Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 50

Grace

Ce soir, c’est Halloween. On a eu la permission des vieux pour le fêter, et en extérieur. Ce qui est plutôt cool, car au moins, on n’a pas les vieux sur le dos.
Le côté moins cool : c’est que personnellement, les déguisements et moi, ça fait deux. J’avais pas tellement d’idées et Maman, qui a eu pitié de moi, m’a proposé de me prêter sa tenue de travail. Pour le coup, il faut avouer que ça en jette !
Grégory, il a opté pour un classique, un costume de pirate, mais néanmoins efficace. Sur le chemin pour aller à Windenburg, on s’est arrêté pour aller chercher Gabriel, qui est déguisé en méchant alien chelou, avec un masque rouge et des cornes sur la tête. Il y a vraiment que lui pour avoir des idées aussi bizarre.
Une fois arrivés à la boite de nuit, nous rejoignons Gideon, qui est le premier arrivé. Cela n’a pas été facile de le reconnaitre avec son casque… En vrai, on ne savait pas que c’était lui. Heureusement qu’il nous a appelé et qu’on a reconnu sa voix.
En attendant les autres, on s’est installé à l’intérieur. Grégory est collé à son téléphone, espérant voir apparaitre un message d’Alice. J’espère qu’il n’y a pas encore de l’eau dans le gaz entre eux, je n’ai pas envie de l’entendre geindre toute la journée !

-Mais, t’es déguisé en quoi au juste ? Demandé-je à Gideon, une fois à l’intérieur de la boite de nuit.
-En super guerrier ! S’exclame-t-il avec enthousiasme, alors que je l’observe avec perplexité. Guerrier, peut-être. Super, j’ai un doute.
-Bonjour la dégaine ! Comme je suis méchant, je vais être obligé d’abréger tes souffrances suite à la honte que tu dois subir avec ce costume ! Réagit sans attendre Gabriel. Et qu’est-ce que tu fous à être tout le temps sur ton téléphone ? Ajoute-t-il en direction de Grégory.
-Alice est en retard, et elle s’est perdue en plus.
-Elle devrait appeler Will, il doit être en chemin aussi et il a un bon sens de l’orientation. Proposé-je ensuite, histoire qu’il ne se prenne pas la tête trop longtemps. Je le connais mon frangin : il lui suffit d’un rien pour que ses neurones tergiversent toute la soirée !

Un quart d’heure plus tard, tout le monde est là, et notre bande est au complet ! Alice a finalement appelé Will, qui l’a retrouvé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et ils ont pu arriver à destination sans le moindre problème. Will fait le fier en disant qu’il a sauvé la soirée et affiche fièrement son costume de gladiateur. Gabriel ne tarde pas à le charrier en disant qu’il est venu en jupette. Alice a une mine plus déconfite, même si elle essaie de faire bonne figure. A mon avis, être déguisée en livreuse de pizza ne doit pas l’enchanter. Je crois avoir entendu qu’elle n’a pas eu trop le choix concernant son déguisement.
Pour essayer de nous mettre dans l’ambiance, nous allons sur la piste de danse. Grégory n’est pas très enchanté -la danse, c’est pas son truc- mais il fait quand même un effort. William et Gabriel restent dans leur coin, et j’ai perdu Gideon de vue.
Elle promet cette soirée d’Halloween.

Puis, je vois Gideon revenir et commencer à discuter avec Will et Gabriel en essayant de danser. Avec son costume, ça doit pas être évident, mais Gideon n’est pas un grand danseur de base. Donc, je pense qu’il s’en fiche.
Puis, je remarque que mon frère s’est rapproché de sa copine. Ah, pour être plus précise, il l’embrasse. Il s’est peut-être enfin détendu et va enfin pouvoir profiter de la soirée. De toute façon, dès qu’Alice est dans le coin, il ne reste jamais bougon bien longtemps.
-Décidément, ils ne peuvent pas rester 5 minutes dans la même pièce sans s’embrasser ces deux-là ! Plaisante sans attendre William, ce qui ne manque pas de faire rire Gideon et Gabriel.
-Et encore, tu ne l’entends pas lui parler au téléphone à longueur de soirée ! Ajouté-je en faisant référence à mon frère et à ses conversations mielleuses qu’il entretient avec Alice le soir quand ils n’ont pas rendez-vous. Beurk !
Soudain, je sens mon portable vibrer dans ma poche, et je ne tarde pas à le sortir pour regarder la notification.

-Tu es sûre que ça va ? Interroge Grégory, inquiet pour sa petite amie qui fait la tête depuis qu’elle est arrivée.
-Oui oui ça va… Je me sens juste stupide de débarquer avec un costume livreuse de pizza alors que vous avez tous des déguisements super cool !
-Tu n’es pas stupide… Et moi, j’achèterai plein de pizzas juste pour que tu viennes les livrer chez moi !
-Pff, t’es bête ! Glousse-t-elle face à la bêtise de son petit-ami. Blague à part, j’ai vraiment été débile. J’ai pas fait attention à la date, donc j’ai pas percuté que la soirée était déguisée…
-Ne t’inquiète pas, tout le monde s’est fiche. Même Grace, qui n’est pourtant pas la dernière à embêter son monde, n’a rien dit à ce sujet. Alors, profite juste de la soirée.
-Avec toi, je ne vois pas comment je pourrai faire autrement.
-AH LA FLÛTE* ! M’exclamé-je brusquement, en faisant sursauter mon entourage. Alice lance un regard interrogateur à Grégory, qui lui fait signe de ne pas y prêter attention.

-Qu’est-ce qui t’arrive ? Ne tarde pas à m’interroger William alors que je bouillonne de rage.
-Regarde ce qu’elle a posté cette lutin ! Lui montré-je en désignant mon téléphone.
Sur le moment, il ne dit rien et se contente de regarder ce qui s’affiche sur mon écran. Une photo d’Olive, à sa propre soirée d’Halloween.
Sur le papier, cela n’a rien d’extraordinaire, et habituellement, je me fiche bien de ce qu’elle peut bien faire de son côté.
Mais là, sur un simple cliché, elle se paie ouvertement de ma tête. Sa soirée est sur le thème des « loseurs » et son affreuse perruque grise et son look sportif ne laisse pas de doute sur l’identité de la personne qu’elle vise. Cerise sur le gâteau, elle a identifié des personnes en description, dont Will, en disant que c’était « trop dommage qu’ils n’aient pas venus à sa merveilleuse fête trop cool » et qu’elle espère « les revoir bientôt ». Lèche-botte qui essaie de se faire bien voir.
C’est sûr que c’est pas cool. Finit par répondre Will en fronçant les sourcils.

-Pas cool ? C’est tout ce que tu trouves à dire ? Répliqué-je, un peu vexée par sa réponse qui laisse à désirer.
-C’est méchant, puéril et pathétique. Précise-t-il ensuite. Mais pas surprenant de sa part. Franchement, laisse tomber. Elle mérite pas qu’on s’y intéresse. Ca serait lui accorder du crédit.
-Elle se paie ouvertement de ma tête et je devrais laisser couler ?
-Exactement. On passe une bonne soirée, la laisse pas te la gâcher. T’es plus intelligente qu’elle.
-Je veux bien si c’était la première fois, mais elle n’arrête pas de me chercher. Tout ça pour me discréditer auprès de tout le monde et de se faire bien voir !
-Tout le monde s’en fiche d’Olive.
-Vu le nombre de like qu’elle a sous sa publication, laisse-moi en douter ! Mais bon, toi tu t’en fiches vu qu’elle est toujours toute gentille et toute mielleuse avec toi !

-Je ne m’en fiche pas, je me contente de l’ignorer, c’est tout. Me répond-t-il avec nonchalance. Franchement, à côté de mon père, Olive c’est rien du tout.
-D’ailleurs, tu ne m’avais pas dit qu’elle t’avait invité à sa soirée ! Relevé-je ensuite, un peu perplexe face aux réponses de Will.
-Parce que j’ai refusé et qu’on s’en fout. Ecoute, ce n’est pas cool ce qu’elle a posté et je n’approuve pas du tout. Si tu veux, vu que moi, elle m’écoute un minimum, j’irai lui parler lundi pour lui dire d’arrêter son petit manège. Ca te va comme ça ?
-Parce que tu crois que je ne suis pas capable de me défendre toute seule ?
-Oh que si tu en es capable ! Je n’ai juste pas envie que ça dégénère. Te connaissant, tu vas finir par avoir des ennuies parce que tu lui as pété le nez. Ajoute-t-il en essayant d’ajouter une note d’humour. Sauf que moi, je n’ai absolument pas envie de rire. Aller, laisse tomber, et profite de la soirée. On est tous ensemble, c’est le principal. Me souffle-t-il, tout en me prenant par les épaules après m’avoir déposé un baiser sur la joue pour m’inviter à retourner sur la piste de danse.

