Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 42

Les jours qui ont suivis la naissance de Piper, Will était chamboulé. Sans doute à cause de sa rencontre avec Sofia. Il m’a tout raconté en détail, et je ne peux que le comprendre. Les quelques informations qu’il a apprises ont remis en question la vision qu’il a de sa mère, de la version de son père concernant son départ. Il apparait désormais peu probable qu’elle soit partie volontairement et la probabilité que son père lui ait menti est beaucoup plus élevé. D’un côté, cela ne le surprend pas, mais de l’autre… Je ne pense pas qu’il soit encore prêt à l’accepter.
La preuve : il n’a toujours pas ouvert la lettre de sa mère. Il l’a rangé dans un tiroir du dressing, mais il n’y a pas touché depuis. Je lui ai demandé pourquoi, il dit qu’il n’en ressent pas le besoin pour le moment. Il ne veut pas se prendre la tête sur le passé alors que l’avenir est devant lui. Nos filles grandissent et il a conscience de l’effet que peuvent avoir les derniers mots de sa mère. Il ne veut pas que cela l’affecte dans son rôle de père. Je ne peux que le comprendre, mais j’ai peur que cette lettre ne représente qu’une épée de Damoclès au-dessus de sa tête et que le fait d’ignorer ce qu’elle contient ne lui fasse plus de mal que de bien.
Néanmoins, je ne peux pas le forcer à lire cette lettre, ni la lire à sa place. La décision lui appartient et pour le moment, il semble bien vivre la situation. Depuis quelques semaines, ses séances chez sa psychologue ont diminué et il est le Will que j’ai toujours connu, attentionné envers moi et ses filles, et qui prend plaisir à s’occuper d’elles et de les voir grandir.

Car il n’y a pas de doute là-dessus : Prue et Piper grandissent à une vitesse folle. Prue est de plus en plus autonome et, bien que Piper a désormais suffisamment de cheveux sur la tête pour lui faire une couette, j’ai l’impression qu’elle est née hier. Nous sommes tellement pris dans notre quotidien, entre nos boulots et notre famille, qu’on ne voit plus le temps passé.
Aujourd’hui, nous avons une journée de repos et je dois avouer que cela fait du bien de ne pas devoir courir partout. Grégory est de passage à San Sequoia et en profite pour venir nous faire un coucou.
-Vous avez prévu quoi de beau aujourd’hui ? Nous demande-t-il après que j’ai donné à manger à Prue dans sa chaise haute.
-On va probablement aller faire un tour dans le parc, après la sieste de Piper. Lui réponds-je, alors que je vois Prue picorer son sandwich, ce qui n’annonce rien qui vaille. Prue est difficile avec la nourriture et c’est fréquent qu’elle joue avec plutôt que de manger le contenu de son assiette. Comment vont Alice et les enfants ?
-Ca va. Alice et Luke ne sont plus malades. Et Luke accepte mieux Rose maintenant. Il a même voulu lui faire un bisou avant d’aller au lit hier soir. M’informe-t-il avec le sourire.
Alice a accouché quelques mois après moi de leur fille. Ils ont décidé de l’appeler Rose, en hommage à Mamie. Alice tenait à rendre hommage à quelqu’un de notre famille pour leur deuxième enfant. Après tout, Luke s’appelle ainsi pour faire un clin d’œil à l’une des mamans d’Alice. Elle avait pensé à rendre hommage à notre père, mais ils n’ont pas trouvé de prénom féminin qui ressemble de près ou de loin à Cédric qui leur plaisait. Grégory a alors pensé à Mamie, qui a toujours extraordinaire avec nous quand nous étions petits. Alice a eu un coup de cœur pour le prénom Rose et c’est devenu une évidence. Quand Rose est née, Maman était très émue quand elle a appris le prénom. Elle ne s’y attendait pas du tout, et elle a dit que Mamie devait être très touchée également, là où elle se trouve.
Luke a eu un peu de mal à accepter sa petite sœur quand ils sont rentrés à la maison. Du jour au lendemain, cette petite fripouille n’était plus le centre du monde et il a un peu boudé Rose. Maman dit qu’il tient ça de son père et qu’il n’y a pas de soucis à se faire. Visiblement, elle a eu raison.

-Prue ! M’exclamé-je subitement, alors que j’allais répondre à mon frère. Comme je l’avais pressenti, Prue a envoyé balader son assiette, jetant tout son contenu par terre. C’est son nouveau jeu du moment quand quelque chose ne lui plait pas ou qu’elle n’a pas faim. Nous avons beau la réprimander, cela l’amuse plus qu’autre chose. Elle a même l’audace de rigoler dès qu’elle a fait sa bêtise ! Nous t’avons déjà dit de ne pas jeter ton assiette par terre !
-Pas bon ! Me répond-t-elle alors que je soupire de dépit. Pas bon ! Pas bon !
-Oui, et bien il n’y a que ça jeune fille ! Lui signalé-je alors que je vois Grégory se retenir de rire. Tu sais que des fois, elle me fait le coup alors qu’elle n’a presque rien mangé ?
-Ne t’inquiète pas, elle ne se laissera pas mourir de faim. Tente-t-il de me rassurer alors que je vais chercher de quoi nettoyer ses bêtises.
-Je sais bien, mais si on l’écoutait, elle ne mangerait que des yaourts. Et des gâteaux.
-C’est une enfant quoi. Compatit mon frère, se rappelant sans doute de la phase de Luke où il ne voulait rien avaler non plus. Du moins, avec ses parents, car Maman n’avait aucun problème à le faire manger.

Je devrais peut-être lui demander de faire du baby-sitting de temps en temps.

-Heureusement, Piper est plus calme. Soupiré-je en jetant un œil dans sa direction. Elle est sur son tapis d’éveil et Will joue avec elle en la regardant avec tendresse.
Contrairement à Luke avec Rose, Prue n’a eu aucun problème à accepter Piper. Peut-être parce que l’écart d’âge entre elles est plus petit qu’entre Luke et Rose. A vrai dire, l’arrivée de Piper n’a pas eu l’air de changer grand chose à la vie de Prue qui s’en fichait comme de sa première couche. Elle ne s’est intéressée à sa petite sœur que lorsqu’elle a commencé à aller dans son tapis d’éveil. Elle aime bien jouer avec elle, mais se lasse vite quand elle comprend que Piper ne peut pas forcément la suivre.
En tout cas, on voit que Piper observe sa grande sœur avec beaucoup de curiosité. Comme tout ce qui l’entoure d’ailleurs. Piper regarde tout ce qui l’entoure et on voit bien qu’elle meurt d’envie de pouvoir aller découvrir le monde.
Cela ne va pas être triste quand elle sera en capacité de marcher.
-Méfie toi avec ce genre de phrase. Tu disais pareil pour Prue et regarde la chipie qu’elle est devenue ! M’avertit Will avec amusement.
-Oui j’avoue… Et avec notre chance, Piper voudra prendre exemple sur sa sœur. Soufflé-je, dépitée, ce qui ne manque pas de faire rire mon frère et Will.

Le soir venu, nous nous répartissons les rôles avec Will. Nous sommes deux, nous avons deux enfants, alors nous nous occupons chacun d’une fille. Nous faisons chacun notre tour et ce soir, c’est Will qui raconte une histoire à Prue pour l’endormir pendant que je change Piper et que je la mets au lit.
Ce n’est pas toujours simple car Prue rechigne à aller dormir. Elle retarde le plus possible le moment d’aller au lit, et il lui arrive régulièrement de se relever après qu’on l’ait couché. L’histoire du soir semble la calmer, mais pas toujours. Cela nous oblige à être vigilant, mais on a fini par trouver des astuces pour qu’elle accepte à aller au lit.
Quant à Piper, elle a parfois du mal à s’endormir. Par chance, le mobile que nous avait offert Maman à la naissance de Prue est d’une aide précieuse. La musique a le don de la calmer en quelques secondes. Quand je la couche, Piper se met aussitôt à pleurer, mais dès que j’allume le mobile, elle se tait et observe les petites planètes qui tournent avec fascination. Autant le mobile n’avait aucun effet sur Prue, autant Piper l’adore. Merci Maman, c’est un chouette investissement !

Une fois les filles au lit, et que nous sommes sûrs que Prue ne va pas se relever dans l’immédiat, nous retournons au rez-de-chaussée pour profiter de notre soirée en amoureux.
Cela nous oblige à manger assez tard, mais nous pouvons alors passer un moment tous les deux sans être parasités par les enfants. C’est important que nous n’oublions pas notre couple avec notre rôle de parent !
-Tu crois qu’on va réussir à trouver un truc que va aimer Prue ? Demandé-je alors à Will, après que notre fille a encore jeté son assiette par terre ce soir.
-Ce n’est qu’une phase, cela finira par lui passer. M’assure Will, essayant de me rassurer.
-Peut-être, mais j’ai peur qu’elle ne mange pas assez en fin de compte…
-Le médecin s’est montré rassurant là-dessus, ne t’inquiète pas. Prue va bien et comme l’a souligné ton frère ce midi, elle ne va pas se laisser mourir de faim.
-J’espère que Piper ne sera pas aussi difficile. Après tout, Prue mangeait très bien quand elle était au biberon mais elle a commencé à devenir difficile quand elle a commencé à manger du solide…
-Tout va bien se passer Grace. Piper n’est pas Prue, et elle nous en fera voir des vertes et des pas mûres d’une autre manière.
-Très rassurant dis donc.
-C’est ça les enfants. Plaisante alors Will, avant d’ajouter : Tu es sûre d’en vouloir un 3e ?
-Je dois avoir un côté maso, que veux-tu. Réponds-je sur le ton de l’humour. Même si ce n’est pas tous les jours faciles, j’aime mes filles et j’ai toujours envie d’avoir un nouveau bébé. Plus que tout, j’adore l’idée d’avoir une grande famille.
Au fait, on doit être chez ta sœur pour quelle heure demain ?
-En début d’après-midi, elle m’a pas donné d’heure précise.

Le lendemain, nous nous rendons donc à San Myshuno, dans le quartier de la Mode, là où vit Sofia avec sa copine. Sofia nous a invité à passer l’après-midi chez elles, afin de nous présenter Laura notamment, mais aussi faire davantage connaissance.
J’ai déjà rencontré la sœur de Will peu de temps après la naissance de Piper. J’étais curieuse de la voir et d’en savoir plus sur elle. Quant à Sofia, elle voulait en savoir plus sur la vie et la famille de son frère, et je pense qu’elle avait également envie de rencontrer ses nièces. Will l’avait donc invité à la maison un midi. Elle était venue seule et elle était assez intimidée de découvrir cette partie de la vie de son frère. Au final, nous avons tous passé un bon moment, et Sofia a marqué des points assez facilement avec Prue.
-Bonjour Sofia ! La salué-je aussitôt qu’elle a ouvert la porte.
-Bonjour ! Me répond-t-elle, avant de se mettre sur le côté pour nous laisser entrer. Ca va ? Vous n’avez pas eu de mal à trouver ?

-Non ça a été. Grace connaissait un peu visiblement, donc ça a été facile. Lui répond Will alors que nous découvrons un appartement décoré avec goût. On voit sans problème qu’une décoratrice d’intérieur vit ici.
-A force de faire des footings dans mon quartier, j’avais fini par en faire le tour. Alors de temps en temps, j’allais courir ailleurs. Précisé-je ensuite alors que je ne peux m’empêcher de sourire en voyant l’énorme panneau publicitaire sur lequel donne les baies vitrées. Cela fait un effet étrange de voir un mec gigantesque qui semble regarder dans notre direction. J’avais peut-être pas de baies vitrées dans mon appart, mais au moins, je n’avais pas l’impression d’être épiée à longueur de journée.
-C’est chouette ! En tout cas, faites comme chez vous ! C’est un plaisir de vous accueillir !
-Tata Soso !! S’écrit soudainement Prue en gesticulant dans tous les sens pour attirer l’attention de Sofia. Cette dernière ne tarde pas à aller vers elle et laisse échapper un rire en la voyant faire l’andouille.
-Eh bien dis donc, tu es en forme aujourd’hui ! Commente Sofia, ce qui fait rire Prue qui accoure vers elle ensuite.
-Câlin tata !! Réclame-t-elle ensuite en se jetant dans ses jambes.
-Eh bien, quel succès ! Dis-je alors, amusée par la réaction de ma fille en voyant sa tante.

Mon attention se détourne vite vers Piper, qui ne tarde pas à se mettre à pleurer dans les bras de son père. Will tente alors de la calmer, mais elle nous sert de la soupe à la grimace.
Piper a beaucoup de mal avec le fait de sortir de la maison, et de découvrir de nouveaux lieux et de nouvelles personnes. Autant elle se montre très curieuse avec tout ce qui trouve dans la maison, autant elle est subitement effrayée dès que l’on sort de la maison. Pareil avec les inconnus. Dès qu’elle voit un nouveau visage, ou quelqu’un qu’elle n’a pas vu depuis longtemps, elle prend peur et se met à pleurer. Ce n’est pas toujours évident, surtout avec la famille, mais nous faisons notre possible pour la rassurer et la calmer. il ne faudrait pas qu’elle développe une phobie sociale en grandissant !
-Pourquoi bébé pleure ? Interroge Prue, intriguée de voir sa sœur dans cet état.
-Elle a juste un peu peur d’être dans un nouvel endroit, ce n’est rien de grave. Lui répond alors Will, ce qui semble satisfaire Prue qui passe vite à autre chose.

