Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 35

Aujourd’hui, c’est Halloween. J’avoue que cela fait bien longtemps que je n’ai pas pris le temps de célébrer cette fête, n’ayant pas forcément la tête ni l’envie de faire cet effort.
Mais ce soir, j’ai envie de sortir. J’ai envie de m’apprêter pour l’occasion, de changer de style juste pour un soir. Joy est grande maintenant, je peux me permettre quelques sorties et de la laisser seule à la maison. Je suis encore jeune et je veux encore en profiter. Ce n’est pas quand j’aurais des cheveux blancs que je pourrai me permettre de sortir jusqu’à tard le soir.

Alors, pour ce soir, je me suis faite plaisir. Je me suis offerte une longue robe noire et rouge, aux allures un peu sombres et gothiques. J’ai également opté pour un maquillage plus prononcé. L’ensemble reste sobre, sans exagération, sans trop en faire. Je reste jeune, mais les déguisements classiques ne m’amusent plus. J’ai envie d’une tenue plus adaptée pour mon âge.
Et puis, je ne vais pas dans une fête privée, ce soir. Au contraire, je vais au cinéma pour leur soirée spéciale Halloween, où l’établissement ne va diffuser que des films d’horreur.
Une fois prête, j’observe mon reflet dans le miroir. Je ne peux m’empêcher de sourire, le cœur battant à tout rompre dans ma poitrine. J’essaie de ne pas trop penser à cette soirée mais je suis sûre d’une chose : je suis plus que satisfaite de mon apparence de ce soir.

Après m’être assurée que tout soit parfait, je finis par sortir de ma chambre. Joy ne travaille plus sur sa fusée et joue maintenant aux échecs. Pour elle, pas de déguisement non plus. Elle conserve son look habituel. Je n’ai pas arrêté de l’interroger sur ses projets pour ce soir, mais elle m’affirme qu’elle va rester à la maison. Elle n’a visiblement aucune envie de prendre part aux traditions d’Halloween.
-Je vais y aller ma puce. Comment tu me trouves ? Lui demandé-je alors en tournant sur moi-même.
-Whoua, Maman, tu es magnifique ! M’assure Joy en m’offrant un grand sourire. Tu vas au cinéma, c’est ça ?
-Oui, avec Caroline, Pierre et Paul. Lui confirmé-je en hochant la tête. Si jamais tu changes d’avis, tu sais que Sarah fait une fête pour Halloween chez elle. Elle serait ravie que tu viennes.
-Je sais Maman, mais ça ne me tente vraiment pas. Refuse-t-elle en grimaçant. Je préfère rester ici, au calme.
-Comme tu voudras. Bonne soirée ma puce.
-Bonne soirée Maman.

Je m’empresse ensuite de sortir de la maison pour prendre le chemin vers Magnolia Promenade. Je suis assez nerveuse dans la voiture, mais j’allume la radio à fond pour me vider l’esprit. Mon rythme cardiaque s’accélère lorsque j’arrive à destination. Je m’approche du cinéma et je vois Paul qui est déjà arrivé, et qui me sourit en me voyant. Lui aussi a fait un effort dans le choix de sa tenue.
J’avoue, j’ai menti à ma fille. Caroline et Pierre ne seront pas là ce soir et il n’a jamais été prévu qu’ils viennent avec nous au cinéma.
Ce soir, il y a juste Paul et moi. Juste nous deux… Et c’est pour cela que je suis un peu nerveuse. Que je m’assois avec bonheur sur le siège de la salle de cinéma, tellement j’ai crains que mes jambes flageolantes me lâchent.
Il y a quelques jours, Paul m’a proposé que nous sortions, tous les deux. Il a vu une publicité sur la soirée films d’horreur au cinéma et m’a demandé si je voulais l’accompagner. En me précisant que nous serions que tous les deux.
J’ai dit oui sans réfléchir. Je n’en avais pas besoin, j’en avais vraiment envie. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de m’interroger depuis … Est-ce une simple sortie entre amis ? N’a-t-il pas proposé de venir à Caroline et Pierre car il savait qu’ils seraient déjà occupés avec leurs enfants ?
Ou bien … est-ce un rencard ?

J’essaie tant bien que mal de me concentrer sur le film. Mais il m’a tout l’air d’un navet et mon cerveau en profite pour tourner à plein régime. Le fait de ne pas savoir s’il s’agit d’un rendez-vous ou non me perturbe plus que de raison. Je n’ai pas à m’inquiéter et je dois juste profiter de cette soirée. Je passe déjà beaucoup de temps avec lui et cette soirée n’est qu’une occasion d’être seulement tous les deux, en-dehors de la maison et du regard de ma fille. Chaque moment passé avec lui me rend heureuse, alors cette soirée, peu importe ce qu’elle est, ne devrait pas faire exception à la règle.
Je respire un grand coup pour essayer de me détendre. Du coin de l’œil, j’aperçois Paul qui me regarde. Mon cœur s’emballe et j’ai du mal à retenir un sourire.
-Tout va bien Rosie ? Me demande-t-il à voix basse, bien que nous soyons seuls dans la salle de cinéma.

-Oui, ce film est un navet. Tu paries combien que la blonde stupide va mourir en premier ? Lui réponds-je en essayant d’être la plus naturelle possible. Je tente même de retenir un rire nerveux. Un vrai cliché ambulant.
-Je suis désolé, j’avoue ne pas avoir fait attention à la programmation. C’est peut-être pour ça qu’il n’y a personne. Ajoute-t-il, un peu penaud, comme s’il craignait avoir gâché la soirée. Je… J’avais juste envie que l’on passe un moment tous les deux.
-Ne t’en fais pas, cela ne nous empêchera pas de passer une bonne soirée. Le rassuré-je en lui souriant, quand l’écran de cinéma devient subitement noir.

Soudain, un monstre apparaît à l’écran en hurlant, pour s’en prendre évidemment à la jeune femme blonde. Sous la surprise, je ne peux m’empêcher de sursauter et de laisser échapper un cri. Mon cœur bat à vive allure, mais plus pour les mêmes raisons.
-Aaah ! Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?!
Je respire un grand coup pour essayer de retrouver un rythme normal. A côté de moi, j’entends Paul qui se retient de rire, mais son hilarité est loin d’être discrète.
Je lui lance aussitôt un regard noir, mais Paul ne peut plus retenir son fou rire. Et je ne peux pas m’empêcher de rire à mon tour de ma réaction.
J’essaie de me reconcentrer sur le film, en espérant que je ne vais pas frôler une nouvelle fois la crise cardiaque. Je sens la main de Paul se saisir de la mienne.
-Ne t’inquiète pas, me murmure-t-il à l’oreille, avec un ton un brin moqueur, je suis là pour te protéger si le monstre sort de l’écran.
En réaction, je lui assène une petite tape sur l’épaule en le traitant d’idiot. Il se remet à rire, fier de sa boutade.
On continue de se moquer du film, ma main toujours dans la sienne.
C’est peut-être bien un rendez-vous, ce soir. Mais au fond, quelle importance ?

Il est minuit passé lorsque nous sortons du cinéma. Le film était un véritable navet bourré de clichés, mais cela ne nous a pas empêché de passer un agréable moment, rien que tous les deux. Et même si le film était nul, je n’ai pas vu le temps passé.
Une fois dehors, je dois avouer que je n’ai pas envie de partir et de rentrer chez moi. Et vu que Paul ne fait pas un pas en direction de sa voiture, je suppose que lui non plus. Nous nous baladons donc un peu. Nous nous avançons vers le cours d’eau. Malgré l’hiver qui arrive, il ne fait pas encore trop froid.

-J’ai senti une goutte. On dirait qu’il va commencer à pleuvoir. Soufflé-je sur un ton de regret alors que j’observe le ciel menaçant.
-Ce n’est pas très grave, si ? Réagit à son tour Paul alors qu’il s’avance vers moi. Je sens sa main glisser dans mon dos et je retiens un frisson. Tu as froid ? Tu veux que je te passe mon manteau ?