Sauf que laisser couler, ce n’est absolument pas dans mon caractère ! Je n’arrête pas de ruminer dans mon coin ! Et Will est bien naïf s’il croit que de simplement demander à Olive d’arrêter de me rabaisser va suffire à la calmer !
Après tout, ce n’est pas la première fois qu’on lui dit d’arrêter, et elle continue cette flûte !
-On dirait que tu vas tuer quelqu’un. Me signale Gideon alors que j’ai du mal à me remettre dans l’ambiance de la fête.
-C’est cette flûte d’Olive qui me casse les pieds. Soupiré-je, agacée, avant de lui expliquer toute l’histoire ainsi que ma conversation avec Will.
-Il n’a pas conscience qu’il va l’encourager en allant lui parler ? Me demande Gideon, dépité, après que j’ai terminé de lui résumer la situation.
-J’crois pas. Je ne suis pas sûre qu’il ait capté qu’elle fait ça pour attirer ses faveurs et sortir avec lui. Alors qu’au fond de moi, je suis sûre qu’elle s’en fiche de Will ! Et ça me met encore plus en rogne !
-T’inquiète, on va trouver une solution ! Faut juste trouver comment la faire enrager pour lui montrer qu’elle ne peut pas lutter !
-J’pense qu’il faudrait essayer de savoir pourquoi elle veut sortir avec Will alors qu’elle ne l’aime pas spécialement. Mais j’ai aucune preuve de ça, c’est juste mon intuition… Alors, je vois pas trop où on pourrait chercher pour avoir cette info…
-Tu as un bon instinct Grace, donc je te fais confiance là-dessus ! Mais t’inquiète pas, on va finir par trouver ! M’assure Gideon avec confiance. Mais Will a un raison sur un point : essaie de penser à autre chose et amuse toi ce soir ! De toute façon, on ne trouvera pas la solution toute suite, alors autant profiter de la soirée.
-Mouais, t’as pas tort. Maugréé-je, moyennement convaincue.

* Grace ne parle pas aussi bien que sa maman, et risque d’avoir un langage… plus fleuri on va dire. 😀 Du coup, comme l’histoire était à l’origine publiée sur le Forum des Sims et qu’il fallait bien respecter les règles, les gros mots et les insultes ont été remplacés par d’autres mots aux sonorités proches (un peu à la manière de la série The good place, pour ceux qui connaissent 😀). Ca sera un peu plus rigolo 😀

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 49

Grace

Aujourd’hui, c’est la Fête des Récoltes. Une journée un peu relou, car nous sommes obligés de rester bien sagement à la maison, mais qui est quand même cool car c’est un jour férié. Et qui dit jour férié, dit pas d’école.
Et ce n’est certainement pas moi qui vais m’en plaindre.
Cette fois-ci, c’est Papa qui se colle à la cuisine. Il a passé sa journée aux fourneaux. Grégory n’a pas voulu l’aider. Il dit qu’il avait du travail pour le lycée. Perso, je pense plus qu’il avait la flemme et qu’il ne voulait pas rester coincé en cuisine alors qu’avec Gabriel, nous vivons notre vie dehors. Il fait encore beau, alors on en profite et hors de question de rester à l’intérieur avec les vieux, qui ne font que parler de trucs bien ennuyeux, comme le boulot, les cours, et notre avenir. Des fois ils parlent météo, ou de leur jeunesse qui date de l’époque des dinosaures, et ça donne juste envie de s’enfuir en courant de la maison.

Du coup, pour éviter les vieux et leur conversation aussi passionnante que regarder l’herbe pousser, nous trainons dehors avec Grégory et Gabriel. Les vieux ont investi dans une table de ping-pong et bien entendu, Gab croit dur comme fer qu’il est capable de me battre.
C’est beau de rêver !
Tout le monde sait que je suis la meilleure en sport ! Même Grégory, avec son regard à la fois blasé et amusé, sait que c’est perdu d’avance pour Gabriel !
Mais je ne refuse jamais un défi, alors nous sortons les raquettes et la balle de ping-pong et nous nous affrontons sans hésitation. Pour éviter tout risque de triche et de bidouillage du score, c’est Grégory qui fait l’arbitre. Il n’y a pas plus impartial que lui ! Impossible de le corrompre avec quoi que ce soit (et non, je ne dis pas ça parce que j’aurais éventuellement essayé, je tiens ça d’une source sûre) !

La balle file à vive allure de chaque côté de la table, et ni l’un ni l’autre ne veut laisser l’autre gagner. Encore heureux d’ailleurs, la victoire est plus belle quand il faut lutter ! Je dois avouer que, par moment, je laisse croire à Gabriel qu’il a une petite chance de gagner et je fais mine de flancher. Mais ce n’est qu’une feinte pour lui laisser prendre la confiance, car, généralement, c’est à ce moment-là qu’il fait moins attention.
A force d’affronter mon cousin sur tout et n’importe quoi, je finis par connaitre ses points faibles !
Alors, je n’hésite pas une seconde ! Je le laisse prendre confiance, et paf ! Je lance directement la balle sur son revers ! Et hop, un point facilement de gagner !

Et évidemment, au moment où les vieux nous appellent pour venir à table, je marque le point décisif. Le résultat n’a rien de surprenant : j’ai gagné ! Gabriel n’a réussi à marquer qu’un petit point, juste histoire de sauver l’honneur ! Autant dire que je l’ai battu à plate couture !
-Et c’est qui la meilleure encore une fois ? C’est bibi ! M’empressé-je de m’en vanter, fière de ma victoire écrasante contre mon cousin.
-Roh ça va, c’était qu’un petit match en 4 points, il n’y a pas de quoi être fière. Bougonne-t-il, comme à chaque fois qu’il perd contre moi. Je suis sûr que si on avait eu plus de temps, je serai remonté au score!
-C’est beau de rêver ! Admets-le, je suis la meilleure, et je suis plus forte que toi !
-Là, c’est toi qui rêve !

Maintenant que j’ai montré à Gabriel -une nouvelle fois- que je suis la meilleure, nous devons rentrer pour passer à table avec les vieux. Encore une fois, on a oublié d’ajouter des chaises et tout le monde ne peut pas s’asseoir autour de la table. Je ne sais pas à quoi pensent les parents, mais ils ont tendance à les oublier, ces fichues chaises.
Du coup, comme Gab a décidé de bouder suite à sa défaite écrasante, il part manger dehors. Pour sauver la face, il dit que c’est pour profiter de l’air extérieur. Mon œil ouais ! C’est juste qu’il a honte d’avoir perdu face à une fille !
Mais pour éviter qu’il mange seul comme un paria, Papa le rejoint dehors. Bonjour l’ambiance !
-Pourquoi il boude Gabriel ? Ne tarde pas à demander Tonton, loin d’être dupe face à l’attitude de son fils.
-Il boude pas, il profite de l’air extérieur. Toi aussi tu aimes passer du temps dehors, ce n’est pas pour autant que tu fais la tête. Signale Tata, alors que je lève les yeux au ciel.
Je connais mon fils quand même !
-Il a perdu au ping-pong face à Grace. Se contente de répondre Grégory, mettant fin au débat. Dommage, ça aurait pu être rigolo de voir Tonton et Tata se chamailler. Encore.
Tu ne peux pas le laisser gagner un peu ? Me demande Maman, avec un sourire amusé, qui montre bien qu’elle n’est pas sérieuse avec sa question.

-Et puis quoi encore ? J’y peux rien si je suis meilleure que lui ! C’est lui qui n’arrête pas de me lancer des défis ! Je ne fais que lui rappeler la triste réalité ! Me défends-je avec fierté.
-Mon pauvre garçon ! Mais c’est bien Grace, il ne te faut pas te laisser faire face aux bonhommes ! M’encourage Tonton alors que j’affiche un grand sourire.
-C’est moi ou tu l’encourages à continuer à battre ton fils à plate couture ? S’étonne Tata, bien que la situation l’amuse aussi.
Pourquoi je ne le ferai pas ? Et puis s’il veut, je peux entrainer Gabriel pour qu’il soit meilleur en sport et l’aider à gagner face à sa cousine ! Et puis sois réaliste, Grace est une compétitrice née ! Même si je lui demandais d’être gentille et de laisser gagner son cousin, elle refuserait !
-De toute façon, ça n’aiderait pas Gabriel qui finirait bien par comprendre que Grace l’a laissé gagner. Ajoute Maman.
-Exactement ! A force de perdre face à sa cousine, cela lui apprend qu’il faut se bouger dans la vie !
-Promis Tonton, je me ferai un plaisir de gagner contre lui à chaque fois pour qu’il apprenne bien cette leçon ! Affirmé-je, un brin moqueuse. Je l’aime bien mon cousin, et j’adore également le charrier !

Après le dîner, Tonton propose que nous testions le panier de basket dehors. Papa, Maman et Tata ne sont pas trop chauds, mais avec mon frère et mon cousin, on est grave partants ! Du coup, on se change pour une tenue plus adaptée et on va dehors.
Tonton nous donne quelques conseils pour que le ballon aille bien dans le panier, même si on est loin. Grégory se lance en premier, et le ballon finit directement dans le panier !
Et bien, il est pas peu fier Grégory !

