Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 62

Grace

Aujourd’hui, c’est le jour de l’Amour. Le jour le plus mielleux de l’année, ou le plus romantique, selon l’opinion de chacun. A titre personnel, je n’ai pas besoin d’un calendrier pour m’en rappeler : Grégory est encore plus amoureux d’Alice qu’à son habitude au point qu’on dirait qu’il est complètement niais. Quant aux vieux, Papa est plus attentionné que d’ordinaire avec Maman -en supposant qu’il est possible d’être plus attentif qu’il ne l’est déjà. C’est assez drôle de les voir roucouler tous, tellement ils en font des caisses.
Pour ma part, je pense que c’est juste une occasion supplémentaire de passer du temps avec la personne que l’on aime.

Du coup, j’ai proposé à Arthur que l’on se voit aujourd’hui. Nous sommes très occupés ces derniers temps : moi avec mes entrainements sportifs et lui dans la révision de ses examens et la finalisation de ses dossiers de candidatures pour intégrer une bonne université. Du coup, cette journée, c’est une occasion pour s’accorder du temps juste pour nous.
Et, même si je trouve ça ridicule de s’offrir une fleur pour cette journée alors que l’on s’en offrir n’importe quand juste pour faire plaisir, j’ai quand même acheté une petite fleur pour Arthur, juste histoire de marquer le coup. C’est notre première fête de l’amour, après tout, et ça ne mange pas de pain.
-Tiens, c’est pour toi ! M’exclamé-je joyeusement, en tendant la marguerite à Arthur, qui me lance un regard interloqué.
-Oh c’est gentil ! Me répond-t-il, surpris par mon attention, mais semblant tout de même touché…. Mais pourquoi est-il surpris au juste ? Mais.. Pourquoi cette attention ?
-Bah… C’est le Jour de l’Amour aujourd’hui ! Lui signalé-je, surprise qu’il ne sache pas quel jour on est. D’autant plus qu’à la télé, entre les pubs et les différents programmes, ils ne parlent que de ça. Et il suffit également de regarder les devantures de magasins… Bref, cette information est normalement impossible à louper !
-Ah bon ? C’est pas la semaine prochaine ?
-Non… C’est pour ça que je voulais que l’on passe la journée ensemble. Lui expliqué-je, alors que je vois qu’il est subitement embarrassé.
-Grace… Je pensais que tu voulais juste que l’on passe un temps ensemble… Pour manger un bout… Mais je pourrai pas rester toute la journée, j’ai promis que je garderai ma sœur en fin d’après-midi… Et j’ai encore un dossier à finaliser pour l’université…
-Ah…

Je dois avouer que je suis déçue. Arthur cherche à se rattraper en m’offrant mon repas au stand de nourriture qui s’est installé dans le parc aujourd’hui, mais je ne peux pas m’empêcher de faire la tête.
Autant qu’il n’ait pas prévu de cadeau ou de fleur pour le Jour de l’Amour, ça, je m’en fiche. Mais qu’il oublie cette date et qu’il ne pense pas à m’accorder une journée entière, étonnamment, cela me vexe.
Il y a quelques mois, je me serais moquée de ces filles qui font la tête à leur mec pour si peu. Mais aujourd’hui, je comprends qu’elles ont simplement envie d’avoir leur attention et de profiter de leur présence. Surtout quand on a des emplois du temps bien remplis.
-Tu fais la tête parce que j’ai oublié qu’on était le Jour de l’Amour ? Finit par me demander Arthur alors que je viens de finir mon repas dans le plus grand des silences.
-Non. Me contenté-je de lui répondre en lui offrant une moue boudeuse.

-Je suis désolé. Avec la fin de l’année qui approche et la fin du lycée, j’ai la tête ailleurs. Je fais plus gaffe aux dates.
-Moi aussi j’ai l’esprit occupé par le basket, c’est pas pour autant que j’ai oublié. Marmonné-je, agacée. Mais bon, c’est normal. T’es un mec. Et les mecs, ça retient jamais les dates.
-Arrête, c’est pas ton genre de faire des généralités comme ça. Je t’achèterai une fleur en repartant pour me faire pardonner.
-M’en fiche de la fleur. On est tous les deux très occupés en ce moment et je voulais juste passer du temps avec toi. Grommelé-je, un peu vexée qu’il pense qu’il suffira d’un petit cadeau pour me faire oublier sa bourde.
-Et le peu de temps qu’on a, tu as vraiment envie de le passer à faire la tête ? Me demande-t-il d’un air sceptique.
Je ne réponds pas et je fais mine de réfléchir. Je n’ai pas spécialement envie d’admettre qu’il marque un point sur ce coup-là.

Il soupire avant de se lever pour venir s’asseoir à côté de moi. Je fais mine de l’ignorer. Même s’il n’a pas tout à fait tort, je n’ai pas envie de lui donner gain de cause trop facilement. Autant qu’il retienne la leçon dans le cas où il aurait encore le malheur d’oublier quelque chose d’important pour moi.
-Aller, arrête de bouder. On passe du temps ensemble là, non ? Souligne-t-il d’une voix tendre et en me donnant un léger coup d’épaule pour me faire réagir.
-J’aurais aimé passer la journée entière avec toi, moi. Bougonné-je, alors que je sens bien que je ne pourrai pas continuer à lui faire la tête bien longtemps.
-J’en ai bientôt fini avec mes dossiers, on pourra bientôt passer une journée entière ensemble si tu veux. Et même la nuit si ça te chante. J’ai une super tente de camping dans le garage.
-Mmmh… Tu en as d’autres des idées comme ça ? Finis-je par céder, en optant pour un ton un peu plus fripon. Une nuit entière avec toi, cela me tente bien.
-Le contraire m’aurait étonné. S’en amuse aussitôt Arthur avant de m’embrasser tendrement pour sceller notre réconciliation.

Nous continuons de discuter tranquillement sur notre banc, notamment de ce projet de passer une nuit à la belle étoile, avant que je propose à Arthur de faire une partie de ping-pong. Je ne peux pas rester trop longtemps en place, j’ai besoin de bouger. Et autant s’amuser un peu avant qu’Arthur ne doive s’en aller.
Et puis, une bonne partie de ping-pong, c’est aussi l’occasion de lui rappeler qui est la meilleure. Pour rappel, je ne perds jamais, au ping-pong.
Et cette fois-ci n’a pas fait exception à la règle !

Arthur n’a pas menti. Après qu’il a terminé d’envoyer ses dossiers aux universités du coin, il se montre plus présent pour moi, même si je dois encore m’entrainer pour impressionner l’entraineur de l’équipe de San Myshuno. Surtout que je sais avec certitude quand il va venir m’observer : lors de l’ultime match de la saison ! Le dernier de l’année scolaire. Le dernier au lycée. La pression est à son comble, et augmente au fur et à mesure du temps qui passe. Clairement, je vais devoir tout donner car je n’aurais pas de seconde chance.
Le week-end précédant le grand match fatidique, nous nous retrouvons tous ensemble avec mes amis au parc d’Oasis Springs. Les garçons ont tous accepté de me donner un coup de main pour mon entrainement. Je crois même qu’ils prennent un malin plaisir à essayer de me faire tourner en bourrique pour tenter de me mettre en difficulté.

-Fais gaffe Gab ! S’écrit soudain Gideon. Tu as failli me balancer le ballon dans la tête !
-J’y peux rien s’il a rebondi contre le panier ! Se défend aussitôt mon cousin, ce qui ne manque pas de me faire rire.
-Vous savez, je ne suis pas sûre qu’il y aura ce genre de scènes le jour du match ! Leur signalé-je alors qu’ils reprennent leurs enfantillages.
-J’espère pour toi. Sinon, vous allez passer pour des clowns. Ne tarde pas à me répondre Arthur, visiblement amusé par leurs chamailleries.
-Hey ! Je ne veux pas entrer dans une école de cirque, je vous signale ! Ajouté-je ensuite pour tenter de les faire réagir. Mes amis sont de vrais clowns, mais heureusement qu’ils ne font pas partie de ma vraie équipe de basket. Sinon, je serai vraiment dans la mouise !

Pendant que Gideon et Gabriel continuent de gentiment se disputer, et que nous essayons de les calmer avec Arthur, Will, Alice et mon frère discutent tranquillement sur le côté sans trop prêter attention à nous. A la base, Alice et Grégory sont censés faire les arbitres – Will étant arrivé en retard. Mais depuis que Will est arrivé -et que les deux zigotos ont commencé à se chercher des poux- ils ont étrangement décroché de ce qui se passait sur le terrain.
Je peux le dire : je ne suis décidément pas aidée. Au moins, cela permet de décompresser un peu et de faire redescendre la pression.

