Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 3

Une fois la Fête de l’Hiver passé, j’ai repris le chemin du travail. Je fais mon possible pour ignorer mes collègues, mais ils font preuve d’ingéniosité pour me casser les pieds au quotidien. Il y en a toujours un qui est sur mon dos et surveille mon travail. Tous les jours, il y a toujours un petit malin qui me demande d’aller chercher le café. Si seulement ils pouvaient mettre autant d’énergie à faire leur travail… Ma seule satisfaction est de leur prouver qu’ils ont torts. Ils ne peuvent s’empêcher de me donner des conseils, mais ils sont la majorité du temps à côté de leurs pompes. Et lorsqu’ils s’aperçoivent que j’ai raison, je suis obligée de me retenir de rire en voyant leur tête déconfite.

Après, j’admets volontiers que je ne sais pas tout. Sinon, je passerai déjà la plupart de mes journées de travail à explorer l’espace. Mais je fais tout mon possible pour combler mes lacunes. Travailler sur ma propre fusée m’aide beaucoup. Je ne peux pas être plus proche des différents mécanismes que lorsque j’étudie pour savoir comment l’améliorer et que j’essaie d’installer les différentes améliorations…

Mais je ne suis pas à l’abris de quelques accidents. Il m’arrive de faire peur par moment, mais rien de grave. J’évite d’en parler à Maman, pour ne pas qu’elle ne se fasse du soucis pour rien. Si elle savait, elle ferait enlever ma fusée sur le champ !
Mais c’est grâce à ces erreurs que j’apprends, et que je peux faire correctement mon travail par la suite. Quand je me trompe, je cherche ce qui ne va pas, et dès que j’ai identifié la défaillance, je sais comment faire pour m’en débarrasser et ne pas reproduire la même erreur.
Au final, c’est le principal, non ?

Quand je bloque sur l’avancement de ma fusée, je me rends à la bibliothèque de Willow Creek pour faire des recherches sur les fusées et le bricolage. Le fonds n’y ait pas très développé par rapport à la bibliothèque d’Oasis Springs, mais elle est plus proche de chez moi et les horaires d’ouverture sont plus élargies. Par chance, les deux bibliothèques fonctionnent en réseau et une navette passe régulièrement. Grâce à ce dispositif et aux bons conseils de la bibliothécaire, j’arrive à m’en sortir dans mes recherches.

J’adore apprendre de nouvelles choses, et mes recherches sont souvent fructueuses. Je ressors souvent de la bibliothèque avec plein d’idées à mettre en place sur ma fusée. Je mémorise tout et je visualise comment appliquer les différentes informations que j’ai collecté. C’est plutôt pratique et cela m’évite d’emprunter les différents livres que je consulte ! Surtout pour ceux qui ne sont consultable que sur place.

J’aime beaucoup l’environnement de la bibliothèque. C’est un endroit calme, peu fréquenté durant la journée en semaine, propice à la concentration et à la réflexion. Ici, je peux travailler calmement, sans être déconcentrée par les bruits de la maison.
Enfin, la plupart du temps, si je veux être tout à fait honnête.
Quand
il n’est pas là, j’arrive parfaitement à me concentrer et à me plonger dans les livres. Par contre, quand il est là… Je ne peux m’empêcher de l’observer à la dérobée…

Je ne pourrais pas dire qui il est. Je n’ai jamais osé lui parler. Je sais juste qu’il fréquente régulièrement la bibliothèque et qu’il travaille sur les ordinateurs. Je l’ai déjà vu le nez dans un livre, mais c’est plus rare.
Je l’ai remarqué un jour, par hasard, en cherchant des plans de fusée. A ce moment-là, j’étais à la fin du lycée. Je ne pourrai pas expliquer pourquoi, mais il m’a intriguée. Sans doute parce qu’il ne ressemble en rien aux garçons que je connais. Il semble plus calme, plus réfléchi que ceux que j’ai l’habitude de côtoyer. Aujourd’hui plus qu’auparavant, quand je le compare avec mes imbéciles de collègues.
Depuis cette première fois où je l’ai vu, j’avoue qu’il m’est arrivé de venir à la bibliothèque juste dans l’espoir de le croiser, et de le voir froncer les sourcils pour se concentrer.

