Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 26

-Monsieur Chastain, je suis au regret de vous annoncer qu’un accident s’est produit dans une des salles techniques de l’agence. Annonce le Directeur de l’Agence spatiale d’Oasis Springs. Le prototype sur lequel travaillait nos équipes a … hum… il a explosé. Et votre épouse était malheureusement présente dans la salle au moment de l’explosion. Je tiens cependant à vous rassurer : au moment de l’explosion, Joy entrait dans la salle pour apporter des documents à nos chercheurs et se trouvait donc à distance du prototype. Elle est tombée suite au souffle de l’explosion et s’est cognée la tête, mais l’équipe d’urgentistes qui est intervenue s’est montrée rassurante. Elle ne semble pas présenter de commotion cérébrale et devrait s’en sortir avec une simple cicatrice, même si elle devra rester en observation à l’hôpital pour s’assurer que tout va bien. Je me dois cependant de vous avertir, ajoute rapidement Ernest Touthym avant que Cédric n’ait le temps de prononcer le moindre mot, que votre épouse a rapidement présenté des douleurs au ventre. Etant donné son état, elle a rapidement été..
-Où est-elle ? Où a-t-elle été emmenée ? Le coupe sans attendre Cédric, qui a du mal à canaliser son stress grandissant. Bien qu’il essaie de se raisonner quant à l’état de santé de Joy, son inquiétude quant à leur bébé ne cesse de croître.
-Elle a été transportée à l’hôpital de Willow Creek, Monsieur Chastain. Sachez que..
-Au revoir, Monsieur. Raccroche sans attendre Cédric, qui peine à rester de marbre face à la situation. Son fils le regarde d’un air inquiet, comprenant que quelque chose de grave est en train de se passer, mais Cédric ne parvient pas à rassembler ses mots pour tenter d’expliquer à Grégory la situation.
Au même moment, la sonnette de la porte d’entrée retentit. Cédric se dépêche d’aller ouvrir à son frère et à son neveu, et Celian n’a même pas le temps de faire une blague quant à son retard qu’il remarque l’attitude étrange de son jumeau. Cédric lui explique rapidement qu’un accident est survenu au travail de Joy et le supplie de bien vouloir garder Grégory pour qu’il puisse aller la rejoindre à l’hôpital. Celian accepte sans hésitation, à la condition qu’il le laisse appeler un taxi. Il n’est pas absolument pas en état de conduire et il manquerait plus que lui aussi ait un accident.
Cédric le remercie alors, et file dans la chambre récupérer des affaires pour Joy le temps que le taxi arrive. Celian essaie tant bien que mal de rassurer son neveu devant cette agitation, et promet à son frère de prendre soin de lui avant que Cédric ne parte à l’hôpital…

*  *  *

Quand l’explosion est survenue à l’agence, j’ai eu l’impression que le temps se déroulait au ralenti. Je ne comprenais pas ce qui était en train de se passer. J’apportais des documents dans la salle où mes collègues travaillaient sur le prototype et l’instant d’après, j’étais au sol avec un sifflement aigu retentissant dans mes oreilles. J’étais sonnée et je n’arrivais pas à rassembler mes idées. Je n’osais pas me lever non plus, terrifiée par l’état dans lequel je pouvais me trouver. J’ai mis ma main sur mon ventre, plus angoissée encore pour mon bébé. Est-ce qu’il va bien ? Comment se porte-t-il ? Je priais intérieurement de ne pas avoir perdu mon bébé !
Petit à petit, mon ouïe est redevenue normale. J’entendais la panique, la peur, la douleur. Égoïstement, je ne pensais pas à mes collègues qui se sont trouvés au plus près de l’explosion. Je ne songeais qu’à mon bébé qui était là, au creux de mon ventre.
Après un temps interminable à mon sens, les secours sont arrivés. Une jeune femme est venue me parler pour s’assurer que j’étais consciente et lucide. Elle a observé la blessure que je me suis faite à la tête, et que je n’avais pas remarqué jusque là, me posa de multiples questions. J’ai avoué avec une inquiétude grandissante que je commençais à ressentir des douleurs dans le ventre. Très rapidement, on m’emmena à l’hôpital.
J’étais terrifiée, et complètement perdue. La douleur s’intensifiait et j’ignorais tout de l’état de santé de mon bébé. Je savais juste qu’il me restait normalement un bon mois de grossesse et mon cœur se serrait à l’idée qu’elle puisse sortir plus tôt que prévu. J’évitais du mieux que je pouvais de songer au pire.
Un médecin m’a auscultée dès mon arrivée à l’hôpital, et sa décision fut sans appel. Le placenta s’était décollée et mon bébé était en détresse. Accouchement par césarienne en urgence, pas d’autres choix. Les infirmières essayaient de me calmer et de me rassurer, et je me suis mise à penser à Cédric. Il n’était pas là, je suis seule face à cette épreuve. Dans quel état va-t-il être en apprenant la nouvelle ? Et Grégory ? Comment va-t-il lui expliquer la situation ? De multiples questions se bousculaient dans ma tête, et ce, durant toute la durée de l’opération. Très vite, le médecin a sorti mon bébé de mon ventre et j’entendis avec soulagement ses premiers cris.
C’est dans ces conditions désastreuses que Grace, mon petit ange, est née.

