Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 8

Depuis notre rencontre au Nouvel An, nous avons beaucoup échangé par SMS avec Cédric. Quasiment tous les jours, en fait, pour être honnête. Petit à petit, on apprend à se connaitre et je découvre un homme sympathique. On essaie de se voir, temps en temps, mais ce n’est pas toujours simple avec nos emplois du temps respectifs. Avec mon travail, je suis amenée à travailler le soir alors que lui est davantage occupé en journée, surtout lorsqu’il est à la bibliothèque.
Mais nous y arrivons, malgré tout. Souvent le midi, pendant sa pause et avant que je ne parte sur mon lieu de travail.
En tout amitié, bien sûr… Enfin.. Je crois…

Cela me fait tout drôle de côtoyer une personne extérieure à ma famille. Je ne sors pas beaucoup et je n’ai pas gardé de contact avec mes anciens camarades de classe… Du moins, avec ceux qui étaient dotés d’un minimum d’intelligence.
Mais avec Cédric, je découvre à quel point c’est agréable de parler avec quelqu’un d’autre que mon cercle familial. J’adore ma mère, j’apprécie Paul et chaque moment sur Skype avec mon père est un moment privilégié que je manquerai pour rien au monde.
Cependant, avec lui, c’est… différent. J’ai l’impression que je peux parler de tout et de rien avec lui. Il m’écoute et s’intéresse, me pose des questions et lui aussi me raconte sa vie.
Non pas que je ne puisse pas parler avec mes proches, mais je sais déjà tout d’eux et ils savent tout de moi. Il n’y a plus rien à découvrir… Et puis, il y a certaines choses dont je ne peux pas forcément leur parler… Comme le fait que mon père me manque et que j’aimerais qu’il soit plus présent. L’avouer ne ferait qu’attristés ma mère et mon père et ne changerait pas grand chose. Et mis à part ça, cela me fait du bien aussi de parler à quelqu’un de mon âge… Qui ne soit pas une vraie pipelette comme ma cousine.

Cédric aussi semble apprécier les moments que l’on passe tous les deux. D’après ses dires, lui non plus ne sort pas beaucoup. Il n’est pas aussi extraverti que son frère et il est souvent resté dans son ombre. Là où Celian était populaire et admiré de tous, lui était plus réservé et en retrait. Cela ne l’a jamais gêné et cela ne l’empêchait pas d’être proche de son frère. Il vit avec lui dans une maison à Oasis Spring et il est satisfait de cette cohabitation, même si l’excès d’énergie de son jumeau le fatigue parfois.
J’aime ces moments où il se confie, où il parle davantage de lui. Il ne le fait pas souvent, passant davantage son temps à s’intéresser à ma vie qu’à me parler de la sienne. Cela me donne l’impression d’être plus proche de lui, en plus de me permettre de mieux le connaître. Et plus j’en découvre sur lui, plus je l’apprécie.
Je dois bien avouer que j’aime sa compagnie, et qu’à chaque fois que l’on se sépare, j’ai déjà hâte de le revoir…

Un jour, Cédric a profité que ce soit bientôt mon jour de repos pour me proposer de sortir ce soir-là. Un peu rougissante, j’ai accepté sans hésiter, même si le ton de sa proposition ne faisait pas penser à une sortie amicale. Apparemment, il a quelque chose à me montrer qui devrait me plaire, mais il refuse de me dire de quoi il s’agit. Il veut me faire la surprise, qu’il m’assure. Et vu le regard que me lançait ma mère, j’ai du afficher un sourire idiot pendant que je lisais son message sur mon téléphone.
Note à moi-même : attendre d’être dans ma chambre avant de lire un SMS de Cédric.
Le fameux soir finit par arriver. Je suis un peu nerveuse et je ne sais pas comment m’habiller. J’ai envie d’être jolie, mais je ne veux pas en faire trop. Et puis, pourquoi je me prends autant la tête ?
En partant, je prétexte une soirée avec Sarah pour ne pas inquiéter ma mère, et je file rejoindre Cédric qui m’attend dans le centre de Brindleton Bay. Avec un sourire malicieux sur le coin des lèvres, il me conduit ensuite à San Myshuno. Je suis sceptique en reconnaissant la grande ville mais nous arrivons rapidement dans l’immense parc de San Myshuno, excentré du centre de la ville.
-Et nous voilà arrivés à destination, Joy ! M’annonce Cédric avec un grand sourire, fier de son coup. Je ne sais pas si tu connais !
-Que de nom, j’ai rarement mis les pieds à San Myshuno. Mais j’ai vu des photos de cet endroit, mes grands-parents se sont mariés ici.

-Et, ça te fait plaisir de venir ici ? Me demande-t-il ensuite avec un sourire plus crispé, comme s’il était nerveux. Il est vrai que je lui ai beaucoup parlé de mes grands-parents, et surtout de mon grand-père qui m’a élevé durant toute mon enfance, et peut-être craint-il que cet endroit me fasse trop penser à eux. Je lui souris aussitôt, comme pour le rassurer. Je n’ai aucune envie qu’un nuage de mélancolie vienne assombrir notre soirée à tous les deux.
-Bien sûr, c’est un très bel endroit. Mais j’avoue que je me demande qu’elle peut bien être ta surprise. Qu’est-ce que tu veux me montrer ici ?
-Je vois que tu n’as pas oublié ça. S’en amuse-t-il en réponse, semblant plus détendu. Viens suis-moi, je vais te montrer.

Nous entrons donc à l’intérieur du parc. Je laisse mon regard parcourir les lieux qui semblent si paisibles à la lumière de la lune et des guirlandes lumineuses. Nous marchons un peu, tranquillement, profitant de la brise du soir. J’avais peur d’avoir froid, mais la température printanière reste agréable.
J’essaie de convaincre Cédric de m’en dire plus sur ce qu’il a à me montrer, mais il s’amuse au contraire à me faire faire le tour du parc pour retarder l’échéance. Je m’impatiente mais je crois que cela l’amuse.
Nous finissons par arriver devant un grand télescope et mes yeux s’arrondissent de surprise en le découvrant. Je n’aurais jamais imaginé pouvoir tomber sur ça dans un parc !
-J’imagine que cela n’a rien à voir avec les outils auxquels tu as accès à ton travail, admet Cédric soudainement sur la réserve, comme s’il craignait que sa surprise tombe à l’eau, mais lorsque je suis tombé dessus, cela m’a fait pensé à toi. Alors… J’ai voulu te le montrer. Toi qui est fascinée par le ciel et les étoiles…
Je me retrouve incapable de répondre. Je suis touchée par ses paroles, ainsi qu’il ait pensé à moi en voyant cet observatoire. Mon cœur s’emballe en cet instant et je me sens soudain bête de ne pas savoir quoi lui dire.
-Mais là… Je réalise que j’en ai peut-être trop fait. Bredouille-t-il face à mon absence de réaction. Après tout, tu dois avoir accès à mieux à ton travail alors ma surprise est peut-être un pétard mouillé au final …

-Mais non, bien sûr que non ! M’empressé-je de le contredire, en me tournant vers lui. Lorsque je vois son visage, je devine qu’il commençait à avoir peur d’en avoir trop fait, de m’avoir fait croire à quelque chose d’énorme alors que ça pourrait paraître insignifiant à mes yeux. Mais ce n’est absolument pas le cas. C’est une très jolie attention, au contraire !
-Tu es sûre ? Tu n’es pas obligée de me dire ça pour me faire plaisir, tu sais.
-Bien sûr que je suis sûre. Tu n’imagines pas à quel point cela me touche. Lui affirmé-je avant de le prendre spontanément dans mes bras.
Sur le coup, il semble surpris. Il ne devait pas s’attendre à ce que je me montre soudainement tactile avec lui, moi qui suis tellement sur la réserve d’habitude.
Et je dois admettre que mon propre geste me surprend moi-même.

Lorsque je m’en rends compte, je mets fin à notre étreinte, un peu gênée par la situation. Je ne sais absolument pas ce qui m’a pris. Suis-je allée trop loin ? Est-ce que je l’ai mis mal à l’aise ? Me prend-t-il pour une folle, dorénavant ?
Je m’efforce de lui sourire pour masquer ma gêne. Dans son regard, je ne lis que de la bienveillance. Il semble même plus détendu et ses inquiétudes paraissent ne plus le perturber.
Je n’ai peut-être pas tout gâcher alors.