-Eheheh, c’est qui le boss ? S’exclame-t-il alors que Tonton récupère le ballon.
-Fais pas trop le malin ! C’est la chance du débutant ! Lui assuré-je, narquoise.
-Tu dis ça parce que tu crois que tu es la meilleure ? Ajoute Gabriel, qui me connait bien -à force de perdre contre moi.
-Bien sûr !
-Vous serez tous des boss une fois que Super Tonton vous aura entrainer ! Affirme-t-il, comme pour mettre tout le monde d’accord.
-Mais Papa, tu n’étais pas footballeur avant ?
-Le principe est de mettre un ballon dans un filet ! C’est pareil !
-Pas vraiment …
-Non mais dis donc ! Sache que quand ta cousine te mettra une déculottée, il faudra pas venir pleurer !
-Hey ! Pourquoi ce serait forcément elle qui gagnerait ? Proteste aussitôt Gabriel alors qu’on ne peut s’empêcher de rire avec Grégory.
-Continue de me contredire et tu découvriras la réponse ! Ne se laisse pas démonter Tonton.

On lance tour à tour le ballon. Il y a des loupés, pour moi aussi, et ça m’agace. D’autant plus que dès que je me loupe, Gabriel ne manque pas l’occasion de me chambrer. Non mais il va voir lui ! Surtout qu’il n’est pas spécialement plus doué que moi, bien au contraire !
Et évidemment, je ne manque pas de le lui rappeler !
Mais je ne lâche pas, et je continue de lancer le ballon pour qu’il aille directement dans le panier ! Au bout d’un moment, dès que j’ai le ballon, il finit directement dans le panier pour ma plus grande joie !
-Bravo Grace ! Ne tarde pas à me féliciter Tonton. Il faudra juste que tu revois ta posture pour être plus stable sur tes appuies et que tu puisses lancer plus efficacement le ballon, et ce sera parfait !
-Merci Tonton ! Dis… Tu pourras m’entrainer pour que je sois meilleure ?
-Je ferai de mon mieux, mais bien sûr ! Tu peux compter sur Super Tonton !

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 48

Grace

Après être resté pour le goûter avec la famille, les parents -ainsi que tata et tonton pour Gabriel- ont accepté de nous laisser sortir à San Myshuno pour que nous puissions fêter mon anniversaire entre nous. Nous sommes tous grands maintenant, nous avons le droit de sortir tous ensemble pour nous amuser sans avoir les vieux qui nous surveillent ! Par contre, nous avons du nous changer car apparemment, à San Myshuno, il fait plus froid qu’à Oasis Springs… En même temps, c’est le désert chez nous, donc il fait plus froid partout ailleurs que chez nous !
Après avoir fait un détour chez le coiffeur car je voulais changer de tête -la traditionnelle coupe au carré de petite fille sage, très peu pour moi-, nous nous dirigeons vers un bar à karaoké sur les conseils de Will. Il vient souvent à San Myshuno pour rejoindre son père à son travail donc il commence à connaitre les lieux cools. Et autant dire que personne ne regrette de l’avoir suivi ! Cet endroit est vraiment trop chouette !

-C’est vraiment trop cool comme endroit ! M’exclamé-je en direction de Will qui scrute son téléphone. Il me lance un sourire, mais je vois bien qu’il est crispé. A tous les coups, ce doit être son père qui doit l’embêter pour qu’il rentre ! Quel rabat-joie, il ne peut pas le laisser tranquille ? Tu en connais d’autres des comme ça ? L’interrogé-je ensuite, ne mentionnant pas les messages qu’il reçoit en nombre. C’est mon anniversaire ce soir, et je n’ai aucune envie de parler des sujets qui fâchent. Autant nous amuser, cela lui changera les idées !
-Découvrir de nouveaux lieux cools est ma passion très chère ! M’affirme-t-il avec amusement, avant d’ajouter avec un air narquois. Mais j’ai sélectionné cet endroit juste pour t’obliger à pousser la chansonnette devant tout le monde !
-Pourquoi ? Tu crois que je n’en suis pas capable ? Répliqué-je, sur un ton de défi.
-Je te lance simplement le défi de prendre le risque de te ridiculiser devant tout le monde ! On n’est pas sur un terrain de sport ici, alors je suis bien curieux de voir comment tu vas te débrouiller ! Me répond-t-il sur le ton de la plaisanterie et de la taquinerie, persuadé que je vais me rétamer, voire me dégonfler, au karaoké. C’est bien mal me connaître ! A moins que tu n’ais trop peur pour monter sur la scène ?

-Will, tu sais bien que Grace n’a peur de rien ! S’en amuse Gideon, qui rit déjà de me voir chanter au karaoké.
-C’est bien mal la connaître ! Confirme sans attendre mon frère, nullement surpris de voir Will me lancer un défi. Soit il le connait bien, soit Will lui en a parlé avant. Je pense que ce doit être un peu des deux !
-Et puis, t’as vu dans quelle couleur elle s’est teint les cheveux ? A partir du moment où tu te teins en gris, ce n’est pas une petite scène qui va te faire peur ! Affirme Gabriel en riant.
-Il n’y a que ça qui te choque ? Tu oublies les côtés du crâne qui sont rasés ! Quand les parents vont voir ça, je vais me faire tuer pour l’avoir laissé faire ça ! Plaisante à son tour Grégory, ce qui me fait rire à mon tour. Je dois avouer que j’ai hâte de voir leur tête ! De toute façon, ils pourront bien râler, ce qui est fait est fait, et je dois avouer que j’aime bien le résultat !
-Bon assez parler les mauviettes, je dois aller pousser la chansonnette et vous montrer qui c’est la meilleure ! Lancé-je ensuite, me dirigeant sans la moindre hésitation vers la scène du bar.

Pendant que je m’absente, mes amis commencent à délaisser le bar pour aller s’asseoir sur les canapés tous ensemble. Mon frère et Alice profitent de ce moment un peu tranquille pour s’accorder un instant à eux… Autrement dit, à se rouler des pelles tranquilou bilou. Décidément, depuis qu’ils se sont rabibochés et qu’on est parti de la maison, ils ne se lâchent plus ! Ca en deviendrait presque gênant !
-Hey les amoureux, vous savez qu’il y a des hôtels pour ça ? S’empresse de les chambrer Gabriel alors que Grégory lui lance un regard noir tout en continuant d’enlacer Alice.
-Roh laisse-les ! Intervient Will, dont le sourire ne cache pas qu’il ne va pas tarder à lancer une pique à son tour. Grégory a tellement galéré à se lancer qu’on peut bien le laisser roucouler un peu !
-Vos bouches à vous ! Trouvez-vous une copine et on en reparle ! Grommelle Grégory alors que la situation semble bien faire rire Alice.

Quant à moi, nullement effrayée par le nombre de personnes présentes dans le bar, je monte sur la scène sans la moindre hésitation. Je prends le micro et je parcours le catalogue sur l’écran du karaoké pour choisir une chanson. Une fois choisie, je la sélectionne et la chanson se lance aussitôt.
Dès l’instant où les paroles apparaissent, je n’hésite pas une seconde et je me lance. Je ne prête aucune attention aux inconnus qui me regardent et je me prête immédiatement au jeu.
Et je dois dire que je m’amuse comme une folle ! Cela ne parait pas, mais j’adore la musique. C’est mon cours préféré après les cours de sport ! Autant dire que le défi de Will ne me faisait pas du tout peur, au contraire ! Me donner l’occasion de faire le pitre sur une chanson, il ne pouvait pas me faire plus plaisir !

A un moment, vers le milieu de la chanson, j’ose observer du coin de l’œil mon groupe d’amis. Je perçois des regards impressionnés et encourageants. Ils discutent entre eux aussi. Je me demande bien ce qu’ils peuvent bien se raconter, mais peu importe. J’ai réussi à les impressionner et c’est tout ce qui m’intéresse ! Quand je dis que je suis la meilleure, ce n’est pas seulement pour me vanter, mais c’est aussi parce que c’est la vérité! Et j’adore prouver que j’ai raison !
-J’aurais jamais cru qu’elle savait aussi bien chanter ! S’exclame Gideon qui a du mal à en croire ses oreilles.
-Avoue Will, t’es déçu que ta blague ait fait chou blanc ! Affirme Gabriel, qui s’amuse bien de la situation.
Même pas ! Lui répond-t-il sans attendre. Je suis content de voir qu’elle s’amuse ! Par contre, j’avoue, je suis surpris de voir que cela l’éclate autant !
-C’est parce que vous vivez pas avec elle ! Ajoute Grégory avec amusement. Depuis qu’elle suit les cours de musique à l’école, elle passe son temps à chantonner dès qu’elle en a l’occasion ! Inutile de préciser qu’elle adore chanter sous la douche ! Et je précise qu’elle ne cherche même pas à être discrète. Mes oreilles n’ont pas arrêté de saigner durant toute notre enfance !
-Et tu m’as caché ça ? Alors que je t’ai dit que je voulais lui faire cette petite blague ?
-J’avoue que j’étais curieux de voir ta tête quand tu te rendrais compte que ta blague n’a pas du tout eu l’effet escompté !
-Tu devrais avoir honte ! Après tout ce que j’ai fait pour toi ! Fait mine de s’offusquer Will alors que tout le monde ne peut s’empêcher de rire.