Je ne l’ai vu que peu de temps après sa venue au monde. Les médecins l’ont vite prise avec eux pour l’examiner et elle a dû être placée en couveuse pendant quelques jours. Je n’ai fait que très peu attention aux soins que l’on m’a apportée, tant mon esprit était focalisée sur ma fille. J’ai vaguement entendu que j’allais rester quelques jours hospitalisée pour s’assurer que tout allait bien, et que j’allais conserver une cicatrice sur mon front. Peu m’en importait, je pourrai facilement la cacher.
Peu de temps après que l’on m’est placée dans une chambre, Cédric est arrivé en courant, essoufflé et totalement paniqué. Lorsqu’il m’a vu, il n’a pas attendu une seconde pour venir me serrer dans ses bras et j’ai senti son soulagement lorsqu’il m’a embrassé. Là, les nerfs ont lâché et je n’ai pu m’empêcher de pleurer. Je n’ai pas quitté l’étreinte de mon mari qui faisait de son mieux pour me rassurer. Un médecin a fini par venir nous voir pour nous parler de notre fille. Qu’elle passera quelques jours en couveuse mais que sinon, elle se portait comme un charme. Une vraie petite guerrière. Un vrai petit miracle, étant donné les circonstances. Le médecin a autorisé Cédric à aller voir Grace, mais sans moi car je devais me reposer. Comment se reposer dans de telles circonstances ? Cédric a hésité un instant, ne souhaitant pas me laisser seule, mais je lui ai dit d’y aller. L’un de nous doit veiller sur notre fille. Et puis, je ne suis pas restée seule longtemps car Maman a rapidement pointé le bout de son nez. Cédric avait profité du trajet en taxi pour la prévenir.
Je ne suis pas restée seule très souvent les jours qui ont suivi. Cédric était présent, évidemment, et je n’ai cessé d’avoir la visite de ma mère avec Paul, de mon père avec Kalpita, Celian et Sarah sont venus également, nous rassurant au passage sur l’état de Grégory qui est content de passer quelques jours avec son cousin même s’il me réclame. Même Tonton Ryan est venu s’assurer que j’allais bien, ainsi que Grace.
Puis, un jour, nous avons pu rentrer à la maison, avec Grace.
C’est étrange de revenir à la maison. Étrange d’installer ma fille dans sa chambre. Je suis comme un état second depuis l’accident. Je me suis remise physiquement, mais psychologiquement, c’est plus compliqué.
Je culpabilise énormément. Au point que c’est par moment difficile pour moi de m’occuper de ma fille. Je l’aime énormément, et je veux prendre soin d’elle comme j’ai pris soin de son frère. Mais quand je la vois, la culpabilité me saute en plein visage.
Si elle est née trop tôt, si elle a risqué de perdre la vie avant même d’avoir vu la lumière du jour, c’est de ma faute. Si je n’avais pas décidé de participer à cet événement et de décaler mon congé maternité d’un jour, j’aurais été à la maison quand l’explosion a eu lieu. Grace serait restée dans mon ventre. Sa vie et sa santé n’auraient pas été en péril. Mais parce que j’en ai fait qu’à ma tête, j’ai failli perdre ma fille, ma petite princesse.
Aujourd’hui, je suis terrifiée à l’idée que je pourrais lui faire du mal. Mon rôle est de la protéger et j’ai failli à cette tâche avant même qu’elle soit venue au monde. Si le pire a failli se produire alors qu’elle n’était pas encore née, que pourrait-il se passer maintenant qu’elle n’est plus en sécurité dans mon ventre ? Suis-je vraiment capable de m’assurer qu’elle grandisse, et vive, en toute sécurité ?
En suis-je capable alors que c’est de ma faute si elle a failli ne jamais connaitre la vie ? Je m’en veux tellement et je ne suis même pas certaine être capable de me pardonner un jour…
Quand je suis rentrée à la maison avec Grace, et que Celian a déposé Grégory chez nous, il a été heureux de me revoir, et de constater que sa maman va bien. Depuis, il ne me lâche plus d’une semelle, de peur que je disparaisse de nouveau pendant quelques jours. Cela m’émeut de voir toute l’attention que mon fils a pour moi, mais je culpabilise de lui avoir causé autant de soucis.
Mais maintenant que nous sommes à la maison avec Grace, c’est enfin l’occasion pour Grégory de rencontrer sa petite sœur. Avec Cédric, nous l’emmenons dans sa chambre pour qu’il puisse enfin la voir. Il semble curieux en s’avançant vers le berceau, intriguée par le bébé qui gazouille à l’intérieur.
Lorsqu’il s’approche du berceau et observe le bébé, nous lui présentons Grace. Nous lui expliquons que c’est sa petite sœur. Quand il a compris que Grace est une fille, et non un garçon comme il aurait voulu, il a fait la grimace. « C’est nul une fille » qu’il a dit.
Dans d’autres circonstances, cette phrase m’aurait fait sourire, mais mon humeur est trop maussade pour faire de l’humour. Je me contente juste de regarder ma princesse dormir dans son berceau.
Cédric, quant à lui, s’approche de Grégory et se baisse pour se mettre à son niveau.
-Ce n’est pas nul que ce soit une fille. Quand elle sera un peu plus grande, elle pourra jouer avec toi, tout autant que si elle était un garçon. Le rassure-t-il, si bien que Grégory arrête de faire la grimace, même s’il continue à être sceptique. Et puis, tu es un grand garçon maintenant, et tu es suffisamment grand pour comprendre qu’il faut prendre soin d’elle. Plus tard, vous veillerez l’un sur l’autre mais pour le moment, c’est un petit bébé et toi son grand frère. Tu veux bien aider Papa et Maman a veillé sur elle ? Lui demande-t-il alors que le regard de Grégory s’illumine. A ce moment, Grace commence à pleurer dans son berceau, et spontanément, Grégory se rapproche d’elle et se met sur la pointe des pieds pour mieux la voir. Afin de l’aider, Cédric le prend dans ses bras et le penche vers sa sœur.
-Pleur’ pas Grace! Lui dit-il avant de lui faire un bisou sur le front, comme lui a appris Maman.
Depuis la naissance de Grace, Cédric s’est montré très patient et très prévenant envers moi. Il fait tout son possible pour que je me sente bien à la maison. Il gère les questions de Grégory, il gère la maison, il gère Grace quand je me sens incapable de m’occuper d’elle. Et il me gère moi, quand nous sommes tous les deux qui ne suis plus obligée de faire bonne figure devant Grégory. Je ne sais pas comment il fait pour être opérationnel sur tous les fronts, sans craquer.
Mais je lui suis reconnaissante d’y parvenir. Je ne sais pas comment je ferai sans lui à mes côtés. Il est vraiment aux petits soins avec moi, et prends le temps de m’écouter et de me rassurer. Il m’assure sans cesse que ce n’est pas ma faute si Grace est née plus tôt, que c’était un accident, et que je n’ai pas à culpabiliser. Il me rappelle aussi que Grace est en bonne santé et qu’elle va grandir tout à fait normalement. Que le plus important, c’est que nous allons bien. Il me dit que je suis une bonne mère, et qu’aujourd’hui, j’ai juste besoin de prendre le temps de me remettre de l’accident et que je n’ai pas à me soucier de la durée. Il est là pour moi, pour notre famille, et il est prêt à faire le nécessaire pour que nous retrouvions une vie normale.
Je n’ose pas imaginer ce qu’a du ressentir Cédric lorsque Monsieur Touthym l’a appelé pour l’informer de l’accident. Son monde tout entier était sur le point de s’effondrer et la tranquillité de notre existence était brusquement perturbée. Cédric a eu la peur de sa vie et il n’a jamais été aussi soulagé quand il a su que Grace et moi nous portions bien.
Et je crois que c’est le plus important pour lui. Certes, il se fait du soucis pour moi car il voit bien que je vis mal cette situation et que la culpabilité me ronge mais son naturel optimiste reste bien présent. Il est persuadé que je finirai par aller mieux et que petit à petit, nous retrouverons une vie de famille normale.
Je suis admirative de la façon dont il gère la situation. J’ignore où il peut bien trouver cette force en lui, mais il est le véritable pilier de notre famille en cette période. Je crois qu’il a eu tellement peur qu’il est prêt à tout accepter tant que nous sommes toujours là et en bonne santé.
Comme pour Grégory, Cédric ne rechigne jamais à s’occuper de Grace. On voit toute la douceur dont il fait preuve dans chacun de ses gestes quand il la prend dans ses bras, comme s’il avait peur de lui faire mal, comme s’il craignait qu’elle disparaisse. Notre petite princesse revient de loin et même si cela m’émeut de voir tout l’amour qu’il éprouve pour notre fille, je ne peux m’empêcher de m’en vouloir d’avoir risqué de le priver de notre deuxième enfant, de la joie d’être de nouveau père, et du bonheur d’accueillir un nouvel enfant.
Maman vient souvent à la maison. Elle aussi a eu la peur de sa vie quand Cédric l’a appelé pour la prévenir que j’étais à l’hôpital suite à un accident. Je n’ose pas imaginé ce qu’elle a du ressentir non plus, mais elle est heureuse que nous n’ayons pas eu de blessures graves.
Ce qui ne l’empêche pas de venir régulièrement à la maison pour s’assurer que tout va bien. Bien qu’elle ne le montre pas et qu’elle affirme simplement vouloir passer du temps avec ses petits-enfants, je sais bien qu’elle se fait du soucis pour moi. Cette histoire doit résonner en elle et lui rappeler ma propre naissance. Elle est peut-être même la personne qui pourrait le mieux me comprendre en ce moment.
Mais… Je n’arrive pas à lui parler de ce que je ressens, comme si ce n’était pas légitime. Ma fille va bien, elle est en bonne santé et je devrais être heureuse en cet instant.
Mais je suis incapable de retirer de mon esprit que ma passion, mon entêtement à aller travailler au lieu de me reposer, ont causé mon accident. Qu’à cause de moi, ma fille a failli ne jamais voir le jour.
Un jour, Maman souhaite que je vienne avec elle pour aller voir Grace dans sa chambre. Je ne comprends pas spécialement pourquoi dans la mesure où elle n’a pas besoin de moi pour aller voir sa petite-fille, mais j’accepte devant son insistance. Et puis, Cédric décide d’emmener Grégory jouer dehors, comme pour m’empêcher de trouver un quelconque échappatoire.
J’accompagne donc Maman à l’étage et lorsque nous entrons dans la chambre, nous constatons que Grace est en train de dormir. Maman s’approche doucement du berceau et observe sa petite-fille avec un regard plein de tendresse. Quant à moi, je reste à distance et je m’assois sur la banquette, n’osant pas m’approcher, comme si j’avais peur d’interrompre ce moment.
Au bout de quelques minutes, Maman vient s’asseoir à côté de moi et me regarde avec insistance.
-Tout va bien ma puce ? Me demande-t-elle après un silence, où je faisais mine de ne rien remarquer à son attitude.
-Bien sûr Maman, pourquoi ça n’irait pas ? Lui dis-je avec nonchalance, en haussant les épaules avec désinvolture.
-Parce que je sais ce que c’est que de vivre un accouchement difficile et que je vois bien que tu es en train me mentir. Et puis, tu te tiens à distance de ta fille depuis que vous êtes rentrées à la maison.
Je garde le silence, et je me contente de scruter mes pieds. Comment puis-je penser être capable de berner ma mère alors qu’elle a vécu une expérience similaire ? Comment puis-je imaginer être capable de non seulement lui cacher quelque chose d’ailleurs ?
-Ma puce, tu peux tout me dire tu sais. Et ce n’est pas sain de tout garder pour toi. J’en sais quelque chose…
-Sauf que c’est différent, Maman. Finis-je par soupirer. Ton accouchement a été difficile parce qu’il y a eu des complications. Le mien l’a été parce que je suis allée travailler alors que j’aurais du rester à la maison. Je… Je culpabilise Maman… Si je n’avais pas décalé mon congé d’une journée pour assister à cette présentation, je n’aurais pas été présente lors de l’explosion et je n’aurais pas risqué la vie de ma fille. A cause de moi, elle aurait pu mourir…
-Ma chérie… Est-ce toi qui est à l’origine de l’explosion ? Me demande-t-elle de façon directe et sans tourner autour du pot. Sa question est tellement absurde que je lui lance un regard choqué. As-tu saboté ce prototype pour qu’il explose ?
-Bien sûr que non ! Je ne travaillais même pas sur ce projet !
-Alors ce n’était pas ta faute. En conclue Maman avec sérieux. Tout comme je ne pouvais prévoir les complications lors de mon accouchement, tu ne pouvais pas prévoir que cet engin allait exploser. Tu aurais pu tout aussi bien traverser la rue et te faire renverser par une voiture pendant ton congé maternité. Ca n’aurait pas davantage été ta faute que ce qui s’est effectivement passé. C’est malheureux, mais tu étais simplement au mauvais endroit au mauvais moment.
-Je l’entends bien Maman, mais je ne peux m’empêcher de culpabiliser… Soufflé-je la gorge nouée. Si je ne suis pas capable de prendre soin de ma fille alors qu’elle est toujours dans mon ventre, comment le pourrai-je maintenant qu’elle n’y est plu ? Si je lui ai fait du mal en provoquant sa naissance, que pourrais-je encore lui faire ? M’interrogé-je alors que je vois ma mère secouer la tête.
-Ma puce, même avec toute la bonne volonté du monde, tu ne pourras pas empêcher les accidents de se produire. Même en l’enfermant toute sa vie à l’intérieur de la maison, elle serait capable d’essayer de s’enfuir par la fenêtre. Même la meilleure mère du monde ne pourrait empêcher ses enfants de se faire mal parce que ça fait partie de la vie. Il faut faire attention, bien sûr, mais tu ne pourras pas empêcher tes enfants de s’écorcher le genou parce qu’ils se sont cassés la figure en jouant avec leurs copains. Un jour, tu auras peut-être un parent qui va débarquer chez toi avec Grace dans les bras car elle s’est cassée le bras en tombant d’un trampoline. N’essaie pas d’imaginer ce qui pourrait lui arriver, tu vas devenir folle. Et puis, regarde Grégory, il se porte comme un charme. Il n’y a aucune raison que tu t’occupes moins bien de Grace que de lui. Tu es une bonne mère Joy, et ce regrettable accident ne doit pas redéfinir la mère que tu es, ni même la personne que tu es.
-J’aimerais tellement parvenir à me raisonner ainsi, Maman. Soufflé-je le cœur serré. Dès lors où j’essaie de me rassurer avec des mots censés, ma culpabilité refait surface et m’empêche d’essayer d’avancer.
-Cela viendra, Joy. Se veut rassurante Maman. Cet accident a laissé des traces malgré tout, et il n’y a rien de mal à prendre du temps pour aller mieux. N’hésite pas à prendre ce temps-là, et à demander de l’aide si jamais tu en éprouves le besoin. Et rappelle toi que tu n’es pas toute seule.
-Je le sais ça. Cédric est adorable et je ne sais pas comment je ferais sans lui.
-Il a bien intérêt à être adorable ! Réplique aussitôt Maman alors que je ne peux m’empêcher de sourire à sa réponse. Plus sérieusement, nous sommes là aussi avec ton père si tu as besoin de quelque chose, même si tu as juste besoin de parler. Et si jamais tu as besoin tu as besoin de voir quelqu’un… sache qu’il n’y a pas de honte…
-Tu parles d’un psy ? Je vais être obligée d’en voir un de toute façon. L’informé-je en haussant les épaules. L’agence a mis en place une cellule psychologique pour l’ensemble des salariés, mais ceux directement concernés par l’accident ont l’obligation d’avoir l’autorisation d’un psychologue avant de pouvoir reprendre le travail. J’ai rendez-vous la semaine prochaine, mais j’ai bien conscience que je n’aurais pas mon autorisation d’exercer avant un moment…
-En voilà une décision censée. Ca va te laisser tout le temps nécessaire pour te remettre de tout ça.
-Certes… Merci Maman… D’être là…
-C’est normal ma chérie. Tu es ma fille et je veux que tu ailles le mieux possible. Et puis…. si je te dis tout ça, c’est aussi pour que tu puisses te rapprocher de ta fille. Je ne voudrais pas que tu regrettes de ne pas t’être occupée d’elle autant que tu l’aurais voulu… Termine-t-elle dans un souffle, son regard se perdant dans le vague. Elle n’a pas besoin d’en dire plus. Elle ne veut pas que je fasse les mêmes erreurs qu’elle par rapport à ma fille. Aussitôt je la prends dans mes bras.
-Je vais faire des efforts, Maman. Je te le promets.
Après avoir continué pendant un temps à regarder Grace dormir, nous finissons par retourner au salon avec Maman. Nous constatons que Cédric est avec Grégory, qui est tranquillement en train de prendre son goûter sur le canapé.
-Ca a été la sortie ? Demandé-je à Cédric alors que nous nous installons sur le canapé.
-Un peu courte car il a commencé à pleuvoir mais oui. Me confirme-t-il avec un sourire. Il a couru partout en essayant de me semer mais il n’a pas compris que je fais des plus grands pas que lui. Bon, il a glissé à un moment mais rien de grave, juste ses vêtements à changer.
-En même temps, je connais que peu d’enfants qui n’aient jamais tombé en jouant. Signale Maman l’air de rien, alors que sa remarque est tout sauf innocente. Tu t’es bien amusé dehors mon grand ?
-Oui Mamie !! Trop bien ! J’ai couru et puis boum, par terre ! C’était trop drôle ! S’en amuse Grégory … en parlant comme d’habitude la bouche pleine. Mon regard se perd dans le vide alors que je me mets à imaginer le mal qu’il aurait pu se faire en tombant. J’essaie de chasser ces idées de ma tête, quand je remarque que Grégory est maintenant devant moi, avec la moitié de son sandwich dans les mains. Aussitôt, et avec un grand sourire d’ange, il le tend vers moi.
-Tiens Maman, c’est pour toi ! Me dit-il alors que mon cœur fond devant l’attention de mon fils. Sans attendre, je le soulève pour l’installer sur mes genoux tout en partageant son sandwich avec lui.
-Ose me dire que tu n’es pas une bonne mère. S’en amuse Maman alors que Grégory se colle contre moi pour me faire un câlin.
Je me contente de lui sourire tandis que je profite de tout l’amour que me donne mon fils. Je soupire d’aise, et je mets tout en œuvre pour me concentrer là-dessus.
Tout le monde va bien. Je vais bien. Grace va bien. Nous formons une famille unie, et si je me concentre là-dessus et sur l’instant présent, tout finira par aller mieux.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 25

