Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 10

Après ma réunion à l’association, j’ai décidé d’aller me détendre dans un bar. Ce n’est pas forcément une sage décision mais je n’ai aucune envie de rentrer à la maison. Qui sait ce que ma mère a bien pu trouver comme idée pour tenter de me rapprocher de ma fille…
Je soupire en attendant mon verre. Je sais qu’elle veut bien faire. Elle ne veut que mon bonheur et que j’aille de l’avant… Et que je surmonte mon blocage vis-à-vis de ma fille.
Mais pour le moment, je n’y arrive pas. C’est plus fort que moi.
Alors, je fuis.

Je soupire une nouvelle fois en récupérant mon verre. Je me donnerais des baffes parfois. Non, même tout le temps. Je ne suis pas possible d’agir et de réagir ainsi. Je devrais grandir un peu et assumer mes responsabilités. Mes parents ne m’ont pas élevée ainsi, j’en ai bien conscience. Et j’ai une chance inestimables de les avoir à mes côtés pour m’aider.
Mais lorsque je suis devant Joy, toutes mes bonnes résolutions s’envolent et je me retrouve paralysée devant elle. J’ignore pourquoi je réagis ainsi, d’où peut venir ce blocage. Si seulement je pouvais trouver la solution…
Soudain, je sens mon téléphone vibrer dans ma poche. Je m’empresse de le prendre pour regarder mon message.
Un SMS de Caroline, qui me propose de venir la rejoindre chez elle… A San Myshuno. Je souris et j’accepte aussitôt.

Il me faut un peu de temps pour arriver là-bas par les transports en commun, et j’en profite pour prévenir ma mère que je rentrerai plus tard que prévu. Elle ne trouve pas d’objection à me dire. Après tout, Caroline est toute fière de son premier appartement et c’est normal qu’elle m’invite chez elle pour me le montrer.
En arrivant dans le quartier de la mode, je suis saisis par les différences avec le quartier des Épices, dans lequel je passe le plus clair de mon temps. C’est un charme différent.
Je ne tarde pas à sonner à l’interphone et j’entre dans l’immeuble. Arrivée au bon étage, je découvre que Caroline m’attend dans le couloir lorsque je sors de l’ascenseur.
-Hey ! Je suis contente que tu ais pu venir ! S’exclame-t-elle joyeusement, affichant un grand sourire radieux.
-Je n’aurais refusé l’invitation pour rien au monde ! Depuis le temps que tu voulais déménager !
-C’est clair ! Bon, tu verras, ce n’est pas gigantesque mais cela suffit amplement ! M’annonce-t-elle avant de me conduire jusqu’à son appartement.

L’appartement n’est, en effet, pas immense et cela doit lui changer de sa villa à Oasis Springs. Mais il y a largement ce qu’il faut pour y vivre correctement. Un salon avec une cuisine ouverte, une petite salle de bain, une chambre et un bureau. La décoration est plutôt moderne et on voit qu’elle a mis du soin dans l’ameublement.
Caroline rayonne. Je ne l’ai jamais vu comme ça je crois. Depuis qu’elle a intégré l’association, je l’ai vu changer du tout au tout, comme si elle s’est révélée à elle-même. Elle a gagné en assurance et en confiance en elle. Elle a même opté pour un changement de look, plus adulte, et je dois avouer que cela lui va bien.
Après avoir fait le tour de son appartement, nous nous sommes installées sur le canapé pour papoter et jouer aux jeux vidéos. Je ne suis pas une experte mais c’est toujours un plaisir de passer du temps avec ma meilleure amie.

-Je t’ai battu ! Se vante-t-elle d’ailleurs, un peu plus tard.
-En même temps, ce n’est pas bien compliqué ! Ne puis-je m’empêcher de rire à mon tour.
-Tu veux rester dîner ? J’ai de quoi faire dans le frigo ! Et… Y’a Manon qui doit passer ce soir aussi. Ah et il faut que je te montre les photos que m’a envoyé Paul ! Qu’est-ce que c’est beau Selvadorada ! Et sa copine ! Elle est adorable ! J’ai parlé avec elle sur Skype ! Enfin j’ai essayé car mon espagnol est un peu rouillé ! S’exclame Caroline à vive allure, si bien que j’ai du mal à suivre.
-Désolée, je ne peux pas, il va falloir que je rentre, mais c’est gentil. Vous vous entendez bien avec Manon dis donc. J’ai l’impression que vous passez pas mal de temps ensemble. Relevé-je, intriguée, passant le fait que Paul donne régulièrement des nouvelles à sa sœur. C’est une chose normale mais je suis un peu déçue. Il faut dire qu’il n’est pas très loquace avec moi, lorsqu’il me donne de ses nouvelles. Il m’a brièvement dit qu’il a une copine, en effet, mais il ne m’en a pas dit plus.

-Eh bien, elle est gentille, c’est tout ! Et puis, on se connait depuis le lycée, donc c’est facile de bien s’entendre ! Se contente-t-elle de me répondre, bien que je perçois un léger rougissement sur ses joues.
-Ho ho ! Y’a anguille sous roche dis moi !! M’empressé-je de la taquiner, mais ravie pour elle. Surtout si leur relation s’est concrétisée.
-Il y a rien sous roche, tu racontes n’importe quoi ! On est juste amie ! Se défend-t-elle aussitôt.
-Alors pourquoi tu rougis ? Relevé-je avec un sourire taquin, alors qu’elle me balance un coussin en plein visage.
-Comment va ta fille au fait ? Elle a du bien grandir ! Je suis sûre qu’elle est craquante !
-Elle va bien. Elle ressemble beaucoup à son père… Soufflé-je, perdant un peu de ma bonne humeur.
-Tu… Tu es sûre que tu ne veux toujours pas parler de Joy à Sven ? Me demande alors Caroline après un silence entre nous, légèrement inquiète pour moi. Ca t’aiderait peut-être de savoir qu’il est au courant, qu’il n’y a plus de secret entre vous.
-Après tout ce temps ? Soupiré-je, dépitée. Non, c’est trop tard. Il a sa propre vie maintenant. Je n’ai pas envie de revenir et de tout gâcher….
-Il n’est jamais trop tard, tu sais ?

Un peu ailleurs, je finis par laisser Caroline pour rentrer chez moi. Il commence à faire nuit et j’aimerai éviter de rentrer trop tard.
J’ai eu l’esprit dans le vague, sur le trajet retour vers Willow Creek. Et si j’étais plus perturbée que je veux bien l’admettre sur l’absence de Sven dans la vie de Joy ? Si mon choix de le laisser dans l’ignorance, sans savoir comment il réagirait à l’annonce qu’il a une fille, avait un impact sur ma relation actuelle avec ma fille ?
Je suis incapable de le dire, d’autant plus que je suis toujours convaincue d’avoir fait le bon choix. Et puis… Sven vivant en Suède, même s’il était au courant, il ne pourrait pas être présent dans la vie de sa fille. Comment agir comme un père quand on vit à des milliers de kilomètres ?

-Tu vas bien ma chérie ? Me demande ma mère en s’installant à table avec moi. Tu es ailleurs depuis que tu es rentrée. Ca s’est mal passée ta réunion ?

-Ca a été, comme d’hab. Je suis juste un peu fatiguée. Lui dis-je en réponse. D’autant plus que j’ai fait un détour avant de rentrer du coup.
-Ah oui, et comment va Caroline d’ailleurs ?
-Elle va bien. Son appart’ est chouette d’ailleurs. Soufflé-je, n’osant avouer le fond de ma pensée. Car l’appartement de ma meilleure, c’est le genre d’appart’ que j’aurais aimé avoir… Si je n’avais pas eu Joy. Si j’avais pu partir de chez mes parents et profiter de mon indépendance.
Mais aujourd’hui, c’est impossible, car il faut bien admettre que je serai incapable de m’occuper de Joy toute seule et je ne peux décemment pas l’abandonner chez mes parents.