-Ils sont vraiment pas possible ! Même Arthur n’arrive pas à les calmer ! M’exclamé-je, amusée par la situation, en allant les rejoindre.
Grégory jette un coup d’œil vers eux, et ne tarde pas à rire à son tour devant leurs gamineries.

-Je crois que votre match est foutu ! M’avoue-t-il sur un ton rieur. Alice s’amuse elle-aussi de la situation, alors que je remarque que Will semble plus en retrait. Il me regarde à peine, et ne prend pas part à la conversation.
Ce qui étonnant. D’habitude, il n’est pas le dernier à plaisanter sur notre joyeuse bande.

-Ca va, Will ? L’interpelé-je alors, intriguée par son attitude.
-Ouais. Me répond-t-il simplement sans s’étendre davantage. A la tête de Grégory, je devine que lui aussi est surpris par le ton employé par Will. Je crois que Arthur a fini par les calmer. Votre match va pouvoir reprendre. Signale-t-il ensuite. Je reviens, je vais me poser un peu.

Nous sommes tous un peu surpris de voir Will s’éloigner et nous nous regardons tous bêtement en l’observant s’asseoir à une table d’échecs. Je fais signe aux garçons de continuer à jouer sans moi, et je m’empresse de quitter le terrain de basket pour rejoindre Will. Son attitude est trop bizarre pour le laisser seul dans son coin.
-Bah alors ? Qu’est-ce qui t’arrive ? M’empressé-je de l’interroger en m’installant en face de lui.
-Rien, tout va bien. M’assure-t-il alors qu’il jette un regard étrange vers le terrain de basket.
-Genre, tu es bizarre aujourd’hui. Tu t’es pris le chou avec ton père ?
-Non, j’ai pris une chambre sur le campus. J’ai saisi la première occasion pour me barrer.
-Oh tu t’es inscrit à la fac ? Dans quelle filière ? Même pas tu nous le dis, espèce de cachottier !
-Tu étais occupée ces derniers temps, avec le basket et… Arthur… Je voulais pas t’embêter.

Suite à sa dernière phrase, je le scrute avec attention. Et je commence à réfléchir. Aurais-je délaissé mes amis ces derniers temps ? Will se serait senti mis à l’écart ? Mon cœur se serre à cette pensée. Personne ne m’a rien dit, mais rien que l’idée d’avoir mis mes amis de côté sans m’en rendre compte me fait culpabiliser. Même s’il est normal que je passe du temps avec Arthur, je n’ai pas envie que mes amis se sentent oubliés.
-Oh Will… Je suis désolée si tu as eu l’impression que je te mettais de côté ces derniers temps.
-Hein ? Réagit-il aussitôt, surpris par mes excuses. Ses yeux s’arrondissent comme des soucoupes. Je m’excuse aussi peu souvent pour qu’il soit surpris ?
-C’est compliqué en ce moment avec l’entraineur qui va venir me voir, je veux me donner à 200%. Arthur, forcément, il joue au basket, il m’aide à m’entrainer. Du coup, ça m’a laissé moins de temps pour vous mais j’ai pas envie que vous vous sentiez mis de côté, avec les autres. Et je suis désolée si tu as eu l’impression que je ne fais plus attention à toi.
-Mais je te reproche rien ! Tu ne m’as pas du tout mis de côté !
-La preuve que si ! Je ne savais même pas que tu t’étais inscrit à la fac !

-Tu étais occupée en ce moment, c’est normal. Tente de me rassurer Will en affichant une expression compréhensive. C’est ton rêve d’intégrer une équipe professionnelle de basket, et c’est une occasion en or qui se présente à toi. Jamais je ne t’en voudrais de prendre du temps pour t’entrainer pour te donner toutes les chances de réaliser ton rêve.
-Pourquoi tu fais la tête alors ?
-Pour rien, vraiment. Secoue-t-il la tête. Sinon, pour te répondre, je me suis inscrit en droit. Pour être avocat. Change-t-il de sujet, et je comprends que je ne parviendrai pas à lui tirer les vers du nez. S’il avait envie de m’en parler, il l’aurait déjà fait.
-Comme ton père ? M’étonné-je alors, ne cherchant pas à insister sur la raison de sa mauvaise humeur. Je croyais que tu ne voulais pas suivre la même voie que lui.
-Non, pas comme mon père. Réfute-t-il aussitôt. Mon père est avocat, certes, mais en droit des affaires. Son boulot, c’est de s’assurer que des tocards plein de frics continuent à se faire encore plus de frics de façon plus ou moins honnête. Il rêverait que je suive la même voie pour reprendre son cabinet, mais ce n’est pas comme ça que je conçois le métier.
-Tu voudrais te spécialiser dans quoi alors ?
-Dans le droit de l’enfant et de la famille. M’avoue-t-il avec un sourire. Je veux aider ceux qui en ont vraiment besoin et défendre ceux qui ne peuvent pas se défendre seuls. Ca a rendu mon père complètement dingue mais je m’en fiche.
-C’est un beau projet, ça, Will ! Le félicité-je en réponse, touchée par son projet d’avenir et son envie d’aider les autres.
-Merci. Aller, viens, on va rejoindre les autres. Il faut que tu t’entraines pour impressionner l’entraineur de San Myshuno. Ajoute-t-il ensuite. Même si avec cette bande de bras cassés, tu aurais plus vite fait de t’entrainer toute seule. Précise-t-il ensuite, ce qui ne manque pas de me faire rire.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 61

Grace

Maintenant qu’il est devenu adulte, cela signifie que Grégory peut potentiellement quitter la maison et vivre sa propre vie. Il a quitté la maison… Mais il n’est pas parti vivre sa vie bien loin de nous.
Il a été pris à l’école de cuisine et de restauration d’Oasis Springs qui, apparemment, est très réputée. Du coup, comme il n’est pas encore près à devenir un grand chef super étoilé, il n’est pas près d’avoir les moyens d’avoir un vrai chez lui.
Pour lui faire plaisir et lui offrir un peu d’indépendance et d’autonomie, les vieux ont décidé de rénover et d’agrandir l’atelier de bricolage de Maman dans le jardin. Comme elle ne s’en sert plus, autant qu’il soit utile pour quelqu’un d’autre.

Et après plusieurs semaines de travaux pour rendre habitable le cabanon de jardin -et l’isoler du boucan que fait la fusée de Maman, même si elle ne s’en sert plus beaucoup à cause de ses vieux os-, Grégory peut enfin s’installer dans un véritable petit studio dans le jardin. Une vraie maison minuscule, avec une petite cuisine, une salle de bain, et un coin fourre-tout qui lui sert de bureau, de salon et de chambre. Le canapé-lit sur lequel dormait Mamie quand elle a vécu à la maison a même été installé dans le cabanon pour Grégory. Franchement, il a vraiment tout ce qu’il faut pour vivre comme il faut, même si c’est riquiqui et que sa télé est installé sur son bureau !
Au moins, je dois admettre qu’il doit être tranquille, car les parents prennent même la peine de frapper avant d’entrer chez lui. Quelle chance !

Néanmoins, ce n’est pas parce qu’il a son propre studio qui ne lui coûte pas un rond avec une vraie cuisine -et un mini-four!- que Grégory ne continue à squatter la maison. C’est régulier qu’il quitte son studio pour cuisiner avec Papa et manger avec nous. Les parents ne disent rien, au contraire. Maman est ravie de voir son fils tous les jours, pour constater qu’il ne semble pas vouloir partir de si tôt. Et Papa apprécie toujours avoir de la compagnie pour cuisiner… Enfin, une compagnie qui ne met pas à la moitié des ingrédients sur le plan de travail sans nettoyer derrière.


Pour ma défense, j’ai répété plusieurs fois à mon vieux que je n’aime pas cuisiner et que j’ai autre chose de mieux à faire (comme le basket). J’y peux rien s’il s’obstine à vouloir m’apprendre à cuisiner pour que je sois capable de me débrouiller ! Il faut qu’il assume les conséquences après !

Après je dois avouer que je suis un peu mauvaise langue. Grégory ne squatte pas tout le temps la maison et il y a des jours où il reste bien sagement dans son studio.
Enfin, sagement… C’est un bien grand mot.
Car le côté pratique d’avoir son propre studio indépendant de la maison des vieux, c’est qu’il peut inviter Alice autant de fois qu’il le souhaite et elle peut rester autant de temps qu’ils le désirent. Les vieux n’ont strictement rien à y redire -et à vrai dire, je pense qu’ils s’en fichent, ils l’aiment bien Alice- et ils ont enfin un peu d’intimité tous les deux.
Et personnellement, je trouve ça chouette. Maintenant, je peux enfin dormir tranquille et ne plus entendre de bruits suspects provenant de la chambre de mon frère !