Les semaines passent à une vitesse folle, durant lesquelles je me fais violence pour essayer de lever un peu le pied. Je me rends bien compte que de continuer à m’entraîner comme si de rien n’était ne me rend pas service et je n’ai pas envie de mettre la santé de mon bébé en danger.
Alors, j’essaie de me calmer, et la taille de mon ventre m’aide à relativiser mon manque d’exercice. Bien qu’il soit tout seul -le médecin nous l’ayant affirmé plusieurs fois-, j’ai l’impression que le bébé prend plus de place que Grégory et d’avoir un ventre plus gros que lors de ma première grossesse.

-Bien dormi Chaton ? M’interroge Cédric un matin, tout en préparant le petit déjeuner.
-Comme une baleine. Une baleine échouée qui ne sait pas comment se mettre pour se sentir bien. Marmonné-je, de mauvaise humeur. Aussitôt, je vois mon mari me sourire avec compassion.
-J’avais prévu des œufs brouillés, mais peut-être que tu préférerais du pain perdu avec du chocolat ?
-… Si ça te gêne pas. Soufflé-je avec un air bredouille alors qu’il me dépose un baiser sur la joue.

Malgré mon gros ventre qui m’empêche de faire ce que je veux, j’essaie de passer du temps avec mon fils pour jouer avec lui. Au fil du temps, il commence à comprendre qu’un bébé va arriver et vivre avec nous. Je me souviens encore de sa bouille émerveillé quand il a pu entendre et sentir le bébé bouger dans mon ventre. Je crois que, quelque part, cela le fascine de savoir que son petit frère ou sa petite sœur est dans le ventre de sa maman. Il ne comprend sans doute pas tout, mais il saisit l’essentiel. Enfin, je crois.
-Maman ! Avion ! Me demande soudain mon fils, alors que j’affiche une moue peinée. Grégory est dans une période où il aime faire l’avion avec son père, et réclame de faire le même jeu avec moi. Mais dans mon état, je me sens bien incapable de porter mon fils sur mon dos comme le fait Cédric.
-Je ne peux pas mon poussin. Avec mon gros ventre, c’est compliqué pour moi de te porter sur mon dos.
-Maman ! Avion ! S’il te plait !!
-Grégory, ce n’est pas un soucis de politesse. Je ne peux pas pour le moment, mais on pourra jouer à l’avion quand le bébé sera né.

Bébé nul ! Bougonne Grégory en faisant demi-tour pour sortir du salon. Je ne peux m’empêcher de sourire, alors que j’essaie tant bien que mal à me relever en m’appuyant sur la table basse.
-Tu ne diras pas ça longtemps. Quand le bébé sera grand, tu pourras jouer avec lui, comme tu le fais avec Gabriel.
-Bébé est un garçon ?
-Aucune idée mon poussin ce sera la surprise. Mais si c’est une fille, ce n’est pas ça qui t’empêchera de jouer avec elle. Lui assuré-je alors que je vois à sa moue qu’il n’est pas convaincu. Puis, je remarque sa façon de se trémousser. On dirait que quelqu’un a envie d’aller sur le pot !
-Nooooon !
-Si si, aller c’est parti ! Lui dis-je, sûre de moi, avant de le prendre dans mes bras pour aller à l’étage.

Une fois dans la salle de bain de l’étage, je m’empresse d’installer Grégory sur le pot. Ce n’est pas forcément évident avec mon ventre et Grégory qui ne se laisse pas faire, mais je tiens bon. Je ne peux pas compter sur l’aide de Cédric : il est en rendez-vous avec un client pour une mission d’auteur, sinon, il aurait mis lui-même notre fils sur le pot.
Généralement, Grégory se montre coopératif dans l’apprentissage de la propreté, mais il lui arrive de faire sa tête de mule. Surtout quand il est en train de jouer et qu’il n’a pas envie de s’arrêter pour aller sur le pot.
Il est mignon et fait des grands sourires à tout le monde, mais quand il veut, c’est une vraie tête de mule.

J’entame bientôt mon huitième mois de grossesse, et les préparations pour la naissance du bébé s’accélèrent pour Cédric et moi. La chambre est terminée, et nous ressortons des placards de vieux vêtements de Grégory qui pourront tout à fait convenir, que ce soit une petite fille ou un petit garçon.
Grégory doit sentir cette agitation, car il semble particulièrement inquiet ces jours-ci. C’est régulier que nous l’entendons se réveiller la nuit, après avoir fait un cauchemar. Je dois avouer que cela m’inquiète. Lui qui semblait bien assimiler la nouvelle de l’arrivée d’un bébé dans la famille, ce n’a pas l’air d’être tellement le cas. Cédric essaie de me rassurer, en m’affirmant que cela ira mieux une fois le bébé né et qu’il faut faire preuve de patience, cela ne me plait pas de voir mon fils aussi inquiet.

Alors, quand nous l’entendons se réveiller et commencer à pleurer, Cédric se lève pour le rejoindre dans sa chambre. Je me sens trop fatiguée et trop lourde pour être aussi réactive que lui, même si j’aimerais pouvoir en faire autant pour rassurer mon fils.
Dès que Cédric arrive dans la chambre de Grégory, notre fils se dépêche d’aller voir son père pour lui réclamer un câlin.
-Et bien alors mon grand, tu as encore fait un cauchemar ?
-Oui… Bredouille Grégory en s’accrochant à son père.
-Tu veux bien me raconter ? C’est encore celui où un monstre cassait tous tes jouets ? Suppose alors Cédric alors que Grégory secoue la tête.
-Bébé méchant, toi et Maman que pour lui et moi tout seul. Tente-t-il d’expliquer en reniflant.
-Ce n’est qu’un mauvais rêve, d’accord ? Nous t’aimons très fort avec Maman, et cela ne changera pas avec l’arrivée du bébé. Et le bébé ne sera pas méchant, ne t’inquiète pas. C’est tout petit et innocent un bébé, tu verras. Essaie de le rassurer Cédric, tout en le gardant dans les bras. Il continue de lui dire des paroles réconfortantes et de le bercer, jusqu’à ce que Grégory retrouve le sommeil.

Malgré mes nuits perturbées et l’inquiétude que je ressens pour mon fils, je ne peux me soustraire à mes obligations professionnelles. Surtout aujourd’hui !
L’agence spatiale s’apprête à mettre en fonction un nouveau prototype, qui révolutionnerait les fusées. Je ne connais pas tous les détails techniques, puisque c’est une autre équipe qui gère ce projet, mais l’agence va justement le présenter aujourd’hui et tout le monde est réquisitionné pour finir les derniers détails et pour la présentation soit un succès.
Normalement, j’aurais du commencer mon congé maternité aujourd’hui, mais je n’aurais manqué cette journée exceptionnelle pour rien au monde ! Un jour de plus ou de moins, qu’est-ce que ça change alors que ce fameux prototype dont je ne sais rien pour le moment pourrait révolutionner mon travail ?

Je suis absolument excitée par cette journée, et de ce fait, je ne me suis jamais sentie aussi en forme. Bien que j’ai du me lever plus tôt pour être à la première heure à mon travail.
Lorsque je retourne dans la chambre pour récupérer quelques affaires, je fais attention à ne pas faire de bruit, et éviter de trop déranger Cédric qui dort encore. En passant devant le paravent, je marque un arrêt face au miroir. Mon ventre est énorme, j’ai l’impression d’être sur le point d’accoucher alors qu’il me reste encore quelques semaines devant moi. De petites semaines, certes, mais quand même. Heureusement que le médecin m’a certifié que le bébé était tout seul là-dedans à plusieurs reprises, sinon j’aurais pu penser attendre des jumeaux.
-Tu ne te rends pas encore compte bébé, mais aujourd’hui, nous allons vivre une journée extraordinaire. Soufflé-je en passant doucement les mains sur mon ventre.