Mais parfois, j’espère aussi ne pas le voir. Quand il est là, j’ai l’impression de devenir stupide à mon tour. Je me moque souvent de ma mère et son attitude avec Paul, et cela me tue de devoir admettre que je ne suis finalement pas mieux qu’elle quand il s’agit des garçons. Les chiens ne font pas des chats, on va dire.
Par moment, j’essaie de prendre mon courage à deux mains, et d’essayer d’aller lui parler. Au pire, qu’est-ce que je risque ? Il s’agit d’un parfait inconnu et je ne perdrais rien s’il m’envoie sur les roses.
Mais si, malgré ses airs sérieux et bien propre sur lui, il n’était qu’un idiot comme les autres ? Après tout, je ne le connais pas et les apparences sont souvent trompeuses…

Alors, ma réserve et ma timidité reprennent le dessus. Je fais mine de m’être trompée de livres et je m’éloigne vers les rayonnages. Je me sens bête dans ces moments-là, et si j’étais une adepte des réseaux sociaux, je m’auto attribuerais un #psychopathe.
Fort heureusement, il semble souvent bien trop absorbé dans sa tâche pour me remarquer. Sinon, de quoi j’aurais l’air ?
Je me dis qu’il vaut mieux que j’évite d’essayer quoi ce soit. Aller vers les autres n’est vraiment pas pour moi. Et puis, ma petite vie me convient bien alors, pourquoi essayer d’en changer ?

Sûre de cette nouvelle résolution, je m’empare d’un nouvel ouvrage et je m’installe sur une autre table, éloignée de cet inconnu. Pour une fois, je me plonge dans un roman. Je ne vais pas tarder à partir pour aller travailler et me détendre un peu avant de retrouver mes imbéciles de collègues ne me fera pas de mal.
J’entends vaguement quelqu’un s’asseoir en face de moi, mais je n’y prête aucune attention. Je suis bien trop plongée dans mon roman de science-fiction pour faire attention au monde qui m’entoure. Idéal pour oublier l’inconnu des ordinateurs.
-Bonjour. Ca a l’air passionnant ce que vous lisez. M’interpelle soudain une voix masculine.

Comprenant que l’on vient de me parler, je redresse la tête pour dévisager celui qui ose interrompre ma lecture. Lorsque je le reconnais, je me fige de stupeur… Littéralement. Je rêve ou il vient de m’adresser la parole ? Pourquoi moi ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Et je lui dis quoi ? Mon dieu, je dois le regarder comme la dernière des demeurées, il va me prendre pour une folle. Je vais bien le mériter mon hashtag.
-Euh, vous allez bien ? Me demande-t-il devant mon absence totale de réponse… Avec sa voix grave, suave…
-Chat ! M’exclamé-je en réponse, sans réfléchir. Non mais, qu’est-ce que je raconte ?
-Pardon ? Ne semble-t-il pas comprendre, devant ma réponse venue de nulle part.
-Mon livre, ça parle d’un chat! D’un bébé chat ! On est dans la peau d’un bébé chat ! Précisé-je, alors que je me tape mentalement le front. Je raconte vraiment n’importe quoi. Depuis quand un livre de science-fiction parle d’un chaton ? D’ailleurs, ce n’est pas le livre que lit Maman ces derniers temps ? Et pourquoi je pense à ma mère, là, maintenant ?
-Oh, c’est original comme point de vue. Et c’est bien ?

Je me sens tellement ridicule. Comment avoir l’air crédible devant un homme en lui présentant un livre sur un chaton ? Surtout quand ce n’est absolument pas ce qu’on est en train de lire ?
Je ne sais pas comment me dépêtrer de cette situation. J’admets avoir imaginé plusieurs fois notre première conversation, de plusieurs manières possibles. Mais la réalité est clairement catastrophique.
Soudain, je repense à l’heure et j’écarquille les yeux.
-Excusez-moi, je … Je voudrais bien continuer cette conversation mais il faut que j’aille travailler. Bredouillé-je rapidement en refermant le roman pour le serrer contre moi, priant intérieurement pour qu’il ne remarque pas la couverture.
-Oh d’accord. Bon courage dans ce cas, et bonne journée.
-Merci et vous aussi.
-Au fait, n’hésitez pas à l’emprunter. Je suis sûr que ce livre doit vous réserver beaucoup de surprises. Le point de vue d’un chaton dans de la science-fiction, c’est vraiment pas banal. Me signale-t-il avec un rictus amusé. En cet instant, j’ai juste envie de m’enfuir en courant.
Je suis vraiment trop bête, et je ne remettrai plus jamais les pieds ici !