Et pendant que Grégory roucoule dans son studio et que les vieux vivent leur vie de retraités, moi, je passe ma vie dehors pour m’entrainer et être prête à éblouir le recruteur de l’équipe de San Myshuno. Tonton m’a dit tout ce dont j’avais besoin de savoir et maintenant, toutes les cartes sont entre mes mains. Et cette occasion formidable, j’ai bien l’intention de m’en saisir et de mettre toutes les chances de mon côté !
Je m’appelle pas Grégory, j’ai pas envie de rester moisir chez les vieux à Oasis Springs !
Donc, je passe tout mon temps libre à m’entrainer pour être au top de ma forme physique ! Et cerise sur le gâteau, j’ai également le meilleur des coachs pour m’aider dans ma tâche ! Arthur m’accompagne régulièrement au terrain de basket et ne me ménage pas pour me pousser à donner le meilleur de moi-même. Et aujourd’hui, il m’a convaincue d’aller à la salle de sport du coin pour changer un peu.

Je ne vais pas mentir, j’ai fait un peu la grimace en voyant la tête de la salle de sport. Elle n’envoie pas du rêve et elle est vraiment restée dans son jus. Elle mériterait bien un bon coup de rénovation !
Mais ce n’est pas comme si nous avions le choix. Elle a un partenariat avec le lycée et tous ceux qui font partie d’une équipe sportive du bahut peuvent s’inscrire gratuitement à la salle de sport. On ne peut évidemment pas bénéficier des conseils d’un vrai coach -faut pas pousser mémé dans les orties- mais on a un accès libre aux machines et c’est déjà pas mal.
-Aller, un peu de courage Grace ! Tente de me motiver Arthur alors que je peine à soulever les poids à la seule force de mes jambes. Je suis basketteuse moi ! Je ne suis pas une habituée de la muscu !
-Rappelle-moi à quoi ça sert déjà ?
-A faire travailler les muscles de tes jambes. Tu vas gagner en tonus et en puissance ! Ce qui peut être pratique pour distancer tes adversaires et sauter jusqu’au panier pour faire un dunk ! Précise-t-il finalement sur un ton narquois, comme si c’était évident. Je lui lance un regard blasé, ce qui a pour seul effet de le faire rire. Aller du nerf ! Je te ferai un massage des jambes après pour soulager tes muscles si tu veux!
-Un massage tout court, ça me va moi. Baragouiné-je en toute réponse.
-On verra si t’es sage !

Depuis, nous retournons régulièrement à la salle de sport. Plus le temps passe, plus je m’améliore et je parviens à soulever des charges plus lourdes. Je remarque également la différence sur le terrain, ce qui me motive davantage à poursuivre mes efforts pour être toujours meilleure.
Et puis, il faut dire que l’amélioration de mes compétences sportives n’est pas ma seule source de motivation. Arthur profite de nos passages à la salle de sport pour s’entrainer lui-aussi. Et comme il s’entraine torse nu, c’est un véritable plaisir pour les yeux.
Et disons, que ça donne généralement quelques idées. Il faut bien avouer que cela a quelques avantages que la salle de sport ait une sale tête et qu’elle soit peu fréquentée…

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 60

Grace

Le lendemain de l’anniversaire Maman, c’est au tour de Grégory de vieillir. Monsieur devient majeur et ça aussi, ça doit donner un coup de vieux à Maman. Elle essaie de faire bonne figure, mais ça se voit comme le nez au milieu de la tronche que cela lui fait quelque chose de voir Grégory devenir un adulte. Pendant un instant, j’ai cru qu’elle allait verser sa larme ! Les mamans, je vous jure !
Mais qui anniversaire, dit que ce soir, c’est la fête ! Et ça, c’est chouette !
Grégory n’aimant pas danser, il a refusé qu’on aille en boîte. Du coup, nous sommes allés dans un bar à karaoké, et nous avons pu réserver la plus grande salle du bar. Nous pouvons tous nous installer sur le canapé ou les poufs, tout en admirant les prestations des autres au karaoké. Cette soirée va vraiment être d’enfer !

D’autant plus que j’ai pu convaincre mon frère d’inviter Arthur à se joindre à nous ! Nous avons un peu discuté depuis que Gideon et moi avons officiellement rompu mais ni lui ni moi n’avons tenté quelque chose pour le moment. Pour lui, je ne sais pas, mais personnellement, j’attendais un peu pour ne pas avoir l’air d’une flûte qui saute directement sur un autre mec après avoir quitté son ex. Olive s’en serait donnée à coeur joie. Déjà que j’ai du me retenir de lui mettre une tarte quand j’ai vu son sourire satisfait quand elle a su que nous n’étions plus « ensemble » avec Gideon. Quelle cloche ! Mais ce soir, on fête l’anniversaire de mon frère et elle ne réussira à me gâcher la soirée.
Dès qu’Arthur nous rejoint dans la salle de karaoké, il parait surpris en découvrant Gideon. Je sens une boule de stress en moi, mais Gideon s’empresse de saluer Arthur de manière la plus amicale pour essayer de le mettre à l’aise. C’est sûr qu’il ne s’attendait sans doute pas à tomber sur mon faux-ex, mais j’espère que cela ne le mettra pas mal à l’aise. Je lui ai dit après que nous nous sommes « quittés » en bon termes avec Gideon, et que nous restons amis.

-Hey Grace ! Tu m’entends ? M’interpelle brusquement Will, me sortant de mes pensées. Je sursaute en l’entendant m’appeler, mais je lui affiche un grand sourire innocent.
-Oui ? Excuse-moi, j’avais la tête ailleurs ! Lui avoué-je, sans admettre que mes pensées se perdaient dans les yeux d’Arthur qui m’observe à distance.
-Est-ce que tu es d’accord pour dire que ton frère a moins une tête de gland avec sa nouvelle apparence ? Répète-t-il alors, sans paraitre offusqué que je ne l’ai pas écouté la première fois qu’il m’a posé la question. A côté de lui, je vois Grégory lève les yeux au ciel alors que je ne peux m’empêcher de rire. Pour son anniversaire, Grégory a décidé d’aller chez le coiffeur et de se laisser -un peu- pousser la barbe. Monsieur veut paraitre plus adulte apparemment. Je ne sais pas s’il fait plus adulte en apparence – car ça, je m’en fiche un peu – mais je dois admettre que sa nouvelle tête lui va bien.
-C’est clair !
-Vous avez fini de vous payer ma tête ? Soupire Grégory, blasé par nos remarques.
-On te fait un compliment, tu pourrais dire merci ! Fais-je mine de m’offusquer devant son indifférence. Cela fait bien rire Will et mon frère lève aussitôt les yeux au ciel.

Mais Grégory ne fait pas la tête longtemps, car Alice s’empresse de lui signaler qu’il est aussi beau qu’avant son passage chez le coiffeur. Aussitôt, il affiche un air niais – avec les yeux qui pétille et un sourire qui donne une tête de débile – et s’empresse de se lever pour la prendre dans ses bras. Et l’embrasser. Car Grégory est incapable de prendre sa copine dans les bras sans lui rouler une pelle au passage.
-Hey vous deux ! Vous pourriez avoir pitié des pauvres célibataires qui composent votre entourage et moins étaler votre amour plein de guimauve à leurs yeux fragiles ! Fait mine de geindre Gabriel en faisant une tête de dix pieds de long.
-Rien ne t’empêche de te trouver un mec ! Réplique aussitôt Grégory, loin de se laisser perturbé par les propos de notre cousin. Et au vu du regard qu’il lance à Alice, et au sourire qu’elle affiche en réponse, quelque chose me dit qu’il n’a pas du tout en tête de calmer ses élans d’amour en présence de public.
-Facile à dire ! Le gaydar, c’est un mythe je te signale !
-Ou le tien est en panne. Ne puis-je m’empêcher de le taquiner alors qu’il me lance un faux-regard noir. Pourquoi faux ? Parce qu’il se retient de sourire et que cela se voit comme le nez au milieu de la figure.

L’air de rien, Grégory et Alice s’approchent de la station de karaoké et regardent les musiques proposées pour en choisir une. Tout d’un coup, ils cessent de les faire défiler et se lancent un regard complice avant de prendre un micro chacun. Je ne sais pas trop ce qu’ils mijotent, mais ils préparent un mauvais coup.
La mélodie se lance, et ils commencent à chanter… Une chanson d’amour. Bien niaise, bien dégoulinante de guimauve, d’amour et d’autres trucs de hippie. Je suis morte de rire alors que Gabriel va mine de vomir face à tant de mièvreries. Et plus Grégory et Alice en font des caisses, plus nous sommes tous sur le point de passer l’arme à gauche tellement nous rions.

