Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 56
Grace
-Je peux te parler une minute ? Me demande Maman après être entrée dans ma chambre – sans frapper, comme d’habitude. Grace ! C’est quoi ce bazar ?! Je t’avais demandé de ranger ta chambre ! S’agace-t-elle ensuite quand son regard a balayé l’ensemble de la pièce.
Je lève les yeux au ciel. Je rentre à peine d’un entrainement avec Arthur, et il faut déjà qu’elle me prenne le chou. Et à quoi bon ranger, si j’ai besoin de quelque chose juste après ? Au moins, tout est à portée de main, et j’ai pas à chercher pendant trois plombs dans les placards. C’est un désordre organisé, si on veut.
Et puis, j’ai autre chose à faire dans ma vie que de ranger ma chambre. Je passe plus de temps dehors, alors ça sert à rien de perdre du temps sur du rangement alors que j’en vois pas l’utilité.
-C’est de ma chambre dont tu veux me parler ? Lui réponds-je avec un air suspicieux. C’est pas son genre d’avoir des discussions sérieuses avec moi. Elle sait très bien que j’ai tendance à l’envoyer sur les roses.
-Non, du tout. Viens t’asseoir. M’assure-t-elle avant de s’asseoir sur mon lit.
Ma méfiance a son égard ne fait qu’augmenter, car je me demande bien de quoi elle veut me parler. Je la rejoins sur mon lit avec prudence, alors que j’énumère dans ma tête tous les sujets de discussion possible. Au fond, je sais que la seule chose dont elle pourrait me parler, c’est de mon plan avec Gideon. J’espère que Grégory n’a pas été mouchardé, sinon ça ira mal pour lui !
-Grace, par où commencer… Semble-t-elle hésiter tout d’un coup. J’hausse un sourcil intrigué. Si elle était au courant de mon plan, elle ne serait pas hésitante, mais en colère ou dépitée. Bref, elle me dirait le fond de sa pensée sans prendre de gant.
-Par le début ? Suggéré-je alors, alors que Maman me lance un regard blasé suite à ma réflexion très premier degré.
-Très drôle…. Grace, je t’ai vu ce midi, avec ce garçon… Gideon, je crois ? Commence-t-elle, alors que je l’écoute avec attention. Dans ma tête, j’essaie de me remémorer ce que j’ai bien pu faire ce midi.
-Tu m’espionnes maintenant ? Froncé-je les sourcils, espérant qu’elle n’est pas descendue aussi bas. Maman a toujours été une mère poule, mais je ne préfère pas imaginer qu’elle en soit venue à espionner ses enfants pour veiller à ce qu’ils n’aient pas un bobo.
–Non ! Bien sûr que non ! Se défend-t-elle aussitôt, surprise par ma remarque. Tu sais que je passe devant ton lycée pour aller faire les courses. Ajoute-t-elle alors que je reste dubitative.
–Mouais, et donc ?
-Et bien, Gideon n’était pas un ami ? Me demande-t-elle prudemment, comme si elle marchait sur des œufs. Je lui fais si peur que ça à ma mère pour qu’elle n’ose pas me parler franchement ?
–Les choses peuvent changer. Me contenté-je simplement de répondre dans un haussement d’épaules. Je ne vais pas nier ce qu’elle a pu voir, et encore moins lui avouer que ce n’est que de la comédie. Elle ne pourrait pas comprendre. Elle a passé sa lointaine adolescence le nez dans ses bouquins, les subtilités de la vie sociale des jeunes de mon âge ne pourrait que la dépasser.
-Je vois… Et.. c’est sérieux entre.. vous ? M’interroge-t-elle ensuite, mal à l’aise (et encore, c’est un euphémisme). J’hausse un sourcil, incrédule. Où est-ce qu’elle veut en venir ?
-J’en sais rien, on verra, pourquoi ?
-Parce que… Tu es une fille …
-Merci du scoop.
-Grace, ce que je veux dire c’est que… Tu es en âge de … Voilà … Et faut faire attention … Me baragouine-t-elle alors que je ne comprends strictement rien à ce qu’elle essaie de me dire. Je crois que je vais devoir envisager d’investir dans un décodeur spécial langage de Maman. Car un accident est vite arrivé et… voilà. Et puis, sache que … euh… tu as le droit de dire non et que ce… soit respecté… Voilà… Continue-t-elle alors que j’essaie de lire entre les lignes, de décrypter ses paroles pour en comprendre le sens… Avant qu’un éclair de génie me frappe.
-Maman… Je rêve ou tu essaies de me parler de crac-crac ?
-Euh … Oui.
J’éclate aussitôt de rire suite à son aveu. Je ne devrais pas faire ça, mais c’est plus fort que moi ! Déjà, parce que sa tentative de conversation mère/fille fait peine à voir, mais également parce qu’elle est totalement inutile.
Je fais mon possible pour essayer de me calmer, mais lorsque j’aperçois l’expression déconfite de Maman, mon fou rire repart de plus bel sans que je ne puisse m’en empêcher.