Quand ma chanson se termine, je m’empresse de rejoindre mes amis pour savoir ce qu’ils ont pensé de ma prestation -qui était évidemment à tomber par terre. Ce que j’ai pu observer de loin s’est confirmé et je n’en suis pas peu fière ! Surexistée, je m’empresse à les pousser à venir chanter à leur tour. Il n’y a pas de raison que je sois la seule à me lancer au karaoké ! Et puis, pourquoi venir dans un karaoké si c’est pour rester assis sur une chaise ?
Tous était plutôt réticent, alors je me suis empressée de tirer mon frère par le bras pour le trainer sur scène avec moi. Il bougonne, mais c’est mon grand frère adoré : je sais bien qu’il ne peut rien me refuser ! Il est un tendu au début, il faut dire qu’il est plus à l’aise derrière des fourneaux que derrière un micro, mais il se détend petit à petit. Je fais tout mon possible pour lui transmettre ma bonne humeur et mon enthousiasme, et cela finit par fonctionner.

Au point qu’après notre chanson, il en chante une autre avec Alice ! Elle est un peu intimidée au début, mais comme Grégory plus tôt, elle finit par se prêter au jeu. Ils se lancent plein de regards énamourés pendant la chanson -une chanson d’amour forcément- et, alors que les garçons s’amusent à les imiter pour se moquer d’eux, moi, je ne peux m’empêcher de les trouver mignons tous les deux. Ils vont bien ensemble et je suis contente pour mon frère. J’espère que ça va aller pour tous les deux, maintenant qu’ils se sont enfin dits les choses clairement !

Une fois qu’ils sont revenus s’asseoir avec nous, je me lève de nouveau et j’agrippe le bras de Will pour le trainer sur scène avec moi. Il fait mine de protester mais après avoir tenté de me lancer un défi pour que je me ridiculise, il est logique je lui rende la monnaie de sa pièce ! Loin de se laisser impressionner, il n’hésite pas une seconde à choisir une chanson au hasard et commence à chanter. Il chante comme une casserole mais il s’en fiche et moi aussi. Au contraire, loin de nous prendre au sérieux, on s’amuse à faire les andouilles, à chanter plus faux que l’autre et à faire exprès de nous tromper dans les paroles !
Franchement, c’est la meilleure soirée d’anniversaire qui puisse exister !
Même si Gabriel et Gideon sont de vraies poules mouillées qui n’ont pas voulu aller chanter.

*   *   *
Grégory
La soirée d’anniversaire de Grace a été vraiment cool. On n’est pas rentré trop tard pour ne pas louper le dernier bus, mais c’était vraiment chouette de passer du temps tous ensemble, sans se prendre la tête !
Les parents étaient déjà couchés comme nous sommes rentrés, mais leur tête au petit déjeuner lorsqu’ils ont vu Grace était mémorable ! J’ai cru que Maman allait s’étouffer avec sa tartine. Grace a fait son possible pour se retenir de rire d’ailleurs. Je pense qu’ils n’approuvent pas des masses la nouvelle coiffure de Grace, mais ils savent bien qu’ils ne peuvent pas y faire grand chose. Maman a simplement conclu que se teindre les cheveux doit être de famille. Apparemment, Mamie a passé la plus grande partie de sa vie avec des cheveux rouges. Personnellement, je ne sais pas ce qui est le pire entre le rouge et le gris !
Aujourd’hui, c’est une journée tranquille. Enfin, pour moi en tout cas. J’ai bien l’intention de passer mon après-midi devant la console. Grace, elle, s’amuse avec son tout nouveau panier de basket offert par Tonton pour son anniversaire. Inutile de dire qu’il ne pouvait pas lui faire plus plaisir.
-Je peux te parler une minute ? M’interpelle Papa après avoir frappé à la porte de ma chambre. Je ne peux retenir un soupir, sachant très bien que ce genre de formule ne cache rien de bon. C’est pas possible d’être tranquille dans cette maison !
-Je joue là. Baragouiné-je, concentré sur mon jeu.
-Oh ça me gêne pas, tu peux continuer à jouer, tant que tu m’écoutes. Ne se laisse-t-il pas démonter alors qu’il s’assoit tranquillement à côté de moi sur mon canapé.
-Sérieusement ? Ca peut pas attendre ? Protesté-je, trop à fond dans mon jeu pour avoir une discussion stupide avec mon père. Même si je ne sais absolument pas de quoi il me veut me parler. Je suis sur un niveau difficile là !
-Plus vite tu m’écouteras, plus vite je te laisserai tranquille. Vois-le comme ça si tu préfères.
-Mouais, tu veux me parler de quoi, au juste ? Cédé-je en baragouinant, nullement intéressé par ce qu’il a à me dire.
-Ta mère t’a vu à l’anniversaire de ta sœur en train d’embrasser une fille… Euh.. Alice, c’est ça ? Me signale-t-il sans prendre de détour. Surpris, je manque de m’étouffer en avalant ma salive. Pour être honnête, je pensais mes parents trop occupés à l’intérieur avec la famille pour se préoccuper que je sois sorti dehors pour parler avec Alice. Visiblement, je me suis trompé.
Quelle poisse !

-Maman m’espionne maintenant ? Grommelé-je, agacé par la conversation. Je n’avais pas envie de parler de ma relation avec Alice à mes parents dans l’immédiat, et j’avais encore moins envie qu’ils l’apprennent comme ça. J’espérais pouvoir être tranquille un moment avant d’avoir mes parents sur le dos !
-Bien sûr que non, mais comprends qu’embrasser une fille devant la baie vitrée à tendance à attirer l’attention. Surtout celle de ta mère. Me répond Papa alors que je lève les yeux au ciel.
-Mouais. Et qu’est-ce que ça peut faire alors ? J’ai pas le droit d’avoir une copine ? Resté-je sur la défensive, ne comprenant pas pourquoi mon père est venu me parler d’Alice.
Tu as le droit d’avoir une copine, bien sûr. Cela ne pose pas de problème et c’est normal, c’est de ton âge. M’assure-t-il sur un ton prudent, comme s’il marchait sur des œufs. J’ai comme l’impression que la suite ne va pas me plaire. Vous deux, ça fait longtemps que vous vous fréquentez ?
-Non, c’est tout récent. Avoué-je sur un ton méfiant. J’ai toujours du mal à voir où il veut en venir.
-Je vois… Grégory, je vais être honnête avec toi… Vu que tu as une copine, ta mère aimerait être sûre que… Comment dire … Tu sois suffisamment informé tu vois ? Personnellement, j’aurais tendance à dire que, si tu avais des questions, tu viendrais nous voir, mais ta mère tient à ce que nous ayons une discussion là-dessus… Entre hommes. Baragouine-t-il alors que j’ai du mal à saisir ce qu’il essaie de me dire.
Enfin, avant que j’ai une illumination et que l’évidence me frappe de plein fouet.
-PAPA ! Ne me dit pas que tu essaies de me parler de crac-crac ? M’offusqué-je, terriblement mal à l’aise et honteux.
-Et bien… Si.
-Papa, je n’ai aucune envie d’en parler !
-Ca, je me doute ! Mais il faut quand même que tu saches que ..
-Mais, je viens de te dire que c’est tout récent, on en est même pas là ! Lui dis-je, cherchant par tous les moyens d’éviter cette conversation. Mon père est bien la dernière personne à qui j’ai envie de parler de ça ! Et je sais déjà tout ce qu’il y a à savoir : oui, il faut se protéger pour pas choper de maladie et pour ne pas qu’elle tombe enceinte et oui, on ne force pas une fille à faire quoique ce soit. Merci bien de ne pas revenir là-dessus.
-Bien bien, je n’insiste pas. Je veux juste que tu saches que si tu as la moindre question, n’hésite pas à venir me voir, ou à venir voir ta mère.
-Merci, mais ça va aller. Maugréé-je, priant pour qu’il s’en aille le plus vite possible. J’ai envie d’être seul, enfermé dans ma chambre, et de ne plus jamais en sortir.
Par chance, mon père se décide enfin à se lever et à se diriger vers la porte de ma chambre. Mais, avant de partir, il s’arrête un instant, et se tourne vers moi.

-Juste une dernière chose. Je préfère te prévenir que ta mère a très peur qu’il t’arrive… euh quelque chose… ou d’être grand-mère trop tôt… Du coup, je crois qu’elle a déjà prévu d’acheter des … boites… pour toi… Pour que tu ais ce qu’il faut… Quand vous serez prêts…
-Papa, sors de là. Je vais finir par mourir de honte si tu continues ! M’exclamé-je alors qu’il ne tarde pas à sortir de ma chambre en fermant la porte.
Evidemment, comme si je n’avais pas suffisamment honte, au moment où Papa est sorti, j’ai entendu ma sœur ricaner. Bien sûr, il fallait qu’elle remonte dans sa chambre pile à ce moment-là ! Autant dire que je n’ai pas fini d’en entendre parler et elle prendra un malin plaisir à me chambrer là-dessus ! Elle rigolera moins quand Maman viendra lui parler, à elle-aussi !

Ca coûte cher un billet pour l’Alaska ?