-Où est Papa ? Demandé-je soudain, pour changer de sujet.
-En haut, en train de s’occuper de Joy.
-Elle a été sage aujourd’hui ?
-Très, un vrai petit ange. Me confirme ma mère avec une pointe de fierté dans la voix.

A la fin du repas, je décide donc de monter pour rejoindre mon père et ma fille. Il faut que je fasse des efforts, pour elle. Elle me rappelle beaucoup son père, certes, mais elle est aussi la seule chose qui me reste de lui. Alors, même si je me sens pas capable de m’occuper d’elle, cela ne veut pas dire que je dois être absente de sa vie.
-Ca va Papa ? Lui demandé-je en entrant dans la salle de bain, tandis qu’il essaie d’apprendre l’air de l’utilisation du pot à Joy.
-Ca va, ça va. J’attends que Joy comprenne qu’elle doit faire popo dans son pot mais elle n’a pas l’air décidé pour le moment. Qu’est-ce que tu fais avec ton assiette dans la main ?
-Je voulais venir te voir alors autant la laver ici. Haussé-je les épaules comme si la réponse est évidente. Elle n’a peut-être pas envie ?
-J’ai un gros doute, vu comment elle se tortille dans tous les sens !

Je ne peux m’empêcher de sourire à cette réflexion, essayant d’imaginer Joy en situation. Et puis, quand je la regarde sur son pot, je ne peux m’empêcher de rire.
-Qu’est-ce qui te fait rire ? Me demande mon père, visiblement étonné.
-Sa tête ! Elle fait preuve d’une intense concentration ! Lui signalé-je, pour qu’il observe à son tour la bouille de sa petite-fille.
Yeux plissés, sourcils froncés, lèvres pincées, Joy semble effectivement très concentrée sur sa tâche. Mon père ricane à son tour, tout en étant attendri par la bouille de Joy.
-Pas drôle ! Pas zenti ! Boude-t-elle d’ailleurs, comprenant être la source de nos rires.

Après que Joy daigne enfin faire « popo » dans son pot, comme dirait mon père, elle commence à manifester son petit caractère. Tandis que mon père la rhabille, cette dernière continue de gesticuler dans tous les sens. Et le pire vient quand il annonce qu’il est l’heure d’aller dormir…
-Non ! Ze veux jouer ! Exige Joy en pleurant de chaudes larmes de crocodile. En l’entendant crier ainsi, je ne peux m’empêcher de grimacer. Mes pauvres oreilles…
-Non Joy, il est l’heure de dormir ! Tu es fatiguée ça se voit ! Se montre ferme mon père, loin de se laisser impressionné par un bambin en crise. Il faut dire qu’il en a vu d’autres.
-Zouzou !
-Non Joy ! Je te mets en pyjama, et au lit ! Je te raconterai une histoire, mais seulement si tu te calmes !
-….Doudou ? Marmonne-t-elle d’une petite voix implorante après un silence, tout en lançant un regard digne du Chat Potté à son grand-père.
-Oui, je vais te donner ton doudou. Aller, au dodo !

Le lendemain, j’ai du partir tôt au travail. En plus, j’ai du filer précipitamment, n’étant pas en avance pour me rendre à San Myshuno.
Néanmoins, en partant, je surprends une conversation entre mes parents. Ils sont tous les deux installés sur le canapé à regarder la télé, le baby phone posé non loin pour guetter le réveil de Joy. Et apparemment, je suis le centre de leur conversation.

-Nick, tu crois qu’elle va finir par y arriver ? Semble s’inquiéter ma mère.
-J’en suis convaincu. Essaie-t-il de la rassurer. Regarde, elle ne sort plus systématiquement de la pièce quand il y a Joy. Elle observe juste, certes, mais c’est déjà un début…
-C’est sûr qu’avant, elle ne pouvait pas regarder sa fille plus de 5 minutes. Soupire ma mère. Mais j’ai tellement peur qu’elle regrette plus tard, de ne pas avoir profité de ces moments-là avec sa fille. Et puis, nous ne sommes pas éternels, que se passera-t-il quand…
-Ne t’inquiète pas. Rosie est forte, elle saura gérer quand le moment sera venu. Reste confiant mon père alors que mon cœur se serre. Il est vrai que j’ai tendance à oublier qu’un jour, mes parents ne seront plus là. Cette idée m’est insupportable, inconcevable. Ils ont toujours fait partie de ma vie, et c’est comme s’ils étaient immortels dans mon esprit. Mais que ferai-je, le jour où leur heure sera venue ?
Chassant cette idée de mon esprit, je ne tarde pas à sortir de la maison pour ne plus y penser.

-Ah, on dirait que Joy est réveillée ! Fini de manger tranquille, je m’en occupe ! S’exclame alors Maetha.
Laissant son époux finir de déjeuner sur le canapé, Maetha se rend rapidement à l’étage pour rejoindre la chambre de Joy. La fillette est tranquillement en train de jouer avec ses cubes en bois, s’amusant à faire des tours avec. En voyant sa grand-mère, elle affiche un grand sourire innocent.

-Eh bien ma puce, on dirait que tu es bien réveillée ! Aller, c’est l’heure du bain ma grande !
-Non ! Veux pas prendre de bain ! Proteste aussitôt Joy en secouant la tête de droite à gauche en affichant une moue boudeuse.
-Si si, au bain ! Sinon, Mamie va appeler les aliens ! Fait-elle mine de menacer. Aussitôt, les yeux de Joy s’arrondissent comme des soucoupes.
-Des a-li-ens ? S’exclame-t-elle en articulant chaque syllabe.
-Oui les aliens ! Et ils adorent les petites filles qui sentent mauvaises ! Et tu peux me croire, je les ai déjà vu !
-Bain ! Bain !
-J’aime mieux ça !

Maetha n’est pas forcément très fière d’utiliser ce subterfuge pour contraindre à sa petite fille à prendre son bain. Ce n’était pas la première fois qu’elle menaçait de faire venir les aliens et cela marche à tous les coups. Mais, Joy semble davantage fascinée que terrifiée. Elle pose, ou du moins essaie, plein de questions à sa grand-mère sur ces mystérieux aliens, venant d’un autre monde et adore l’entendre raconter ses histoires.
-Bouaaah ! Le méchant alien éponge vient t’attaquer ! S’exclame joyeusement Maetha en utilisant une voix grave tout en approchant l’éponge de Joy pour lui mettre de la mousse sur le bout du nez.
-Aaah ! Cana aide moi !! Se prête-t-elle au jeu en tendant son canard en plastique vers l’éponge maléfique.
-Canard ma puce, ca-nard. La corrige aussitôt Maetha. Les aliens ont besoin de précision pour avoir peur !
-Bouh ! Réplique alors Joy en éclaboussant sa grand-mère.

-Mamie, sont comment les a-li-ens ? L’interroge Joy après que Maetha l’ait sorti du bain et habillée d’une adorable petite robe jaune.
-Ils sont tout vert ! Ou tout bleu … Ca dépend desquels. Et ils vivent dans l’espace ! Mais ne t’inquiète pas, maintenant tu es toute propre, ils ne viendront pas te chercher ! Lui assure-t-elle avant de se pencher pour lui avouer, comme une confidence. Mais pour tout t’avouer, les aliens, ils ne sont pas si vilains que ça.
-Oooooh ! Gentil a-li-ens ?
-Oui, c’est ça, gentils !

Après ce bon bain, Joy se dépêche de retourner dans sa chambre pour profiter de sa maison de poupées. Et il ne faut pas très longtemps pour réclamer sa grand-mère, afin qu’elle vienne jouer avec elle.
Maetha ne se fait pas prier. Elle se dépêche de rejoindre sa petite-fille et s’installer avec elle sur le sol. Elle sait que ce n’est pas forcément une bonne idée, qu’elle aura beaucoup de mal à se relever au vue de son grand âge, mais ce n’est pas grave. Elle renoncerait pour rien au monde de jouer avec sa petite fille ! Et puis, Nick l’aidera à se relever ! Elle n’aura qu’à crier au secours !
-Mamie, a-li-ens ! S’exclame Joy en tendant une poupée à Maetha.
-C’est une alien ? D’accord ! Mouahahahahaha je viens conquérir le monde !!
-Non ! Gentil a-li-en !! Proteste aussitôt la fillette.
-Oups ! Pardon ! Hey coucou ! Je viens faire du tourisme ! Il y a quoi à visiter par ici ? Il y a du gloubi-boulga à manger ?
-Beeeeh non !! Grimace aussitôt Joy à l’entente de ce mot bizarre, faisant rire sa grand-mère, attendrie par sa frimousse et son petit nez froncé.

Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 9

Joy devient ainsi une adorable bambine. Une petite blonde aux yeux bleus, comme son père. Des yeux vifs et pétillants, qui s’illumine en voyant sa grand-mère. Elle affiche un grand sourire et tend les bras vers elle.
-Mamie câlin ! Mamie câlin ! S’exclame-t-elle joyeusement en sautillant sur place.
-Tu veux un câlin ma puce ?
-Ouiiii !!

Maetha lui répond par un sourire tendre. Attendrie devant la bouille de sa petite-fille, elle se baisse aussitôt pour répondre à sa demande. Joy se jette dans ses bras pour lui offrir le plus adorable des câlins. Un vrai petit ange qui ferait fondre le plus dur des cœurs de pierre.

Joy est attentive et observe le monde qui l’entoure. Elle cherche quoi faire. Elle surveille sa grand-mère, s’assurant qu’elle ne s’en aille pas. La fillette reste calme et tranquille, devant encore s’habituer à son environnement. Elle qui n’a connu que son berceau se voit offrir un éventail de possibilité. Sa grand-mère lui sourit et lui montre les cubes, avec lesquels elle peut jouer. Joy affiche un grand sourire et s’empresse de s’asseoir pour s’amuser avec les cubes en bois.

Il commence à faire tard quand je rentre du travail. J’ai eu une journée de fou aujourd’hui. J’ai du accompagner mes collègues à la mairie pour soutenir notre demande de subventions et obtenir le soutien des élus locaux. J’ignore si nous les avons convaincu, mais en tout cas, ils avaient l’air intéressés.
Je cherche ma mère dans toute la maison et je finis par la trouver dans la chambre de Joy.
A peine entrée à l’intérieur de la pièce, je remarque qu’elle a grandi. C’est vrai que c’est son anniversaire aujourd’hui…
-Bonsoir vous deux… Balbutié-je timidement.
-Bonsoir ma fille. Me répond aussitôt ma mère. Tu as vu Joy ? Maman est rentrée !

Ma fille se tourne dans ma direction et me regarde. Aussitôt, l’évidence me frappe. Elle a un air indéniable avec son père. Aussi blonde que lui, de beaux yeux bleus comme les siens…
-C’est fou comme elle te ressemble au même âge ! Encore un petit clone Opaline ! S’en amuse ma mère.
Cependant, je ne remarque pas les ressemblances entre nous. Je ne vois que celles avec son père.
Je ne m’y attendais pas. La logique de la génétique voudrait qu’elle soit brune aux yeux marrons, comme moi… Mais le hasard a voulu me rappeler mes erreurs, mes étourderies et l’absence de Sven.

Mon cœur se serre à cette constatation. Néanmoins, j’essaie de ne rien laisser paraître. J’affiche un sourire de façade pour faire bonne figure devant ma fille. Mes problèmes ne doivent pas l’affecter, même si pour cela, je dois me montrer distante avec elle.
-Tu es adorable, Joy. Soufflé-je alors, un peu mal à l’aise. J’avoue que je me sens un peu bête et que je ne sais absolument pas quoi faire devant cette petite fille qui compte tellement sur moi. Je… Je vais aller me changer.

Aussitôt, je prends la poudre d’escampette. Je sors de la chambre de Joy pour me réfugier directement dans la mienne. On a fait plus mature comme comportement, mais j’ai envie d’être seule. Je devrais pourtant m’émerveiller devant la bouille adorable de ma fille mais c’est trop dur pour moi. Je vois Sven au travers du visage de Joy et cela me sert le cœur.
Alors que je pensais pouvoir être tranquille, j’entends ma porte s’ouvrir quelques secondes après que je l’ai fermé. Je me retourne et découvre que ma mère m’a suivi.
-Tout va bien Rosie ? Me demande-t-elle, visiblement inquiète.
-Oui Maman, pourquoi ? Je ne suis juste pas très à l’aise dans cette tenue, j’ai envie de mettre quelque chose de confortable. Me justifié-je alors, ne disant que la moitié de la vérité. Une moitié de vérité plus acceptable, socialement parlant.
-J’ai bien remarqué que tu as été troublée en voyant ta fille… Je me doute bien qu’elle ressemble à son père… Du coup, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour toi …

-Ca va aller, ne t’en fais pas. Je ne suis pas obligée d’avoir un clone de moi-même comme enfant. Lui dis-je en me forçant à sourire. Son inquiétude me touche et elle a visé juste. Elle me connait par cœur mais j’ai trop honte pour oser avouer qu’elle a raison.
-Tu es sûre ? Tu arriveras à gérer sa ressemblance avec Sven ? Tente-t-elle de s’en assurer, suspicieuse. Je peux comprendre tu sais. J’ai vécu la même chose avec ta sœur … C’était pas évident au début mais…
-Maman. Ca va. Ne t’inquiète pas. J’ai juste envie de me changer et de me poser un peu. La journée a été longue. Soupiré-je en m’asseyant sur le bord du lit en me massant les tempes. Je sens un mal de tête arrivé et j’ai envie de ne penser à rien.

Bien que sceptique, ma mère finit par me laisser tranquille et m’accorder le répis dont j’ai besoin. Je suis dépitée par ma propre attitude. Je me donnerai des baffes tellement je fuis mes responsabilités. Mais c’est plus fort que moi, surtout maintenant qu’elle a grandi.
Alors, encore une fois, je me repose sur mes parents. Qu’est-ce que je ferai sans eux…
Tous les deux, ils sont ravis de s’occuper de leur petite-fille. Je les vois s’émerveiller devant sa bouille, ses grands yeux bleus et ses sourires. Ils répètent souvent qu’elle me ressemble. Moi, je ne vois que ses cheveux blonds et la couleur de ses yeux…

J’ai mal dormi toute la nuit. Je ne suis pas parvenue à me sortir Sven de l’esprit. Cela m’agace. Je sais que je ne le reverrais plus, que je n’aurais plus de contact avec lui… Il faut absolument que je parvienne à me le sortir de la tête. Sinon, je ne parviendrai jamais à avancer et à changer ce qui ne va pas dans ma vie…
Alors, un beau jour, sur un coup de tête, je vais dans un salon de tatouage. Le tatoueur me regarde avec un air sceptique mais il finit par accepter ma demande.
Me tatouer un cœur sur le bras, avec écrit Sven à l’intérieur, dans une langue étrangère. C’est terriblement cliché et sans doute difficile à porter sur la durée, mais c’est le seul moyen de me le sortir de la tête. Sven fera toujours parti de moi, et le graver à jamais dans ma peau est une manifestation symbolique de cette partie de ma vie. Ainsi, au lieu de l’avoir en permanence dans la tête, je l’aurais sur le bras.
-Tu t’es faite faire un tatouage ? S’étonne ma mère un matin, après que j’ai enfin pu retirer le pansement qui protégeait ma peau en cours de cicatrisation.
-Oui… J’en ai éprouvée le besoin…
-Le texte signifie quoi ?
-Sven… Soufflé-je d’un air songeur, sans oser regarder ma mère. Heureusement, elle s’abstient de faire un commentaire et se contente d’acquiescer.

Après le petit déjeuner, je file prendre ma douche pour me préparer avant d’aller travailler. J’ai une petite journée aujourd’hui mais je dois tout de même aller faire un tour à l’association pour une réunion.
En retournant dans le salon, je constate que Joy est réveillée et installée dans sa chaise haute. Je l’observe, mais je ne dis rien. Je suis comme bloquée, incapable de faire quoique ce soit.

