Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 38

Grace

J’aime pas l’école. Il faut rester assis sur une chaise, sans bouger, toute la journée et écouter la maîtresse. Écris-ci, écris-ça, réponds à la question, va au tableau… C’est toujours la même chose et c’est nul. Moi, je m’ennuie. C’est pas drôle les cours, et j’arrête pas de me faire gronder par la maîtresse car j’arrête pas de gesticuler sur ma chaise. « Une chaise, ça a quatre pieds, pas deux », qu’elle dit. Merci, je sais compter mais c’est rigolo de se balancer sur une chaise. Plus que rester immobile à écrire des lignes et des lignes de trucs inutiles dans un cahier.
Les seuls trucs que j’aime bien à l’école, ce sont les récrés. Et les cours de sport. Là, enfin, on peut bouger, sauter, courir et jouer avec les copains ! On n’est pas tous dans la même classe et les récrés, c’est l’occasion de retrouver tout le monde ! Gideon, Will, Gabriel, Grégory et les filles… Mais les filles c’est plus les amies de mon frère et de Will, ils sont tous dans la même classe. Gideon et Gabriel sont ensemble aussi. J’ai quelques copains dans ma classe, mais je préfère être avec ma bande de copains, avec mon frère et mon cousin. Gideon est trop cool et Will, on le voit jamais en-dehors de l’école à cause de son père, donc on profite des récrés.
Malheureusement, les récrés, c’est toujours trop court et faut retourner en classe, c’est nul !
Et en plus, après l’école, comme si ça suffisait pas, il y a des devoirs à faire. Grégory est toujours content de les faire, mais moi, je préférerais aller jouer dehors.
En plus, aujourd’hui, Tonton est à la maison avec Gabriel !

-Alors, ça a été l’école ? Demande Tonton tout content.
-Ouais trop bien ! S’exclame mon frère avant de raconter sa journée en détails. On dirait que tout est cool à l’entendre.
-Eh beh dis donc, tu ne t’es pas ennuyé ! Et toi, Gracie ? M’interroge-t-il ensuite, alors que je fais la grimace. J’aime pas quand on m’appelle Gracie, j’ai l’impression d’être un bébé.
-Bah c’était l’école quoi.. Papa, je peux aller jouer ?
-Tu fais tes devoirs d’abord ma puce.
-Mais ça va être trop long à faire ! En plus, la maîtresse nous a donné un exposé à faire!
-Raison de plus. Dis-toi que plus vite tu auras commencé, plus vite tu auras fini.
-Mais il y a des maths et je comprends rien en maths !
-C’est pas grave, je vais t’aider ! S’exclame mon frère avec enthousiasme.
-Et Super Tonton t’aidera pour ton exposé bichette ! Ajoute Tonton alors que je boude sur ma chaise devant mon cahier d’exercices.

Après avoir fait ma géo et mes maths, je sors le carton donné par la maîtresse. Grégory sort aussi un carton, il a un exposé à faire lui aussi. Papa décide de l’aider, comme Tonton a dit qu’il m’aiderait avec le mien. Dommage que Maman ne soit pas là, car son exposé est sur le système solaire.
Mais Papa écrit un livre qui se passe dans l’espace, donc il doit s’y connaître lui aussi ! Je le sais car je l’ai espionné un jour alors qu’il était en train d’écrire ! Malheureusement, il m’a vu et il m’a fait promettre de rien dire à Maman car c’est une surprise ! J’aime bien les surprises moi !
Mais du coup, Gabriel se retrouve tout seul, et il décide d’aider Grégory et Papa, car c’est plus rigolo de faire des planètes qu’un volcan tout nul. En même temps, il a raison : faire un volcan, c’est nul !
-Je comprends rien Tonton ! C’est nul ! Comment de la lave est censée sortir d’un pâtée en papier mâché ? Commencé-je à me plaindre. En plus c’est super long à faire ! Continué-je, tout en jetant un œil à l’exposé de Grégory. Eux, ils avancent super vite, c’est pas juste !
-Ne t’inquiète pas, on va y arriver ! On va lire ton manuel et ça va aller. On va faire le best volcan ever qui n’a jamais existé ! S’enthousiasme Tonton alors qu’il est en train de se battre avec un morceau d’argiles.
-Et puis, on a bientôt fini, on viendra vous aider ! Ajoute Gabriel qui m’a entendu.
-Tu vois ! Tu vas bénéficier du pouvoir des Chastain pour t’aider à faire le meilleur exposé de tous les temps ! Tente de me motiver Tonton. Je lui souris pour lui faire plaisir, mais sa tentative est aussi loupée que la soupe de Maman quand Papa a eu la grippe !

Quand le système solaire de Grégory est fini, mon frère et Gabriel viennent nous rejoindre sur mon volcan, tandis que Papa part commencer à préparer à dîner. Tata est pas là, du coup Tonton et Gabriel restent manger avec nous. J’espère qu’on aura le temps de jouer avant manger mais c’est tellement long de faire un volcan !
A quatre, on va quand même plus vite. Grégory, c’est le meilleur frère du monde, il fait tout pour m’aider à finir plus vite ! Au final, mon volcan est moche, mais au moins, il est fini !

-Et donc, si je mets ce truc dans le trou du volcan, ça va faire boum ? Demandé-je en scrutant d’un air suspicieux le liquide jaune dans le tube.
-Le trou, c’est un cratère, Grace. Me rappelle Grégory alors que je lève les yeux au ciel. Mais oui, ça va faire une réaction chimique et la lave va sortir. Mais garde-le pour ta présentation, sinon tu n’en auras plus !
-Pfff même pas drôle !

-Bon va jouer maintenant ? S’exclame Gabriel en se levant, tandis que Tonton va aider Papa en cuisine. Je veux jouer à la console !!
-Non c’est nul ! On reste toute la journée à l’école, on pourrait jouer dehors ! Protesté-je, ayant envie de profiter du jardin. J’ai besoin de sortir moi !
-Mais on joue toujours dehors! En plus, tu vas vouloir faire l’échelle et tu gagnes tout le temps !
-J’y peux rien si je suis meilleure que toi, moi !
-Ouais bah moi, je préfère jouer à Sims Kart !
-C’est sûr, c’est le seul jeu où tu gagnes !
-On se calme vous deux ! Intervient Grégory qui nous regarde avec un air amusé. On se chamaille souvent avec Gabriel mais c’est pour rire. Mais Grégory, c’est toujours celui qui calme le jeu avant qu’on se fâche. Si tu veux Gab, on fait une partie et on va rejoindre Grace dehors ? Comme ça, tout le monde est content !
-Moi ça me va ! M’exclamé-je. Je m’en fiche de jouer toute seule pendant qu’ils font leur partie, tant que je peux être dehors !
-Moi aussi !

Les garçons vont donc dans le salon pour jouer à la console, pendant que je vais dehors. Je vois l’échelle, j’y cours direct. En un rien de temps, je suis déjà tout en haut !
J’adore me balancer de barre en barre, escalader le haut de l’échelle et me pendre par les pieds. C’est rigolo de voir le monde à l’envers. Je le fais pas souvent car ça fait peur à Maman, mais Maman n’est pas là donc j’en profite. J’aime bien tester de nouvelles acrobaties sur l’échelle, comme ça, je vois ce que je suis capable de faire. C’est fou tout ce qu’on peut faire sur une échelle !
Je ne vois pas le temps passé quand je suis dehors, j’adore ! Je comprends pas Gabriel qui préfère jouer à la console. C’est tellement plus drôle de courir partout jusqu’à être essoufflé ! Un jour, j’espère que je pourrais courir très vite, aussi vite que le vent ! Et continuer à battre les garçons en sport aussi ! Car, pour une fille, c’est quand même beaucoup trop cool !

Joy

La journée a été longue aujourd’hui. Nous préparons une nouvelle expédition dans l’espace, car nos signaux ont détecté une activité suspecte. Toute l’agence est en effervescence et nous n’avons pas arrêté de la journée. Il a fallu étudier tous les détails de l’expédition à la loupe, pour s’assurer que tout est en ordre. C’est laborieux, mais nécessaire.
Du coup, je suis heureuse de rentrer à la maison. Retrouver ma famille me fait toujours un bien fou et j’oublie aisément les tracas de ma journée de travail. Quand je rentre, je vois les œuvres de mes enfants -sans doute leur support pour des exposés- traîner dans l’entrée. Comme d’habitude, ils ont oublié de ranger quand ils ont terminé. Je vais dans la cuisine, salue Celian et embrasse Cédric. Je me rappelle alors que Sarah est chez l’un de ses frères, Alexandre il me semble. Il a un problème administratif, alors elle est partie chez lui quelques jours pour lui donner un coup de main. Du coup, Cédric a proposé à son frère de venir dîner à la maison avec Gabriel. Avec ma journée, j’avais presque oublié.
Dans le salon, Grégory et Gabriel jouent à la console. Ils mènent une lutte acharnée sur Sims Kart. Ils se chamaillent à cause des carapaces rouges, mais ils semblent s’amuser plus qu’autre chose.
-Grace n’est pas là ? M’étonné-je d’ailleurs de ne pas la voir avec eux. D’habitude, elle ne lâche pas son frère d’une semelle.
-Elle est dehors, elle ne voulait pas jouer à la console. Me répond Grégory, tout en restant concentrer sur l’écran de la télévision.
-Et vous l’avez laissé toute seule ? Relevé-je, sceptique.
-C’est elle qui voulait pas jouer avec nous ! Proteste aussitôt Gabriel, comme pris en faute.
-On fait juste une partie et on va la rejoindre. Précise Grégory avec calme.
Je me contente de hocher la tête, satisfaite de la réponse, avant d’aller voir ma fille dans le jardin. Comme toujours, elle joue sur l’échelle horizontale. Je me demande comment elle peut tenir encore debout tellement Grace passe son temps à la traverser ! Elle va user les barreaux, à force.
-Tu as passé une bonne journée ma puce ?
-Oui Maman ! Regarde comme j’avance vite !! S’exclame-t-elle en affichant un immense sourire sur son visage, avant de traverser l’échelle à toute vitesse.
-Bravo ma chérie ! C’est formidable ! Bientôt, on ne te verra même plus tellement tu vas vite! Lui dis-je, ce qui a la fait rire.

Cédric finit par annoncer que le repas est prêt. Finalement, les garçons n’auront pas le temps de rejoindre Grace dans le jardin. Elle ne semble pas s’en formaliser, c’est le principal. Tout le monde aide à mettre la table, et nous installons tous pour dîner. Celian fait preuve de son habituel bonne humeur, et le dîner ne manque pas d’ambiance. Les enfants l’écoutent et rient à ses blagues avec plaisir.
-Au fait ! J’ai oublié de vous dire les enfants, mais je vous ai ramené un cadeau ! S’exclame-t-il soudain alors que je l’observe d’un air suspicieux. Qu’est-ce qu’il a encore inventé ?
-Ah oui ? C’est quoi Tonton ? C’est quoi ? C’est quoi ? C’est quoi ? En sautille d’impatience Grace, curieuse comme pas possible. Grégory lui, plus calme, attend la suite mais je vois bien qu’il a hâte de savoir ce que leur oncle leur a ramené.
-Un ballon de foot ! S’exclame-t-il fièrement. Vous pouvez pas avoir un Tonton footballeur sans avoir un ballon de foot, ce serait un sacrilège !
-Trop cool Tonton ! Il est où ? S’enthousiasme aussitôt Grace, déjà prête à quitter la table. Mais un regard de son père et elle reste sagement assise.
-Dans l’entrée, petite impatiente. On y jouera après le repas, si tu n’es pas trop fatiguée d’ici là.
-Trop cool ! Hein Grégory, c’est trop cool ?!
-C’est clair ! Renchérit-il avec joie.