-Non, ça va aller, mais merci. Refusé-je tout en me tournant vers lui.
Mon regard se perd alors dans le sien. J’oublie alors la pluie qui commence doucement à tomber. Je ne perçois que de la tendresse dans ses yeux, et j’en reviens à me poser la même stupide question. Mon cœur se serre en réalisant cela.
Au final, peut-être que la réponse changerait tout. Peut-être même que j’ai peur de la réponse.
Cela fait quelques temps que je me suis mise à reconsidérer notre relation. Je réalise petit à petit que Paul n’est plus un simple ami à mes yeux, que j’en viens à regretter son départ lorsqu’il rentre chez lui et à être impatiente à l’idée de sa prochaine visite. Je me sens plus légère en sa présence et j’ai le sourire rien qu’à l’évocation de son nom. Et je sais très bien que je n’ai pas acheté cette robe juste pour jouer le jeu d’Halloween. Je l’ai également acheté pour me mettre en valeur, avec le secret espoir qu’elle plairait à Paul.
Je me suis réjouie de ce rendez-vous, mais j’ai subitement réalisé que Paul n’en a jamais fait mention. Il n’a jamais utilisé ce terme pour qualifier cette soirée. Et si je m’étais trompée ? Et si je m’étais tout simplement fait des films ? Et si j’avais tout faux sur les intentions de Paul ?

-Tout va bien Rosie ? Tu as l’air ailleurs. Me sort-il subitement de mes pensées. Je lui souris donc en réaction, sans trop savoir quoi répondre. Je me sens soudain ridicule. Je suis une adulte et j’ai pourtant l’impression d’avoir des réactions d’adolescente.
Mais ce n’est plus ce que je suis aujourd’hui. Alors, malgré mes craintes, il faut que je prenne mon courage à deux mains.

-Paul… C’est quoi pour toi, cette soirée ? Lui demandé-je alors, en retenant mon souffle.

-Comment ça ? Ne semble-t-il pas comprendre, me lançant un regard interrogateur. Je sens mon stress grimper en flèche. Paul, pourquoi ne peux-tu pas comprendre toute suite ?
-Eh bien, est-ce que c’était un rendez-vous ? Ou bien… c’était juste une sortie… comme ça … entre amis? Tenté-je d’être plus explicite. S’il ne comprend pas, je crois que je pourrais me jeter dans l’eau par dépit.
Mais je vois soudainement son regard s’illuminer. Mon bat à une vitesse folle mais je suis soulagée. Il semble avoir compris. Je n’ai donc pas besoin de faire ami-ami avec les poissons.
-Pour être honnête, il s’agissait effectivement d’un rendez-vous. M’avoue alors Paul en me souriant, avec une assurance qui m’étonne presque. C’est dans ces moments-là que je réalise à quel point nous avons changé durant toutes ces années. J’ai l’impression que nous nous sommes beaucoup rapprochés depuis mon retour ici et je dois t’avouer que je ne te vois plus seulement comme une simple amie. J’ai pensé qu’il en était de même pour toi, mais je me suis peut-être trompé. Alors, si tu as envie que ce soit une simple soirée entre amis, ça peut l’être aus…

Il ne termine pas sa phrase. Je n’en lui laisse pas l’occasion. Rassurée et plus sûre de moi que jamais, je l’ai interrompu par un baiser.
J’ai senti mon cœur bondir pendant sa réponse, faisant disparaître mes craintes et confirmant mes pensées. Il continuait de parler, mais je n’avais plus qu’une seule envie : l’embrasser.
Alors, puisque nous ne sommes plus des adolescents, je me suis jetée à l’eau. Je me suis approchée et je me suis emparée de ses lèvres.
Je sens Paul répondre à mon baiser. Ses bras m’entourent et me serrent contre lui pour prolonger cet instant.
Mon cœur s’envole et je me rends compte que je ne voudrais être nul part ailleurs que dans la chaleur de ses bras.

Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 34

Rosae

Une fusée. Ma fille a gagné une fusée.
Pas une fusée miniature, non. Une vraie fusée. Grandeur nature. Qui vole dans le ciel et dans l’espace. Qu’elle doit monter elle-même.
On m’aurait dit ça avant, j’aurais pensé à une blague. C’est impossible d’avoir sa propre fusée dans son jardin !
Et bien apparemment, et d’après les agents de l’agence spatiale venus livrer toutes les pièces et le matériels nécessaire, c’est possible. Surtout quand l’agence spatiale veut absolument recruter quelqu’un.
Je suis fière de Joy, fière de voir à quel point elle est brillante et intelligente, au point que l’agence spatiale lui offre une véritable fusée pour la convaincre de travailler pour eux dès qu’elle aura son diplôme en poche.
Mais une fusée ! Une fusée dans mon jardin !

J’ai encore du mal à réaliser, même lorsque je vois Joy bricoler dessus. Elle était soulagée et ravie que je ne vois pas d’inconvénients à avoir une fusée dans le jardin. En même temps, je dois avouer que j’étais beaucoup trop sonnée pour protester. Pendant une seconde, j’ai même cru à une caméra cachée.
Néanmoins, je ne vois pas comment j’aurais pu refuser. C’est son rêve d’aller dans l’espace. Cela l’a toujours fascinée. Avoir sa propre fusée, c’est l’occasion unique de pouvoir y aller à sa guise, et de faire des découvertes incroyables. Elle a travaillé dur pour l’obtenir. J’aurais été cruelle de dire non. D’autant plus que nous avons pile poil la place pour accueillir son engin.

Je sors régulièrement la voir pour m’assurer que tout va bien. Elle passe des heures dehors à monter les différentes pièces de sa fusée.
Autant dire que je ne suis pas rassurée. Je m’inquiète déjà quand elle bricole l’électroménager, alors, une fusée…
Mais elle m’assure qu’elle maîtrise et que je n’ai pas à m’en faire. Elle étudie beaucoup pour construire au mieux sa fusée. Elle se rend plusieurs fois à la bibliothèque pour trouver davantage de documents sur ce sujet. Je ne sais pas si elle peut trouver des plans de montage de fusée, mais puisqu’elle le dit …

Paul vient régulièrement à la maison. Il dit en plaisantant que cela lui repose les oreilles. Apparemment, les bambins de Pierre sont assez remuants et bruyants. S’ils tiennent de Pierre, cela ne m’étonne pas. Avec Lucia, ils doivent être épuisés le soir et doivent remercier Paul d’être là pour leur donner un coup de main de temps en temps. Et lui, il est heureux de passer du temps avec son neveu et sa nièce.
Mais je vois bien qu’il apprécie la compagnie d’une adulte et du calme d’une maison sans enfant en bas âge.
Et, quant à moi, c’est toujours un plaisir d’avoir un ami à la maison.
-Joy travaille toujours sur sa fusée ?
-Elle y passe tout son temps oui. Par moment, je me demande si j’ai une fille. Lui avoué-je, ce qui a l’air de l’amuser. Mais je ne peux m’empêcher de m’inquiéter. J’ai peur qu’elle se fasse mal en montant sa fusée ou qu’il lui arrive quelque chose lorsqu’elle voudra aller voyager avec.

-Une fusée en état de voler ne se monte pas en un jour Rosie. D’ici qu’elle ait terminé, elle aura intégré l’agence spatiale et elle sera formée pour voyager dans l’espace. Tu n’as pas à t’en faire. Tente-t-il de me rassurer.
-Et si elle termine sa fusée avant ?
-Si elle est suffisamment intelligente pour se faire embaucher sur la base d’un projet scolaire et de se voir offrir une vraie fusée, elle le sera suffisamment pour ne pas prendre de risque. Elle veut voyager dans l’espace, pas se crasher au premier essai.
-Se crasher ? Tu es sûr que tu veux me rassurer ? Blêmis-je en réponse, ce qui fait rire Paul. Mais tu as raison… Quand elle n’est pas en train de bricoler sa fusée, elle est à la bibliothèque pour étudier les voyages spatiaux et la construction de fusée.
-Eh bien, tu vois que tu n’as pas à t’en faire!
-Mouais… Par moment, je me demande si ses visites à la bibliothèque ne cache pas quelque chose. Lui dis-je sur un ton suspicieux.
-Pourquoi ?