-Hum, on peut aller à l’intérieur, tu crois ? Lui demandé-je après m’être raclée la gorge pour me donner une contenance.
-Bien sûr. Je ne t’ai pas emmenée ici pour que tu observes le télescope de l’extérieur. Me confirme-t-il avant de s’avancer vers l’observatoire pour m’ouvrir la porte qui mène à l’intérieur. Après vous mademoiselle. Je suis prêt pour la leçon d’astronomie ! M’invite-t-il ensuite à entrer avec une révérence.
Je ne peux m’empêcher de pouffer de rire devant ses manières exagérées. Je finis tout de même par entrer à l’intérieur, suivie de près par Cédric.
L’espace à l’intérieur est assez étroit, et au début, je suis un peu gênée par cette soudaine promiscuité avec Cédric. Heureusement qu’il fait sombre à l’intérieur, car je dois avoir le visage aussi rouge qu’une tomate bien mûre. Mais dès l’instant où je commence à observer les étoiles à travers le télescope, je me sens plus détendue. J’oublie que je sens le souffle de Cédric derrière moi et je me plonge avec plaisir dans ce qui me passionne le plus. Je suis incapable de cacher mon émerveillement et je ne peux m’empêcher de décrire tout ce que je vois à Cédric. Régulièrement, je lui laisse la place pour qu’il puisse voir les étoiles et les constellations de lui-même. Intarissable sur le sujet, je lui parle d’à peu près tout ce que je sais et de tout ce que j’aimerais découvrir en voyageant dans l’espace. Par moment, j’ai peur d’être ennuyeuse mais un coup d’oeil vers lui me suffit à réaliser que ce n’est absolument pas le cas.

Nous restons un long moment à l’intérieur de l’observatoire, à admirer le ciel en détail. Je crois que je n’ai jamais autant parlé de ma vie. Mais je pense également que c’est la première fois qu’une personne a vraiment envie d’écouter tout ce que j’ai à dire sur ma passion.
Oh bien sûr, mes parents sont toujours prêts à m’écouter, mais je vois bien que je les perds vite au bout d’un moment. Alors, je vais vite à l’essentiel.
Mais en cet instant, avec Cédric, j’ai l’impression de pouvoir parler de l’espace pendant des heures qu’il m’écoutera toujours. Comme si je l’intéressais vraiment. Peut-être est-ce vraiment le cas… Peut-être suis-je effectivement une personne intéressante à ses yeux ?
Nous finissons tout de même par sortir de l’observatoire, les membres un peu engourdis d’être restés enfermés aussi longtemps dans un espace restreint. Nous marchons un peu avant de nous installer sur un banc.
-J’espère que je ne t’ai pas ennuyée à te parler que d’espace. Mais une fois lancée, je ne peux plus m’arrêter. Et observer les étoiles, les constellations, c’était tellement merveilleux que je ne pouvais pas m’en empêcher.
-Tu ne m’as pas ennuyé une seule seconde, Joy, rassure-toi. Me rassure Cédric en me souriant. Tu en as parlé avec tellement de passion que c’était impossible de s’ennuyer en t’écoutant.
-Oh arrête tu exagères ! Je peux le comprendre si ça t’ennuie. Pas la peine de…
-Je suis sincère Joy. L’espace te passionne et tu es passionnante lorsque tu en parles. Ton visage s’illumine quand tu … en .. parles. M’affirme-t-il avant de s’interrompre. Il toussote un peu, comme pour se reprendre suite à sa série de compliments élogieux. Enfin bref, ils ont vraiment de la chance de t’avoir à ton travail. Quelqu’un d’aussi passionné ne peut faire que de l’excellent travail.

-Sans doute. D’ailleurs, j’ai été convoquée dans le bureau du responsable des services hier. Je vais être de nouveau promue.
-Oh félicitations ! Si j’avais su, je t’aurais emmenée ailleurs pour fêter ça ! Me répond-t-il avec enthousiasme. Il est heureux pour moi, je le devine aisément.
-Non, venir ici, c’est vraiment parfait. Ici… C’est calme, paisible… Tranquille. Tu sais, je ne suis pas quelqu’un de vraiment à l’aise en public.. enfin quand il y a trop de monde autour de moi.
-J’ai cru remarquer. M’avoue-t-il avec bienveillance. Mais je connais quelques bons restaurants qui sont assez petits et peu fréquentés. L’ambiance y est assez cosy. Je t’y emmènerais un jour, cela devrait te plaire je pense.
-Je… Tu les connais comment ? Lui demandé-je, me sentant nerveuse. Je ne pourrai expliquer pourquoi, mais ses paroles, son regard, me troublent. Je sens mes joues s’empourprer et mon cœur s’affoler. Je.. Je croyais que tu ne .. sortais pas beaucoup.
-Par mes parents. Quand ils se sont connus, ma mère était déjà mariée à un autre homme. Ce n’est pas très glorieux, mais les petits restaurants un peu cachés sont idéaux pour ne pas être pris en faute…. Enfin bref, même après que ma mère ait divorcé pour vivre avec mon père, ils ont gardé en mémoire leurs bonnes adresses et nous y sommes souvent allés en famille.
-Je vois… Pourquoi pas les découvrir oui. Lui dis-je sans parvenir à retenir un frisson.

-Tu as froid ? Semble l’avoir remarqué Cédric qui se rapproche aussitôt de moi. Rien d’indécent mais je parviens à sentir la chaleur de son bras contre le mien et son visage aussi proche du mien me trouble. Je tente de fixer un point derrière lui pour ne pas me laisser déstabiliser par son regard plongé dans le mien.
-Non, ça va. Il y a juste eu un petit courant d’air, rien de bien méchant. Lui assuré-je en faisant mon possible pour dissimuler mon trouble. Mais, par inadvertance, je perds de vue mon point de repère et mon regard croise le sien. Soudain, j’ai comme l’impression que le temps s’est arrêté. Je ne ressens plus le froid de la nuit et je pourrai rester ainsi, auprès de lui, pendant des heures sans m’en rendre compte.
-Tu es sûre ? Tu as les mains froides pourtant. Me signale-t-il alors que je me rends compte que ma main est dans la sienne. Je peux te raccompagner chez toi si tu le souhaites, ce n’est pas un soucis. Ou on peut aller quelque part où il y a du chauffage.
-Je… Je ne veux pas gâcher la soirée juste parce que je suis frileuse et que j’ai oublié de prévoir un pull. Bredouillé-je nerveusement, mais ne souhaitant pas voir la soirée s’interrompre trop rapidement. En réponse, Cédric laisse échapper un petit rire.
-Tu ne gâches rien du tout Joy. Tu as juste froid, ça arrive à tout le monde. Cependant, je n’ai pas envie que tu tombes malade alors il vaudrait mieux que tu rentres te mettre au chaud.
-Tu… Tu as sans doute raison.

Quelques minutes défilent encore avant que nous nous décidions de nous lever. Nous avançons d’un pas hésitant vers la sortie du parc, comme si ni l’un ni l’autre n’avait envie de partir. Moi qui ait été si bavarde durant la soirée, je me sens soudain très intimidée aux côtés de Cédric. Lorsque j’ose un regard vers lui, il semble perturbé, perdu dans ses pensées. Qu’est-ce qui peut bien se passer dans son esprit ? Qu’est-ce qui le tracasse ?
Je lève soudainement la tête vers la Lune et me perds un instant dans sa contemplation, comme si j’avais besoin d’un instant pour souffler.

-Tout va bien ? Me sort de mes pensées Cédric.
-Oui, oui tout va bien. Lui confirmé-je en lui souriant timidement. Je … J’étais juste en train de penser que j’ai passé une bonne soirée … avec toi.
-Moi aussi, j’ai passé une bonne soirée avec toi. M’avoue-t-il à son tour en me rendant mon sourire.
Un silence s’installe entre nous. Nous ne marchons plus vers la sortie du parc. Le temps semble comme suspendu. Son regard ne quitte pas mon visage, comme s’il essayait de sonder mes pensées. Je me sens étrange, au prise d’un étrange pressentiment. Comme si.. Comme si je sentais que tout peut changer d’un instant à l’autre.

-Joy ?
-Euh, oui ?

Cédric n’ajoute rien de plus, comme s’il voulait juste attirer mon attention. Doucement, il s’approche de moi, réduisant petit à petit la distance qui nous sépare. Il est tout prêt de moi, et je ne bouge pas d’un millimètre. Je pense deviner la suite, mais je le laisse venir à moi. Je suis tétanisée, mais je ne suis pas effrayée une seconde par les changements sur le point de s’opérer. Comme si, au fond de moi, je savais que c’est une évidence.
Le visage de Cédric s’approche doucement du mien. Il suspend son geste une seconde, comme pour me laisser le temps de le repousser si je ne partageais pas ses envies. Et puis, il dépose un bref baiser sur mes lèvres. Furtif, aussi léger que l’air si bien que l’on pourrait se demander s’il a bien eu lieu. Son regard se plonge dans le mien, semblant chercher mon approbation. Je lui offre un petit sourire timide, tandis qu’il prend mon visage entre ses mains.
Il s’empare une nouvelle fois de mes lèvres pour m’offrir un long baiser qui emmène mon cœur et mon esprit loin de tout, hors du temps.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 7

Rosae

Aujourd’hui, nous fêtons l’anniversaire de Paul. Il s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de sa vie, et cela ne semble pas le déranger. Il estime avoir eu une belle vie et gagner des rides et des cheveux blancs ne lui fait pas peur.
Personnellement, cela me fait tout drôle. Je n’ai pas vu le temps passer. J’ai l’impression que c’était hier qu’il est revenu parmi nous, et que notre histoire a commencé. Aujourd’hui, il vieillit à mes côtés et je n’imagine plus ma vie sans lui.
Mais qui dit anniversaire de Paul, dit que c’est également celui de Caroline et de Pierre. Ils viennent tous les deux avec leur famille pour célébrer cette journée. La maison va être pleine de monde et cela me réjouit. J’ai préparé un beau gâteau pour l’occasion et j’espère qu’il plairait aux petits comme aux grands.