Les semaines passent, et Celian ne peut plus mettre un pied à la maison sans devoir jouer aux ballons avec son neveu et sa nièce. Cela nous amuse, mais il est vrai que les enfants sont intenables depuis qu’ils ont eu leur ballon de foot. Grace délaisse même son échelle pour jouer avec, c’est dire !
Mais au moins, ce ballon a le mérite d’être une excellente distraction. Avec Cédric, nous avons prévu de faire une surprise aux enfants. Nous avons beaucoup discuté entre nous, et nous nous sommes dits que ce serait une bonne idée d’avoir un animal. Je l’avoue, l’origine de notre discussion est l’aveu qu’avoir un chien me manque. Ces dernières années, nous avons été bien occupés avec les enfants, mais ils sont grands aujourd’hui. Je réalise davantage à quel point j’ai aimé avoir un compagnon à quatre pattes.
Puis, à force d’en parler, nous nous sommes dits qu’avoir un chien serait une bonne idée. Le chien serait leur ami, leur confident à la maison et leur permettrait d’apprendre à s’occuper d’un autre être vivant.
C’est ainsi que nous avons commencé à nous renseigner auprès des refuges. Nous avons regardé longtemps, avant de finalement craquer pour la petite bouille d’un chiot.

C’est ainsi que, quelques jours plus tard, la bénévole du refuge vient à la maison pour nous amener notre petite boule de poils. Une adorable petite chienne qui adore les câlins, et au pelage gris argenté. Nous l’avons appelé Comète. Elle est beaucoup trop mignonne, et nous sommes certain que les enfants vont l’adorer. Nous avons tellement hâte de voir leur réaction !

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 37

Suite à ma discussion avec Zeol sur Sixam, je finis par retourner dans ma fusée pour rentrer chez moi. Cette planète est magnifique et je pourrai y passer des heures, voire des jours, mais la Terre est ma maison et ma famille m’y attend.
Le trajet se fait sans embûche et lorsque j’atterris dans mon jardin, je constate que le soleil commence à se coucher. J’ai passé ma journée sur Sixam et je ne m’en suis même pas rendue compte.
Cédric m’accueille avec le sourire, et soulagement -il ne parvient pas à le cacher- et s’empresse de me questionner sur ce que j’ai bien pu voir. J’essaie de répondre à ses questions et de lui conter mes aventures sixamesques, tout en restant vague. Je reste cependant honnête en lui expliquant ma promesse faite à Zeol. Sans surprise, Cédric se montre compréhensif et se contente de ce que je peux lui révéler. Je crois que le plus important pour lui est que je sois rentrée en un seul morceau.
Puis, je m’étonne de ne pas voir les enfants débouler à toute vitesse. Cédric m’explique alors qu’ils sont tous les deux dehors, à jouer avec d’autres enfants. Ils ne sont pas loin : ils jouent sur la cage à poule présente à quelques mètres de chez nous. Je fronce les sourcils mais Cédric me rassure : ils ne risquent rien, et nous pouvons tout à fait les surveiller depuis les fenêtres. Chose que je ne tarde pas à faire, et effectivement, tout semble bien se passer. Je ne vois qu’un groupe d’enfants en train de s’amuser, rien d’anormal là-dedans.
Néanmoins, je suis curieuse et je ne peux m’empêcher de sortir pour aller jeter un coup d’oeil vers l’air de jeux : davantage pour en savoir plus sur les camarades de jeux de mes enfants que par inquiétude quant à leur sécurité.

Je ne cherche pas à me faire discrète : je m’avance vers l’air de jeux le plus naturellement du monde. Je vois le regard de mes enfants s’illuminer en me voyant et ils me saluent rapidement avant de reprendre le cour de leur jeu. Loin de me vexer, je m’assois tranquillement sur un banc pour les observer.
Je remarque alors que Gabriel est également là, caché de l’autre côté de la cage à poule en forme de fusée. Il me voit aussi et me fait un coucou de loin, avant de reprendre l’ascension de l’échelle sur laquelle il est agrippé. Trois autres enfants sont avec eux, deux filles et un garçon, mais je ne les connais pas.
-Diiiites !!! Il arrive quand Will ? Il y en a marre de l’attendre tout le temps ! Commence à se plaindre la fille avec les tresses. Mentalement, j’essaie de retenir ce prénom, même si ce garçon est absent pour le moment.
-Il viendra pas, il s’est encore fait disputé par son père. Répond simplement Grégory, comme si c’était visiblement une habitude. Dois-je donc me méfier de ce Will ?
-Roh, il a fait quoi encore ?
-Rien ! C’est son père qui est nul ! Affirme Gabriel sur un ton outré. Will est puni parce qu’il a eu un B en français !
-Roh c’est abusé ! Soupire d’exaspération Grace. On le voit jamais en-dehors de l’école à cause de ça ?
-Yep ! Confirme Grégory et Gabriel en choeur, alors que la fille à tresses s’est rapprochée de la troisième fille du groupe -une fille avec des lunettes- sans davantage s’intéresser à la conversation. Si Will n’a pas un A- au minimum aux contrôles, il est puni ! Et encore, ça dépend des matières ! Ajoute Grégory.
-Son père, il pourrait être un monstre extraterrestre ! S’exclame le troisième garçon du groupe. Regardez par là ! Voilà le monstre PapaDeWillATor !!
-Attention Gideon ! PapaDeWillATor nous attaque ! Entre directement dans son jeu Grace, pour ensuite le rejoindre à l’avant de la fusée pour l’aider à vaincre le vilain monstre de l’espace. Je ne peux m’empêcher de rire dans mon coin devant leur imagination, même si je plains intérieurement ce pauvre garçon qui doit subir les exigences de son père.

La nuit tombe vite à Oasis Spring en ce début de printemps et je commence à dire à mes enfants qu’il va être temps de rentrer à la maison. Ils râlent au début, ne voulant pas quitter leurs copains, mais je reste intransigeante. J’aperçois même Sarah qui vient chercher Gabriel, et elle raccompagne même les deux autres filles présentent chez elles.
Gideon tarde un peu, je lui demande si quelqu’un vient le chercher par mesure de précaution. Il est hors de question que je laisse un enfant se balader seul dehors par cette heure et si ce n’est pas le cas, je le ramènerai chez lui. Mais il m’assure que son père va venir et je retarde l’heure de rentrer pour attendre avec lui.
Ce n’est pas pour déplaire à Grace qui semble ravie de pouvoir continuer à jouer avec lui. Depuis tout à l’heure, ils semblent être dans une grande conversation, alors que Grégory attend sagement à côté de moi. Cela m’amuse de les voir ainsi et je suis heureuse de voir que ma fille s’est fait des amis en-dehors de son frère.
Quelques minutes plus tard, le père de Gideon arrive et Grace bougonne à l’idée de dire au revoir à son ami et de rentrer à la maison. Nous finissons tout de même par rentrer à la maison, Grégory n’ayant aucun mal à faire retrouver sa bonne humeur à sa sœur en rappelant qu’ils retrouveront leurs amis dès le lendemain à l’école.

Le week-end suivant, nous décidons avec Cédric d’emmener les enfants au parc d’Oasis Springs afin de passer un moment en famille tout en profitant du beau temps. Le printemps s’impose et les températures et la météo sont agréables. C’est donc le moment idéal pour emmener les enfants dehors pour qu’ils puissent dépenser leur énergie débordante. Même si Grégory a un tempérament plus calme que Grace, ils débordent tous les deux d’énergie.
Une fois arrivés au parc, les enfants observent avec envie les paniers de basket et, après avoir emprunté un ballon de basket à un stand, se sont précités sur le terrain pour tenter de le lancer dans un panier.
La situation nous amuse avec Cédric et nous nous installons sur un banc pour les regarder jouer. Nous commentons leurs faits et gestes tels que des commentateurs sportifs, ce qui a pour effet de faire lever les yeux au ciel de nos enfants. Autant dire que cela nous encourage à continuer tellement cela nous amuse !

Les enfants jouent tous les deux pendant plusieurs minutes, se défiant l’un et l’autre de faire mieux et de marquer le plus de paniers possible. Puis, nous apercevons deux têtes connues arriver sur le terrain de basket. Gabriel est là, accompagné par Gideon. Le visage des enfants s’illuminent aussitôt.
-Cool ! Vous avez pu venir ! S’exclame alors Grégory avec enthousiasme.
-Yep ! Le papa de Gideon a pu venir me chercher pour m’emmener en plus ! Répond avec joie Gabriel qui suit de près leur ami.
-Will est pas là ? S’étonne alors Grace. Suite à sa question, je réalise qu’elle et Grégory ne sont pas surpris de les voir arriver. Visiblement, ils ont du les prévenir que nous allions venir passer la journée au parc aujourd’hui.
-Son père n’a pas voulu le laisser sortir. Soupire de dépit Gideon. Vu que ses notes ne sont pas à la hauteur, il veut qu’il continue de bosser.
-Pfff ! C’est tellement nul ! Bougonne Grace en reprenant le ballon de basket pour le lancer en direction du panier.
C’est pas ça qui nous empêchera de te mettre la raclée, Grace ! Affirme Gabriel, prêt à défier sa cousine.
-Tu peux toujours rêver ! J’arrête pas de battre Grégory au lancée ! Réplique-t-elle sans attendre, pour ensuite faire la démonstration de ses talents en lançant le ballon qui atterrie directement à l’intérieur du panier.

Laissant les enfants jouer au basket entre eux, nous décidons de nous installer à un échiquier avec Cédric. Ils sont installés juste à côté du terrain, ce qui nous permet de surveiller les enfants, sans pour autant garder sans arrêt un œil sur eux.
Et puis, j’ai une revanche à prendre. Je n’ai pas oublié nos dernières parties d’échecs avec Cédric et j’ai bien l’intention de lui montrer que je ne me laisse pas battre facilement à ce jeu ! Le défi amuse mon mari, et nous ne tardons pas à commencer une partie.
Et sans surprise, maintenant que je suis en pleine possession de mes moyens, je remporte sans problème la partie !