-Je crois qu’elle a un crush. Chuchoté-je alors que Joy traverse la maison pour ranger son matériel dans le garage.
-Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Me demande-t-il en chuchotant, sur le ton de confidence.
-Oh deux-trois détails. Elle est de nature solitaire et elle se rend beaucoup à la bibliothèque sans jamais rien emprunter pour pouvoir étudier ici tranquillement. Et elle est bien souriante pour quelqu’un qui va « juste » étudier à la bibliothèque.
-Je vois. Me répond-t-il avec un sourire amusé, alors que je vois son regard se poser derrière moi.
-Vous parlez de quoi ? Nous interroge Joy tandis qu’elle est en train de se servir à manger dans le frigo. Avec Paul, nous nous regardons comme si nous avions peur d’avoir été pris en flagrant délit de commérage.
-Oh, ta mère s’inquiète juste de tes futures voyages dans l’espace. Lui dit-il le plus naturellement du monde alors que je me retiens de rire.
-Comme s’il y a besoin de s’inquiéter. Je vais être formée par l’agence spatiale pour pouvoir aller dans l’espace.
-C’est ce que je lui ai dis.

Joy

Je crois qu’ils me prennent pour une idiote. Je ne doute pas que ma mère s’inquiète pour moi car un voyage dans l’espace n’est pas anodin, mais vu comment ils ricanent, je ne pense pas qu’ils parlent seulement de mon avenir. Je ne sais pas ce qui les amuse mais pour être honnête, je préfère ne pas savoir.
-Je vais vous laisser. Annonce alors Paul tout en se levant du canapé. Il commence à se faire tard et ça doit être plus tranquille à la maison.
-Je te raccompagne. Lui répond Maman alors que je les observe avec un regard suspicieux.

Paul vient souvent à la maison voir Maman. Bien plus que Pierre ou encore Caroline. Même Tonton et Tata ne viennent pas aussi souvent. Maman dit qu’il a besoin de prendre l’air et de se reposer les oreilles, à cause de Patrick et Marina qui passent leur temps à crier chez Pierre et Lucia.
Mouais, quelque chose me dit qu’il n’y a pas que ça. Car si ça le gênait vraiment, il passerait son temps à chercher un appartement.
Non pas que je me plaigne de sa présence ici. J’aime bien Paul, il est gentil. Mais je trouve juste qu’il passe beaucoup de temps à la maison pour un simple ami. Et Maman est toujours heureuse qu’il vienne ici, et je ne l’ai jamais vu aussi souriante et de bonne humeur qu’après son passage.
Il y a anguille sous roche moi j’dis.
-Passe une bonne soirée Paul. Lui dit Maman en le raccompagnant à la porte.
-A toi aussi, Rosie. Lui répondit-il avec une voix… tendre ? Bonne soirée à toi aussi Joy !
-Merci, toi aussi.

Après avoir fermé derrière Paul, Maman se sert à son tour à manger. Je ne peux m’empêcher de l’observer du coin de l’œil. Elle est bien joyeuse dis donc, c’est indéniable. Je ne sais pas ce que lui fait Paul (et je ne veux surtout pas savoir) mais elle est toujours ainsi quand elle le voit.
-Il est gentil, Paul. Lui signalé-je, l’air de rien.
-Hein ? Oh oui. Il a toujours été adorable. Mon répond-t-elle distraitement. Je l’ai sorti de ses pensées visiblement.
-Au fait, tu savais que Papa a rencontré quelqu’un ? Tenté-je pour voir si je vais parvenir à la faire réagir.
-Pardon ?! Sursaute-t-elle de surprise. Depuis quand ? Qui c’est ? Il te l’a dit ?

-Cela fait quelques temps maintenant. Il l’a rencontré dans le cadre du boulot. Sa maison d’édition veut publier des artbook et comme elle est journaliste artistique, elle a été son contact privilégier pour trouver des artistes. Lui expliqué-je en me retenant de rire face à sa surprise. Ils ont pas mal de points communs apparemment.
-Oh c’est super ! C’est bien qu’il se soit trouvé quelqu’un, il mérite d’être heureux.
-Ouais c’est clair. Elle s’appelle Kalpita, elle devrait être là pour mon anniversaire. Elle aussi, elle est gentille.
-Comment ça, elle aussi ?
-Oh le lave-vaisselle est cassée ! Attends, je vais chercher de quoi le réparer ! M’exclamé-je en riant intérieurement, même si elle semble heureuse de savoir que Papa a refait sa vie.
Cela m’a surprise quand il me l’a annoncé. Il semblait un peu stressé à l’idée de m’en parler, du moins à ce que j’ai pu voir par la webcam. J’ai même pu discuter un peu avec Kalpita. Mais, j’ai surtout vu le regard de Papa sur elle. Il regardait de la même façon Maman, avant leur mariage annulé.
Et aujourd’hui, Maman regarde Paul de la même manière.

Je m’empresse de prendre un tournevis et de débrancher le lave-vaisselle. Je commence aussitôt à le bricoler pour essayer de le réparer.
-A quoi penses-tu quand tu dis qu’elle aussi, elle est gentille ? Me redemande Maman, n’étant pas dupe face à mon changement de sujet.
-Juste que Papa est heureux avec elle. Haussé-je les épaules. Et c’est chouette qu’il ait refait sa vie avec elle.
-Mais encore ?
-Mais il n’est pas le seul à mériter d’être heureux, Maman. Lui signalé-je plus clairement. Toi aussi tu as le droit de trouver quelqu’un.
-Et tu crois que j’ai besoin des conseils de ma fille adolescente ? Me demande-t-elle sur un ton sceptique.
-Je rappelle juste une évidence. Le lave-vaisselle est réparée ! Annoncé-je ensuite, avant de le rebrancher et de filer dans ma chambre.

Rosae

Joy est bien étrange ce soir. J’ignore ce qu’elle s’est mise en tête mais j’ai bien compris qu’elle a essayé de me faire passer un message.
Je reste songeuse, en sachant que Sven a rencontré quelqu’un et refait sa vie. Je savais que cela arriverait un jour, ou du moins, je l’espérais. Sven est un homme formidable et c’était certain qu’un jour, une femme le remarquerait aussi.
Je pensais que cela me bouleverserait, de le savoir de nouveau en couple. Il a été mon premier amour et savoir qu’il est maintenant avec une autre femme aurait pu me faire bizarre, me rendre nostalgique de ce temps lointain.
Mais en réalité, je suis juste heureuse pour lui. Il a tourné la page et c’est ce qui lui pouvait arriver de mieux.

Les jours suivants, Joy ne me fait plus de sous-entendus étranges. Je perçois ses regards amusés par moment, en particulier quand Paul est à la maison, mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi cela l’amuse. Je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête, mais je crois qu’il ne vaut mieux pas que je cherche à comprendre.
Et puis, en ce moment, elle n’a que le mot fusée dans la bouche, de toute façon. Je ne comprends pas tout quand elle en parle, alors je me contente de lui sourire et de hocher la tête.
C’est dans ces moments-là que je réalise qu’elle a grandi et qu’elle n’est plus une petite fille qui se contente de rêver d’un monde au-delà des étoiles.