-Tu as vu comme elle est mignonne Joy ? Me signale ma mère avec un grand sourire. Adorable dans son pyjama hamster.
-Oui.. Très…
-Tu peux lui parler tu sais. Elle est suffisamment grande pour commencer à te répondre.

Face à ma fille, je reste tétanisée. J’admets volontiers qu’elle est mignonne. Mais le reste, c’est encore trop dur pour moi. Je l’observe manger ses céréales mais je ne dis rien. J’ai l’air complètement idiote et par moment, Joy me lance des regards incrédules. Elle doit se demander ce que je trafique à rester plantée là, à la regarder sans rien dire.
-Elles… Elles étaient bonnes tes céréales ? Tenté-je finalement, lorsqu’elle a fini son petit déjeuner.
-Oui !
-Tu veux autre chose ?
-Non !

J’ai l’air ridicule. C’est ma fille et je suis incapable de lui parler normalement. Je suis sûre qu’elle comprend que je me force. Cela se voit dans son regard. Elle me scrute bizarrement.
Je suis terriblement mal à l’aise en présence de ma fille. Je suis certainement qu’elle doit le ressentir. Elle doit se demander ce que je fais là, moi, à quoi je sers dans cette maison. Elle a sa mamie, son papy, et une dame qui traîne de temps en temps à la maison sans savoir qu’elle est son rôle dans la famille.

-Excuse ta maman ma puce, elle est un peu maladroite ! S’exclame ma mère en venant à ma rescousse. Elle se penche vers Joy et lui fait de grands sourires. Tu as bien mangé ?
-Oui Mamie ! Je veux jouer ! S’exclame joyeusement ma fille en sautillant comme un beau diable sur sa chaise, visiblement pressée de pouvoir se déplacer librement.
-Non ma puce. D’abord, il va falloir que tu prennes un bain !
-Un bain ?
-Oui un bain mais tu verras c’est rigolo de jouer avec l’eau !
-Oui !!!

Alors qu’elle se redresse pour ensuite libérer Joy, ma mère affiche aussitôt une grimace avant de poser une main dans son dos. Je m’avance alors vers elle, inquiète pour son état physique.
-Qu’est-ce qui t’arrive maman ?
-Ce n’est rien, je me suis redressée trop vite. Me répond ma mère en tentant de se masser le bas du dos. Tu peux sortir Joy de sa chaise s’il te plait ? Elle va être intenable sinon.
-Euh, oui. Accepté-je bon gré mal gré. Je me tourne donc vers la chaise haute, face à ma fille qui s’impatiente. Je soupire puis je débloque le plateau pour ensuite soulever Joy pour la prendre dans mes bras. Aussitôt, je la vois faire la grimace. Visiblement, elle aurait préféré être dans les bras de sa grand-mère. Je n’attends donc pas plus longtemps pour la reposer sur le sol.

-Aoutch ! S’exclame une nouvelle fois ma mère en se penchant vers l’avant.
-Maman, ça va ? M’inquiété-je alors.
-Je me suis coincée le dos ! Me répond-t-elle, la douleur se percevant dans la voix. Elle ne bouge pas d’un pouce, comme si elle n’osait pas faire le moindre mouvement de peur d’avoir mal.
-Mamie bobo ? Interroge alors Joy, intriguée par l’attitude de sa grand-mère.
-Oui, Mamie a bobo au dos. Confirme-t-elle alors, avant de s’adresser à moi. Dis, tu peux lui faire prendre son bain ? J’en suis bien incapable et ton père est sorti faire les courses.
-Mais…
-S’il te plait, pour aider ta vieille mère. Insiste-t-elle sur un ton implorant, un poil exagéré. Je plisse les yeux, suspicieuse. Elle n’oserait quand même pas jouer la comédie, tout de même ?
-Bon, si ça peut t’aider. Finis-je par abdiquer, me penchant une nouvelle fois pour prendre ma fille dans les bras. Repose ton dos surtout. Ajouté-je en me dirigeant vers la salle de bain.
-Compte sur moi ! Confirme-t-elle joyeusement, avant d’aller rapidement se poser sur le canapé, arborant un air fier sur le visage.
J’en étais sûre, qu’elle jouait la comédie !

Dépitée de m’être faite avoir comme un bleu, je m’exécute tout de même en emmenant Joy dans la salle de bain. J’ouvre le robinet de la baignoire pour faire couler l’eau. Pendant ce temps-là, je me débats avec ma fille pour la déshabiller et commencer à la coiffer. Ainsi, cela évitera qu’elle ait des nœuds dans les cheveux.
Cependant, la demoiselle ne se laisse pas faire et réclame sa mamie. Je tente de lui expliquer qu’elle va devoir se contenter de sa maman, elle ne veut rien entendre. Je soupire, et après avoir vérifié la température de l’eau, je l’installe dans la baignoire pour commencer à la laver.

-Tu vois, c’est rigolo de prendre un bain. Lui dis-je tandis que je la vois jouer avec l’eau avec ses mains.
-Oui. Me confirme-t-elle calmement. Mais plus drôle avec Mamie ! Ajoute-t-elle en affichant un grand sourire innocent. Dans la seconde qui suit, elle s’amuse à m’éclabousser en riant joyeusement.
Je soupire en m’essuyant le visage. Elle ressemble peut-être à un ange, mais au fond, c’est une vraie chipie cette gamine ! Comme sa grand-mère, la malade imaginaire !

Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 8

J’ai du mal à m’occuper de Joy. C’est ma fille mais c’est comme si l’information ne s’est pas complètement intégrée dans mon cerveau. J’ai beau me répéter qu’elle est mon enfant, ainsi que mes devoirs et obligations vis-à-vis d’elle, je n’arrive pas à m’approcher d’elle. Je parviens à aller dans sa chambre, à l’observer dans son berceau, mais cela s’arrête là.
C’est dans ces moments-là que je bénis le ciel d’avoir encore mes parents. Ils s’occupent de leur petite-fille avec plaisir, de jour comme de nuit. Même pour changer ses couches, ils le font avec le sourire. Ils aiment Joy, cela se voit et cela me réchauffe le cœur. Mais en même temps, je culpabilise. Pendant qu’eux, se lèvent la nuit quand elle pleure, moi je me rendors aussitôt. Parfois, je suis tellement fatiguée que je ne l’entends même pas.

J’ai tellement honte de moi que je me réfugie dans le travail. Là-bas, je peux être quelqu’un d’autre. Une autre femme, une qui ne soit pas une mère indigne. Certes, mes collègues me demandent des nouvelles de ma fille, mais j’élude la question en disant qu’elle va bien. Généralement, ils n’insistent pas et on passe à autre chose.
Cela me va très bien.
Par moment, je profite même de l’été qui s’éternise en intervenant en extérieur. Je vais à la rencontre des gens pour leur parler de l’association, de la cause féministe, en espérant éveiller leur conscience, voire recruter des bénévoles ou obtenir des dons.

Généralement, j’ai plutôt tendance à aller vers les hommes afin de discuter féminisme avec eux. Le challenge est généralement plus intéressants et cela m’amuse d’essayer de déconstruire les stéréotypes qu’ils considèrent comme une vérité absolue. Avec les plus ouverts, cela donne des conversations intéressantes et j’ai vraiment l’impression d’agir, de faire avancer les choses.

C’est tellement agréable de sortir comme ça, d’aller à la rencontre des gens, des inconnus… Je me sens tellement bien. Je passe des heures à San Myshuno, je me balade de quartier en quartier et mon esprit s’aère, s’évade, se concentre sur autre chose. Mon travail me passionne et cela me fait du bien… Même si je passe peu de temps à la maison par conséquent.
Certes, je fuis. Mais j’en éprouve le besoin pour garder la tête hors de l’eau. C’est par le travail que je me suis remise du départ de Sven, c’est par le travail que je me remettrai de ma stérilité.