J’espère que cela va aller pour Joy. Je sais qu’elle n’est pas à l’aise lorsqu’il y a trop de monde autour d’elle. Elle m’assure que cela va aller, qu’elle va prendre sur elle, mais je préfère rester prudente. Surtout qu’il y aura beaucoup d’enfants.
Mais elle ne semble pas particulièrement nerveuse. Elle est installée sur le canapé à regarder la télévision, en attendant que nos invités arrivent. Enfin, regarder la télé est un grand mot… Elle a les yeux rivés sur son téléphone. A bien y réfléchir, elle passe son temps dessus depuis le Nouvel An. Je ne sais pas ce qu’elle a bien pu faire durant cette soirée avec Sarah, mais elle a toujours le sourire aux lèvres. Aurait-elle rencontré quelqu’un ce soir-là ?
Je préfère ne pas m’en mêler, elle va encore dire que je raconte n’importe quoi. S’il y a bien un garçon derrière son sourire, elle nous en parlera quand elle sera prête.

Très vite, les invités arrivent. Pierre et Caroline arrivent en même temps, et les jumeaux de Pierre ne tardent à se faufiler à l’intérieur de la maison. Je vois le visage de Paul s’illuminer en voyant son neveu et sa nièce. Je sais qu’il regrette de ne pas avoir pu avoir d’enfants à lui. Mais il est heureux de pouvoir être un super Tonton et d’avoir pu participer à la vie de Patrick et Marina lorsqu’ils sont venus au monde. Depuis, ils ont bien grandi et Paul est toujours aussi proche d’eux, même s’il ne vit plus chez son frère.

Pendant que Paul s’occupe de Patrick et de Marina, je m’empresse de saluer mes amis. Cela me fait plaisir de les voir. Entre mon travail, ma famille, je n’ai pas forcément énormément de temps à leur consacrer. Et eux, ils ont leur propre famille avec des enfants encore jeune. Alors, ces occasions sont idéales pour se retrouver.
-Coucou patronne ! Ca va comme tu veux ? S’exclame Caroline en me prenant dans ses bras.
-Très drôle Caro. Ici, je ne suis pas ta supérieure, tu le sais bien.
-Je te charrie ! J’ai le droit, c’est moi qui vais me prendre des cheveux blancs aujourd’hui !
-Je compatis tellement ! Salut Hugo ! Ajouté-je en voyant son fils aîné arrivé derrière elle.
-Bonjour Marraine !

Nous qui avons l’habitude de vivre à trois, et trois adultes, cela fait drôle de voir la maison pleine de vie avec autant de monde et autant d’enfants. J’ai un pincement au cœur lorsque je réalise que je n’ai pas assez profiter de l’enfance de ma fille. Elle est devenue une femme formidable malgré tout et nous sommes proches aujourd’hui. Et puis, nous ne pouvons pas revenir en arrière.
Et puis, avec un peu de chance, Joy aura des enfants et je pourrai me rattraper en tant que grand-mère.
Mais pas toute suite. C’est Paul, Pierre et Caroline qui prennent des cheveux blancs aujourd’hui, pas moi !

Pendant que tout le monde discute, j’installe les bougies sur le gâteau et je les allume. J’appelle ensuite mes amis pour qu’ils viennent souffler leurs bougies.
Caroline est la première à se dévouer, Pierre et Paul ayant souhaité faire de galanterie. Avec ma meilleure amie, nous nous sommes lancées un regard amusé. Cela les arrange bien d’être galant sur ce coup !
-Et dire que ce n’était pas même pas moi qui suis sortie la première ! Lance-t-elle avec amusement, avant de souffler ses bougies.
Je rallume aussitôt les bougies et c’est Pierre qui s’y colle ensuite. Il a tout d’abord protesté mais Paul lui a laissé l’honneur de commencer en tant qu’invité et en tant qu’aîné. Et oui, Pierre est le premier à avoir vu le jour, parait-il.
Mais Paul ne peut pas retarder l’inévitable éternellement. Après que son frère ait souffler ses bougies -et gagné des cheveux blancs- je rallume les bougies pour la dernière fois et c’est à son tour de les souffler. Il fait le malin, mais je sais très bien qu’il aborde la vieillesse avec sérénité.
Quant à moi, cela me fait drôle de les voir tous vieillir. Je les connais lorsque nous étions enfants et nous avons tous grandi ensemble. Les voir avoir les cheveux gris me fait réaliser à quel point le temps est passé vite. Et dire que je suis la prochaine à y passer… J’ai encore un peu de temps devant moi -pour me préparer psychologiquement- mais cela me fait drôle de savoir que bientôt, moi aussi, je serai vieille.
-Bah alors Paul, c’est dur de vieillir ? Tu as déjà des problèmes de dos ? Ne tarde pas à le taquiner Pierre.
-Je suis plus en forme que toi, Pierre !
-Et puis, toi aussi tu as fait la grimace quand tu as vieilli ! Surenchérit Caroline en riant.

Maintenant qu’ils ont tous soufflé leurs bougies, nous pouvons enfin couper le gâteau. Les enfants sont évidemment les premiers à se jeter dessus. Cela nous fait rire, mais Manon et Lucia ne sont pas loin pour leur dire de se calmer et de faire preuve de patience. Les pauvres, elles se retrouvent à les gérer pendant que Pierre et Caroline profitent de leur journée.
-Tonton, ça fait quoi d’être vieux ? Demande Patrick sans la moindre délicatesse. En réaction, Paul ne peut s’empêcher de rire.
-Cela ne se pose pas comme question. Lui signale Joy avec amusement.
-T’en fais pas. La rassure Paul avant de répondre à son neveu. Ca fait que je suis juste plus intelligent qu’avant et même si je n’ai pas la même forme qu’avant, je suis toujours libre de faire ce que je veux. Donc je peux toujours te tirer les oreilles si tu continues à dire que je suis vieux.
-Aaah ! Hugo ! Eric ! Tonton veut me tirer les oreilles ! Se lève-t-il aussitôt du canapé pour rejoindre ses cousins.
-Tu as conscience que tu cours plus vite que lui ? Se moque en réponse Hugo alors qu’Eric et Patrick se mettent à courir partout.
-Les enfants, on se calme ! Vous allez finir par casser quelque chose ! Soupire Manon, visiblement fatiguée par l’énergie des enfants.

Puisqu’il n’y a plus de place à l’intérieur de la maison, Caroline, Lucia et moi nous sommes installés sur la table de jardin. Le printemps pointe le bout de son nez et la température commence à être de nouveau agréable. Caroline est bien décidée de profiter de sa journée et ne semble pas se préoccuper plus que ça des cris d’enfant qui proviennent de l’intérieur de la maison. Lucia, quant à elle, semble plus dépitée.
-Par moment, je me demande d’où leur vient toute cette énergie. Soupire-t-elle alors qu’on entend les enfants crier à l’intérieur, et Manon qui essaie en vain de les calmer avec l’aide de Paul et de Pierre.
-C’est là que je suis contente de n’avoir eu qu’une fille, et qu’elle soit déjà adulte. Songé-je à voix haute.
-Et d’avoir eu tes parents pour t’aider. Me rappelle Caroline.
-Ouais aussi. Cela me fait relativiser la mère nulle que j’étais.
-Tu n’étais pas nulle, juste dépassée par les événements. Me rassure Caroline, avant de s’adresser à Lucia. Les enfants sont toujours insupportables lorsqu’ils sont tous ensemble. Mais dis-toi que l’avantage, c’est qu’ils vont être crevés lorsque vous allez être rentrés et que vous allez être tranquille ce soir avec Pierre.
-C’est pas faux, surtout que Marina est plutôt par rapport à Patrick. Je ne sais pas comment vous faites avec Manon avec deux garçons.
-J’ai grandi avec deux andouilles, ça aide ! Réplique Caroline au tac au tac, ce qui ne manque pas de redonner le sourire à Lucia.

Petit à petit, le calme revient dans la maison. Joy a eu l’idée de mettre un film pour enfant à la télé et maintenant, ils sont tous attirés par ce qui se passe à l’écran. C’est la solution de facilité, mais cela a le mérite de fonctionner et d’apporter un peu de calme.
-J’ai l’impression d’être un père épouvantable. Coller mes gosses devant un DVD juste pour avoir la paix ! S’exclame Pierre en observant la télévision.
-Ca a le mérite de les canaliser. Et puis, c’est un jour de fête, ce n’est pas grave. Le rassure Paul qui n’a même pas eu le temps de terminer sa part de gâteau.
-Facile à dire pour toi ! T’as pas d’enfant.
-Mais je suis avec une femme qui passe son temps à s’inquiéter pour sa fille, qui est adulte, tu crois que c’est mieux ?
-Ouais… Ta belle-fille est adulte ! Je suis trop vieux pour ça moi !
-Tu n’avais qu’à te poser plus tôt !
-Papa ! Tonton ! On n’entend rien ! S’exclame brusquement Patrick avec une moue boudeuse, ce qui fait rire Pierre et Paul.