Après la prestation, ô combien époustouflante qu’elle va rester longtemps dans les annales, je meurs d’envie de chanter à mon tour. Sans attendre, je me lève de mon siège et, pour ne pas qu’Arthur se sente seul et exclu dans son coin, je l’entraine avec moi pour que nous chantions en duo. Il n’a pas l’air très emballé, mais il suit le mouvement comme s’il voulait me faire plaisir. Je lui fais mon plus beau sourire pour essayer de le détendre, lui affirme que c’est hyper facile et hyper marrant de pousser la chansonnette et je lance une chanson au hasard. Je commence à chanter en première, espérant lui donner le tempo, qu’il n’ait plus qu’à suivre le rythme. Je m’amuse comme une petite folle ! Quant à Arthur, il se prête au jeu avec une certaine réserve, mais son sourire montre que cela l’amuse de me voir me donner autant à fond au karaoké.
J’y peux rien moi, c’est ma passion après le basket !

De temps en temps, pendant la chanson, j’essaie de détourner mon attention d’Arthur pour regarder mes amis. Je ne veux pas avoir l’air de le dévorer des yeux non-stop et d’être complètement accro. Il faut que j’ai l’air un minimum détachée pour ne pas qu’Arthur prenne la grosse tête et qu’il pense que c’est déjà gagné d’avance.
De ce que je peux voir, mes amis ont l’air de s’amuser. Grégory fait les yeux doux à Alice, et Gideon s’amuse à les chambrer. Gabriel danse sur la musique et Will… se contente de nous regarder chanter avec Arthur. Son regard est étrange. Son air, totalement neutre, est étrange. Puis, son regard se détache de nous, et il discute avec Gabriel, qui hausse les épaules. Je me demande bien de quoi ils peuvent bien parler.
Soudain, j’entends Arthur me parler. Je détourne mon attention et lui offre mon plus sourire. Il me propose une nouvelle chanson. Une proposition que je ne peux décidément pas refuser !

A la fin de notre deuxième chanson, l’ambiance me parait plus légère. Gideon s’amuse à mettre en boite Grégory et Will ne se fait pas prier pour lui donner un coup de main. C’est tellement facile, qu’on pourrait presque s’en lasser !
Mais tout réside dans le « presque », et Grégory ne manque pas de réparti. Je pense que ce petit jeu doit l’amuser autant que nous.
-Hey, ça vous dirait pas de boire un truc ? Propose sans attendre Gideon. Je meurs de soif !
-C’est sûr qu’à force de raconter des bêtises, tu dois avoir la gorge asséchée, oui ! Le taquine alors Grégory.
-Et toi ? A force d’embrasser Alice, la tienne n’est pas asséchée ? En rajoute une couche Will, et Grégory ne peut s’empêcher de lever les yeux au ciel.
-Vous voulez quoi ? Je peux aller chercher à boire si vous voulez. Propose sans attendre Arthur, un peu dépassé par le flot de paroles qui ne s’arrête jamais. Et je pense qu’il ne les connait pas suffisamment pour se permettre de rentrer dans leur jeu. 
-Je viens avec toi ! Ajouté-je ensuite, après que tout le monde lui ait répondu.

Nous sortons donc de la salle pour rejoindre le bar du karaoké. Nous passons commande et nous attendons sur le côté le temps qu’elle soit prête. Je me sens un peu bête sur le coup, ne sachant pas trop quoi dire. J’avais envie de me retrouver seule avec lui pour essayer de faire évoluer notre relation et, maintenant que j’ai une ouverture, je ne sais plus quoi faire.
-Ca va, tu passes une bonne soirée ? Lui demandé-je, sur un ton détaché. Bravo ma grande, plus banal que ça, tu meurs.
-Ouais, c’est cool. Confirme Arthur. Tes amis sont vraiment sympas. J’ai été un peu surpris de voir que ton ex est là… Ca va entre vous ?
-Ouais, tout est clair t’inquiète. Lui assuré-je en lui souriant. On est juste des amis, c’est tout. Je te l’ai dit, y’a jamais eux de vrais sentiments entre nous, tu vois.
-Je vois oui. Me répond-t-il en me lançant un regard qui ferait craquer n’importe qui. Grace, garde la tête froide ! Tu n’es pas une midinette !

Nous échangeons encore quelques banalités, avant de simplement nous regarder. On a l’air bien bête, debout en plein milieu du bar, à nous regarder sans parler. Enfin, je devrais dire que je me sens débile. Au fond, j’espérais qu’il ferait le premier pas, en sachant que je suis dorénavant célibataire, en me basant sur ce qu’il m’avait dit l’autre fois, quand nous avons mangé au fast-food. Or, il n’en est rien. Le moment n’est-il jamais venu ? Ou attend-t-il que ce soit moi qui agisse ? Ou a-t-il changé d’avis ?
J’en ai aucune idée. Mais ce dont je suis sûre, c’est que je n’ai pas envie d’attendre comme une gourde.
Alors, je prends mon courage à deux mains, et je me lance. Je m’avance vers lui et, sans réfléchir, je l’embrasse.

Sur le coup, Arthur semble surpris. Vu sa tête, lorsque je libère ses lèvres, il ne s’attendait pas à ce que je l’embrasse aussi soudainement. Il ne semble pas réagir davantage, et les secondes qui défilent semblent durer une éternité. Oups, je crois que j’ai fait une boulette !
Mais, alors que j’étais entrain de réfléchir à une parade pour me sortir de cette situation gênante avec le peu de dignité qu’il me reste, les neurones d’Arthur semble se reconnecter et il me sourit avant de me prendre dans ses bras et m’embrasser à son tour. J’en sauterais presque de joie !
Presque, car je savoure son baiser avec bonheur. Mon esprit se déconnecte de la réalité et je profite de l’instant, oubliant mes amis qui attendent dans la salle de karaoké et ne faisant même pas attention au barman qui nous interpelle pour nous annoncer que notre commande est prête, avant de laisser échapper un « ah ces jeunes! ».
(Oui, je n’y fais pas attention, mais je ne suis pas sourde!)

Un petit comparatif entre Grégory et ses parents (même s’il semble évident que Cédric ne peut pas renier son fils !) 

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 59

Grace

-Salut le frangin ! Toujours entrain de te creuser les méninges pour un futur bouquin ? T’as pas peur que ça te crame des neurones à force? S’exclame Tonton alors que je viens de lui ouvrir. Je ne peux m’empêcher de laisser un petit ricanement face à la taquinerie de mon oncle.
-Au contraire ! Ca évite d’avoir le même cerveau ramolli que toi ! Réplique sans attendre Papa. Mais tu es en avance dis donc. La fête n’est pas pour toute suite. Joy n’est même pas encore rentrée du travail. Lui fait-il remarquer ensuite.
En effet, aujourd’hui, on fête l’anniversaire de Maman. Et celui de Grégory aussi, même si, dans les faits, son anniversaire est demain. Mais on a prévu une petite sortie avec la bande demain, donc autant faire une pierre deux coups aujourd’hui avec Maman.

-Je sais, mais je viens parler avec ma nièce. Pourquoi, c’est interdit ? Tu veux me priver de ma nièce maintenant ? Ouh mon dos, tu me blesses!
-Tu as fini de faire l’idiot ? Soupire mon père alors que Tonton ne peut s’empêcher de se marrer face à sa blague.

Avant que l’un des deux finissent par étriper l’autre, j’entraine Tonton dans le salon. Je ne sais absolument pas de quoi il veut me parler. Il s’est juste pointé, dit « il faut que je te parle » et c’est tout. Il aime bien ménager son effet, et je suis curieuse de découvrir ce qu’il a à me dire. Ce doit être important pour qu’il prenne la peine de venir plus tôt aujourd’hui, et qu’il prenne un ton aussi sérieux -enfin, sauf avec Papa bien entendu…
-Alors, qu’est-ce que tu as à me dire ? Lui demandé-je après qu’on se soit installé sur le canapé.
-Juste que je suis le meilleur Tonton de l’univers !
-Mmh mais encore ?
-Tu sais que j’étais footballeur dans ma folle jeunesse …
-Oui… Au temps des dinosaures… Laissé-je échapper pour l’embêter un peu. Lui ne se prive pas à la moindre occasion, il est logique de lui rendre l’appareil !
-Un peu de respect jeune fille ! Sinon, j’appelle mon pote, qui est entraineur de basket pour l’équipe professionnelle de San Myshuno soit disant passant, et je lui dis que c’est plus la peine qu’il bouge ses grosses fesses pour venir te voir jouer !
-Pardon ?!! M’exclamé-je, choquée par ce qu’il m’annonce, ayant du mal à comprendre. Face à ma surprise, un grand sourire plein de fierté s’affiche sur son visage.
-Eh oui ma grande ! Même si je bossais dans le foot, j’ai eu l’occasion de rencontrer plein de monde dans différentes disciplines ! Et il se trouve que j’ai gardé deux ou trois contacts. Et vu que tu veux te lancer dans le sport, il est normal que j’essaie de donner un petit coup de pouce à ma nièce !
-Ca veut dire que je vais intégrer l’équipe de San Myshuno ?!!