Je m’avance dans l’appartement, et je découvre une jeune femme installée au bureau, et qui semble absorbée par ce qu’elle est en train de faire. Je l’observe avec curiosité, un peu interloquée par la situation. Je suppose que cette femme est la copine de Sofia, mais cela me semble curieux qu’elle nous ignore et ne lève pas le nez de son écran d’ordinateur.
-Euh bonjour. La salué-je, un peu sur la réserve. Je la vois alors sursauter et me regarde avec un sourire. Je suis Grace, la fiancée de Will.
-Oh bonjour. Excuse-moi, j’ai un travail à finir et une bonne capacité à m’enfermer dans ma bulle. S’explique-t-elle ensuite alors que je reste dubitative. Je suis Laura, la compagne de Sofia.
-Enchantée.
-Lau’, tu pourrais peut-être laisser ton ordinateur de côté ? Suggère Sofia, un peu mal à l’aise par la situation.
-Tu sais bien que mon patron va me faire un scandale si je ne lui renvoie pas la sélection du mois dans les temps… Soupire Laura en réponse et je me sens un peu embarrassée de me retrouver au milieu.
-Ca ne fait rien, ne vous en faites pas. Ne te mets pas en difficulté pour nous, Laura. Tenté-je de désamorcée la situation, ne voulant pas provoquer une dispute entre elles.

-Tu veux la prendre ? Propose Will à sa sœur, histoire de détourner son attention. Nous voyons bien que Sofia est agacée par l’attitude de Laura, et je devine que ce n’est pas la première fois que Laura continue de travailler alors qu’elles ont des invités. Néanmoins, Sofia observe Piper avec un sourire attendrie et cela suffit à la détendre.
-Je ne sais pas… Je ne voudrais pas la mettre mal à l’aise.
-Ne t’en fais pas. Elle pleure un peu au début, mais ça finit par lui passer. La rassure Will, tout en lui mettant notre fille dans les bras.
Piper ne tarde pas à grimacer, appréciant moyennement de ne plus être dans les bras de son père. Elle commence à couiner, mais Will ne part pas loin. Il commence à lui parler avec une voix ridicule pour tenter de la rassurer, et lui rappelle qu’elle est avec sa tante. A force, Piper finit même par sourire.
-Elle est adorable. Souffle Sofia qui regarde sa nièce avec tendresse. En même temps, avec sa bouille, Piper ferait craquer n’importe qui.
-C’est normal, elle a tout pris de sa mère. Lui répond Will alors que je lève les yeux au ciel.
-Roh toute suite !
-C’est vrai ! J’ai vu des photos de toi au même âge. A part le teint et les yeux, c’est ton portrait craché !

-En même temps, je l’ai porté pendant 9 mois et j’ai bien morflé à l’accouchement. Il faut bien être récompensée, après tout ! Imagine, tout ça pour qu’elle soit le portrait craché de son père au final ? Plaisanté-je ensuite.
-Rien que ça ? S’en amuse alors Will avant de se présenter également à Laura qui se contente de lui sourire.
-Ouep ! Avoir au moins une fille qui me ressemble, c’est le minimum syndical.
-Espérons que la ressemblance se limite au physique, sinon ça va pas être triste dans le futur.
-Quel humour, je suis pliée !
-Eh bien, on ne doit pas s’ennuyer avec vous. Commente alors Laura, qui a l’air de bien s’amuser à nous écouter raconter des bêtises. Je la vois ensuite loucher vers le sol, où se trouve Prue qui la regarde avec curiosité. Laura lui fait un sourire, mais sans faire de geste vers elle. Prue se désintéresse alors rapidement de Laura et repart explorer l’appartement.

Puis, nous entendons Piper se remettre à pleurer et Sofia semble bien embarrassée avec notre fille. La pauvre, elle ne sait pas comment la calmer et a sans doute l’impression de faire quelque chose de travers.
Will la rassure donc et s’empresse de reprendre Piper dans ses bras. Aussitôt, notre fille cesse de pleurer, mais elle ne retrouve cependant pas le sourire.
Je finis par m’installer sur le canapé et Sofia s’assoit également sur un des fauteuils.

-Décidément, elle ne veut pas rester dans les bras de quelqu’un d’autre que ses parents.
-Ce n’est pas contre toi, ne t’inquiète pas. Tenté-je de la rassurer. Même avec ma mère, elle finit par pleurer. Et pourtant, Maman vient souvent la garder quand nous sommes tous les deux au travail.
-C’est une petite timide. Ajoute alors Will qui embrasse notre fille sur le front, mais n’obtient qu’une grimace de la part de Piper. J’ai l’impression qu’elle n’a qu’une hâte : que l’on rentre à la maison.

-Mon petit frère était pareil quand on était petit. Et c’est resté un vrai fils à maman. Commente alors Laura, alors que je la regarde avec un air interloquée. D’ailleurs, il vit toujours chez elle, sans taff, à jouer aux jeux vidéos toute la journée.
-Ca n’a rien à voir Lau’. Réagit alors Sofia, alors que je tente de me contenir. Piper est encore jeune pour faire des suppositions étranges et mal venues. Mais je n’ai pas non plus envie de faire de scandale chez la sœur de Will alors que je me contente de prendre sur moi.
-Oui, ce n’est qu’une phase. Il y a beaucoup d’enfants qui développent une peur de l’inconnu. Mais avec sa sœur et ses cousins, elle a du monde autour d’elle. Ca ira mieux avec le temps.
-Oh mais je disais pas ça pour dire qu’elle va finir comme mon frère ! Ca m’y a fait penser, c’est tout.
-On sait Lau’. Soupire Sofia, alors que Laura se contente d’hausser les épaules avant de se reconcentrer sur son ordinateur. Sofia nous regarde avec un air désolé et nous finissons par discuter normalement, comme si de rien n’était.

Puis, j’entends mon téléphone sonner. Je le sors de ma poche et je m’aperçois que c’est Gabriel qui cherche à me joindre. Je suis toute suite interloquée, car il ne m’appelle jamais. J’espère que ce n’est pas pour m’annoncer une mauvaise nouvelle. Je m’excuse alors et je m’empresse de décrocher, pendant que Will tente une nouvelle approche avec Laura en commentant la météo.
-Hey, salut ! Comment ça va ? M’exclamé-je en décrochant. Un jour, employer un ton joyeux me jouera des tours, mais j’espère que ce ne sera pas le cas aujourd’hui.
-Impeccable, et c’est d’ailleurs pour ça que je t’appelle ! Me répond sans attendre Gabriel, et je soupire de soulagement. Il a l’air visiblement de bonne humeur. Devine qui s’envole pour le Mont Komorebi ?
-Oh c’est chouette! Vous vous offrez des vacances en amoureux ?
-Pas vraiment… On va avoir un bébé ! M’annonce-t-il avec enthousiasme, et je devine au son de sa voix qu’il ne tient pas en place.
-C’est pas vrai ! Ca y est ? Garçon ou fille ? Quel âge ? L’interrogé-je aussitôt, et je vois Will me regarder avec curiosité. Je m’empresse de lui annoncer la bonne nouvelle. Depuis le temps qu’ils veulent adopter, c’est une merveilleuse nouvelle de savoir qu’ils vont enfin pouvoir créer leur famille !
-Oui ! C’est une petite fille, elle doit avoir l’âge de Piper et de Rose. Elle s’appelle Yumi ! On a vu une photo, elle est adorable !
-C’est formidable, félicitations ! N’empêche, j’ai une petite pensée pour Luke. Le pauvre est vraiment le seul mec de la bande !
-T’inquiète pas pour lui, va. Quand il sera plus grand, il sera ravi que sa sœur et ses cousines ramènent plein de copines à la maison ! Après tout, ça t’a bien servi d’être entourée que de mecs ! Plaisante-t-il et je ne peux m’empêcher d’éclater de rire. Bon, je te laisse. On va pas tarder à embarquer et je dois encore appeler ton abruti de frère qui ne daigne même pas répondre au téléphone !
-Il doit être occupé avec Alice, cherche pas. Réponds-je alors, ce qui ne manque pas de faire rire Gabriel. Félicitations encore, faudra qu’on fête ça ! Et n’oublie pas de partager des photos, Papa!

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 41

William

Les jours suivant cet appel inattendu m’ont semblé bien étrange. Je ne savais pas comment réagir, ni quelle information devait susciter le plus de réactions. Qu’est-ce qui était le plus important ? Connaitre l’identité de ma mère ? Apprendre qu’elle est décédée et que je ne pourrais donc jamais faire sa connaissance ? Découvrir que j’ai une sœur, quelque part, et dont j’ignorais tout de son existence jusqu’à aujourd’hui ?
J’étais dans un état second. Grace ne savait pas comment elle devait agir vis-à-vis de moi. Je culpabilise énormément pour cela. Elle a autre chose à penser avec sa grossesse et elle ne devrait pas se préoccuper autant pour moi. Je sais qu’elle a eu autant de difficultés que moi pour dormir depuis. Moi, parce que j’ai de nouveau des insomnies. Elle, parce qu’elle guettait mes insomnies.
J’ai donc repris rendez-vous avec ma psychologue. Cela faisait plusieurs mois que je ne la voyais plus. Je suis rassuré sur mes compétences parentales et je sais que je ne reproduirais pas les mêmes erreurs que mon père avec ma fille et le bébé. Quand j’ai vu que la nouvelle grossesse de Grace ne me provoquait pas d’angoisse, j’ai pensé que je n’avais plus besoin d’aller voir quelqu’un.
Mais l’appel du notaire m’a perturbé et je sais que j’ai besoin de retourner voir la psychologue pour remettre mes idées en place et faire le point sur la situation. Et puis, cela a rassuré Grace que je reprenne rendez-vous, et ça, c’est bonus. Je n’ai pas envie qu’elle se fasse du soucis pour moi.

En tout cas, j’ai du prendre rendez-vous avec ce notaire, et me rendre à Brindleton Bay. J’aurais pu tout régler avec un notaire de San Sequoia, mais j’avais besoin d’aller là-bas. De rencontrer cet homme, de voir cet endroit où ma mère a vécu. De discuter de la situation de vive voix avec celui qui gère la succession de ma mère.
Il m’a expliqué qu’en tant que son fils, j’avais le droit à la moitié de l’héritage de ma mère. J’ai refusé. Je ne l’ai jamais connu, j’étais trop jeune pour avoir des souvenirs d’elle quand elle est partie. Et je trouve ça injuste d’enlever une partie de ce qui revient de droit à sa fille, qui a vécu toute sa vie avec elle, qui partage des souvenirs avec elle. Je ne peux décemment pas débarquer de nul part et réclamer la moitié d’un héritage que je ne mérite pas. Cette femme m’a mise au monde, mais elle n’est pas ma mère.
Néanmoins, lors de ce rendez-vous, le notaire m’a fait part du souhait de ma sœur de me rencontrer. Sur le coup, j’ai été surpris, n’ayant moi-même pas réfléchi à la question. Trop d’informations d’un coup, je ne me suis même pas demandé si je voulais la rencontrer. Elle, la seule personne susceptible de répondre à des questions que je me pose depuis toujours. J’ai pris le numéro de Sofia, ma sœur donc, et j’ai pris quelques jours pour réfléchir. Avais-je envie de la rencontrer ? Avais-je vraiment envie de savoir ?
J’étais perdu, je ne savais pas quoi faire. Grace, elle, m’a conseillé de l’appeler. Si je ne souhaitais pas avoir de réponse, je n’étais pas obligé de poser des questions. Mais, si cette femme souhaitait me rencontrer, c’est peut-être parce qu’elle avait aussi des interrogations et, au contraire de moi, elle avait besoin de réponses. J’ai alors réalisé que ce serait égoïste de ma part de refuser de la rencontrer. J’ai réalisé que sa vie, à elle aussi, a peut-être aussi été bouleversée en découvrant l’existence d’un frère.

Je l’ai donc appelé. J’avais du mal à réaliser que j’avais ma sœur au téléphone. Au ton de sa voix, j’ai deviné que c’était étrange pour elle aussi. J’ai alors appris qu’elle vit à San Myshuno, et cela m’a fait encore plus drôle. Depuis tout ce temps, sans le savoir, j’ai une sœur qui vit non loin de chez moi. Nous avons donc convenu de nous retrouver dans le Simbucks du Quartier Chic.
Je suis arrivé en avance aujourd’hui. J’étais trop nerveux pour rester chez moi, et Grace devenait folle à me voir tourner en rond. L’attente m’a paru durer une éternité, et cela ne m’a même pas permis de mettre de l’ordre dans mes idées. Je ne sais pas ce que je vais lui dire…
Et là, je vois une femme arrivée dans le café. Je n’ai pas vu de photos, mais je sais que c’est elle. Je reconnais chez elle des traits similaires aux miens, et je dois avouer que c’est très perturbant.
-Bonjour, vous êtes bien William ? Me demande-t-elle tout en s’approchant de la table où je me suis installé.
-Oui, c’est moi. Lui confirmé-je après l’avoir salué. Mh, je pense qu’on peut se tutoyer ? Et appelle-moi Will. Ajouté-je ensuite après qu’elle ait accepté le tutoiement. La seule personne au monde qui m’appelle William est mon père et c’est donc terriblement désagréable d’entendre mon prénom en entier.