Nous continuons à jouer avec Cédric, nous amusant en parallèle des enfants qui ne cessent de se charrier et de se lancer des défis pour savoir qui sera le meilleur. Cédric reste un adversaire de taille et il me donne du fil à retordre. Cela n’est pas grave, j’aime les défis ! Gagner trop facilement enlève du charme aux échecs et cela fait du bien d’avoir un adversaire à ma hauteur.
Puis, nous commençons à nous lasser. Cédric s’installe sur un banc pour observer le match des enfants. Quant à moi, je pars en exploration. Nous avons l’intention de rester ici pour pique-niquer, mais nous souhaitons dans un coin tranquille pour ne pas être dérangés et ne pas déranger les promeneurs.
Je m’éloigne alors du parc pour découvrir les alentours. Je découvre donc des coins magnifiques et je m’émerveille de ce que je peux voir. Cela des années que nous nous sommes installés à Oasis Springs avec Cédric et je réalise que je connais mal notre ville et de chacun de ses recoins. Je me sens un peu honteuse, sachant que mon côté solitaire n’est pas étranger à cet état de fait. Aujourd’hui, je réalise que c’est dommage. Sortir ne signifie pas être entourée de monde sans arrêt et rien n’empêche de mettre le nez dehors pour découvrir des coins tranquille dans lesquels se poser.

Au fil de ma ballade, mon œil est attirée par quelque chose d’inhabituel. Je m’approche doucement, curieuse face à ce qui semble être l’entrée d’une ancienne mine. Une entrée condamnée à la va-vite par des planches de bois. Je la fixe avec curiosité, intriguée. Je connais peu l’histoire d’Oasis Springs et je me demande si la ville a un passé minier. Que cache cette entrée ? Qu’il y a-t-il au delà de ces planches ? Depuis combien de temps l’entrée est condamnée ?

Trop curieuse pour poursuivre ma route, je m’approche de cette bien intrigante entrée. Je tente d’apercevoir ce qu’il y a à l’intérieur entre les planches. L’endroit est sombre et se poursuit bien pour loin dans les ténèbres. Apparemment, il doit y avoir un tunnel au-delà de ces planches. Mais il n’y a aucun indice d’où il mène.
Ma curiosité est piquée au vif. J’ai bien envie d’aller découvrir ce qu’il se cache. Je pose mes mains sur une planche, et je tente de la tirer vers moi, espérant secrètement qu’elle va bouger. Le bois semble vieux, et peut-être qu’avec un peu d’effort, il cédera facilement.
Néanmoins, à part me faire mal aux mains, mes efforts sont vains.

Je soupire de dépit face à mon échec. Malgré ma curiosité, je vais devoir partir sans parvenir à aller plus loin pour résoudre ce mystère. Je hausse les épaules, puis je m’apprête à faire demi-tour.
Puis, j’aperçois quelque chose briller au milieu d’un tas de mauvaises herbes. Je me baisse, et je trouve avec surprise un marteau abandonné. Qu’est-ce qu’un marteau peut bien faire ici ? Depuis combien de temps est-elle là ?
Je me demande si quelqu’un avant moi a tenté d’ouvrir ce passage. Ou bien, est-ce cette personne qui a condamnée l’entrée avec du vieux bois ? Je n’en ai aucune idée, mais je m’empare du marteau sans attendre.
Ouvrir le passage à mains nues est impossible, mais peut-être y parviendrai-je avec ce marteau ?
Je ne tarde à le coincer entre deux planches, et je tire. Je tire, de toutes mes forces, essayant de faire peser tout mon poids vers l’arrière, espérant réussir à faire céder les planches.

J’entends le bois craqué, et soudain, les planches lâchent. Je tombe aussitôt en arrière, mais je redresse en observant avec satisfaction l’entrée maintenant ouverte. Je ne tarde pas à me relever et je m’approche du passage avec curiosité. J’hésite un instant à entrer, me demandant si cet endroit a été condamnée à cause de sa dangerosité, mais je suis bien trop intriguée pour faire machine arrière. Je sens un courant d’air frais sortir du tunnel et mille hypothèses sur ce que je pourrai bien trouver émergent dans mon esprit.
Je jette un coup d’oeil autour de moi. Il n’y a personne aux alentours, mais le soleil est encore suffisamment présent pour que je puisse me permettre une brève excursion à l’intérieur. Si je me dépêche, je devrais pouvoir revenir avant d’inquiéter ma famille.
Alors, sans attendre davantage, j’entre à l’intérieur du tunnel.

J’avance prudemment à l’intérieur du tunnel. Petit à petit, la lumière de l’extérieur se fait plus faible, pour finir par ne plus éclairer. Mes yeux mettent quelques minutes à s’accoutumer mais je laisse mes mains glisser contre la paroi pour tenter de me repérer dans le noir. Au fur et à mesure de mon avancée, je ressens davantage la fraîcheur, l’endroit semblant être isolée du monde et de la chaleur extérieur.
Au bout de quelques minutes d’avancée prudente dans le sombre tunnel, je finis par apercevoir une lueur lumineuse. Intérieurement, je me sens soulagée. Cela signifie que je vais bientôt arriver à destination et que mes efforts n’étaient pas voués à l’échec. J’aurais été déçue de devoir faire demi-tour avant d’avoir pu percer les secrets de cet étrange tunnel.
Je presse donc le pas, en veillant à faire attention où je mets les pieds. L’excitation me gagne et j’ai hâte de découvrir ce qu’il y a au bout de ce chemin.
Et lorsque j’arrive enfin, je ne suis absolument pas déçue du spectacle que m’offre mes yeux.

Lorsque j’arrive au bout du tunnel, je découvre une immense grotte en face de moi. La lumière du soleil semble parvenir à passer entre deux rochers pour révéler la beauté de ce lieu. Curieuse, je m’avance dans cette grotte et je reste bouche-bée par ce que je découvre. Au fond de la grotte se trouve un grand étang, illuminé par les rayons du soleil. Qui aurait pu croire qu’une telle merveille se cache non loin du parc d’Oasis Springs ?
Sans hésiter, je décide d’explorer la grotte pour en découvrir chaque recoin. Très vite, ma théorie à propos d’une ancienne mine semble se confirmer car je vois que des cristaux semblent sortir des roches de la grotte. Les cristaux brillent grâce au soleil, et créent une lumière absolument splendide.
Cet endroit est absolument merveilleux et est une découverte pour le moins surprenante ! Je ne tarde pas à sortir mon téléphone portable pour prendre différentes photos pour les montrer à Cédric et aux enfants. Je remarque alors l’heure et je réalise que je ferai mieux de remonter à la surface pour rejoindre ma famille. Cédric doit certainement commencer à s’inquiéter et je ne parviens à capter le réseau d’ici. Je prends tout de même une seconde pour profiter de la fraîcheur et de la paisibilité de l’endroit, avant de remonter rejoindre mes proches.
J’ai tellement hâte de leur montrer ce que j’ai trouvé ! Autant, j’ai du garder le secret sur les détails de Sixam, autant je ne vais pas me priver de parler de cette grotte de long en large et en travers !

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 36

Aujourd’hui est un grand jour. Je le ressens au plus profond de moi, et je sens mon cœur battre à toute vitesse sous l’effet de l’excitation.
Enfin, cette journée est là. Enfin, cela va se produire.
Après tant d’années à travailler sur ma fusée, à la construire et à l’améliorer, elle est prête. Prêter à s’envoler, au-delà du ciel, au-delà de notre planète.
Je vais enfin pouvoir aller dans l’espace et découvrir par moi-même et à ma guise les secrets de notre univers. Bien sûr, je suis déjà allée dans l’espace dans le cadre de mon travail, mais il y avait toujours des consignes à respecter, des objectifs à remplir. Nous ne nous baladons pas dans l’espace : chaque voyage a un but précis.
Mais maintenant, grâce à ma fusée personnelle, je vais pouvoir réellement voyager. Aller où je veux, quand je veux.
Et cette perspective d’exploration est absolument excitante !

Dès que je suis rentrée de mon congé exceptionnel des suites du décès de ma mère, j’ai demandé à emprunter une combinaison spatiale. J’ai annoncé, toute fière, que ma fusée était apte à voler en toute sécurité. Mes supérieurs ont pris la nouvelle avec désinvolture et j’ai obtenu l’accord de vol et le prêt d’une combinaison sans le moindre problème. J’étais un peu surprise car, même si ma fusée est un cadeau de l’Agence Spatiale à l’origine, je ne m’attendais pas à ce qu’ils prennent la nouvelle aussi simplement que si j’avais annoncé que j’ai acheté du pain à la boulangerie.
Puis, j’ai réfléchi, et je me dis qu’ils sont sans doute blasés. Je ne suis pas la première qui a reçu une fusée de la part de l’agence, ni la dernière, et ils voient des fusées voler régulièrement. Mon exploit est leur quotidien.
Dans tous les cas, cela ne change rien pour moi. Aujourd’hui, j’ai suffisamment de temps devant moi pour profiter de mon vol dans l’espace, et la météo est de mon côté.
C’est le moment où jamais. Cédric m’encourage avec passion, tandis que j’enfile ma combinaison, et les enfants me regardent avec des étoiles plein les yeux. C’est avec fierté que je sors de la maison pour me diriger vers ma fusée. J’entre à l’intérieur, impressionnée à l’idée d’effectuer mon premier vol en solo, dans ma propre fusée.

Je ferme la porte de la fusée, et je m’installe sur mon siège. Je m’y attache solidement et je prends quelques secondes pour moi avant de démarrer ma fusée. Je respire un grand coup, et je prends pleinement la mesure de ce que je m’apprête à faire.
Cela me parait tellement surréaliste. Avoir une véritable fusée dans son jardin parait déjà incongru, pouvoir s’envoler avec s’apparente davantage à la folie. Je me remémore tous les calculs que j’ai pu faire pour m’assurer que le décollage ne provoque aucun dégât dans les alentours ainsi que toutes les améliorations que j’ai pu mettre en place pour assurer un vol en toute sécurité, et être à peu près sûre de pouvoir rentrer chez moi en un seul morceau.
Je suis à la fois stressée et excitée. J’ai l’impression de sauter dans l’inconnu. Je respire un grand coup. Je pose ma main sur le levier, et je l’abaisse d’un coup sans plus réfléchir davantage.
C’est le moment pour moi de m’envoler.

Des secousses commencent à se faire sentir et je continue à respirer calmement. Tout est parfaitement normal, et je fais le nécessaire pour permettre à ma fusée de voler. Je sens rapidement qu’elle commence effectuer à quitter doucement le sol, avant de prendre brusquement de la vitesse.
Je me retrouve plaquer contre mon siège et un bruit assourdissant résonne dans l’habitacle. De la fenêtre, je vois le quartier, puis la ville d’Oasis Springs s’éloigner de plus en plus, tandis que je me rapproche à grande vitesse des nuages.
Petit à petit, le ciel bleu commence à disparaître. Je perçois seulement l’immensité noire de l’espace qui nous entoure. Je suis complètement fascinée par ce qui m’arrive. Je suis officiellement dans l’espace ! De la fenêtre, j’aperçois la Terre et le spectacle est absolument époustouflant.
Je reste quelques minutes ici, à profiter du spectacle. C’est absolument merveilleux d’avoir cette chance d’aller au-delà des nuages.
Mais… Je ne veux pas me contenter de cela. Je n’ai pas travaillé autant sur ma fusée pour rester en orbite autour de la Terre ! Rapidement, je change de cap et reprend de la vitesse. Je teste les améliorations de ma fusée pour aller plus loin, pour découvrir plus. J’ai également installé un générateur de trou de verre, et il parait que ce générateur permet de découvrir de nouvelles planètes, dont celle de Sixam.
Curieuse et excitée comme je suis, je ne tarde pas à l’enclencher.