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 2

Avec l’hiver bien installé, la période des fêtes de fin d’année est vite arrivée. Ce soir, nous célébrons la Fête de l’Hiver. Pour l’occasion, Maman a invité toute la famille. Tonton, Juliette, Tata et les cousins seront là ce soir. Caroline, Pierre et leurs familles ne seront pas de la fête : ils sont partis chez la belle-famille pour cette fête.
Pour accueillir tout le monde, Maman a du acheter des tables et des chaises pliantes. Ca prend de la place dans le salon, mais au moins, nous pourrons manger tous ensemble. Il y a même de la place pour le sapin, qui vient décorer le bout de table et apporter sa touche festive !

Avec Paul, nous nous occupons de décorer le sapin. J’aime beaucoup cet instant-là… Cela me rappelle mon enfance, quand nous décorions le sapin avec Papy et Maman. J’ai subitement un pincement au cœur en pensant à mes grands-parents. Si j’ai choisi le métier que je fais aujourd’hui, c’est grâce aux histoires qu’ils ont pu me raconter et ils me manquent. Cela ne dure qu’un bref instant, car je sais que malheureusement cela fait partie de la vie. Et puis, je pense aussi à Maman. Ils étaient ses parents et je suis sûre qu’ils doivent lui manquer aussi. Mais nous sommes toutes les deux aujourd’hui, et elle a Paul à ses côtés. Il n’y aucune raison que nous ne passions pas une bonne soirée.
D’ailleurs, pendant que nous décorons le sapin, Maman s’occupe du repas pour ce soir. Préparer la dinde demande beaucoup et elle ne veut pas perdre une minute pour être certaine que tout soit prêt dans les temps. Je pense qu’elle se met un peu de pression mais Maman a toujours été un cordon bleu. Je suis certaine que le repas sera parfait !

Malheureusement, même si nous faisons tous pour que tout soit parfait, nous ne sommes pas à l’abris des imprévus. Après avoir fini de décorer le sapin, j’ai décidé de mettre la table pour qu’elle soit belle pour ce soir. Pendant ce temps-là, Paul a allumé la guirlande électrique… Mais je pense qu’elle doit être vieille maintenant, car il y a eu un court-circuit. Quelques minutes après, le sapin prend feu !
Maman et Paul sont terrifiés par ce brusque incendie. A deux, ils essaient de tirer Phenix pour l’emmener dehors et éviter qu’il ne soit blessé. Le pauvre est totalement tétanisé par ce qu’il se passe. Quant à moi, j’ai pris mon courage à deux mains …. Je cours chercher l’extincteur dans le garage et je m’empresse d’éteindre le feu ! Je mentirai si je disais que je n’ai pas eu peur, mais je n’avais pas envie de laisser le feu tout détruire dans la maison… Par chance, il n’y a pas de blessés et mis à part le sapin qui est parti en fumée, il n’y a pas d’autres dégâts matériels à déclarer.

Maman est un peu déçue que nous n’ayons pas de sapin. Et, même si après avoir tout nettoyer il ne reste plus aucune trace de l’incendie, elle a peur que cette histoire gâche la Fête de l’hiver. Du coup, elle appelle toute suite Tonton pour lui dire qu’il y a eu un accident à la maison… Même si avec Paul, nous avons essayé de lui dire que ce n’était pas grave !
Et c’est d’ailleurs ce que lui répond Tonton au téléphone. S’il n’y a que le sapin qui a été détruit, ce n’est pas grave. A chaque problème, une solution. Du coup, quand Tonton arrive à la maison avec toute sa famille, nous découvrons qu’il a un arbuste sous le bras. Après l’ajout de deux-trois décorations rapidement bricolées, il est -presque- parfait pour remplacer le sapin. Certes, il n’a rien à voir avec un vrai arbre de Fête de l’Hiver, mais il est bien suffisant pour placer les cadeaux juste à côté.

Un peu rassurée par la solution trouvée par Tonton, Maman consent enfin à aller se préparer pour ce soir. Elle a toujours aimé se faire belle, Maman, c’était un peu triste de la voir rester dans des vêtements tous les jours juste à cause du stress des préparatifs de la soirée et l’absence de sapin. Quand elle sort de la salle de bain, elle est magnifique et je vois que Paul a des étoiles dans les yeux. Il ne quitte pas Maman des yeux lorsqu’elle va dire bonjour à Tata et qu’elle termine de s’occuper de la dinde. C’est beau l’amour, quand même !
D’ailleurs, maintenant que j’y réfléchis, je me demande si Maman est stressée seulement à cause des préparatifs de la Fête de l’Hiver… Vu que toute la famille est réunie, peut-être qu’elle et Paul vont, enfin, officialiser leur couple ? Ca expliquerait bien des choses!
-A table tout le monde ! Le dîner est prêt ! Annonce subitement Maman.