Sofia s’installe donc en face de moi, et nous nous regardons pendant de longues minutes sans rien dire. La situation est terriblement bizarre et nous sommes tous les deux mal à l’aise. J’ai grandi fils unique et je ne sais pas ce que je suis censé lui dire. A l’expression de son visage, je devine que c’est la même chose de son côté. Mon regard se perd dans la contemplation du paysage à travers la fenêtre, mes pensées se bousculent et je suis toujours autant perdu.
-Je dois t’avouer que je ne sais pas trop par où commencer. Finit-elle par dire après avoir regardé ses mains pendant de longues minutes. Je… Je crois que je réalise pas trop la situation.
-On est deux dans ce cas. Lui réponds-je dans un soupir. J’étais loin d’imaginer que j’avais une sœur, quelque part.
-Et moi, un frère…
-Comment tu as découvert mon existence, d’ailleurs ? Le notaire m’a dit que c’est toi qui lui a parlé de moi. Demandé-je, étant véritablement la seule question dont je souhaite connaitre la réponse. La seule qui ne concerne pas ma mère directement.

-Et bien… j’ai fait du tri dans les papiers de ma … de Maman. Commence-t-elle à me répondre, en laissant échapper un cafouillage. Je devine qu’elle a voulu dire « ma mère » avant de se reprendre, de se rappeler que sa mère est également la mienne. Et dans un dossier, j’ai découvert deux enveloppes. Une qui m’était directement adressée, et une autre… qui était pour un certain William Hanks. Avoue-t-elle alors que je me tends aussitôt. Avant sa mort, ma mère a laissé une lettre à mon intention ? Après toutes ces années, elle a tenu m’adresser quelques mots ? Cela me semble absurde. Si elle voulait me dire quelque chose, elle aurait du venir me voir directement. Je n’ai pas compris, alors j’ai ouvert ma lettre. Dedans, elle m’a expliqué qu’avant de rencontrer mon père, elle a été mariée à un autre homme et qu’avec lui, elle avait eu un enfant… Je crois qu’elle ne voulait pas partir en emportant son secret dans la tombe.
-Elle… Elle n’avait jamais parlé de moi ? Soufflé-je alors, encaissant douloureusement l’information. Quelque part, j’espérais que la version de mon père sur l’absence de ma mère dans nos vies était fausse. Mais le fait qu’elle ait vécu tant d’années sans évoquer son propre fils semble montrer que mon père ne raconte pas que des mensonges.
-Non, jamais. Me confirme Sofia avec un air désolé. J’ignore si mon père était au courant par contre, mais je n’en ai jamais rien su. A vrai dire, je n’ai pas souvenir qu’elle ait déjà parlé de sa vie avant de rencontrer mon père.
-Ton .. père n’est plus là non plus ?
-Non, il est décédé quand j’avais 12 ans. J’ai longtemps vécu seule avec ma … Maman. Elle me parlait beaucoup de sa rencontre avec mon père, de leur vie ensemble, mais cela n’allait jamais plus loin. Parfois, elle me parlait de son enfance… Mais c’est tout. Maman n’était pas non plus une grande bavarde. Elle… Elle avait souvent l’esprit ailleurs.
-Je vois… Soufflé-je, l’air ailleurs. Je m’affaisse contre le dossier de ma chaise, et je ne sais plus quoi dire. Je pourrai poser tellement de questions, l’interroger sur comment elle était, sur son caractère, sur ses souvenirs… Mais à quoi bon ? A quoi cela me servirait de connaitre des souvenirs que je n’ai pas pu vivre ?
-Et toi… Tu… Tu as des souvenirs de … d’elle ? Me demande timidement Sofia après un silence.

-Non. Réponds-je directement, sans prendre de détour. Elle est partie peu de temps après ma naissance. Mon père m’a dit qu’elle n’était pas faite pour être mère. Elle serait tombée enceinte par accident, et elle aurait préféré partir plutôt que d’être une mauvaise mère.
-Je.. C’est terrible… Mais… Ce que tu me dis, cela me semble tellement éloigné de… De ce qu’elle était. Elle, elle a toujours été une bonne mère, pour moi.
-Je te rapporte ce que m’a toujours raconté mon père. Haussé-je simplement les épaules. Et pour être honnête, je ne sais pas si on peut se fier à sa version. Mon père est à des années lumières d’être le père de l’année. Je ne serai pas étonné d’apprendre qu’il m’a menti pour servir ses intérêts et que je ne cherche pas à retrouver ma mère. Lui signalé-je, espérant la rassurer sur l’image qu’elle a de sa mère. Le but de cette rencontre n’est pas de briser ses souvenirs avec elle. Son seul but dans la vie était de faire de moi le digne successeur de ses affaires. Ce qui n’a pas fonctionné, mais ça, c’est une autre histoire.
-Et tu.. Tu n’as jamais essayé… de la retrouver ?
-Non. J’ai grandi sans mère et j’ai toujours considéré que je n’en avais pas. Je n’ai jamais ressenti ce besoin de savoir qui elle était… Et je ne voulais pas savoir si mon père disait la vérité ou non. Mais je n’ai jamais imaginé qu’elle finirait par resurgir d’une manière ou d’une autre dans ma vie.
-Je… je suis désolée pour ça…
-Ne t’excuse pas, cela ne fait rien. Et … J’imagine que tu avais besoin de réponse aussi ? Supposé-je alors qu’elle confirme d’un hochement de tête.
-Je dois t’avouer que cela m’a fait un choc quand j’ai découvert que Maman a eu un autre enfant. Je me suis demandée ce qu’il s’était passé, pourquoi elle avait caché ton existence durant toutes ces années, pourquoi tu ne vivais pas avec nous. Maman n’est pas entrée dans les détails dans sa lettre. Elle m’a juste dit que tu existais et qu’elle tenait à ce que je le sache. Alors… J’avais besoin de savoir qui était ce frère, qu’est-ce qui s’est passé … De savoir si toi, tu savais que nous existions.

-Mh, je suppose que tu as eu en partie tes réponses, du coup.
-J’ai encore une question… M’avoue-t-elle timidement. Pourquoi tu as refusé ta part de l’héritage ?
-Parce que cette femme n’est pas ma mère. Lui réponds-je avec honnêteté. Certes, elle m’a mise au monde, mais elle n’a jamais fait partie de ma vie. Je ne connaissais même pas son nom, je ne sais pas à quoi elle ressemblait. Pour moi, je n’ai pas à revendiqué quoi que ce soit. Et cela me semble normal de tout te laisser, que ce soit sa maison, ses biens ou ses fonds financiers. C’était ta mère, tes souvenirs, et cela te revient de droit.
-Je… Je te remercie. Me dit-elle, alors que je lui réponds qu’il n’y a pas de quoi.
Un nouveau silence s’installe entre nous. Je dois avouer que je ne sais plus quoi dire. Je ne pense pas que j’ai besoin d’en savoir plus concernant la situation ou ma mère. Je réalise que ma position n’a pas changé : je ne veux rien savoir d’elle, tout simplement parce qu’elle n’a jamais fait partie de ma vie. J’ai créé ma propre famille aujourd’hui, et je n’ai pas envie de me tourner vers le passé.
Mais en réfléchissant à l’avenir, je réalise qu’il y a peut-être une chose que je devrais savoir.

-Sofia… j’ai une question par rapport… Par rapport à elle. Lui avoué-je, un peu hésitant, sachant que ce ne serait sans doute pas simple pour elle d’y répondre. Si tu ne veux pas y répondre, je comprendrais…
-Demande toujours.
-De quoi est-elle décédée ? Ou euh… Est-ce qu’il y a… des antécédents que je devrais savoir ? Lui demandé-je alors. La question peut paraitre saugrenue, mais j’ai envie de savoir s’il y a des risques que je développe une maladie dans le futur… Ou s’il y a un risque pour mes enfants.
-Maman m’a dit avoir fait une dépression, il y a quelques années. M’informe alors Sofia, qui semble surprise par mes questions mais elle y répond sans le moindre problème. Je n’en ai pas le souvenir, mais c’est vrai qu’elle prenait régulièrement des médicaments… qui l’aidaient à aller mieux, disait-elle. Et sinon, elle avait … Elle avait Alzheimer. Souffle-t-elle, la gorge nouée.
-Je suis désolé…
-Le plus dur était de la voir partir. Ajoute-t-elle dans un haussement d’épaules. Qu’elle soit physiquement là, mais qu’elle, la personne qu’elle était, avait disparu…. Mais maintenant que j’y réfléchis, c’est vrai qu’elle disait des choses bizarres quand elle était en plein délire. Elle n’arrêtait pas… Elle arrêtait pas de dire « Où est Willy ? Je veux voir Willy ! ». Les infirmières de la maison de retraite m’ont demandé si je savais qui était ce « Willy », mais je n’en avais pas la moindre idée. J’ai essayé de lui poser la question quand elle était lucide, mais elle disait qu’elle ne voyait pas de quoi je parlais. C’est drôle, c’est seulement maintenant qu’on en parle que je me rends compte qu’elle… Qu’elle parlait peut-être de toi.

Je me contente d’hocher la tête. Je dois avouer que cette révélation me perturbe. Plus que la maladie, c’est davantage l’effet que cela a eu sur elle qui me trouble. Pendant une grande partie de sa vie, elle a soigneusement caché mon existence et m’a laissé dans un coin de son esprit. Mais, de ce que je sais, cette maladie touche d’abord la mémoire à court terme et réveille les souvenirs plus lointains. Lorsqu’elle n’était pas lucide, c’est moi qu’elle réclamait…. Moi, en utilisant un surnom affectueux, que personne dans mon entourage n’utilise. M’appelait-elle ainsi pendant qu’elle était enceinte ? Lorsque je suis né ? Mais est-ce qu’une femme qui ne se sent pas d’être mère appellerait son fils ainsi ?
Je mets ma tête entre mes mains et je respire un grand coup. Cette information me perturbe bien plus que le reste, bousculant toutes les représentations que j’avais jusqu’ici. Ma mère est-elle vraiment partie de son plein gré, m’abandonnant sciemment à mon père, ou a-t-elle été poussée à partir ?
Je ne sais pas, je ne sais plus…

-Est-ce que… est-ce que tu veux voir des photos ? Me propose timidement Sofia, ne sachant pas quoi faire face à ma réaction. Je la vois sortir son téléphone, et chercher à l’intérieur. Je.. je crois que j’en ai, d’avant sa maladie… Je sais que tu as dit ne rien vouloir savoir d’elle mais, euh…
-Tu peux m’en montrer, si tu veux… Accepté-je, sans réfléchir, en m’efforçant à sourire. La voir en photo ne changera pas grand chose, à part mettre un visage sur ma mère. Je connais son nom, autant savoir à quoi elle ressemblait.

-Ah voilà ! S’exclame subitement Sofia. Je me souviens bien de cette journée, c’était avant que je parte pour San Myshuno pour mes études. Maman a tenu à ce qu’on passe une journée à la plage. Je crois qu’elle avait peur de se retrouver toute seule … Alors elle voulait profiter d’une dernière journée avec sa fille.
-Tu as fait quoi comme études ?
-Architecture d’intérieur. Je suis décoratrice, à mon compte. M’informe-t-elle en souriant. Et toi ?
-Je suis avocat en droit de l’enfant et de la famille.
-La classe ! Pour en revenir à cette journée, j’avais trouvé que le ciel était beau et j’ai eu envie de prendre des photos. Maman ne savait pas que je la prenais à ce moment-là. Précise-t-elle en désignant la première photo, où je peux voir une femme blonde, de dos, marcher vers la mer. Je ne vois pas son visage, mais cela me fait drôle de me dire que cette femme était ma mère. J’ai simplement l’impression de voir une étrangère. Maman a toujours adoré la mer. Quand elle était angoissée, elle venait toujours faire un tour à la plage. Elle pouvait passer des heures à regarder l’horizon. La maison était juste à côté de la plage d’ailleurs.
-Tu as toujours vécu là-bas ?
-A Brindleton Bay ? Oui, je suis née et j’ai grandi là-bas. Quand mon père était en vie, on vivait dans une maison dans le bourg. A sa mort, Maman a voulu s’éloigner un peu et être dans un coin plus tranquille. La maison lui rappelait trop Papa, et elle avait besoin de changer de décor, mais pas de ville… Maman n’aimait pas la ville, la ville bien urbaine je veux dire… Elle n’a jamais voulu venir me voir à San Myshuno, même pas pour m’aider à emménager.
-… Je suis né et j’ai grandi à San Myshuno… Soufflé-je, lui donnant, peut-être, un début d’explication.