*  *  *

Aujourd’hui, Cédric gère seul Grégory pendant que Joy est au travail. Elle l’a embrassé avant de partir, et il sait bien qu’elle ne va pas rentrer de bonne heure vu l’événement important qui se prépare à l’Agence. Il ne saisit pas tous les tenants et aboutissements de cette présentation, mais il voit bien que son épouse est enthousiasme face à cette journée et cela lui suffit. La passion qui l’anime pour son travail l’a toujours charmé et il est heureux de constater que cela l’aide à oublier les maux de la grossesse et ses inquiétudes à propos des cauchemars de Grégory pendant quelques heures.
-Elle est où Maman ? Interroge Grégory pendant le petit-déjeuner. En effet, ces derniers temps, l’emploi du temps de Joy s’est allégé pour la ménager avant son congé de maternité, et le petit garçon a pris l’habitude de voir sa mère tous les matins à son réveil.
-Maman est au travail mon poussin. Lui rappelle alors Cédric avec patience. Mais à partir de demain, elle sera tous les jours et toute la journée à la maison. Lui assure-t-il alors que Grégory affiche un grand sourire enthousiaste. En attendant, aujourd’hui, nous allons rester entre hommes. Tonton et Gabriel doivent venir passer l’après-midi avec nous, tu es content ?
-Ouii !! Tonton et Gaby !! En sautille de joie le petit garçon sur sa chaise haute.

Après le déjeuner, pour essayer d’occuper son fils excité comme une puce à l’idée de voir son oncle et son cousin, Cédric essaie d’apaiser ses inquiétudes quant à l’arrivée du bébé. Il essaie de ne pas le montrer pour ne pas accentuer les inquiétudes de sa femme, mais il se fait également du soucis pour son fils. Il aimerait qu’il soit plus serein face à l’arrivé du bébé qui approche à grand pas.
Alors, il prend le temps de lui expliquer ce qui va se passer dans les semaines à venir. Il se montre honnête, en admettant que lui et Joy risquent d’être occupés avec le bébé qui aura besoin de beaucoup d’attention, alors que Grégory est plus autonome. Il lui avoue que le bébé va faire beaucoup de bruits, car il ne saura pas encore parler. Mais à chaque annonce difficile, il la contrebalance avec des informations positives, en lui rappelant que lui et sa Maman l’aiment et l’aimeront toujours, qu’ils continueront à s’occuper de lui et à veiller à son bien-être. En lui signalant que le bébé va vite grandir et qu’il pourra jouer avec lui. Il essaie d’être le plus clair possible, et est à l’écoute des questions de son fils.
Si bien qu’il est surpris quand il surveille l’heure, avant de lever les yeux au ciel. Son frère est encore en retard, pour changer !

Soudain, son téléphone portable se met à sonner. Cédric le sort aussitôt de sa poche, et décroche sans même regarder le numéro qui s’affiche à l’écart. C’est sans aucun doute Celian qui le prévient de son retard, Cédric en est persuadé.
Oui allô ? Décroche-t-il sobrement, mais sur un ton amusé tout de même.
Bonjour, puis-je parler à Monsieur Cédric Chastain ? Lui répond alors une voix grave, qui n’appartient certainement pas à son frère. Cédric marque un temps d’arrêt, surpris, et jette rapidement un œil au numéro qu’il ne connait pas.
C’est moi-même. Répond-t-il le plus naturellement possible, essayant d’être le plus neutre possible face à son fils qui l’observe avec curiosité, alors qu’un mauvais pressentiment commence à l’assaillir.
-Bonjour Monsieur Chastain, je me présente : Ernest Touthym, Directeur de l’Agence Spatiale d’Oasis Springs, où exerce votre épouse, Madame Joy Opaline.
-Euh, d’accord… Et que puis-je pour vous ? Joy a oublié quelque chose ?
Je vais être honnête avec vous, Monsieur, ceci n’est pas un appel de courtoisie. Mais je tenais à prendre mes responsabilités quant aux événements qui se sont produits à l’agence en tant que Directeur et en informer moi-même les familles…
-Attendez, quels événements ? De quoi parlez-vous ? Comment va Joy ? Le coupe sans attendre Cédric, inquiet quant aux propos de son interlocuteur. Il se force à respirer un grand coup pour rester calme, Grégory continuant de le fixer avec intérêt. Sans aucun doute que lui aussi sent que quelque chose ne va pas.
-Monsieur Chastain, je suis au regret de vous annoncer qu’un accident s’est produit dans une des salles techniques de l’agence. Le prototype sur lequel travaillait nos équipes a … hum… il a explosé. Et votre épouse était malheureusement présente dans la salle au moment de l’explosion…

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 24

Depuis la naissance de Grégory, Cédric se pose beaucoup de questions sur sa vie professionnelle. Jusqu’à présent, il travaillait à mi-temps à la bibliothèque d’Oasis Springs et occupait le reste de son temps à réaliser des missions d’auteur free-lance. Cela lui allait bien, car il avait un revenu fixe grâce à son emploi à la bibliothèque, tout en poursuivant sa passion pour l’écriture, même s’il s’agissait de contribuer aux œuvres littéraires d’autrui.
Mais, lorsque notre fils est né, nous avons dû vite nous poser la question de sa garde quand nous sommes tous les deux au travail. Certes, nous recevons l’aide régulière de mes parents qui se font une joie de garder leur petit-fils, mais avec le temps, la situation pesait à Cédric. D’autant plus quand nous avons commencé à parler plus sérieusement à faire un second enfant.
Nous en avons beaucoup discuté. Il m’a avoué que son travail à la bibliothèque ne lui plaisait plus, qu’il avait la sensation d’en avoir fait le tour. Mais qu’à côté, il avait également envie de créer, de devenir véritablement auteur en étant reconnu sous son propre nom. Il aimait ses missions, mais cela le pesait également que d’autres personnes récoltaient les lauriers de son travail et de sa créativité.
Alors, il a décidé de démissionner de son poste à la bibliothèque pour consacrer ce temps à l’écriture de son propre roman, tout en continuant à faire des missions à côté, comme il l’a fait jusqu’à présent. C’est un risque à prendre dans la mesure où il n’aura plus de revenus fixes tous les mois. Mais je gagne suffisamment bien ma vie pour compenser cette perte de revenus, d’autant plus depuis ma promotion où je suis passée d’Astronaute junior à Astronaute. Cédric tenait néanmoins à m’en parler avant de faire quoique ce soit, voulant être sûr que j’approuve sa décision. Comme si j’allais refuser qu’il vive pleinement sa passion !

Et puis, l’avantage de ce changement professionnel, c’est que Cédric est en permanence à la maison et peut s’occuper de l’éducation de notre fils. Il se considère avec le sourire comme « mi-auteur, mi-père au foyer ». Ce n’est pas tous les jours faciles pour lui de travailler tout en gardant un œil sur Grégory, il est même souvent obligé de profiter de ses siestes pour avancer un maximum sur ses missions où il a un délais à respecter ou de finir plus tard le soir, mais c’est un rythme qui lui convient. Il est même heureux de passer davantage de temps avec son fils.
Et puis, cela ne veut pas dire non plus que mes parents ne nous aident plus du tout. De temps en temps, ils prennent avec eux Grégory quelques heures pour permettre à Cédric de se concentrer sur son travail et d’être tranquille. Certes, ils le gardent moins souvent qu’avant, mais cela leur fait toujours plaisir de soulager Cédric et de s’occuper de Grégory.

Au fil du temps, nous avons fini par nous adapter à ce nouveau mode de vie, et je vois bien que Cédric est plus épanoui. Il se concentre sur l’essentiel désormais : notre fils et sa passion pour l’écriture, et cela me fait plaisir de le voir satisfait de ses choix et de sa vie.
D’autant plus que je suis de nouveau enceinte. Grégory n’est pas tout à fait autonome encore, mais nous ne voulions pas que lui et son petit frère ou petite sœur ait un écart d’âge trop important. Par chance, une nouvelle fois, je n’ai eu aucune difficulté à tomber enceinte et cette nouvelle grossesse nous comble de bonheur.
Même si cela signifie que je dois une nouvelle fois renouer avec les désagréments qui vont avec.

Néanmoins, et toujours au grand désarroi de Cédric -et j’exagère à peine-, comme lors de ma première grossesse, je continue mes activités habituelles, notamment le sport. Je suis certes passée au rang d’astronaute, et par chance avant d’être de nouveau enceinte, mais je ne veux pas me reposer sur mes lauriers. Mais si je veux continuer à gravir les échelons, je ne peux pas me permettre de rester plusieurs mois sans activité physique.
Alors, même si ma grossesse commence à se voir, je continue de m’entraîner en courant sur mon tapis de course. Une bonne forme physique, ça s’entretient !

Même si je ne peux pas l’entretenir autant que je le voudrais. Je profite évidemment des moments où je me sens bien pour courir, mais je suis parfois obligée de m’arrêter car je commence à me sentir nauséeuse. J’essaie de respirer calmement pour faire passer la nausée, et des fois cela fonctionne, et d’autres fois… Pas du tout.
Cédric ne fait pas de commentaire dans ces moments-là, et se contente de me montrer son soutien comme il sait si bien le faire. Mais je sais qu’il n’en pense pas moins : il pense que mes nausées sont des signes que me lance mon corps pour m’inciter à me reposer. Les courbatures sont aussi des signes que l’on en a trop fait, mais ce n’est pas pour autant que je vais rester sur mon canapé !

Au fur et à mesure que ma grossesse avance, c’est de plus en plus l’effervescence à la maison, puisqu’une fois le premier trimestre passé, il faut que l’on commence à réfléchir comment on décore et aménage la future chambre du bébé pour que tout soi prêt à temps, sans que nous ayons besoin de nous presser. Sans parler du fait que notre famille passe leur temps à nous demander comment je me porte et si le bébé se développe bien.
Evidemment, toute cette agitation, Grégory la perçoit. Il s’interroge lorsque nous partons faire du repérage dans les magasins de bricolage et de décoration, et il s’inquiète également quand j’ai des nausées et que je file aux toilettes pour vomir.
Alors, avec Cédric, nous essayons de trouver le meilleur moyen de lui expliquer qu’il va être grand frère.

Nous avons acheté des jeux pour essayer de lui expliquer, ainsi que des livres pour lui raconter des histoires d’enfants qui voient arriver un nouveau bébé dans la famille. Nous espérons que cela l’aidera à comprendre et à se familiariser à l’idée qu’il ne sera plus le seul enfant dans cette maison et qu’il va être obligé de nous partager.
-Tu vois sur cette carte, c’est un bébé. Lui montre alors Cédric alors que Grégory ne semble pas comprendre. Tu étais comme ça quand Papa et Maman t’ont eu, avant de grandir et devenir un grand garçon.
-Bébé ? Tout petit !!
-Oui, c’est tout petit un bébé, avant de grandir. Et parfois, le Papa et la Maman décident d’avoir un nouveau bébé, pour avoir plusieurs enfants. Et quand c’est le cas, le ventre de la Maman grossit et devient tout rond. Continue-t-il d’expliquer tout en montrant une nouvelle carte à Grégory. Aussitôt, je vois son regard s’illuminer et il lève la tête vers moi.
-Comme Maman !! S’écrit-il tout en pointant le doigt vers mon ventre, ce qui ne manque pas de nous faire sourire.