En me baladant dans le quartier, j’ai croisé Manon devant la salle de sport. Cela fait un moment que je ne l’ai pas vu. Depuis que nous avons terminé le lycée, en fait. Je vais aussitôt à sa rencontre, ravie de la revoir.
-Coucou Manon ! Tu vas bien ? Ca fait un baille ! M’exclamé-je alors qu’elle me sourit.
-Salut Rosie ! Ca va bien et toi ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Il me semble que tu vis toujours à Willow Creek…
-Ca va aussi….. Oh moi je travaille. Je me suis engagée dans une association pour promouvoir la cause féministe. Et toi, tu deviens quoi ?
-Oh c’est cool ça ! Faudra que tu m’en parles plus en détail mais j’ai pas trop le temps là. Oh moi, j’ai été prise dans un cabinet de stylistes. C’est plutôt cool ! Bon, faut que je te laisse, j’ai un rendez-vous ! Eh, on peut se voir en boîte ce soir si tu veux ? Invite toute la bande, ça peut être sympa !
-Bah pourquoi pas, oui ! Ca peut-être cool ! Accepté-je sans réfléchir. Cela ne pourra pas me faire de mal de sortir avec mes amis et je ne m’en suis pas accordée depuis longtemps.

Etant donné mon programme de ce soir, je décide de ne pas rentrer trop tard du travail. Lorsque j’entre dans la maison, tout est calme et j’entends juste le son de la télévision. Mes parents sont en train de regarder un film. Cela doit être l’heure de la sieste de Joy s’ils se permettent de suivre un long-métrage. Ils me sourient en me voyant et je vais les rejoindre sur le canapé.
-Tu as passé une bonne journée ? Me demande ma mère sans quitter l’écran des yeux.
-Tranquille. J’ai croisé une copine à San Myshuno, elle m’a proposé de sortir ce soir. Du coup, j’ai proposé aux autres de venir. Ca va être cool!

-Tu es sûre que tu veux sortir ? Me demande ma mère après un silence gêné.
-Bah oui pourquoi ? Lui réponds-je, sans comprendre où elle veut en venir. Je suis majeure et j’ai parfaitement le droit de sortir sans avoir besoin de l’autorisation de mes parents.
-Je ne sais pas … Semble-t-elle hésiter, comme si elle marchait sur des œufs. Tu passes déjà beaucoup de temps en dehors de la maison, je me disais… Que peut-être tu voudrais rester un peu à la maison… Pour faire connaissance avec ta fille notamment.
-Maman… Je suis là tous les soirs. Soupiré-je en regardant mes pieds. Je ne suis pas sortie depuis la naissance de Joy et cela n’a rien changé quant à ma relation avec elle. Ce n’est pas restant ici ce soir que cela va changer quelque chose. Je ne peux pas pour l’instant, c’est tout.
-Je sais que c’est difficile ma puce. Tu as fait un déni de grossesse, ton accouchement a été difficile… Tu as besoin de temps pour accepter Joy dans ta vie et c’est normal. Mais je ne suis pas certaine que c’est en t’enfuyant de la maison à la moindre occasion que la situation va s’arranger.
-Ca va aller Maman, je gère. Secoué-je la tête, refusant de me confronter à la réalité. Je me lève aussitôt du canapé, ne voulant pas poursuivre cette conversation. Bon, je vais aller me préparer pour ce soir.
-Ma puce, ne te vexe pas. Je te dis ça seulement parce que je ne veux pas que tu ais des regrets plus tard. Et puis, avec ton père…
-J’ai compris Maman, mais ça va.

Malgré la désapprobation de mes parents, je prends quand même le temps de me préparer pour passer la soirée dehors. Je fais un peu plus attention à mon apparence que d’habitude. Je me fais belle, je travaille mes cheveux, ma tenue. Une fois prête et une fois que Manon m’a confirmée le lieu par message et que Caroline m’a dit qu’elle serait là, je file en dehors de la maison sans laisser le temps à mes parents de me dire quoique ce soit.
Une fois à Windenburg, je retrouve mes amis. Cela me fait un bien fou de les retrouver. Ce soir, j’ai l’impression d’être comme eux. Je ne suis plus une jeune maman célibataire, je suis une jeune femme, leur amie de longues dates.

-Tu es super belle Rosie ! Me complimente Caroline tandis que je la rejoins au bar.
-Merci ! J’ai eu envie de faire un effort ce soir !
-Ca va aller de laisser ta fille à tes parents ? Ils n’ont pas trop râler ? S’inquiète subitement ma meilleure amie pendant que je me commande un verre. Enfin je peux enfin me faire plaisir !
-Non, t’en fais pas. Ils sont gagas devant leur petite-fille ! Mais ce soir, je ne suis plus une maman ! Ok ?
-Ok ! Profitons de cette soirée ! S’enthousiasme Caroline en affichant un grand sourire.

Pour être tout à fait honnête, j’étais un peu nerveuse de venir ici. Je ne savais pas comment j’allais réagir face à une situation de la vie quotidienne. Je suis jeune et les jeunes de mon âge sortent le soir. Ils vont en boîte et s’amusent.
Mais je ne suis plus tout à fait une jeune femme « normale ».
Cependant, je parviens sans problème à entrer dans l’ambiance. La musique, mes amis m’aident à oublier la maison et à me concentrer sur l’instant présent. Cela me fait un bien fou !
Je commande un verre de jus de fruit. Puis un deuxième. Ce n’est peut-être pas raisonnable, mais cela me fait du bien. J’arrive à me détendre et je suis prête à profiter de la soirée sans me prendre la tête !
Lors du troisième, j’en offre un à Caroline et vais pour lui apporter quand je croise un ami.
-Eh beh ! Tu n’y vas pas à moitié dis moi !
-Te fais pas de film, l’autre est pour Caro ! Par contre tu la kiffes ta boisson de filles ? Le taquiné-je en remarquant son cocktail dans la main.
-No comment la féministe ! Rétorque-t-il en riant. Je me joins à lui en riant à mon tour puis je pars à la recherche de ma meilleure amie.

La soirée suit tranquillement son cours. La nuit est complètement tombée dehors et la boîte s’est remplie. Après avoir consommé plusieurs verres au bar, nous nous sommes tous dirigés vers la piste de danse. C’est le moment de se laisser porter par la musique et se défouler en rythme en laissant le DJ mener la danse.
J’ai l’esprit embrouillé par le jus de fruit. Je me sens tout à coup ridicule d’être ici, comme si de rien n’était. Je n’ai pas envie de penser à ça. J’ai envie de m’amuser, d’être insouciante. Je n’ai pas envie de me prendre la tête. Je respire un grand coup. Je me concentre sur la musique et je déhanche davantage. C’est triste de se laisser submerger par des émotions négatives en soirée. Je ne veux pas être quelqu’un de triste. C’est nul… d’être triste. 

Un mec m’aborde durant la soirée. J’ai encore bu quelques jus de fruits et je n’ai plus tout à fait les idées claires. Je ne comprends pas toute suite ce qu’il cherche à faire lorsqu’il s’approche de moi pour danser avec moi et qu’il commence à me parler. Quand je comprends qu’il me drague, je m’amuse à flirter avec lui. Je ne fais rien de mal et c’est amusant. Je teste mes capacités de séduction.
En cet instant, je me sens femme, pendant que je flirte et que je vois dans ses yeux que je lui plais.

Nous continuons notre jeu de séduction. Je ne sais pas comment il s’appelle. Et à vrai dire, je m’en fiche. Je n’ai pas l’intention de le revoir par la suite. Si ça se trouve, je me souviendrai à peine de lui demain. Mais pour l’instant, je m’amuse comme une folle. Je me sens désirée. Je me sens femme. Cela me fait tellement de bien ! Cela fait tellement longtemps que je ne me suis pas sentie ainsi !
J’ai même osé l’embrasser ! Nous ne nous sommes pas lâchés de la soirée, à nous embrasser et nous toucher. Mais rien de plus, je suis restée sage. J’aurais pu, après tout, je n’ai aucun risque de tomber enceinte cette fois-ci. Mais j’avais pas envie. Je voulais juste flirter et m’amuser, rien de plus.