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 47

Quelques jours passent et l’anniversaire de Grace finit par arriver. Cela me fait tout drôle de savoir que ma fille va devenir une adolescente. Cela va signifier que mes deux enfants sont déjà grands, et qu’ils vont vite devenir des adultes responsables. Je dois avouer que cela me mine le moral par moment. Cédric essaie de me rassurer, en affirmant que nous avons encore de la marge avant que nos enfants soient suffisamment autonomes et indépendants pour prendre leur envol. Ce ne sont que des adolescents qui, malgré ce qu’ils peuvent bien penser, ont encore besoin de leurs parents. L’âge adulte n’est pas encore pour toute suite.
Et il est vrai que lorsque l’on observe la mine boudeuse qu’affiche Grégory depuis plusieurs jours, et que l’on bénéficie généreusement de sa mauvaise humeur, il est plutôt facile de se rappeler qu’il est bel et bien un adolescent, et pas encore un adulte.

-T’as fini de faire la tête ? Alice va venir, tu vas pouvoir lui parler ! S’exclame joyeusement Grace alors qu’elle rentre de l’école avec son frère.
-Laisse-moi tranquille, je t’ai jamais dit de l’inviter.
-Fais pas ta tête de mule, je suis sûre que tu vas me remercier ensuite !
-Si tu le dis. Soupire-t-il, dépité par l’attitude de sa petite sœur.

Quant à moi, c’est avec un immense sourire aux lèvres que je rentre à la maison, juste avant l’anniversaire de ma fille. Aujourd’hui, j’ai obtenu une nouvelle promotion. Et pas n’importe laquelle : l’ultime, celle qui indique que j’ai atteint le sommet de ma carrière. Je suis dorénavant Ranger de l’espace, et c’est maintenant moi qui gère l’ensemble des opérations spatiales de l’agence. J’ai, pour ainsi dire, réalisé mon rêve le plus fou, et je ressens une profonde fierté dans tout mon être. Personne n’aurait parié là-dessus, et pourtant, j’ai réussi !
Le timing est également assez amusant. Une promotion le jour de l’anniversaire de ma fille. Alors qu’elle est née le jour du gros plus accident qu’a connu l’agence. J’aurais pu perdre la vie ce jour-là, j’aurais pu perdre ma fille. J’ai failli perdre ma carrière, aussi. Mais enfin de compte, rien de tout cela n’est arrivé.
Ma fille va devenir une belle adolescente, et moi, j’ai atteint le sommet de ma carrière. Je n’aurais pas pu rêver mieux !

Je me dépêche de rentrer à l’intérieur de la maison pour aller me changer avant que nos invités arrivent. J’annonce rapidement ma promotion à Cédric qui me félicite sans attendre. En un regard, nous nous accordons sur le fait que nous attendrons avant de fêter cette bonne nouvelle. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Grace et hors de question de lui voler la vedette !
Très rapidement, nos invités arrivent, et presque tous en même temps. Des amis de Grace et Grégory s’empressent de saluer tout le monde, et Celian, Sarah et Gabriel ne tardent pas à faire également leur apparition.
-Alors frangin, ça fait quoi d’être parent de deux ado ? S’empresse de demander Celian à son frère en allant lui dire bonjour.
-Boh tu sais, ça ne changera pas grand chose.
-Que tu es naïf. Je ne sais déjà pas comment je me débrouille avec un ado depuis que Gabriel a grandi et est devenu complètement neuneu, alors toi avec le double ! Tu vas finir aussi blanc que ton jumeau -et ça ne serait que justice au passage!
-Ahah, mais quel humour ! Et j’apprécie ton soutien en tout cas !
-Mais je t’en prie, ça sert à ça les frangins !

Pendant que Cédric discute avec son frère, je vois Gabriel s’empresser de discuter avec son cousin. Cela me fait tout drôle de le voir aussi grand, c’est le portrait craché de son père… Comme Grégory en somme. Quand on les regarde l’un à côté de l’autre, on pourrait presque croire qu’ils sont frères. Avec Sarah, nous les observons avec un air amusé.
-Au moins toi, on voit que tu as participé. Me dit-elle en me désignant mon fils, comme si elle avait lu dans mes pensées. Regarde Gabriel. Si je ne l’avais pas porté pendant 9 mois, on pourrait presque croire que Celian l’a fait tout seul.
-Oh, je suis sûre que si on regarde bien, on pourra trouver des ressemblances avec toi.
-Mouais. Attends de voir quand il aura de la barbe, et reviens me dire si tu arrives à voir une ressemblance avec sa mère. Ajoute-t-elle alors que je ne peux m’empêcher de laisser échapper un petit rire.

-Salut tout le monde ! S’exclame brusquement Grace alors qu’elle vient juste de descendre -après avoir accepté bon gré mal gré de se changer.
-Salut morveuse ! S’empresse de la taquiner Gabriel. Il a beau avoir grandi, il ne peut s’empêcher de taquiner sa cousine!
-C’est toi le morveux ! Ne tarde-t-elle pas à répliquer.
-En attendant, je suis plus grand que toi ! Tu veux faire la course ? Continue-t-il de la narguer.
-Fais pas trop le malin Gab. Dans pas longtemps, elle va souffler ses bougies et elle va te mettre la pâtée du siècle. Le prévient William avec amusement. Il n’y a que moi qui arrive à la battre !
-Pas pour longtemps ! Affirme avec assurance Grace, avant d’observer son frère et une jeune fille que je ne connais pas. Pourquoi vous avez l’air mal à l’aise vous deux ? Demande-t-elle avec un sourire narquois alors que son frère lui lance un regard noir.
-Mêle toi de tes oignons et va souffler tes bougies.

-D’accord, mais ce n’est que partie remise ! Accepte-t-elle alors qu’elle nous rejoint au salon en sautillant.
Elle commence à se montrer impatiente et a hâte de voir le gâteau que son frère a préparé le matin même avant de partir au lycée. Comme quoi, il a beau être de mauvaise humeur à longueur de journée en ce moment, il n’a pas perdu de vue sa passion pour la cuisine et a tout de même voulu faire plaisir à sa sœur. Et si j’en juge par le regard pétillant de gourmandise de Grace, je pense que c’est réussi.
Nous nous dépêchons d’allumer les bougies pour répondre à l’impatience de Grace, et elle ne tarde pas à les souffler sous nos joyeux « bon anniversaire » acclamés.
Et aussitôt, Grace devient une belle adolescente.

Grégory

Je me sens terriblement mal à l’aise. Maintenant que Grace a soufflé ses bougies, Papa coupe le gâteau et donne une part à tout le monde. Sans que je comprenne comment cela a pu se produire, je me retrouve à manger ma part juste à côté d’Alice. Je n’ose même plus la regarder. Je sens qu’elle me jette des regards, mais je me sens trop bête pour regarder dans sa direction. Dès que j’ai vidé mon assiette, je m’empresse de me lever et de sortir dehors pour prendre un peu l’air. C’est trop dur pour moi de rester à côté d’Alice alors qu’elle reste à distance de moi depuis que nous nous sommes embrassés ! Je n’arrive pas à comprendre son attitude et cela en devient insupportable !
-Il était super bon ton gâteau. Me lance Alice, en me faisant sursauter.
Je me retourne donc vers elle, et je suis surpris de constater qu’elle m’a suivi à l’extérieur, seule.
-Tiens, tu me parles maintenant ? Ne puis-je m’empêcher de railler, trop blessé pour tenter de lui répondre normalement.

-Pardon ? Ne semble-t-elle pas comprendre, surprise par mon attitude soudaine. Mais je n’ai jamais cessé de te parler !
-Pardon, excuse-moi. C’est vrai que je devrais plutôt dire que tu acceptes d’être seule avec moi et de me dire quelque chose ! Rectifié-je avec aigreur, un peu agacé d’être pris par un idiot.
-Grég, je… Souffle-t-elle, soudainement mal à l’aise.
-Quoi ? Tu es surprise ? Tu pensais pas que je pouvais être énervé ? Me laissé-je emporter, comme si j’éprouvais soudain le besoin de lui dire ce que j’ai sur le cœur. C’est pourtant normal quand, après que nous nous sommes embrassés, tu fais, genre, comme si de rien n’était et que tu te tiennes le plus éloigné de moi, sans la moindre explication ! Alors, tu peux me dire ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?
-Rien… Tu n’as rien fait de mal… Bredouille-t-elle, penaude, encaissant ce que je suis en train de lui dire.
-Alors quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Dis-moi, car je suis complètement perdu !