Suite à l’annonce, Maman pose le plat sur la table et tout le monde vient se servir et s’installer autour de la table. Je remarque d’ailleurs qu’Alexandre est absent ce soir. Lorsque je fais la réflexion à voix haute, Sarah m’apprend que le pauvre a attrapé la grippe et qu’il passe le plus clair de son temps à dormir… Le pauvre, il n’a pas de chance ! Je ne suis pas particulièrement proche de mes cousins, mais je ne peux m’empêcher d’avoir de la peine pour lui et pour sa Fête de l’Hiver complètement gâché.
Les discussions vont de bons trains, autour de la table. Même si je ne suis pas à l’aise quand il y a trop de monde autour de moi, je dois bien admettre que cela fait du bien que nous soyons tous réuni, autour de cette table. Et puis, lorsque je vois les cheveux grisonnant de mon oncle et de ma tante, je me dis qu’il faut profiter de ces instants. Le temps passe tellement vite !

-Mh, excusez-nous. Avec Paul, on voudrait vous annoncer quelque chose. Annonce soudainement Maman, semblant surprendre tout le monde. En effet, son intervention semble sortir de nulle part, comme si elle a profité d’un bref moment de courage pour se lancer.
Toute l’attention se pose alors sur eux. Paul s’efforce de sourire, mais je vois bien qu’il n’est pas tout à fait à son aise. Maman ne semble pas être dans un meilleur état que lui.
Quant à moi, je suis prête à les écouter avec attention. Est-ce qu’enfin, ils vont annoncer à tout le monde qu’ils sont ensemble ?

-Voilà… Alors… Avec Paul, cela fait un moment qu’on… se fréquente. Enfin, nous nous sommes ensemble quoi. Reprend ensuite Maman alors que tout le monde l’observe.
-Rosie, si tu veux mon avis… Cela fait bien longtemps que ce n’est plus un scoop. N’attend pas pour la taquiner Tonton. Je ne peux m’empêcher de rire suite à son intervention.
-T’es hilarant Ryan !
-Bref, il n’y a pas que ça que nous avons à vous dire. Précise Paul qui semble plus détendu.
-Quoi ? Vous allez vous marier ?
-Tu vas vite en besogne Ryan… Réfute Maman en secouant la tête de droite à gauche.
-Alors quoi ? T’es enceinte ? Continue-t-il de l’embêter alors qu’elle lui jette un regard noir.
-Tu as encore d’autres des bêtises comme ça ou tu vas nous laisser parler ?
-Continue de me chercher, ça stimule ma créativité !
-Alors ! Je confirme donc que nous n’allons pas nous marier, et encore moins avoir un bébé. Je vais simplement m’installer ici. En fait, pour être tout à fait exact, j’ai déjà récupéré mes affaires chez mon frère et je ne vis plus chez lui depuis plusieurs jours déjà. Finit par annoncer Paul, coupant Maman et Tonton dans leur dispute fraternelle.
-Enfin ! C’est pas trop tôt ! Ne puis-je m’empêcher de m’exclamer. Ce qui ne manque pas de faire rire mes cousins, ainsi que Tata Juliette.

La soirée reprend son cours, et Tonton ne manque pas de chambrer Maman et Paul sur leur couple et leur installation ensemble. C’est drôle, et Maman fait mine d’être excédée, mais je sais qu’au fond, elle est heureuse qu’il prenne la nouvelle aussi bien. Maman avait un peu peur de sa réaction, ainsi que de celle de Roxane. Après tout, ils l’ont rejeté longtemps à cause de son amitié avec Paul, Caroline et Pierre… Alors une relation amoureuse, il y avait de quoi être un peu stressée !
Mais le temps à passer depuis. Personnellement, j’ai toujours vu Tonton faire partie de nos vies. Enfin, aussi loin que je me souvienne. Et jamais il ne s’est montré méchant ou injuste envers Maman, alors il n’y avait aucune raison que cela commence maintenant.
Et en effet, cela se voit qu’il est heureux pour Maman. Son regard ne trompe pas !