Elle se contente d’hausser les épaules, comme si la raison de ce refus n’avait plus d’importance aujourd’hui, et change de photo sur son téléphone.
-Là, elle avait remarqué que je la prenais en photo. M’explique-t-elle alors que je découvre pour la première fois de ma vie le visage de ma mère. Cela me fait drôle de la voir, de reconnaître certains de mes traits chez elle. Je reconnais mon nez, je reconnais mes yeux. J’essaie de voir d’autres similitudes, mais je remarque surtout son sourire qui semble forcé, et la tristesse qui semble se dégager d’elle. Les années ont marqué ses traits, mais il y a également autre chose qui a laissé des traces sur son visage, sans que je ne puisse définir quoi exactement. Elle n’aimait pas spécialement être prise en photo, mais je crois qu’elle a laissé couler pour me faire plaisir… Maman ne se trouvait pas belle. Souffle Sofia, l’air ailleurs. Elle n’a jamais pris particulièrement soin de son apparence. Je ne crois pas l’avoir déjà vu maquillée ou apprêtée, même pour Papa. Ca s’est accentuée après sa mort d’ailleurs, où elle optait toujours pour des vêtements larges et confortables. Cela m’a rendu triste par moment, car je l’ai toujours trouvé belle et que c’était dommage qu’elle se laisse aller. Je me souviens que je n’aimais pas cette robe, je trouvais que c’était une robe de grand-mère. M’avoue-t-elle en laissant échapper un petit rire. Je l’écoute sans rien dire, devinant que cela lui fait sans doute du bien d’évoquer des souvenirs de sa mère.

Sofia fait défiler une nouvelle photo. Sur celle-ci, la tristesse n’est pas dissimulée. Son regard semble perdu, et son esprit devait être ailleurs. Je dois avouer que mon cœur se serre en la voyant ainsi. J’ai imaginé ma mère de plusieurs façons, mais je ne l’ai jamais vu malheureuse. Pour moi, puisqu’elle m’avait abandonné et qu’elle ne voulait pas de moi, elle devait forcément être plus heureuse ailleurs.
-Maman avait souvent cet air triste. Me précise alors Sofia. Je ne sais pas pourquoi. Des fois, on passait un bon moment ensemble, et puis soudain, elle était ailleurs et c’était comme si elle ne ressentait plus la joie. Quand j’étais enfant, je faisais l’andouille pour lui redonner le sourire, ou je lui faisais un dessin… Ce jour-là, je crois que j’ai simplement changé de sujet. Il me semble qu’elle me demandait d’arrêter de la prendre en photo, et que je lui avais répondu qu’il fallait que j’améliore mes compétences en photographie pour mon école. Sur le coup, j’ai cru que c’est la perspective de mon départ pour San Myshuno qui l’avait rendu triste. Aujourd’hui, maintenant que je sais qu’elle avait un autre enfant ailleurs, je me demande si elle n’avait pas l’impression de perdre encore un autre.
-La vie n’a pas du être rose tous les jours. Supposé-je alors.
-Oh je me plains pas. Maman faisait de son mieux, surtout après la mort de Papa. Elle devait gérer la maison, son travail, et moi qui entrait dans l’adolescence… J’avoue que je ne lui ai pas forcément rendue la tâche facile tous les jours. Mais elle a tout donné pour que je puisse faire les études que je voulais et elle a été d’un soutien sans faille quand… je lui ai dit que j’aime les filles. Me raconte-t-elle, après une brève hésitation sur la fin. Je me contente d’hocher la tête, et j’essaie d’imaginer la tête de mon père si j’avais été gay et que je lui avais fait mon coming-out. Je pense qu’il m’aurait renié bien plus tôt.
-C’est une bonne chose pour toi. Ca te permet de garder de bons souvenirs d’elle, et de les faire vivre.
-Sans doute. Tu veux que je t’envoie les photos ?
-Non merci… Enfin si, peut-être celle où elle sourit. Accepté-je finalement, songeant à Grace qui voudrait sans doute la voir, à mes enfants qui poseront peut-être des questions sur mes parents dans quelques années.

Sofia pianote sur son téléphone avant de le ranger. Je sens le mien vibrer dans ma poche et je devine qu’elle a envoyé la photo. Nous nous observons quelques instants, sans rien dire. Je sens que la conversation concernant ma mère est arrivée à la fin, et nous ne savons plus quoi faire de notre situation actuelle.
-Avant que j’oublie, je voulais te donner ça, aussi. Dit-elle tout en sortant une enveloppe de sa poche pour la poser face à moi sur la table. Mon nom est écrit dessus et je devine de quoi il s’agit. C’est la lettre dont je t’ai parlé.
-Merci. Soufflé-je tout en prenant l’enveloppe. Je la regarde un instant, ne sachant pas si je dois l’ouvrir ou non. Des réponses se trouvent sans doute à l’intérieur, et je ne sais pas si j’ai envie de les connaitre. Il y a quelques heures, j’aurais jeté cette lettre sans la moindre hésitation. Maintenant, après ma rencontre avec Sofia et ce que j’ai appris, je ne suis plus aussi sûr de moi.
-Dis-moi, Will… est-ce que … Commence Sofia, hésitante. Je lève mon regard de l’enveloppe, et je la glisse rapidement dans ma poche. Ce n’est pas maintenant que je vais prendre une décision concernant cette lettre de toute façon. Est-ce que tu accepterais que l’on reste en contact ? Me demande-t-elle ensuite. Je ne dis pas que l’on va créer une relation fraternelle tous les deux… Mais j’ai envie de te connaitre et … Peut-être… Peut-être que l’on pourra être ami ?
-Ce… ce serait avec plaisir oui. Accepté-je avec un sourire, alors que je sens mon téléphone vibrer une nouvelle fois dans ma poche, plus longtemps cette fois-ci. D’autant plus que l’on habite pas si loin l’un de l’autre. Tu vis dans quel quartier de San Myshuno ? J’ai vécu dans le Quartier des Epices il y a quelques années.
-Je vis dans le quartier de la mode… Avec ma copine. Elle est styliste.
-C’est chouette. Je ne connais pas du tout ce quartier, mais il doit être parfait pour elle du coup. Lui dis-je, un peu distrait par mon téléphone qui ne cesse de vibrer dans ma poche. Je finis par le sortir et je remarque que Grace a essayé de m’appeler… Deux fois.
-Tout va bien ?
-Oui c’est Grace… ma femme… elle a essayé de me joindre.
-Oh tu es marié ?
-Non, juste fiancé. On n’a pas fixé de date pour le mariage encore. Lui avoué-je, alors que je sens ma main trembler. Elle est enceinte, de notre deuxième enfant. On a déjà une petite fille. Excuse-moi, je dois la rappeler.
-Oui, oui vas-y. Me répond-t-elle, un peu sonnée par les informations que je lui transmets sur ma vie. Elle a découvert un frère, et maintenant, elle découvre qu’elle a également une nièce, et qu’un autre bébé va venir agrandir la famille. Cela fait sans doute beaucoup à digérer d’un coup.

*   *   *

Grace

J’essaie de respirer, et de ne pas paniquer, tandis que je sens les contractions s’intensifier. J’ai essayé de tenir le plus longtemps possible avant d’appeler Will, sachant qu’il est en train de faire connaissance avec sa sœur. Mais je ne tiens plus et il faut absolument qu’il rentre à la maison.
Quand Will m’a annoncé que sa mère est décédée et qu’elle a eu un autre enfant, j’étais sous le choc. Je ne m’attendais pas à ce qu’il ait des nouvelles de sa mère un jour. Lui non plus, et j’ai eu peur qu’il ait de nouveaux des angoisses. J’étais toujours sur le qui-vive, à l’affût du moindre signe de fatigue ou de balades nocturnes. Finalement, il a pris rendez-vous chez sa psychologue, et j’étais soulagée de voir qu’il prenait les mesures nécessaires pour réussir à gérer la situation.
Quand il m’a annoncé qu’il allait rencontrer sa sœur, je lui ai proposé de l’accompagner, comme je l’ai accompagné à Brindleton Bay. Cette fois-ci, il a refusé. Il voulait le faire tout seul.
Du coup, quand il a pris la route pour aller à San Myshuno, j’ai proposé à ma mère de venir à la maison. Si je restais toute seule à attendre le retour de Will, à juste m’occuper de Prue, je savais que je deviendrais dingue.
Nous avons beaucoup parlé de la situation de Will avec Maman. C’est tellement énorme que c’est devenu le sujet de conversation principal. Maman s’inquiète pour lui, espère que cela ne va pas trop le perturber. Je lui ai répondu que, peu importe ce qu’il se passe par la suite, nous serions là pour lui. Quoiqu’il arrive.
Néanmoins, le bébé a cru que c’était le bon jour pour pointer le bout de son nez.
-Tu es sûre que tu ne veux pas que je t’emmène ? Me demande Maman, cinq minutes après que j’ai enfin réussi à avoir Will au téléphone.
-Oui je suis sûre. Lui réponds-je, en essayant de respirer calmement, alors que j’invoque tous les dieux de l’univers pour que Will ne reste pas coincé dans les bouchons. Et puis, il faut bien quelqu’un pour garder Prue.
-Je peux juste t’emmener et te déposer à l’hôpital… On a juste à prendre ta voiture et installer Prue dans le siège bébé.
-Maman, fais pas genre. Si tu m’emmènes, tu ne voudras pas partir tant que Will ne sera pas là… Et même s’il est là, je ne suis pas sûre que tu voudras retourner à la maison. Lui signalé-je et je devine à sa moue que j’ai raison. Je ne veux pas perturber Prue, Maman…. Will va vite arriver.
-J’espère. Me dit Maman, tout en câlinant ma fille pour éviter qu’elle remarque que sa maman a mal.

Par chance, Will arrive vite à la maison. Le pauvre est complètement paniqué. Il prend toutes les affaires et les met dans la voiture en 4e vitesse. Je m’en veux de lui faire subir ça. Le pauvre n’a pas le temps de digérer sa rencontre avec sa sœur qu’il doit m’emmener à l’hôpital pour accoucher. Hop, une sœur et un nouveau bébé dans la même journée, on peut difficilement faire un programme plus chargé !
Will tente de me rassurer et me dit que tout va bien, mais je ne peux m’empêcher de culpabiliser. Ma mère me rappelle que ce n’est pas moi qui ait décidée d’accoucher aujourd’hui, tandis que Will me traine pour que je monte dans la voiture. Maman nous promet de bien s’occuper de Prue en notre absence et nous prenons la route jusqu’à l’hôpital.
J’essaie d’interroger Will sur sa rencontre avec sa sœur. J’ai envie de savoir et cela me permettra de penser à autre chose qu’aux contractions. Le bougre se contente juste de me dire que cela s’est bien passé et qu’on en parlera plus en détails plus tard. Mais ce n’est pas plus tard que je veux savoir, c’est maintenant ! Je tente d’en savoir plus, mais impossible de lui tirer les vers du nez.
Une fois arrivés à l’hôpital, nous sommes vite pris en charge par le personnel de la maternité. Je me retrouve également à marcher dans tout l’hôpital en blouse, histoire d’accélérer un peu plus le travail.

-C’est pas censé être plus rapide pour le deuxième ? Bougonné-je, alors que je n’ai qu’une envie : que ce bébé sorte !

Après un temps qui me semble interminable, je finis par entrer en salle de travail, avec la grosse machine impressionnante, qui ferait flipper n’importe qui. Je m’installe sur la table, et hop, c’est parti. Il n’y a plus qu’à attendre que le médecin sorte mon bébé de mon ventre.
Will est en panique. Ce n’est pourtant pas le premier accouchement. Mais je pense que cela fait beaucoup pour lui pour aujourd’hui. Au moins, cela a le mérite de le faire penser à autre chose.

-Will, calme-toi, tout se passe bien. Soupiré-je, alors qu’il demande au médecin si tout va bien pour moi et le bébé toutes les cinq secondes. Normalement, c’est moi la relou insupportable.
Ma remarque ne manque pas de faire rire le médecin. Je le fusille alors du regard. C’est Will qui est censé rigoler, pas lui ! Heureusement que j’ai besoin de lui en cet instant précis sinon je l’aurais envoyé bouler !