-Mollo l’asticot, j’ai seulement dit qu’il avait accepté de venir te voir jouer. Tempère-t-il aussitôt avant que je m’enflamme trop. J’étais footballeur, pas basketteur. Je peux le convaincre de venir voir ma nièce jouer pour évaluer ses aptitudes, pas de l’embaucher les yeux fermés. Si tu veux entrer dans l’équipe à la fin du lycée, va falloir le mériter !
-C’est déjà super Tonton ! Je te le promets, je vais bosser comme une dingue pour être la meilleure et qu’il me prenne dans son équipe !! Lui assuré-je, excitée comme une puce, ayant déjà hâte de prendre un ballon pour m’entrainer jusqu’à épuisement ! Une occasion comme celle-ci, il ne faut pas la rater ! Il vient quand ?
-On n’a pas déterminé de date ensemble, il faudra que tu m’envoies ton planning de rencontre. Mais je pense qu’il voudra voir un match de fin de saison, où il y a plus d’enjeux. Me répond-t-il alors que je hoche la tête. J’ai presque envie de courir dans ma chambre pour lui donner illico ce fameux planning ! Par contre ma grande, j’attends de toi une attitude exemplaire ! Je sais bien que ça t’amuse de clamer haut et fort que tu es la meilleure, que tu as la gagne dans les veines, mais tu vas être dans une équipe, et tu vas devoir suivre les directives d’un coach pro, qui connait l’univers du sport professionnel. Ton ego perso, il va falloir le mettre de côté au bénéfice de l’équipe. Vous gagnerez ensemble et perdrez ensemble.
-Mais je le sais ça, Tonton ! Pour qui tu me prends ? Lui signalé-je, surprise par sa remarque. Depuis quand je ne sais pas jouer en équipe ? Si c’était le cas, il y aurait longtemps que j’aurais quitté mon équipe de basket tellement les autres joueuses étaient nulles au départ ! Je ne manque d’ailleurs de le lui rappeler, ce qui a le mérite de le faire rire.
En tout cas, il m’a annoncé la meilleure nouvelle de ma vie ! Au moins, cette journée en famille sera un peu moins reloue que prévue !

Joy

Quand je suis rentrée du travail, j’ai eu la surprise de découvrir que Celian est déjà là. Apparemment, il voulait parler à Grace avant le début des festivités pour lui annoncer une bonne nouvelle. Je n’ai pas tout compris, mais un de ses amis à accepter de venir la voir jouer, ce qui pourrait être déterminant pour son avenir professionnel si elle se débrouille bien. J’espère de tout cœur pour elle que cela va marcher, même si cela signifie qu’elle devra quitter la maison pour aller vivre à San Myshuno pour se rapprocher de son travail.
Mais je préfère éviter d’y penser. Il y a encore le temps d’y penser car il n’est de toute façon pas question qu’elle intègre une quelconque équipe tant qu’elle n’a pas encore terminé le lycée.
Je me dépêche d’aller me changer avant que ma cousine et son fils n’arrivent. Je sors à peine de ma chambre qu’ils sont déjà là. Gabriel s’empresse d’aller rejoindre ses cousins tandis que je vais discuter un peu avec Sarah.
-Alors, ça te fait quoi de rejoindre le club des vieux ? Me taquine-t-elle sans attendre.
-Très drôle, mais pas grand chose à vrai dire. Avec Grace qui nous traite de vieux à longueur de temps, disons que j’ai déjà l’habitude… Avoué-je alors que Sarah ne manque pas d’éclater de rire suite à ma réflexion.

-Ah ces ados ! Aucun respect pour leurs parents ! S’exclame-t-elle ensuite en jetant un œil à nos enfants en train de s’amuser dans leur coin.
-L’un d’eux n’est bientôt plus un ado. Soufflé-je avec un pincement au cœur en observant mon fils ainé. J’ai l’impression que c’était hier qu’il était encore un petit garçon. Et aujourd’hui, regarde-le. Il a une copine et c’est maintenant un jeune homme.
-Il va quitter la maison bientôt, non ?
-Non, pas encore. Il a été pris à l’école de cuisine d’Oasis Springs. Elle est très réputée il parait. Du coup, il va rester à la maison le temps de ses études.
-Oh bah ça va ! Il va pas déserter la maison toute suite alors ! Gabriel, lui, nous a bien fait comprendre qu’il avait l’intention de se carapater de la maison dès qu’il aura soufflé ses bougies ! Quel gosse ingrat je te jure ! Tu imagines un peu ? Cela fait des années qu’on vit avec ce grand dadais et du jour au lendemain, on va être tous les deux comme deux vieux andouilles.

-Je compatis ! C’est exactement ce qu’on compte faire Grace ! Lui dis-je avec un soupir de dépit. Et en plus, Celian l’aide à partir plus vite encore!
-Roh, vois le côté positif : tu auras toujours ton fils qui sera à la maison. Et vu qu’il fait des études, tu as encore un peu de répit avant qu’il ne t’annonce qu’il a fait un gosse à sa copine et que tu vas être grand-mère ! S’empresse-t-elle de me taquiner alors que je palis d’effroi à cette éventualité.
-M’enfin Sarah, je n’ai même pas encore souffler mes bougies que tu me parles déjà d’être grand-mère ? Mais je suis trop jeune pour ça !
-Mais bien sûr. Ta mère devait se dire la même chose quand tu lui as annoncé que tu attendais Grégory !
-Tu parles ! J’étais même pas encore avec Cédric qu’elle voulait déjà devenir grand-mère ! Elle n’avait que le mot « petit-enfant » à la bouche! M’exclamé-je avec amusement, et aussi avec émotion à l’évocation de ces souvenirs. Maman est partie depuis des années à présent, mais il y a toujours des moments où elle me manque. Elle doit être tellement fière de nous de là où elle est !
-En plus, elle n’avait pas de chance, elle ne pouvait compter que sur toi pour devenir grand-mère ! Heureusement que ta super cousine était là ! Sinon tu n’aurais jamais rencontré Cédric et elle ne serait jamais devenue grand-mère ! Pauvre Tata ! Plaisante-t-elle alors que je ne peux m’empêcher de sourire en me souvenant de cette fameuse soirée du nouvel an. Je ne crois pas lui avoir déjà avoué que je connaissais déjà Cédric avant cette soirée, et je préfère emporter ce secret dans la tombe !
Oui, même des années après, j’ai toujours aussi honte ! (Et elle prendrait trop un malin plaisir à me taquiner à ce sujet !)

Peu de temps après, Cédric annonce que le gâteau est prêt et nous rejoint dans le salon en commençant à chanter Joyeux anniversaire. Les bougies sont installées sur le gâteau et allumées et tout le monde se rassemble autour de la table.
J’observe les bougies avec un air sceptique. Je n’ai pas peur de vieillir, cela fait partie de la vie. Je suis juste réticente par rapport aux changements qui s’annoncent. Je vais vieillir, Grégory va devenir adulte. Bientôt, ce sera au tour de Grace, qui va s’empresser de quitter la maison, loin du domicile familial… Loin de moi. J’ai mon cœur qui se serre à cette pensée. J’ai tellement peur de ce qu’il pourrait advenir dans le futur. Je respire un grand coup. Je sais comment canaliser mes angoisses. Grégory est un jeune homme responsable. Grace… C’est Grace. Elle est intenable, mais elle retombe toujours sur ses jambes.
Je n’ai pas de soucis à me faire.
Et je souffle mes bougies.

Une fois les bougies soufflées, bonjour les rides et les cheveux bien moins blonds qu’avant. Cela me fait drôle de me voir ainsi, alors que jusqu’ici, je n’avais pas l’impression que le temps avait une emprise sur moi. Mais les choses changent et je n’ai pas d’autres choix que de l’accepter.
Cédric s’occupe ensuite de couper le gâteau et de distribuer une part à tout le monde. Si je me trompe pas, il s’agit d’un gâteau à la noix de coco. Mon mari est un véritable cordon bleu et sans surprise, son gâteau est absolument délicieux ! Très vite, il n’en reste plus une miette dans les assiettes !
-Alors Joy, ça fait quoi de rejoindre le club du 3e âge ? Ne tarde pas à me taquiner Celian.
-Je me dis que je serai toujours plus jeune que toi, alors ça va. Répliqué-je sans attendre, avec un sourire narquois au bord des lèvres.
-Touché !