Ma fusée prend de la vitesse, et s’engouffre dans la brèche causée par le générateur sans perdre une seule seconde. J’ai l’impression d’avoir le souffle coupé pendant un instant et je fais mon possible pour conserver mon calme et rester éveillée. Ce n’est pas le moment pour perdre connaissance. Je reste concentrée, à l’affût du moindre problème, du moindre dysfonctionnement et en une fraction de secondes, je sors de la brèche. Une planète se trouve maintenant devant moi, en rien comparable avec la Terre. Non loin d’elle, se trouve un immense satellite semblable à la Lune. Elle semble sombre de loin, avec d’immenses points lumineux.
Émerveillée par cette découverte, je m’empresse d’approcher de la planète, et une fois certaine qu’il ne s’agisse pas d’une planète gazeuse, j’entreprends d’atterrir. Je reste un moment dans ma fusée avec ma combinaison, le temps d’effectuer les mesures de l’atmosphère et de la température.
Les résultats ne tardent pas à me parvenir : l’air est respirable sans le moindre problème et la température est de 20°c. Parfait !
Sans attendre, j’enlève ma combinaison pour être plus à l’aise et je sors de ma fusée pour partir à la découverte de cette planète inconnue.
Au fur et à mesure que je m’avance, je suis époustouflée par le spectacle qui s’offre à moi. La planète possède bien une atmosphère, mais elle agit comme un dôme transparent et protecteur : l’air y est respirable et permet le développement de la vie mais pas de ciel bleu à l’horizon. Au contraire, du sol, nous sommes entourée par l’espace et la vision des étoiles situées à des années-lumières. La lumière et la chaleur ne proviennent pas d’une étoile comme le Soleil, mais des végétaux eux-même. Il y a d’immenses étendues d’herbes bleutées sur le sol, et des sillons vertes longes le tronc des arbres.
C’est absolument magnifique.

Les végétaux sont les êtres que je remarque en premier tellement ils sont incroyablement beaux. Mais très vite, mon regard s’attarde autour de moi, et je remarque que j’ai atterri non plus d’une plateforme étrange et absolument pas créée par la nature. Cette planète regorge de la vie, une vie intelligente capable de créer des choses. Je pose ma main sur le sol, et le sol de la plateforme s’apparente à du métal. Même si je n’écarte aucune hypothèse, il est peu probable que ce soit la flore de cette planète qui l’est fabriquée. Peut-être que cette planète possède une forme de vie humaine ?
Je garde cette interrogation dans un coin de ma tête, et je ne tarde pas à partir en exploration. Cette planète semble fabuleuse et il me tarde de la visiter pour en apprendre davantage. J’emprunte sans attendre les sentiers existants et la flore de ce monde est absolument incroyable. En plus des hautes herbes et des arbres, je découvre rapidement d’immenses champignons luminescents. La lumière bleue qui émanent d’eux est douce, réconfortante. Je m’approche doucement d’un champignon, et je prends le risque de poser ma main sur le chapeau. Il est légèrement chaud, mais loin d’être brûlant. Mon regard est facilement attirée par la beauté des végétaux autour de moi, mais je remarque également les roches qui nous entourent. Il n’y a pas de terre, mais que de la pierre, qui ne produit aucune chaleur, ni aucune lumière. Elle sert de support à la vie, mais reste dans son ombre.

Je me sens minuscule au milieu de toutes ces merveilles. Tout est tellement immense, tellement incroyable, tellement… surréalistes. En tant que terrienne, je ne suis pas habituée à un tel spectacle. Mais plus j’avance, plus j’explore, plus je suis bouche bée devant tant de beauté. J’en oublie même ma rigueur scientifique, pour simplement profiter du spectacle d’une nature étrangère à celle que j’ai l’habitude de côtoyer. J’en oublie même de faire attention où je vais, prenant le risque de me perdre dans les méandres de cette planète. Néanmoins, loin d’être effrayée, mon instinct me dit que je retrouverais toujours mon chemin, sans que je ne puisse l’expliquer.
Alors que je me perds dans ma contemplation, remarquant des roches élevées dans le ciel, comme en orbite autour de la planète, je perçois une lumière au loin. Une lumière différente de celle produite par les végétaux. Celle-ci n’est pas bleu, mais ressemble davantage à la lumière d’une étoile.
Interloquée, je me dirige vers elle. Je parviens au bord d’un gouffre, sous lequel se trouve une rivière. Au loin, je perçois cette lumière orangée qui tente de percer le ciel, sans y parvenir. Sans doute qu’une étoile se situe à proximité, mais que sa lumière parvient à peine à atteindre cette planète. Ou alors, il fait actuellement nuit ici, et que le matin commence doucement à faire son apparition.
Mais ce n’est pas cela qui attire le plus mon regard. Au loin, j’aperçois de hautes tours illuminées. Rien à avoir avec le paysage rocheux qui m’entoure. Non, ces tours semblent être la marque d’une civilisation. Elles semblent indiquer qu’une ville existe à cet endroit-là.
Les mots me manquent. Ainsi donc, Mamie disait vrai. Les aliens semblent réellement exister et ses histoires, qu’elle a partagé avec Papy et qu’il m’a raconté ensuite, ne sont pas que le fruit de son imagination.

Excitée par ma découverte, je rebrousse chemin pour tenter de trouver une voie qui pourrait me mener à cette ville et cette civilisation inconnue. J’aimerai tellement pouvoir leur parler, faire leur connaissance, échanger nos savoirs et découvrir leur culture ! Cela parait insensé, mais tout est absolument fou depuis que je me suis envolée dans ma fusée !
Je découvre et explore d’autres chemins, mais aucun semblent emmener vers la ville. Néanmoins, je ne perds pas mon temps pour autant, car j’ai la chance d’observer des paysages merveilleux ! Je me suis même écartée un instant de mon objectif pour profiter d’un improbable et incroyable spectacle : la vue sur le satellite de cette planète ! Elle est absolument imprenable et cette Lune semble tellement proche et tellement immense ! C’est une chance formidable de pouvoir l’observer d’aussi près, sans quitter le sol de cette planète ! La proximité de ce satellite par rapport à la planète offre des panoramas à couper le souffle et je me félicite d’avoir apporter mon appareil photo pour pouvoir les immortaliser. Je dois avouer avoir un faible pour cette vue où l’on peut apercevoir un lac d’eau bleu luminescente -même l’eau produit de la lumière!!-, des roches en suspension, le satellite, et les lumières de la ville au loin !

A force de recherches infructueuses, je m’octroie une pause de quelques minutes. Je me trouve sur une plateforme rocheuse, sans végétation, mais de laquelle j’ai une vue incroyable sur le satellite. Je ne me suis jamais sentie aussi petite, aussi insignifiante qu’en cet instant. Et je ne dis pas cela dans le mauvais sens du terme. Avec mon métier, j’ai parfaitement conscience que nous sommes peu de choses par rapport à notre univers. Nous avons tendance à penser que nous sommes les maîtres du monde, alors qu’en réalité, nous ne nous sommes que de minuscules grains de sables perdus dans un univers infini. Cela peut effrayer certains mais personnellement, cela me fascine.
Et cette fascination, je la ressens de manière exacerbée lorsque je me trouve debout, face à cette Lune immense. Je reste un moment ici, à l’admirer, à réaliser la chance que les personnes qui vivent ici puissent bénéficier de cette vue à leur guise. Je réalise la chance que j’ai de pouvoir voir cela !
Après avoir imprimé cette vision dans ma mémoire, je reprends ma route pour tenter de trouver un chemin vers la ville. Je suis tellement excitée que je ne ressens aucune fatigue ! Mais, au bout de plusieurs heures de recherche, je finis par me rendre à l’évidence : il est peu probable que je parvienne à atteindre cette ville étrange. Il y a probablement un chemin, mais seulement connu par les individus vivant sur cette planète. Peut-être même qu’il faille avoir des capacités spéciales pour pouvoir la rejoindre. J’hausse les épaules : je n’aurais pas réussi à l’atteindre, mais ce n’est pas grave. Le spectacle en valait suffisamment la chandelle, et je n’éprouve aucun regret tandis que j’observe les tours lumineuses, se trouvant au-delà d’une cascade lumineuse absolument magnifique.

Pendant que je profite de ce spectacle merveilleusement incroyable, j’ai une pensée pour Maman. J’aurais tellement aimé qu’elle soit toujours parmi nous, qu’elle puisse me voir m’envoler dans ma fusée enfin fonctionnelle. J’aurais tellement aimé pouvoir lui parler de cet endroit. Je lui ai longtemps parlé de ma passion pour l’espace, de ma fusée, mais je sais bien qu’elle ne comprenait pas grand chose quand je me perdais dans les détails techniques.
Au moins, si j’avais pu lui parler de ce monde, nul besoin de m’encombrer de détails précis et superflus. J’aurais pu lui montrer les photos. J’aurais pu lui parler des sensations que j’ai ressenti, des odeurs, de mes impressions. Je lui aurais tout décrit dans les moindres détails et je sais qu’elle m’aurait écouté avec attention. Pas besoin d’être un spécialiste pour apprécier un tel récit, et j’aurais adoré partager ce moment privilégier avec ma mère.
Puis, je pense à Cédric, ainsi qu’à Grégory et à Grace. Je repense à leur visage fier et émerveillé quand ils m’ont vu dans ma combinaison, prête à m’envoler dans l’espace avec ma fusée. Et je souris.
Je ne pourrai pas partager cette expérience avec ma mère, mais je pourrai la partager avec ma famille. Et cette perspective me remplit de joie.

