Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 62
Grace
Aujourd’hui, c’est le jour de l’Amour. Le jour le plus mielleux de l’année, ou le plus romantique, selon l’opinion de chacun. A titre personnel, je n’ai pas besoin d’un calendrier pour m’en rappeler : Grégory est encore plus amoureux d’Alice qu’à son habitude au point qu’on dirait qu’il est complètement niais. Quant aux vieux, Papa est plus attentionné que d’ordinaire avec Maman -en supposant qu’il est possible d’être plus attentif qu’il ne l’est déjà. C’est assez drôle de les voir roucouler tous, tellement ils en font des caisses.
Pour ma part, je pense que c’est juste une occasion supplémentaire de passer du temps avec la personne que l’on aime.
Du coup, j’ai proposé à Arthur que l’on se voit aujourd’hui. Nous sommes très occupés ces derniers temps : moi avec mes entrainements sportifs et lui dans la révision de ses examens et la finalisation de ses dossiers de candidatures pour intégrer une bonne université. Du coup, cette journée, c’est une occasion pour s’accorder du temps juste pour nous.
Et, même si je trouve ça ridicule de s’offrir une fleur pour cette journée alors que l’on s’en offrir n’importe quand juste pour faire plaisir, j’ai quand même acheté une petite fleur pour Arthur, juste histoire de marquer le coup. C’est notre première fête de l’amour, après tout, et ça ne mange pas de pain.
-Tiens, c’est pour toi ! M’exclamé-je joyeusement, en tendant la marguerite à Arthur, qui me lance un regard interloqué.
-Oh c’est gentil ! Me répond-t-il, surpris par mon attention, mais semblant tout de même touché…. Mais pourquoi est-il surpris au juste ? Mais.. Pourquoi cette attention ?
-Bah… C’est le Jour de l’Amour aujourd’hui ! Lui signalé-je, surprise qu’il ne sache pas quel jour on est. D’autant plus qu’à la télé, entre les pubs et les différents programmes, ils ne parlent que de ça. Et il suffit également de regarder les devantures de magasins… Bref, cette information est normalement impossible à louper !
-Ah bon ? C’est pas la semaine prochaine ?
-Non… C’est pour ça que je voulais que l’on passe la journée ensemble. Lui expliqué-je, alors que je vois qu’il est subitement embarrassé.
-Grace… Je pensais que tu voulais juste que l’on passe un temps ensemble… Pour manger un bout… Mais je pourrai pas rester toute la journée, j’ai promis que je garderai ma sœur en fin d’après-midi… Et j’ai encore un dossier à finaliser pour l’université…
-Ah…
Je dois avouer que je suis déçue. Arthur cherche à se rattraper en m’offrant mon repas au stand de nourriture qui s’est installé dans le parc aujourd’hui, mais je ne peux pas m’empêcher de faire la tête.
Autant qu’il n’ait pas prévu de cadeau ou de fleur pour le Jour de l’Amour, ça, je m’en fiche. Mais qu’il oublie cette date et qu’il ne pense pas à m’accorder une journée entière, étonnamment, cela me vexe.
Il y a quelques mois, je me serais moquée de ces filles qui font la tête à leur mec pour si peu. Mais aujourd’hui, je comprends qu’elles ont simplement envie d’avoir leur attention et de profiter de leur présence. Surtout quand on a des emplois du temps bien remplis.
-Tu fais la tête parce que j’ai oublié qu’on était le Jour de l’Amour ? Finit par me demander Arthur alors que je viens de finir mon repas dans le plus grand des silences.
-Non. Me contenté-je de lui répondre en lui offrant une moue boudeuse.
-Je suis désolé. Avec la fin de l’année qui approche et la fin du lycée, j’ai la tête ailleurs. Je fais plus gaffe aux dates.
-Moi aussi j’ai l’esprit occupé par le basket, c’est pas pour autant que j’ai oublié. Marmonné-je, agacée. Mais bon, c’est normal. T’es un mec. Et les mecs, ça retient jamais les dates.
-Arrête, c’est pas ton genre de faire des généralités comme ça. Je t’achèterai une fleur en repartant pour me faire pardonner.
-M’en fiche de la fleur. On est tous les deux très occupés en ce moment et je voulais juste passer du temps avec toi. Grommelé-je, un peu vexée qu’il pense qu’il suffira d’un petit cadeau pour me faire oublier sa bourde.
-Et le peu de temps qu’on a, tu as vraiment envie de le passer à faire la tête ? Me demande-t-il d’un air sceptique.
Je ne réponds pas et je fais mine de réfléchir. Je n’ai pas spécialement envie d’admettre qu’il marque un point sur ce coup-là.