-Et ça va, ça te fait pas tout drôle de voir ton fils devenir un adulte ? Me demande-t-il ensuite.
-Si, mais il reste à la maison encore pour un moment, donc pour le moment je gère.
-Ah tu en as de la chance ! S’exclame Celian en jetant un œil à Gabriel, qui est assis à côté de moi et qui se tourne aussitôt vers nous avec un air suspicieux sur le visage. Ca ne tiendrait qu’à moi, je le garderais enfermé à la maison toute sa vie ce grand nigaud !
-Rêve pas trop, dès que j’ai l’occasion, je me casse ! Je suis plus un bébé !
-Tu seras toujours mon bébé ! J’aurais toujours l’impression que tu vas te faire manger tout cru dès que tu mets le nez dehors ! S’exclame Celian alors que Gabriel lève les yeux au ciel avant de s’empresser de rejoindre Grégory et Grace pour jouer à un jeu vidéo sur le canapé.
-C’est marrant, entre toi et Sarah, j’ai toujours cru que c’était elle le parent poule.
-Tu parles, elle dit qu’il faut être fier de lui car il grandit bien, que c’est un gentil garçon, qu’il va réussir dans la vie, et bla bla bla. Elle oublie qu’il va partir faire sa vie, et qu’il nous abandonnera dans une maison de retraite dès qu’il en aura l’occasion !
-Ca va, t’en fais pas trop ?
-Du tout ! Nie-t-il farouchement alors que je ne peux m’empêcher de rire.

-N’empêche, je suis en train de remarquer … Avoue Celian, après que nous ayons débarrassé la table. Je suis le seul à avoir des cheveux gris ? Joy, t’es toujours blonde, Sarah elle triche mais elle reste relativement brune et toi frangin, tu t’en sors avec quelques cheveux blancs. C’est quoi ce scandale ?!
-Ne t’inquiète pas mon chéri, même avec des cheveux gris, tu es toujours aussi beau ! Tente de le rassurer Sarah alors qu’il la regarde avec un air sceptique.
-Et techniquement, tu n’es pas le seul à avoir des cheveux gris. Regarde ta nièce… Lui fais-je alors remarquer alors que je ne peux m’empêcher d’afficher un sourire amusé.
-Ouais mais elle se teint les cheveux, c’est pas pareil. Et d’ailleurs, je ne comprends même pas comment on peut avoir les cheveux gris volontairement !
-C’est à la mode, parait-il ! Lui réponds-je dans un haussement d’épaules, ne comprenant pas moi-même les choix capillaires de ma fille.
-Oh, donc je suis tendance alors ? S’exclame alors Celian avec fierté, et en bombant le torse.
-Non. Tu es juste vieux. Réplique sans attendre Cédric, au tac au tac. Celian ne tarde pas à lui lancer un regard assassin, alors que nous explosons de rire avec Sarah suite à la répartie de Cédric.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 58

Grace

Complètement déboussolée par les propos d’Arthur, j’ai erré un moment avant de rentrer à la maison, tellement j’étais perdue dans mes pensées et mes interrogations. Tout se bouscule dans ma tête et je ne sais plus quoi faire. Entre ma tête et mon coeur, c’est la guerre et ni l’un ni l’autre ne semble vouloir remporter la bataille.
Une fois à la maison, je soupire de soulagement en découvrant que les parents sont absents. C’est vrai que Maman doit finir tard et que Papa est parti aider Tonton sur je-ne-sais-plus-quoi. Je n’aurais donc pas à subir leurs questions quant à mon attitude bizarre, et cela m’arrange. Je n’ai aucune envie de leur parler de ça, c’est trop la honte !
Par contre, j’ai tout de même besoin de parler de ma situation à quelqu’un pour essayer de trouver une solution et Grégory doit certainement être là. Ni une ni deux, je m’empresse d’aller à l’étage et je me précipite dans la chambre de mon frère, sans remarquer sur le coup qu’Alice est là également.

-Grégoryyyyy ! J’ai besoin de tooooi !! M’exclamé-je avec détresse -et non je n’exagère pas du tout-, alors que je le vois sursauter. Ah tiens, salut Alice !

-Grace !! Râle aussitôt mon frère tandis que je me laisse tomber sur son lit, nullement décidée à quitter sa chambre. Tu vois pas que je suis pas seul ?
-Je suis perdue Grégory !! Gémis-je en réponse, ignorant royalement ses protestations. Arthur m’a fait des avances !!
-On en parlera plus tard, tu veux pas aller geindre dans ta chambre ? S’agace Grégory alors qu’Alice se met à rire. D’ailleurs, tu devais pas passer la journée, voire soirée, dehors ?
-Roh ça va, dis toute suite que je dérange ! Bougonné-je, avant de réaliser. Roh arrête de râler, tu as toute la vie pour ça ! Et pour une fois, tu épargneras mes oreilles !
-Pardon ?!
-Les murs sont fins !! Lui signalé-je sur un ton offusqué. Et j’ai de quoi l’être ! Il y a des choses qu’une sœur ne veut surtout pas savoir sur son frère et malheureusement, j’en sais bien trop sur lui à mon goût ! Tu ne vérifies jamais si je suis rentrée et j’ai failli vomir plusieurs fois ! Rien que pour cette raison, tu devrais être un gentil grand frère et soutenir ta petite sœur adorée !

-Je crois qu’elle a vraiment besoin de toi. S’en amuse Alice en réponse au soupir agacé -et certainement frustré- de mon frère.
-Bon, explique ce qu’il se passe. Finit par se résigner mon frère. On se sent soutenu par sa famille c’est beau.
-Arthur m’a fait des avances !!!
-Ouais, et ? Ne voit-il pas où je veux en venir. Il a été lourd alors que tu lui as dit non ? Tu veux que j’aille lui casser les dents ? Sache que je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, je fais pas le poids face à un basketteur qui fait de la muscu. Même si je t’adore, j’ai pas envie de finir à l’hosto avec des côtes cassées.
-N’importe quoi !! Levé-je les yeux au ciel. Il est adorable et je suis bien obligée d’admettre qu’il me plait !!
-Humpf, bah c’est quoi le problème ? T’es célibataire que je sache. Baragouine Grégory alors que j’entends Alice ricaner. A tous les coups, il doit faire une moue qui montre bien que ça ne lui plait pas de voir que, moi aussi, je peux avoir une vie amoureuse. Je la connais cette tête, il l’a faite quand il croyait que je sortais avec Gideon !

-Aux yeux du monde, je suis avec Gideon je te signale ! Lui rappelé-je en m’asseyant sur son lit. Il est vraiment long à la détente, c’est pas possible!
-Oh purée, je sens que tu vas me donner mal à la tête. Soupire mon frère.
-Ta sollicitude me touche, c’est fou !!
-Viens-en au fait, Grace !
-Je te rappelle qu’avec Gideon, on fait semblant d’être ensemble pour faire péter Olive ! Donc je peux pas sortir comme ça avec Arthur sans « rompre » avec Gideon, sinon je vais passer pour une grosse larve de merle ! Mais même si je romps avec Gideon pour sortir ensuite avec Arthur, Olive va se remettre à baver sur mon dos et sortir tout un tas de bêtises, pour essayer de retourner le cerveau de tout le monde ! Et j’ai pas fait tout ça pour rien, tu vois ! Mais d’un autre côté, j’ai pas envie de passer à côté d’Arthur car c’est vraiment un mec bien et il me plait tu vois, le feeling passe de fou entre nous ! J’ai pas envie de passer à côté de quelque chose pour une histoire bidon !
-Ca y est, j’ai mal à la tête. Me dit-il juste en réponse.

-T’es vachement d’une grande aide ! Pesté-je aussitôt en le fusillant du regard.
-En même temps, ton plan avec Gideon était débile dès le départ ! Si vous n’aviez pas fait ça, tu n’aurais pas de problème aujourd’hui! Souligne mon frère, alors que cela ne m’aide absolument pas. Je vois d’ailleurs Alice lui donner un coup de coude et lui faire de gros yeux. Visiblement, elle est d’accord avec moi.
-Au moins, Olive a fini par nous fiche la paix avec notre plan débile ! Réagis-je aussitôt. Et à moins que tu ais une machine à voyager dans le temps sous le coude, ça ne m’aide absolument pas ce que tu me dis ! On dirait que tu t’en fiches que je sois malheureuse !
-Roh exagère pas non plus !
-J’exagère rien du tout !
-Et avant de râler que c’est la fin du monde, tu as essayé d’en parler avec Gideon avant de venir geindre ici ? Me demande Grégory en soufflant d’exaspération.