L’après-midi passe à une vitesse folle. Le soir venu, avec les enfants épuisés par leur journée, Caroline, Manon et Pierre et Lucia n’ont pas tardé à rentrer avec leur tribut. Retrouver un peu de calme fait du bien. Joy est épuisée et n’a pas fait long feu ce soir. Avec Paul, nous avons vite retrouvé notre chambre aussi.
-J’ai à peine eu le temps de te souhaiter un bon anniversaire. Lui soufflé-je avec tendresse. J’ai attendu toute la journée pour pouvoir être un peu seule avec lui, et profiter de ces instants de calme dans ses bras.
-J’espère que je ne suis pas devenu trop vieux pour toi. Me répond-t-il avec un sourire amusé.
-Mais non. Cela ne change absolument rien. Lui assuré-je avec un sourire. Je t’aime.

-Je t’aime aussi Rosie. Me susurre-t-il avant de me prendre dans ses bras pour m’embrasser.
Je suis tellement heureuse avec lui. Nous avons mis le temps pour nous trouver, mais depuis, la vie est plus belle. Pour rien au monde je ne voudrais quitter la chaleur de ses bras. Je vois l’avenir avec plus de sérénité. Grâce à lui, je n’ai pas peur de me retrouver seule, je n’ai pas peur du jour où Joy quittera la maison. Car Paul sera toujours là, avec moi, à mes côtés.

-Rosie, que penses-tu du mariage ? Me demande soudainement Paul en libérant mes lèvres.
Je me fige aussitôt. Je suis surprise par sa question, ne m’y attendant pas du tout. Jusqu’à présent, nous n’avons jamais parlé mariage. Je pensais qu’il était refroidi par la question depuis la fin de sa relation catastrophique avec Sylvia et son divorce. Quant à moi, je n’ai pas réfléchi à la question. Je n’ai pas de très bons souvenirs suite à l’annulation de mon mariage avec Sven…
Et soudain, maintenant que Paul m’a posé cette question, je suis terrifiée. Serait-il en train de me demander l’épouser ?

-Paul.. Je…

-Ce n’est pas une demande en mariage, Rosie. Me rassure-t-il avec un sourire, comme s’il lisait dans mes pensées. Je veux juste savoir ce que tu en penses.
-Mais tu y penses. Sinon tu ne me poserais pas la question.
-Pour être honnête, oui. Me confirme-t-il alors que je peux lire tout l’amour qu’il a pour moi dans son regard. Mon mariage avec Sylvia a été un échec, mais cela ne veut pas dire que je n’y crois plus. Je t’aime, et je sais que je passerai le reste de ma vie avec toi. D’où ma question… Car j’aimerai savoir ce que tu en penses, toi.
Mon regard se perd dans le vide. Je ne sais pas quoi répondre. Je réfléchis, mais j’ai peur de le blesser. Au fond de moi, je connais la réponse. Mais comment le lui dire sans briser ce qu’il y a entre nous ?
-Paul.. Je.. Je t’aime, et je t’aimerai toujours. Moi aussi je sais que je passerai le reste de ma vie à tes côtés. Commencé-je, nerveuse. Mais… Mais je ne suis pas certaine que ce soit pour moi, le mariage.
-Comment ça ? Me demande-t-il alors. Il n’a pas l’air blessé, juste intrigué. Cela me rassure, un peu, mais cette conversation me met toujours mal à l’aise.
-J’ai essayé, une fois, avec Sven… Certes, j’ai annulé le mariage, je n’étais plus amoureuse mais… Mais cela m’a permis de me rendre compte que les conventions, la cérémonie, la robe blanche, tout ça, ce n’était pas moi. J’ai changé depuis, certes, mais je ne vois pas subir tout le tra la la une nouvelle fois. Ce n’est pas utile selon moi… Mais cela ne change pas le fait que je t’aime et que je suis heureuse avec toi.

-Je sais. M’assure Paul avec douceur, avant de me déposer un baiser sur ma joue.
-J’espère que je ne t’ai pas blessé… Avoué-je, le cœur serré. Je n’ai pas été honnête avec Sven quant à mes attentes et je lui ai fait du mal… Je… Je ne veux pas faire les mêmes erreurs avec toi…. Je t’aime trop pour ça…
-Je sais Rosie, et tu ne m’as pas blessé. Je voulais connaître ton point de vue, en prenant le risque qu’il soit différent du mien. Cela ne change rien à ce que je ressens pour toi. Mariage ou non, je resterai à tes côtés jusqu’à mon dernier souffle.
-Comment tu fais pour être aussi parfait ?
-Mais je ne le suis pas. Je suis juste parfait pour toi.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 6

Une fois prête, je souhaite une bonne soirée à Maman et Paul, prend mon manteau et file attendre Sarah dehors. Comme d’habitude, elle est ponctuelle et nous nous rendons à Winbenburg tranquillement. Je sens que Sarah est surexcitée à l’idée de retrouver son « Celian d’amour » ce soir. Je ne l’aurais jamais cru aussi mielleuse et je sens que la soirée va être longue. J’espère que le frère de Celian ne sera pas trop barbant ou trop débile. Sinon, je risque de partir avant le dessert.
Nous arrivons à l’heure au restaurant Le Lagon*, spécialisé dans les poissons et les fruits de mer. Nous ne serons pas trop dépaysées avec Sarah, nous qui vivons sur la côte.
Apparemment, Celian et son frère sont déjà arrivés. Le serveur nous conduit donc à l’étage, là où se trouve notre table. Mais lorsque nous terminons de monter les marches de l’escalier, et que je repère notre table -la seule occupée de la pièce-, je ne peux m’empêcher de me figer sur place.

-Joy, ça va ? M’interroge alors Sarah qui manque de me rentrer dedans. Viens, ils ne vont pas te manger !

Je suis incapable de lui répondre. Je suis focalisée sur l’homme qui est assis à table. Je vois à peine l’autre homme, qui lui ressemble et qui se lève de table pour embrasser Sarah. Je la vois s’approcher de celui qui est resté assis pour le saluer poliment et se présenter.
Je suis totalement pétrifiée. Des souvenirs humiliants s’imposent dans mon esprit, tandis que j’ai du mal à croire qu’il soit là, ce soir. Comment est-ce possible ? Est-ce le destin qui s’amuse à me tourmenter ?

-Et je vous présente ma cousine, Joy ! Viens Joy, ne t’inquiète pas, ils ne vont pas te manger ! Me taquine-t-elle en venant me tirer par le bras pour m’inviter à rejoindre la table. Pourquoi a-t-elle dit ça ? Veut-elle me tuer de honte ?

-Joy ! Je te présente Celian ! Commence-t-elle sur un ton enjouée alors que mon cerveau est en train de bugger. Je remarque à peine qu’elle désigne l’homme aux cheveux mi-long et une barbe fournie. Puis, elle désigne celui qui est resté assis. Brun avec des lunettes, dont je reconnaîtrais le visage entre mille. L’inconnu de la bibliothèque. Et lui, c’est son frère, Cédric !
Cédric… L’inconnu n’en est plus un, il a maintenant un prénom. Je sens Sarah m’appuyer sur l’épaule pour que je m’installe à table et je m’assois machinalement. Face à lui. Super.
-Enchanté… Joy. C’est un plaisir de faire ta… connaissance. Me dit-il, le regard appuyé sur ma personne. Je me contente de lui offrir un sourire timide et de hocher la tête, incapable de prononcer le moindre mot.
Est-ce qu’il me reconnait ? Est-ce qu’il se souvient de ma bêtise ? Bien sûr que oui ! Sinon il ne me regarderait pas avec autant d’insistance !

L’ambiance est étrange à table. Je n’ose pas parler. J’ai peur d’être ridicule. Mais ne le suis-je pas en restant muette ? Je me plonge dans la lecture du menu, pour me donner une contenance. Je me mets à prier tous les dieux de l’univers pour que le dîner se termine le plus rapidement possible. Ou qu’un trou de souris se présente et que je puisse me cacher dedans.
Sarah ne semble rien remarquer. Elle fait la conversation avec enthousiasme. Celian parait plus mesuré mais il a l’air d’être heureux d’être ici. Quant à Cédric… Je n’arrive pas à savoir ce qu’il peut se passer dans sa tête. Il répond aux questions de Sarah avec aisance, mais son regard ne cesse de se poser sur moi.

-Au fait, je vous ai pas dit ! Joy fait un métier trop cool ! Elle est astronaute ! S’exclame brusquement Sarah, en me faisant sursauter. Je sens tous les regards se poser sur moi. Je rêve où elle essaie de m’intégrer à la conversation ? Mais je n’ai rien demandé !
-Vraiment ? En semble surpris Celian. C’est cool ! On dirait pas quand on te regarde. Tu es déjà allée dans l’espace ?
-Pas encore. En fait, je travaille dans la salle de simulation. Bredouillé-je en serrant les dents. Je n’aime pas que l’on me rappelle que je n’ai pas le physique de l’emploi. Comme si une apparence déterminait notre avenir professionnel ! Je me sens encore plus mal à l’aise, tout d’un coup. Mais j’espère y aller un jour.
-Je te le souhaite ! C’est vraiment cool ! Hein Cédric ? On va connaitre quelqu’un qui voyage dans l’espace !
-Ouais c’est chouette. Répond simplement Cédric, sur un ton pensif. Je ne sais pas tellement comment je dois le prendre. Et puis, qu’est-ce que ça peut bien me faire ? Je le connais à peine et ce n’est pas comme si j’allais le revoir !