Je laisse échapper un soupir d’aise, et je finis par faire demi-tour. Ce monde est magnifique, mais il est temps pour moi de rentrer et de retrouver les miens. J’ai tellement hâte de pouvoir leur raconter ce que j’ai vu, leur montrer les photos que j’ai prise et les objets que j’ai pu récolter sur mon chemin !
Je doute pendant un instant, craignant de ne pas réussir à retrouver le chemin par lequel je suis venue, et ne pas réussir à revenir à ma fusée. Je reste cependant calme, et j’avance en faisant attention au décor qui m’entoure. Petit à petit, il me semble les reconnaître et j’avance plus rapidement.
Par chance, je finis par revenir à mon point de départ, et retrouver l’étrange plateforme en métal qui m’a accueillie suite à mon atterrissage. Mais, le lieu auparavant vide, ne l’est absolument plus.
Je me fige en découvrant qu’un homme à la peau violette, et portant une bien étrange combinaison, se tient devant moi. J’hésite entre l’excitation de découvrir une nouvelle forme de vie humaine et la méfiance quant aux intentions de cet individu.
Je ne sais absolument pas quoi dire ! Il me fixe, mais il est peu probable que nous parlions la même langue. Et si je disais une boulette qui le fâche ?
-Euh… Bonjour ? Tenté-je tout de même de façon peu assurée. Il continue de me fixer avec un air dubitatif. Je … Je viens de la Terre… Poursuivis-je en veillant à bien articuler… Bien que cela ne change rien si nous ne parlons pas la même langue. Cependant, je vois son visage s’illuminer.
-La Terre, oui je connais ! S’exclame-t-il dans ma langue. Il se met à rire face à ma surprise. Non seulement il parle ma langue, mais parfaitement bien et sans accent en plus ! Cela vous surprend, hein ? Mais vous savez, Sixam a beaucoup de liens avec la Terre alors nous sommes nombreux à savoir parler les différents dialectes de votre planète….
-Nous sommes sur Sixam ici, alors ? Demandé-je, à la fois éberluée et excitée par cette découverte.

-Bien sûr. Me confirme-t-il en souriant. Cela ne m’étonne pas que cela vous surprenne, peu de terriens viennent ici… Au fait, je m’appelle Zeol.
-Et moi, Joy, enchantée. Me présenté-je à mon tour, plus détendue qu’au début de notre conversation. Où sommes-nous ici ? Lui demandé-je alors, curieuse de connaître l’utilité de cette plateforme perdue au milieu de nulle part… Tiens, il y a une sorte de portail maintenant. Je n’ai pas souvenir qu’elle était là auparavant.
-C’est une plateforme d’atterrissage. M’explique-t-il en haussant les épaules, comme s’il s’agissait d’une évidence. Cela nous permet de voyager d’un endroit à un autre de Sixam, grâce au portail et à notre combinaison. C’est très pratique ! Dites, votre visage me dit quelque chose, enfin me rappelle quelqu’un… C’est quoi votre nom de famille ?
-J’imagine bien. Soufflé-je, comprenant pourquoi je n’ai pas trouvé de chemin menant à la ville durant mes explorations. Oh, c’est Opaline. Je ne sais pas si ça va vous aid…
-Oh ! Comme Maetha Opaline ?
-Oui, c’était ma grand-mère. Confirmé-je, surprise que Zeol connaisse le prénom de ma grand-mère.
-Je la connais ! S’exclame-t-il , enthousiaste. J’ai eu l’occasion de la rencontrer à de multiples reprises ! C’est une personne formidable et absolument charmante ! Comment elle va ? Demande-t-il alors que je manque de me décrocher la mâchoire tellement je suis estomaquée par ce que j’entends. Il a l’air jeune pourtant, limite plus jeune que moi, et il semble connaître ma grand-mère. Comment est-ce possible ?
-Euh… Elle… Elle est décédée quand j’étais enfant. Avoué-je en me mordant la lèvre inférieure, gênée de devoir lui apprendre une telle information.
-Oh… Semble-t-il soudainement peiné, triste d’apprendre la nouvelle. J’avais oublié que l’espérance de vie des terriens étaient toute petite par rapport à la nôtre. Faut m’excuser, je suis encore jeune et je peux faire des bourdes. Je n’ai que 178 ans !
-Ce… Ca ne fait rien. Bredouillé-je, perturbée par ses paroles. La différence d’espérance de vie et de temporalité ne me choquent pas -après tout, nous sommes sur une autre planète et dans une autre galaxie que celle de la Terre- mais j’ai du mal à me faire à l’idée que l’homme face à moi ait 178 ans ! Je secoue la tête, et je tente de m’imprégner que les codes de ce monde, de Sixam, sont différents de ceux dans lesquels j’ai grandi. Ma grand-mère est déjà venue ici donc ?

-Bien sûr. Me confirme alors Zeol en retrouvant son sourire. Nous sommes souvent venus la… euh… chercher, on va dire. Car nous nous intéressions à ses travaux scientifiques. En échange, nous lui permettions de récupérer quelques plantes pour qu’elle puisse les étudier dans son laboratoire. Elle a toujours été discrètes sur nous, alors nous lui faisons confiance pour un … Euh… Echange de bons procédés. Peux pas trop en dire, c’est secret. Baragouine-t-il alors que je hoche la tête en signe de compréhension.
-C’est drôle… Je sais qu’elle nous a déjà dit que les aliens … enfin les extra-terrestres existent… Mais elle n’a jamais parlé de cet endroit. Juste d’aliens et de vaisseaux spatiaux.
-Hum hum… Disons que, même si nous lui faisons confiance, nous ne voulions pas prendre de risque. M’avoua Zeol, embarrassé. Nous lui avons… comment dire… enlevés quelques souvenirs, vous voyez ? Enfin nous, mes supérieurs plutôt. Rien de bien méchant, juste nous ne voulons pas que Sixam soit connu des terriens, que ce soit son environnement ou sa localisation. Voyez, vous êtes curieux des vies extraterrestres, et bien, nous aussi, nous sommes curieux des vies extrasixamestres. Et vous voyez… Nous avons peur que si Sixam est connu du grand public terrien… Et bien, nous craignons que vos semblables veuillent développer une forme de tourisme ici et … Et bien disons que nous avons pour coutume de vivre en harmonie avec la nature de Sixam…
-Je vois. Lui dis-je, comprenant parfaitement où il veut en venir. Les habitants de Sixam parviennent à se développer en veillant à respecter la nature de leur planète, alors que nous, sur Terre, nous causons des problèmes environnementaux suite au développement de notre civilisation et de notre économie. Pas étonnant qu’ils soient frileux à l’idée que nous connaissions leur planète : ils ont trop peur que nous venions la saccager, voire que nous essayons de la coloniser. Bien que je sois compréhensive, je ressens un pincement au cœur. Cela veut dire que je vais probablement partir de ce monde sans garder de souvenirs de mes découvertes.
-Mais je ne suis pas mes supérieurs ! S’affole soudain Zeol qui a remarqué ma mine sombre. Vous êtes la petite-fille de Maetha et si vous promettez de ne parler de Sixam à personne et de ne pas divulguer vos photos -oui, je vous observe depuis un moment, on sait jamais-, je pourrai vous laisser partir en regardant ailleurs. Par contre, si vous ne tenez pas votre parole, les conséquences pourraient être fâcheuses.
-Ne vous inquiétez pas, je comprends tout à fait votre besoin de discrétion, et je vous promets de garder le secret. Lui assuré-je, soulagée de savoir que mes souvenirs de cette journée ne seront pas altérés. Je me sens plus légère, et je profite de cette occasion pour discuter davantage avec Zeol, avant de repartir pour retrouver ma planète et surtout ma famille.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 35

Les jours suivants le décès de Maman ont été difficiles. Elle s’était faite une place à la maison et notre quotidien semble bien vide maintenant qu’elle n’est plus parmi nous. Mes crises de larmes sont fréquentes et je ne cesse de penser à elle et à quel point elle me manque. Cédric fait ce qu’il peut pour m’aider, mais je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à la perte de ma mère.
En plus de mon deuil, il faut également gérer celui des enfants. Grégory a encore le souvenir du décès de son grand-père et a parfaitement conscience qu’il ne reverra jamais plus sa grand-mère. C’est plus flou pour Grace qui se confronte véritablement à la perte d’un proche pour la première fois, et c’est plus difficile pour elle de l’accepter. Depuis que Maman vivait à la maison, elles s’étaient beaucoup rapprochées toutes les deux. Du coup, l’absence de Maman pèse sur ma fille. Elle affiche en permanence un air triste et commence même à faire des cauchemars. Nous essayons de la soutenir du mieux que l’on peut avec son père, et je sais que Grégory passe beaucoup de temps à parler avec sa sœur. Par moment, quand il lui parle, j’ai l’impression d’entendre Maman. Il lui ressort le même discours que sa grand-mère à propos de la mort et la vie. Visiblement, ce que lui a dit Maman au moment du décès de mon père a du l’aider, et il essaie d’en faire de même avec Grace. J’espère que ces mots finiront par avoir le même impact sur elle… Je suis triste de perdre ma mère, mais voir ma fille aussi anéantie me brise le cœur.
Avec tout ça, le jour de l’enterrement de Maman arrive vite. La route pour aller jusqu’au cimetière de Newcrest se fait en silence et parait interminable. Je serre l’urne de Maman contre moi, essayant de penser à autre chose qu’à son contenu. J’observe le ciel et constate que la météo se montre clémente. C’est une belle journée aujourd’hui, je pense que ça aurait plu à Maman qu’on lui dise un ultime au revoir durant une journée ensoleillée.

Toute la famille est présente aujourd’hui. Celian et Sarah ont tenu à être là pour nous soutenir dans cette épreuve, mais aussi pour dire au revoir à Maman. Celian l’appréciait, et Sarah est triste de perdre sa tante. Elle ne le montre pas pour pouvoir m’aider au mieux, mais je sais que son départ la touche. Surtout quand on pense qu’avec elle, c’est toute la génération de nos parents qui s’est éteinte.
Les enfants sont également présents. Nous avons décidé de leur laisser le choix de venir ou non, malgré l’école. Nous ne voulions pas les forcer à aller à l’école, ni les obliger à venir ici s’ils n’en avaient pas envie. Grégory et Grace ont un peu hésité, mais ils ont fini par dire qu’ils voulaient venir.

Debout devant les urnes, j’essaie de rester forte. Je me concentre sur le silence et la fraîcheur du caveau familial, pour ne pas penser à Maman. Poser son urne sur l’une des tables, juste à côté de celle de Paul, est la chose la plus difficile que j’ai eu à faire. La poser signifie que je vais la laisser ici. Cela signifie que quand je vais partir d’ici, je devrais reprendre le cours de ma vie sans elle. J’ai du mal à accepter cette idée, car j’ai du mal à imaginer ma vie sans ma mère.
Cela parait tellement paradoxale quand je me rappelle qu’elle a été absente durant une bonne partie de mon enfance. Elle a commencé à s’occuper de moi, j’étais déjà grande, mes grands-parents avaient déjà posé les solides bases de mon éducation. Mais les choses ont tellement changé depuis. Maman faisait partie intégrante de ma vie. Je pensais à elle tous les jours et je l’appelais toutes les semaines depuis que j’avais quitté la maison. Elle était ma mère, mais aussi ma confidente. Comment ferais-je sans elle, dorénavant ? Comment vais-je faire sans celle qui, malgré tout, a toujours fait partie de ma vie ?