-Non. Avoué-je en affichant une moue boudeuse, réagissant à l’agacement de mon frère. Il devrait pas réagir ainsi devant la détresse de sa sœur, tout de même ! Je l’écoutais bien sagement moi, quand il se prenait la tête à propos d’Alice ! Je lui ai même arrangé le coup ! C’est grâce à moi qu’il peut m’agresser les oreilles dès qu’il en a l’occasion -j’aurais peut-être du m’abstenir de l’aider finalement…
-Parles-en avec lui du coup. Me conseille gentiment Alice qui me regarde avec bienveillance. Vous avez mis en place votre plan ensemble, vous y mettrez fin ensemble aussi. Je doute qu’il y voit un inconvénient à mettre fin à votre histoire fictive, et vous pourrez toujours dire que vous vous êtes quittés en bon termes. Toutes les ruptures ne finissent pas dans les larmes et le désespoir. Et ça serait dommage de passer à côté d’une histoire avec Arthur.
-Tu n’es pas non plus obligée de l’encourager à sortir avec un mec. Entendis-je mon frère baragouiner en direction de sa copine, qui s’empresse de lui redonner un coup de coude.
-Ca règle pas le problème des on-dit, et d’Olive qui s’empressera de me faire péter. Soupiré-je de dépit.
-Depuis quand Grace Opaline en a quelque chose à faire des qu’en dira-t-on ? S’en amuse Alice, alors que je hausse simplement les épaules en guise de réaction. Plus sérieusement, tout le monde sait qu’Olive raconte beaucoup de bêtises et toi tu es très appréciée depuis que l’équipe féminine de basket remporte des matchs. Et puis, Arthur a beaucoup d’influence et personne n’aurait l’idée d’embêter sa copine.
-Mmmmh, si tu le dis. Commencé-je à réfléchir, avant de lancer une pique à mon frère. Tu vois, elle au moins, elle est gentille !
-Oh c’est vrai, je suis un horrible grand frère ! Réagit aussitôt Grégory en levant les yeux au ciel. Tu veux jouer à la console avec nous pour te changer les idées, ou tu préfères bouder dans ton coin ? Propose-t-il ensuite.
-Je peux choisir le jeu ?
-Si tu veux !
-Alors banco !!

Après quelques jours de réflexion, je finis par proposer à Gideon de me rejoindre au parc d’Oasis Springs. Il accepte aussitôt et je lui avoue que je dois lui parler. Il est intrigué, mais ne cherche pas à en savoir plus. Il sait se montrer patient Gideon, et cela fait plaisir, surtout maintenant. Je n’ai pas envie de lui parler de notre rupture bidon au téléphone ou par SMS. Même si c’est pour de faux, c’est pas cool.
Nous nous retrouvons donc au parc en début d’après-midi, et nous nous installons sur un banc à côté de l’étang. Nous parlons de tout et de rien, avant de finir par aborder le vif du sujet.
-Alors, tu voulais me parler de quoi ? Me demande Gideon, curieux.

-Arthur m’a fait des avances. Lui avoué-je directement, sans prendre de détour. On a été mangé un bout au fast-food d’Oasis Springs l’autre jour, et il m’a clairement dit qu’il m’embrasserait si j’étais pas avec toi.
-Il a le mérite d’être direct ! S’en amuse Gideon alors que je ne peux m’empêcher de rougir à l’évocation de ce souvenir. Tu veux mettre fin à notre plan pour pouvoir sortir avec Arthur, si je comprends bien ?
-C’est ça … Admis-je, un peu mal à l’aise. Mais j’ai un peu peur des répercussions je t’avouerai. J’ai pas envie qu’Olive revienne à la charge en disant à tout le monde que je suis une flûte parce que je t’ai quitté pour sortir avec Arthur.
-Tu cherches des problèmes là où il n’y en a pas ! Me rassure-t-il alors. Nous dirons simplement que nous avons confondu amour et amitié, et que nous nous sommes rendu compte que nous sommes juste des amis. Qu’est-ce que tu veux qu’elle fasse si on a tous les deux le même discours, et qu’en plus, nous continuons à trainer ensemble ?
-C’est pas faux…
-En plus, ce n’est peut-être pas une flèche, mais je doute qu’elle prenne le risque de s’embrouiller avec le mec le plus populaire du lycée en s’en prenant à sa copine. Ajoute-t-il avec un sourire amusé.
-Alice m’a dit la même chose.

-Bah tu vois, il n’y a pas à stresser pour ça. A la limite, attends quelques jours après l’officialisation de notre « rupture » et fonce avec Arthur !
-Et toi, tu es sûr que ça te dérange pas ? Lui demandé-je après une hésitation. Même si, à la base, notre plan consistait à embêter Olive, je sais bien qu’il y trouvait un intérêt autre à notre histoire fictive.
-Pourquoi ça me dérangerait ? M’interroge-t-il avec étonnement. Tu n’es pas vraiment mon style, je te rappelle. Me signale-t-il avec amusement.
-Je sais bien, mais je ne voudrais pas te mettre dans l’embarras. Cette histoire te servait également de couverture pour dissimuler ton homosexualité au lycée et à tes parents… Ajouté-je à voix basse après avoir vérifié qu’aucune personne que nous connaissons se trouve à proximité de nous.
-Ne t’inquiète pas pour moi. Je le cachais bien avant, ça ne va pas changer après notre fausse rupture. Je ne veux surtout pas être un frein à ton bonheur. Et puis, nous avons toujours été clair là-dessus : en cas de besoin, on arrête tout.

-Certes… Mais tu sais, je continue de penser que le cacher et faire semblant ne sont pas forcément la solution. Lui dis-je avec honnêteté, rappelant une vieille conversation que nous avons eu. Lorsque nous avons commencé à parler de notre plan pour embêter Olive, j’étais sceptique quant à l’idée de faire semblant d’être un couple. C’était un peu tordu et surtout, je ne voulais pas qu’il y ait un malaise entre nous. C’est là qu’il m’a avoué son homosexualité. Je suis la première personne à qui il l’a dit, et je crois qu’il ne l’a dit à personne d’autre. Il sait qu’il est gay, mais il ne l’assume pas encore. Il avait terriblement peur que cela se sache au lycée et sa famille n’arrêtait pas de lui demander s’il avait une copine. Son frère commençait même à le chambrer et à le traiter de noms pas très gentils que je n’ai pas envie de répéter. Cela m’a fait de la peine, et j’ai compris que notre couple bidon lui servirait de couverture, montrant que non, il n’est pas gay, puisqu’il a une copine. Je l’ai dit que faire semblant n’était pas une solution, mais je ne pouvais pas me résoudre à refuser de l’aider. C’est un aspect du plan que je n’ai jamais révélé, respectant le secret de mon ami.
-Je sais bien. M’avoue Gideon avec une moue penaude. Mais avec ma famille… C’est toujours compliqué. Ils sont très conservateurs tu sais… Si tu entendais ce qu’ils peuvent dire quand ils parlent des manif LGBT aux infos…
-Oui je comprends… Mais tu pourrais peut-être en parler au groupe ? Tu sais bien qu’ils vont pas te juger. Regarde, Gab a fait son coming-out et tout le monde s’en fiche. Et si tu veux pas que ça sorte du groupe, tout le monde gardera ton secret sans problème.
-Je sais bien mais… Je me sens pas encore prêt, tu vois ?
-Tu me l’as bien dit à moi.
-Mais toi, c’est pas pareil. Tu es ma meilleure amie.
-Moh, tu es mignon ! Lui réponds-je en souriant, tout de même émue par ses propos. Prends le temps qu’il te faut Gideon, et si tu as besoin de parler, tu sais bien que je suis là, fidèle au poste !
-Merci Grace.

-Non, merci à toi. Tu es le meilleur faux-petit-copain qu’on puisse avoir ! Lui affirmé-je en me levant pour le prendre dans mes bras.
-Et toi, la meilleure fausse-petite-amie ! Ne peut s’empêcher de rire Gideon. Il ne sait pas encore la chance qu’il a de t’avoir comme vraie-petite-amie !
-Rien n’est encore fait cher ami !
-Roh, vu ce qu’il t’a sorti, c’est comme si c’était déjà fait ! M’assure-t-il avec un sourire confiant.
-Arrête tes bêtises ! Ca te dit, on va manger un truc ? Ils ont sorti un nouveau parfum de glace au fast-food !
-Tu sais comment me prendre par les sentiments ! Accepte-t-il sans hésiter, alors que nous filons directement vers le restaurant, l’esprit léger et en riant joyeusement.