Il soupire avant de se lever pour venir s’asseoir à côté de moi. Je fais mine de l’ignorer. Même s’il n’a pas tout à fait tort, je n’ai pas envie de lui donner gain de cause trop facilement. Autant qu’il retienne la leçon dans le cas où il aurait encore le malheur d’oublier quelque chose d’important pour moi.
-Aller, arrête de bouder. On passe du temps ensemble là, non ? Souligne-t-il d’une voix tendre et en me donnant un léger coup d’épaule pour me faire réagir.
-J’aurais aimé passer la journée entière avec toi, moi. Bougonné-je, alors que je sens bien que je ne pourrai pas continuer à lui faire la tête bien longtemps.
-J’en ai bientôt fini avec mes dossiers, on pourra bientôt passer une journée entière ensemble si tu veux. Et même la nuit si ça te chante. J’ai une super tente de camping dans le garage.
-Mmmh… Tu en as d’autres des idées comme ça ? Finis-je par céder, en optant pour un ton un peu plus fripon. Une nuit entière avec toi, cela me tente bien.
-Le contraire m’aurait étonné. S’en amuse aussitôt Arthur avant de m’embrasser tendrement pour sceller notre réconciliation.
Nous continuons de discuter tranquillement sur notre banc, notamment de ce projet de passer une nuit à la belle étoile, avant que je propose à Arthur de faire une partie de ping-pong. Je ne peux pas rester trop longtemps en place, j’ai besoin de bouger. Et autant s’amuser un peu avant qu’Arthur ne doive s’en aller.
Et puis, une bonne partie de ping-pong, c’est aussi l’occasion de lui rappeler qui est la meilleure. Pour rappel, je ne perds jamais, au ping-pong.
Et cette fois-ci n’a pas fait exception à la règle !
Arthur n’a pas menti. Après qu’il a terminé d’envoyer ses dossiers aux universités du coin, il se montre plus présent pour moi, même si je dois encore m’entrainer pour impressionner l’entraineur de l’équipe de San Myshuno. Surtout que je sais avec certitude quand il va venir m’observer : lors de l’ultime match de la saison ! Le dernier de l’année scolaire. Le dernier au lycée. La pression est à son comble, et augmente au fur et à mesure du temps qui passe. Clairement, je vais devoir tout donner car je n’aurais pas de seconde chance.
Le week-end précédant le grand match fatidique, nous nous retrouvons tous ensemble avec mes amis au parc d’Oasis Springs. Les garçons ont tous accepté de me donner un coup de main pour mon entrainement. Je crois même qu’ils prennent un malin plaisir à essayer de me faire tourner en bourrique pour tenter de me mettre en difficulté.
-Fais gaffe Gab ! S’écrit soudain Gideon. Tu as failli me balancer le ballon dans la tête !
-J’y peux rien s’il a rebondi contre le panier ! Se défend aussitôt mon cousin, ce qui ne manque pas de me faire rire.
-Vous savez, je ne suis pas sûre qu’il y aura ce genre de scènes le jour du match ! Leur signalé-je alors qu’ils reprennent leurs enfantillages.
-J’espère pour toi. Sinon, vous allez passer pour des clowns. Ne tarde pas à me répondre Arthur, visiblement amusé par leurs chamailleries.
-Hey ! Je ne veux pas entrer dans une école de cirque, je vous signale ! Ajouté-je ensuite pour tenter de les faire réagir. Mes amis sont de vrais clowns, mais heureusement qu’ils ne font pas partie de ma vraie équipe de basket. Sinon, je serai vraiment dans la mouise !
Pendant que Gideon et Gabriel continuent de gentiment se disputer, et que nous essayons de les calmer avec Arthur, Will, Alice et mon frère discutent tranquillement sur le côté sans trop prêter attention à nous. A la base, Alice et Grégory sont censés faire les arbitres – Will étant arrivé en retard. Mais depuis que Will est arrivé -et que les deux zigotos ont commencé à se chercher des poux- ils ont étrangement décroché de ce qui se passait sur le terrain.
Je peux le dire : je ne suis décidément pas aidée. Au moins, cela permet de décompresser un peu et de faire redescendre la pression.
-Ils sont vraiment pas possible ! Même Arthur n’arrive pas à les calmer ! M’exclamé-je, amusée par la situation, en allant les rejoindre.
Grégory jette un coup d’œil vers eux, et ne tarde pas à rire à son tour devant leurs gamineries.
-Je crois que votre match est foutu ! M’avoue-t-il sur un ton rieur. Alice s’amuse elle-aussi de la situation, alors que je remarque que Will semble plus en retrait. Il me regarde à peine, et ne prend pas part à la conversation.
Ce qui étonnant. D’habitude, il n’est pas le dernier à plaisanter sur notre joyeuse bande.
-Ca va, Will ? L’interpelé-je alors, intriguée par son attitude.