Grégory est un petit garçon intelligent, et même s’il semble avoir compris que j’attends un bébé, il a plus de mal à saisir le concept de petit frère ou de petite sœur, et son futur rôle de grand frère.
Avec Cédric, nous préférons ne pas insister pour le moment. Après tout, nous avons encore plusieurs mois devant nous avant la naissance, ce qui nous laisse autant de temps pour expliquer les choses à Grégory. Et puis, plus ma grossesse avancera, plus cela deviendra concret pour lui. Surtout quand il pourra entendre et sentir le bébé bouger dans mon ventre.
En attendant, Cédric détend l’atmosphère en jouant avec Grégory. Très vite, les questions laissent place à des rires, et cela est un vrai plaisir à entendre.

Maman vient toujours régulièrement à la maison. Elle veut s’assurer qu’avec ma nouvelle grossesse nous n’avons pas besoin d’aides supplémentaires.
Et puis, cela lui permet de voir Grégory au passage, donc elle ne se plaint pas de faire le trajet « pour pas grand chose ».
Quelque chose me dit que sa pseudo inquiétude quant à ma grossesse n’est qu’une excuse pour voir davantage son petit fils. Mais je ne vais pas la blâmer pour ça.
-Tu arrives à lui faire manger des petits pois sans qu’il ne fasse une scène ? S’étonne Maman alors qu’elle est arrivée plus tôt que prévu, et nous n’avions pas encore terminée de manger.
-Tu penses, c’est un petit gourmand. Il mange de tout. Tu verras que dans deux secondes, son bol sera vide.
-Eh beh vous avez de la chance. Je me souviens que toi, tu étais plus difficile avec les légumes verts.
-Tu te souviens de ça toi ? M’étonné-je avec une moue dubitative.
-Bien sûr. Ton grand-père n’arrêtait pas de râler qu’il ne savait plus quoi faire pour te faire manger des légumes sans que tu fasses la tête. Tu étais un véritable petit ange, mais tu avais déjà ton caractère !

-As vu Mamie ! Tout mangé ! S’exclame fièrement Grégory en montrant son bol vide. Je suis attendrie quand je vois le regard qu’il lance à sa grand-mère et les grands sourires qu’il lui offre. Quand j’observe le visage de Maman, je sais qu’elle l’est aussi.
-C’est bien mon grand ! Il faudra que tu montres l’exemple à ton petit frère ou ta petite sœur quand le bébé sera là !
-Ouiiii !! S’écrit-il, juste pour aller dans le sens de sa grand-mère.
-Il saisit pas tout à fait qu’il va être grand frère, tu sais. Précisé-je tout de même à Maman qui hoche la tête en signe de compréhension.
-Après, il va vite comprendre quand il sera réveillé la nuit par un petit truc rose qui braille.
-Maman…
-Bah quoi ? C’est vrai ! Assure Maman alors que je lève les yeux au ciel. Manquerait plus qu’elle lui fasse peur ! Mais tu veux savoir un secret, ajoute-t-elle en direction de Grégory sur le ton de la confidence alors qu’il l’écoute avec toute l’attention du monde, quand le bébé pleurera, fais lui un bisou sur le front et il va se calmer tout seul, c’est magique !
-C’est vai ?
-Evidemment que c’est vrai ! Comme si Mamie allait te mentir ! Affirme-t-elle avec assurance, alors que nous ne pouvons pas nous empêcher de nous amuser de la situation.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 23

Suite à l’anniversaire de Cédric et de son frère, la vie reprend doucement son cours. Papa et Maman viennent régulièrement à la maison, notamment pour voir leur petit-fils. Je crois qu’ils en profitent pour rattraper ce qu’ils n’ont pas eu avec moi et cela me fait chaud au cœur de les voir tisser des liens avec Grégory. Maman profite de ses visites pour me donner des nouvelles de la famille, notamment de Tonton Ryan, qui passe beaucoup de temps chez elle depuis le décès de Tata Juliette. Le pauvre vit seul désormais, même s’il reçoit régulièrement la visite de ses enfants. Heureusement qu’ils sont voisins avec Maman, cela leur permet de se serrer les coudes. Et apparemment, il a hâte de devenir grand-père et de voir son petit-fils pointer le bout de son nez.
Ce qui a fini par arriver. Sarah a mis au monde un petit Gabriel. Tout le monde se porte bien et d’après ma cousine, Celian est absolument fou de son fils. Il a hâte qu’il soit suffisamment grand pour pouvoir jouer au ballon avec lui, et promet d’entraîner Grégory dans leur jeu également.

Grégory a bien grandi, au fil du temps. Ses cheveux blonds ont poussé et il ouvre ses grands yeux bleus sur le monde qui l’entoure. Petit à petit, il gagne en autonomie et nous nous émerveillons avec Cédric de le voir grandir. Plus il grandit, plus notre famille s’amuse à deviner à qui il ressemble. Pour nous, cela n’a que peu d’importance, tant qu’il grandit dans le bonheur.
Et nous faisons notre possible avec Cédric pour qu’il soit le plus épanoui possible.

Avec mon travail, je passe beaucoup de temps à travailler mes compétences pour pouvoir gravir les échelons et je me retrouve à passer moins de temps avec mon fils que Cédric. De ce fait, je profite de chaque instant avec lui, pour lui apprendre de nouvelles choses et jouer avec lui. J’aime mon travail mais je ne veux pas prendre le risque qu’il me reproche un jour d’avoir privilégié mon travail plutôt que lui.
Et puis, il n’y a rien de plus beau que de passer du temps avec lui. Chacun de ses rires et de ses sourires sont de véritables trésors. J’aime mon travail et l’espace est ma passion, mais mon fils est ma priorité dans ma vie.

Les moments à table sont également des instants que nous apprécions avec Cédric. J’ai l’impression qu’il prend encore plus de plaisir à cuisiner en sachant qu’il va faire découvrir de nouvelles saveurs à Grégory et fait particulièrement attention aux menus pour veiller à apporter tout ce dont notre fils à besoin pour bien grandir.
D’autant plus que nous avons de la chance : Grégory est un véritable petit gourmand qui ne fait pas la fine bouche face à son assiette. Bon, pour être honnête, il met à peu près tout et n’importe quoi dans sa bouche et, même si cela a évidemment des inconvénients, c’est un sacré avantage au moment du repas. Et, avec le temps, l’heure des repas est devenu sacré pour Monsieur Grégory, qui attend ce moment de la journée avec impatience.
-Alors, c’est bon ce que Papa a préparé ? Lui demande Cédric, ravi de voir son fils manger avec appétit.
-Oui, très bon ! S’exclame avec enthousiasme Grégory… avec la bouche pleine, évidemment.
Grégory, on ne parle pas la bouche pleine, ce n’est pas poli.
-Pa’don. S’excuse-t-il avant de recracher ce qu’il avait dans sa bouche, pour répéter à son père que le plat est à son goût. Et évidemment, il remet ce qu’il avait craché dans sa bouche pour l’avaler. Cédric ne peut s’empêcher de rire et je me dis que nous avons encore du travail. C’est rigolo et mignon pour le moment, mais ce ne sera pas le cas éternellement.

Nous avons mis du temps pour trouver notre rythme à trois, mais aujourd’hui, nous n’envisageons plus une vie sans enfant. Grégory fait partie de notre vie, et c’est un véritable plaisir de nous occuper de lui et de faire en sorte qu’il grandisse avec tout ce dont qu’il a besoin.
C’est toujours un véritable plaisir de voir Cédric s’occuper de notre fils. Il s’épanouie dans son rôle de père, il n’aurait jamais pu mener une existence sans enfant, c’est indéniable. Il est facilement entré dans une routine quotidienne avec Grégory, qu’il s’agisse d’aller le chercher dans sa chambre le matin pour qu’il puisse prendre son petit-déjeuner…

… Ou encore lui faire prendre son bain, une fois qu’il a terminé de manger. Et pourtant, le bain n’est pas une mince affaire.
Grégory adore l’eau. Si nous le laissions faire, il passerait ses journées dans la baignoire, à l’arpenter de long, en large et en travers. Même s’il est agréable de joue avec lui dans la baignoire, le laver n’est pas chose aisée dans la mesure où il ne tient pas en place. Si on a le malheur d’approcher du savon vers lui, il s’amuse à nous éclabousser. A force, nous finissons aussi trempé que lui et la salle de bain se transforme en piscine.
Je dois avouer que Cédric se montre plus patient que moi dans cet exercice. Je crois que jouer avec l’eau l’amuse tout autant que son fils. Heureusement dans un sens, car quand le bain s’éternise, je ne peux m’empêcher de penser à toutes les choses que j’ai encore à faire. Et à penser que Grégory pourrait finir par attraper froid, à force de rester dans le bain.
J’adore mon fils et chaque moment passé avec lui, mais il faut être honnête que le bain est plus une tâche pour Cédric. Ce n’est pas grave, quand il sera plus grand, c’est moi qui l’aidera pour faire ses devoirs de sciences et de mathématiques.

Nous faisons de notre mieux avec Cédric pour assurer notre rôle de parent. Grégory illumine nos journées et c’est un véritable bonheur de l’avoir dans notre vie.
Cependant, nous ne sommes pas uniquement des parents, avec Cédric. Nous sommes également un couple et chaque sieste est prétexte pour penser à nous. Nous ne voulons pas nous oublier dans notre rôle de parents, et nous essayons de trouver du temps pour être tous les deux et profiter de l’autre.

Très vite, la Fête des Récoltes arrive. Cette année, nous l’organisons à la maison et nous avons invité toute la famille. C’est un véritable plaisir de recevoir tout le monde en ce jour de fête. Enfin, tout le monde ou presque, puisque Celian et Sarah n’ont pas pu venir. Gabriel est malade, et Sarah ne se sent pas en forme non plus. Nous pensons beaucoup à eux, tout en profitant de ce jour avec les personnes présentes : mes parents et beaux-parents.
Cédric a passé toute la matinée en cuisine pour préparer le repas, et il est fier de lui. Il pose le plat à table en annonçant que c’est prêt. Maman n’attend pas pour s’installer à table, et Kalpita vient vite nous rejoindre pendant que j’installe Grégory sur sa chaise haute. Quant à Papa et Paul… Disons qu’ils sont obnubilés par un match de foot diffusé à la télé.
-Bon les garçons, vous décidez à venir ? Les interpelle Kalpita alors que Cédric lui prépare une assiette.
-Oui oui on arrive. Répond distraitement Sven alors que nous nous regardons avec un sourire amusé. Un « on arrive » qui veut dire qu’ils sont bien trop concentré sur le match pour venir à table.
-De vrais gosses. Ne peut s’empêcher de rire Maman, suivi par Kalpita qui confirme alors ses dires.