-Et toi Cédric ? Tu fais quoi dans la vie ? L’interroge Sarah, sans perdre son enthousiasme. Je ne sais pas comment elle fait pour être aussi à l’aise en société.
-Je travaille à mi-temps à la bibliothèque d’Oasis Springs. Lui répond-t-il avec bienveillance. De temps en temps, quand il y a besoin, je vais travailler à celle de Willow Creek. Ils ont souvent des problèmes informatiques alors je viens donner un coup de main.
-Oh c’est intéressant. Ca te plait ? Tu n’as pas envie de passer à temps plein ? Continue ma cousine sur sa lancée alors que je me sens pâlir à vue d’œil. Note à moi-même : ne plus jamais mettre les pieds à la bibliothèque.
-C’est cool oui, mais je n’ai pas envie d’y travailler davantage. En fait, le reste du temps, je travaille en free-lance en temps qu’auteur. Mon boulot à la bibliothèque me permet juste d’avoir un revenu fixe tous les mois pour être honnête.
-Ouais je vois, ça se comprend. Au fait j’y pense, vous vous êtes peut-être déjà croisés, non ? Réalise brusquement Sarah, en nous désignant Cédric et moi. J’ai déjà entendu Tata dire à mon père que tu allais souvent à la bibliothèque ! Elle pensait même que c’était un nom de code pour dire que tu voyais un mec ! Ajoute-t-elle alors que j’ai subitement des envies de meurtre. Tiens, dommage, il n’y a pas de Nigiri de Fugu sur la carte. Je ne sais pas pourquoi, mais j’en aurais bien commandé.

-T’es hilarante Sarah, vraiment. Marmonné-je, rouge de honte.
Le serveur arrive, et je remercie le ciel de nous l’envoyer pile à ce moment-là. Pourvu que cet interlude nous permette de changer de sujet.
Malheureusement, je crains que mon souhait ne soit pas exhaussé. Sitôt le serveur parti avec notre commande, Celian revient aussitôt à la charge.

-Sérieux Joy, tu vas fréquemment à la bibliothèque ? Ou c’était vraiment un nom de code ? M’interroge-t-il, sur un ton taquin. Je le maudis profondément, en cet instant.
-J’allais vraiment à la bibliothèque. J’ai souvent besoin de plans pour la construction de ma fusée et ça ne se trouve pas sur internet.
-Attends… Tu construis une fusée ?
-Oui elle en a une dans son jardin, chez sa mère. Confirme avec amusement Sarah. J’en vois le haut de la fenêtre de ma chambre !
-Alors là, c’est encore plus cool ! Et même pas tu te vantes de ça, c’est admirable ! En souffle d’admiration Celian. J’en serais presque touchée si je n’étais pas aussi gênée. Et vous vous êtes déjà vu tous les deux ? Le monde serait sacrément petit quand même !

Je ne sais pas quoi répondre. Je ne peux décemment pas dire la vérité ! Comment avouer que je l’ai déjà vu, sans jamais avoir osé lui parler ? Que la seule fois où il m’a adressé la parole, je me suis ridiculisée à un point inimaginable ?
Non, ce n’est pas possible ! Je dois absolument nier, le plus rapidement possible ! Il faut que j’ôte tout soupçon !

-Non, on ne s’est jamais vu avant ce soir. Répond à ma place Cédric, avec une assurance déconcertante.
Je suis sincèrement surprise par sa réponse. Me serais-je trompée ? Ne m’a-t-il pas reconnu ? Je ne sais pas si je dois me réjouir ou être déçue.
Puis, mon regard croise le sien. Je remarque qu’il me sourit. Tout de suite, je comprends. Il m’a reconnu, il a juste menti à son frère. Mais pour quelles raisons ? Cela n’a aucun sens…

Je sors brusquement de mes pensées au moment où le serveur revient avec nos plats. Je me sens soulagée de voir mon assiette devant moi. Manger va m’apporter une délivrance, celle de ne plus être obligée de participer à la conversation. Cette situation est beaucoup trop bizarre et j’ai hâte de rentrer chez moi.
D’autant plus que je sens toujours le regard de Cédric sur moi. Pourquoi me regarde-t-il autant ? Pourquoi ne participe-t-il pas à la conversation?

A moins que j’ai un bouton en plein milieu du nez ?

J’essaie de l’ignorer. Il me perturbe beaucoup trop pour que je parvienne à garder une contenance. Je jette un coup d’œil du côté de ma cousine. Sa soirée semble se dérouler bien mieux que la mienne. Elle semble en admiration devant son assiette mais je vois bien que c’est Celian qu’elle regarde avec ce regard amoureux.
Je mentirai si je disais que je m’en fichais. Au contraire, cela me touche de la voir ainsi. Ce serait super qu’elle trouve chaussure à son pied et que cela marche avec Celian.
J’ai soudainement un pincement au cœur. Comment fait-elle pour être aussi à l’aise ? Elle est capable de parler avec n’importe qui et de s’en faire un ami. Je suis certaine qu’elle n’a eu aucun mal à séduire son Celian, ou n’importe quel autre gars d’ailleurs. Et aujourd’hui, elle s’apprête à vivre une idylle sans même montrer le moindre signe de nervosité.

J’essaie de chasser ces pensées de mon esprit. Me comparer avec ma cousine ne me mènera à rien. Nous sommes totalement différentes elle et moi, et au fond de moi, je sais très bien que je n’ai aucune envie de lui ressembler. Être entourée de trop de mondes, surtout des inconnus, me met mal à l’aise et ce n’est pas demain la veille que cela va changer. C’est simplement cette soirée, et revoir Cédric après mon humiliation à la bibliothèque, qui me montent à la tête.
Je dois simplement être patiente et lorsque cette soirée sera terminée, tout reviendra comme avant.

Le reste du repas se passe sans encombre. Sarah insiste pour un dessert et nous suivons le mouvement. A mon grand désarroi, moi qui aurait aimé pouvoir m’éclipser rapidement. A croire que ma cousine aime faire durer le supplice…. Ou qu’elle soit trop dans sa bulle pour se rendre compte que j’ai hâte de rentrer chez moi. Je pourrais partir dès maintenant, mais l’idée d’être la première à m’en aller, avant même la fin du repas, me met à l’aise. Cela me donnerait l’impression d’être impolie et de leur signifier que je passe une mauvaise soirée.
Alors qu’en toute honnêteté, cette soirée n’est pas si mauvaise que ça.
Après le dessert, nous sortons enfin du restaurant. Minuit sonne, la nouvelle année commence. Nous nous souhaitons une bonne année, Sarah et Celian s’embrassent pendant que Cédric et moi regardons ailleurs. Sarah prétend s’éloigner pour appeler ses parents et Celian l’accompagne pour ne pas la laisser seul.
-Ils en mettent du temps. Remarque alors Cédric alors que cela fait bientôt un quart d’heure qu’ils se sont absentés.
-Sarah a peut-être du mal à joindre ses parents. Le réseau doit être saturé… Supposé-je alors que je ne crois pas moi-même à cette hypothèse.
-On va dire ça. Je ne préfère pas imaginer ce qu’ils sont en train de faire.
-Moi non plus.

-Le monde est petit, n’empêche. Ajoute Cédric, faisant exactement ce que je craignais qu’il fasse. Me parler de la bibliothèque. Qu’elle était la probabilité que nous nous retrouvions à jouer les chaperons ce soir, après s’être croisés à la bibliothèque ?
-Il y avait peu de risque en effet. Admis-je, un peu intimidée par la situation. Tu… crois vraiment que l’on jouait les chaperons ?
Bien sûr. Mon frère m’a déjà laissé seul au Nouvel An sans le moindre remord. Je ne voulais pas venir à l’origine, mais je n’aurais jamais cru qu’il aurait réussi à convaincre sa copine de venir avec quelqu’un. Mais au final, je ne regrette pas, c’était plutôt… sympa.
-Je… Je voulais te remercier d’ailleurs…. De n’avoir pas dit à ton frère que nous nous sommes déjà vus…
-Il n’y a pas de quoi. Me répond-t-il dans un haussement d’épaules. Je n’ai rien à cacher, mais vu comme tu étais déjà rouge, je ne voulais pas que tu sois encore plus mal à l’aise. Et, j’avoue que j’avais peur que tu finisses par imploser. Ajoute-t-il avec un sourire moqueur sur les coins des lèvres. C’est moi ou il se paie ma tête ?
-C’est moche de se moquer !
-Je ne me moque pas, je te taquine. Rectifie-t-il avec amusement. D’ailleurs, je ne comprendrais jamais pourquoi tu m’as parlé de chatons alors que tu lisais un livre de science-fiction.