Malgré le temps qu’elle passe sur sa fusée, elle prend quand même le temps de s’occuper de Phenix. Malgré l’automne bien avancée et la température fraîche, elle ne rechigne à le sortir pour qu’il puisse se dégourdir les pattes. Et ce, même si elle n’aime pas le froid.
La plupart du temps, elle en profite pour aller courir. Elle enfile sa tenue de sport et une bonne paire de baskets, et elle court avec Phenix. Elle dit qu’elle doit être en forme physiquement pour son futur travail. Elle se donne à fond, pour pouvoir réussir et réaliser ses rêves.
Je suis si fière d’elle, et je crains moins sa prochaine entrée dans l’âge adulte.
Même si j’ai du mal à réaliser qu’à mon âge, je vais déjà avoir une fille en âge de travailler et de mener sa propre vie.

Néanmoins, je vois bien que son esprit n’est pas totalement concentré sur son objectif de devenir astronaute. Et ce, même si elle me fait des cachotteries.
-Maman, je vais à la bibliothèque ! M’annonce-t-elle d’ailleurs, après s’être douchée à la suite de son footing avec Phenix.
-Encore ? Tu y passes beaucoup de temps décidément. Lui signalé-je, sur un ton amusé.
-Il faut bien, si je veux finir ma fusée et l’améliorer ! Et il faut que je me prépare pour mon futur travail ! Se justifie-t-elle avec un air innocent. Allez, à plus tard Maman !
-A plus tard. Lui répondis-je, loin d’être dupe.
Même si elle ne me le dit pas, je suis persuadée que derrière le mot « bibliothèque » se cache un garçon. Pour quelqu’un de solitaire, elle passe beaucoup trop de temps à la bibliothèque pour que cela soit innocent.
En supposant qu’elle aille réellement à la bibliothèque, mais je crois que je préfère ne pas savoir.

Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 33

Quelques semaines sont passés depuis que j’ai revu Paul au restaurant. Je lui ai beaucoup parlé par téléphone, mais nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de nous voir en raison des dernières formalités de son divorce avec Sylvia. Etant donné qu’ils n’ont pas eu d’enfants, et qu’ils sont tous les deux d’accord pour se séparer et en finir le plus rapidement possible, le processus est, au final, assez simple.
Aujourd’hui, Paul est officiellement divorcé. D’après Pierre, le jour où il a signé les papiers mettant fin à son mariage, il n’avait jamais vu Paul aussi malheureux. J’avais mal au cœur pour lui, ne sachant pas quoi faire pour lui remonter le moral.
Puis, Caroline a fini par accoucher, d’un deuxième petit garçon. Un petit Eric. Apparemment, Hugo est ravi d’être grand frère et il a déjà hâte qu’Eric grandisse pour jouer avec lui et avec leurs cousins. J’ai eu une pensée pour Marina, seule fille au milieu de Patrick, Hugo et maintenant Eric. La pauvre, il va falloir qu’elle s’affirme pour s’imposer au milieu des garçons.
Mais cette merveille naissance me permet de mettre mon plan à exécution, avec Caroline et Pierre comme complices. Tous les deux ont trouvé l’idée super.
Alors un soir, nous nous donnons rendez-vous devant le bowling, celui où nous sortions lorsque nous étions adolescents. L’objectif ? Rappeler de bons souvenirs à Paul et lui changer les idées avec nous.
Et accessoirement, lui permettre de se défouler sur les quilles.

-Salut Caro ! Salué-je ma meilleure amie alors qu’elle vient d’arriver avec Pierre et Paul, qui est surpris de la destination. Pas trop dur de laisser Eric ?
-Oh ça va aller. Je fais confiance à Manon pour gérer les garçons. M’affirme-t-elle avec un sourire. Et elle est contente que je m’accorde du temps pour m’amuser. Surtout pour une mission commando !
-Ha ha ! Réagit sans attendre Paul. J’ignorais que le bowling avait des vertus thérapeutiques !
-C’est pour te rappeler ta folle jeunesse, quand tu étais encore plus relou qu’aujourd’hui ! Le taquine sans attendre Pierre, ne manquant pas une occasion de plaisanter. Comme à son habitude.

Nous ne tardons pas ensuite à entrer à l’intérieur du bowling comptant sur notre enthousiasme pour contaminer Paul. Il semble un peu réticent et dubitatif, mais petit à petit, il semble se détendre.
Très vite, nous avons les chaussures aux pieds et nous nous rendons sur notre piste de bowling. Je suis la première à passer et je m’empresse à me saisir d’une boule pour la lancer en direction des quilles.
-Quel déhanché Rosie ! On comprend pourquoi Sven à succomber ! Ne tarde pas à me chambrer Pierre, avec son humour habituel, comme s’il essayait de me déconcentrer.
-Mais quel humour dis donc ! Lui répliqué-je sans quitter ma boule des yeux.

-Et voilà le travail ! Ne tardé-je pas à me vanter en voyant toutes les quilles tomber après le passage de ma boule. Un magnifique strike !
-C’est juste parce que tu es encore fraîche et dispo ! Je suis sûr que si tu bois un verre, tu enverras ta boule dans la piste d’à côté ! Fait mine Pierre de ne pas être convaincu. En réponse, Caroline lui donne une tape sur l’épaule en l’invitant à ne pas être mauvais joueur.
-C’est juste que tu es jaloux car tu as toujours été nul au bowling. Ne manque pas de répliquer Paul à son tour. Je ne peux m’empêcher de sourire en voyant que mon ami se prend au jeu et s’imprègne dans l’ambiance de la soirée.
-Je ne vois ab-so-lu-ment pas de quoi tu parles ! La chaleur tropicale t’a ramolli le cerveau car j’ai toujours été naturellement doué ! Nie effrontément Pierre, ce qui ne manque pas de faire rire tout le monde.
-Mon pauvre Pierre, toujours en plein déni face à la réalité ! En rajouté-je une couche à mon tour.

La soirée se déroule le plus merveilleusement du monde. Les tracas semblent bien loin dans nos esprits et je n’ai pas vu Paul sourire et rire autant depuis son retour. Mon cœur se réchauffe en le voyant ainsi, et je me dis que j’ai eu une bonne idée d’organiser cette soirée. Je sais d’expérience que, lorsque l’on va mal, il n’y a rien de mieux que l’amour des personnes qui nous sont proches pour aller mieux.
Pendant que Pierre essaie de se concentrer pour lancer sa boule, qui finira certainement dans la gouttière, Paul en profite pour me prendre à part pour me parler.

-Caroline m’a dit que c’est toi qui a eu l’idée de cette soirée. M’avoue-t-il alors avec calme, alors que je me demande où il veut en venir.
-Oui, je me suis dit que cela te ferait du bien qu’on se réunisse tous ensemble, rien que tous les quatre. Comme au bon vieux temps !
-Tu as eu raison, Rosie… Je.. Merci beaucoup. Ca me touche. Me dit-il ensuite avant de me prendre dans ses bras avec reconnaissance. Je lui rends son étreinte avec plaisir, ravie d’avoir réussi à lui rendre le sourire.
-C’est normal Paul. Je serai toujours là pour toi, tu sais ? Je n’aime pas te voir malheureux. Lui assuré-je, alors que je me surprends à ne pas avoir envie de quitter ses bras.
-Je sais. Et moi aussi, je suis là pour toi si tu as besoin. Et…
-Hey Paul ! Quand tu auras fini d’essayer de pécho Rosie, tu pourras venir jouer ? C’est à ton tour ! Le coupe brusquement Pierre en nous faisant sursauter. Aussitôt, nous nous éloignons l’un de l’autre, un peu gênés, et Paul ne tarde pas à s’emparer d’une boule pour la lancer sur la piste, comme pour se donner une contenance.
Quant à moi, j’essaie de faire comme si de rien était. Après tout, Pierre ne faisait que plaisanter.