Bon gré mal gré, Kalpita se montre conciliante et leur apporte leur assiette, aidée par Cédric. Quant à moi, je m’installe face à Maman pendant que Cédric finit par s’asseoir à côté de notre fils pour veiller à ce qu’il mange bien.
-J’espère que ça va pour Sarah et Gabriel. S’inquiète Maman alors que nous évoquons leur absence et celle de Celian.
-Mais oui Maman. Ils ont tous les deux été voir le médecin, ça ira mieux dans quelques jours. La rassuré-je du mieux que je peux. Pour l’avoir eu au téléphone, je sais bien que Sarah et Gabriel n’ont rien de grave et que cela ira mieux en un rien de temps.
-Si tu commences à t’inquiéter alors que nous sommes qu’en automne, tu n’as pas fini ! L’hiver va être long ! Plaisante alors Paul avant de reprendre plus sérieusement. Et puis, ils ne passent pas la Fête des Récoltes tous seuls, Ryan est avec eux pour quelques jours.

-Ah oui, il est à Oasis ? Comment il va d’ailleurs ? Ca fait belle lurette que je ne l’ai pas vu ! S’intéresse alors Papa, détournant son attention de la télévision.
-Il va bien. Il se désole de ne pas voir ses fils plus souvent, mais il est complètement gaga de son petit-fils. Il n’a que le nom de Gabriel dans la bouche quand il vient à la maison ! Lui répond alors Maman.
-Et encore, c’est un euphémisme. Je suis sûr que la prochaine fois qu’il vient à la maison, il va avoir blindé la mémoire de son téléphone de photos de Gabriel. Fais-moi penser à prévoir le stock de gâteau et de café quand on ira faire les courses. Ne tarde pas à ajouter Paul alors que Maman ne peut s’empêcher de rire. J’écoute sans rien dire, ravie d’avoir des nouvelles de mon oncle. Et puis, il faut admettre que cela détend l’atmosphère.
-Et ils deviennent quoi ses fils d’ailleurs ? On parle beaucoup de Sarah, mais euh… Mince, je suis désolée, j’arrive pas à retrouver leur prénom… S’interroge Kalpita avec une moue embarrassée.
-Kylian et Alexandre. Lui rappelle avec bienveillance Maman. Ils vivent à San Myshuno et ils ont monté leur propre entreprise ensemble. Ils vendent des tee-shirt en coton éco-responsable je crois. Bref, ils sont toujours en vadrouille à droite à gauche pour promouvoir leur marque.
-Oh c’est vraiment super ! Ryan doit être fier d’eux ! S’enthousiasme Sven.
-Il doit être leur plus fidèle client si tu veux mon avis. Lui répond Paul sans attendre.

Une fois le repas terminé, nous libérons Grégory de sa chaise haute. Depuis, il ne lâche plus sa grand-mère d’une semelle et la suit absolument partout, ou presque.
Grégory est proche de Maman et il est toujours ravi quand elle est à la maison. Il ne cesse de lui faire de grands sourires, et les yeux doux pour avoir des câlins de sa Mamie.
Je vois bien que cela touche Maman. Elle qui n’a su être proche de moi au même âge, a comme une nouvelle chance avec son petit-fils. Si bien qu’elle est incapable de résister face à sa bouille d’ange et le couvre de câlins…

… Même quand il est l’heure pour lui d’aller dormir.
-Grégory, c’est l’heure d’aller au lit pour toi, il est tard. Lui signalé-je alors qu’il n’a d’yeux que pour sa grand-mère.
-Pas fatigué !
-Tu n’arrêtes pas de bâiller et l’heure c’est l’heure.
Veux rester avec Mamie ! S’en-tête Grégory alors que je suis beaucoup trop touchée pour lui en vouloir.
-Je peux aller le mettre au lit si tu veux. Me propose Maman, émue par l’amour que lui porte Grégory.
-Maman, tu n’es pas obligée…
-Je me sens pas obligée. Moi aussi je suis contente de passer quelques minutes supplémentaires avec mon petit-fils. M’assure-t-elle alors qu’elle s’approche de Grégory. Viens avec moi mon grand, je vais te lire une histoire.
-Ouiiii !!!
-Dès que tu auras ton pyjama sur le dos. Précise-t-elle ensuite alors que je vois sur le visage de mon fils qu’il est déçu.
-O.. Bli..Gé ? Tente-t-il de négocier alors que je me retiens de rire face à sa bouille.
-Oui, obligé. Et après l’histoire, c’est dodo. Affirme Maman avant de le prendre dans ses bras. Il ne résiste pas, s’accrochant même au cou de sa grand-mère qui ne peut s’empêcher de sourire face à l’affection de Grégory.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 22

Nous sommes restés quelques jours à l’hôpital, pour s’assurer que tout allait bien de mon côté, comme de celui de Gregory, et également pour nous apprendre à nous occuper de notre enfant.
Puis, Cédric est venu nous chercher à la maternité, et nous avons pu ramener notre fils chez nous et l’installer dans sa chambre. A la maternité, Maman est venue avec Bibou, son monstre en peluche dont j’avais moi-même hérité lorsque j’étais enfant. Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en le voyant. Après avoir accompagné ma mère, puis moi, c’est au tour de Gregory d’avoir cette peluche pour décorer sa chambre. Celian est venu nous voir également pour rencontrer son neveu, accompagné d’un ours en peluche. Décidément, mon fils a à peine découvert le monde qu’il est déjà gâté.

La situation nous semble un peu surréaliste, avec Cédric. Nous n’étions que tous les deux, il n’y a pas si longtemps, et aujourd’hui, nous devons composer une vie à trois. Créer notre vie de famille, nous deux et notre fils. Chaque nouvelle journée est assez incroyable au fur et à mesure où nous faisons connaissance avec Gregory. Nous avons par moment du mal à croire que ça y est, nous sommes devenus parents, et qu’un petit être qui n’a rien demandé compte dorénavant sur nous.
Cela nous a fait peur, les premiers jours, comme pour beaucoup de jeunes parents avec leur premier enfant, j’imagine. Mais, petit à petit, une routine s’installe et nous apprivoisons notre rôle de parent, essayant de s’occuper au mieux de leur bébé pour qu’il puisse grandir et s’épanouir dans notre famille.

Cédric prend d’ailleurs très à cœur son rôle de père. Lui qui n’a été que spectateur de l’évolution de notre fils durant ma grossesse, peut enfin devenir acteur et créer des liens avec lui. Je revoie encore son visage lorsqu’il a tenu son fils dans ses bras pour la première fois. Il était assez impressionné, mais ses yeux trahissaient son émotion de pouvoir enfin tenir son fils dans ses bras, et le serrer contre lui.
Depuis, il ne manque aucune occasion de s’occuper de lui. La nuit, si Gregory n’a pas faim, il s’empresse de se lever pour aller le calmer s’il se met à pleurer. Il n’a pas peur des couches sales et profite de l’occasion pour le câliner après de l’avoir changé. Par moment, je me dis que j’ai eu raison de décider de l’allaiter, car c’est bien la seule chose que Cédric ne peut pas faire à ma place.

Les semaines passent et l’anniversaire de Cédric finit par arriver. J’ai du mal à réaliser qu’il fête déjà ses 40 ans. Avec l’arrivée de Gregory, le temps est passé si vite que je suis surprise que le jour J est déjà là. Ma surprise amuse même Cédric, qui ne se formalise pas de prendre de l’âge. Cela ne semble pas lui faire peur, il est même plus confiant que jamais en l’avenir. Il a tout ce qu’il veut dans la vie, et c’est le principal pour lui.
Pour l’occasion, nous avons invité notre famille à la maison pour célébrer son anniversaire et également celui de son frère. Nos invités doivent arriver en fin d’après-midi, à l’heure du goûter, et Cédric s’attelle à la confection du gâteau pendant que je m’occupe de notre fils.

Pendant que le gâteau est en train de cuire, Cédric s’empare d’aller se préparer alors que je finis de me changer. Je me pavane devant lui et je devine dans son regard que ma nouvelle robe, achetée exprès pour l’occasion, est à son goût. La sonnette se fait rapidement entendre et je m’empresse d’aller ouvrir. Mon père et Kalpita sont les premiers arrivés et pour cause : ils se sont installés dans la maison d’à côté. L’ancienne maison de Mamie. Cela m’a fait sourire lorsqu’il m’a annoncé la nouvelle, et je sais que Maman a du se retenir de rire quand elle l’a appris. Le pauvre n’a pas dû comprendre pourquoi.
Puis, peu de temps après eux, ce sont Celian et Sarah qui arrivent à la maison. Comme à son habitude, Celian fait son malin tandis que je salue ma cousine.
-Alors, frangin, pas trop flippé à l’idée de vieillir ?
-Je pourrai te retourner la question ! Réplique au tac au tac Cédric.
-Moi ? Mais j’ai peur de rien voyons ! J’ai même accepté de prendre le risque d’avoir des jumeaux, voire des triplés ! Si ça, c’est pas courageux !
-Oh regarde ! C’est ton pseudo-courage qui s’envole ! Se moque Cédric en levant les yeux au ciel.
-Eh les jeunes, si vous n’êtes pas contents de votre âge, je veux bien échanger avec vous ! Ne tarde pas à ajouter mon père, et nous essayons de nous retenir de rire avec Sarah face à cette scène.