-Ouais. Me répond-t-il simplement sans s’étendre davantage. A la tête de Grégory, je devine que lui aussi est surpris par le ton employé par Will. Je crois que Arthur a fini par les calmer. Votre match va pouvoir reprendre. Signale-t-il ensuite. Je reviens, je vais me poser un peu.
Nous sommes tous un peu surpris de voir Will s’éloigner et nous nous regardons tous bêtement en l’observant s’asseoir à une table d’échecs. Je fais signe aux garçons de continuer à jouer sans moi, et je m’empresse de quitter le terrain de basket pour rejoindre Will. Son attitude est trop bizarre pour le laisser seul dans son coin.
-Bah alors ? Qu’est-ce qui t’arrive ? M’empressé-je de l’interroger en m’installant en face de lui.
-Rien, tout va bien. M’assure-t-il alors qu’il jette un regard étrange vers le terrain de basket.
-Genre, tu es bizarre aujourd’hui. Tu t’es pris le chou avec ton père ?
-Non, j’ai pris une chambre sur le campus. J’ai saisi la première occasion pour me barrer.
-Oh tu t’es inscrit à la fac ? Dans quelle filière ? Même pas tu nous le dis, espèce de cachottier !
-Tu étais occupée ces derniers temps, avec le basket et… Arthur… Je voulais pas t’embêter.
Suite à sa dernière phrase, je le scrute avec attention. Et je commence à réfléchir. Aurais-je délaissé mes amis ces derniers temps ? Will se serait senti mis à l’écart ? Mon cœur se serre à cette pensée. Personne ne m’a rien dit, mais rien que l’idée d’avoir mis mes amis de côté sans m’en rendre compte me fait culpabiliser. Même s’il est normal que je passe du temps avec Arthur, je n’ai pas envie que mes amis se sentent oubliés.
-Oh Will… Je suis désolée si tu as eu l’impression que je te mettais de côté ces derniers temps.
-Hein ? Réagit-il aussitôt, surpris par mes excuses. Ses yeux s’arrondissent comme des soucoupes. Je m’excuse aussi peu souvent pour qu’il soit surpris ?
-C’est compliqué en ce moment avec l’entraineur qui va venir me voir, je veux me donner à 200%. Arthur, forcément, il joue au basket, il m’aide à m’entrainer. Du coup, ça m’a laissé moins de temps pour vous mais j’ai pas envie que vous vous sentiez mis de côté, avec les autres. Et je suis désolée si tu as eu l’impression que je ne fais plus attention à toi.
-Mais je te reproche rien ! Tu ne m’as pas du tout mis de côté !
-La preuve que si ! Je ne savais même pas que tu t’étais inscrit à la fac !
-Tu étais occupée en ce moment, c’est normal. Tente de me rassurer Will en affichant une expression compréhensive. C’est ton rêve d’intégrer une équipe professionnelle de basket, et c’est une occasion en or qui se présente à toi. Jamais je ne t’en voudrais de prendre du temps pour t’entrainer pour te donner toutes les chances de réaliser ton rêve.
-Pourquoi tu fais la tête alors ?
-Pour rien, vraiment. Secoue-t-il la tête. Sinon, pour te répondre, je me suis inscrit en droit. Pour être avocat. Change-t-il de sujet, et je comprends que je ne parviendrai pas à lui tirer les vers du nez. S’il avait envie de m’en parler, il l’aurait déjà fait.
-Comme ton père ? M’étonné-je alors, ne cherchant pas à insister sur la raison de sa mauvaise humeur. Je croyais que tu ne voulais pas suivre la même voie que lui.
-Non, pas comme mon père. Réfute-t-il aussitôt. Mon père est avocat, certes, mais en droit des affaires. Son boulot, c’est de s’assurer que des tocards plein de frics continuent à se faire encore plus de frics de façon plus ou moins honnête. Il rêverait que je suive la même voie pour reprendre son cabinet, mais ce n’est pas comme ça que je conçois le métier.
-Tu voudrais te spécialiser dans quoi alors ?
-Dans le droit de l’enfant et de la famille. M’avoue-t-il avec un sourire. Je veux aider ceux qui en ont vraiment besoin et défendre ceux qui ne peuvent pas se défendre seuls. Ca a rendu mon père complètement dingue mais je m’en fiche.
-C’est un beau projet, ça, Will ! Le félicité-je en réponse, touchée par son projet d’avenir et son envie d’aider les autres.
-Merci. Aller, viens, on va rejoindre les autres. Il faut que tu t’entraines pour impressionner l’entraineur de San Myshuno. Ajoute-t-il ensuite. Même si avec cette bande de bras cassés, tu aurais plus vite fait de t’entrainer toute seule. Précise-t-il ensuite, ce qui ne manque pas de me faire rire.

















