Quand je suis rentrée, mes parents dormaient déjà. Le lendemain matin, ils ne me disent rien. J’ai mal à la tête au petit déjeuner et je vois le regard désapprobateur de ma mère. Mais je m’en fiche. J’ai des souvenirs flous mais je me suis bien amusée. Je ne regrette rien et c’est légère que je pars au boulot, laissant ma mère préparer le biberon pour Joy.

Entre mon travail et mes sorties, je ne vois plus le temps passé et je me sens enfin plus légère. Mes parents n’approuvent pas mais ils me laissent faire. Je sais qu’ils voudraient que je me rapproche de ma fille, mais c’est bien la dernière chose dont j’ai envie pour le moment. Elle me rappelle trop Sven, trop ma stérilité. Pour le moment, elle est bien mieux avec ses grand-parents.
Puis, vient son anniversaire. Ma fille grandit et devient un bambin. J’ai du mal à réaliser qu’elle va se mettre à gambader partout maintenant, et qu’elle n’est plus limitée à son berceau.
Je suis au travail quand mes parents célèbrent son anniversaire. J’ai une journée particulièrement remplie aujourd’hui et mes parents le comprennent bien. Et malheureusement, Joy ne peut pas m’attendre pour grandir !

Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 7

-Madame Opaline, votre fille et son bébé se portent bien et tout ira bien, ne vous inquiétez pas. Cependant, ajoute le médecin sur un ton plus grave, nous avons du procéder à une césarienne car le bébé était en difficulté. Pour la faire courte, il y a eu des complications durant l’opération.
-Des complications ?
-Oui. Votre fille a fait une hémorragie. Une importante hémorragie… Malheureusement, nous n’avons pas pu sauver son utérus. Pour sauver votre fille, nous avons du lui faire une hystérectomie.
-Oh mon Dieu…
-Madame Opaline, je sais que c’est difficile à entendre. Mais ne retenez que l’essentiel. Votre fille et votre petite-fille se portent bien. Votre fille se remettra de l’opération et pourra reprendre une vie tout à fait normal. Elle aura cependant besoin de tout votre soutien pour accepter… qu’elle ne pourra plus avoir d’enfant naturel.
-Je… Quand pourrai-je la voir ?
-Votre fille est en salle de réveil, vous ne pouvez pas la voir pour le moment. Mais je peux vous emmener voir votre petite-fille….

Le temps a passé depuis mon accouchement difficile. J’ai été sonnée lorsque ma mère m’a expliqué la situation. Je n’ai plus d’utérus. Je ne pourrai plus jamais avoir d’enfant … Sur le coup, j’en ai presque oublié ma fille. Ma mère s’est chargée de me rappeler son existence, en m’assurant qu’elle va bien et qu’elle est magnifique.
Ma fille… La fille de Sven… Mon seul et unique enfant à jamais.
C’est à ce moment-là que j’ai pleuré, dans mon lit d’hôpital. Je n’ai pourtant jamais réfléchi à la famille que je voulais, ni même si je désirais avoir d’autres enfants un jour. Mais j’ai l’impression que l’on m’a enlevé ce choix. Je n’ai pas choisi d’avoir un enfant et je vais devoir me contenter de ma fille. J’ai honte de penser comme cela, mais c’est plus fort que moi.
Ma fille est rentrée à la maison avant moi. Je n’ai pas souhaité l’allaiter alors l’hôpital n’a pas jugé bon de la garder alors que mes parents peuvent s’en occuper le temps de mon hospitalisation. Je n’ai pas protesté. J’étais ailleurs, quelque part dans ma tête.
J’ai confiance en mes parents. Je sais qu’ils s’occuperont d’elle à merveilles, comme ils se sont toujours bien occupés de leurs propres enfants.

Avant qu’elle ne parte de l’hôpital, j’ai pu la voir. Les infirmières m’ont amenée ma fille plusieurs fois mais j’avais trop mal pour la garder bien longtemps dans les bras. Si bien que c’était ma mère ou mon père qui la pouponnait en me rappelant qu’elle est magnifique.
Mais moi, je ne pensais qu’à ma douleur. Autant physique que psychologique. J’avais mal au ventre et au cœur. C’est aussi pour cela que je ne pouvais la garder longtemps dans les bras.
J’ai du mal à m’attacher à elle. Quand je la regarde, j’ai du mal à me dire que c’est ma fille.
Je suis une personne affreuse. Quelle mère dit ça de son enfant ?

Je suis rentrée chez moi plus d’une semaine après mon accouchement, à condition de rester alitée. J’ai passé mon temps allongée dans mon lit, à ruminer seule dans mon coin. Mes amis sont venus me voir à la maison, en particulier Caroline. Elle me donne des nouvelles du travail et un jour, elle est arrivée avec un gros bouquet de fleurs dans les bras et une carte signée par tous mes collègues. Ils pensent tous à moi et me témoignent de tout leur soutien. Ils sont vraiment adorables et cela m’a mis un peu de baume au cœur.
Par moment, j’entends ma fille pleurer, mais jamais bien longtemps. Mes parents se dépêchent d’aller s’occuper d’elle. Régulièrement, ils m’amènent ma fille pour que je puisse la voir et passer du temps avec elle.
Ces instants aussi ne durent pas très longtemps. Je vois que mes parents sont de très bons grand-parents avec ma fille et lui témoignent tout l’amour dont elle a besoin. Chose dont je suis incapable pour le moment.

Mes parents n’insistent pas dans ces moments-là. Ils comprennent que la situation est difficile pour moi et que le contact avec ma fille est d’autant plus compliqué.
Je me sens horrible. Mais je sais que mes parents compensent mes failles. Qu’est-ce que je ferai sans eux, toute seule avec ce bébé à m’occuper ? Je l’ignore et je préfère ne pas y penser.
Je me contente d’imaginer mes parents s’occuper de ma fille, et cela me console un peu. Le début de son existence n’est pas aussi pourrie que ça, avec des grands-parents en or.

Petit à petit, je me remets de mon opération. Je finis par réussir à me mettre debout, à marcher sans aide et je retrouve progressivement une vie normale. Une infirmière est venue me retirer les fils et je tente d’ignorer cette affreuse cicatrice.
Petit à petit, les choses reprennent leur cours normal et je peux maintenant reprendre le travail. Mes responsables m’ont assuré que je pouvais prolonger mon congé si je le souhaitais, mais j’ai refusé. J’ai besoin de sortir de cette maison, de prendre l’air.
Mais avant de partir pour San Myshuno, je vais voir ma fille. De moi-même. Il faut que j’affronte mon blocage. Peut-être pourrai-je tenter de la prendre dans mes bras ? C’est ma fille, j’ai tout à fait le droit de la serrer contre moi.
Alors pourquoi je reste plantée devant son berceau ? Pourquoi suis-je incapable de faire un geste vers elle ?

J’observe ma fille dans son berceau. Elle est bien réveillée et gigote tranquillement sans se douter de ce qui passe autour d’elle. Elle a l’air si bien, si insouciante, si heureuse… Si adorable.
Oh Joy, tu ne mérites pas une mère comme moi. Une mère qui reste pétrifiée devant sa fille, alors qu’elle ne devrait lui apporter que de l’amour.

-Tout va bien ma chérie ? Me demande subitement mon père, en me faisant sursauter. Je ne l’ai pas entendu entrer tellement j’étais perdue dans mes pensées et ma culpabilité.
-Euh… Je … Je sais pas… Bafouillé-je, gênée, comme prise en faute.
-Tu peux la prendre dans tes bras, si tu veux. Joy sera ravie d’avoir un câlin de sa maman. M’assure mon père avec un sourire bienveillant, encourageant. Ne t’inquiète pas, c’est solide un bébé. Tu ne risques pas de la casser.
-Je… Je sais… Je … J’ai pas le temps Papa, il faut … Il faut que j’aille travailler. Soupiré-je avant de sortir rapidement de la pièce. Je m’enfuis. Je m’enfuis devant ma propre fille. Comme une lâche.
Je suis pathétique.