-Je dois avouer que je ne suis pas très à l’aise en société… Disons que tu m’as prise au dépourvu et que j’ai paniqué. Lui avoué-je, sans pour autant tout lui dire. Je ne vais quand même pas admettre devant lui qu’il m’intrigue depuis longtemps ! Je n’ai jamais eu aussi honte de toute ma vie ! Laissé-je échapper avant de le regretter dans la seconde qui suit. Il faut vraiment que j’arrête d’enchaîner les boulettes !
En réaction, Cédric se contente de rire, mais sans méchanceté.
-Je dois avouer que c’était plutôt drôle en effet. Dis-moi, quand tu es partie, tu as fui ou tu partais vraiment travailler ?
-J’allais vraiment travailler… Je suis juste partie avec un peu d’avance. Je suis désolée pour ma bourde, tu sais…
-Il n’y a pas de quoi être désolée. Ca arrive à tout le monde.
-Tu as beaucoup de lecteurs qui viennent te parler de chatons au lieu de science-fiction ?
-Je dois admettre que, sur ce coup-là, tu es unique. Me dit-il, sans réussir à s’empêcher de rire.

Nous discutons pendant un moment avec Cédric. Petit à petit, je me sens plus à l’aise avec lui. J’arrive à lui parler normalement, sans bafouiller, sans sortir des âneries. Nous arrivons même à plaisanter. J’en oublie presque que Sarah et Celian ne sont toujours pas revenus.
Au bout d’un moment, nous finissons par comprendre qu’ils ne reviendront jamais et que ces deux traites nous ont abandonnés. Cédric insiste pour me raccompagner, au moins jusqu’à Brindleton Bay. Je refuse au début mais je finis par accepter. Sa compagnie est agréable et je ne suis pas contre le fait de passer quelques minutes supplémentaires avec lui. Le trajet jusqu’à chez moi me semble trop court. Dans son regard, je devine que c’est le cas pour lui aussi.
Et je suis sûre de ne pas me tromper là-dessus, pour la simple et bonne raison qu’avant de partir pour rentrer chez lui, il m’a demandé mon numéro de téléphone.
J’essaie d’être discrète lorsque je rentre dans la maison, mais je constate vite que Maman et Paul ne sont pas rentrés. Je me rends directement dans ma chambre et je me laisse tomber sur mon lit, le sourire aux lèvres et avec la certitude de le revoir un jour.

* Le restaurant Le Lagon est une création d’@Angerouge. J’ai juste un peu modifié l’étage pour y ajouter un bar et un karaoké.

J’espère que cette rencontre entre Joy et Cédric vous a plu 😉 Sachez que Cédric et Celian ne sont pas totalement des inconnus. Leur nom entier est d’ailleurs Cédric et Celian… Chastain. Oui, comme les Chastain de Lalia. En effet, ils sont issus d’une partie parallèle et provisoire, où Orion Chastain, G5 de son NSBC, a eu une aventure avec la célèbre Sonia Gothik. De cette aventure, sont nés Cédric et Celian. Je trouvais le clin d’oeil sympa 😉

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 5

Dix minutes plus tard, j’entends quelqu’un sonner à la porte. Je mets mon film en pause -même si je ne pourrai pas voir la fin- et je m’empresse d’aller ouvrir. Sans surprise, ma cousine se tient devant la porte. Malgré ma méfiance vis-à-vis de sa demande, je la salue en la prenant dans mes bras.
-Tu as fait vite dis donc.
-Je tiens toujours mes promesses ! S’exclame-t-elle en réponse. Je suis contente que tu ais accepté de me voir aussi vite !

-En parlant de ça, de quoi tu veux me parler ? Lui demandé-je aussitôt. Je ne perds pas le nord et je n’aime pas faire durer des conversations inutiles. Autant qu’elle fasse vite sa demande, que je refuse tout aussi rapidement et comme ça, je pourrai reprendre mon film tranquillement.
Non, je ne suis pas vilaine. Je sais juste d’avance que ce qu’elle va me dire ne va pas me plaire. De ce fait, je vais forcément lui dire non et elle va partir aussi sec, vexée de mon refus, et me laisser tranquille jusqu’à l’année prochaine.

-Eh bien, tu perds pas de temps en bavardage ! En est surprise Sarah, même si j’ai l’impression qu’elle essaie de gagner du temps. Serait-elle un peu mal à l’aise ?

-Je dois t’avouer que tu m’as intriguée avec ton coup de téléphone et ta venue ici. En général, quand tu as un truc à me demander, tu me le dis directement au téléphone.
-Certes, mais là c’est important et mon père est à la maison. Il est vraiment relou quand il s’y met et j’ai pas envie qu’il m’entende. Me répond-t-elle avec franchise et un haussement d’épaules. Je ne suis même pas surprise de sa réponse mais cela m’intrigue davantage. Et j’ai davantage l’impression que sa demande ne va pas me plaire. Ta mère est là ?
-Non mais elle va bientôt rentrer avec Paul.
-On peut aller dans ta chambre dans ce cas ?
-Elle ne va pas te manger tu sais.
-Ouais mais elle va tout répéter à mon père je suis sûre ! Ou en tout cas, j’ai pas envie de prendre le risque !
-C’est pas le genre mais bon, si tu préfères. Accepté-je avec nonchalance avant de l’inviter à entrer à l’intérieur. Pour qu’elle prenne autant de précaution, elle doit vraiment me demander quelque chose d’important. Du coup, cela m’inquiète un peu. Est-ce qu’elle s’est attirée des problèmes ?

Une fois à l’intérieur de la maison, Sarah a enlevé son manteau et son sur-pantalon pour être plus à l’aise. Je ne sais pas comment elle fait pour se balader en short et avec le nombril à l’air avec le froid qu’il fait, mais elle fait bien ce qu’elle veut. Nous allons ensuite dans ma chambre et Sarah s’installe aussitôt sur mon lit. Je ferme la porte derrière moi et je vais la rejoindre.
-Dis donc, tu as encore un lit simple ? Ta mère n’a pas voulu te prendre un lit double ? Remarque-t-elle avec surprise.
-J’ai pas besoin de plus. Tu voulais me dire quoi sinon ?
-J’ai un service à te demander !
-Le contraire m’aurait étonnée.
-Mauvaise langue ! Me rétorque-t-elle en tirant la langue.
-Sarah, viens-en à l’essentiel. Lui demandé-je, blasée par son attitude.
-Tu fais quoi au Nouvel An ? Me demande-t-elle directement, et je soupire aussitôt, nullement surprise par sa question.
-Tout ça pour ça ? Je ne fais rien de spécial et non, je n’ai pas envie de sortir ce soir là.
-Joy ! Avant de refuser, laisse-moi t’expliquer !
-Eh bien dis-moi, je t’écoute.

-Disons que ce soir-là, je suis censée voir un gars… Qui me plait pas mal pour tout t’avouer. Commence-t-elle par m’avouer. J’avoue que j’ai du mal à voir où elle veut en venir… Ou plutôt j’ai peur de le savoir.
-Sarah, si c’est pour me demander de te servir d’alibi auprès de Tonton, je te rappelle que tu n’as plus 15 ans et que tu as le droit d’avoir un mec. Soupiré-je aussitôt.
-Mais non ! Secoue-t-elle la tête. Pour être honnête, à la base, c’est un simple copain de couette, mais on s’entend vraiment bien et je pense que notre relation va évoluer. En tout cas, j’aimerais beaucoup.
-C’est chouette, mais je ne vois toujours pas le rapport avec moi.
-Comme je t’ai dit, nous sommes censés nous voir le soir du Nouvel An. Mais… Son frère n’a rien de prévu ce soir-là et il ne veut pas le laisser tout seul. Mais son frère refuse de tenir la chandelle…
-Oh je commence à comprendre ! Et c’est hors de question ! Refusé-je aussitôt. Je ne veux pas jouer les baby sitter !
-Mais non, ils sont jumeaux, ils ont le même âge que nous!
-Encore pire ! Tu sais bien que je n’aime pas sortir et encore moins faire la conversation à un parfait inconnu qui n’a aucune envie d’être là, juste pour que tu puisses faire du charme à ton copain de couette !
-S’il te plait Joy ! Promis, on n’ira pas en boîte, juste au restaurant !
-J’ai dis non Sarah !