-Oh Maman, vraiment, tu n’as pas à t’en faire ! M’exclamé-je en riant de plus belle.
-Ma puce, c’est important tu sais. Je ne voudrais pas qu’un garçon te fasse du mal ou que tu te retrouves enceinte à ton âge… Tente-t-elle de se justifier, alors qu’elle ne comprend pas ce qui peut bien me faire rire.
-Je t’assure, vraiment, tu n’as pas à t’inquiéter. Mais genre, vraiment. Lui affirmé-je alors que je peine à calmer mon fou rire. Si elle savait ! Il faudra que je raconte ça à Gideon, il va être mort de rire !
Suite à notre conversation foireuse, Maman n’a pas osé me regarder dans les yeux pendant plusieurs jours. Me retenir de rire n’était pas une mince à faire.
Mais avec tout ça, le Nouvel An est vite arrivé. Je n’ai absolument pas vu le temps passé, c’est fou ! Du coup, pour fêter ça, nous sommes allés en boite de nuit. Grégory boude toujours à l’idée d’aller danser, mais Alice a un don pour réussir à le dérider. J’aurais préféré aller dans un bar karaoké à San Myshuno mais c’est trop loin et il n’y a plus de transport en commun après minuit !
Mais contrairement à mon frangin, je ne rechigne pas à aller en boite de nuit. Tant que je suis avec mes amis, moi, tout me va !
-Hey ! Prête à faire la fête jusqu’au bout de la nuit ? M’interpelle soudainement Will avec son ton jovial habituel.
-Toujours ! Affirmé-je avec enthousiasme. Et toi ? Tu as l’autorisation de dépasser minuit de la part de ton vieux ? Lui demandé-je avec un brin de taquinerie.
-Comme si je lui laissais le choix. Me répond-t-il en riant.
Je souris à sa remarque. Je sais que c’est toujours compliqué avec son père, malgré le temps qui passe. En fait, surtout avec le temps qui passe, je devrais dire. Plus Will approche de la fin du lycée, plus son père le pousse à poursuivre avec des études de droit, pour qu’il puisse travailler et reprendre son cabinet d’avocat plus tard. Will ne sait pas trop quoi faire de sa vie, mais cela le pèse de voir le pousser vers une voie dont il n’est pas sûr qu’elle soit faite pour lui.
Il en parle peu car il veut profiter des instants hors de chez lui pour penser à autre chose, mais je sais que cela peut parfois lui miner le moral.
Plus loin dans la boite de nuit, j’aperçois Olive en compagnie d’Elodie. Je soupire en les voyant, surtout en remarquant le regard haineux d’Olive à mon égard. Elle aussi, elle m’a vu. Et visiblement, elle non plus n’est pas ravie de me voir ici.
Honnêtement, je m’en serai bien passée. Elle est toujours aussi mauvaise envers moi ou Gideon, et tente toujours de faire les yeux doux à Will pour essayer d’attirer ses faveurs. Elle est absolument ridicule, d’autant plus que de plus en plus de monde commence à comprendre son petit manège. Elle qui veut être populaire en sortant avec Will, elle est en train de provoquer l’exact inverse de l’effet recherché !
Néanmoins, un sourire narquois apparait sur mes lèvres. Je lance un regard à Gideon qui a également vu Olive. Il sourit également, comme s’il lisait dans mes pensées, et hoche légèrement la tête de bas en haut.
Alors qu’Olive passe justement devant nous, je m’approche aussitôt de Gideon et je m’empresse de le prendre dans mes bras pour l’embrasser fougueusement. Il répond à mon baiser sans attendre, et se prête au jeu du couple qui profite du Nouvel An et de l’ambiance festive. Ca me fait toujours drôle d’embrasser mon meilleur ami, car c’est pas franchement ce qu’on fait normalement entre amis, mais je préfère en rire en imaginant la tête déconfite d’Olive et à quel point ça doit la faire péter.
-Il y a des hôtels pour ça. Grommelle-t-elle alors qu’elle passe juste à côté de nous.
Ce n’est pas facile pour nous de nous retenir de rire alors que l’on s’embrasse, mais nous parvenons tout de même à rester dans notre rôle. Franchement, nous mériterions un Oscar, rien que pour notre prestation de ce soir.
Je finis par lâcher les lèvres de Gideon, qui s’empresse de rigoler en voyant la mine enragée d’Olive, qui nous lance des regards noirs. C’est tellement drôle de la faire réagir ainsi !
Sans plus nous intéresser à elle, nous nous empressons de rejoindre nos amis, où j’essaie d’ignorer le regard désapprobateur de mon frère. Il n’approuve toujours pas notre petit manège mais il tente bon gré mal gré de faire avec. Il sait que, de toute façon, il n’arrivera pas à me faire changer d’avis. Cela nous amuse avec Gideon et cela ne nous engage à rien.