La soirée reprend son cours, et j’essaie de penser à autre chose. Je n’ai pas à être perturbée de toute façon. Paul est un de mes meilleurs amis et il m’a pris dans ses bras pour me remercier d’être présente pour lui. Il n’y a rien de mal, ni d’extraordinaire. Son étreinte était agréable, mais un câlin fait toujours du bien, même sans aucune intention romantique.
Alors, pourquoi suis-je si perturbée lorsque je me plonge dans le regard de Paul ?
-Hey ! C’est qui la meilleure ? S’exclame Caroline en faisant une danse de la joie après son quatrième strike de la partie. Même en venant d’accoucher, je vous lamine tous au bowling !
-Par contre, en danse, tu as encore des progrès à faire la frangine ! Rétorque sans attendre Pierre.
-Espèce de jaloux! Moi au moins, je suis bonne dans un domaine !
-Dans un domaine seulement ? Ma pauvre, je compatis tellement !

J’écoute mes amis d’une oreille, tellement je suis perdue dans mes pensées. Je réagis à peine aux plaisanteries de Pierre, même s’il ne manque pas d’amuser la galerie. Je sursaute lorsqu’on m’appelle parce que c’est à mon tour de jouer.
Je secoue la tête. J’ignore pourquoi je me prends autant la tête. Paul m’a juste manqué durant plusieurs années et je suis heureuse de le retrouver, rien de plus.
Je m’empare d’une boule de bowling et je m’empresse de la lancer. Mais, je trébuche en la lançant et je m’étale de tout mon long sur la piste de bowling !
J’entends Pierre éclater de rire derrière moi, chose qui n’est pas surprenant de sa part. Caroline me demande si je vais bien. Mon ego et moi avons tellement honte que nous n’osons pas nous relever pour affronter le regard des autres.
Paul, lui, s’empresse de venir vers moi pour s’assurer que je vais bien. Je hoche la tête pour confirmer que tout va bien, et il m’aide à me relever. Je vois l’inquiétude sur son regard et je lui offre un grand sourire pour le rassurer.
Je vais certainement m’en sortir avec des bleus et une dignité au fond des chaussettes.

Après notre partie de bowling où Caroline, sans surprise, en est sortie victorieuse, nous nous sommes rapatriés dans l’espace jeux du bowling.
Soidisant pour que j’évite d’esquinter mes vieux os, d’après Pierre. Je n’ai pas manqué de le fusiller gentiment du regard en lui rappelant que si mes os sont vieux, les siens le sont encore plus.
Le baby-foot étant libre, nous avons décidé de faire une partie. Les filles contre les garçons ! Avec Caroline, nous nous sommes lancées un regard confiant, prêtes à prouver notre supériorité féminine aux garçons. Nous nous motivons et nous donnons à fond pour les battre.

Malheureusement, nos efforts sont vains et nous sommes obligées de reconnaître qu’ils ont été plus forts que nous. Nous n’avons même pas réussies à marquer un seul point !
Et, évidemment, Pierre ne manque pas cette occasion pour se mettre en avant !
-Eh oui les filles, ils restent des domaines où les hommes, les vrais, restent les meilleurs ! S’exclame-t-il, fier comme un coq, en bombant le torse. N’est-ce pas Paul ?
-Je ne suis pas sûr que tu devrais jouer sur ce terrain-là. Se montre plus réserver ce dernier, alors que Caroline affiche un sourire moqueur.
-Ne t’inquiète pas Paul. Il est vrai que Pierre a eu une belle victoire à un sport à la hauteur de ses capacités ! C’est beau de gagner à un jeu de foot … miniature. Rétorque alors Caroline alors que je ne peux m’empêcher de ricaner. Pierre, lui, ne semble pas comprendre, ce qui ne fait qu’augmenter notre hilarité.
-Tu sais qu’elle vient de dire qu’en sport, t’es nul, sauf quand c’est une version miniature ? Lui traduit alors Paul en se retenant de rire alors que Pierre réfute aussitôt cette affirmation.
-Et en plus, tu peux dire merci à Paul car c’est lui qui a tout fait ! En rajouté-je une couche.
-Tututu ! C’est juste grâce à mon immense talent que nous avons gagné ! Et… Qu’est-ce que tu regardes, toi ? S’adresse-t-il subitement à son frère qui regarde vers le sol.
-Tes chevilles. Je vérifie qu’elles n’enflent pas trop. Lui répond-t-il au tac-au-tac, nous faisant éclater de rire, fou rire accentuer par la mine déconfite de Pierre.

Je suis rentrée tard de ma soirée avec mes amis. J’ai essayé de faire le moins de bruit possible pour éviter de réveiller Joy. Je me suis endormie avec le sourire ce soir-là, ravie de cette soirée. J’ai réalisé que cela faisait longtemps que je ne m’étais pas accordée une sortie le soir. Pas depuis la mort de mon père, il me semble. Je me suis consacrée à ma fille, et je ne le regrette absolument pas.
Mais je dois bien l’admettre. Cela m’avait manqué de prendre du temps pour moi et de sortir avec mes amis.
Quelques jours plus tard, alors que je range au frigo les préparations pour le repas de ce soir, Joy rentre du lycée avec une moue gênée sur le visage. Je fronce les sourcils, me demandant ce qui a bien pu se passer aujourd’hui.

-Joy ? Tout va bien ?
-Maman… Est-ce que je peux te parler ? Me demande-t-elle, hésitante, visiblement embarrassée.
-Bien sûr ma puce, viens t’asseoir. Lui proposé-je en m’installant moi-même à table.

Elle hésite un instant, puis vient s’asseoir sur la chaise face à moi. Elle ose à peine me regarder dans les yeux. On dirait une enfant qui a fait une bêtise. Cela m’intrigue davantage car Joy a toujours été sage. Qu’a-t-elle bien pu faire pour être dans cet état-là ?
-Joy, tu m’inquiètes, qu’est-ce qui se passe ?
-Maman, tu te souviens que le lycée, en partenariat avec de hauts établissements scientifiques, avait organisé un concours de sciences ? On devait réaliser une maquette avec une petite expérience, et il y avait des prix à gagner. M’explique-t-elle pour introduire son propos alors que j’ai du mal à voir où elle veut en venir.
-Bien sûr, tu as passé des jours dans ta chambre ou dans le garage à travailler dessus. J’ai presque cru que je vivais seule ici. Lui confirmé-je. Tu as eu le résultat ? Tu sais, si tu as perdu, ce n’est pas grave. Je ne vais pas me fâcher, je suis déjà très fière de toi que tu te sois inscrite pour participer et ton travail était superbe.

-Ce n’est pas ça Maman. Me contredit Joy en secouant la tête. Au contraire, je suis arrivée première. Il y a même quelqu’un de l’agence spatiale qui m’a donné sa carte pour que je l’appelle quand j’aurais fini mes études.
-Et bien c’est super ça, ma chérie ! M’exclamé-je aussitôt, fière de ma fille. Elle a toujours été intelligente et je suis ravie qu’elle réussisse ce qu’elle entreprend. Et grâce à ça, un brillant avenir semble lui ouvrir les bras. Qu’est-ce qui te perturbe alors ?
-Oui c’est super cool et je vais pouvoir faire le métier de mes rêves. Le problème, c’est le premier prix du concours. Je pensais que c’était une maquette qui était à gagner …
-Qu’est-ce qu’il a, alors, ce premier prix ?
-Eh bien… On va dire qu’il est un tantinet plus gros… qu’une simple maquette….

Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 32

Le lendemain, et après avoir passé mon temps à m’étaler de la Biafine pour apaiser mes coups de soleil, je rejoins Paul dans un restaurant pour déjeuner avec lui. Il m’a avoué avoir plus de temps à m’accorder, mais seulement le temps d’un déjeuner. Il m’a promis de tout m’expliquer mais je dois avouer être assez intriguée par cette situation. Ce n’est pas le genre de Paul de faire tant de mystère, surtout après une aussi longue absence dans nos vies.
C’est donc nerveuse que je me rends à notre point de rendez-vous. Je ne sais pas tellement à quoi m’attendre et j’avoue être un peu inquiète pour mon ami. J’espère qu’il n’a rien de grave à m’annoncer. Lorsque j’arrive à destination, Paul est déjà là. Rapidement, il m’aperçois et un fin sourire moqueur apparaît sur ses lèvres.