Je fonce jusqu’à San Myshuno, honteuse. Mes collègues sont bienveillants avec moi et j’insiste pour que l’on se comporte normalement avec moi. Je ne veux pas de traitement de faveurs. Je ne veux pas que l’on me ménage.
Je veux agir. Je veux être en action. Je ne veux pas avoir du temps pour penser, pour réfléchir, pour cogiter.
Alors, je me retrouve vite dehors, dans le quartier des Épices. Je dois réaliser une œuvre de street art pour promouvoir notre association, notre cause.
Je ne suis pas une grande artiste mais cela me permet de penser à autre chose, tellement je suis concentrée sur mon œuvre.

Par moment, mon esprit divague. Je pense à ma situation. Je pense à ma désormais stérilité. Je pense à Sven. Je pense à Joy.
Je pense que je suis nulle. Je pense que je suis pathétique.
Puis, vient l’accident. Distraite, je me prends de la vapeur de la peinture en bombe dans les yeux. Je râle, je peste, et je file dans les toilettes publiques pour me rincer les yeux. Ils sont un peu rougis, mais cela va aller. Je soupire puis je ressors pour finir mon travail. Je fais plus attention, me donnant à fond pour mon travail.

La journée est longue, et je prends mon temps sur mon œuvre. Je discute également avec les passants curieux, qui se demandent ce que je fais, pour quelle cause je milite. Je leur souris, je leur parle avec bienveillance et patience. J’enfile un masque et personne ne se doute du drame qui régit ma vie.
La nuit tombe et je ne suis pas pressée de rentrer. Passer cette journée dehors m’a fait du bien et je redoute le moment où je devrais rentrer à la maison. Car je vais retrouver mon quotidien. Mes parents. Ma fille. Mon pathétisme.
Pourtant, je suis fatiguée. Je m’écroule au sol, épuisée. Ce n’était peut-être pas une bonne idée de rester aussi tard alors que j’ai encore besoin de repos.
Mais bon, je ne suis plus à ça près.

Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 6

Je n’en peux plus de cette grossesse. J’entame la dernière ligne droite et j’ai hâte que la crevette sorte de mon ventre. Je suis constamment malade, fatiguée et j’ai mal au dos à cause du poids du bébé. Mon ventre est énorme et je peine à me souvenir de ma silhouette avant que je sois enceinte. J’aimerai tellement retrouver ma ligne d’avant … Mais pour le moment, la crevette ne semble pas pressée de sortir et cela commence à peser sur mes nerfs.
Contrairement à ma mère qui est tout excitée par l’arrivée du bébé. Je crois qu’elle est ravie de devenir une nouvelle fois grand-mère. Cela me fait tout bizarre de la voir ainsi, alors que pour moi, le malaise grandit au fur et à mesure que l’accouchement est imminent. Serai-je une bonne mère, comme ma mère l’a été avec moi ?

Cette après-midi, mes parents gardent les triplés de Ryan. Lui et Juliette travaillent et la garderie est exceptionnellement fermée suite à un dégât des eaux survenu dans la matinée. Maman s’est faite un plaisir de leur proposer de les garder en urgence.
Du coup, Ryan est passé en coup de vent à midi pour déposer les enfants. Visiblement, ils sont tous les trois d’une humeur massacrante. A peine Ryan parti travailler, ils se sont mis à pleurer et à courir partout pour chercher leur père. Je crois que l’on va tous devenir sourds d’ici la fin de la journée !

De plus, les triplés courent vite et entre mes parents qui ne sont plus tout jeune et moi qui suis enceinte jusqu’au cou, nous avons bien du mal à les suivre. Si bien qu’ils profitent de leur avantage pour faire des bêtises dès que nous avons le dos tourné.
Surtout Kylian, qui est une vraie canaille. Nous l’avons perdu de vu et je l’ai retrouvé dans la salle de bain, en train de jouer avec l’eau des toilettes.
-Kylian ! Joue pas avec ça, c’est sale ! Le grondé-je avant de le soulever péniblement.
Laisse-moi Tata, laisse-moi ! Piaille-t-il aussitôt avec sa voix stridente tandis que j’essaie tant bien que mal de lui laver les mains. Chose qui n’est pas évidente avec cette boule de nerfs et avec mon gros ventre.
Fort heureusement, alerté par les cris, Papa vient vite à ma rescousse et prend le relais avec Kylian qui continue de gesticuler dans tous les sens.
Mais comment font-ils pour gérer les gérer, ces terreurs ?

Quant à Maman, elle essaie de se rapprocher de ses petits enfants. A commencer par Sarah, mais cette dernière n’a pas l’air très motivée par subir les câlins de sa grand-mère. Elle est aussi têtue que mignonne et ne se laisse absolument pas décidée à se laisser approcher.
-Non non non ! Pas touchée Mamie ! Pas touchée !
-Mais tu aimes bien que je te fasse des câlins d’habitude ! S’en étonne alors ma mère, un peu déçue et gênée par la bouille attristée de Sarah.
-Je veux Papa ! S’écrit aussitôt la petite en secouant la tête.
-Papa est au travail ma puce. Il viendra vous chercher ce soir. C’est bien aussi d’être chez Papy et Mamie, non ?
-Non ! Je veux Maman !!!

Maman soupire et finit par apporter un jouet à Sarah pour qu’elle puisse s’occuper toute seule. A sa tête, je devine que les triplés l’épuisent à crier tout le temps.
Papa essaie une approche plus en douceur, en lisant une histoire à Alexandre. Il reste sagement assis sur le canapé, sans tenter de s’échapper, mais il ne semble pas plus ravi d’être ici. Il affiche une moue triste sur son visage et l’histoire ne lui fait apparemment pas plaisir.

-Elle est nulle l’histoire ! Tu racontes pas comme Maman ! Boude-t-il alors, profitant d’une pause de son grand-père quand il tourne la page.
-Elle raconte comment ta maman ? Je peux tenter de faire comme elle.
-Elle, elle fait des voix rigolotes ! Je veux Maman !! S’en-tête Alexandre, faisant soupirer mon père.

Les triplés sont adorables en temps normal mais là, ils sont intenables. Les entendre crier à tout bout de champ me donne mal au crâne et me fatigue. J’ai du mal à tenir debout et mon père m’invite très vite à monter dans ma chambre pour me reposer. J’hésite un instant, car ils sont deux pour s’occuper de trois petits monstres mais il insiste et je ne me fais pas prier davantage. Je vais aussitôt dans ma chambre et je m’allonge avec bonheur sur mon lit.
Enfin un peu de calme, même si je parviens à entendre les cris provenant du rez-de-chaussée. La maison est bien isolée et les bruits sont suffisamment étouffés pour que je puisse me reposer. Ils sont de véritables contraceptifs ambulants et je me mets à prier que ma crevette soit plus calme.
-Tu seras plus calme que tes cousins, hein ? Soupiré-je en posant une main sur mon ventre tout en fermant les yeux. Faut pas prendre exemple sur eux, ils sont terribles. Continué-je en commençant à m’endormir, essayant de faire taire mes craintes quant au caractère de ma crevette. Et si c’est une terreur, elle aussi ? A faire des bêtises tout le temps et à crier au lieu de parler ? Et si la crevette ne m’accorde aucun répis ?

En bas, mes parents semblent parvenir à canaliser les petits monstres, même si leur humeur n’est pas encore à la fête. Sarah joue tranquillement avec des cubes en bois tandis qu’Alexandre continue d’écouter l’histoire raconté par son grand-père. Seul Kylian semble un peu perdu au milieu de cet environnement et ne sait pas quoi faire.
-Tu ne veux pas jouer avec ta sœur, Kylian ? Lui propose doucement ma mère alors qu’il regarde avec envie les cubes.
-Non ! Elle est nulle Zarah ! Refuse-t-il en tapant du pied.
-Kylian ! On ne doit pas ça, c’est pas gentil ! Le gronde ma mère. Tu veux écouter l’histoire de Papy ?
-Non !
-Ah ! La période du Non ! Soupire mon père en regardant ma mère avec un regard complice. C’est qu’on aurait oublié, depuis le temps !