J’observe Alice et Gabriel, qui font comme si de rien n’était. Je pense qu’Alice doit être au courant que c’est de la comédie -Grégory a du lui dire- mais elle ne fait aucune remarque et fait comme si tout était normal. Gabriel, je pense qu’il s’en fiche de ce que nous pouvons faire. Tant mieux, j’ai pas besoin d’avoir davantage de remarques !
Quant à Will… Je ne le vois pas avec les autres. Tiens, cela m’intrigue car il se met rarement à l’écart du groupe.
J’observe alors les alentours pour repérer où se trouve Will. Je finis par le voir proche de la cabine de DJ … Et Olive n’est pas loin de lui, et tente de faire sa belle et d’attirer son attention. Elle lui lance même des confettis en lui faisant des grands sourires. Je vois bien que Will l’ignore et se contente de danser sur la musique, mais ses tentatives m’agacent. Je ne comprends pas pourquoi elle s’acharne autant et pourquoi elle ne le laisse pas tranquille. Il a tellement de problèmes avec son père qu’il n’a pas besoin qu’une fille le colle aux baskets pour se servir de lui !
Je meurs d’envie de lui entrer dans le lard, mais je n’ai pas envie de créer un scandale dans la boîte de nuit au moment du Nouvel An.
Alors, je m’empresse de quitter la piste de danse pour m’éloigner de ce spectacle qui m’horripile. Je me dépêche d’aller au bar pour me commander un soda, tout en maudissant Olive sur 10 générations. Désolée pour sa descendance, mais si ladite descendance a le même caractère qu’Olive, alors ce n’est pas dramatique.
Enfin, il faudrait déjà qu’elle parvienne à trouver un abruti pour la mettre en cloque. Ou qu’elle fasse appel aux miracles de la médecine moderne.
-Dis, tu peux m’expliquer ce que vous fabriquez avec Gideon ? M’interpelle soudainement Will, me faisant sursauter. Je ne m’attendais absolument pas à ce qu’il me rejoigne.
-Tiens, tu t’es débarrassé d’Olive et de ses mièvreries ? Bougonné-je, encore agacée par l’attitude de cette peste.
-Je ne vois pas pourquoi tu me parles d’elle. Me répond alors Will tout en s’installant à côté de moi au bar. On s’en fiche et tu sais bien que je l’ignore.
-Ouais, mais son attitude me soûle ! Raillé-je, énervée. Cette peste va encore réussir à gâcher ma soirée !
-Laisse couler, si elle aime se prendre des vents, c’est son problème. Soupire Will, avant de revenir à son sujet initial. Sinon, vous faites quoi avec Gideon ? C’est n’importe quoi votre histoire !
-Je crois que nous sommes suffisamment grands pour décider de ce qui est n’importe quoi ou non. Répliqué-je en fronçant les sourcils. Depuis quand il juge ce que je peux bien faire ?
-Arrête, c’est étrange vous deux. Personne n’a rien vu venir.
-Parce qu’il aurait fallu qu’on vous envoie un SMS ? M’agacé-je, car je n’aime pas le ton qu’il emploie. Ou peut-être que ma colère contre Olive m’empêche de réfléchir.
Je pourrai aussi lui dire la vérité, mais Olive pourrait entendre et vu le ton qu’il emploie actuellement, je n’ai pas envie que Will me fasse une leçon de moral.
-C’est pas ça, mais vous donnez l’impression de forcer, c’est chelou. Est-ce que ça vaut le coup de prendre le risque de briser votre amitié et de déstabiliser le groupe ?
-Mais qui a dit que c’est ce qu’il allait se passer ? Soupiré-je d’exaspération en levant les yeux au ciel. Et puis, en quoi ça te regarde ?
-Je me fais juste du soucis pour toi Grace. M’avoue-t-il ensuite, avec un air étonné. Comme surpris que je réagisse aussi vivement.
-Tout va très bien Will, tu n’as pas à t’en faire. Marmonné-je en buvant une gorgée de mon soda pour éviter de me mettre à lui crier dessus. Je sais que je le regretterais aussitôt, alors j’essaie de me canaliser. Will n’a pas à être un dommage collatéral de mon énervement. Je gère parfaitement la situation, et ce n’est pas parce que tu veux rester tout seul que tout le monde doit faire pareil.
-Hein ? Mais j’ai jamais dit ça !
-Peut-être, je sais plus.
-Tu es sûre qu’il n’y a que du soda là-dedans ?
-Mais oui ! Je suis toujours en colère contre Olive, c’est pas le moment de me prendre la tête. Soupiré-je en terminant mon verre, avant de me lever pour retourner danser et essayer de me vider la tête. Je m’en veux de m’en être prise à Will qui n’a pas du comprendre ma réaction. Je verrai plus tard pour m’excuser, mais ce n’était vraiment pas le moment de m’embêter !


















































