-Je suis désolée. Me répond-t-elle après un silence, la voix chevrotante. Elle baisse alors le regard, semblant culpabiliser à cause de son attitude. Tu n’as rien fait de mal, c’est moi. Je… J’ai paniqué.
-Paniqué ? Répété-je bêtement, sans comprendre.
-Si j’ai quitté mon ancien lycée, ce n’est pas seulement pour me rapprocher de ma sœur. M’avoue-t-elle en soupirant. Mais aussi parce que c’était devenu invivable. Les gens ne s’intéressaient à moi que par intérêt, juste parce qu’ils espéraient pouvoir rencontrer ma sœur. Tout le monde pense qu’avoir une sœur célèbre est trop cool, mais c’est un véritable enfer. J’existais plus, tout le monde ne parlait que de ma sœur. Les mecs, quand ils faisaient mine de s’intéresser à moi, en vérité, ils voulaient juste « se taper la sœur d’Elsa Muller » et essayer de la rencontrer, au passage. Tu n’imagines même pas quel calvaire c’est de ne pas savoir si les gens s’intéressent à toi pour ce que tu es, ou s’ils ont simplement l’espoir de pouvoir rencontrer ta sœur célèbre et de bénéficier de ses avantages !
-Je… je comprends… Mais je me fiche de ta sœur, je ne savais même pas qui c’était avant que Will m’en parle.
-Je sais… Il me la dit… M’indique-t-elle alors que je comprends qu’il est sans doute allé lui parler pour essayer de comprendre la situation, lui-aussi. Je t’aime beaucoup Grégory, et j’étais heureuse quand tu m’as embrassé. Mais les souvenirs de mon ancien lycée me sont revenus, qu’ici aussi des gens essaient de me connaître juste pour ma sœur, je… j’ai paniqué. J’ai eu peur que toi aussi, tu cherches à te rapprocher de moi, pour te rapprocher de ma sœur. Et, je … J’ai voulu me protéger … C’est idiot, car je vois bien que tu n’es pas comme tous les autres abrutis… Je suis vraiment désolée Grégory, j’ai tout gâché.

-Non, tu n’as rien gâché. Lui assuré-je, avant de la prendre dans mes bras et de poser mes lèvres sur les siennes.
Elle semble surprise sur le coup, ne s’attendant sans doute pas à ce que je l’embrasse, puis passe ses bras autour de mon cou pour répondre sans attendre à mon baiser. Je me sens comme sur un petit nuage, allégé de tous les doutes, l’incompréhension et la colère que j’ai accumulé ces derniers jours.
Je ne comprenais pas l’attitude d’Alice, je voulais des réponses. Je les ai eu, et je comprends mieux pourquoi elle s’est éloignée d’un coup. Je me fiche de sa soeur, et tout ce que je veux, c’est être avec Alice. Elle s’est expliquée, s’est excusée, et je suis bien incapable de lui en vouloir davantage.
-Ôte-moi d’un doute quand même, lui soufflé-je en libérant ses lèvres, on est bien ensemble ? Mais genre, ensemble-ensemble ?
-Oui, on est bien ensemble. Ensemble-ensemble. Me confirme-t-elle avec un sourire qui me fait chavirer, avant de m’embrasser à son tour.

 *   *   *

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 46

Malgré qu’il ait pris de l’âge, Cédric ne perd pas de vue pour sa passion pour l’écriture. Grâce au succès de ces derniers romans, et surtout celui de « Chaton de l’espace », il a cessé de prendre des contrats d’écriture et d’écrire pour les autres. Dorénavant, il se prend moins la tête et écrit selon son inspiration du moment. Il passe énormément de temps à son bureau, si bien qu’il en a profité pour afficher des photos des enfants. Ils passent énormément de temps dehors alors, ces photos lui permettent de profiter un peu de leur bouille… ou de leur pitrerie étant donné que Grace ne peut pas rester sérieuse plus de deux minutes.

Mais, bien que l’écriture soit une activité assez solitaire, Cédric n’est jamais seul devant son écran. Et non, je ne fais pas référence aux photos de toute la famille. Notre chienne, Comète, passe ses journées à ses côtés. Soit elle dort sur son coussin, soit par terre à côté de sa chaise, ou elle est simplement allongée à côté de lui. J’ignore si elle attend quelque chose en particulier ou si c’est par simple plaisir d’être auprès de son maître, mais elle ne semble pas se lasser de rester au même endroit la journée entière.

Enfin, quand je dis la journée entière, c’est du moins jusqu’à ce que les enfants rentrent de l’école. Grace ne peut s’empêcher d’aller la titiller pour jouer avec elle. C’est toujours plus drôle que d’aller faire ses devoirs. Au moins, elle s’occupe de Comète et prend plaisir à le faire, alors nous ne disons rien, du moment qu’elle fasse bien ses devoirs un peu plus tard dans l’après-midi.
Mais cela fait plaisir de les voir jouer toutes les deux. Souvent, Grace l’emmène jouer dehors et prend plaisir à la faire courir partout dans le jardin. Par moment, elle opte pour une activité plus calme en se contentant de lui lancer la balle. J’ai toujours peur qu’elle me casse quelque chose dans la maison, mais aucun accident n’est à déplorer pour le moment.

Néanmoins, ces derniers temps, ce n’est pas Grace qui nous inquiète avec Cédric. Depuis quelques jours, Grégory se montre assez grognon et est perpétuellement de mauvaise humeur. Cédric m’assure que ce n’est que passager qu’il doit certainement avoir une de ces sautes d’humeur typiques des adolescents. Peut-être que les hormones lui jouent des tours, mais je suis persuadée que cela cache autre chose. J’ai essayé de lui en parler, mais Grégory m’affirme que tout va bien. Ou m’envoie sur les roses quand il n’est vraiment pas d’humeur et que j’insiste trop.
J’espère vraiment qu’il n’a rien de grave, et qu’il finira par nous en parler…

Grégory

-Saluuuuut !! Tu fais quoi ?? S’exclame brusquement Grace en déboulant dans ma chambre sans y être invitée alors que je suis en train de faire mes devoirs. Je ne tarde pas à lâcher un soupir de dépit. Elle ne peut pas rester dans sa chambre un peu ?!
-Mes devoirs, alors dégage. Bougonné-je aussitôt en serrant les dents. Je n’ai aucune envie de me disputer avec ma sœur, mais j’ai envie d’être tranquille.
-Monsieur a mangé du lion à ce que je vois ! Je peux faire mes devoirs sur ton canapé ?
-Non.
-D’accord merci ! S’installe-t-elle quand même en ignorant royalement mon refus. Je grogne de mécontentement alors que je l’entends rigoler derrière mon dos.

-Je t’ai dit que tu ne pouvais pas rester là ! Pesté-je alors qu’en un simple coup d’œil derrière moi, je vois Grace s’empresser d’ouvrir son cahier d’exercice comme si de rien n’était.
-Pourquoi ?
-Parce que je travaille !
-Bah moi aussi !
-Tu m’empêches de me concentrer !
-Tu te déconcentres tout seul ! Riposte-t-elle sans se laisser impressionner. En cet instant, je la maudis profondément mais j’essaie de me contenir. J’aimerais tellement rester seul avec ma détresse, mais mon insupportable sœur ne semble pas l’entendre de cet oreille.
-Sérieux, Grace, tu soûles. Laisse-moi tranquille, je suis pas d’humeur.

-Pourquoi ? Me demande-t-elle avec curiosité. Curiosité qui m’agace déjà. Elle ne peut pas s’occuper de ses affaires ? Pourquoi faut-il toujours qu’elle s’intéresse aux miennes ? Ah oui, je sais. Elle prend toujours un malin plaisir à se moquer de moi -et surtout de ma pathétique vie amoureuse- et son intérêt se limite juste à trouver une nouvelle raison de me faire tourner en bourrique.
Et il est hors de question que je lui offre ce plaisir sur un plateau.

-Ce ne sont pas tes oignons.
-Arrête, ça fait plusieurs jours que tu fais la tête. Pourtant, tu devrais être heureux, tu as réussi à embrasser Alice !
-Comment tu sais ça, toi ? Fais-je un bon sur ma chaise, surpris qu’elle sache ce qui s’est passé avec Alice. Enfin, devrais-je plutôt dire ce qui n’aurait jamais du se passer avec Alice.
-Je l’ai deviné ! Tu as eu une tête de niais durant tout le week-end qui a suivi votre sortie en boîte ! Et Will me l’a confirmé, héhéhé ! Quand je le disais que tu avais une amoureuuuuuse !!!

-Je n’ai pas d’amoureuse et dégage de ma chambre !! M’emporté-je soudain, agacé par l’attitude désinvolte de Grace qui, sans vraiment le savoir, s’amuse à retourner le couteau dans la plaie. Voilà pourquoi il voudrait mieux qu’elle retourne dans sa chambre, pour travailler sur son bureau, et qu’elle me laisse enfin tranquille !
-Il s’est passé quoi avec Alice ?
-Rien. Bougonné-je en essayant de me concentrer sur mes exercices de maths.
-Menteur. Aller dis-moi !! Promis, je dirai rien !
-Et pourquoi je t’en parlerai, hein ?
-Parce que j’aime pas quand tu fais ta tête de cochon. Me répond-t-elle sans hésitation et avec un sérieux étonnant quand on la connait.
J’ai un bref moment d’hésitation et je la regarde avec incrédulité. Grace est rarement sérieuse, et se fiche à peu près de tout si cela ne l’amuse pas. Cependant, elle m’observe avec attention, la tête posée sur le dossier du canapé, attendant patiemment que je me décide à lui parler.