-S’il te plait Joy ! Je ne te le demanderais pas si ce n’était pas important ! Me supplie-t-elle alors que je fronce les sourcils.
-Et en quoi c’est important Sarah ? Au pire, tu le verras une autre fois ton Jules, ce n’est pas la mer à boire !
-Celian est sportif, il joue dans une équipe de foot. M’explique-t-elle alors, cherchant à tout prix à me convaincre. Il va avoir beaucoup de matchs important en janvier et il n’aura pas beaucoup de temps libre. En gros, le Nouvel An c’est la dernière occasion où on pourra se voir avant un moment. Donc, si je lui dis que je viens avec personne le 31, alors son frère refusera de venir et Celian ne voudra pas le laisser seul et notre soirée sera annulée !
-Si son frère a notre âge, il est suffisamment grand pour rester seul, tu ne crois pas ? Lui signalé-je, sceptique par son histoire. Mais vu comme elle a l’air sincère, elle arriverait presque à me convaincre. Presque !
-C’est marrant, c’est exactement ce que son frère lui a répondu ! Me sourit-elle amusée. En fait, à la base, son frère avait un truc de prévu mais ça a été annulé. Celian a l’impression de l’abandonner s’il ne reste pas avec lui. Il n’a pas envie qu’il passe un réveillon tout pourri tu vois.
-Je vois.
-Alors, tu veux bien venir avec nous ? S’il te plait Joy ! Je te revaudrai ça !
-Ca, j’ai un gros doute mais admettons que je te crois. Je ne sais pas si c’est une bonne idée mais ça a l’air de te tenir à cœur alors, OK. Je serai là mais tu n’as pas intérêt à m’obliger à faire la conversation !
-Oh merci Joy ! Je te paierai le resto pour la peine ! Explose-t-elle de joie avant de me serrer brusquement dans ses bras. Je regrette déjà ma décision, elle me serre tellement fort que je vais étouffer ! Merci ma cousine préférée !
-T’en as qu’une je te signale !
-Et c’est la meilleure du monde !
-N’exagère pas non plus, et calme toi avant que je change d’avis !

Depuis cette conversation, Sarah n’a pas arrêté de me harceler pour préparer cette soirée. Elle me fatigue mais j’ai été claire avec elle : hors de question que je fasse des efforts. Je me contente de faire acte de présence et je rentre chez moi dès que nous sortirons du restaurant. Visiblement, tant qu’elle peut passer du temps avec son Celian, tout lui va.
Maman a été surprise que j’accepte de sortir avec Sarah le soir du Nouvel An. Etant plutôt solitaire et casanière, ce n’est pas dans mes habitudes de sortir. J’ai été honnête avec Maman : Sarah voulait que je lui rende un service et j’ai accepté. Dès que je peux, je rentre à la maison !

Ce soir, c’est le fameux soir. D’un côté, je suis curieuse de voir le gars qui fait tourner la tête de Sarah. Pour qu’elle vienne me voir pour me demander de venir ce soir, elle doit vraiment tenir à lui.
J’observe l’extérieur et je soupire. Je n’ai aucune envie de sortir ce soir. Ma bonté me perdra je crois. J’espère que ce Celian ne sera pas un gros abruti. Sarah peut être exaspérante mais elle ne mérite pas d’être avec un buffle. Et j’espère que son frère ne sera pas un débile non plus. Histoire que la soirée ne soit pas trop pourrie.
Je soupire, et je tente de me motiver à partir.
-Aller Joy, ça va aller. C’est juste le temps d’une soirée et tu pourras retrouver ta petite vie tranquille.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 4

Hier soir, je suis rentrée toute joyeuse du travail. Après mon humiliation auprès de l’inconnu de la bibliothèque, je me suis plongée dans mes tâches pour tenter d’oublier ma maladresse. Au final, du négatif, j’ai réussi à en tirer du positif. Un peu avant la fin de ma journée, j’ai été convoquée au bureau du responsable des services. Mes supérieurs sont impressionnés par mes compétences et jugent que mes efforts méritent une récompense.
Je vais la faire courte : j’ai obtenu une promotion. A partir de lundi, je vais travailler dans la salle de simulation. D’après eux, cela me permettra de commencer à appréhender le métier d’astronaute. Petit à petit, je me rapproche de mon rêve et surtout… Je peux dire adieu à mes stupides collègues ! J’espère que ma promotion leur permettra de réfléchir à leur attitude et leurs préjugés !
Quand je suis rentrée, Maman et Paul étaient déjà couchés. Le lendemain, quand je me lève, Maman est en train de jouer aux échecs. Je ne peux m’empêcher de sourire en repensant qu’elle fait ça juste pour être capable de jouer contre moi. Mais aujourd’hui, je suis bien loin de cette considération !

-Maman ! J’ai un truc génial à t’annoncer ! M’exclamé-je en m’asseyant face à elle alors que je la vois sursauter. Oups, j’aurais peut-être dû m’annoncer avant.
-Bonjour quand même. Me dit-elle en souriant. Tu as l’air bien joyeuse ce matin !
-Oui pardon, bonjour. Rectifié-je avant de reprendre avec enthousiasme. J’ai eu une promotion au travail !
-Oh mais c’est génial ça ma puce !

-Qu’est-ce qui est génial ? Intervient Paul, qui rentrait de la promenade matinale de Phenix.
-Joy a eu une promotion à son travail !
-Oh c’est super ! Tu vas faire quoi maintenant ?
-Je vais travailler dans la salle de simulation ! Ça va être trop cool !
-Et cerise sur le gâteau, tu vas être débarrassée de tes collègues. Ajoute Paul, qui semble fier de moi. Dans le regard de Maman, je parviens également à y lire la même chose. Cela me réchauffe le cœur de voir que ma mère est fière de moi !
-Exactement ! J’ai rencontré les gars du service de simulation, ils sont un peu renfermés mais ils ne sont pas méchants !
-C’est une bonne nouvelle ça ma puce. Me répond Maman. Tu as pu voir la tête de tes anciens collègues quand tu leur as annoncé ta promotion?
-Ils étaient vert de jalousie ! Confirmé-je avec un grand sourire de satisfaction.

Lors de mon entretien suite à ma promotion, mes supérieurs m’ont informé que je vais devoir surveiller ma force physique et veiller à pratiquer une activité sportive régulière. Je cours déjà avec Phenix, mais j’ai le sentiment que mes quelques footing avec mon chien ne seront pas suffisants pour évoluer professionnellement.
Alors, je me suis inscrite à la salle de sport. Il n’y en a pas à Brindleton Bay, alors je suis allée à Windenburg. La salle est grande et offre de multiples activités sportives. Etant habituée à courir, je commence par le tapis de course.

Néanmoins, je ne suis pas encore habituée aux machines et même si j’ai sollicité l’accompagnement d’une coach sportive, ma maladresse revient vite au galop. Je manque plusieurs fois de tomber et je peine à trouver les bons réglages pour pouvoir courir au bon rythme. Heureusement que j’ai de bons réflexes quand même, sinon je serais déjà par terre !
-Ne vous inquiétez pas Joy, une fois que vous aurez trouvé votre rythme, vous progresserez en un rien de temps ! M’affirme la coach alors que je suis dubitative.
-Si vous le dites …
-Bon, je dois vous laisser, j’ai aperçu un client qui manque de se manger le pushing-ball. N’hésitez pas à venir me voir si vous avez un problème. Quand vous aurez fini votre séance, je vous montrerai des exercices d’étirement à faire pour éviter les courbatures.

Après le départ de la coach, je finis par laisser tomber le tapis de course. Il va me falloir plus de temps pour l’appréhender correctement et je n’ai pas envie de passer toute ma séance de sport à essayer de comprendre cette machine.
Et puis, depuis que je suis arrivée, la machine d’escalade me fait de l’œil. J’ai l’habitude de courir certes, mais j’ai bien envie de tenter quelque chose de nouveau. Et puis, l’avantage, c’est que je vais devoir travailler tout le corps si je ne veux pas prendre le risque de tomber !
Et aussi étonnant que cela puisse paraître, je me sens plus à l’aise dessus ! Je l’avoue, cela m’amuse davantage que de courir en faisant du sur-place !

En cette fin d’année, il m’arrive d’apprécier des moments de calme, où je me pose tranquillement devant un bon film. Surtout quand il fait un froid glacial dehors et que cela rend tout travail sur ma fusée impossible. Vivement le retour de l’été et de la chaleur !
Pendant que je suis en train de regarder un film de science-fiction, je sens mon téléphone portable vibrer dans ma poche. Je m’empresse de le prendre et je suis surprise de constater que ma cousine cherche à m’appeler. Après mes nombreux refus pour sortir, elle essaie rarement de me joindre.
-Oui ? Décroché-je alors après avoir mis mon film en pause.
-Hey salut cousine ! S’exclame joyeusement Sarah. Tu vas bien ?
-Impect et toi ?
-Ca va ça va ! Dis-moi, je te dérange pas ? Tu n’es pas au travail ?
-Si j’étais au travail, tu serais actuellement en train de converser avec mon répondeur. Lui fais-je remarquer avec un sourire. Qu’est-ce qu’il y a? Lui demandé-je ensuite. Connaissant ma cousine, il ne s’agit certainement pas d’un appel de courtoisie.
-Est-ce que je peux passer ? Je dois absolument te parler d’un truc !
-Euh, oui, si tu veux. Tu veux me parler de…
-Super ! J’arrive dans 10 minutes ! A toute suite !