-Ils ne sont pas possibles, tu crois qu’ils changeront un jour ? S’en amuse d’ailleurs ma cousine.
-Aucune idée.
-Peut-être que l’arrivée du petit finira par faire grandir Celian ? Suppose-t-elle en faisant référence à sa grossesse. En effet, elle et Celian ont fini par prendre la décision de faire un enfant et de fonder leur famille. Sarah a fini par découvrir que les réticences de Celian n’était que d’ordre professionnel : avant de prendre une telle décision, il voulait simplement s’assurer que sa demande de changement de poste sera acceptée ; ce qui a été le cas. Ainsi, grâce à cette promotion, il va essentiellement s’occuper de l’administration et ses déplacements seront considérablement réduits. De ce fait, et à son plus grand soulagement, il pourra être plus présent pendant la grossesse de Sarah et dans la vie de leur enfant. Et par chance, elle est rapidement enceinte, d’un seul bébé -en dépit de ses gênes Lothario-, un petit garçon, lui aussi. La seule surprise qui devra attendre la naissance sera son prénom.
-Je ne suis pas certaine. L’arrivée de Gregory n’a pas changé grand chose, comme tu peux le voir…
-Qu’est-ce qui nous ait passé par la tête, Joy ?
-Je sais pas… L’instinct de reproduction, les hormones, que sais-je encore …
-Hey les filles, on vous entend vous savez ? Ne tarde pas à intervenir Celian, faisant mine d’être vexé, alors que Cédric nous observe avec un sourire amusé.
-Oui, et alors ? Ne se démonte pas Sarah alors que je m’empresse d’aller accueillir Maman et Paul qui viennent tout juste d’arriver. Sauvée par le gong !

Après avoir accueilli Maman et Paul, nous nous installons tous dans le salon pour discuter. Je vois bien que Maman trépigne d’envie d’aller voir Gregory, mais je lui signale qu’il vient tout juste de s’endormir. Elle semble déçue mais elle sait que ce n’est que partie remise.
Puis, plus tard, je vais dans la cuisine. Je sors les bougies du placard pour les installer sur le gâteau au chocolat et je m’empresse de les allumer. Je prends ensuite le gâteau dans mes mains l’apporte doucement dans le salon. J’avance doucement, craignant que ma maladresse me joue des tours. J’entends Sarah commencer à chanter « Joyeux anniversaire » joyeusement, suivi très rapidement par les autres invités, mais je n’ose pas rejoindre la cadence avant de poser le gâteau sur la table.
Cédric est le premier à se lancer. Il me sourit puis regarde les bougies et s’empresse de les souffler.
-Alors frangin, ça fait quoi d’être vieux ? L’interroge sans attendre Celian après que Cédric ait soufflé ses bougies.
-Je ne voudrai surtout pas te gâcher la surprise ! Aller, à ton tour !

C’est avec un sourire narquois que Cédric s’empresse de rallumer les bougies pour que son frère les souffle à son tour. Je ne m’empêche d’afficher un sourire amusé. Là où Cédric vit très bien avec l’idée de prendre de l’âge, cela semble moins évident pour Celian. Derrière son humour et sa bonne humeur, se cache une certaine inquiétude.
Néanmoins, il prend une grande inspiration et souffle les bougies à son tour, sous les exclamations de « bon anniversaire ».
-Alors, ça fait quoi de vieillir ? Lui demande à son tour Cédric, toujours avec son sourire taquin.
-C’est sans doute plus simple que de porter un bébé. Soupire Sarah qui se sent soudain mal.
-Tu as besoin de quelque chose ? Lui proposé-je avec compréhension. La pauvre, je ne sais que trop bien que ce n’est pas toujours évident d’attendre un heureux événement.
-Je vais juste faire un tour dans la salle de bain. Soupire-t-elle avant de quitter la pièce. Ne m’attendez pas pour le gâteau !

En attendant que Sarah sorte de la salle de bain, nous commençons à couper et servir le gâteau avec Cédric. Tout le monde s’installe autour de la table et je réalise que nous avons manqué de prévoyance : il n’y a pas assez de chaise autour de la table pour tout le monde. Kalpita et Maman me rassurent et s’installent toutes les deux sur la table sur la terrasse. Tout le monde est servi et assis lorsque Sarah vient nous rejoindre. Sans attendre, Cédric s’empresse de lui servir une part de gâteau au chocolat sous son regard gourmand.

Les discussions vont de bons trains autour de la table. Même si j’ai besoin de moments de calmes -de beaucoup moments de calme-, j’apprécie d’être entourée de ma famille. Le gâteau de Cédric est délicieux et j’ai des nouvelles de tout le monde. Ainsi, je sais que Papa a du mal à s’accoutumer à la chaleur d’Oasis Springs alors que Kalpita est heureuse d’être revenue vivre ici. En même temps, entre la Suède et Oasis Springs, c’est le grand écart climatique.

Néanmoins, je suis heureuse que Papa soit venu vivre ici. J’ai vécu loin de lui durant toute ma vie, et je vais enfin pouvoir le voir plus souvent, et lui pourra voir régulièrement son petit-fils. Et puis, je dois avouer que cela me rassure, de le savoir ici. Il n’est plus tout jeune, et je pourrai être là pour lui si jamais il en a besoin.
Je profite d’ailleurs de sa présence pour lui donner un double des clés de la maison. Ainsi il pourra venir quand il en a envie, et il pourra venir garder Gregory si jamais nous devons nous absenter tous les deux avec Cédric. Je donne également un double à Maman pour les même raisons. Même si Brindleton Bay est plus loin, il n’y a pas de raison que nous sollicitions que l’aide de Papa et je sais que cela ne gêne pas Maman de faire la route pour venir ici.

La nuit tombe quand Gregory se fait entendre. Je propose donc à mes parents de venir avec moi pour qu’ils puissent voir leur petit-fils. Ils ne font évidemment pas prier et me suivent jusqu’à l’étage. Gregory a les yeux grand ouverts et je m’empresse de le prendre dans mes bras pour changer sa couche. Je vois que Papa me regarde faire avec un regard ému.
-Par moment, j’ai du mal à me faire à l’idée que je suis grand-père. M’avoue-t-il alors que ses yeux brillent lorsqu’il regarde Gregory.
-Ca viendra quand il commencera à parler et à t’appeler Papy. M’en amusé-je. Tu le veux le prendre ?
-Je ne sais pas si je saurais… Bredouille-t-il, mal à l’aise. Je lui souris avec compréhension alors que je lui mets Gregory dans les bras. Je sais bien que j’étais déjà grande quand il a su qu’il avait une fille et qu’il n’est pas forcément à l’aise avec un nourrisson. Il regarde toujours Gregory avec admiration, mais il a un peu de mal à le prendre dans ses bras. Il a peur de lui faire mal, je crois. Mais il fait toujours preuve d’une grande douceur avec lui et profite de ce moment avec son petit-fils.

Maman ne dit rien pendant que Papa câline Gregory. Elle se contente de le regarder faire, jusqu’au moment où nous sentons qu’il est temps de changer sa couche. Je reprends mon fils dans mes bras pour le changer, et mon père profite de ce temps-là pour retourner au rez-de-chaussée auprès de Kalpita. Maman reste avec moi et m’observe avec un sourire émue.
-Tu es vraiment une excellente mère, ma puce. M’avoue-t-elle alors que je suis en train de recoucher Gregory dans son berceau.
-J’espère que je serai à la hauteur en tout cas.
-Il n’y a pas de raison. Tu dois tenir de tes grands-parents pour ça.

-Si je suis une bonne mère pour Gregory, c’est aussi grâce à toi. Lui assuré-je en m’asseyant en face d’elle. Tu as toujours été une bonne mère.
-Ne raconte pas de bêtise. Secoue-t-elle la tête, en soupirant. Mon plus grand regret est de n’avoir pas su être là pour toi dans les premiers instants de ta vie. Et je ne m’excuserai jamais assez pour ça.
-Ce n’est pas de ta faute, Maman. Tu étais jeune et les circonstances de ma naissance n’ont pas été évidente. Tu as fait ce que tu as pu, c’est tout. La rassuré-je. Et cela ne change rien au reste du temps. Tu es une bonne mère, et je suis fière d’être ta fille. Et je suis sûre que tu seras la meilleure grand-mère du monde. Affirmé-je, sûre de moi, avant de me relever pour la prendre dans mes bras. Je t’aime Maman.
-Arrête un peu, tu vas me faire pleurer ! Mais je t’aime aussi ma fille.

La soirée passe à une vitesse folle, et petit à petit, les invités finissent par partir pour rentrer chez eux. Le calme revient à la maison, et cela fait tout drôle sur le coup. Avec Cédric, nous prenons le temps de tout ranger avant de regagner notre chambre. Maintenant que nous sommes seuls et que je peux profiter de mon homme, je m’empresse de le prendre dans mes bras et de lui déposer un b.aiser sur sa joue.
-Bon anniversaire mon amour.
-Merci Chaton. Tu as passé une bonne journée ?
-C’est plutôt à moi de te poser la question.
-Comment aurais-je pu passer une mauvaise journée ? Me demande-t-il avec un sourire amusé.
-Alors, ça fait quoi d’avoir 40 ans ?
-Rien de spécial. J’ai déjà tout pour être heureux avec une femme et un fils, alors prendre de l’âge ne me gêne pas. J’ai juste hâte que Gregory grandisse pour que l’on mette un deuxième bébé en route. M’avoue Cédric alors que je lui souris à mon tour. Qu’est-ce que j’aime l’entendre parler de nos projets d’avenir.
-En attendant, on peut toujours s’entraîner. Lui susurré-je avant de l’embrasser avec passion.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 21

La grossesse avance doucement mais sûrement. Je suis tellement occupée entre mon travail et l’amélioration de ma fusée que je ne vois, presque, pas le temps passé.
Presque, parce que je trouve quand même le temps de m’émerveiller face à mon ventre qui grossit, face aux sensations de mon bébé qui bouge dans mon ventre, ou encore face à l’enthousiasme de Cédric qui ne cesse d’accourir quand j’annonce que le bébé bouge ou encore quand il parle régulièrement à mon ventre, pour être certain que notre enfant reconnaisse sa voix quand il viendra au monde. A mon avis, vu comment il est bavard, si le bébé ne le reconnait pas, c’est qu’il est sourd.
Mais aussi, le « presque » s’applique aussi à cause des désagréments dû à la grossesse. Elle a beau être avancée, les nausées continuent de faire partie de mon quotidien. Cela me réveille tôt le matin et cela me fatigue de ne pas passer une journée tranquille sans être embêtée.

-Va prendre un bain, je vais te préparer un bon petit-déjeuner pendant ce temps-là. Me suggère Cédric alors que je me lève avec la nausée.
-Ca soulage les nausées, les bains ? Lui dis-je, dépitée par mon état et peu convaincue par sa proposition.
-Aucune idée, mais cela te détendra.