Et puis, au bout d’interminables minutes, ses premiers cris se font entendre. Notre bébé est enfin là, avec nous, et nous fait le plaisir d’agrandir notre famille. Je suis soulagée que ce soit fini, Will se détend enfin.
Je le vois tout aussi ému que lorsque Prue est née. Son regard est rempli d’amour, et quand il découvre notre fille, je vois qu’il l’aime tout autant que notre aînée.
Je m’empresse de me lever de prendre Piper dans mes bras. Elle est absolument magnifique et je suis heureuse de pouvoir enfin la tenir dans mes bras.
Bienvenue à toi, ma fille, ma petite Piper.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 40

Prue grandit à une vitesse affolante. Elle est maintenant capable de se tenir assise et nous avons pu inaugurer la chaise haute et varier son alimentation. Elle ne refuse jamais son biberon, mais il est temps qu’elle découvre de nouvelles saveurs.
Elle était sceptique au début, observant d’un œil perplexe la purée de carottes que je lui présentais. Elle devait se demander ce que j’essayais de lui faire avaler !
Au final, elle n’était pas spécialement fan de la purée de carottes, mais elle raffole de la compote de pommes ! Maintenant, quand nous lui faisons découvrir de nouvelles saveurs, elle gesticule dans tous les sens tellement qu’elle est ravie ! Une vraie petite gourmande, mais elle bouge tellement qu’il nous arrive régulièrement de louper la bouche ! C’est rare qu’elle termine propre de son repas, et c’est à croire que cela l’amuse de finir avec le visage tout barbouillé ! Et oui, elle rigole à chaque fois qu’elle tourne la tête et que la cuillère atterrit sur sa joue !

Will commence même à lui donner des petits en-cas, notamment pour son dessert. Comme pour les purées ou les compotes, elle ne comprenait pas trop ce qu’elle devait faire le contenu de son assiette… Jusqu’à ce qu’elle comprenne que cela se mange du moins.
-Tu lui donnes quoi ? demandé-je à Will après m’être réveillée d’une petite sieste sur le canapé. La grossesse me fatigue beaucoup, surtout avec Prue, et il n’est pas rare que je m’écroule sur le canapé en fin de journée… ou en milieu d’après-midi. Ou en fin de matinée.
Bon, à chaque fois que Prue fait sa sieste à vrai dire.
De la banane.
-Tu prends des risques des risques en lui donnant comme ça tu sais. M’amusé-je en le voyant donner un morceau de bananes à deux mains à notre fille.
Ca va aller. M’assure-t-il avant de retirer subitement ses doigts, manquant de se faire mordre par Prue qui a attrapé la tranche de banane avec gourmandise. Toujours se méfier des petites dents d’un bébé !

Très vite, Prue commence à attraper les tranches de banane toute seule pour ensuite les manger. Enfin, au début. Elle comprend aussi très vite qu’elle peut en faire de la bouillie et s’en tartiner une partie sur le visage. Je la regarde avec un air blasé tandis que Will se retient de rire en la voyant faire.
-J’espère qu’elle arrêtera de faire ça en grandissant. Soupiré-je, n’ayant même pas la force de lui dire d’arrêter. Et dire qu’elle va pleurer quand nous allons vouloir la débarbouiller !
-Elle tient de toi pour ça, j’en suis sûr. Ne tarde pas à me taquiner Will.
-Mouhahaha, quel humour ! J’espère surtout que son frère ou sa sœur ne fera pas la même chose !

-Ne t’en fais pas, chaque bébé est différent. Tente de me rassurer Will tout en commençant à me caresser le ventre. Hein, bébé ? Tu seras gentil toi avec Maman. Tu ne tartineras pas le visage avec tout ce qui te passe sous la main ?
-Tu sais que si ce n’est pas ça, il trouvera une autre bêtise à faire ? Lui rappelé-je avec un sourire amusé.
-Chuuuut, faut pas y penser. Ca va nous porter la poisse. Me répond-t-il avec un faux air inquiet. Il faut imaginer que notre bébé sera absolument parfait, ne fera pas de crise et mangera proprement tout ce qu’on lui donnera.
-Alors là, ce n’est même plus de la naïveté mais du déni. Rié-je alors que Will m’embrasse.
Puis, on entend le bruit d’une assiette qui tombe par terre. Nous nous tournons directement vers Prue qui regarde son œuvre en riant.
Je suis en train de me demander si c’était une bonne idée de faire un deuxième enfant…
 

*   *   * 

Aujourd’hui nous fêtons la fête des Récoltes. Cette année, on la fête chez nous, car je ne me sentais pas de faire la route jusqu’à Oasis Springs ou San Myshuno avec mon gros ventre de fin de grossesse.
Pour une fois, les premiers arrivés sont Gabriel et Gideon. Pour une fois qu’ils sont à l’heure, j’aurais presque préféré qu’ils soient en retard !
-Grace est portée disparue ? Demande Gabriel en s’installant sur les tabourets de bar pendant que Will continue de préparer le repas.
-Elle est en train de laver Prue. Elle a mangé comme un cochon ce matin, donc il a fallu la laver. Puis, une fois propre et préparé pour aujourd’hui, elle a été un peu malade et s’est vomie dessus… C’est pour ça qu’on n’est pas spécialement en avance.
-Tu me vends du rêve sur la vie de parent toi ! Réagit aussitôt mon cousin.

-Qui vend du rêve à qui ? Demande Grégory, qui fait une entrée fracassante avec Maman, Alice et Luke qui s’empresse de demander en hurlant où se trouve sa Tata et Poupou. Alice tente de le calmer, mais c’est peine perdue avec lui.
-On a eu quelques galères avec Prue ce matin. Se contente de résumer rapidement Will tout en mettant le plat au four. Rien de bien méchant mais, du coup, on est un peu en retard.
-Tu as besoin d’aide ? Propose ensuite mon frère.
-Je veux pas abuser … Vous êtes nos invités.
-Entre parents débordés, il faut bien s’entraider !
-Grace est là-haut ? Demande ensuite Maman qui grimace à l’entente des cris de Luke. Je vais aller voir si elle a besoin d’aide. Ajoute-t-elle ensuite après que Will ait confirmé.

Maman s’empresse donc de venir me rejoindre dans la salle de bain de l’étage. Je ne sais pas si elle vient me rejoindre par soucis de m’aider ou pour profiter d’un peu de calme. La pauvre, devant jouer les nounous avec Luke au quotidien, elle ne doit pas avoir beaucoup de temps pour se reposer. Et cela ne va pas s’arranger avec l’arrivée du deuxième.
Ca va ma fille ? Me demande-t-elle pendant que je donne le bain à Prue.
-Ca va. Me contenté-je de lui répondre sur un ton un peu crispé. Je vois bien que nous sommes en retard et je suis stressée par tout ce qui nous reste à faire pour accueillir notre famille dans de bonnes conditions.
-Tu as besoin d’aide ? Je peux finir de la laver si tu veux. Me propose-t-elle ensuite. Tu vas te faire mal au dos à rester longtemps dans cette position.
-Ca va aller, Maman. J’ai fini de toute façon. Par contre… je veux bien un coup de main pour me relever et la sortir du bain…
-Pas de soucis ma chérie.

Avec l’aide de Maman, je réussis à finir de préparer Prue nous descendons toutes ensemble rejoindre le reste de la famille au rez-de-chaussée. Je remarque que tout le monde est arrivé, sauf Tonton et Tata qui ne viennent pas aujourd’hui. Ils fêtent la fête des Récoltes chez un frère de Tata.
Les tables sont également prêtes, grâce à mon frère, mon cousin et Gideon qui ont donné un coup de main. J’ai un peu honte qu’on ait du les mettre à contribution alors qu’ils sont nos invités. Grégory m’assure que ce n’est pas un problème et que cela leur a fait plaisir, mais je ne peux m’empêcher de culpabiliser.
Le repas est prêt et nous passons tous à table.
-Dis donc Alice, ton ventre a vachement grossi ! Tu es sûre qu’il y a qu’un seul bébé là-dessus ? S’exclame Gabriel avec tout le tact dont il est capable.
Tu es en train de dire que je suis grosse ? Réagit alors Alice avec un haussement de sourcil perplexe.
-Non, ce n’est pas ce que j’ai dit ! Bredouille Gabriel qui ne sait plus où se mettre. Je dis juste que ton ventre est quasiment aussi gros que celui de Grace alors que…
-Donc je suis grosse.
-Mais non ! S’enfonce encore plus Gabriel, sans comprendre qu’Alice s’amuse volontairement à le faire tourner en bourrique.
-A ce rythme, il va mourir avant que vous ayez le temps d’adopter votre enfant. Commente Will en direction de Gideon. D’ailleurs, vous en êtes où ?
-A notre je-sais-plus-combien rendez-vous. Répond dans un haussement d’épaules Gideon. C’est terriblement long, on n’en voit pas le bout.

-Oui je comprends. La procédure est terriblement longue, mais ils veulent s’assurer que vous ferez de bons parents.
-Je sais bien, mais j’ai l’impression que ça va durer une éternité !
-De toute façon, tu es sûr de vouloir un enfant ? Intervient Gabriel en jetant un coup d’œil en direction de Prue. Regarde moi ce petit cochon !
-Oh non Prue ! M’exclamé-je, dépitée en voyant son visage barbouillé alors que je viens de la laver. J’entends Gabriel laisser échapper un rire et j’ai soudainement envie qu’il s’étouffe avec son morceau de dinde.
-Ce n’est pas grave, Grace. Tu as des lingettes ? Je vais la nettoyer pendant que je suis encore debout. Propose alors Alice avec bienveillance.
-C’est gentil, mais c’est inutile. Tant qu’elle a encore à manger dans son assiette, elle va recommencer. Ah bah tiens, voilà la preuve !

Le reste du repas se passe sans incident majeur. Je respire de savoir que nous n’avons plus besoin de courir partout et que nous pouvons simplement profiter de nos proches. Tout le monde complimente Will pour sa cuisine, et nous parlons de tout et de rien. Gabriel et Gideon entrent davantage dans le détail de leur procédure d’adoption et ils ont hâte d’en arriver au bout et de pouvoir accueillir un enfant chez eux. Je n’ose pas imaginer leur impatience, et comment l’attente doit être longue. Je ne sais pas si j’aurais pu, à leur place.

-Et sinon, Grace, comment se passe ta grossesse ? M’interroge ensuite Alice.
Ca se passe bien. Lui réponds-je tout en posant une main sur mon ventre arrondie. J’ai hâte que cela soit fini quand même. J’en ai marre de mal dormir, et d’avoir tout le temps mal au dos !
-M’en parle pas ! Pour ma part, j’ai l’impression que le bébé joue au foot dans mon ventre !
-Il doit tenir de son père pour ça ! Commente Maman, amusée. Grégory était pareil ! Grace aussi d’ailleurs.
-J’ai de la chance, le bébé est plutôt calme de mon côté.
-Alors, fille ou garçon ?
-On garde la surprise. Répond Will alors qu’Alice et Grégory se lancent un regard complice. Eux, contrairement à nous, n’ont pas voulu attendre la naissance pour connaître la réponse !!
-Vous, vous savez. Leur dis-je sans prendre de gants. Et si vous dites rien, je vais montrer à Luke comment être encore plus insupportable ! Les menacé-je, alors qu’ils rigolent de ma bêtise.
-On va avoir une fille. M’annonce mon frère avec un grand sourire. Ma mère pousse un cri de joie, et je m’empresse de les féliciter. Un garçon, une fille, pas de jaloux, ils auront les deux !
Ils nous expliquent ensuite qu’ils ne savent pas encore comment ils vont l’appeler mais que, cette fois-ci, ils ne diront pas le prénom avant la naissance. Je proteste mais mon frère me répond que si j’ai le malheur d’apprendre des bêtises à Luke, il en fera de même avec Prue.

Il n’est même pas drôle.

Et là, sur ces belles paroles, on entend Prue qui commence à s’agiter dans sa chaise haute. Je vois qu’elle a fini son assiette et je pense qu’elle doit commencer à s’impatienter. Je recule ma chaise, m’apprêtant à me lever, quand Maman me dit de rester assise. Elle se lève alors pour aller prendre ma fille dans ses bras.
Je souris en la regardant faire. Elle passe peut-être son temps à s’occuper de Luke à la maison, mais cela doit lui faire plaisir de pouvoir profiter de sa petite-fille également quand elle est ici. Je ne sais pas comment elle va faire quand les bébés seront nés, elle ne va plus savoir où donner de la tête !

*    *   * 

Une fois la fête des récoltes terminée, la vie reprend doucement son cours. La maison parait presque vide quand toute la famille n’est pas là, et que nous nous retrouvons que tous les trois. Quand je fais la réflexion à Will, il me dit d’en profiter. Quand les enfants seront grands, et qu’ils vont courir partout avec leurs amis, nous regrettons cette époque où tout était calme.
-Tu crois que tout va bien se passer ? Demandé-je à Will, en faisant référence à la naissance prochaine de notre bébé.
Bien sûr. La valise est prête, et Gideon et Gabriel sont prêts à garder Prue quand nous partirons à la maternité. Me rassure Will en me prenant dans ses bras. Je soupire d’aise : il n’y a rien de plus réconfortant que d’être dans ses bras. On a juste à attendre que le bébé veuille pointer le bout de son nez.
J’espère que ça arrivera vite. Je fatigue et j’ai envie de faire sa connaissance.