Aussitôt, et sans que je puisse ajouter quoi que ce soit, elle raccroche. Je soupire de dépit en rangeant mon téléphone dans la poche de mon jean. Je ne sais pas de quoi Sarah veut me parler, mais mon instinct me dit que cela ne va pas me plaire. J’apprécie ma cousine, car elle fait partie de ma famille, mais je me méfie toujours de ses manigances. Elle a certainement un service à me demander, ou encore elle veut me forcer à sortir. Avec le réveillon du nouvel an qui arrive, cela ne m’étonnerait même pas. La seule chose qui me surprend, c’est le fait qu’elle prenne la peine de venir à la maison. D’habitude, elle se contente d’un coup de fil.
Qu’a-t-elle encore imaginé ?

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 3

Une fois la Fête de l’Hiver passé, j’ai repris le chemin du travail. Je fais mon possible pour ignorer mes collègues, mais ils font preuve d’ingéniosité pour me casser les pieds au quotidien. Il y en a toujours un qui est sur mon dos et surveille mon travail. Tous les jours, il y a toujours un petit malin qui me demande d’aller chercher le café. Si seulement ils pouvaient mettre autant d’énergie à faire leur travail… Ma seule satisfaction est de leur prouver qu’ils ont torts. Ils ne peuvent s’empêcher de me donner des conseils, mais ils sont la majorité du temps à côté de leurs pompes. Et lorsqu’ils s’aperçoivent que j’ai raison, je suis obligée de me retenir de rire en voyant leur tête déconfite.

Après, j’admets volontiers que je ne sais pas tout. Sinon, je passerai déjà la plupart de mes journées de travail à explorer l’espace. Mais je fais tout mon possible pour combler mes lacunes. Travailler sur ma propre fusée m’aide beaucoup. Je ne peux pas être plus proche des différents mécanismes que lorsque j’étudie pour savoir comment l’améliorer et que j’essaie d’installer les différentes améliorations…

Mais je ne suis pas à l’abris de quelques accidents. Il m’arrive de faire peur par moment, mais rien de grave. J’évite d’en parler à Maman, pour ne pas qu’elle ne se fasse du soucis pour rien. Si elle savait, elle ferait enlever ma fusée sur le champ !
Mais c’est grâce à ces erreurs que j’apprends, et que je peux faire correctement mon travail par la suite. Quand je me trompe, je cherche ce qui ne va pas, et dès que j’ai identifié la défaillance, je sais comment faire pour m’en débarrasser et ne pas reproduire la même erreur.
Au final, c’est le principal, non ?

Quand je bloque sur l’avancement de ma fusée, je me rends à la bibliothèque de Willow Creek pour faire des recherches sur les fusées et le bricolage. Le fonds n’y ait pas très développé par rapport à la bibliothèque d’Oasis Springs, mais elle est plus proche de chez moi et les horaires d’ouverture sont plus élargies. Par chance, les deux bibliothèques fonctionnent en réseau et une navette passe régulièrement. Grâce à ce dispositif et aux bons conseils de la bibliothécaire, j’arrive à m’en sortir dans mes recherches.

J’adore apprendre de nouvelles choses, et mes recherches sont souvent fructueuses. Je ressors souvent de la bibliothèque avec plein d’idées à mettre en place sur ma fusée. Je mémorise tout et je visualise comment appliquer les différentes informations que j’ai collecté. C’est plutôt pratique et cela m’évite d’emprunter les différents livres que je consulte ! Surtout pour ceux qui ne sont consultable que sur place.

J’aime beaucoup l’environnement de la bibliothèque. C’est un endroit calme, peu fréquenté durant la journée en semaine, propice à la concentration et à la réflexion. Ici, je peux travailler calmement, sans être déconcentrée par les bruits de la maison.
Enfin, la plupart du temps, si je veux être tout à fait honnête.
Quand
il n’est pas là, j’arrive parfaitement à me concentrer et à me plonger dans les livres. Par contre, quand il est là… Je ne peux m’empêcher de l’observer à la dérobée…

Je ne pourrais pas dire qui il est. Je n’ai jamais osé lui parler. Je sais juste qu’il fréquente régulièrement la bibliothèque et qu’il travaille sur les ordinateurs. Je l’ai déjà vu le nez dans un livre, mais c’est plus rare.
Je l’ai remarqué un jour, par hasard, en cherchant des plans de fusée. A ce moment-là, j’étais à la fin du lycée. Je ne pourrai pas expliquer pourquoi, mais il m’a intriguée. Sans doute parce qu’il ne ressemble en rien aux garçons que je connais. Il semble plus calme, plus réfléchi que ceux que j’ai l’habitude de côtoyer. Aujourd’hui plus qu’auparavant, quand je le compare avec mes imbéciles de collègues.
Depuis cette première fois où je l’ai vu, j’avoue qu’il m’est arrivé de venir à la bibliothèque juste dans l’espoir de le croiser, et de le voir froncer les sourcils pour se concentrer.

Mais parfois, j’espère aussi ne pas le voir. Quand il est là, j’ai l’impression de devenir stupide à mon tour. Je me moque souvent de ma mère et son attitude avec Paul, et cela me tue de devoir admettre que je ne suis finalement pas mieux qu’elle quand il s’agit des garçons. Les chiens ne font pas des chats, on va dire.
Par moment, j’essaie de prendre mon courage à deux mains, et d’essayer d’aller lui parler. Au pire, qu’est-ce que je risque ? Il s’agit d’un parfait inconnu et je ne perdrais rien s’il m’envoie sur les roses.
Mais si, malgré ses airs sérieux et bien propre sur lui, il n’était qu’un idiot comme les autres ? Après tout, je ne le connais pas et les apparences sont souvent trompeuses…

Alors, ma réserve et ma timidité reprennent le dessus. Je fais mine de m’être trompée de livres et je m’éloigne vers les rayonnages. Je me sens bête dans ces moments-là, et si j’étais une adepte des réseaux sociaux, je m’auto attribuerais un #psychopathe.
Fort heureusement, il semble souvent bien trop absorbé dans sa tâche pour me remarquer. Sinon, de quoi j’aurais l’air ?
Je me dis qu’il vaut mieux que j’évite d’essayer quoi ce soit. Aller vers les autres n’est vraiment pas pour moi. Et puis, ma petite vie me convient bien alors, pourquoi essayer d’en changer ?

Sûre de cette nouvelle résolution, je m’empare d’un nouvel ouvrage et je m’installe sur une autre table, éloignée de cet inconnu. Pour une fois, je me plonge dans un roman. Je ne vais pas tarder à partir pour aller travailler et me détendre un peu avant de retrouver mes imbéciles de collègues ne me fera pas de mal.
J’entends vaguement quelqu’un s’asseoir en face de moi, mais je n’y prête aucune attention. Je suis bien trop plongée dans mon roman de science-fiction pour faire attention au monde qui m’entoure. Idéal pour oublier l’inconnu des ordinateurs.
-Bonjour. Ca a l’air passionnant ce que vous lisez. M’interpelle soudain une voix masculine.

Comprenant que l’on vient de me parler, je redresse la tête pour dévisager celui qui ose interrompre ma lecture. Lorsque je le reconnais, je me fige de stupeur… Littéralement. Je rêve ou il vient de m’adresser la parole ? Pourquoi moi ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Et je lui dis quoi ? Mon dieu, je dois le regarder comme la dernière des demeurées, il va me prendre pour une folle. Je vais bien le mériter mon hashtag.
-Euh, vous allez bien ? Me demande-t-il devant mon absence totale de réponse… Avec sa voix grave, suave…
-Chat ! M’exclamé-je en réponse, sans réfléchir. Non mais, qu’est-ce que je raconte ?
-Pardon ? Ne semble-t-il pas comprendre, devant ma réponse venue de nulle part.
-Mon livre, ça parle d’un chat! D’un bébé chat ! On est dans la peau d’un bébé chat ! Précisé-je, alors que je me tape mentalement le front. Je raconte vraiment n’importe quoi. Depuis quand un livre de science-fiction parle d’un chaton ? D’ailleurs, ce n’est pas le livre que lit Maman ces derniers temps ? Et pourquoi je pense à ma mère, là, maintenant ?
-Oh, c’est original comme point de vue. Et c’est bien ?

Je me sens tellement ridicule. Comment avoir l’air crédible devant un homme en lui présentant un livre sur un chaton ? Surtout quand ce n’est absolument pas ce qu’on est en train de lire ?
Je ne sais pas comment me dépêtrer de cette situation. J’admets avoir imaginé plusieurs fois notre première conversation, de plusieurs manières possibles. Mais la réalité est clairement catastrophique.
Soudain, je repense à l’heure et j’écarquille les yeux.
-Excusez-moi, je … Je voudrais bien continuer cette conversation mais il faut que j’aille travailler. Bredouillé-je rapidement en refermant le roman pour le serrer contre moi, priant intérieurement pour qu’il ne remarque pas la couverture.
-Oh d’accord. Bon courage dans ce cas, et bonne journée.
-Merci et vous aussi.
-Au fait, n’hésitez pas à l’emprunter. Je suis sûr que ce livre doit vous réserver beaucoup de surprises. Le point de vue d’un chaton dans de la science-fiction, c’est vraiment pas banal. Me signale-t-il avec un rictus amusé. En cet instant, j’ai juste envie de m’enfuir en courant.
Je suis vraiment trop bête, et je ne remettrai plus jamais les pieds ici !