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 57

Grace

J’ai été ronchon tout le reste de la soirée du Nouvel An. Mais, ma mauvaise humeur est passée le lendemain et j’ai fini par appeler Will pour m’excuser de m’être énervée contre lui. Le pauvre, il n’y peut rien si Olive est une peste qui passe son temps à m’embêter et qui cherche à se servir de lui pour des futilités. Il a accepté mes excuses sans problème, mais a réitéré ses inquiétudes quant à ma prétendue relation avec Gideon. J’ai fini par lui avouer la vérité, tout en lui demandant de me promettre de garder le secret. Il trouve notre plan ridicule et stupide, mais je crois qu’il est plus blasé qu’autre chose par la situation.
Le temps a fini par passer et le printemps pointe le bout de son nez. Avec le temps, Olive finit par me laisser tranquille, mais ses regards mauvais dans ma direction montre bien qu’un rien peut raviver sa haine à mon égard. Du coup, on continue notre petit numéro avec Gideon pour ne pas lui donner l’occasion de jubiler quant à notre rupture et notre statut de célibataire.
Parallèlement, je continue mes entrainements avec Arthur. Il a réussi à convaincre le coach -qui lui a du se battre avec la direction du lycée- d’entrainer les filles et les garçons en même temps, ce qui permet d’améliorer considérablement le niveau de l’équipe féminine. Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre ! On commence enfin à avoir une équipe qui tient la route ! Néanmoins, nous aimons passer du temps ensemble avec Arthur, et c’est fréquent que nous nous retrouvons en-dehors des cours pour nous entrainer ensemble.
Ou pour déjeuner dans un fast-food après les cours ou après un entrainement.

Je dois avouer que j’adore passer du temps avec lui. Cela me change de ma bande d’amis habituels, et nous avons plein de points en commun. Nous pouvons passer des heures à parler de basket, mais aussi de films ou de séries. Il est loin d’être le stéréotype du sportif beau gosse, même s’il lui arrive d’en jouer, et il a souvent des choses intéressantes à dire.
On rigole bien aussi, il ne manque pas d’humour, et réagit positivement à mes blagues pourries. En somme, Arthur n’est pas prise de tête, et cela fait du bien de sortir du cadre habituel, et ne plus me prendre la tête par rapport à Olive. Nos moments ensemble sont une véritable bouffée d’air frais.
Ouais, j’aime bien la compagnie d’Arthur.

-Au fait, il y a le dernier Marvel qui vient de sortir. Ca pourrait être cool d’aller le voir après manger, non ? Proposé-je soudain à Arthur alors qu’il me parlait d’une série qu’il a vu sur Sim +.
-Pourquoi pas, mais un autre jour. Je dois aller chercher ma p’tite sœur après et jouer les baby sitter jusqu’à son cours de danse. Me répond-t-il en levant les yeux au ciel d’un air blasé, avant d’ajouter avec un air taquin. Ah moins qu’entre-temps, tu ne préfères y aller avec ton mec.
-Euh, c’est pas trop son genre de film. Lui avoué-je un peu mal à l’aise, dans un semi-mensonge. Je n’ai aucune envie d’aller au cinéma avec Gideon pour le moment. Non pas que je ne l’aime pas, mais il n’arrête pas de commenter ce qui se passe à l’écran. C’est insupportable et comme on ne sort pas vraiment ensemble, je ne suis pas obligée de prendre sur moi pour lui faire plaisir. Et il n’aime pas les films de super-héros. Ca, ce n’était pas un mensonge. Et puis, ce n’est pas avec Gideon que j’ai envie d’aller au cinéma. En tout cas, tu as l’air ravi de passer du temps avec ta sœur. Signalé-je ensuite. A mon tour de chercher à l’embêter.
-J’adore ma sœur, ce n’est pas le soucis. Et ça me gêne pas de veiller sur elle la plupart du temps, et d’aller la chercher à l’école ou l’emmener à la danse. Mais là, ça m’embête car je suis en charmante compagnie et que je vais louper une super séance de cinéma. M’avoue-t-il avec un sourire charmeur.

Je ne peux m’empêcher de laisser échapper un petit rire -interdiction de dire que je suis en train de glousser, je ne suis pas une midinette- et de rougir suite à sa dernière réplique. J’essaie de paraitre la plus naturelle possible pour ne rien laisser transparaitre, mais j’ignore si je suis bien convaincante.
Je dois bien avouer qu’Arthur me plait -terriblement-, même si je n’en suis pas fière. J’ai l’impression d’être comme toutes ces filles qui craquent toutes pour le capitaine ultra beau gosse de l’équipe sportive vedette du lycée, et qui ont rien dans le ciboulot pour la plupart tellement elles passent leur temps à fondre devant leur crush. J’ose espérer ne pas devenir aussi débile.
Mais je ne peux nier l’évidence. J’adore passer du temps avec lui et je recherche même sa compagnie. Je tente de l’impressionner avec mes prouesses sportives, plus qu’avec les autres. Et en-dehors du sport, j’essaie de me faire bien voir à ses yeux. Il occupe sans cesse mes pensées et je me sens rougir quand il me sourit. Une chance que j’arrive encore à me concentrer quand je joue au basket !
Je me sens déjà suffisamment débile comme ça quand je suis avec lui, il ne manquerait plus que je devienne nulle en sport !

Nous finissons ensuite tranquillement notre déjeuner, sans nous presser. Je ne vois pas le temps passer, et j’ai le coeur lourd lorsque nous sortons du fast-food. Je sais qu’il a des obligations et que je le reverrai bientôt, mais c’est plus fort que moi.
Rentrer chez moi alors que la journée est loin d’être terminée, ça me mine le moral.
Nous continuons de discuter un peu devant le restaurant, comme si lui non plus n’avait pas envie de partir. Mais, après un rapide coup d’œil sur son portable, il finit par m’avouer qu’il va devoir y aller.
J’essaie d’avoir l’air désinvolte, genre son départ ne m’atteint pas, alors que j’ai pas envie qu’il s’en aille chercher sa sœur.
Mais, chose surprenante à laquelle je ne m’attendais pas du tout, il me prend dans ses bras. C’est la première fois qu’il se montre aussi tactile envers moi, et je me tends aussitôt de surprise… avant de me détendre pour profiter de ce contact inespéré. C’est fou à quel point je me sens si bien dans ses bras…

-Dommage que tu ais un mec. Sinon, je t’aurais bien embrasser avant de partir. M’avoue-t-il avec une franchise déconcertante, suite à laquelle je ne peux retenir un hoquet de surprise. Arthur est quelqu’un de franc, qui exprime toujours le fond de sa pensée sans le moindre détour. C’est quelque chose que j’ai toujours apprécié chez lui, même avant que je commence à m’attacher à lui.
Mais je dois avouer que je ne m’attendais pas à ce qu’il me dise une telle chose de façon aussi directe. Je suis un peu sonnée, mes pensées se bousculent dans tous les sens et mon cœur essaie de battre des records de vitesse.
-Pour… Pour être tout à fait honnête, depuis quelques temps, je me dis… Enfin… Je crois que Gideon n’est finalement qu’un ami. Soufflé-je en réponse, essayant de garder suffisamment la tête froide pour garder secret ce qui doit le rester. Sans pour autant dire un énorme mensonge. Je n’ai pas envie d’avoir l’air d’une folle devant Arthur, alors que de toute évidence, mon attachement semble réciproque.

-Quand tu seras sûre, appelle-moi. Bonne soirée Grace. Me répond-t-il simplement, avec un sourire en coin.
-Euh, bonne … soirée. Bredouillé-je, complètement chamboulée par la situation. Comme pour m’achever, Arthur s’approche de moi pour déposer un baiser sur ma joue, avant de tourner les talons pour partir retrouver sa sœur.
Quant à moi, je reste plantée là, sur le parking du restaurant, comme une statut avec un air ahuri sur le visage. Je le regarde s’éloigner sans rien dire, sans bouger, comme une idiote. Je suis censée faire quoi dans une telle situation ? J’ai du mal à rassembler mes pensées, et réfléchir à ce qui vient de se passer.
J’essaie de me secouer, mais c’est comme si mon corps marquait un temps d’arrêt tellement c’est surréaliste.

Petit à petit, j’essaie de mettre de l’ordre dans mes pensées. Pour faire péter Olive, je fais semblant de sortir avec Gideon. Au yeux du monde, nous sommes en couple alors qu’en vérité, nous sommes simplement amis et je n’éprouve pas le moindre sentiment amoureux envers lui -et lui encore moins.
Par contre, je commence à en ressentir envers Arthur, et cela semble réciproque. Néanmoins, Arthur est réglo ; il ne tente rien car pour lui, je suis en couple avec Gideon. Même si en vrai, ce n’est pas le cas.
Mettre un terme à mon arrangement avec Gideon serait simple, même si je risque de le mettre dans l’embarras. Mais en quittant Gideon pour sortir directement avec Arthur, je risque de passer pour une larve, et Olive s’en donnerait à cœur joie pour me dépeindre ainsi, alors qu’elle commençait justement à se calmer. Et notre plan avec Gideon n’aurait servi à rien.
Mais d’un autre côté, est-ce que je dois renoncer à ce dont j’ai envie par crainte des répercussions éventuelles ?
Je suis en train de me créer des nœuds dans le cerveau.
Lutin de merle, je suis royalement dans la mouise !