Quant à Tata, elle a longtemps été une figure absente dans ma vie. J’étais déjà adolescente quand elle a présenté ses excuses à Maman. Et avant cette date, je n’avais que très vaguement entendu parlé d’elle… Cela a vraiment du être difficile entre elles pour qu’elles restent fâchées durant autant d’années. Tata ne vient pas souvent à la maison, en tant que violoniste reconnue, elle part souvent en tournée. Je ne crois pas l’avoir déjà entendu joué, d’ailleurs.
-Tu as froid Roxane ? Tu veux qu’on augmente le chauffage ? Propose alors Paul lorsqu’il remarque qu’elle a remis son manteau et son bonnet.
-Ca serait pas de refus, merci. Accepte-t-elle, avant d’employer un ton méfiant. Au fait… Je pense sincèrement que tu es quelqu’un de bien. Il n’empêche que tu n’as pas intérêt à lui faire du mal…
-Ne t’inquiète pas Roxane, ce n’est absolument pas mon attention. Et puis, je ne suis pas mon père. Lui répond-t-il avec calme, laissant alors Tata songeuse.

Leurs histoires me semblent compliquées, tout d’un coup. Je connais les grandes lignes, cela fait partie de l’histoire de ma famille, mais je n’ai pas envie d’en connaitre les moindres détails. Après tout, cela fait partie du passé à présent. La preuve : tout le monde peut rester dans la même pièce sans se crier dessus ou se lancer des piques. D’un œil extérieur, nous ressemblons à une famille tout ce qu’il y a de plus normal.
Alors, puisque c’est la Fête de l’Hiver, je me dépêche d’aller chercher un cadeau. Non pas pour moi, mais pour ma mère.

-Tiens Maman, c’est pour toi ! Joyeuse Fête de l’Hiver ! M’exclamé-je joyeusement en lui tendant le paquet.
-Oh Joy ! Mais tu n’es pas obligée !
-Ca me fait plaisir Maman. Tiens, ouvre !
-Oh ! C’est magnifique ma puce ! C’est toi qui l’a fait ? Me demande ma mère après avoir découvert une sculpture d’un chat en train de jouer avec une balle. Je m’empresse de confirmer et je vois bien qu’elle est émue. Elle me prend alors dans ses bras pour me remercier. Vu comment elle me sert fort, je crois qu’elle est vraiment touchée par mon attention.

Après avoir donné son cadeau à Maman, je retourne m’asseoir à table, auprès de mes cousins. A ce moment-là, je vois Tata se rapprocher de Maman. Je vois bien que Maman semble un peu méfiante au premier abord, mais elle se détend dès l’instant que Tata la prend dans ses bras.
-Je suis vraiment contente pour toi, tu sais. Lui souffle alors Roxane, alors que Paul observe la scène avec curiosité. Maman lui sourit alors, comme pour lui signifier que tout va bien.
-C’est gentil Roxane.
-Je le suis vraiment, tu sais. Lui assure-t-elle alors, comme si elle avait peur que Maman ne la croit pas. Je me demande que si tu as tardé à nous en parler, c’est en partie à cause de moi… Mais je veux vraiment que tu saches que cela me fait plaisir de te voir heureuse. Même si c’est auprès d’un Lothario.
-Paul n’est pas comme lui, tu sais ?
-Je le sais. Mais ne lui dit surtout pas. Il ne faudrait pas qu’il prenne la confiance. Plaisante-t-elle alors, ce qui ne manque pas de faire rire Maman.

-Je suis sûr que Tata a attrapé la grippe d’Alex. Commente Kylian qui observait la scène avec nous.
-Qu’est-ce que tu racontes ? Ne compris-je pas. A vrai dire, je ne vois aucun rapport entre la bénédiction de Tata à propos du couple de Maman, et la grippe de mon cousin.
-Pour qu’elle soit aussi gentille, elle doit être forcément malade. Et fais gaffe Joy, c’est contagieux. Imagine, tu choppes la grippe, et hop, tu finiras amoureuse de l’un de tes collègues! Affirme-t-il alors que je fais mine d’être choquée par ce qu’il est en train de me raconter. En vérité, je rentre simplement dans son jeu, car ce qu’il dit n’a aucun sens. Quand je dis que les hommes sont débiles, je n’ai pas totalement tort !
-Oh mon Dieu ! Mais c’est horrible ! M’exclamé-je avec exagération.
-Kylian, arrête d’embêter ta cousine. Après elle va croire que tous les hommes sont nuls et si Rosie ne devient jamais grand-mère, elle va encore dire que c’est de ma faute ! Le réprimande gentiment mon oncle alors que je lui fais les gros yeux.
-Non mais Tonton ça va pas !