Bon gré mal gré, je me laisse tenter par un bon bain chaud et un masque d’argile sur le visage. Je ne sais pas si cela soulagera mes maux, mais cela ne me fera pas de mal.
Je me rends donc dans la salle de bain et pendant que l’eau coule dans la baignoire, je m’applique le masque. Je file rapidement dans la cuisine pour récupérer deux tranches de concombre, devant le regard rieur de mon mari. Je l’ignore et retourne dans la salle de bain où je me plonge avec plaisir dans l’eau chaude, pour ensuite mettre les tranches de concombre sur les yeux.
Au bout de quelques minutes, je dois avouer que je me sens mieux. Petit à petit, je me détends et je me laisse aller dans le confort de l’eau chaude. La nausée finit par passer, au fur et à mesure que je réalise que je devrais prendre plus de temps pour prendre plus soin de moi. Il est vrai que je m’accorde rarement des moments de détente, étant trop occupée à améliorer ma fusée ou ma forme physique. Mais c’est agréable aussi de se poser, de ne rien faire, me vider l’esprit et de juste penser à moi.
Ce qui est moins agréable par contre, c’est de devoir appeler Cédric pour m’aider à sortir de la baignoire. Ca donne juste l’impression d’être une grosse baleine échouée. Le summum du glamour et de la dignité.

Lorsque je parviens à sortir de la salle de bain et de m’habiller, Cédric m’apprend que la gazinière est en panne et qu’il a l’intention d’appeler le réparateur après le déjeuner. Je l’ai regardé d’un air ahuri. Pourquoi s’embêter à appeler et payer quelqu’un alors que je suis tout à fait capable de la réparer moi-même ?
Une fois le petit-déjeuner avalé, je m’empresse de récupérer mes outils pour commencer à travailler sur la gazinière. Je suis tellement prise dans ma tâche que j’oublie que ma mère devait venir à la maison aujourd’hui…
-Joy tu ne devrais pas te reposer ? S’inquiète-t-elle alors, après avoir été accueillie par Cédric.
-J’ai voulu appeler un réparateur, mais elle n’a pas voulu. Se justifie aussitôt Cédric, comme s’il avait peur de passer pour un mauvais mari.
-Tut tut tut ! Je peux très bien réparer ça moi-même ! Je ne suis pas en sucre ! Affirmé-je en brandissant fièrement mon tournevis. Et d’ailleurs, j’ai réussi !
-C’est bien ma fille, mais tu arrives à la fin de ta grossesse, il faut que tu te ménages. Me gronde Maman alors que je lève les yeux au ciel.

Nous allons ensuite dans le salon, et histoire de satisfaire ma mère, nous nous installons tranquillement sur le canapé. Cédric propose de lancer un film et prend la manette de la console après y avoir inséré un DVD. Pendant ce temps-là, je remarque que Maman a l’air triste. Elle m’avoue alors que Manon, l’une de ses amies et compagne de Tata Caroline, vient de décéder. Son fils aîné, Hugo, n’étant pas encore majeur, lui et son frère Eric sont allés vivre chez leur tante et leurs cousins. Mon cœur se serre en apprenant la nouvelle. Le décès de Manon fait partie de la vie et n’est pas surprenant étant donné son âge, mais savoir que ses enfants perdent leur dernier parent si jeune me rend triste. Je n’ose pas imaginer ce qu’ils doivent ressentir, déjà orphelins alors qu’ils ne sont pas encore adultes. Heureusement qu’ils peuvent compter sur leur tante Lucia et le soutien de Patrick et Marina.
-Ca va ma puce ? S’inquiète subitement Maman alors que je tente de me masser le bas du dos.
-Oui, j’ai juste mal au dos Maman, rien d’important.
-D’où l’intérêt de te reposer ma chérie, et ne pas te casser le dos à réparer tout dans ta maison. Ou donne des cours de bricolage à ton homme.
-J’ai essayé … Et on a du jeter la cafetière. Répliqué-je avec un sourire en coin, alors que Cédric fait mine de n’avoir rien entendu. Maman ne peut retenir un rire, et je me sens soudain fière d’avoir réussi à lui redonner le sourire pendant un instant.

Pendant que Cédric se bat avec la console qui ne semble pas vouloir coopérer, je décide de montrer la chambre du bébé à Maman. Nous l’avons terminé il y a peu, et il ne manque plus que notre enfant pour lui donner vie.
Nous retournons ensuite dans le salon pour voir où en est Cédric, et je m’arrête un instant lorsque je sens le bébé bouger. Je souris à Maman et l’autorise à toucher mon ventre pour qu’elle puisse le sentir me donner des coups de pied.
-Il est un peu hyperactif, j’ai l’impression qu’on pourra en faire un footballeur comme son oncle. M’amusé-je alors que Maman regarde mon ventre avec fascination.
-Au moins, ça montre qu’il va bien ce petit bout ! Vous ne savez toujours pas ce que c’est ?
-Non Maman, on n’a toujours pas changé d’avis. On garde la surprise.

-Même pas drôle. Bougonne Maman alors que son visage traduit sa joie de devenir bientôt grand-mère. Mais je parie que c’est une fille !
-Et qu’est-ce qui te fait dire ça ? Lui demandé-je, amusée par sa supposition. J’avoue que l’idée d’avoir une fille me plait, mais je serai tout aussi heureuse d’avoir un garçon. L’important reste qu’il soit en bonne santé.
-La forme de ton ventre ! Quand il est haut, c’est que c’est une fille ! Le mien était haut aussi quand je t’attendais !
-Ce n’est qu’une spéculation Maman, il n’y a aucune preuve scientifique qui affirme qu’il y a un lien entre la forme du ventre et le sexe du bébé. C’est comme dire qu’il faut manger sucré pour avoir une fille et manger salé pour avoir un garçon.
-Non, mais tente les fraises pour avoir une fille et des carottes pour avoir un garçon ! Il parait que ça marche ! S’exclame Maman alors que je ne peux m’empêcher de rire face à sa répartie. De toute façon, nous aurons la réponse bientôt ?
-Oui, le terme approche à grand pas.

En effet, je peux commencer à compter les jours avant le terme et j’avoue que j’ai hâte de faire la connaissance de mon enfant… Et de ne plus sentir son poids dans mon ventre. Avoir un bébé dans le ventre en permanence est fatiguant, surtout quand on souhaite rester active, et se sentir lourd tout le temps n’est pas agréable.
-Tu es sûre que tu es obligée d’aller travailler ? Se fait du soucis Cédric, comme tous les matins où je dois partir au travail.
-Je ne suis pas obligée, mais je n’ai pas envie de m’arrêter. Lui réponds-je alors avec le sourire. Je veux continuer de travailler. J’aurais l’impression de ne servir à rien si je reste ici à ne rien faire et j’adore mon travail. Je ne veux pas perdre une occasion de progresser !
-Je sais bien que ton travail est ta passion, mais il ne faudrait pas que tu t’épuises avant l’accouchement…
-Ne t’inquiète pas, je fais en majorité du travail de bureau. Mes collègues refusent que j’aille dans la fusée et que je travaille dessus. Limite, je suis moins active à l’agence qu’ici …
-Il faut bien un avantage à ce que tu continues de travailler. Plaisante alors Cédric alors que je fais mine de lui lancer un regard noir.

Au final, lorsque je suis arrivée au travail, mes supérieurs ont décidé de réduire mon temps de travail jusqu’à 3 semaines après la naissance de mon bébé. Rien de personnel, c’est la nouvelle politique de l’entreprise vis-à-vis des femmes enceintes. Cela vient d’être adoptée suite à l’augmentation du personnel féminin parmi les astronautes. Je ne vais pas me plaindre de voir mon métier se féminiser, mais je suis moyennement ravie de devoir partir plus tôt de mon travail. Cédric, quant à lui, a été ravi de la nouvelle. Il peut être heureux lui, il n’est pas obligé de s’arrêter de travailler, lui.
Mais un jour, je commence à me plaindre de douleurs au ventre. Je préfère l’ignorer au début, pensant que cela finirait par passer. Mais, alors que je regarde une série de science fiction, la douleur se fait de plus en plus présente. Je ne peux plus ignorer l’évidence et j’appelle aussitôt Cédric qui travaille à son bureau.

-Qu’y a-t-il Chaton ? Arrive-t-il rapidement, alors que je vois son regard se poser sur mon ventre que je suis en train de tenir.
-Je… J’ai des contractions. Je crois … Je crois que le travail a commencé. Lui annoncé-je en veillant à bien respirer alors que je lis la panique dans les yeux de Cédric.
-Euh ok.. D’accord.. Souffle-t-il alors qu’il commence à perdre ses moyens. Alors, je vais chercher la voiture … Non le sac d’abord ! Où il est où le sac déjà ? Et toi ça va ? Il faut peut-être appeler l’hôpital avant non ? Tu as perdu les eaux ?
-Calme toi et va chercher le sac. Levé-je les yeux au ciel, alors que j’essaie de calmer le stress qui commence à me gagner.

Après que Cédric ait récupéré ses esprits, nous prenons la route pour l’hôpital le plus proche. Cédric essaie de me rassurer, mais plus nous approchons de notre destination, plus je ne peux m’empêcher de stresser.
Car je ne peux m’empêcher de penser à ma propre naissance, et ce qui est arrivé à Maman. Et si j’avais les mêmes complications ? Et si la naissance se passe mal ? Et s’il m’arrive quelque chose et que Cédric doive élever notre enfant tout seul ?
Voyant le stress me gagner, mon adorable mari finit par allumer la radio pour essayer de me changer les idées avec de la musique. Malheureusement, nous arrivons à destination et la distraction est de courte durée.
Nous attendons un moment à l’hôpital, jusqu’à ce que le moment de sortir le bébé soit arrivé. Je suis toujours aussi stressée par mon accouchement, et je ne peux m’empêcher d’imaginer les pires scénarios dans mon esprit.

Cédric ne tarde pas à me rejoindre dans la salle d’accouchement, suivi de près par le médecin qui va m’aider à accoucher. Ma nervosité est au maximum lorsqu’il prend place derrière sa grosse machine étrange. Mon homme essaie de me rassurer en souriant, mais je devine derrière son souris qu’il n’est pas rassuré non plus.
-Ne vous inquiétez pas Joy, tout va bien se passer. M’assure le médecin alors que je suis tendue que jamais.
-Vous êtes sûr ?
-Bien sûr, je suis le meilleur ! Alors, vous êtes prêts à faire connaissance avec votre bébé ?

Lorsque j’entends les premiers cris de mon bébé, je me sens aussitôt soulagée. L’accouchement s’est bien passé, et le médecin qui s’est occupé de mon bébé m’assure que mon enfant est en parfaite santé. Dès que je peux, je me lève pour prendre mon nouveau-né dans mes bras. Mon cœur se remplit d’amour et je réalise que ça y est, je suis maman et qu’un petit être compte dorénavant sur moi.
J’espère être une bonne mère mais une chose est sûre : je l’aime d’un amour infini et inconditionnel. Et lorsque je vois le regard que pose Cédric sur nous, je devine que c’est également le cas pour lui aussi.