-Le problème, c’est qu’il se passe rien justement. Soupiré-je avec dépit. De toute façon, têtue comme elle est, elle ne partira pas de ma chambre tant que je n’aurais pas craché le morceau. Depuis qu’on s’est embrassé, Alice fait comme si rien ne s’était passé. Elle se montre amicale avec moi, mais fait tout pour se tenir éloignée le plus possible de moi.
-Pas cool.
-Non, et autant dire que j’ai l’impression de passer un peu pour un idiot.

-T’as essayé de lui parler ? Me demande-t-elle comme si c’était une évidence.
-Comment ça ?
-Bah, aller la voir, lui demander pourquoi elle agit comme ça. Avec des mots. Qui font des phrases. Communiquer ! Parler quoi !
-Oui c’est bon, j’ai saisi. La coupé-je dans son élan en levant les yeux au ciel. Et non, j’ai pas essayé. Déjà car j’ai pas envie de parler de ça devant tout le monde. Et puis, elle montre bien qu’elle n’a pas envie d’être avec moi. J’ai déjà eu l’air bête, j’ai pas envie d’avoir l’air pathétique en plus de ça !
-Mais non ! Alice, elle est gentille, je suis sûre qu’elle doit avoir une bonne raison ! M’assure-t-elle avec optimisme.
-Tu es naïve Grace.
-Non ! Et ça se voit qu’elle en pince pour toi ! Et au pire, elle te doit bien une explication ! Sinon, c’est qu’elle est nulle !
-Mouais. Laisse tomber Grace, ça vaut mieux. De toute façon, elle ne voudra jamais me parler seul à seul.
-Je pourrai l’inviter à mon anniversaire! S’exclame-t-elle brusquement, alors que je me prends la tête entre les mains. Mais qu’est-ce qu’elle a encore inventé ? Pourquoi je me suis confié à ma sœur ?
-Grace, non !
-Si ! C’est une excellente idée ! Comme ça, tu pourras lui parler et elle pourra pas se défiler sans avoir avoir peur de passer pour une malpolie ou par peur de créer un scandale à mon anniversaire ! C’est parfait ! Faut que j’en parle à Will, je suis sûre qu’il va m’aider à tout organiser !
-Grace !!! L’appelé-je alors qu’elle court déjà hors de ma chambre pour aller s’enfermer dans la sienne.

-Mais quelle plaie !! Grogné-je avec dépit alors que je réalise que j’aurais mieux fait de me taire.
Grace est intenable. J’ai bien conscience que cela part d’une bonne intention, et qu’elle veut simplement m’aider. Au fond, je dois bien avouer que ça me touche. Mais à vrai dire, je ne sais pas vraiment si j’ai envie d’avoir un coup de main dans cette histoire.
J’étais heureux, et même aux anges, quand nous nous sommes embrassés avec Alice. Je pensais vraiment que, suite à ce baiser, nous formions un couple tous les deux. Et constater que ce n’est pas le cas, et que pour elle, c’était sans doute un baiser sans importance, ça me fait trop mal pour essayer d’en savoir plus quant à son changement d’attitude.
Peut-être que ça cache quelque chose, peut-être qu’il y a une solution à cette histoire, mais peut-être aussi que je me suis emporté trop vite. Et honnêtement, je ne suis absolument pas prêt à me prendre le plus gros, et le plus méchant, râteau de ma vie.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 45

Grégory

La vie reprend son cours normal suite à ce week-end. J’essaie de me comporter normalement avec Alice, histoire de ne pas passer pour un idiot. Je doute de mes chances avec elle, il ne manquerait plus que je passe pour un demeuré… Will essaie de m’encourager à me jeter à l’eau, mais je crois que je ne suis pas né avec le gène du courage dans les veines. Will dit que j’abuse, et même Gideon commence à se mêler de cette histoire. Et pourtant, il traine davantage avec ma sœur qu’avec moi. Je suis sûre qu’ils s’amusent à se moquer de moi tous les deux dès que j’ai le dos tourné !

Et puis un jour, deux jours avant le week-end, Will vient me voir tout content, et m’annonce qu’il me kidnappe samedi soir, pour une sortie en boîte avec la bande… Enfin, la bande en âge d’aller en boîte. Ce qui exclue notamment Grace et Gabriel, et donc tout risque d’avoir « deux garnements moqueurs dans les pattes », pour citer mon meilleur ami.

Sauf que moi, les boîtes de nuit, je ne suis pas certain que ce soit trop mon truc. Et puis, il fallait que je demande l’autorisation de mes parents ! Will éclate de rire, puis renchérit en disant que s’il avait réussi à convaincre son père à le laisser sortir un soir, je devrais considérer que mes parents diront « oui » les yeux fermés.

Ce qui est effectivement le cas. Je ne sais pas si je dois être content ou stressé. Mais c’est comme ça que je me retrouve un samedi soir dans une petite boîte de nuit de Windenburg, assez simple et qui n’a rien d’extraordinaire.

Je ne suis pas hyper à l’aise ce soir. Je fais comme je peux, mais l’ambiance boîte de nuit, ce n’est pas trop mon truc, je crois. Alors, j’essaie de suivre le mouvement. Will est doué pour mettre de l’ambiance et motiver ses troupes. Tout le monde le suit sans le moindre problème et moi, j’essaie de suivre la cadence. Nous nous retrouvons tous les cinq sur la piste de danse, à tenter une chorégraphie de groupe improvisée. J’ai l’impression d’avoir deux pieds gauches et d’avoir l’air d’un blaireau.
Mais qu’est-ce que je fais ici ? Pourquoi je me suis laissé entrainer là-dedans ?

J’essaie de respirer un coup. Ce n’est qu’une simple soirée entre amis, je n’ai pas à angoisser. Il n’y a que Will, Gideon, Olive et.. Alice.

Reprends toi Grégory ! Tu n’as pas à flipper ou à avoir honte !
Alors, je jette un œil du côté d’Olive, et étrangement, je me sens d’un coup moins stressé. C’est moche à dire, mais observer son talent inexistant en danse me rassure. Je suis un piètre danseur, mais au moins, je ne me donne pas en spectacle. Je regarde Will et Gideon, et je remarque sans peine que la petite danse d’Olive les amuse aussi.
Je me suis demandé pourquoi Will avait proposé à Olive de venir, en sachant qu’on essaie de garder nos distances avec elle à cause de son attitude envers ma sœur et mon cousin. Will m’a simplement répondu que c’était pour convaincre Alice de venir avec nous. Il avait peur qu’elle refuse si elle était la seule fille à venir. Et convaincre Olive de venir, surtout sans sa grande copine Elodie, n’a pas été bien compliqué vu qu’elle passe son temps à lui courir après. J’espère juste qu’elle ne va pas se faire de film quant à cette invitation. Elle va être infernale sinon, surtout quand Grace sera de nouveau dans les parages !

Je soupire et j’essaie de chasser les éventuelles conséquences que pourraient avoir cette soirée de mon esprit.
Puis, très vite, mon regard croise celui d’Alice. Je me sens vaciller. Je sais que Will a organisé cette soirée juste pour me permettre de passer du temps avec elle en-dehors du lycée et dans un cadre plus festif. Et parce qu’il sait très bien que je n’aurais jamais le courage de l’inviter une nouvelle fois. Il est vraiment plus doué que moi, aucun doute qu’il trouvera une copine en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire quand il en aura envie !
Surtout qu’il a du faire preuve de persuasion pour convaincre Alice de venir. Avec l’internat, les sorties nocturnes ne sont pas faciles à organiser pour elle. Les règles sont strictes, et elle a du demander à sa sœur de lui signer une autorisation de sortie. Je ne sais pas si cela a été facile … Est-ce que le fait que sa sœur soit célèbre facilite les choses ou non ? Je ne sais pas trop, tout ce que je sais, c’est qu’elle est là ce soir…
Et elle me sourit ! Un beau et grand sourire, qui me sort de mes songes et me perturbe. Je tente de lui sourire aussi, mais j’ai l’impression de faire une grimace. D’un coup, mes jambes s’emmêlent les pinceaux, et je trébuche comme un abruti. Le sourire d’Alice s’efface, et je le remarque sans peine malgré ma cheville qui commence à être douloureuse.

Je vois rapidement que Will et Gideon me regardent avec inquiétude, et je les rassure d’un geste. Néanmoins, je quitte tout de même la piste de danse pour aller m’asseoir, le temps de reposer ma cheville. L’avantage de ma maladresse est qu’au moins, je ne me ridiculise plus devant tout le monde.
J’observe tout le monde danser et, peu de temps après, Alice quitte la piste à son tour et vient dans ma direction.
Je crois que je suis en train de retenir ma respiration. Il faut que je pense à respirer si je veux éviter de tomber dans les pommes comme un nul.
-Ca va ? Me demande-t-elle sans attendre lorsqu’elle arrive à ma hauteur.
-Hein? Euh, quoi ? Bégayé-je, me trouvant bête devant elle.
Ta cheville. Tu ne t’ais pas fait trop mal ?
-Non ça va… Juste le temps de la reposer un peu, et je reviens. Tu peux retourner danser si tu veux, ça va aller…
-Et te laisser tout seul sur ton banc ? Et puis quoi encore! S’exclame-t-elle à ma grande surprise.