-Laisse tomber Joy, depuis que ta mère est en couple, Papa est obsédé par nos vies amoureuses. Vient à la rescousse Sarah. Tu n’imagines pas comment il est infernale à la maison ! Dès que je rentre tard, il me demande si je n’étais pas avec un garçon.
-Ou une fille. Tu peux avoir les préférences que tu veux, hein, on juge pas. S’empresse de la taquiner Kylian avant de grimacer. Il semblerait que Sarah vient de lui donner un coup de pied par-dessous la table ! Suite à ça, je ne peux m’empêcher de rire.
-C’est vrai que tu as de quoi de te plaindre ma fille. Tu as tes deux parents, deux frères, et un toit au-dessus de la tête. Ma pauvre, la vie est si injuste !
-Je dis simplement que j’ai le droit d’avoir une vie privée, sans que mon père s’amuse à plaisanter dessus !
-En même temps, vu comment tu fais attention à ton apparence ces derniers temps, je suis en droit de me poser des questions !
Sarah lève aussitôt les yeux au ciel. Je dois admettre que je suis plutôt ravie de ne plus être le centre de l’attention. Et je relativise aussi : Maman se contente simplement de faire des sous-entendus sur mon hypothétique vie amoureuse alors que Tonton semble mettre les pieds directement dans le plat. Au final, je crois que je m’en tire pas trop mal.

Un peu plus tard dans la soirée, Tata a une attitude un peu étrange. Elle enfile son manteau et nous invite à la rejoindre à l’extérieur. Mais, avec le brouhaha ambiant, je crois bien être la seule à l’avoir entendu.
Je la suis donc, et j’ai la surprise de la voir sortir son violon. Avec un sourire, elle commence à en jouer, malgré le froid, comme pour faire profiter de son talent ses proches et la nature tout autour de nous.
C’est la première fois que l’entend jouer, et je dois avouer que c’est magnifique.
Petit à petit, je vois au travers des fenêtres que la musique commence à intriguer. Maman et Paul viennent même nous rejoindre devant la maison. J’observe rapidement Maman : elle sourit et son regard semble perdu dans le vague, comme si la musique de Tata la transportait ailleurs. Malgré le froid, la musique nous envoûte et nous fait oublier les éléments extérieurs.

Lorsque je regarde Tata, elle est comme transportée. Plus rien autour d’elle ne semble exister : elle est maintenant seule avec son violon. Elle laisse la mélodie la guider et on dirait qu’elle ne fait plus qu’un avec son instrument. Je ne l’ai jamais vu comme ça, Tata. Elle est calme, passionnée, comme en paix avec elle-même. Son amour pour son instrument est l’évidence même.
Je me suis souvent demandée pourquoi Tata est restée seule, sans jamais s’engager avec quelqu’un et fonder sa famille. Ce soir, j’ai compris. Son grand amour est le violon, il suffit de la voir jouer pour s’en rendre compte. Elle a consacré toute sa vie à sa passion et le résultat est tout bonnement magnifique. J’ignore pourquoi elle est sortie pour jouer au violon, mais je pense qu’elle a voulu nous faire une jolie surprise pour le soir de la Fête de l’Hiver. Et à la réflexion, je pense que c’est une formidable idée. On associe souvent cette fête à la magie… et quoi de plus magique qu’une virtuose jouant du violon au milieu des flocons ?

Génération Jaune – Génération 3 – Chapitre 1

Après mon anniversaire, les choses ont repris leur cours normal. Papa est retourné en Suède avec Kalpita. Nous continuons de discuter par webcam interposé et c’est plutôt sympa. Je sais que Papa regrette que nous ne soyons pas plus proches, géographiquement parlant, mais la vie est faite ainsi. Il a son travail en Suède et ce n’est pas à son âge qu’il va s’amuser à retrouver du travail ailleurs.
En parlant travail, Maman est rentrée avec un immense sourire aux lèvres ce soir. A midi, elle déjeunait avec ses collègues, pour le départ de la responsable de l’association « Pour un Monde Uni ». Avant de partir, elle devait nommer quelqu’un pour la remplacer. Et elle a choisi Maman. Ce n’était pas une surprise car beaucoup de bruits de couloir affirmaient déjà qu’elle serait la prochaine responsable d’association, vu qu’elle fait un travail formidable en tant que responsable de la branche Féminisme. Mais maintenant c’est officiel et Maman a signé son nouveau contrat dans la foulée, après le déjeuner. Je n’ai jamais vu Maman aussi fière d’elle.
Quant à moi… Je suis fière d’elle aussi. Elle a travaillé dur pour faire bouger les choses et maintenant, elle a atteint le sommet de sa carrière. J’étais déjà fière d’avoir une mère qui fait tout pour améliorer les conditions de vie des femmes dans notre pays. Maintenant, elle est comme un modèle pour moi… J’espère réussir comme elle, dans mon futur travail. Moi aussi, je veux atteindre les sommets !