Mon regard finit par quitter l’urne de Maman, pour s’attarder sur les autres. Très vite, je me perds dans mes pensées et je remarque à peine que Celian, Sarah et Gabriel sortent du caveau pour nous laisser un peu d’intimité pour nous recueillir auprès des disparus.
J’observe particulièrement les urnes de mes grands-parents. J’étais trop jeune pour assister à l’enterrement de ma grand-mère et ma mémoire enfantine n’a pas su conserver les instants partagés avec elle. Je me rappelle juste des histoires racontées par mon grand-père, et je suis certaine que je tiens mon goût pour la science et l’espace de ma grand-mère et de ses histoires d’aliens. Par contre, j’ai toujours des souvenirs de l’enterrement de mon grand-père, et je me rappelle à quel point j’étais triste qu’il soit parti. Il était l’homme qui m’a élevé, qui s’est occupé de moi, et de Maman, quand nous avions besoin de lui. Le perdre a été un déchirement pour moi, je l’ai ressenti comme un abandon. C’est aussi ce jour-là que j’ai réalisé que si je pouvais perdre mon grand-père, je pouvais également perdre ma mère, et cette réalité était encore bien plus terrifiante.
Ce jour-là, Maman m’avait d’ailleurs promis qu’elle ne partirait pas avant de longues années. Elle m’avait promis que le jour où elle ne serait plus là, je serai déjà grande et probablement que j’aurais déjà ma propre maison. Je souris à cette pensée. Maman n’a pas toujours été là, mais elle a toujours tenu ses promesses.

-Pfff ! C’est n’importe quoi tout ça ! S’exclame brusquement une voix qui me fait sursauter. Mon regard quitte les urnes, et je m’aperçois que ma fille se tient à mes côtés, les sourcils froncés.
-Grace ! Commence à gronder Cédric, appréciant très peu ce qui pourrait ressembler à un manque de respect envers le lieu et les disparus. Je lance un regard à mon époux pour lui signaler qu’il n’a pas lieu de s’agacer.
-Pourquoi tu dis ça ma puce ? Demandé-je alors à ma fille.
-Ca sert à quoi tout ça ? On s’habille en noir, on pose l’urne et voilà ? Ca sert à quoi de garder tout ça ? C’est pas ça qui va les faire revenir! Clame Grace. Sa réponse est vive, mais j’entends sa voix vaciller et son regard s’embuer. Grace est triste, mais son chagrin s’exprime par de la colère.
-Ca permet de pouvoir dire au revoir. On commémore leur mémoire, les moments que nous avons passé avec eux et l’amour que nous leur avons porté. Conserver les urnes, c’est conserver une trace matériel et physique de leur passage sur Terre et dans nos vies. Tenté-je de lui expliquer alors qu’elle secoue la tête d’un air peu convaincu.

-Mais moi, je voudrais que Mamie soit toujours là ! M’en fiche de son urne, je voudrais Mamie, la vraie ! S’exclame-t-elle, alors que Cédric et Grégory décident de nous laisser seules et de sortir du caveau à leur tour. L’expression sur le visage de ma fille a changé, le ton de sa voix également. Petit à petit, la colère laisse pleinement place au désarroi. Puis ça veut dire qu’un jour, avec Grégory, on va devoir mettre vos urnes ici avec Papa et j’ai pas envie ! Je veux que vous restiez avec nous pour toujours !
-Oh ma puce, soufflé-je, touchée par son chagrin et ses craintes, j’ai l’impression de me voir quand ton arrière-grand-père est parti. Je ne voulais pas qu’il parte non plus et je trouvais ça injuste. Lui expliqué-je alors, et je devine dans son regard qu’elle pense la même chose. J’ai eu peur de perdre ta grand-mère alors que j’avais encore besoin d’elle. Elle m’a expliqué que tant que j’aurais des souvenirs de mon grand-père, tant que je chérirais ces souvenirs, c’était comme s’il était toujours là. Et elle m’a fait une promesse : qu’elle ne partirait pas avant que je sois grande et que j’ai ma propre maison. Et aujourd’hui, je te fais cette même promesse, ma Gracie.
-Maman… A quoi ça sert tout ça si on finit dans une urne à la fin ?
-Ca sert à donner du sens à ta vie. Lui dis-je avec un sourire. Si la vie n’avait pas de fin, peut-être nous nous donnerions moins de moyens pour réaliser nos rêves et rendre notre monde meilleur. Tu ne crois pas ?
-Peut-être… Ca aussi tu le tiens de Mamie ?
-Bien sûr, c’est pour ça que je m’évertue à profiter des deux plus grandes passions de ma vie : l’espace et ma famille.

Grace me sourit suite à mes paroles, et je lui prends la main pour l’inviter à sortir du caveau. Le soleil nous éblouie pendant un instant, puis nos yeux s’accoutument à la lumière. Belle image en cette triste journée : quitter l’obscurité de la tristesse pour aller vers la lumière de notre existence. Les choses ne sont pas aussi simple que de traverser une porte dans la réalité, mais nous ne sommes pas loin de la vérité.
J’observe un instant ma fille, et même si mes mots l’ont réconforté, son visage affiche toujours le même air triste.

-Viens là ma puce, l’invité-je tandis que je me baisse à sa hauteur pour la prendre dans mes bras. Elle s’accroche alors à mon cou, comme si elle avait peur de me perdre. Je sais que ta Mamie te manque, mais sache que peu importe où elle est en cet instant, elle veille et veillera toujours sur toi. Aujourd’hui c’est difficile, mais demain, tu comprendras pourquoi cette journée était si importante pour pouvoir dire au revoir à ta grand-mère.
-Tu crois ?
-Oui ma puce. La vie est comme un livre : chaque journée est une nouvelle page qui se tourne et aucune ne se déchire si tu ne l’as pas décidé.
-Maman… J’aime pas les livres. Bougonne-t-elle avec une moue boudeuse qui me décroche un sourire.
-Cela veut simplement dire que demain est un autre jour et que le temps apaisera tes blessures. Et puis, garde en mémoire que Mamie aimait te voir sourire, et ce n’est pas parce qu’elle n’est plus ici, avec nous, que ce n’est plus le cas.
-D’accord Maman… je t’aime Maman.
-Moi aussi je t’aime Gracie.

Le reste de la journée s’est déroulée calmement. Après l’enterrement, Celian, Sarah et Gabriel sont venus à la maison pour prendre le goûter. Ils sont également restés dîner et je pense que cela a fait du bien aux enfants de passer du temps ensemble. Ils se sont amusés sur l’échelle horizontale et sur la balançoire, et je pense que le fait qu’ils se soient dépensés le reste de l’après-midi leur a permis de se défouler et d’extérioriser leur chagrin.
Ce soir, après avoir couché les enfants, je m’attarde sur mon échiquier. Je l’observe un instant, avant de m’installer devant. Cet échiquier me rappelle mon grand-père, lui qui m’avait appris à aimer les échecs et à y jouer. Il me rappelle également ma mère, qui a voulu apprendre pour pouvoir jouer avec moi. Et, même si elle a fini par connaître les règles du jeu par cœur, elle a toujours été nulle à ce jeu. Je ne peux m’empêcher de sourire, aux souvenirs de toutes ces parties que nous avons joué ensemble.

-Tout va bien Chaton ? M’interroge soudainement Cédric, qui vient s’installer en face de moi, de l’autre côté de l’échiquier. Je lui souris pour essayer de le rassurer.
-Ca va. Je pensais simplement à ma mère.
-En regardant l’échiquier ?
-Oui. Elle a appris à jouer aux échecs quand j’étais enfant, juste pour pouvoir jouer avec moi.
-C’est une gentille attention.
-Oui, mais elle n’a jamais été très douée. Clairement, c’était pas son truc, même si mon grand-père était un excellent prof d’échecs. Me rappelé-je en souriant. Au début, cela m’ennuyait et je préférai jouer avec mon grand-père car il était plus fort que moi. Quand il est mort, j’ai essayé d’aider Maman. Je voyais ses coups venir à des kilomètres, mais je faisais mine de ne rien voir, juste pour faire durer nos parties.
-Je ne crois pas vous avoir déjà vu jouer, toutes les deux…

-J’ai fini par faire ma vie, et j’ai eu moins de temps, je pense. Soufflé-je, en commençant à triturer une pièce du plateau. J’ai délaissé les échecs pour poursuivre mon rêve d’aller dans l’espace. J’ai travaillé ma forme physique et ma fusée et, par la force des choses, j’ai passé moins de temps avec elle. Soupiré-je d’un air las.
-Ta mère était malgré tout fière de toi. Tente-t-il de me rassurer.
-Je sais… Mais si en travaillant autant, je manquais des occasions de passer du temps avec nos enfants ? Quels souvenirs auront-ils de moins quand je ne serai plus là ?
-Tu es une mère formidable Chaton, et un exemple formidable pour eux. Tu travailles dur pour réaliser tes rêves, et tu as quasiment terminé ma fusée.
-Ah vrai dire, je l’ai terminé. Elle est apte à voler en toute sécurité. Je n’osais pas le dire, car je ne sais pas quand je vais essayer de voler avec.
-Qu’est-ce qui te retient ? Me demande-t-il, étonné que je ne me sois pas empressée d’essayer ma fusée, alors que je travaille dessus depuis mon adolescence.
-J’ai peur de me perdre. Avoué-je, songeuse, craignant au fond de moi de trop aimer voler dans l’espace quand je veux avec ma fusée, au point d’en oublier le reste. Mais aussi, je voulais que Maman me voit m’envoler avec. J’ai terminé ma fusée, et elle est décédée le lendemain. Je n’ai même pas eu le temps de lui en parler.
-Chaton, tu nous aimes trop pour t’oublier dans ta passion. M’assure-t-il en réponse. Ta peur est là pour le prouver. Quant à ta mère… Elle aurait voulu que tu ailles jusqu’au bout de ton rêve.
-Malgré les risques ?
-Malgré les risques…. Chaton ? Tu veux faire une partie ? Me demande-t-il en désignant l’échiquier devant nous.