Ne t’inquiète pas, il arrivera bien assez vite. M’assure Will en me déposant un baiser sur le front.
-Tu crois que ça va bien se passer avec Prue ?
-J’en suis sûr. Elle est encore petite, elle va facilement s’adapter. Et plus tard, elle considérera qu’il a toujours fait partie de sa vie.
-J’espère qu’ils s’entendront aussi bien que Grégory et moi.
-Il n’y a pas de raison. Et avec leurs cousins, ils formeront tous une grande joyeuse bande qui feront les 400 coups à la moindre occasion.
-Mon dieu, on ne pourra jamais se reposer ! M’exclamé-je, faisant mine d’être horrifiée, avant de sourire, amusée.

-Au fait… A ton avis, fille ou garçon ? Demandé-je à Will, curieuse de savoir ce qu’il peut bien imaginer concernant notre enfant.
-Aucune idée. Me répond-t-il dans un haussement d’épaules désinvolte, avant de poser sa main sur mon ventre. Il sourit en sentant que le bébé vient de donner un coup de pied. Le plus important est qu’il soit en bonne santé.
-Tu ne voudrais pas un garçon, vu qu’on a déjà une fille ?
-Peu importe. Que ce soit un garçon ou une deuxième fille, dans tous les cas, je serai heureux. Et toi, tu voudrais un garçon ?
-Pourquoi pas, pour changer un peu. Avoué-je, pensive. Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai le sentiment que ce sera une fille.
-Si c’est le cas, peut-être que la troisième fois, on réussira à faire un garçon.
-Peut-être ! En tout cas, la prochaine fois, je ne veux pas attendre 9 mois avant de savoir ! On a gardé la surprise deux fois, je pense qu’on a fait le tour du concept ! M’exclamé-je alors que le téléphone de Will se fait entendre.
-Excuse-moi, c’est peut-être urgent. Me souffle-t-il tout en sortant son téléphone de sa poche.

-Oui allô ? Dit-il après avoir décroché, alors que je me mets à imaginer à quoi ressemblera notre futur bébé. J’ai beau aimé l’idée d’avoir un garçon, quand je l’imagine, je vois systématiquement une fille. Et quand j’observe Will, j’ai le sentiment qu’il est un homme à ne faire que des filles.
-Bonjour, vous êtes bien Monsieur William Hanks ? Lui demande une voix masculine, d’après ce que je parviens à entendre de là où je suis.
-Oui, c’est moi.
-Bien, je suis maître Campbell. Je suis notaire à Brindleton Bay. Je me permets de vous contacter dans le cadre de la succession de Céline Jimenes … Commence-t-il alors que je fronce les sourcils. Qui est cette personne ? Je tends l’oreille, ma curiosité étant à son maximum.
-Excusez-moi de vous interrompre, mais vous devez faire erreur. Je ne connais personne de ce nom-là.
-Hum, peut-être la connaissez-vous sous son nom de jeune fille, Céline Dubois ?
-Non, ça me dit rien. Je ne connais aucune Céline, d’une manière générale.
-Vous êtes bien né à San Myshuno, et votre père se nomme bien James Hanks ? Lui demande-t-il après un instant de silence.
-Euh oui, mais comment savez-vous tout ça ? L’interroge Will, interloqué par sa conversation avec ce notaire qui semble surréaliste. Il lui explique alors qu’il vérifiait simplement son identité, et Will lui répète qu’il ne connait pas la personne dont il parle. Le notaire marque une pause, avant de reprendre :
Monsieur Hanks… D’après les informations qui m’ont été communiquées par sa fille, Madame Jimenes était votre mère.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 39

Les semaines passent toujours dans la bonne humeur. Je dois avouer que je vis ce début de grossesse beaucoup mieux que pour la première. Le fait d’être déjà dans une grande maison, où il y a juste une chambre à aménager et non pas tout un déménagement à prévoir, doit y être pour beaucoup. Je suis beaucoup plus sereine et la proximité entre la naissance de Prue et ce deuxième bébé ne me fait pas peur.
Bien au contraire. Je me dis que ma fille vivra sans doute mieux l’arrivée de ce nouveau bébé et leur faible écart d’âge devrait favoriser leur proximité.
Certes, cela ne veut rien dire car il y a toujours un risque qu’ils ne s’entendent pas dans le futur, mais c’est une possibilité que je n’envisage même pas. J’imagine leur relation future comme celle que j’ai avec mon frère et, pour moi, il n’est pas possible qu’il en soit autrement.

-C’est qui qui va voir Mamie aujourd’hui ? C’est qui ? Demandé-je avec une voix idiote à ma fille durant son bain. C’est qui va être toute belle pour Mamie ? C’est Prue ! Ajouté-je en faisant couiner le canard en plastique, ce qui ne manque pas de faire rire ma fille.

Aujourd’hui, nous passons l’après-midi chez ma mère. Mon frère et Alice seront là, et il est prévu que mon oncle, ma tante ainsi que Gabriel et Gideon viennent également. Une vraie journée en famille où on ne risque pas de s’ennuyer.
Ainsi, après la sieste de Prue, nous prenons donc la route jusqu’à Oasis Springs.

-Tu es sûre que tu ne veux pas que je la prenne ? Me demande Will, alors que je porte notre fille avec le porte-bébé. Je dois avouer que la sangle commence à me serrer le ventre, mais je veux profiter de porter Prue tant que je le peux encore.
-Ca va aller Will, et on arrive de toute façon. Refusé-je tout en m’avançant vers la maison de ma mère.
En arrivant à la porte d’entrée, je sonne et entre directement en nous annonçant, ravie de retrouver ce milieu si familier, cette maison dans laquelle j’ai grandi.

Nous sommes alors accueillis par mon frère et dès l’entrée, j’entends Luke qui joue dans le salon sans aucune discrétion. Je me retiens de rire en voyant la mine fatiguée de Grégory. Le pauvre essaie de faire bonne figure mais c’est peine perdue.
Nous allons donc dans le salon et Will m’aide à sortir Prue du porte-bébé, pendant que Grégory s’assoit sur le canapé en attendant Maman et Alice.
-Tata !! Chat !! S’exclame mon neveu tout en me montrant le jouet que je lui ai offert à son dernier anniversaire.
Oui, il est très beau ton chat. Lui assuré-je avec un sourire tout en installant Prue sur le tapis d’éveil.
-Jouer avec Poupou avec le chat ?
-Elle est encore un peu jeune pour jouer avec, mais tu peux lui montrer. Je lui réponds alors qu’il s’empresse de courir vers elle pour lui montrer son jouet préféré. Grégory lui dit aussitôt d’y aller doucement avec sa cousine, et Prue se contente de regarder son cousin avec un air curieux. Depuis le temps, je crois qu’elle a l’habitude de le voir déboulé comme une furie !

-Salut les jeunes ! S’exclame subitement Tonton alors que je me relève. Une fois debout, je me sens subitement mal. Je ne suis pas épargnée par les nausées pour cette deuxième grossesse et je respire tranquillement pour essayer de la faire passer. Oh ça va pas toi. Bébé 2 te fait des misères ?
-Ca va aller, ça va passer. Lui assuré-je alors que je baisse pour m’assoir de nouveau sur le sol, pour être à côté de ma fille. Finalement, je suis bien par terre.
-En tout cas, elle a encore bien grandi ta crevette !
-C’est ce qu’on se dit dès qu’on regarde des photos. A chaque fois, on la trouve changé par rapport à avant !
-Et c’est pas fini. Et toi Luke, tu continues d’en faire voir des vertes et des pas mûres à tes parents ?
-Ouiiii !! S’exclame-t-il joyeusement, n’essayant même pas de démentir, comme s’il était fier de lui. Je ris en voyant la tête blasé de mon frère. Brave petit, un vrai petit Chastain ! Même si tu t’appelles Opaline.

Petit à petit, tout le monde finit par arriver. Mon frère se lève pour accueillir Gabriel et Gideon, puis va chercher Maman et Alice qui trainent un peu pour venir nous rejoindre. Tout le monde prend des nouvelles de tout dans la joie et la bonne humeur. Gabriel m’interroge sur ma grossesse et tente de savoir si j’attends encore une fille ou s’il s’agit cette fois-ci d’un garçon. Je lui assure que nous n’avons pas encore la réponse et nous ne sommes pas encore sûrs de vouloir savoir avant la naissance. On aime bien les surprises !
-Au fait, avec Alice, on voulait vous annoncer quelque chose… Commence mon frère, attirant l’attention de tout le monde. Je pense que la suite est assez simple à deviner, mais nous les laissons parler et attendons patiemment la suite.
-Je suis enceinte ! Ajoute, sans surprise, Alice. Les félicitations fusent et je m’enthousiasme à l’idée que nos bébés auront le même âge.
-Luke vous épuise déjà et vous avez remis le couvert ? Vous avez pas peur d’engendrer une deuxième pile électrique ? Plaisante alors Gabriel.
-On a pris le risque. Répond Grégory avec un air amusé.
-C’est quand même fou que ces deux loustics vont avoir le temps de faire deux gosses chacun alors que mon propre fils n’est pas décidé à me faire grand-père ! Se désespère Tonton, ce qui ne manque pas de nous faire rire. Forcément, c’était à prévoir ! Tu attends quoi Gabriel ? Que ces gosses soient majeurs ?

-Puisque tu en parles Papa… Répond alors Gabriel après que lui et Gideon se soient lancés un regard. Avec Gideon, nous avons pris la décision d’adopter un bébé. Nous annonce-t-il alors que nous sommes beaucoup à être bouche-bées à la suite de leur annonce. Je pensais qu’ils réfléchissaient encore à la question et qu’ils n’étaient pas encore prêts. D’ailleurs, Will, on se demandait si tu accepterais nous aider dans nos démarches.
-Ce serait avec plaisir. Je ne pourrai pas faire de miracles quant aux délais, mais j’ai quelques contacts que je pourrai appeler pour vous si vous voulez.
-Ce serait génial ! S’enthousiasme Gideon.
-Pas de bébé-éprouvette alors ? Fait mine d’être déçu mon oncle alors qu’à son regard, on devine aisément qu’il est heureux de cette annonce. Et la transmission des gênes Chastain alors ?
-On a beaucoup réfléchi avec Gideon. Faire appel à la science est quelque chose d’assez lourd et l’issu est incertaine. Et puis… On préfère offrir une famille à un enfant qui est déjà là et qui n’attend que ça. Explique alors Gabriel. Et la famille, ça va au delà qu’une histoire de gènes.
-Je sais bien mon fils, je te charriais. Lui répond Tonton avec le sourire. Je vais être enfin grand-père !!

-C’est génial ! Nos enfants vont pouvoir grandir tous ensemble ! S’exclame avec joie Alice, ravie par cette perspective.
-C’est un détail ça, l’important est que je sois enfin grand-père ! Assure Tonton qui est à deux doigts de faire une danse de la joie. De mon côté, je me décide à me relever. J’ai mal aux genoux et j’ai besoin de marcher un peu. Mais, je ne peux m’empêcher de sourire en voyant Prue se mettre sur le ventre et regarde ce qui se passe autour d’elle. Elle le fait de plus en plus souvent et cela me réjouit. J’ai hâte de la voir avancer à 4 pattes!
-Ca va pas être triste quand ils seront plus grands. S’en amuse ensuite Will.
-Surtout quand on voit que celui qui va donner l’exemple, c’est Luke ! Ajoute Grégory alors que son fils s’installe sur le canapé à côté de sa mère. Bon courage les amis, je compatis très sincèrement.
-Rêve pas trop. Regarde, Prue est toute calme alors que Luke était déjà une fripouille à son âge !
-Rassure-toi comme tu peux, p’tite sœur, mais ça peut encore changer !
-Tu es sûr que c’est une bonne idée d’adopter finalement ? Demande Gideon à Gabriel, avec un sourire amusé par la situation.
-Je sais pas. J’hésite du coup.
-Ah non ! Interdiction de changer d’avis vous deux ! Intervient aussitôt Tonton, ce qui ne manque pas de faire rire tout le monde.

-Ne t’inquiète pas Papa, on n’a pas l’intention de changer d’avis. Le rassure Gabriel alors que Tonton soupire de soulagement. Même si Luke est une contraception ambulante.
-Mouahaha, quel humour ! Réagit Grégory alors que Luke nous regarde sans trop comprendre ce que l’on peut bien raconter.
-Exagère pas Gabriel, Luke est adorable !
-Merci Grace.
-… Quand il dort. M’empressé-je de plaisanter alors que mon frère lève les yeux au ciel et qu’Alice laisse échapper un rire amusé. Et sinon, Luke, tu es content d’être grand-frère ?
-Ouiiii !!
-C’est trop abstrait pour lui pour qu’il comprenne vraiment. Précise Alice en regardant son fils avec tendresse.
-Il dirait oui à n’importe quoi. Ajoute Grégory. N’est-ce pas Luke ?
-Ouiiii !! S’écrit Luke avec une voix stridente et en riant, ne faisant que confirmer les propos de son père. Cela fait rire tout le monde, y compris Luke, qui commence à crier « Ouiii » dès que quelqu’un ose ouvrir la bouche. Un rien amuse cet enfant, c’est fou !