Le soir, nous dînons souvent à trois à table. Paul passe de plus en plus de temps à la maison, surtout depuis que lui et Maman savent que je suis au courant pour leur relation. Etant donné que Paul vit toujours chez son frère, je ne serai pas étonnée de le voir poser ses valises ici dans les semaines à venir. Ce serait la suite logique des choses et ce serait mieux pour lui. Au moins, ici, il pourra vraiment se sentir comme chez lui et vivre aux côtés de la femme qu’il aime. Et personnellement, cela ne me gêne pas qu’il soit là, au contraire. Je l’aime bien, il est gentil et il rend ma mère heureuse. Que lui demander de plus ?
-Au fait, ma chérie, tu as réfléchi… à ce que tu voulais faire ? Me demande Maman, un soir, sur un ton sérieux. Sur le coup, je suis surprise par sa question. Elle sait très bien que dans quelques jours, je vais commencer mon travail à l’Agence Spatiale.
-Comment ça ? Lui dis-je, quelque peu interloquée.
-Je veux parler par rapport à la maison. Est-ce que tu veux rester vivre ici ou déménager ? Non pas que je veuille te mettre à la porte hein ! Bien au contraire ! Je veux juste savoir.

-Ah ! M’exclamé-je, comprenant enfin sa question. Elle veut juste s’intéresser à mes projets et savoir si je compte prendre mon indépendance. Pendant un instant, j’ai cru qu’elle avait perdu la tête. Pour l’instant, je compte rester ici. J’ai envie d’avoir ma propre maison, un jour, mais j’aimerais économiser pour pouvoir m’offrir ce que je veux.
-Tu sais, si tu as vraiment envie de déménager et prendre ton envol, je peux t’aider si tu as besoin. Avec mon salaire je peux très bien…
-Non merci, Maman, ça va aller. Je veux pouvoir me débrouiller toute seule, tu sais.
-Comme tu voudras. Tu veux qu’on redécore ta chambre ? Ou qu’on change ton mobilier ? Tu as encore un lit d’enfant, tu aurais peut-être envie d’un lit… double ?
-Ce n’est pas la peine Maman, je suis toute seule, je n’ai pas besoin d’un… Commencé-je en secouant la tête, avant de comprendre subitement. Maman ! M’exclamé-je alors sur un ton de reproche suite à son sous-entendu.
-Mais je n’ai rien dit ma puce ! Je veux juste que tu sois à ton aise ici ! Se défend-t-elle avec un faux air innocent, alors que j’aperçois Paul se retenir de rire du coin de l’œil.
-Mais bien sûr, prends moi pour une bille. Et sinon, c’est quand que Paul emménage ici ? Demandé-je avec un sourire narquois sur les lèvres, ravie de ma petite vengeance dans le thème des questions gênantes.
Aussitôt, je les vois se regarder tous les deux, avec une moue embarrassée sur leurs visages. Je ne peux m’empêcher de rire en voyant leur tête. Il ne leur faut vraiment pas grand chose pour être gênés, c’est fou !

Après le repas, Maman prend les assiettes pour faire la vaisselle. Quant à moi, je décide de m’occuper un peu de mon beau gros Phenix. Depuis que nous l’avons, il ne cesse d’être prêt de moi, comme s’il savait que je suis sa maîtresse. La nuit, il reste même dans ma chambre, comme s’il veillait sur moi. Il est vraiment adorable comme chien.
Pendant que je le caresse, je me replonge dans mes réflexions. Je me demande pourquoi Maman et Paul sont aussi gênés quand on parle de leur couple. A leur âge, ils ne devraient plus avoir peur et ne plus hésiter pour vivre chaque instant à fond ! Dire qu’ils n’ont même pas encore annoncé officiellement leur couple ! A ce rythme, Paul habitera ici que Maman n’aura même pas encore dit à Tonton et Tata qu’elle est avec lui. Bon, je veux bien comprendre qu’il y a tout un passif compliqué, mais de l’eau à couler sous les ponts depuis.
Et honnêtement, je pense qu’ils sont déjà au courant. D’autant plus que Tonton est notre voisin et qu’il a déjà du remarquer la présence très fréquentes de Paul dans le quartier. Alors, pourquoi continuer à faire des secrets pour pas grand chose ?