-Je savais que le rouge est ta couleur préférée, mais à ce point-là ? Ne tarde-t-il pas à me taquiner.
-Ahahah, très drôle ! Je me suis simplement endormie sur ma chaise longue !
-Quelle idée d’attraper des coups de soleil en automne !
-Il faut croire que le soleil se croit encore en été. Répliqué-je sur un ton amusé, pour ensuite l’inviter à aller s’installer à table. Je me sens soulagée, tout d’un coup. Apparemment, Paul a l’air d’aller bien.

Paul accepte en hochant la tête et nous décidons de nous installer en terrasse. Malgré l’arrivé de l’automne, le soleil est toujours au rendez-vous et les températures sont encore agréables. Alors, autant en profiter, d’autant plus que la terrasse est déserte. Nous sommes donc tranquille pour discuter calmement tous les deux.
Le serveur ne tarde pas à venir à notre rencontre pour prendre notre commande et repart aussi rapidement qu’il est venu. Nous avons donc quelques minutes devant nous avant d’être de nouveau interrompu.
-Alors Paul, parle-moi un peu de toi. Ne tardé-je pas à lui demander, trop curieuse de savoir ce qu’il est devenu. Je suis d’autant plus intriguée que je n’ai pas encore vu Sylvia dans les parages.
-Toujours aussi direct. Me répond-t-il avec un rire nerveux.
-Il faut bien l’être, surtout dans mon travail. Admis-je avec le sourire. Je ne peux pas me permettre de tourner autour du pot là-bas, sinon je risque de perdre en crédibilité. Soupiré-je.
-Oui, Caroline m’a dit que tu es la responsable de ta branche. Peut-être bientôt la directrice de l’association !
-Oh, on n’y est pas encore ! Rectifié-je en riant. Il est vrai que j’ai beaucoup évolué dans mon travail, mais je ne suis pas encore prête à admettre la possibilité d’être en haut de l’échelle. Mais tu n’as pas répondu à ma question, Paul. Je ne sais même pas si tu es de retour provisoirement ou définitivement.
-Je suis revenu vivre ici, oui. Je n’ai pas l’intention de repartir. Je t’avoue avoir envie de connaître mes neveux et nièces, surtout avec Caroline qui est de nouveau enceinte.

-C’est super ça ! M’enthousiasmé-je en hochant la tête. Tu nous as manqué ici, tu sais.
-Vous m’avez manqué aussi. M’assure-t-il à son tour, les yeux brillants. La beauté de Selvadorada ne remplace pas tout.
-Et Sylvia ? Elle ne regrette pas d’avoir quitté son pays ? J’aurais l’occasion de la rencontre enfin alors !
-Hum, à vrai dire, Sylvia est restée là-bas… M’avoue alors Paul, la mine sombre. Je me sens mal à l’aise, ayant l’impression d’avoir pointé le sujet qui fâche sans m’en rendre compte. Pour être tout à fait honnête, nous sommes en instance de divorce. C’est pour ça que je suis pas mal occupé en ce moment, même si ce sera bientôt derrière moi.
-Oh je suis désolée Paul, je ne savais pas…
-Je sais, j’ai prévenu Pierre et Caroline que je voulais t’en parler moi-même. Soupire-t-il, le regard perdu dans le vide. J’ai l’impression que son masque jovial est tombé. Devant moi, j’ai maintenant un Paul abattu par la situation.
-Que… Que s’est-il passé ? Lui demandé-je alors, doucement.
-Oh… Ca faisait longtemps que ça n’allait plus, elle et moi. Me dit-il dans un haussement d’épaules. On a été fous amoureux, on s’est marié, on menait la belle vie, je t’avoue… Tout allait bien, jusqu’à ce qu’on décide d’avoir des enfants. On a essayé, longtemps, pendant des mois, un an, puis deux … Sans succès. A force, on a fini par aller faire des examens à l’hôpital. Les résultats ont été sans appel, j’ai appris que je suis stérile. M’avoue-t-il finalement avant de respirer un grand coup. Mon cœur se serre en le voyant ainsi, devinant sans peine la douleur qu’il doit ressentir. Je m’empresse de tendre la main pour saisir la sienne, lui montrant mon soutien.

-Cela n’a pas du être facile d’apprendre une telle nouvelle. Lui soufflé-je avec compassion, alors que le serveur nous dépose nos plats.
-Evidemment, c’était tous nos projets qui tombaient à l’eau. Mais après, je sais bien que ce n’est à toi que je vais expliquer ça… Me dit-il avec compréhension. Je comprends sans peine qu’il fait référence à mon hystérectomie suite à la naissance de Joy.
-Certes, mais je n’ai pas la prétention de comparer ma situation avec la tienne. J’ai eu la chance d’avoir Joy avant de devenir stérile… Lui réponds-je alors qu’il hoche la tête, presque par automatisme.
-Bref, ça a été très dur. Sylvia a eu du mal à accepter la situation. Le médecin a essayé de proposer des solutions, comme l’adoption ou une FIV avec un donneur mais elle ne voulait rien entendre. Elle voulait porter l’enfant, et elle ne voulait pas que le père soit un parfait inconnu. C’était sans issu, mais son désir d’être mère était plus fort que tout… Au fil du temps, cette situation a fini par nous éloigner et j’ai fini par comprendre qu’elle me le reprochait sans vouloir l’admettre.
-Mais tu n’y es pour rien !
-Je le sais bien… Et au fond d’elle-même, elle le savait aussi mais c’était plus fort qu’elle. Et au final, elle a fini par déraper. Je n’ai rien vu venir, au début. Soupire-t-il alors que l’horreur s’empare de moi. Jusqu’à ce que je tombe sur un test de grossesse positif en sortant les poubelles. Elle n’a même pas essayé d’être discrète… Je l’ai mis devant le fait accompli et elle a fini par m’avouer qu’elle voyait quelqu’un d’autre depuis des mois… On a donc pris la décision de nous séparer. Je ne peux plus lui faire confiance et elle m’a fait comprendre que je ne pouvais pas lui offrir ce qu’elle voulait le plus. Elle est donc partie avec son amant, et moi, j’ai pris la décision de revenir ici. Et voilà où j’en suis, maintenant. Stérile, bientôt divorcé, et squattant la maison de son frère.

Je suis abasourdie par ce que je viens d’apprendre. Moi qui imaginais Paul vivre une vie de rêve à Selvadorada, auprès de son épouse, aujourd’hui j’apprends une réalité bien différente. Je bouillonne à l’intérieur de moi, de savoir ce que Sylvia lui a fait. Paul est un homme merveilleux, et il ne mérite pas d’être traité de la sorte. Elle a bien de la chance d’être à l’autre bout du monde, cette…
-J’ai l’impression d’avoir perdu mon temps. M’avoue-t-il brusquement, me sortant de mes pensées. Par moment, je me dis que j’ai fait la plus grosse connerie de ma vie en partant d’ici. Si j’étais resté… Tout ceci ne serait jamais arrivé.
-Avec des si, on mettrait Paris en bouteille, Paul. Secoué-je la tête. Tu n’as pas de regret à avoir. Tu avais besoin de partir à l’époque, c’était un réel besoin de changer d’air. Et puis, ce sont nos choix qui font ce que nous sommes aujourd’hui. Il m’est déjà arrivé de penser que je n’aurais jamais du m’embarquer dans une histoire avec Sven, que j’aurais eu une meilleure vie si j’avais été raisonnable… Mais si ça avait été le cas, je n’aurais pas eu ma fille et je ne ferai pas un travail qui me passionne. Ce que t’a fait Sylvia est ignoble, mais tu es fort Paul, tu surmonteras cette épreuve. Nous sommes là pour y veiller.
-Merci Rosie. Me souffle-t-il avec reconnaissance. Mais je dois t’avouer un truc. Si je suis parti, à l’époque, c’est en partie parce que je ne voulais plus voir mon père. Avec Pierre et Caroline, on venait d’avoir la confirmation qu’il a été infidèle… Et qu’il a eu d’autres enfants qu’il n’a jamais assumé.