Nous continuons de discuter tous ensemble, essentiellement d’enfants et de bébés. Gabriel interroge Will sur la procédure pour l’adoption et je sens qu’ils sont partis pour parler de ça toute la soirée. Oui, parce que mon frère nous propose à tous de rester dîner et nous acceptons sans la moindre hésitation. Grégory se lève donc pour aller en cuisine, suivant par Gideon qui lui a proposé son aide.
Dans la discussion sur l’adoption, mon oncle ne se gêne pas pour y mettre son grain de sel alors qu’il n’y connait absolument rien et c’est assez drôle à voir. Surtout qu’il s’amuse à sortir des énormités plus énormes les unes que les autres, si bien qu’il devient impossible d’avoir une discussion sérieuse.

-Et sinon, tu dois être ravie Joy ! S’exclame Tonton en direction de ma mère. Deux petits-enfants supplémentaires dans quelques mois, tu es refaite !
-Exactement ! Confirme Maman, pleine de fierté face à cette perspective d’être entourée de plusieurs petits-enfants. J’espérais au moins 4 petits enfants en tout, donc je suis ravie ! La relève est assurée !
-Tu as de la chance, tes gênes vont continuer à se propager ! Ajoute Tonton sur le ton de l’humour.
-Papa, Grégory et Grace se reproduisent comme des lapins et eux aussi sont des Chastain à 50%. Donc, t’inquiète pas, les gênes Chastain vont continuer à se propager ! Surtout quand tu vois Luke qui a une bonne tête de Chastain !
-Alors, je ne sais pas pour Grace, mais de notre côté, les lapins vont s’arrêter au deuxième. Précise Alice. Si le deuxième est aussi énergique que son frère, en faire un troisième signerait la fin de toute nuit de sommeil !
-Ouiiii !! S’exclame Luke, pile au bon moment, ce qui ne manque pas de faire rire tout le monde et de détourner l’attention. Avant que l’on commence à me demander combien d’enfants on aura avec Will, je m’empresse de me lever préparer le biberon de Prue.
Eh oui, j’ai envie de maintenir le suspense, c’est bien plus drôle comme ça !

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 38

Prue grandit à une vitesse folle. La voilà déjà trop grande pour tenir dans son couffin. La voilà déjà avec suffisamment de cheveux sur la tête pour lui faire une petite couette. Et la voilà davantage éveillée pour s’ouvrir sur le monde et faire de plus en plus de progrès chaque jour.
Je m’émerveille à chaque fois que je l’entends gazouiller ou quand elle nous fait ses magnifiques sourires. Prue est vraiment adorable et c’est un plaisir de la voir évoluer.

Avec le temps, nous avons fini par trouver notre rythme avec Will. Dans la mesure où il a des horaires de bureau alors que je ne travaille qu’à partir de 14h, c’est davantage moi qui m’occupe de Prue le matin, et Will prend le relais le soir. Je n’ai jamais été adepte des grasses matinées donc cela ne me gêne pas. Je profite ainsi tous les jours de la tranquillité matinale pour lui préparer et lui donner son biberon, installée confortablement sur le fauteuil dans sa chambre. Prue a bon appétit et ne refuse jamais son biberon qu’elle semble attendre avec impatience. Une vraie petite gloutonne ! Elle ne risque pas de manquer d’énergie pour grandir !

La vie avec Prue est un vrai bonheur. Je me souviens que j’étais très stressée lors de ma grossesse à l’idée de devenir mère. J’avais peur de ne pas être à la hauteur, que ce soit trop tôt pour Will et moi de devenir parents. Et aujourd’hui, tout me semble si facile. Certes, nous avons de la chance : Prue n’est pas un bébé difficile pour le moment. Le bébé parfait pour débuter, qui donnerait envie à n’importe qui de sauter le pas. D’ailleurs, quand j’en parle, Tonton dit que je devrais confier ma fille à Gabriel et Gideon, histoire de leur donner des idées et de leur montrer que ce n’est pas si terrible d’avoir un bébé.
Les pauvres, je crois qu’ils n’auront jamais la paix. Enfin, pas tant qu’ils n’auront pas donner satisfaction à Tonton…
Je compatis, mais cela m’amuse aussi. Eh oui, devenir mère ne m’empêche pas de continuer d’embêter mon cousin !

Quand j’ai fini de m’occuper de Prue, Will a généralement encore un peu de temps devant lui pour profiter de sa fille avant de partir au travail. Alors, il saisit cette occasion pour jouer avec elle, ce qui me laisse du temps de mon côté pour manger ou aller prendre ma douche avant d’être seule avec elle. Chaque minute avec elle représente un véritable bonheur pour lui et il est ravi de pouvoir observer ses progrès de jour en jour. Et moi, cela me fait toujours sourire de les voir ensemble tous les deux, et de voir Will aussi serein dans son rôle de père.

Les angoisses de Will sont désormais derrière lui. Il voit de moins en moins sa psy, et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne cesse ses rendez-vous. Il prend de plus en plus d’assurance quand il est avec Prue et a davantage de confiance en lui. Le temps lui montre qu’il n’est absolument pas comme son père et il a désormais conscience qu’il ne reproduira pas les mêmes erreurs. Il aime sincèrement sa fille et jamais il ne pourrait se conduire de la même façon.
-Tu as prévu quoi de beau aujourd’hui ? Me demande-t-il, sachant qu’aujourd’hui est mon jour de repos.
-Alice doit passer à la maison avec Luke.
-Ah oui, c’est vrai, tu me l’avais dit ! D’ailleurs, tu as vu les photos qu’ils ont envoyé avec ton frère ? Il a bien grandi, c’est fou !
-Oui ! C’est une vraie crapule apparemment. Il court partout et rend complètement chèvre mon frère. Cela fait beaucoup rire Maman. Elle dit que cela lui rappelle quand on avait le même âge.
-Ca doit pas être triste ! Je dois aller travailler, ça va aller ? Me demande-t-il ensuite, tout en se levant, prêt à partir.
-T’inquiète pas. Passe une bonne journée !

Will, qui n’était pas spécialement en avance, s’empresse donc de partir après m’avoir embrassé. Il s’inquiète toujours de me laisser seule avec la petite, comme s’il s’en voulait que je doive m’en occuper toute seule, mais cela ne me gêne pas. On passe du temps privilégié entre filles, je ne peux qu’être ravie !
Et puis, je ne suis pas seule bien longtemps. En fin de matinée, Alice arrive avec son fils. A peine entrée dans la maison, elle ne tarde pas à prendre Prue dans ses bras pour la saluer… Ou tout simplement pour la cajoler.
Qu’elle est mignonne ! S’exclame-t-elle alors que Prue est en train de gazouiller en lui faisant de grands sourires. J’ai l’impression qu’elle a encore grandi, non ?
-Elle ne fait que ça ! Lui réponds-je, amusée. Ca va être l’heure de son biberon, tu veux lui donner ? Lui proposé-je ensuite.
-Oh, avec plaisir ! Accepte-t-elle sans hésiter.

Je ne tarde donc pas à aller dans la cuisine pour préparer le biberon de Prue pendant qu’Alice s’installe sur le canapé. Une fois prêt, je m’empresse de lui apporter le biberon, entendant Prue commencer à pleurer pour réclamer son du.
-Tataaa !! S’exclame une petite voix que je connais bien et qui essaie d’attirer mon attention.
Je me tourne aussitôt vers lui, cette petite fripouille qu’est mon neveu, qui me fait un grand sourire plein de malice.

-Salut petit monstre. Il parait que tu fais vivre la misère à tes parents ?
-Noooon !! S’écrit-il en sautillant en levant les bras, montrant son envie de jouer avec sa tata préférée.
-T’as raison, t’es trop mignon pour être un petit monstre. Par contre, tes adorables petites joues, j’ai envie de les croquer ! M’exclamé-je, en faisant mine que je vais l’attaquer. Il crie en riant, se met à courir et je l’attrape sans effort et je m’empresse de lui faire des chatouilles pour le faire rire aux éclats.

Cet enfant est inépuisable : je ne sais comment c’est arrivé, mais après les chatouilles, je me retrouve avec Luke sur le dos à faire l’avion. Ca va que j’ai de l’endurance grâce à mon travail, car il en faut pour arriver à le suivre.
Mais c’est toujours un bonheur de l’avoir à la maison. J’adore mon neveu et j’adore jouer avec lui… Même si mon frère est dépité de le voir encore plus excité en rentrant chez lui. Il faut bien que j’en profite : quand sa cousine sera suffisamment grande pour jouer avec lui, ce sera plus amusant pour lui de la faire tourner en bourrique et je deviendrai la tante relou qui lui dira d’être gentil avec Prue. Ca aussi, il faudra que j’en profite… En grandissant, il comprendra vite que je ne suis absolument pas crédible !

Je finis par reposer Luke sur le sol quand Alice termine de donner le biberon à Prue. Je le récupère et vais le laver dans l’évier avant de commencer à préparer le repas pour ce midi… Enfin, quand je dis « préparer le repas », je veux dire réchauffer ce qu’a préparé Will et mettre la table. Même si la visite d’Alice lui était sortie de la tête ce matin, il avait quand même anticipé hier soir.
Et pendant ce temps-là, Alice gère les enfants dans le salon.
-Maman, peux jouer avec Poupou ? Ne tarde pas à demander Luke, qui a toujours été intrigué par sa cousine depuis qu’elle est née. Le pauvre n’arrive pas à prononcer son prénom et a pris l’habitude de la surnommer « Poupou ». On trouve ça beaucoup trop mignon pour tenter de le corriger !
-Dans deux minutes mon poussin, quand je l’installerai sur son tapis, tu pourras jouer avec elle avant de manger.
-Ouiii !!

Et la promesse d’Alice ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Dès lors qu’elle installe Prue sur son tapis d’éveil, Luke s’empresse d’aller chercher un ses jouets pour le montrer à sa cousine. Elle le regarde faire mais je ne suis pas certaine qu’elle comprenne vraiment ce qu’il lui veut. Elle ne réagit pas encore à ses sollicitations, sauf quand il s’amuse à lui faire des grimaces et qu’elle se met à rire. Concernant les jouets, elle est bien plus intéressée par les hochets qui pendent au-dessus de sa tête. Maintenant, elle arrive à tendre le bras pour les attraper, même sans l’aide de Luke qui s’amuse à tirer dessus pour les lui donner.

Le reste de la journée passe à une vitesse folle et Alice part en fin d’après-midi avec un Luke qui est encore plus excité que lorsqu’ils sont arrivés ce midi. Comme d’habitude. Alice affiche un grand sourire, mais je vois bien à sa mine qu’elle est fatiguée. La pauvre. Maman espère qu’ils fassent un bébé numéro 2, mais cela ne semble pas gagné avec leur pile électrique.
Après leur départ, j’ai profité que Prue soit encore à la sieste pour aller faire un peu de sport. Il faut bien que j’entretienne ma forme physique pour mon travail et je profite de chaque minute de répis pour foncer dans ma salle de sport, sans oublier le babyphone pour guetter le réveil de ma fille. Ce qui ne tarde pas à arriver.
Le soir arrive vite et Will finit par rentrer du travail. Il m’embrasse et s’empresse d’aller voir sa fille adorée. Le regard de Prue s’illumine en voyant son père et je serai bien incapable de dire lequel des deux est plus heureux de retrouver l’autre.

Pendant que Will cajole sa fille, je vais préparer le biberon avant de le lui donner. Prue regarde le biberon avec gourmandise et le pauvre Will n’a même pas le temps d’aller s’asseoir qu’elle pousse la tétine du biberon dans sa bouche. A croire qu’elle n’a pas été nourrie de la journée !
-Ca a été aujourd’hui ? Me demande alors Will.
-Oh oui ! Luke n’a pas changé : une vraie pile électrique. Quand il ne me demande pas à faire l’avion, il réclame jouer avec sa cousine. J’espère qu’elle arrivera à le suivre en grandissant, car il a pas fini de lui en faire voir de toutes les couleurs, si tu veux mon avis !
-Ils ont tous les deux du sang Chastain/Opaline dans les veines, je ne me fais pas de soucis là-dessus. S’en amuse alors Will. Si elle tient de toi, elle saura répliquer et c’est plutôt pour lui que je me fais du soucis.
-Ahah, très drôle !

-Au fait, Will… Je dois te parler… Lui signalé-je, après qu’il est fait faire son rôt à Prue, et qu’il l’ait reposé sur son tapis d’éveil pour jouer avec elle.
Il me lance alors un regard intrigué, et se relève aussitôt. Je ne sais pas trop par où commencer, alors que j’ai du me contenir toute la journée pour ne pas cracher le morceau.
Heureusement que Luke a été une formidable distraction, et m’a permis de ne pas vendre la mèche à Alice avant que j’ai pu dire quoique ce soit à Will. Manquerait plus que ma belle-soeur soit au courant avant lui !
-J’ai fait un test ce matin. Je suis enceinte ! Lui annoncé-je alors, ravie, et nullement stressée à l’idée de lui annoncer la nouvelle. Et pour cause, contrairement à la première, cette grossesse n’est absolument pas une surprise. Nous en avons discuté avec Will et nous ne voulons pas qu’il y ait trop d’écart entre nos enfants. Alors, nous avons décidé de mettre le deuxième en route.
Je ne pensais pas que je tomberai de nouveau enceinte aussi vite, mais la surprise était bonne !
-Sérieux ? Mais c’est formidable ! S’exclame Will avec enthousiasme, me prenant aussitôt dans ses bras pour m’embrasser avec tout son amour.

