de téléphone.
-Qu’est-ce que tu fais Tonton ? L’interroge Gabriel avec incrédulité.
-Oh rien, je m’étire juste ! J’ai mal au dos en ce moment ! Se justifie-t-il sans attendre en faisant mine de se masser le bas du dos. Quel jeu d’acteur il a ! Mais au vue du regard que lui lance Grégory, je ne suis pas sûre qu’il ait réussi à duper son fils.

Grace

Après l’ouverture des cadeaux, j’ai réussi à convaincre Maman de me laisser me changer pour que je montre mes progrès en basket à Tonton. Je sais qu’elle préfèrerait qu’on reste tout ensemble à la maison pour Noël, mais je suis incapable de rester en place. Et puis, personne n’a dit qu’à Noël, tout le monde devait absolument rester sagement assis à une table ou sur un canapé avec l’ensemble de sa famille. Je vois pas le problème de faire du basket avec mon oncle !
Du coup, dès que j’ai l’autorisation, je me dépêche d’aller me changer et de récupérer mon ballon de basket. Sans attendre davantage, j’entraine mon oncle à l’extérieur, qui n’attend pas pour râler qu’il n’a plus 20 ans et qu’il n’est plus capable de trottiner aussi rapidement que moi.
Une fois au panier de basket, à l’autre bout du jardin, je m’empresse de montrer à mon oncle que j’ai bien appliqué l’ensemble de ses conseils et que je me suis nettement améliorée en basket !

-Et bien bravo ma grande, on peut dire que tu es douée ! Me félicite Tonton avec fierté alors que je saute et marque un panier sans le moindre problème. Ce n’est pas le premier, et je n’ai loupé aucun panier que j’ai voulu marquer.

-Merci ! Tu penses que j’ai mes chances pour les sélections ? Lui demandé-je sans attendre.
-S’ils te prennent pas, c’est qu’ils ont du boudin dans les yeux. M’affirme Tonton. Et je ne dis pas ça parce que tu es ma nièce. Je ne vois même pas ce que je pourrais te donner comme conseil pour réussir tes sélections. Tu réussis tes paniers, tu es réactive, tu cours vite et tu es endurante. Si tu arrives à écouter sagement les consignes de l’entraineur, c’est dans la poche. M’assure-t-il ensuite, avec un sourire en coin. Il sait bien que moi, et les figures d’autorité, ça fait deux. Mais il va bien falloir que je mette de l’eau dans mon vin si je veux rester et réussir dans une équipe. Bon, allez viens, on rentre avant que ta mère nous fasse une crise. Conclut-il en tournant les talons, alors que Comète s’empresse de m’aboyer joyeusement dessus. Comme si, elle aussi, me félicite pour mes prouesses en basket.
Il n’y a plus qu’à croiser les doigts que je parvienne à convaincre l’entraineur et le capitaine de l’équipe à la rentrée !