Je me fige aussitôt en l’entendant prononcer cette phrase. Que veut-il dire par là ? Serait-il au courant pour Ryan et Roxane ? Mais comment est-ce possible ?
Je suis abasourdie, mais ma surprise a le mérite de redonner le sourire à Paul. Je n’ose pas imaginer la tête que je dois avoir pour réussir ce miracle.

-Tu ne croyais quand même pas qu’un tel secret n’allait pas ressortir un jour ? Et oui, je te confirme que nous savons que Ryan et Roxane ont le même père que nous.
-Mais… Comment ?
-Mon père l’a avoué à Pierre, un soir, alors qu’il avait abusé du jus de fruit. Soupire-t-il. Je n’ai jamais vu mon frère aussi remonté. Il avait honte de notre père. Il nous l’a dit, à Caroline et moi, mais nous avons préféré ne pas mettre notre mère au courant, ni personne. Nous ne voulions pas lui faire de mal… Et puis, dans ton cas, nous ne savions pas si tu étais au courant. Nous n’avions pas voulu prendre le risque de te perdre.
-C’est ridicule. Vous n’êtes pas responsable des erreurs de votre père. Secoué-je la tête. Mais je comprends mieux pourquoi Pierre s’est autant investi dans la grossesse accidentelle de Lucia.
-Il ne veut pas être comme lui. Confirme-t-il. En tout cas, apprendre une telle nouvelle a tout remis en question chez moi. Je pensais que nous étions que trois, alors qu’en réalité nous avions un grand frère et une grande sœur, dans une autre famille…. Tout mon monde s’est écroulé d’un coup, alors…
-Tu as eu envie de te créer un nouveau monde, bien à toi. Complété-je alors, remettant les différents morceaux de l’histoire en place.
-Exactement. Et si je pouvais m’éloigner de mon père en plus, c’était encore mieux… Même si je regrette de ne pas avoir pu être là… Pour toi notamment. Si j’avais su que tu étais enceinte à ce moment-là, je ne serai jamais parti.
-Tu n’as pas de regret à avoir Paul, et puis, ça n’aurait rien changé au final. Ca a été un épisode très compliqué dans ma vie, mais j’ai fini par m’en remettre. Aujourd’hui, je suis fière de ce que je suis devenue et ça n’aurait pas été possible si les choses avaient été différente.
Paul hoche la tête, comme pour confirmer mes propos. La discussion dérive sur des sujets plus légers, comme pour laisser derrière nous les plus graves. Néanmoins, je vois Paul sous un œil nouveau. Même s’il sourit et à l’air d’aller bien, je vois bien qu’il ne s’agit que d’une façade. Dans son regard, je devine que j’ai un homme meurtri, en face de moi. Je le remarque sans peine : j’avais le même regard, il y a quelques années.
Et aujourd’hui, je me promets une chose : être là pour lui, comme mes amis ont été présents pour moi durant toutes mes années de dérive.

Après le déjeuner, Paul est parti en centre-ville. Il a rendez-vous avec son avocat pour finaliser son divorce. Je lui ai proposé de l’accompagner, mais il a refusé. C’est quelque chose qu’il veut affronter seul. Il est plus fort qu’il peut bien penser, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir le cœur serré en le voyant partir.
Puis, j’ai eu une idée. Je n’ai pas attendu plus longtemps avant d’envoyer un message à Caroline et Pierre. Leur réponse est vite arrivée : ils sont tous les deux emballés, mais il faudra attendre quelques semaines pour mettre mon plan en application. Caroline préfère attendre d’avoir accouché et je ne peux que la comprendre.
C’est fière de mon idée que je rentre enfin à la maison. Joy est déjà là, et je l’entends bricoler dans les toilettes. Je m’empresse de la rejoindre et je souris en la voyant faire. Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’elle fabrique, mais je ne suis pas inquiète. Pendant un instant, je me demande ce qu’aurait été ma vie si je n’étais pas tombée enceinte.
Mais, j’ai beau réfléchir, je dois avouer que je n’en ai pas la moindre idée.
-Regarde Maman ! J’ai installé un système autonettoyant ! C’est trop cool, hein ? S’exclame-t-elle joyeusement, me faisant sortir de mes pensées.
-Oh, oui, c’est super.
-A quoi tu penses ? M’interroge-t-elle avec suspicion, voyant bien que j’ai la tête ailleurs.
-Oh, je me demandais ce qu’aurait été ma vie si tu n’avais pas été là. Lui avoué-je avec honnêteté, alors qu’elle hausse un sourcil, sceptique. Et je me suis rendue compte que je n’échangerais ma vie avec toi pour rien au monde.

Génération Rose – Génération 2 – Chapitre 31

Rosae

-Surprise ! S’exclame Paul, visiblement fier de son petit effet, alors que je suis estomaquée par sa présence devant ma porte. Certes, cela fait un moment que nous n’avons pas parlé, chacun étant accaparé par la vie quotidienne, mais aux dernières nouvelles, il était toujours à Selvadorada avec sa femme, Sylvia. Je suis rentré il y a quelques jours et j’ai tenu à te faire la surprise. C’est Caroline qui m’a donné ta nouvelle adresse. Ajoute-t-il ensuite, se retenant de rire devant ma tête éberluée.
-Ca pour une surprise ! M’exclamé-je en essayant de reprendre mes esprits. Ca fait tellement longtemps que l’on ne s’est pas vu !
-Depuis que je suis parti pour mon tour du monde, je crois. Me confirme-t-il en hochant la tête.

Ah oui quand même ! Ca ne nous rajeunit pas ça ! Joy n’était pas encore née ! Réalisé-je, alors que j’ai l’impression que Paul est parti hier pour découvrir le monde. Un monde qu’il n’a pas découvert longtemps puisqu’il a rencontré l’amour en route. Tu es de passage ici donc ?
-De passage à Brindleton Bay oui, mais Pierre m’héberge chez lui à Oasis Springs. La maison est grande et malgré l’arrivée des jumeaux, on ne se marche pas dessus. M’informe-t-il avec un sourire, un brin fier d’être tonton. En effet, il y a quelques jours, Lucia a mis au monde des faux-jumeaux, Patrick et Marina Lothario. Je n’ai pu m’empêcher d’éclater de rire quand Pierre m’a annoncé leur naissance. Décidément, les Lothario n’ont pas de problème de fécondité !
-Ca doit en faire du monde à la maison ! Tu veux entrer ? Tu dois avoir tellement de choses à raconter ! Et puis, je pourrai te présenter ma fille ! Tu verras, elle est adorable !
-C’est gentil Rosie, mais je passais juste faire un coucou. J’ai pas mal de choses à régler depuis que je suis… rentré. M’avoue-t-il un peu gêné. Mais on peut s’organiser un truc, si tu veux. Toi aussi tu dois en avoir des choses à raconter !
-Ca serait avec plaisir, Paul. Tu m’appelles dès que tu auras du temps ?
-Bien sûr !

Nous avons discuté encore un peu, avec Paul, avant qu’il ne doive partir. Cela m’a fait plaisir qu’il passe me faire coucou malgré qu’il n’a, visiblement, pas beaucoup de temps pour lui en ce moment.
Son retour parmi nous est une vraie surprise, lui qui était parti parce qu’il avait besoin d’air, et qui ne savait pas s’il reviendrait un jour. Je ne peux m’empêcher de m’interroger, me demandant s’il n’est là que pour quelques temps avant de repartir à Selvadorada, ou s’il compte rester ici.
En tout cas, cela m’a fait plaisir de le revoir. Paul a toujours été un ami formidable et il m’a manqué, durant toutes ces années.
-C’était qui ? Me demande Joy lorsque je rentre enfin dans la maison. Je sursaute, réalisant qu’elle a fini de bricoler dans le garage.
-Un vieil ami. Lui réponds-je distraitement, la tête ailleurs. Paul, le frère de Pierre et de Caroline. Précisé-je ensuite alors que Joy me jette un regard interrogateur.
-Il n’était pas à Selvadorada ?
-Eh bien, visiblement, il est rentré.