Je suis abasourdi par ce qu’elle vient de me dire et, machinalement, je m’écarte pour la laisser s’asseoir à côté de moi. Mon cerveau est en train de buguer, et je ne trouve rien d’intelligent à dire. Je suis censé faire quoi, moi ?
Pourquoi il n’existe pas un mode d’emploi à suivre à la lettre, pour que tout soit plus simple ?

-Tu es sûr que ça va ? M’interroge une nouvelle fois Alice, me sortant brusquement de mes pensées.
-Euh, oui, oui ça va. Lui assuré-je en essayant d’être convainquant, et ne pas laisser paraître le trouble qui m’assaille. Pourquoi, dès que je suis à côté d’elle, il faut que je perde absolument tous mes moyens ? Je ne suis pas si abruti que ça au quotidien quand même… Si ? Je ne sais plus … Je suis juste un peu fatigué. Et que l’ambiance boîte de nuit, je crois que c’est pas trop mon truc.
-Pourquoi tu as accepté de venir alors ?
-Pour tester. Et puis, Will sait se montrer persuasif quand il s’y met… Ajouté-je alors qu’un fin sourire apparait sur ses lèvres.
-Je ne peux que confirmer ! Il m’a bassiné longtemps pour que j’accepte de venir et que j’arrive à convaincre ma sœur de me signer mon autorisation de sortie. Pendant un moment, j’ai cru qu’il essayait de me brancher ! Me répond-t-elle, alors que je manque de m’étouffer. Misère, et si elle préfèrerait Will ? Cela ne serait pas étonnant… Il est plus beau, plus à l’aise, plus drôle que moi…
-Ah euh, et donc ? Qu’est-ce que ? Enfin, ça te dérangerait que… ? Bafouillé-je malgré moi, sentant le stress et la panique me submerger petit à petit.

Will est un ami, rien de plus. Me répond-t-elle le plus naturellement du monde, comprenant sans peine où je veux en venir. Pourquoi ? Il essayait vraiment de … ? Ajoute-t-elle ensuite, sur un ton légèrement paniqué.
-Non ! Lui réponds-je avec un peu -trop- d’empressement. Enfin, non, non… Les filles… Il s’en préoccupe pas, on va dire. Il cherche… pas de relation.
Tu me rassures ! Ca aurait compliqué sinon ! S’exclame-t-elle spontanément, avant de… c’est moi ou elle rougit ? Pourquoi ? Non, ça doit être moi… Avec les lumières de la boîte. Oui c’est ça, ce sont les lumières de la boîte qui donnent cette impression !
-Ah… Oui ? Soufflé-je tout de même, tentant d’en savoir plus. Je prends un risque, je stresse comme ce n’est pas possible, mais une petite voix me dit que je dois le faire.
Euh oui… Parce que… Semble-t-elle hésiter, alors que son regard semble se perdre au loin. Parce que je ne voudrais pas qu’Olive croit que je marche sur ses plates bandes ! Ajoute-t-elle avec précipitation et en laissant échapper un rire nerveux. J’hausse un sourcil perplexe, et je suis la direction de son regard. Olive est en train de déhancher -ou du moins elle essaie- sur la piste de danse en essayant d’attirer l’attention de Will. Lorsque je reporte mon attention sur Alice, elle semble avoir l’esprit ailleurs.

Will se fiche totalement d’Olive. Elle se berce d’illusion si elle croit que ça va changer. Lui signalé-je alors. Mais je ne savais pas que son opinion comptait pour toi.
-Non… Enfin, Olive n’est qu’une connaissance… Que je … tolère. Me répond-t-elle, l’esprit toujours ailleurs. Elle secoue ensuite la tête, comme pour revenir à la réalité. Je me demande même comment ça se fait que vous continuiez à trainer avec elle… Surtout vu comment elle se comporte avec ta sœur.
-Disons plutôt que c’est elle qui s’incruste. Rectifié-je, ce qui ne manque pas de la faire sourire. On essaie de mettre un peu de distance. On ne va pas la chercher, mais c’est elle qui vient nous voir. Il y a juste ce soir qui fait exception à la règle puisque Will lui a proposé de venir.
-Mais, s’il se fiche d’elle, pourquoi l’avoir invité ?
-Pour que tu ne sois pas la seule fille du groupe, je crois.
-Il voulait vraiment être sûr que je vienne. Comprend-t-elle alors, ce qui semble l’amuser. Personnellement, je me sens bizarre. J’ai l’impression que la conversation prend une tournure étrange… Elle dérive sur une pente glissante, très glissante. J’essaie de rester naturel, mais je flippe. Tu es sûr qu’il ne cache pas quelque chose ?
-Euh oui, certain. Il n’est pas intéressé par toi… Enfin, pas comme ça… Pas lui en tout cas. Laissé-je échapper subitement, et le silence qui suit me fait réaliser mon lapsus. Je viens de sortir une bourde. Mon dieu, quel abruti ! Je suis sûr que je viens de tout gâcher ! Qu’est-ce que je dois dire ? Qu’est-ce que je dois faire ? Je crois qu’il vaut mieux que je me taise. Je me connais, si je l’ouvre, je ne vais que m’enfoncer encore plus dans ma bêtise. J’essaie de calmer les battements de mon cœur qui s’affole de plus belle. J’essaie de maîtriser la panique qui me gagne, et menace de me faire partir en courant … ou du moins essayer car avec ma cheville, ce n’est pas gagné.
Alice ne répond rien. Elle se contente de me sourire, et son regard est plein de douceur. Il y a quelque chose d’étrange dans l’air, c’est comme si le temps s’était suspendu. Soudain, je sens qu’elle a pris ma main dans la sienne. Mon cerveau vrille. Je ne sais pas comment interpréter ce geste. Je dois faire quoi au juste ? Et son regard, son sourire, je dois l’interpréter comment ?

Soudain, je la vois qui cligne rapidement des paupières. Un simple geste, rapide et imperceptible, mais le temps semble reprendre son cours. Son sourire change, elle lâche ma main et se lève subitement. Je suis un peu perdu, je crois que j’ai du mal à me reconnecter à la réalité.
-Il est tard, il faut que je rentre. M’explique-t-elle alors que mes neurones ont encore du mal à se reconnecter entre eux. Je voudrais pas avoir l’air bête devant les portes de l’internat.
-Euh…
-Bonne soirée Grégory, à lundi. Me salue-t-elle rapidement, avant d’hésiter un instant. Soudain, sans crier gare, elle se penche vers moi et dépose un rapide baiser sur ma joue, avant de filer à toute vitesse.
Je me fige, incapable de bouger. Je ne comprends pas ce qui vient de se passer. Les engrenages de mon cerveau tournent en boucle et ont du mal à fonctionner normalement.
Soudain, un éclair de lucidité apparait dans mon esprit. Un nœud se forme instantanément dans mon ventre, et je sens le stress me gagner.
Avant de me laisser submerger par la panique et en essayant de ne pas trop réfléchir, je m’empresse de me lever et de sortir à mon tour de la boîte.

Je me dépêche, et je sers les dents pour m’empêcher de grimacer de douleur à cause de ma cheville, qui n’est pas décidée à être coopérative.
-Alice, attends ! L’interpelé-je dès que j’ai le nez dehors.
Heureusement, Alice n’est pas partie bien loin et je parviens à la rejoindre sans problème. Elle me regarde avec un air interloqué alors que je ne sais subitement plus où me mettre. C’est bien beau de lui courir après, mais si j’ajoute rien derrière, j’ai juste l’air d’un imbécile.

-Oui ? Me répond-t-elle alors, m’observant avec attention, comme si elle attendait quelque chose.
-Euh… Je.. Je te raccompagne ! Hors de question de te laisser rentrer toute seule ! M’exclamé-je, ne sachant pas quoi dire d’autre pour justifier ma sortie soudaine.
-Avec ta cheville ? Me répond-t-elle en affichant un air amusé, comprenant bien que je n’irai pas bien loin avec ma cheville foulée.
J’ai l’air d’un idiot je suis sûr. J’ai l’estomac noué. Je ne sais pas quoi faire, je suis complètement perdu.
Puis, je réalise qu’il faut que j’arrête de réfléchir. Réfléchir ne me réussit pas. Il faut que je suive mon instinct !

Alors, je prends le peu de courage que j’ai à deux mains. Je me rapproche d’elle et je l’embrasse. Comme ça, sans réfléchir. Je me jette à l’eau, et je verrai bien ce que ça donne. Au pire, je risque une claque et l’humiliation de ma vie. Ce n’est pas si grave, si ?
Je m’éloigne aussitôt d’Alice. Elle semble surprise. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie. J’aurais peut-être mieux fait de lui demander avant, non ? J’aurais eu l’air moins bête ? Ca y est, je crois que j’ai fait une bêtise…
Mais, au lieu d’une baffe, Alice me sourit. Elle passe ses bras autour de mon cou, et m’embrasse à son tour. Je panique toujours autant, mais c’est la sensation la plus délicieuse que j’ai jamais ressenti de toute ma vie.