Je hoche la tête en guise de réponse. Nous replaçons les différentes pièces à leur place, et nous commençons la partie. Nous n’avons jamais vraiment eu le temps de jouer à ce jeu tous les deux, puisque je me suis découverte enceinte peu de temps après notre emménagement dans cette maison. Puis, nous étions pris dans notre rôle de parents, de couples et dans nos vies professionnelles.
Cédric se révèle être un redoutable adversaire. Jouer avec lui est un véritable plaisir. C’est même lui qui gagne la première partie. Pris au jeu, nous en commençons une deuxième, puis une troisième. Jouer ensemble à ce jeu n’a rien d’extraordinaire, mais cela fait tellement du bien de pouvoir nous poser tous les deux, pour faire une activité ensemble.
Je repense à notre discussion durant nos parties. Je repense à ma mère. Je repense à mes rêves. J’ai mis beaucoup de choses de côté pour pouvoir réaliser mes rêves. J’ignore si j’ai eu raison, mais les faits sont là aujourd’hui. Maman m’a toujours soutenu, même si elle n’y comprenait pas grand chose. J’aurais aimé qu’elle puisse me voir m’envoler vers les étoiles, qu’elle voit que tous les efforts que j’ai fourni toutes ces années n’ont pas été vains. Aujourd’hui, elle n’est plus là, mais comme je l’ai dit à ma fille cette après-midi, je suis certaine qu’elle nous observe de là où elle est. Elle pourra voir que je réalise mes rêves.
Il faut que je les réalise. Ensuite, je pourrai enfin passer à autre chose et consacrer plus de temps à ma famille.
Et cela commence par voyager dans l’espace.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 34

Maman est infatigable. Maintenant que Grace va à l’école et qu’elle n’a plus à s’occuper d’elle durant la journée, elle a décidé de participer aux tâches ménagères et de faire un peu de ménage dans la maison. Cela part d’un bon sentiment, mais cela nous gêne avec Cédric.
Maman est notre invitée, cela nous fait plaisir qu’elle vive avec nous. Si nous lui avons demandé de venir vivre à la maison, c’est pour éviter qu’elle soit seule durant une période difficile et qu’elle puisse se ressourcer auprès de sa famille.
Et non pas pour qu’elle endosse le rôle de femme de ménage.
Cela la fait rire quand je lui en parle, mais elle m’assure que cela ne la dérange pas. Elle ne veut pas être un boulet à la maison, et tant qu’elle sera ici, elle veut se rendre utile et faire sa part. J’ai beau lui assurer qu’elle ne nous dérange pas et que ce n’est pas la peine -je préférerai même qu’elle se tienne tranquille pour se ménager- mais elle se montre têtue. Et elle l’est d’autant plus au fur et à mesure que le temps passe. La question de son retour chez elle ne s’est pas encore posée, et avec Cédric, nous avons décidé de ne rien imposer à Maman. Elle peut rester ici aussi longtemps qu’elle le souhaite.

L’avantage de la présence de Maman à la maison est que cela laisse plus de temps à Cédric pour travailler sur son roman. Il ne l’avouera jamais, mais la présence de Maman et son aide pour l’entretien de la maison lui libère du temps pour qu’il puisse se concentrer sur ses recherches et le développement de son histoire, tout en continuant ses missions d’écriture pour s’assurer un revenu régulier en attendant de pouvoir publier son roman.
Pour le moment, Cédric ne m’a toujours pas parlé en détails de son livre. J’essaie de lui poser des questions, mais il refuse de me répondre. Il dit que c’est une surprise et il veut tellement garder son projet secret qu’il a mis un mot de passe sur le dossier contenant son travail.
Non, je n’ai pas essayé d’espionner. Mais Maman a cru me rendre service en essayant de satisfaire ma curiosité pendant que Cédric avait le dos tourné.
La seule chose dont je suis sûre, si j’en juge par les livres qui traînent sur son bureau et dont il se sert pour ses recherches, c’est qu’il s’agit d’un livre de science-fiction. Cela m’a fait sourire lorsque je l’ai remarqué, mais je resterai sage. J’attendrai patiemment qu’il ait terminé l’écriture de son livre pour en savoir plus !

Pendant que Cédric écrit, Maman s’occupe comme elle peut. J’ai toujours peur qu’elle s’ennuie à la maison, et parfois, je me demande si ce n’est pas pour ça qu’elle cherche toujours une nouvelle chose à faire à la maison pour « faire sa part de travail » comme elle dit.
Après tout, quand elle a emménagé, Grace était encore un bambin qui avait besoin qu’on s’occupe d’elle. C’était d’ailleurs l’occasion pour que Maman et Grace créent des liens et que Maman profite de sa petite-fille. Cela lui permettait aussi de se changer les idées suite au décès de Paul et de Papa.
Mais maintenant, Grace a grandi et elle va à l’école, tout comme Grégory. Je suis au travail toute la journée et Cédric travaille sur son roman. Je sais que Maman va voir Kalpita de temps en temps, mais je sais également que Kalpita essaie de se remettre du décès de mon père en passant davantage de temps avec son fils, sa belle-fille et ses petites-filles.
Alors, l’air de rien, j’ai essayé de proposer des activités à Maman, ou de lui parler des associations locales qui proposent des activités pour les habitants d’Oasis Springs. Mais cela ne semble pas l’intéresser.

Cédric essaie de me rassurer, car il n’a pas l’impression que Maman s’ennuie quand elle regarde des épisodes de ses séries préférées sur Simflix ou quand elle se plonge dans un nouveau livre, mais je ne peux m’empêcher de me faire du soucis. Il a beau m’assurer que je me fais des idées, c’est plus fort que moi.
Alors, à chaque fois, il me rappelle que Maman ne passe pas ses journées toute seule. Même s’il travaille sur son ordinateur, il est tout de même présent dans la maison et se pose sur le canapé avec elle quand il fait une pause. Généralement, Maman plaisante durant ces moments-là, en assurant qu’elle n’a pas besoin de senior-sitter et qu’il n’est pas obligé de venir lui tenir compagnie. Cédric n’hésite pas alors à renchérir en affirmant qu’il n’a pas envie de dormir sur le canapé si jamais il ne veille pas sur elle.
Par moment, je comprends mieux pourquoi j’ai les oreilles qui sifflent durant la journée.

Et puis, quand je m’inquiète pour Maman, je me rappelle que les enfants terminent l’école tôt, en milieu d’après-midi. Quand ils rentrent, Maman rendosse avec plaisir son rôle de grand-mère. Elle leur donne un goûter, et les incite à faire leurs devoirs. Ce qui est simple avec Grégory, beaucoup moins avec Grace qui préférerait aller jouer dehors. Parfois, ils invitent des amis à venir jouer à la maison et clairement, durant ces moments-là, personne n’aurait le temps de s’ennuyer.
Mais je crois que cela fait plaisir à Maman, cette ambiance-là. Elle découvre une nouvelle facette d’une vie de famille, avec une maison pleine d’enfants. Cela doit tellement lui changer de quand j’étais enfant, fille unique et solitaire ! Mais cela doit lui faire plaisir d’observer toute cette vie qu’il y a à la maison car, quand je rentre à la maison le soir, elle a toujours le sourire. Et voir le sourire de ma Maman, cela me rassure.

*  *  *

Rosae 
J’aime être ici. Je pensais que je serais fatiguée de vivre chez ma fille, d’empiéter dans son espace avec sa famille. J’avais peur d’être de trop, ici. C’est pour cela que je ne voulais pas venir, au début. Je ne voulais pas que Joy se sente obligée de m’accueillir chez elle après la mort de Sven. Mais j’ai fini par accepter, car cela semblait lui tenir à cœur.
Au final, je me plais ici. Je suis proche de ma fille et de mes petits-enfants. Cela me réchauffe le cœur de les voir tous les jours, et de les voir si heureux. Je suis heureuse ici, et honnêtement, je n’ai pas tellement envie de partir pour retourner vivre chez moi. Bien sûr, si un jour Joy ou Cédric veulent que je retourne chez moi, je le ferai. Je ne veux pas m’imposer. Mais pour le moment, je profite de ces instants avec ma famille. Des instants simples, mais qui me font tellement de bien. Je profite enfin de ce que j’ai loupé avec Joy lorsqu’elle était enfant. Mieux vaut tard que jamais, et je suis heureuse de réussir à créer des liens avec Grégory et avec Grace. Ce sont vraiment des enfants adorables, Joy et Cédric ont bien travaillé. C’est un vrai bonheur de les voir grandir et de déceler les ressemblances physiques.
Je les aime tellement, et j’espère pouvoir rester auprès d’eux le plus longtemps possible.

Malheureusement, mon corps ne semble pas d’accord. Les enfants sont là, ils ont invité une amie à eux à venir à la maison, qui passe plus de temps à danser qu’à faire ses devoirs. C’est agaçant, et je me réjouis que Joy ait toujours fait ses devoirs avec plaisir.
Mais, tout à coup, je me sens mal. J’ai du mal à respirer et j’ai la tête qui tourne. Il faut que je m’assois. Où est la chaise ? Le canapé ? Je ne sais plus… Je me baisse vers le sol. Mon esprit se coupe du reste du monde, et j’entends juste Cédric ordonner aux enfants d’aller dehors, tout de suite.
Je crois qu’ils l’ont écouté. C’est mieux comme ça.

Proche du sol, je m’allonge. J’espère que c’est juste un malaise. Mais, la douleur dans ma poitrine m’indique que ce n’est pas seulement cela. Je me sens lourde, mon esprit divague. J’entends Cédric qui m’appelle mais, petit à petit, sa voix se fait lointaine, jusqu’à disparaître.
Je comprends que c’est fini. Mon heure est venue. Quelque part, je suis triste. J’aurais aimé rester plus longtemps. J’aurais aimé voir Grégory et Grace devenir adulte. Je les verrai depuis un autre monde, sans doute, j’espère. Je suis triste aussi car je sais que je vais causer du chagrin. Je ne veux pas qu’ils soient tristes. Je veux voir des sourires sur leur visage, pas des larmes. Oh, j’espère qu’ils ne seront pas tristes trop longtemps. La vie est trop courte et le temps passe trop vite pour être triste. Je m’en suis rendue compte quand Joy est devenue grande alors que je n’ai pas assez profité de son enfance. Le temps est précieux, il faut en profiter tant que l’on peut.
Mais, petit à petit, je me sens bien. D’un autre côté, je suis heureuse de partir. La mort fait partie de la vie, et petit à petit, je n’avais plus ma place dans ce monde. Mes parents sont partis. Ma sœur est partie. Mes amis sont partis. Paul est parti. Mon frère est parti. Sven est parti. Aujourd’hui, c’est mon tour. C’est dans l’ordre des choses. Ma place est parmi les défunts. Je vais retrouver mes parents. Je vais retrouver Paul.
Peu importe où je vais, je serai heureuse.
J’espère juste que ma fille et mes petits-enfants auront une longue vie heureuse. C’est tout ce que je leur souhaite.
Joy…. Grégory… Grace… Je vous aime.
Inspiration… Expiration…
Et c’est la fin.

Quand je rentre du travail aujourd’hui, je suis d’humeur guillerette. J’ai passé une super journée et j’ai tellement hâte de raconter tout ça à mon mari et à ma mère ! C’était tellement passionnant que je pourrai en parler pendant des heures !
Mais, quand j’ouvre la porte de la maison, Cédric est là, à m’attendre. Il a un air grave sur le visage. Mon cœur se met à battre à toute vitesse. Un mauvais pressentiment m’assaille.
-Cédric ? Qu’est-ce qui se passe ? Lui demandé-je alors qu’il essaie de me convaincre de m’asseoir. Où est Maman ? Et les enfants ?
-Les enfants sont dehors. Et je crois qu’ils n’ont rien vu…
-Vu quoi Cédric ?
-Joy… Il s’agit de ta mère…. Je… Je suis désolé…

Mon esprit se déconnecte pendant que Cédric me raconte ce qu’il s’est passé. Maman a eu un infarctus. Maman est partie pour toujours. J’ai du mal à y croire, et je me dépêche d’aller dans le salon.
Son urne est bien là, au beau milieu de la pièce. J’en ai le souffle coupé. Je ne peux pas y croire. J’ai vu ma mère ce matin même, avant de partir au travail ! Je lui ai souhaité une bonne journée ! Elle ne peut pas être déjà partie ! Cette urne ne peut pas être la sienne ! Ce n’est tout simplement pas possible !
Je sens les larmes me monter aux yeux ! Non, non ! Je n’ai pas à pleurer ! Ma maman n’est pas partie, elle va revenir d’un instant à l’autre ! Elle ne peut pas être partie, pas déjà ! C’est beaucoup trop tôt !