Joy

Maman était bizarre ce soir. Elle a la tête ailleurs depuis qu’elle a vu son ami. Je ne sais pas grand chose sur Paul, je l’ai juste vu sur des vieilles photos de Maman et jamais en vrai. Je sais juste qu’il vit à Selvadorada et qu’il est marié. Avec la naissance des jumeaux de Pierre, peut-être qu’il s’est décidé à venir voir ses neveux et nièces.
En tout cas, c’est gentil de sa part d’être passé faire un coucou à Maman. Même si cela l’a chamboulée toute la soirée.
Mais, même si c’est drôle de la voir dans cet état, elle n’a pas tenu en place de la soirée. Impossible pour moi de me concentrer sur mes devoirs. Je me suis empressée de prendre ma douche et d’enfiler mon pyjama afin de pouvoir m’enfermer dans ma chambre. Assise sur mon lit, j’étudie avec plaisir. Par moment, je jette un coup d’oeil à Phenix qui dort sur son tapis, mais même sa bouille adorable ne parvient pas à me déconcentrer.

Ce week-end, Maman me prévoit une surprise. Elle refuse de m’en dire plus, juste que nous allons passer un moment mère-fille. Je suis sceptique, car je connais ma mère. Et je sais que nous n’avons pas forcément les mêmes goûts, donc je me méfie de ce qui peut la réjouir à ce point.
Sur le chemin pour y aller, je n’ai pas arrêté de l’interroger, d’essayer de savoir où nous allons. Mais elle refuse de me répondre, jusqu’à ce que nous soyons arrivées à destination.
Un spa. J’hausse un sourcil sceptique.

-Tadam ! Et voilà ma surprise ! S’exclame Maman, toute contente de son effet. Je t’offre une après-midi détente avec ta mère ! Ca te fait plaisir ?

Je me force à sourire. Un beau grand sourire, digne d’une pub pour un dentifrice. Elle sera éblouie et elle ne verra pas que je ne suis pas très enchantée de passer mon après-midi dans un spa.
Voir même, pas du tout.
L’idée de me balader en serviette dans un bâtiment rempli d’inconnus me gêne d’avance. Voir des inconnus en serviette ou en peignoir ne me réjouit pas non plus.
Je préfère largement passer mon après-midi à la maison. Ou à la bibliothèque. En tout cas, dans un lieu où je garde mes vêtements.

-Oui Maman, c’est … chouette ! Mens-je sans hésiter. Cela lui fait tellement plaisir de me faire ce cadeau, je n’ai pas envie de lui faire de la peine.
-Je suis contente que cela te fasse plaisir ! J’ai réservé une séance de message pour nous deux ! Un massage suédois, cela devrait te plaire! M’annonce-t-elle avec un fin sourire, suite au clin d’oeil sur mes origines.
-Oh … cool…
Super ! Je vais me faire tripoter par une inconnue ! Je suis ravie !
Ou pas.

Je suis Maman à l’intérieur du spa, un peu à reculons. Je n’ai aucune envie d’entrer à l’intérieur, mais cela lui fait plaisir. Alors je fais un effort et je prends sur moi au moment de me changer. Lorsque nous arrivons dans la salle de massage, accueillies par deux masseuses, je réprime une grimace. La musique apaisante me donne envie de bâiller et je suis tendue durant tout le massage.
Je plains la pauvre masseuse d’être tombée sur une cliente comme moi. Mais je n’y peux rien si je n’apprécie pas d’être touchée par une personne que je ne connais pas.

Une fois le massage terminé, mon calvaire n’est pas terminé. Maman m’entraîne dans le sauna pour prolonger la détente. Des gens sont déjà présents et je ne suis vraiment pas à l’aise de devoir m’asseoir à côté d’un homme transpirant que je n’ai jamais vu de ma vie. J’essaie de me tenir le plus loin possible de lui, mais je n’ai qu’une envie : partir d’ici.
-Ca va ma chérie ? Ca n’a pas l’air d’aller. S’inquiète subitement Maman, alors que je ne sais pas quoi lui répondre. Je n’ai vraiment pas envie de la vexer.
-Je… C’est juste que.. Je ne suis pas très à l’aise Maman… C’est pas trop mon truc, je suis désolée… Bredouillé-je finalement, un peu honteuse de devoir lui faire de la peine.

Oh… Ca ne fait rien ma chérie. Me répond simplement Maman, en me souriant avec compréhension. Aussitôt, je me sens soulagée. J’avais simplement envie de passer ce moment avec toi, comme l’a fait ta grand-mère avec moi quand j’avais ton âge. M’avoue-t-elle, un aveu qui me touche. Maman a simplement partagé avec moi la même chose qu’elle a partagé avec Mamie. Elle avait emmené ta tante, également. Je… J’avais envie de faire pareille avec toi, comme une petite tradition familiale.
-C’est adorable Maman. Lui dis-je avec sincérité cette fois-ci. Je ne suis désolée que ce ne soit pas trop mon truc…
-Ce n’est pas grave, tu as le droit de ne pas aimer. Me rassure-t-elle. Tu veux rentrer ?
-S’il te plait.
-Alors, allons-y.

Rosae

Après notre escapade écourtée au spa, Joy se plonge dans son livre sur l’espace et les fusées. Je la laisse vaquer à ses occupations, et je décide de profiter des derniers beaux jours pour me détendre sur une chaise longue en maillot de bain.

Je suis un peu triste que Joy n’est pas appréciée notre sortie au spa, car j’avais vraiment envie de partager avec elle ce que j’ai pu partager avec ma mère. Mais je n’ai pas envie de la forcer et au final, je la comprends. C’est une adolescente réservée, qui n’est pas très à l’aise avec des inconnus. Elle a essayé de faire un effort pour me faire plaisir et cela me touche. Mais je n’ai pas envie qu’elle se force à quoique ce soit.

Je ne veux que son bonheur après tout.
Je soupire d’aise sur ma chaise, avant de fermer les yeux…

Plus tard, le soleil commence à se coucher et l’air se fait plus frais. Je me décide à rentrer à l’intérieur de la maison pour m’habiller plus chaudement, mais je ne peux m’empêcher de grimacer en m’asseyant, puis en me levant.
Lorsque je rentre dans la maison, Joy a toujours le nez plongé dans son livre. Je m’assois un peu avec elle à table. Elle lève alors les yeux vers moi et a un sursaut de surprise.

-Maman ?!
-Oui ma fille ?
-Tu… Tu as vu ta peau ?

-Oui, j’ai un peu abusé du soleil… Et je crois que je me suis endormie sur la chaise. Admis-je, un peu gênée, alors que je vois Joy se mordre la joue pour s’empêcher de rire.
-Un peu beaucoup ouais. On dirait une écrevisse.
-Ne te moque pas ma fille ! Je donne de ma personne pour te faire une leçon de vie! N’oublie jamais de mettre de la crème solaire ou sinon, tu vois ce que ça donne ! Tenté-je de me raccrocher aux branches, alors que Joy ne peut plus se retenir de pouffer de rire.
-Une leçon de vie, mais bien sûr ! Mais dis-moi, c’est pas demain que tu déjeunes avec Paul ? Me rappelle soudainement Joy, avec une lueur taquine dans le regard. Soudain, je me rappelle le coup de fil de mon ami ce matin, m’invitant à déjeuner avec lui pour discuter du bon vieux temps. Elles vont être belles, les retrouvailles !

-C’est sûr que j’en connais un qui va bien rire… Aïe, j’espère que le temps sera nuageux avec un vent frais demain ! Me mets-je à espérer, alors que je perds définitivement Joy, partie dans un fou rire incontrôlable.