Après ma sieste, je finis par redescendre pour aider mes parents à s’occuper des petits monstres. Je me charge donc d’essayer d’occuper Kylian. Visiblement, il veut avoir quelqu’un pour s’occuper que de lui, sans partager avec son frère et sa sœur. Visiblement, c’est un trait de caractère de famille mais je m’abstiens de faire tout commentaire.
Je me contente seulement de sortir un jeu de carte et de faire deviner ce qu’elle représente à mon neveu.

-Alors Kylian, qu’est-ce que c’est ?
-Dodo ! S’exclame-t-il en réponse.
-Oui c’est pour faire dodo. Mais ça s’appelle comment ?
-Euh…

Je ne sais pas si ce que je lui propose l’intéresse réellement, car il semble intrigué par ma demande. Comme s’il se demandait où je veux en venir. Je persiste cependant, car en attendant, il semble s’être calmé. Et le calme, cela fait du bien.
-Un lit ? Ose-t-il enfin.
-Oui c’est ça ! Bravo Kylian ! M’exclamé-je joyeusement, me sentant ridicule. Le mot lit est tout simple et cela me fait bizarre de le féliciter pour cela.
En fin d’après-midi, c’est Juliette qui vient chercher les petits monstres. Elle reste un peu avec nous pour nous remercier de les avoir dépanné à la dernière minute. Mes parents restent polis en disant qu’ils ont été adorables.
Je lève les yeux au ciel face au politiquement correct et je finis par leur fausser compagnie pour aller me reposer. Mon ventre est douloureux et je n’ai qu’une envie : me coucher en attendant que cela finisse par passer.

Sauf que cela ne se calme pas, au contraire. Le soir, j’ai du mal à m’endormir et je tourne en rond dans mon lit. J’essaie de me masser le ventre mais rien ne me soulage. Par moment, la douleur se calme pour revenir de plus belle quelques minutes plus tard. Plus le temps passe, plus la douleur est insupportable.
Je finis par renoncer à dormir et je me lève. J’ai du mal à tenir sur mes jambes. J’essaie de respirer calmement mais c’est difficile quand la douleur revient.
Je crois que c’est le moment. La crevette se décide enfin à montrer le bout de son nez.
Mon cœur bat à toute vitesse. Je ne sais pas quoi faire. J’avance doucement vers la sortie de ma chambre, mais j’ai trop mal. Je ne sais pas si je parviendrai à aller jusqu’à la chambre de mes parents toute seule. Je finis par crier. J’appelle ma mère au secours. Elle ne tarde pas à arriver en courant, avec mon père et comprend très vite qu’il faut m’emmener à l’hôpital.

Ma mère m’aide donc à m’habiller et me guide jusqu’à la voiture. Elle m’emmène toute suite à l’hôpital tandis que mon père reste à la maison pour préparer des affaires et la chambre de la crevette.
Ma mère me dit de respirer dans la voiture. Elle essaie de me rassurer tandis que je souffre sur le siège passager. Je me demande si c’est normal d’avoir aussi mal. Ma mère me dit que ça ira mieux avec la péridurale.
Nous finissons par arriver devant l’hôpital. Je commence à paniquer. J’ai peur de cet accouchement à venir. Un mauvais pressentiment m’assaille.
-Ne t’inquiète pas ma puce, tout va bien se passer. Des femmes accouchent tous les jours sans problème ! Me serre dans ses bras ma mère, pour essayer de me calmer.
-Tu restes avec moi ? Lui demandé-je, apeurée devant l’immense bâtiment. J’ai l’impression d’être une enfant qui a peur d’aller voir le médecin. Mais en cet instant, je m’en fiche. J’ai besoin de ma maman.
-Ne t’inquiète pas, je resterai avec toi jusqu’au bout.

Ma mère m’aide à entrer à l’intérieur de l’hôpital. En entrant, elle semble soulagée de voir une jeune femme à l’accueil. Elle me raconte alors que la personne qui était à ce poste lorsqu’elle-même a accouché était une incompétente qui passait plus de temps sur un magazine qu’à s’occuper des patients qui arrivaient.
Un peu stressée, je m’approche du bureau et la jeune femme me regarde avec le sourire.
-En quoi puis-je vos aider madame ?
-Je… Je vais accoucher… Balbutié-je timidement, en essayant de respirer régulièrement.
-J’appelle tout de suite un médecin !
-Voilà quelqu’un qui fait son travail ! En est ravie ma mère. Tu vois, c’est bon signe ça ! M’assure-t-elle ensuite en me souriant, espérant me rassurer de cette manière.

Nous sommes très vite accueillies par un médecin, qui prend le temps de m’ausculter à la maternité. Elle en conclue très rapidement que le travail a effectivement commencé et qu’il est même temps de passer en salle de travail. Elle me parle avec calme et bienveillance mais cela ne me rassure pas pour autant. Une infirmière m’aide à me déshabiller et à enfiler une blouse, pour ensuite m’emmener dans une nouvelle pièce, avec une grosse machine étrange et terrifiante.
Je m’installe dessus, pas franchement rassurée par cette machine de torture. Pourvu que l’accouchement soit rapide !

Ma mère entre rapidement dans la salle à son tour, bien décidée à ne pas me laisser seule une seconde. Elle reste près de moi, et fait tout pour me rassurer. Cela me rappelle quand j’étais petite et qu’elle essayait de me consoler après un cauchemar. Oh ma petite maman, qu’est-ce que je te fais subir encore ?
Je vois bien qu’elle est inquiète pour moi, même si elle fait tout pour ne rien montrer. Cela ne doit pas être évident pour elle de voir sa fille souffrir sans ne pouvoir rien faire. Mais elle continue à se montrer forte, pour ne pas me causer davantage de soucis.
J’ai vraiment une mère en or. Parviendrais-je à être à son niveau avec ma crevette ?

Le travail commence et le médecin m’encourage. Ma mère me tient la main, et fait tout m’aider à me détendre. Mais c’est dur, j’ai mal, je fatigue. J’en ai marre de cette situation. L’accouchement s’éternise et je n’en peux plus. Je me demande si tout est normal. Pourquoi cela dure si longtemps ? Et pourquoi le médecin fronce les sourcils de cette manière ? Qu’est-ce qui se passe ?
Je me sens mal, si mal… J’ai soudain l’impression d’être déconnectée de la réalité. Je repose ma tête et le plafond me parait flou. Je ferme les yeux pour respirer un grand coup… Et puis, c’est le trou noir…

-Madame Opaline, je vais vous demander de sortir. Ordonne brusquement le médecin, tandis qu’une infirmière va à la rencontre de Maetha pour la guider vers l’extérieur de la salle de travail. Maetha la repousse, terriblement inquiète pour sa fille qui vient tout juste de perdre connaissance devant ses yeux.
-Pas question ! Pas sans savoir ce qui arrive à ma fille !! Dites moi ce qui se passe !!
-Je ne sais pas Madame. Mais si vous voulez que je puisse m’occuper de votre fille, je vous prie de bien vouloir sortir immédiatement ! Reste ferme le médecin, dont le stress se percevait dans la voix.
Maetha finit par obtempérer. Elle se rend dans la salle d’attente mais elle est incapable de tenir en place. Elle appelle Nick pour le tenir au courant de la situation et il essaie de se dépêcher pour venir la rejoindre à l’hôpital. Elle tourne en rond dans la salle, donnant le tournis aux autres personnes qui attendent. Certains lui demandent de s’asseoir, mais elle les envoie paître. Comment pourrait-elle rester calme alors qu’elle ignore comment se porte sa fille ? Elle ne pourra pas trouver le repos tant qu’elle ne saura pas comment elle va !
Un médecin finit par venir la voir. Maetha ignore depuis combien elle attend. Elle n’a pas regardé l’heure et cela lui a paru terriblement long.
-Comment se porte ma fille ? Lui demande directement Maetha, inquiète.
-Madame Opaline, votre fille et son bébé se portent bien et tout ira bien, ne vous inquiétez pas. Cependant ….