Bon, je chipote mais c’est comme si Paul vivait déjà ici, en vrai. J’ai déjà vu Maman faire du tri dans ses affaires, soi disant pour se débarrasser de vieux vêtements qu’elle ne met plus. Autrement dit, elle faisait de la place pour que Paul puisse mettre ses propres affaires dans les placards. J’ai aussi remarqué la troisième brosse à dent qui trône à côté du lavabo dans la salle de bain. Donc, à ce niveau-là, autant dire les choses honnêtement, non ?
Enfin, ils font bien ce qu’ils veulent. Ils sont grands et ils savent certainement ce qu’ils font. En attendant, je suis juste contente pour Maman. Ca me fait plaisir de la voir aussi heureuse, aux côtés de Paul. Je ne l’ai jamais vu aussi rayonnante et elle le mérite.

De mon côté, le grand jour finit par arriver. Aujourd’hui, j’attaque enfin mon premier jour à l’Agence Spatiale ! Pour l’instant, je suis encore loin des expéditions dans l’espace et de la tenue d’astronaute. Je débute en tant que technicienne, ayant déjà les compétences techniques suffisantes pour travailler sur l’entretien des fusées grâce à mes recherches et le montage de ma propre fusée. Ce n’est pas le métier de mes rêves, mais il faut bien commencer quelque part. Je commence petit, mais un jour, j’atteindrais les étoiles !

Mais, malgré mon enthousiasme et ma motivation, c’est tendu que je rentre à la maison le soir, après ma journée de travail. Je ne peux m’empêcher de râler contre mes stupides collègues, Je pensais que c’était l’adolescence qui faisaient que les garçons sont stupides et étroits d’esprit. Mais non, visiblement, ce doit être dans leur nature vu la journée épouvantable que je viens de passer !
-Bonsoir Joy. M’accueille Paul, après avoir éteint la télé. Excuse ta mère, elle s’est endormie sur le canapé en t’attendant mais elle était exténuée après sa journée de travail. Comment s’est passé ton premier jour ?

-Épouvantable ! M’exclamé-je alors que j’entends la baie vitrée s’ouvrir. Tiens, salut Tonton.
-Bonsoir Joy, ne vous déranger pas pour moi. On a une panne d’internet et je dois absolument envoyer un article à ma rédaction ce soir pour la publication de demain. J’en ai pas pour longtemps !
-Qu’est-ce qui s’est passé Joy ? M’interroge Paul, en re-concentrant son attention sur moi.
-Mes collègues sont des abrutis ! Ils n’ont pas cessé de me rabaisser de la journée car je suis une femme et que je n’ai absolument pas la tête de l’emploi, parait-il ! Du coup, au lieu de me laisser travailler tranquille, ils n’ont pas arrêté d’être sur mon dos, voir carrément faire les choses à ma place pour éviter, je cite, « de me péter un ongle » ! Et encore, ça, c’est quand ils ne me demandaient pas d’aller leur chercher le café !
-Oh ! Je … je suis vraiment désolé Joy… Se montre compatissant Paul, sans trop savoir quoi répondre pour m’apporter son soutien.

-C’est vraiment révoltant ! Surtout qu’ils enchaînaient les bêtises et que je passais mon temps à tout réparer dès qu’ils avaient le dos tourné ! Je pensais être tranquille une fois dans le monde du travail, mais les hommes sont vraiment trop stupides !
-Hey ! Je ne suis pas stupide et je sais que tu vas tout déchirer à ton travail ! Intervient subitement mon oncle en faisant mine d’être vexé.
-Ryan a raison, tous les hommes ne sont pas stupides, déjà. Confirme Paul sur un ton plus posé. Puis, j’imagine que l’aérospatial est un domaine très masculin et ils font certainement les coqs en voyant une jeune femme arrivée dans l’équipe. Surtout s’ils jugent avant de réfléchir et qu’ils pensent que tu n’as rien à faire là.
-Ca pour juger avant de réfléchir, ils jugent ! Je me demande même s’ils sont capables de réflexion !
-Joy, je sais que ce n’est pas facile, mais essaie de les ignorer. Fais ton travail, surpasse toi, et montre leur à quel point ils sont stupides. Avec un peu de chance, ils seront forcés de se rendre à l’évidence et t’accepter comme leur égal. Ou tes supérieurs remarqueront ton talent et tu ne seras plus obligée de travailler avec eux grâce à ta promotion.
Mmmh, tu as sans doute raison. Soupiré-je, en essayant de calmer ma colère. De toute façon, s’ils continuent de me chercher, leur café brûlant finira « accidentellement » sur leurs noisettes ! Conclué-je, ne manquant pas de faire rire Paul.