Génération Gris – Génération 4 – Chapitre 37

La vie avec Prue est un vrai bonheur. Une fois rentrés à la maison, nous l’avons installé dans notre chambre et c’est un vrai plaisir de m’occuper d’elle chaque jour. Nous apprenons tous les jours notre rôle de parents avec Will, mais Prue s’avère être un bébé assez facile à vivre. A croire qu’elle sait que nous débutons et qu’elle se montre indulgente avec nous. Je sais que ce n’est pas le cas, mais cela me fait plaisir de l’imaginer.
Une chose est sûre : mon cœur déborde d’amour pour ma fille. Même si j’étais stressée à l’idée de l’accueillir parmi nous tout au long de ma grossesse, aujourd’hui, je profite simplement de l’instant présent. Comme si tout était évident avec elle. Je réponds à ses besoins et pour le reste, je me contente simplement de l’aimer. Et ça a l’air de lui suffire.

Quant à Will, il arrive à trouver son rôle de père. Lui qui angoissait à l’idée de devenir père semble désormais plus apaisé. Au début, il me laissait davantage m’occuper de notre fille, comme s’il avait peur de faire quelque chose de mal. Malgré ça, il la regardait avec tout l’amour qu’il lui porte et se montrait présent à sa manière. Il a toujours là, pas loin, quand je m’occupe d’elle. J’avais peur que ses angoisses prennent le dessus après la naissance, mais il a juste besoin de prendre un peu confiance.
Lui ne le voit pas, mais moi, je vois à son regard que sa plus grande peur ne se réalisera pas. Il aime trop sa fille pour reproduire les mêmes erreurs que son père.
Et puis, petit à petit, il commence à s’occuper d’elle aussi. Il prépare son biberon, la prendre dans ses bras, lui donne à manger. Il lui arrive encore d’avoir des insomnies, mais il ne sort plus dehors. Il se contente de rester près de notre fille et de la regarder dormir. Au fil du temps, il prend confiance et prend plaisir à s’occuper de Prue. Quand je le regarde avec Prue, je n’ai pas peur de l’avenir : un jour, ses angoisses ne seront plus qu’un vilain souvenir.

*    *    *

Peu de temps après la naissance de Prue, Maman a évidemment demandé à rencontrer sa petite-fille. Elle était tellement heureuse d’être une nouvelle fois grand-mère ! Elle m’a proposé de venir passer quelques temps à la maison, pour nous aider au besoin, le temps que nous nous acclimatons à notre nouveau rôle de parent. Après tout, elle était là pour Grégory et Alice à la naissance de Luke, et ce n’est pas parce que nous ne vivons pas dans la même maison qu’elle ne peut pas en faire de même pour nous !
Alors, il lui a fallu peu de temps pour faire sa valise et venir passer quelques jours à la maison. Même si nous sommes parfaitement capables de nous occuper de Prue, cela me fait plaisir d’avoir Maman à la maison pendant quelques temps. Je me dis que cela peut aussi soulager Grégory et qu’il pourra ainsi profiter de sa petite famille sans avoir Maman sur le dos !

Sauf que… Finalement, Maman n’est pas venue seule à la maison. Grégory était bien décidé à venir nous aider également. Ou, plutôt, venir squatter avec toute sa famille. Je vais finir par croire qu’il est incapable de vivre seul sans Maman dans les parages !
Je plaisante, mais je suis heureuse que lui, Alice et Luke soient là. La maison est incroyablement vivante et cela fait longtemps que nous n’avons pas passé plusieurs jours ensemble ainsi. Ils ne sont pas seulement là pour nous aider -je pense que nous sommes même un peu beaucoup juste pour un nouveau-né-, mais aussi pour que nous passions tous du temps ensemble, en famille.

A peine arrivée à la maison, Maman demande à rencontrer sa petite-fille. Cela nous amuse et Will l’accompagne jusqu’à notre chambre où se repose Prue. Il la prend doucement dans ses bras et montre la bouille de notre fille à Maman, qui l’observe avec un mélange de perplexité et de tendresse.
-Joy, je vous présente donc Prue ! S’exclame Will avec fierté, heureux de présenter sa fille. Quelque chose ne va pas ? J’ai fait quelque chose de mal ? S’inquiète-t-il ensuite en voyant l’expression de ma mère.
-Non rien, je me demande juste à qui elle ressemble le plus. Répond-t-elle avec un sourire amusé. Elle est adorable, vous avez bien bossé !
-Merci. Et je pense que c’est encore un peu tôt pour savoir à qui elle ressemble…
-Ca dépend… Tu as des photos de toi quand tu étais bébé ?
-Pas vraiment…
-Ce n’est pas grave. Ca ne change rien au fait qu’elle est la petite fille la plus adorable du monde ! Aller, donne-la moi !! Ajoute-t-elle, pressée de cajoler sa petite fille.

Maman fait ainsi des câlins à Prue pendant quelques minutes avant de la reposer dans son berceau. Prue commence à pleurer un peu, fatiguée d’être trop sollicitée. Maman et Will sortent donc de la chambre pour la laisser faire sa sieste, et rejoignent mon frère et Alice, restés dans le salon avec Luke. Il gazouille tranquille sur son tapis d’éveil et ne semble pas perturbé par l’excitation ambiante et le changement d’environnement.
-Elle est beaucoup trop mignonne ! S’extasie Maman en entrant dans le salon, ce qui ne manque pas d’amuser Grégory et Alice.
-Plus que Luke ? Ne tarde pas à demander mon frère, juste pour embêter ma mère.
-Mais non ! Ne cherche pas à me faire dire n’importe quoi ! Ne tarde-t-elle pas à réagir en levant les yeux au ciel. Puis, elle regarde Luke en lui lançant le même regard que quand elle regardait Prue. Ton papa raconte n’importe quoi. Toi aussi tu es adorable, oh oui, tu es adorable !

Luke rigole quand Maman lui parle. Puis, il laisse échapper un bâillement et commence à ronchonner. Visiblement, ce n’est pas l’heure de la sieste que pour ma fille.
Grégory s’empresse alors de prendre son fils dans ses bras et va ensuite s’installer dans le canapé. Il le berce doucement tandis que Luke se frotte les yeux en bâillant une nouvelle fois.

-En ce moment, il a besoin d’être dans les bras pour s’endormir. Ne tarde pas à expliquer Alice alors que, petit à petit, Luke ferme les yeux pour sombrer dans le sommeil. La scène est adorablement adorable à observer et ferait craquer n’importe qui.
-Ca vous donne pas envie d’en faire un deuxième quand vous le voyez ainsi ? Demande Maman en toute innocence… feinte. Personne n’est dupe. On sait qu’elle rêve d’avoir plein de petits enfants qui courent partout.
-On profite déjà de celui-là, c’est déjà pas mal. Répond Grégory en observant son fils avec tendresse. On en reparlera quand il sera plus grand. Ajoute-t-il ensuite en lançant un regard vers Alice, qui lui sourit. Elle se lève ensuite pour prendre doucement dans ses bras, pour ensuite aller le coucher dans son lit.

Les jours suivants, Gabriel vient également à la maison. Evidemment, il n’est pas venu seul. Accompagné bien sûr de Gideon, mais Tonton et Tata sont également venus avec eux. Eux aussi ont envie de rencontrer Prue. Heureusement que la maison est grande, car avec toute la famille à l’intérieur, il faut bien ça pour ne pas se marcher dessus !
-Elle est adorable. Ne tarde pas à me dire Gabriel lorsqu’il voit Prue dans mes bras. Ca va, vous arrivez à gérer ?
-Oui ça va. Elle est assez facile à vivre. Elle est aussi adorable que sa bouille. Lui réponds-je en souriant.
-Tu sais qu’à cause de toi, mon père n’arrête pas de me tanner pour devenir grand-père ? Me signale-t-il alors que je ne peux m’empêcher de rire.
-Et cela ne va pas s’arranger quand il va la voir si tu veux mon avis. Lui dis-je et à son soupir, je devine qu’il confirme. Vous ne voulez pas d’enfant avec Gideon ? Lui demandé-je ensuite, plus sérieusement.
-Si, on en discute de temps en temps, mais on ne se sent pas prêts pour le moment. Et puis, on ne sait pas encore si on voudrait avoir recours à un bébé éprouvette ou si on adopte un enfant.
-Vous avez tout le temps de vous décider encore.
-Dis ça à mon père ! Il n’arrive pas à comprendre que la seule chose dont on est sûr, c’est que cet enfant s’appellera Chastain ! S’exclame-t-il dans un soupir désespéré, et je ne peux m’empêcher de rire une nouvelle fois. Le pauvre, son père ne le laissera décidément jamais en paix !

Après avoir reposé Prue dans son berceau, je retourne dans le salon, à la recherche de mon oncle et de ma tante. Sauf que je ne trouve que Gideon, qui patiente tranquillement sur le canapé. Le pauvre, il a été abandonné par tout le monde et se retrouve tout seul comme une andouille.
-Bah alors, qu’est-ce que tu fais tout seul ? Lui demandé-je en allant m’installer sur le canapé à côté de lui.
-Will fait visiter la maison à ton oncle et ta tante. J’attends qu’ils reviennent.
-On est pas loin. Intervient Will alors qu’il sort du garage avec mon oncle. Garage qui fait, en vérité, office de salle de sport.
-Elle est où Tata ? M’étonnée-je en ne la voyant pas avec eux. Je voulais vous dire que vous pouvez venir voir Prue si vous voulez.
-Je vais la chercher. Elle doit être encore en train de s’émerveiller devant la piscine. M’informe Tonton en se dirigeant vers le jardin. A moins qu’elle essaie de noyer son chagrin dedans vu que son fils ne veut pas la faire grand-mère. Réfléchis-y Gideon ! Essaie de convaincre l’autre énergumène si tu ne veux pas avoir la détresse de ta belle-mère sur la conscience ! Ajoute-t-il sur un ton taquin alors que je ne peux m’empêcher de pouffer de rire. J’imagine aisément la tête de Gabriel s’il l’avait entendu et je devine que Gideon imagine la même chose. Loin d’être ennuyé par cette remarque, cela l’amuse plus qu’autre chose. Depuis le temps, il le connait bien, son beau-père ! Les années passent, mais il ne change pas !

Après que Tonton ait retrouvé Tata, qui s’extasiait effectivement de la présence de la piscine, je les conduis vers ma chambre pour qu’ils rencontrent Prue… Leur petite-nièce ?
Tata ne tarde pas à gagater devant la bouille de ma fille. Elle assure qu’elle me ressemble quand j’avais le même âge. Elle affirme reconnaitre sans problème le nez Chastain ! Je me contente d’hausser simplement les épaules. Je dois avouer que je me fiche un peu de savoir à qui elle ressemble. Prue est ma fille et je l’aime telle qu’elle est. Le reste est sans importance.
C’est vrai qu’elle est mignonne. Confirme sans attendre Tonton qui semble ému, tout d’un coup. Ton père serait tellement fier, s’il était là. Me dit-il ensuite, et je devine alors la raison de son émotion. Je mentirai si je disais que je n’ai pas le cœur serré à l’idée que ma fille ne connaîtra jamais son grand-père. Papa aurait été tellement heureux d’être ici, avec nous, et faire la connaissance de Prue. Mais, même s’il n’est pas présent physiquement, je suis sûre qu’il doit être là, quelque part, à nous observer et s’émerveiller devant sa petite-fille. Et sinon, toi, ça te donne pas envie ? Ne tarde pas à ajouter Tonton en direction de son fils. Gabriel ne tarde pas à lever les yeux au ciel tandis que nous ne nous pouvons pas nous empêcher de ricaner avec Tata.

Je les laisse un peu entre eux avec Prue et je retourne au salon. Mon frère est descendu avec Luke, qui est bien en forme aujourd’hui. Il s’amuse à épater la galerie et tout le monde rit de ses pitreries.
Quand il me voit, il tend aussitôt ses bras vers moi pour que je le prenne dans mes bras. Je ne me fais prier et je m’empresse de répondre à sa demande. Une fois chose faite, je joue avec lui, m’amuse à lui faire des chatouilles et à le faire rire. Je sens qu’il pèse plus lourd, me rappelant qu’il grandit à grande vitesse. Bientôt, Luke sera un bambin qui va courir partout et qu’il faudra surveiller comme du lait sur le feu. C’est fou comme les enfants grandissent vite et j’aurais tout le loisirs de le constater moi-même avec ma propre fille.
Mais pour le moment, je préfère profiter de l’instant présent. Et, présentement, j’ai un neveu qui a envie de jouer avec sa tante !