Je commence à pleurer, au fur et à mesure que je fixe l’urne qui se trouve devant moi. L’évidence s’insinue petit à petit dans mon esprit.
Maman est partie.
 
J’éclate en sanglots lorsque je le réalise. J’ai perdu ma mère. J’ai déjà perdu mon père, et maintenant, c’est au tour de ma mère. Je n’ai plus de parents. Et cette évidence me brise le cœur.
Je sais que ma mère n’était pas éternelle. Je sais qu’elle devait mourir un jour. Mais le savoir ne rend pas la perte plus supportable. Le savoir ne bloque pas la douleur.
Cédric me rejoint dans le salon, et il me prend dans ses bras. Je m’accroche comme si ma vie en dépendait. Il ne dit rien, mais son étreinte suffit à me rappeler qu’il est là. En cet instant, il est mon pilier. Il me rappelle que je ne suis pas seule. J’ai perdu mes parents, mais j’ai toujours ma famille auprès de moi. Je sais qu’auprès d’eux, je finirai par aller mieux.
Mais pour le moment, je suis incapable de faire autre chose que de pleurer ma Maman.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 33

Le temps passe et finit par panser nos blessures. Petit à petit, je fais mon deuil. Papa me manquera toujours, mais je sais bien que nous ne pouvons pas lutter contre les effets du temps et les lois régissant la vie humaine. Et puis, Papa n’aurait pas voulu que je sois triste trop longtemps.
Au lieu de me morfondre, je tâche de profiter de l’instant présent. Je suis entourée par mon mari et mes enfants, qui illuminent chacune de mes journées et me rappellent pourquoi je me lève chaque matin. Et c’est sans doute le plus important.
Le fait d’avoir Maman à la maison me fait du bien aussi, et je vois bien qu’à elle aussi. J’apprécie de l’avoir avec nous, et de la voir tous les jours. Quant à elle, cela doit lui faire du bien d’être auprès de sa famille, proche de sa fille, son gendre et de ses petits-enfants. Sa joie de vivre revient petit à petit depuis qu’elle est ici, et cela fait plaisir à voir. Elle fait son possible pour se rendre utile, refusant de se laisser vivre sans rien faire. Alors, il lui arrive de faire la cuisine à la place de Cédric, ainsi que quelques tâches ménagères.

Mais la plupart du temps, elle préfère s’occuper des enfants. En particulier de Grace, dans la mesure où elle ne va pas encore à l’école. Elle n’est pas obligée, mais elle le fait avec plaisir. Je crois qu’elle considère cela comme une seconde chance : elle n’a pas su être une bonne mère pour moi durant ma petite enfance -bien que je pense qu’elle a fait ce qu’elle a pu-, alors elle se rattrape dans son rôle de grand-mère. Elle ne se force même pas et tisser des liens avec sa petite-fille lui vient tout naturellement. Elles sont belles à voir toutes les deux ensemble, et Grace n’a jamais été aussi calme que depuis que Maman est à la maison. J’ignore comment elle fait, mais elle doit certainement avoir un super pouvoir insoupçonné qui calme instantanément les enfants un peu trop dynamique ! C’est peut-être pour ça que j’ai toujours été une enfant calme….

Néanmoins, Maman n’est plus toute jeune et, même si Grace est plus calme en sa présence, ma fille demande beaucoup d’énergie pour la maintenir occupée et éviter qu’elle ne fasse des bêtises. Ce qui fait que Maman s’endort souvent sur le canapé au beau milieu de la journée. Cela m’inquiétait au début, car Maman a toujours eu besoin de bouger et de rester active, mais elle m’a toute suite rassurée : elle n’a tout simplement plus 20 ans. Si elle veut rester active, elle a souvent besoin de faire une sieste au milieu de la journée pour recharger les batteries. Surtout quand elle sait qu’un événement est prévu pour le soir-même.

En effet, ce soir, nous célébrons l’anniversaire de Grace. Elle va devenir une enfant et rejoindre son frère à l’école. Déjà ! Le temps passe si vite alors que j’ai l’impression qu’hier encore, elle n’était qu’un petit bébé qui gazouillait dans son berceau. J’ai un pincement au cœur en me rappelant que je n’ai pas su profiter des premiers mois de sa vie, mais je me rappelle qu’elle n’est encore qu’une enfant, et que j’ai encore du temps devant moi avant qu’elle ne devienne une adulte indépendante qui ne voudra plus avoir sa mère sur le dos.
Pour l’occasion, Celian, Sarah et leur fils Gabriel viennent à la maison. Celian ne tarde pas à me saluer puis à entrer à l’intérieur de la maison, quant Sarah reste un peu à l’extérieur pour discuter avec moi.
-Dis donc Gabriel, tu as bien grandi encore ! Tu vas finir par nous dépasser ! M’exclamé-je alors qu’il affiche un grand sourire plein de fierté.
-M’en parle pas, j’ai l’impression de devoir lui racheter des vêtements toutes les semaines tellement qu’il pousse vite ! Fait mine d’être dépitée ma cousine alors que je ne peux m’empêcher de rire.
-Je compatis, c’est la même chose avec Grégory ! Lui avoué-je, alors que Gabriel se dépêcher d’entrer dans la maison après avoir eu l’autorisation de sa mère.
-Ca doit être les gênes Chastain à tous les coups ! Ca les fait grandir trop vite !
-Je ne vois que cette explication !

Nous finissons par entrer avec Sarah, pour découvrir avec étonnement les garçons entrain de jouer à la console dans le salon. Je comprends mieux pourquoi Gabriel avait tellement hâte d’entrer et de rejoindre son père ! Il a réussi à repérer que la console est allumée !
-Dis donc les garçons, loin de moi l’idée de vous déranger, mais qui s’occupe de Grace pendant que vous jouez à Sims Kart ? Les interrogé-je en croisant les bras avec un air sceptique.
-Ta mère. Me répond Cédric, concentré à essayer d’éviter une carapace rouge, sans voir qu’une autre est en train de lui foncer dessus. Mais c’est pas du jeu la carapace bleue !!
-Et qui s’occupe du gâteau ?
-Euuuh….
-Bah bravo ! Levé-je les yeux au ciel, alors d’aller rejoindre ma mère à l’étage, qui essaie de négocier avec Grace pour la convaincre de mettre sa robe. Je ne peux m’empêcher de sourire d’amusement : même elle a du mal à lui en mettre une. Probablement la dernière, car je ne lui en ai pas racheté. Si elle n’aime pas les robes, je ne vais pas davantage insister !

Après avoir réussi à convaincre Grace de mettre sa robe -en lui promettant que ce sera la dernière fois- nous finissons par rejoindre le reste de la famille au salon. Grace est ravie de revoir son oncle, sa tante et surtout son cousin. Elle qui faisait la tête il y a encore quelques minutes, fait des grands sourires à tout le monde. Une vraie comédienne !
Quelques minutes plus tard, Cédric arrive au salon avec le gâteau d’anniversaire orné de bougies allumées. Tout le monde chante un joyeux anniversaire et Maman soulève une nouvelle fois Grace pour l’aider à souffler ses bougies. Elle semble hésitante dans un premier temps, puis finit par s’exécuter pour toutes les éteindre.
Après que Grace ait soufflé ses bougies, Maman la repose au sol pendant que nous lui souhaitons tous joyeusement un bon anniversaire. Ma petite fille, ma petite dernière, devient une enfant et j’ai du mal à le réaliser. Les enfants grandissent tellement vite ! Ce n’est pas possible de mettre le temps sur pause, juste un instant ?

Maintenant qu’elle est enfant, Grace n’attend pas une seconde supplémentaire pour retourner dans sa chambre pour se changer. Exit la robe, la voilà de retour avec un jean et un chemisier à paillettes. Elle affiche un grand sourire et je vois bien qu’elle se sent beaucoup plus à l’aise ainsi. Même si elle pourrait être très mignonne avec une robe ou une jupe, je préfère qu’elle se sente à l’aise. Et puis, elle grandit et elle va commencer à développer davantage sa personnalité.
Pendant qu’elle se changeait, nous avons retiré les bougies de son gâteau. Dès qu’elle est descendue, nous commençons à découper les parts et à servir les assiettes.

Les enfants n’ont d’ailleurs pas tardé à déserter la table pour s’installer sur le canapé après récupéré leur part de gâteau. Je n’attends pas de leur dire de faire attention à ne pas faire de tâches sur le canapé, mais je crois que je parle dans le vide. Maman ne tarde d’ailleurs pas à me lancer un regard amusé et Celian s’empresse de plaisanter là-dessus.
Néanmoins, cela ne semble pas déranger les enfants. Gabriel engloutit rapidement sa part de gâteau et s’amuse à danser sur la musique, bientôt rejoint par ma cousine.

Quelques minutes plus tard, Grace et Grégory terminent à leur tour leur part de gâteau et ne tardent pas à rejoindre leur cousin. Ils discutent entre eux puis, Grace accourt dans ma discussion en affichant un grand sourire angélique qui ne signifie qu’une seule chose : elle a quelque chose à me demander.
-Mamaaaan, on peut aller jouer dehors ?
-Il fait nuit dehors ma puce.
-Oui mais il fait pas froid ! Et puis, on reste dans le jardin promis ! M’assure-t-elle avec un regard implorant. On veut juste jouer sur l’échelle !
-Bon, d’accord mais faites attention à ne pas tomber.
-Merci Maman !
Aussitôt accepté, aussitôt dehors. Il n’en faut pas plus pour que les enfants courent vers le jardin et ne se jettent sur l’échelle. Nous gardons un œil sur eux de l’intérieur mais ils semblent rester sages. J’essaie de rester sereine lorsque je vois Grace évoluer sur l’échelle mais entendre les rires de mes enfants m’apporte davantage de baume au cœur.
-Aller Gaby ! Du nerf ! Je suis plus rapide que toi ! S’exclame Grace qui avance rapidement le long de l’échelle.
-T’as triché ! Tu es partie avant le top !
-C’est pas vrai !
-Si c’est vrai !
-Non c’est pas vrai ! Affirme Grace, après être arrivée au bout de l’échelle, prête à descendre. J’y peux rien si t’es lent !
-Je ne suis pas lent ! Assure Gabriel qui ne tarde pas à la rejoindre.
-Bah alors c’est que t’assume pas d’avoir perdu contre une fille !
-Ca suffit vous deux ! Intervient Grégory à son tour, avant d’afficher un air malicieux sur son visage. Je vais vous montrer qui est le plus rapide, moi !
-Je suis sûre que je te bats !
-Non, c’est moi le plus rapide !
Hum, je sens que nous n’avons pas fini d’être fatigués, maintenant qu’ils sont tous les trois enfants…